• Les Africains n'aiment pas la guerre

    Christian d'Alayer - Octobre 2017

    Hier, l'image de l'Afrique en France était celle de la publicité d'une marque connue de chocolat en poudre, image Oh combien combattue aujourd'hui par les antiracistes. Mais aujourd'hui, c'est un combat d'arrière garde : l'image oscille à présent entre le jeune dealer des banlieues, l'Islamiste radical qui verse dans le terrorisme et l'enfant soldat en guerre perpétuelle sur son continent. Et c'est vrai que les guerres se sont multipliées en Afrique depuis un siècle comme on peut le constater dans le tableau ci-après, incluant jusqu'aux rébellions locales telles celle de Casamance, d'Agacher ou d'Ituri. Comme par ailleurs l'Afrique est très jeune (64% de la population a moins de 25 ans), on imagine aisément que la moindre étincelle peut y déclencher un incendie très grave.

    En regardant de plus près, on voit cependant que, de 1800 à aujourd'hui, une grande partie des guerres menées sur le continent l'ont été sous contraintes extérieures : guerres d'Indépendance mais aussi conflits issus de la politique des anciens colonisateurs. C'est le cas par exemple au Tchad où la France, par deux fois, a fait sauter un dirigeants capables d'unifier ce pays aux deux nations (l'empire bokassien reposait bel et bien sur une pluralité de peuples) Bokassa fut victime des secrets qu'il détenait sur la France-Afrique et sur le président français d'alors ; et Patassé eut le tort, aux yeux des Français, de demander à Kadhafi la caution musulmane dont il avait besoin pour s'imposer aussi au nord du pays. Les guerres des Congo furent de même téléguidées de l'extérieur. Rappelons à cet égard et d'une part que les armées ougando-tutsies, équipées et conseillées par les Anglo-Saxons, furent stoppées par une coalition congolo-angolo-zimbabwéenne armée, elle, par les Français (fameux épisode du procès de l'Angolagate) D'autre part, il faut se souvenir aussi que les cadres de ces coalitions furent formées, les premiers, à Londres et Washington tandis que les seconds le furent à Paris, l'épilogue du conflit principal étant logiquement décidé lors d'un entretien secret entre Bill Clinton et Jacques Chirac sur une île du Pacifique. Quant au nord du fleuve Congo, c'est parce que Pascal Lissouba, président élu en 1992, décida de traiter avec une compagnie pétrolière américaine, que Denis Sassou Nguesso le chassa du pouvoir avec l'aide de l'armée angolaise : peut-on vraiment dire qu'il s'est agi d'un conflit africain ?

    Où qu'on regarde, on aperçoit une main étrangère dans les conflits. Voyez le long conflit éthiopien, guerre civile reproduisant en fait l'opposition entre l'Union soviétique d'alors et les Américains. Ou les derniers événements "terroristes" en Afrique de l'ouest et du centre : auraient-ils existé sans l'intervention occidentale en Libye, permettant et aux armes de Kadhafi de s'échapper dans le Sahara, et aux armes fournies abondamment aux rebelles d'être redistribuées aux adeptes de Boko Haram avec la complicité d'un riche allié arabe de l'Occident ?

    Même des conflits qui paraissent plus autochtones comme les guerres du Libéria et de Sierra Leone ne sont pas exempts d'intervention étrangère : on a suffisamment évoqué les "diamants du sang" pour savoir qu'ils furent à la fois la raison d'être des conflits et leur source de financement. Or ces diamants furent exportés hors d'Afrique via une capitale africaine francophone. Il faut savoir qu'avant la chute de Bokassa, c'est Bangui qui servait de relai à tous les diamants africains de contrebande (et aussi aux défenses d'éléphant prohibées) Après Bokassa, on peut le dire aujourd'hui, ce fut Compaoré qui géra le trafic, on restait dans le cadre de la France-Afrique...

    Allons au nord du continent où fleurirent des "Printemps arabes" : que seraient-ils devenus sans l'argent saoudien ? Certes, les mouvements islamistes existaient depuis longtemps et avaient grandi en œuvrant inlassablement dans le domaine de la solidarité. Mais c'est une radio qatarie, Al Jazeera, ainsi qu'un Net sous forte influence saoudienne, qui vont relayer en temps réel  les révoltes des jeunes.

