• Enfin un prix plancher pour le cacao !

    (Christian d’Alayer – juin 2019)

     

    A 31 ans d’intervalle, Nana Akufo-Addo, président du Ghana, et Alassane Ouattara, président de la Côte d’Ivoire, ont réussi ce qu’Houphouët Boigny avait échoué à obtenir en 1988 : obtenir un prix constant et suffisamment rémunérateur du cacao auprès des « majors » du secteur. Il faut toutefois relativiser l’exploit : au 20ème siècle, le « Père de l’Indépendance » avait, lui le premier, retenu les exportations de cacao au port de San Pedro pour tenter de faire monter les cours. Mais à l’époque seul l’Occident consommait vraiment tandis que les grands chocolatiers mondiaux élargissaient la production à l’Asie et l’Amérique latine tout en faisant réduire à quelques pourcentages le taux légal de cacao dans leurs produits pour qu’ils s’appellent quand même « chocolat » Houphouët dut lâcher son cacao en urgence (il sentait jusqu’à Abidjan) et à vil prix tout en devant se plier aux conditions des Occidentaux via le FMI : supprimer la fameuse « Caistab », Caisse de stabilisation des prix qui était l’intermédiaire obligé des acheteurs et libéraliser totalement les échanges entre producteurs, les petits paysans africains, et acheteurs, les gros négociants et les multinationales du chocolat.

    En juin 2019, les gouvernements du Ghana et de Côte d’Ivoire ont stoppé eux aussi les livraisons. Et les grands chocolatiers mondiaux (voir tableau 4) ont accepté de payer la fève de cacao sur une base minimale de 2600 $ la tonne. Ce qui va permettre aux deux gouvernements de garantir à leur paysans un revenu minimal suffisant au moins pour les inciter à continuer à produire (compte tenu de la surproduction de 2016-2017, les prix s’étaient effondrés -tableau 1- et les paysans avaient alors décidé de moins produire) Les prix minimaux aux paysans devraient être décidés en juillet mais on sait qu’en dessous de 1000 F CFA au kilo (1,52 €), les dits paysans continueront à diminuer les surfaces consacrées au cacao : c’est le prix en dessous duquel ils perdent de l’argent alors que le revenu du cacao leur procure à peine de quoi vivre, 0,78 $ par jour selon une étude du cabinet True Price pour la marque de commerce équitable Faitrade, parue au printemps 2018. Qui a calculé que les producteurs de base ne touchaient que 6% du prix du chocolat, 6 petits milliards de dollars sur les 100 milliards que génère le marché du cacao transformé.

    1000 $ la tonne refusés en 1988, 2500 $ acceptés en 2019, ça n’est pas le Pérou quand on sait qu’en moyenne et après la crise de 2008, les prix des matières premières ont été multipliés par 4,5 par rapport à 1999 : le paysan de base n’a pas vu venir le boom dans le cacao, c’est le moins qu’on puisse dire ! Il pleure tout autant misère qu’en 1988, au point de réduire sa production comme on peut le voir dans le tableau 3. Les « majors » (voir tableau 4) n’ont pas eu le choix : elles doivent faire face aujourd’hui à l’éveil des marchés en développement, leurs manœuvres de 1988 étant on ne peut plus insuffisantes face à la menace de non-livraison des deux principaux pays producteurs. Et, finalement et face à la baisse de production de ces deux principaux pays producteurs de fèves, elles ont accepté un prix qui n’est pas très éloigné de la réalité (les prix se sont redressés depuis janvier 2019) Elles n’avaient guère le choix, sachant qu’il n’existe pour l’instant pas de cacao de synthèse comme la vanilline a pu venir au secours des transformateurs de vanille (ce qui n’a pas empêché d’ailleurs l’envol du cours de la vraie vanille !) Félicitons toutefois les deux pays d’avoir réussi à obtenir un prix plancher fixe…