    Il existe certes des conflits purement locaux. La guerre de l'Ogaden n'est par exemple que la nième tentative des Somalis des plaines arides de l'est africain de vivre des jours meilleurs sur les hauts plateaux éthiopiens. Leurs habitants ont, de tous temps, repoussé les escalades somalies vouées de toute façon à l'échec compte tenu de la topographie. Mais les guerres entre forestiers, presque tous bantous et cultivateurs, et Sahéliens, presque tous issus de pasteurs nomades n'auraient pas eu lieu si les colonisateurs n'avaient pas érigé des frontières si connes au congrès de Berlin (1884-1885) Et n'auraient pas été aussi prégnantes si les esclavagistes arabes puis européens n'avaient pas fondé leurs prédations sur une alliance avec les Sahéliens contre les Bantous.

    Nous avons trop tendance aujourd'hui à gommer le passé. Or celui-ci, en géopolitique, explique toujours le présent et annonce l'avenir. Ainsi et globalement, les Africains n'ont réellement repris leur croissance démographique, stoppée plus de trois siècles durant par les traites puis la colonisation, qu'après leurs indépendances. Années au cours desquelles les prix des matières premières ont été au plus bas de l'histoire de l'humanité ! Et au cours desquelles l'Occident a détruit les Etats naissant tout en désinvestissant massivement hors les mines et le pétrole. On retrouve donc partout des hordes de jeunes au chômage face à une autorité publique quasi inexistante.

    Fort heureusement, le lien familial est encore fort en Afrique et les parents ont l'autorité que leurs Etats n'ont pas encore conquis (contrairement aux parents africains immigrés en Occident) Ce pourquoi il n'y a pas plus de troubles. Car si vous regardez, sur Wikipédia, les listes des guerres en Europe, en Amérique ou en Asie au cours des mêmes périodes, vous pourrez constater aisément que l'Afrique est en fait le continent le moins guerrier du monde. C'est d'ailleurs le seul continent où l'ont considère la mort comme anormale : presque partout, il faut une explication lors de la disparition d'un proche, fut-il centenaire ! Et si les hommes, notamment en Afrique centrale, ont pu être excités par le pillage, les femmes ont tenu et leur maisonnée et, de fait, l'économie de leur pays. Elles y ont même gagné le droit de travailler sans l'accord préalable de leur mari !

    Dernier éclairage pour finir de vous convaincre : allez sur le site de la CIA-World Facts Book (c'est gratuit)  et voyez les comparaisons entre Etats, rubrique dépenses d'armement. Vous pourrez constater aisément, je l'ai déjà fait dans ces colonnes, que les pays africains comptent parmi ceux qui dépensent le moins en armement (en pourcentage de leur PIB) Et même s'ils ont parfois disposé de grands chefs de guerre, on ne peut vraiment pas dire qu'ils aiment guerroyer...

     

     

    Les Guerres en Afrique depuis 1 demi millénaire

    Source : Wikipedia et New Africa

    Guerre maroco-Songhaï (1591 - 1610).

    Guerre Adal-Éthiopie (1527 - 1543)

    Conquête portugaise de l'Angola (entre1671) 

      Guerre entre les royaumes denkyira et ashanti (entre 1700 et 1780) 

     Guerre entre les Régences d'Alger et de Tunis de 1705 

    Remontée Ashanti vers le Nord (stoppée en 1901)

    entre 1800 et 1900

    le Difacane de Shaka contre les peuples environnants (troubles zoulous)

    les 8 guerres cafres entre Afrikaners et Xhosas (1800-1900)

    Guerre de Tripoli (1801-1805) 

    le Jihad d'Ousmane dan fodio (1805-1850) 

    la guerre anglo-égyptienne contre le Mahdi au Soudan

    Guerres anglo-ashanti 

    Guerre entre la France et le Trarza (1825) 

    Conquête de l'Algérie par la France (1830-1847) 

    Guerre franco-marocaine (1844) 

    Guerre d'Afrique ou première guerre du Maroc (1859-1860) 

    Guerre égypto-éthiopienne (1874-1876) 

    Guerre anglo-zouloue (1879) 

    Première Guerre des Boers (1879-1880) 

    Guerre des Mahdistes (1881-1898) 

    Expédition de Madagascar (1881-1895) 

    Guerre anglo-égyptienne (1882) 

    Première guerre franco-malgache (1883-1885) 

    Première guerre du Dahomey (1890) 

    Seconde guerre du Dahomey (1892-1894) 

    Campagnes de l'État indépendant du Congo contre les Arabo-Swahilis (1892-1894) 

    Première guerre italo-éthiopienne (1895-1896) 

    Deuxième Guerre des Boers (1899-1902) 

    Djihad de Mad Mullah (1899-1920) 

    entre 1900 et 1945

    Guerre italo-turque dite "de Tripolitaine"(1911-1912) 

     Djihad des Sénoussis (Résistance d'Omar Al Mokhtar) (1911-1931) 

    Rébellions touarègues

      Révolte de Kaocen au Niger (1916-1917) 

    Rébellion touarègue au Mali (1962-1963)

    Rébellion touarègue au Mali et au Niger (1990-1996)

      Première Guerre mondiale 

      Guerre du Rif (1921-1926) 

     Seconde guerre italo-éthiopienne (1935-1936) 

     Résistance éthiopienne (1936-1941) 

      Seconde Guerre mondiale 

       Guerre du désert (1940-1943) 

     Campagne d'Afrique de l'Est (1940) 

     Campagne du Gabon (1940) 

    Entre 1945 et 2000

     Insurrection malgache de 1947 

     Révolte des Mau Mau (1952-1956) 

      Guerre d'Algérie (1954-1962) 

      Première guerre du Sud-Soudan (1955-1972) 

      Guerre de Suez (1956) 

     Guerre d'Ifni (1957-1958) 

     Crise congolaise (1960-1965) 

     Opération des Nations unies au Congo (1960-1964) 

      Crise de Bizerte (1961) 

     Guerres coloniales portugaises (1961-1974) 

     Guerre d'indépendance de l'Angola (1961-1974) 

     Guerre d'indépendance de la Guinée Bisseau et du Cap-Vert (1963-1974) 

     Guerre d'indépendance du Mozambique (1964-1974) 

      Guerre d'indépendance de l'Érythrée (1962-1991) 

      Guerre des sables (1963) 

       Guerre de la frontière sud-africaine (1965-1988) 

      Guerre du Tchad (1965-1994) 

      Guerre civile tchadienne (1965-1979) 

    Conflit tchado-libyen (1978-1987)

     Guerre civile tchadienne (1979-1994) 

     Guerre civile au Nigeria ou guerre du Biafra (1967-1970) 

     Guerre du Bush de Rhodésie du Sud (1972-1979) 

      Guerre du Sahara occidental (1975-1991) 

      Guerre civile au Mozambique (1975-1992) 

     Guerre civile de l'Angola (1975-2002) 

      Guerre d'indépendance du Cabinda (1975-?) 

     Raid d'Entebbe (Raid de l'armée israélienne en Ouganda pour libérer les otages du vol Air France 139) (1976) 

     Première guerre du Shaba (1977) 

      Guerre égypto-libyenne (1977) 

      Guerre de l'Ogaden (1977-1978) 

    Deuxième guerre du Shaba (1978) 

      Guerre ougando-tanzanienne (1978-1979) 

    Guerre de brousse en Ouganda (1981-1986) 

      Seconde guerre du Sud-Soudan (1983-2005) 

     Guerre de la Bande d'Agacher ou guerre de Noël (1985) 

     Opération Jambe de bois (Bombardement par l'armée israélienne du quartier-général de l'OLP en Tunisie) (1985) 

    Opération El Dorado Canyon (Bombardement des États-Unis sur Tripoli et Benghazi) (Libye) (1986)

     Insurrection de l'Armée de Résistance du Seigneur (1987-?) 

     Première et deuxième guerre civile du Libéria (1989-2003) 

     Guerre civile du Rwanda (1990-1993) 

     Guerre civile djiboutienne (1991-1994) 

      Guerre civile de Sierra Leone (1991-2002) 

    Guerre civile de Somalie (1991-?)