    Car l’ex Tiers monde s’éveille et se met à consommer aussi du chocolat, notamment celui de ces « majors » qui est à la portée de nombreuses bourses. Certes, l’Occident reste de loin le principal consommateur. Nous ne disposons que des statistiques américaines en dollars, aussi la seule source sérieuse est-elle européenne (Planétoscope d’après des chiffres de l’OCDE) Mais les Etats Unis sont de loin les premiers consommateurs mondiaux, essentiellement de chocolat au lait très sucré. Les Anglais les copient et les Suisses sont les producteurs les plus réputés de ce genre de chocolat avec les Belges. Les Français sont les rois du chocolat noir amère dont la consommation croît sensiblement dans les classes aisées du monde entier, notamment en Chine. On voit bien toutefois que l’essentiel du cacao mondial finit ses jours dans des préparations industrielles de type Mars ou Ferrero (le fameux Nutella) Et les crises des producteurs n’arrêtaient pas de succéder aux crises, le commerce « éthique » ne changeant strictement rien à la donne. Ce qu’ont obtenu les gouvernements ghanéen (à l’origine du refus de livrer) et ivoirien est simplement un prix plancher bas. Reste à le faire grimper tout en ristournant aux paysans une part suffisante pour les faire vivre dignement (il y a beaucoup de petites exploitations dans le cacao)

    L’affaire n’en est donc qu’à ses débuts, comme le marché : l’ex Tiers Monde consomme encore peu de chocolat et les perspectives sont donc énormes. S’assurer de ses approvisionnements dans ces conditions est un minimum, ce qui explique aisément l’accord très rapide des grands chocolatiers mondiaux sur un prix plancher. Qui leur permet de garder la main : car, tout de même, le gros des recettes du marché du chocolat va dans les poches des transformateurs. Dont font partie les pays producteurs de cacao qui exportent des produits non pas finis mais séparés : poudre et beurre notamment. Mais l’essentiel de la vraie transformation est américain et européen. Parce que la consommation est toujours majoritairement américaine et européenne. Les Africains fabriquent du chocolat mais n’en consomme que très peu : le marché intérieur est tout de même la base du transfert de technologie en matière alimentaire ! 

     

    1-      Prix mondial des fèves de cacao du 1er janvier 1995 au 1er janvier 2019 en dollars par tonne (sources officielles multiples)                          

     

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                    

    2 – Parts des intervenants dans le marché mondial du chocolat

    (Source : Make Chocolate Faire, 2015)

    https://fr.makechocolatefair.org/sites/makechocolatefair.org/files/resize/abb3-400x266.gif

    3-      Production mondiale de fèves de cacao, en milliers de tonnes

    (Source : Ecobank)

    Pays

    2015-2016

    2016-2017

    2017-2018

    Côte d’ivoire

    1581

    2020

    2000

    Ghana

    778

    970

    880

    Cameroun

    211

    246

    240

    Nigeria

    200

    245

    240

    Autres Pays africains

    153

    145

    130

    Total Afrique

    2923

    3626

    3490

    Equateur

    232

    270

    260

    Brésil

    141

    174

    170

    Autres pays américains

    305

    295

    318

    Total Amérique

    678

    739

    748

    Indonésie

    320

    290

    260

    Autres pays d’Asie /Océanie

    41

    49

    49

    Papouasie-Nelle Guinée

    36

    40

    40

    Total reste du monde

    397

    379

    349

    Total mondial

    3998

    4744

    4587

     

    4-      Les grands chocolatiers mondiaux (en milliards de $)

    (Source : TB Economie)

    Sociétés

    Chiffre d'affaires 2018

    Mars Inc. (USA)

    16,8

    Mondeléz International (USA)

    15,48

    Grupo Bimbo (Mexique)

    14,095

    Nestlé (Suisse)

    12,808

    Hershey Foods corp (USA)

    6,46

    Ferrero (Italie)

    5,627

    Meiji co. Ltd (Japon)

    3,415

    Perfetti Van Melle (Pays-Bas)

    3,288

     

     

    5-      Les principaux consommateurs européens de chocolat (en milliers de tonnes)

    (Source : Planétoscope)

    Pays

    2016

    Allemagne

    2564,2

    Italie

    1448,57

    Pays Bas

    886,96

    Royaume Uni

    1117,8

    France

    955,74

    Espagne

    989,98

    Belgique

    658,46

    Pologne

    415

    Roumanie

    324,13

    Autriche

    239,26

     


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  • Que risque l'Afrique dans un nouveau séisme financier mondial ?