     Opération Restore Hope (Opération conduite par les États-Unis sous l'égide des Nations-Unies) (1993) 

      Guerre civile d'Algérie (1992-2002) 

    Guerre civile du Burundi (1993-2005) 

     Génocide au Rwanda (1994) 

    Conflit de Caprivi (1994-1999) 

    Première guerre du Congo (1996-1997)

      Insurrection des Allied Democratic Forces (ADF) (1999-?) 

      Guerre civile du Congo-Brazzaville (1997-1999) 

     Opération Infinite Reach (Bombardement des États-Unis en Afghanistan et au Soudan) (1998) 

     Guerre civile de Guinée-Bissau (1998-1999) 

    Deuxième guerre du Congo (1998-2003)

     Conflit d'Ituri (1999-?) 

     Guerre Ethiopie-Erythrée (1998-2000) 

    Depuis 2000

    Guerre civile de Côte d'Ivoire (2002-2007)

    Guerre civile au Darfour (2003-?)

    Guerre du Kivu (2004-2009)

    Première guerre civile de Centrafrique (2004-2007)

    Guerre civile tchadienne (2005-2010) 

    Guerre civile de Somalie (depuis 1991) 

    Lutte contre la Piraterie autour de la Corne de l'Afrique 

    Combat au large de la Somalie le 18 mars 2006 

    Opération Atalanta sous l'égide de l'Union Européenne (2008-?)

    Opération Ocean Shield sous l'égide de l'OTAN (2009-?)

    Intervention militaire de l'Éthiopie en Somalie (2006-2009)

    Intervention militaire du Kenya en Somalie (2011-?)

    Rébellions touarègues 

    Rébellion touarègue au Mali (mai 2006-juillet 2006)

    Rébellion touarègue au Niger et au Mali (2007-2009)

    Rébellion touarègue au Mali (janvier 2012-avril 2012)

    Violences postélectorales au Kenya en 2007-2008 

    Invasion d'Anjouan (2008)

    Guerre djibouto-érythréenne (2008)

    Insurrection de Boko Haram (2009-?)

    Crise ivoirienne de 2010-2011 

    Révolution tunisienne de 2010-2011 

    Révolution égyptienne de 2011 

    Insurrection du Sinaï (2011- ?)

    Première guerre civile libyenne (2011)

    Intervention militaire de 2011 en Libye sous l'égide de l'ONU 

    Conflit inter-soudanais (depuis 2011) 

    Guerre du Mali (2012- ?)

    Intervention militaire au Mali (2013- ?)

    Rébellion du M23 (Kivu) (2012-2013)

    Deuxième guerre civile de Centrafrique (2012-2013)

    Troisième guerre civile de Centrafrique (2013-?)

    Intervention militaire en Centrafrique (2013- ?)

    Guerre civile sud-soudanaise (2013-?)

    Insurrection du RENAMO (Mozambique) (2013- ?) 

    Deuxième guerre civile libyenne (2014- ?)

    Crise politique burundaise de 2015 (2015- ?)

    Rébellion des Kamwina Nsapu (République Démocratique du Congo) (2016- ?) 

     

     


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  • L'écologie, nouvel opium des peuples

     

    Hier encore, le "Socialisme" était la terreur des riches : imaginer des hordes de va-nu-pieds prêts à se partager leurs biens leur était totalement insupportable. Si bien que lorsque le "socialisme réel" s'effondra avec l'URSS, ils poussèrent un immense cri de joie qui ébranla jusqu'aux partis communistes les plus staliniens. Le PC italien versa dans la sociale démocratie pourtant honnie avant d'épouser l'ultra libéralisme européen. Le PC français s'allia au PS ennemi au sein duquel il perdit jusqu'à la moindre réflexion indépendante : lui aussi enfourcha le balais sulfureux de l'ultra libéralisme. Un historien américain alla même jusqu'à proclamer "la fin de l'histoire" tandis que des milliardaires américains se félicitèrent ouvertement d'avoir gagné la guerre contre les pauvres...

    On a vu en Occident la conséquence quasi immédiate de la chute du mur de Berlin, emblème, selon les riches, de la défaite des pauvres : en trente ans, la part des salaires dans les coûts de production occidentaux passa de plus de 20% à moins de 15%, la différence allant dans la poche des actionnaires plutôt que dans les budgets de recherche et développement (stagnation de l'investissement dans tout l'Occident, surtout en Europe) Résultat : stagnation de la demande occidentale et augmentation fabuleuse du chômage. Donc risque de renouveau du socialisme...

    C'est alors que l'écologie débarqua en fanfares et trompettes, avec l'appui de la totalité des grands médias. Notre Terre courrait à sa perte non pas du fait du déclin des économies occidentales, mais du trop plein de consommation. Pollution atmosphérique, pollution des mers, gaspillage de ressources naturelles limitées, etc. Vous connaissez, je n'en rajoute pas.

    Sauf que, tout récemment, se sont ajoutées, pour l'instant, des recommandations de vie ascétique. Avant qu'elles ne deviennent des obligations d'ascèse dont je vous livre les dernières nouveauté : arrêter de se laver et de manger de la viande. Si vous comparez ces recommandations à celles qui furent soulevées avant d'être rendues obligatoires dans d'autres domaines comme celui du transport ou des fabrications "sans" (parabène, OGM, phosphates, etc., etc.), vous pouvez aisément imaginer nos lendemains qui déchantent : les riches vous vendent en fait et sans que vous ayez votre mot à dire, le contentement d'une vie de pauvre. Au point qu'aujourd'hui, en ces jours d'automne 2017, les grands médias invitent des "minimalistes" à vanter leur mode de vie : un ordinateur, quelques fringues et c'est tout !

    C'est tellement "linéaire", se déroulant comme un plan murement réfléchi, que je ne n'hésite pas à penser que, pour éviter que les peuples occidentaux ne replongent dans le "partagisme", les grands capitalistes ont créé de toutes pièces  l'écologie. Et une écologie fasciste qui plus est : tous ceux qui ne sont pas d'accord sont d'abord diabolisés avant d'être éjectés des grands médias.

    "complotisme", me direz-vous. Et peut-être aurez-vous raison. Mais quand on voit que la plupart des fantasmes écologiques sont plus que largement surestimés, on ne peut que se poser la question. Voyez le pétrole. On vous avait annoncé sa fin (le fameux pic de production) il y a plus de 10 ans. Le pic n'est toujours pas atteint. Voyez la déforestation : les écolos continuent à hurler à la mort tandis que le nord de la planète se reforeste à toute allure, comblant largement la déforestation du sud. Ce, parce que les campagnes sont abandonnées au profit des villes, phénomène qui touche aussi le sud de la planète. Idem en ce qui concerne la démographie : alors que l'ONU continue à hurler à la mort, les citadins en pourcentage croissant continue à faire moins d'enfants. Même l'Afrique freine sa démographie très rapidement, passant de 6 enfants par femme en âge de procréer à un peu plus de 4 aujourd'hui en moins de 20 ans. L'Europe se dépeuple, Russie incluse, et les USA renouvellent un tout petit peu plus leur population, mais vraiment un tout petit peu, du fait essentiellement des Hispaniques : même les Noirs Américains sont en déclin ! Voyez le fameux permafrost qu'on vous disait délétère pour la planète entière s'il venait à fondre : les Chinois en extraient déjà du méthane et les effondrements en Russie n'ont donné lieu à aucun holocauste d'hommes et d'animaux. Le réchauffement est une réalité mais aujourd'hui, la part de l'homme n'est plus aussi certaine. Ce n'est que parce que de nombreux scientifiques se sont rangés derrière cette bannière que sa responsabilité est toujours montrée prioritairement du doigt. Alors que, responsable ou pas, il n'y a pas grand chose à faire et les milliards dépensés pour combattre le réchauffement sont gaspillés. Il aurait mieux valu les dépenser à organiser la survie des populations littorales !

    Alors, pourquoi le discours n'évolue-t-il pas s'il n'a pas complot ? Parce que, sommes-nous en droit de répondre face à ce déferlement médiatique, il fallait bien trouver une autre drogue, un autre opium au peuple que les religions, en perdition occidentale, puis les idéologies, également en perdition sauf celle du libéralisme ultra.