    Christian d'Alayer - fin avril 2019

     

    Le microcosme financier bruisse à nouveau du vent apocalyptique de la crise "systémique", affectant le cœur du moteur financier mondial. Ce, alors que la légère remontée des taux d'intérêt de fin 2017 à fin 2018 a pourtant eu les effets escomptés : 11500 milliards tout de même de la sur-financiarisation mondiale sont partis en fumée dans les principales bourses de valeurs de notre planète l'an dernier plus 6000 milliards depuis janvier dernier (calcul de Bloomberg) Les bourses africaines ont été particulièrement affectées du fait de la panique de leurs "investisseurs" devant en fait une politique concertée entre les grandes banques mondiales et les grandes banques centrales : grosso modo, quand les taux d'intérêt remontent, les actions deviennent moins intéressantes -car plus risquées aussi- que les obligations qui ne sont que des emprunts cotés en bourse. Comme le phénomène a été particulièrement bien contrôlé, les banques étant en fait maîtresses des fonds communs de placements en obligations (les assurances-vie en fait), ces fonds n'ont pas vraiment monté -donc pas attaqué directement les actions- tandis que seules les entreprises "high tech" subissaient le poids de cette politique volontariste et maîtrisée. Qui a cessé au début de cette nouvelle année, la "FED", la banque centrale des Etats Unis, décidant de rabaisser ses taux d'intérêt devant le risque de ralentissement de l'activité économique mondiale.

    J'ai résumé très rapidement un phénomène en fait plus complexe car la majorité des retraités américains parie sur les actions tandis que la majorité des retraités européens parie sur les obligations : le maniement des taux d'intérêt dans ce contexte n'est pas des plus aisés ! S'ajoute à ce premier bémol le fait que l'économie mondiale se "démondialise" sous les doubles coups d'une Amérique "trumpienne" qui revient à une politique protectionniste et étatiste et d'une Chine qui s'intéresse aujourd'hui plus à son marché intérieur qu'à ses exportations, la Chine étant devenue plus importante pour l'économie mondiale que les Etats Unis d'Amérique. Dont, fatalement, la monnaie est attaquée...

    Devant cette complexité et face à l'endettement privé et public fabuleux des pays développés, un nombre croissant d'experts, dont le FMI, commencent à paniquer. Que se passerait-il en effet si de très grandes banques occidentales venaient à faire faillite ? Elles sont bien entendu fragilisées par les taux d'intérêt bas, ne pouvant pas vraiment gagner d'argent en en prêtant. Toutes se sont lancées dans la spéculation mais on vient de voir que, là aussi, les gains n'ont pas été au rendez-vous l'an dernier. Or les Etats occidentaux ne peuvent plus venir à leur secours, leur endettement ne le permet plus. En Europe, la banque centrale de la zone euro a, certes, débloqué des sommes importantes à taux zéro pour les banques. Ce, à plusieurs reprises. Tandis que les banques américaines ont accepté des dépôts que leurs réglementations leur interdisaient tout en gagnant tout de même plus que leurs homologues européennes sur le cœur de leur métier, le prêt bancaire, du fait de l'importance de leurs marchés. Mais les experts doutent que ces politiques puissent tenir le coup si, en sus, s'ajoute une panique.

    Admettons donc, pour la démonstration, que, demain, des grandes banques italiennes coulent, entraînant dans leur chute des banques françaises et allemandes qui détiennent un peu trop d'effets italiens. Le sauvetage tarde et la panique s'installe. Face aux demandes de vente d'un trop grand nombre d'assurances vie en Italie, en France et en Allemagne, les Etats utilisent les armes qu'ils ont fait voter et bloquent ces capitaux. Nous avons un exemple de ce qui peut alors se passer, c'est celui de Chypre en 2012-2013, la population descendant dans la rue pour empêcher le vol de ses économies par le gouvernement chypriote. Qui sauta immédiatement, une politique alternative étant alors mise en place par...la Russie ! On peut parier que la Chine ne manquerait pas une telle opportunité si cela se passait dans trois des principaux pays européens, soit la possibilité de contrôler -et le mot est faible- les économies de clients si puissants !

    Ce, pour l'Union européenne. Mais quid de l'Afrique dans ce cas d'une nouvelle crise mondiale ? Les pays africains sont peu endettés aujourd'hui (voir tableau 1) Mais leurs devises viennent de l'exportation ultra majoritaire de matières premières non transformées, or noir en tête. Si l'Occident rentre à nouveau en crise, nous avons là aussi l'exemple de 2008 pour en prévoir les conséquences : entre 2000 et 2008, les prix des matières premières furent multipliées par 7,5. Après la crise des "Subprimes", elles ne furent plus multipliées que par 4,5 : 300% en moins (750% baissant à 450%) Les prix ont certes un peu remonté depuis mais il est probable qu'une nouvelle baisse de la consommation occidentale ferait perdre beaucoup d'argent aux Africains : leurs Etats seraient encore plus miséreux qu'aujourd'hui ...

    Mais on sait que la croissance africaine est déconnectée totalement de sa gestion gouvernementale. Les Etats africains ont été tués dans l'œuf dès leur naissance par le FMI, la Banque mondiale et les deux clubs de créancier (Paris pour les prêts publics, Londres pour les prêts privés) Sans doute la baisse des recettes d'exportation entraînera-t-elle une ou deux années de récession dans la plupart des Etats producteurs de matières premières. Mais au delà et la croissance africaine étant fondée sur le développement du marché intérieur, celle-ci reprendra son envol.

    D'autant que la demande des pays développés ne devrait que faiblir, pas s'effondrer tandis que celle des pays émergeants ne devrait connaitre qu'un freinage de sa croissance. On ne devrait donc pas assister à un effondrement des prix des matières premières sur long terme, sans doute une crise d'un ou deux ans. Certes, le pétrole est aujourd'hui attaqué par la recherche européenne d'autres sources énergétiques et, la crise aidant, les pays pétroliers souffriront peut-être plus que les autres. Le Nigeria, l'Algérie, l'Angola, pour ne citer que les principaux (la Lybie étant un cas à part) Mais l'Ethiopie se développe selon un autre schéma, de même que l'Afrique du sud : la première s'industrialise et la seconde exporte en Afrique, pour résumer grossièrement.

    Mettons qu'un an après le déclenchement d'une nouvelle crise financière occidentale, l'Afrique connaisse une petite récession globale une fois les pays pétroliers évacués des statistiques. Mais la reprise de la croissance pourrait se faire sentir dès l'année suivante et s'accélérer par la suite. Car, maintenant, les entreprises africaines travaillant pour leur marché intérieur ont plus de poids que celles qui travaillent pour ravitailler les étrangers. Et ces entreprises à objectif interne achèteront leurs intrants à des prix moins élevés.

    En définitive, l'Afrique, comme après 2008, devrait rebondir assez vite d'une nouvelle crise financière mondiale. Laquelle devrait plutôt sonner le glas de l'ex-puissance européenne qui, tant vis-à-vis du nouveau protectionnisme américain que vis-à-vis de son exposition en matière de dette publique, apparaît comme le maillon le plus faible de l'Occident. Et l'on comprend pourquoi les grandes banques et les banques centrales surveillent cette cuisine économique de très, très près.

     

    Encadré 1

    L'Afrique peu endettée

    On voit, dans le tableau 1, que les dettes publiques africaines ne sont plus du tout problématiques. Sauf, peut-être, en matière d'investissements publics. Car et par exemple, si le Congo-Kinshasa n'a pratiquement pas de dette, c'est parce qu'il ne trouve pas de créancier. D'autre pays comme l'Algérie ou le Nigéria n'ont pas eu besoin de recourir à l'emprunt pour faire face à leurs dépenses. Lesquelles sont nécessaires, notamment au niveau des infrastructures. Et, en fait, le niveau d'endettement des pays africains paraît même insuffisant quand on sait que la dépense publique contribue substantiellement à leur essor économique.