    Et ce alors que nos médias, nos riches, nos idéologues de l'écologie se trompent sur un point essentiel : l'Occident n'est pas le Monde. Nous représentons moins d'un milliard d'habitants sur les 7,5 milliards qui peuplent aujourd'hui notre planète. Economiquement, l'Occident n'est plus le maître depuis maintenant 20 ans. Le commerce maritime sur le Pacifique (qui ne concerne que des pays du sud) a largement dépassé le commerce sur l'Atlantique nord. Les pays jadis "en développement" ("sous-développés" dans nos têtes) déposent plus de brevets que nous depuis au moins 5 années. Et si l'on retranche les dettes de nos richesses, les richesses de ces pays sont supérieures aux nôtres. Nous avons perdu la guerre économique parce que nous avons crû que la puissance militaire nous protégerait, tout comme elles nous a donné jadis la suprématie. Les USA à eux-seuls dépensent toujours plus de la moitié des dépenses militaires mondiales et n'ont pas su empêcher les Russes de défaire leur coalition (Daech-Arabie Saoudite-Qatar-"bon" rebelles dont Al Qaida) en Syrie. Des Russes qui ne dépensent même pas 10% des sommes américaines pour leurs armées ! Et la Chine vient de s'implanter militairement à Djibouti ou, hier encore, les Français faisaient la loi : non seulement nous avons perdu la guerre économique mais en sus, nous sommes en train d'abimer notre supériorité militaire dans un océan inutile de gadgets électroniques. Quand on se donne à ses marchands d'arme, c'est ce qui arrive obligatoirement !

    L'écologie gênerait-elle alors la nouvelle suprématie économique du sud ? Comme le disent des Africains mal informés, elle serait une nouvelle arme contre le "Tiers Monde", renchérissant ses coûts de fabrication ? Même pas : compte tenu des contrôles, les contraintes écologiques pèsent essentiellement sur les fabrications occidentales. Tenez, prenez l'amiante : chez nous, la destruction de murs en amiante-ciment doit impérativement être confiée à des spécialistes très chers (il faut envelopper totalement les structures et travailler dans des vêtements de cosmonaute) Croyez-vous que les Chinois ou les Africains vont se payer ce luxe ?!

    Si bien que nos Riches, s'ils ont décidé de lancer le nonos écologie pour éviter un retour du socialisme, ont vraiment eu tout faux : ils ont en fait accéléré le déclin de leur empire sans pour autant "sauver la planète" : la consommation des pauvres non occidentaux va continuer à croître, que nous le voulions ou  non. Et nous ne pouvons même plus leur imposer nos volontés militairement : même la petite Corée du Nord a aujourd'hui sa bombe atomique et les vecteurs pour nous l'envoyer si on gueule un peu trop ! Alors que dire de la Chine ! Même l'Afrique du Sud peut très vite se réarmer atomiquement (les Noirs avaient accepté de renoncer à l'atome militaire en arrivant au pouvoir) Bref, la "communauté internationale" n'est plus que du vent, elle ne fait plus peur à personne. On veut faire de nous des minimalistes consuméristes, mais nous sommes déjà des minimalistes politiques. Qui se font malmener comme des marionnettes par les médias de riches inconscients. Face à l'éveil du Tiers Monde, les troupes occidentales n'existent déjà plus. Alors, comment les riches pourront-ils sauver leurs précieuses actions quand les hordes sudistes les déposséderont de leurs parts de marché ?! J'ai déjà donné de nombreux exemples de ces dépossessions, à commencer par Lafarge, obligé de se marier avec Holcim pour cacher la baisse de ses implantations dans le monde. Que dire du nouvel ensemble Siémens-Alsthom crée pour essayer de survivre face aux Chinois ? C'est toutes les semaines aujourd'hui qu'on voit de tels regroupements de panique. On n'en est plus au rachat de vignobles par quelques milliardaires exotiques ! Le tout sur fond de surendettement des pays occidentaux, Etats comme populations, ce que nos économistes nobélisés appellent la "financiarisation"

     

    Car nos économies sont en train de tourner "Potemkine", de façade. Nous dominons toujours le commerce mondial mais uniquement parce que nos produits font du va-et-vient inter frontières continuel. Jusqu'à trois fois pour un seul produit : une fois en matière première, une fois en semi-produit et une fois en réexportation de produit fini. Divisons nos statistiques par trois et vous verrez qui exporte le plus aujourd'hui ! Nous croulons sous les dettes, nous trichons sur les chiffres, c'est bien de l'économie Potemkine qui se dresse en lambeaux face aux économies tout ce qu'il y a de réel des anciens pays pauvres. Alors, l'écologie...