    On ne dispose pas de statistiques globales en matière de dettes privées mais on sait qu'elles sont encore plus faibles en Afrique que les dettes publiques : la bancarisation est encore d'une faiblesse insigne sur le continent qui compte essentiellement sur l'autofinancement pour se développer. Le fameux "bas de laine" des Européens du 19e siècle ! Là encore, le niveau est insuffisant, l'endettement privé jouant un rôle encore plus grand en économie que les dépenses publiques. Songez notamment à l'immobilier qui, en Afrique, ne croît qu'en fonction des rentrées financières des acheteurs : la construction serait bien plus vigoureuse avec des crédits à long terme comme en Occident...

     

    Encadré 2

    Les chiffres qui font peur

    C'est le FMI qui, le premier, a sonné l'alarme : l'endettement global mondial a dépassé les 180 000 milliards de dollars fin 2017, soit 225% du PIB mondial à cette époque. Depuis, les dettes se sont encore envolées, les derniers chiffres faisant étant d'un encours de 247 000 milliards $, soit 318% du PIB mondial ! Plus d'un tiers de hausse en un tout petit plus d'un an ! Et ce sont les pays développés qui hébergent le gros de ces dettes pharaoniques.

    Il faut se souvenir qu'en Occident, les salaires ont subi un énorme coup de rabot depuis une trentaine d'année. Et afin de maintenir tout de même une demande importante, ce sont les crédits aux particuliers qui se sont envolés. Aujourd'hui, les emprunts immobiliers courent sur 20 ans et plus tandis que l'immense majorité des véhicules automobiles est distribuée en leasing, y compris les véhicules d'occasion. Quant à l'épargne des ménages, jadis au cœur de la croissance occidentale via le recyclage bancaire, elle s'est évanouie pour ne représenter qu'autour de 10 à 14% du PIB contre, par exemple, plus de 30% en Chine et près de 25% en Afrique.

    C'est un peu la fuite en avant : car si le crédit est resserré avec des taux plus élevés, la demande chute et la croissance avec. Tandis que relâcher la pression sur les salaires dans une économie ouverte entraînerait ipso facto une détérioration des balances commerciales. Ne restent donc que le protectionnisme, politique adoptée avec l'arrivée de Trump à la Maison Blanche ainsi qu'une meilleure répartition des richesses, politique difficilement acceptable par les élites occidentales, toutes ultra libérales aujourd'hui.

     

    1- Etat de la dette publique africaine en % du PIB à fin décembre 2017

    Source : https://fr.tradingeconomics.com/country-list/government-debt-to-gdp

    Cap Vert

    125,3

    Congo Brazzaville

    117,7

    Egypte

    101,2

    Djibouti

    90,7

    Mozambique

    88,2

    Sao-tomé&Principe

    87,5

    Zimbabwe

    77,6

    Mauritanie

    77,3

    Ghana

    70,5

    Tunisie

    69,2

    Gabon

    66,5

    Gambie

    65,6

    Angola

    65,1

    Ile Maurice

    64,9

    Maroc

    63

    Seychelles

    62

    Sierra Leone

    60,3

    Kenya

    57,1

    Zambie

    55,6

    Malawi

    54,7

    Guinée Equatoriale

    53,8

    Soudan

    53,5

    Afrique du sud

    53,1

    Tchad

    47,6

    Lesotho

    46,3

    Namibie

    45,1

    Madagascar

    41,9

    Rwanda

    40,2

    RCA

    38,8

    Ouganda

    38,6

    Tanzanie

    37,4

    Sénégal

    37,1

    Cameroun

    35,7

    Ethiopie

    33,5

    Niger

    29,7

    Liberia

    28,8

    Guinée Bissau

    28,1

    Comores

    27,6

    Côte d'Ivoire*

    24,5*

    Burkina Faso

    24,4

    Botswana

    22,3

    Bénin

    22,1

    Nigeria

    21,3

    Erythrée

    20,1

    Togo

    19,6

    Guinée

    18,66

    Algérie

    17,7

    Congo Kinshasa

    17

    Libye

    16,5

    Burundi

    14,4

    Swaziland

    9,95

    * avant emprunt 2,5 milliards $ en 2018

     

    2- La dette mondiale (publique et privée) depuis 1950

    Taper sur le Net "Global debt database and authors'calculations" pour voir le graphique de la dette publique mondiale depuis 1950...


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  • L’Occident meurt d’avoir tué la démocratie

     

    Ce texte ne sera pas repris par les médias de tous ordres et me vaudra des injures de la part des gens qui se croient de gauche tout en étant intolérants et sectaires. J’ai hésité avant de commencer, non pas par peur des bien-pensants dont je me fous éperdument, mais parce que le sujet est tellement vaste que je ne savais pas par quel bout le prendre. Puis est arrivée la nouvelle relative à Sciences-Po Paris : plus de concours d’entrée mais un méli-mélo censé ouvrir l’école à… je ne sais pas en fait qui car les meilleurs élèves scolaires sont peu ou prou les mêmes enfants de bobos aisés qui réussissaient le concours d’entrée. Là n’est pas mon problème : il est dans la philosophie enseignée par l’école, celle du « consensus »

    Ça commença dès les années 1960, quand l’opposition entre le capitalisme et le communisme commença à fortement titiller nos élites. L’ennemi était plus le marxisme, cette horrible mise en commun des biens de production, que son porteur de l’époque, le stalinisme. Et la manière de former les élites (Sciences-Po Paris est l’antichambre de l’ENA) fut ce fameux consensus : on doit penser comme les autres, point barre. Si ce n’est pas un déni majeur de démocratie, qu’on me tue sur l’heure ! J’en fus très vite victime, n’acceptant pas à l’époque la suppression du Sénat (ce dont je me foutais totalement) remplacé par une assemblée de gens sans pouvoir mais nommés, ce qui m’importait et me déplaisait au plus haut point. De Gaulle voulait en finir avec une assemblée de notables qui avait pu renverser le Front Populaire, bien. Mais les partis politiques qui le soutenaient voulaient conserver les lots de consolations pour les députés vaincus aux élections. Ce qu’inconsciemment je refusais viscéralement. Ce fut le début de ma descente aux enfers, l’école n’acceptant pas les rebelles (d’autant qu’en outre je refusais de jeter le marxisme à la poubelle de l’histoire)

    Depuis, j’ai compris où me menait ma rébellion : vers le refus total de l’élitisme, totalement contraire à la démocratie. Et j’ai dû me taper, des décennies durant, des atteintes croissantes à cette démocratie dont se réclament les pays occidentaux héritiers des Grecs et des Romains : des démocrates avec esclaves et femmes n’ayant pas leur mot à dire… ça commença donc par le consensus mais il existait encore quelques ilots de résistance. L’économie marxiste fut ainsi représentée au petit écran français jusqu’à l’assassinat lors de l’attentat contre Charly Hebdo de Bernard Maris, jamais remplacé. Aux Etats Unis, des voix discordantes comme Howard Zinn, Noam Chomsky ou Joseph E. Stiglitz sont plutôt esseulées, sans doute plus écoutées hors de leur pays. En Allemagne, le parti communiste est mort et enterré tandis que les sociaux-démocrates ont partout épousé l’ultra libéralisme avec ardeur et remplacé l’idée socialiste par le libertarisme et le communautarisme. Aujourd’hui, on peut dire qu’il n’y a plus vraiment d’opposition en Occident au concept d’économie de marché avec son corolaire, un dépérissement de l’Etat que n’avait pas vraiment prévu Lénine ! Et le retour de l’Etat vient non de la gauche mais de l’extrême droite, c’est dire !!!

    La pensée unique allait-elle donc se calmer ? Ben non ! Tout au contraire, les atteintes aux libertés (il ne s’agit même plus de démocratie !) ont repris de plus belle : d’abord avec les lois anti-terroristes. Des mesures d’exceptions telles que l’écoute des populations, la surveillance du Net, l’allongement des temps de garde à vue, le dessaisissement des juges dans les cas de fouille de maisons et de véhicules, etc. (et pire aux USA) sont entrées dans le domaine de la loi normale. Ça a continué avec la surveillance accrue des comptes bancaires et la diminution drastique des paiements en numéraire, surveillance qui n’en est qu’à ses débuts. L’individu est fliqué partout, même ses déplacements sont suivis grâce au GPS des smartphones et à la mémoire des bornes de raccordement. La seule limite à l’investigation policière (et politique) est le manque d’agents de surveillance, on l’a vu avec les « fichés S » Mais on sait qu’on peut aller beaucoup plus loin comme les Etats Unis et la Chine nous le démontrent : les agents peuvent être remplacés par des systèmes à intelligence artificielle…

    Indépendamment de ces législations liberticides, j’ai assisté à la mort des médias d’antan, avec leurs journalistes souvent de talent et terriblement sourcilleux sur leur liberté d’expression. En une vingtaine d’années, tous les médias privés occidentaux passèrent entre les mains de grands groupes capitalistes, en France même de marchands d’armes, tandis que les médias récalcitrants se voyaient mettre au pas par la publicité. Celle-ci en effet fut principalement octroyée aux médias par des centrales d’achat d’espaces aux mains des grands groupes. Lesquels contrôlèrent également et indirectement les médias publics via des gouvernants « amis » Si bien qu’aujourd’hui la « pensée unique » a effectivement colonisé toutes les rédactions et toutes les productions audio-visuelles. A un point même pire aux Etats-Unis où le Pentagone entretient l’esprit guerrier de la population -et donc ses budgets pharamineux- en finançant directement des films à grand spectacle à la gloire de l’armée américaine. Vous pouvez par ailleurs constater que la télévision française n’invite des contradicteurs que pour les descendre en flamme devant les téléspectateurs. C’est devenu si grossier que ça en est aujourd’hui ridicule. La population ne dit rien mais ne regarde plus, les statistiques s’effondrent.

    Car il reste en effet le Net qui est encore libre. Plus pour longtemps : de plus en plus des voix et des législations apparaissent pour corseter l’expression sur le Net. Tout le monde sait que, pratiquement partout en Occident, il est interdit de nier l’Holocauste des Juifs. Notre président, tout récemment, a émis l’idée qu’on pouvait assimiler les expressions hostiles à la politique d’Israël, notamment à l’égard des Palestiniens, à de l’antisémitisme : on voit que nos gouvernants sont prêts à tout dans ce combat contre la liberté. Et, de fait, des petites mains présentent aujourd’hui des textes liberticides sur le Net, tel celui voulant combattre la haine en général : qui va décider que tel ou tel écrit est de la haine, je vous le donne en mille !? Hollande avait déjà ajouté l’Islamophobie et l’homophobie à la liste des interdits tandis que les médias les plus menteurs de tous les temps ont osé créer des « observatoires de fake news » censés indiquer aux Internautes ce qu’il ne faut pas croire. J’ai ainsi relevé plusieurs informations présentées par ces observatoires comme fausses alors que le texte qui les présentaient ainsi confirmaient en fait lesdites informations.

    IL n’y a pas jusqu’à l’Education qui n’ait été touchée par ce qu’il faut bien appeler une dictature : en France, Hollande fit encadrer les programmes par une commission toute puissante qui vendit avec aplomb le libertarisme ultra libéral aux petites têtes brunes et blondes. Hollande fut heureusement viré et, peu de temps après, les membres de ce comité qui alla jusqu’à vanter le « genrisme » dans les écoles : il n’y a pas l’homme et la femme mais une foule d’humains décidant d’être d’un genre ou de l’autre au gré de leur jouissance. Au Canada, sans doute pour se moquer, un senior revendiqua même un autre âge légal que le sien ! Tout cela est abondamment vendu par les médias, surajoutant leurs audiences à celles des professeurs. Sans que les opposants aient réellement la parole, sinon esseulés dans des émissions où ils sont agressés à un niveau dingue et inadmissible. Voyez à cet égard les écarts de langage d’une Christine Angot jamais stoppée dans ses délires mêmes les plus odieux.

    Mais qui a eu sa récompense après avoir donné le coup de grâce à Fillon pendant le coup d’Etat médiatico-judiciaire qui a porté Macron au pouvoir : on a atteint là le maximum d’hypocrisie d’un pouvoir ne reculant devant rien pour le conserver. Et la population, majoritairement manipulée par les médias, vit la cupidité du personnage mais pas le coup d’Etat dont elle se ficha totalement. « Plutôt un coup d’Etat que ce fou de fric » pensèrent les plus lucides. Ils eurent donc le coup d’Etat et la poursuite de la politique dont ils ne voulaient plus, CQFD.

    On voit donc très clairement -encore faut-il sortir de sa surconsommation et ouvrir un peu les yeux- que nous ne vivons plus dans un régime démocratique. Certes, nous continuons à voter et les candidatures sont libres. Mais seules celles qui passe à la télévision ont des chances réelles, la démonstration a été faite à de nombreuses reprises (liaison évidente entre les temps d’antenne et le nombre de voix) De plus, les vrais opposants, d’extrême droite donc puisque la gauche a failli, sont présentés comme des fascistes, là encore la caisse de résonnance des médias jouant un rôle décisif. Aux Etats Unis, Trump fut élu (extrême droite mais pas fasciste !) tandis que Sanders, volé comme au coin d’un bois par Hillary Clinton, est retombé aujourd’hui à un niveau du type Mélenchon. Et ces deux gauchistes refuseront jusqu’à la mort de s’allier avec les opposants d’extrême droite, les « souverainistes »

    Je n’ai rien contre une mondialisation qui a permis le décollage de l’ex Tiers Monde. Mais je n’accepte pas qu’elle soit imposée aux populations occidentales de manière dictatoriale. La démocratie est la seule valeur que nous puissions réexplorer aujourd’hui pour tenter de surmonter notre déclin. La pensée unique est le summum de l’anti-progressisme, une pensée fermée à toute contestation n’a aucune chance d’évoluer. On le voit très nettement avec l’échec de l’élitisme français, le carnet d’adresse ayant remplacé la compétence. Je ne parle pas que des énarques ici mais aussi de l’ingénierie française qui a disparu dans un nombre incalculable de domaines. Dans le nucléaire par exemple si on veut bien analyser l’échec des EPR. Mais aussi dans l’automobile où les Français ont dû s’allier avec des Asiatiques pour se sortir de la mouise. Il ne faut pas chercher la cause plus loin que le consensus qui s’est abattu sur notre pays. Nous n’avons plus d’idées puisque celles-ci sont consensuelles : qui peut en imaginer de nouvelles ! Tandis qu’au nom de ce consensus mortel, nous avons laissé une ploutocratie (dictature de l’argent) s’installer en lieu et place de notre antique démocratie. Il suffit de lire les sujets du baccalauréat au fil des années pour constater que nous sommes vraiment tombés très bas dans le genre pensée unique. Ça touche même des gosses de 17/18 ans ! L’écologie, ce foutoir politisé à mort (il permet aux jeunes de se battre pour autre chose que l’horreur des partageux !), est même devenu une croyance pour les tout-petits. Au lieu d’être confiée à de vrais spécialistes proposant des constats et des solutions sérieuses à des politiques ne cherchant pas prioritairement à rester au pouvoir. On trouve encore sur le Net de tels spécialistes mais qui, pour l’instant et sans doute pour longtemps, continueront à prêcher dans le désert. Ce qui prouve une fois de plus que nous ne sommes plus en démocratie.

    Laquelle implique tout de même le respect des minorités, notamment dans les médias. Trouvez-vous que ce principe de base de la démocratie soit respecté aujourd’hui ? Il est bien inscrit dans nos lois, mais uniquement pendant un temps extrêmement court précédent les élections. Et on trouve encore des majoritaires pour hurler à la mort parce qu’on a osé leur donner la parole ! La mort de la démocratie, tuée volontairement par les ploutocrates, nous a rendu sectaires et intolérants. La démocratie est morte aussi dans nos têtes. La gauche en est morte, la droite bientôt aussi et ce qui reste, ce corps mou d’imbéciles obéissant au consensus voulu par les ploutocrates, n’accepte plus aucune critique. Notre déclin est aussi inscrit dans l’effondrement de notre sens politique.

     


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