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  • African fake fashions

    (Christian d'Alayer - 15 septembre 2017)

     

    On parle beaucoup ces temps-ci des "fake news", ces fausses nouvelles qui seraient massivement diffusées sur le Net et tout aussi massivement dénoncées par les médias traditionnels. Mais tous les Africains ont pu lire des séries presque ininterrompues de fausses nouvelles sur leur continent déversées par ces mêmes médias traditionnels. De même que tous les spécialistes de telle ou telle question désespèrent à la lecture de ce qu'en relatent les journalistes les plus aguerris. Voyez aussi les informations en temps de guerre : l'ennemi est toujours horriblement méchant face aux anges de vos propres troupes ! A cet égard et tout récemment, on retiendra que les bombes occidentales pleuvant sur Mossoul ou Raqqa étaient et sont "propres" face aux bombes absolument répréhensibles des Russes tombant sur Alep...

    Il en va de même en histoire. Jadis, Suétone, l'historiographe de l'empereur romain Marc Aurèle qu'il devait impérativement encenser, écrivit La Vie des douze Césars. Une biographie des empereurs qui précédèrent celui qui se considérait comme un philosophe. Alors et bien sûr, tous ses prédécesseurs furent des nuls sanguinaires. Vision confirmée, si l'on peut dire, par l'autre grand historien de l'empire, Tacite, qu'on peut comparer au révolutionnaire français Cambacérès (auteur d'une histoire de la Révolution française rédigée sous la Restauration) : ce sont des personnages qui sont passés entre les gouttes d'un régime à l'autre en écrivant bien entendu que leurs actes passés étaient de la faute des autres. Ajoutez à ces ingrédients la vindicte de réelles victimes arrivées au pouvoir par la suite, en l'occurrence les Chrétiens, et vous obtenez l'image, par exemple, d'un Néron fou sanguinaire alors qu'il fut sans doute l'un des meilleurs empereurs de la série : c'est sous son règne par exemple que se généralisa le phénomène de l'affranchissement qui permit à Rome de bâtir une administration à la hauteur de son empire. Néron avait été éduqué par un grand philosophe stoïcien, Sénèque, qui eut une importance cruciale pendant les 8 premières années d'un règne de 14 ans. On a par exemple retrouvé des réglementations de cette époque destinées à protéger les productions romaines des importations...chinoises. He oui, déjà... Que Néron ait dû se défendre en sus contre des familles sénatoriales (dont sa propre mère !) furieuses d'être évincées du pouvoir et trempant dans d'innombrables complots est une autre histoire à laquelle furent confrontés la plupart des empereurs romains.

    Et c'est ainsi que naquit tout récemment la polémique en France sur les bienfaits de la colonisation. Les Africains, eux, ont voté avec leur ventre et n'ont recommencé à faire des enfants qu'au départ des colonisateurs. La Gauche française avait répandu l'idée de colonisation apportant la civilisation aux sauvages. Les manuels scolaires, les médias, les discours politiques, tout poussait l'opinion publique française à croire aux fariboles des colonialistes. Songez qu'Albert Londres publia Terre d'ébène, sa dénonciation féroce du travail forcé, en 1929. Mais que le dit travail forcé ne fut définitivement supprimé qu'en 1954 au Sénégal ! Tandis que les députés français osèrent voter en 2005 une loi obligeant l'Education nationale et les éditeurs à vanter les "bienfaits de la colonisation" : parfois, l'histoire trébuche à force de ne pas vouloir se remettre en cause.

    En économie, c'est pire puisqu'une science sociale a décidé de se muer en idéologie. Là où l'économétrie et la réflexion critique devraient prévaloir, ce sont des à priori qui sont assainés à longueur de temps dans tous les médias du monde. L'ultra libéralisme prit ainsi son envol dans les années 1980-1990. La gestion publique, c'était l'horreur et le privé, "La" Solution. Je me rappelle m'être fait ainsi morigéner en conférence de rédaction pour avoir osé écrire que la gestion privée de la Compagnie centrafricaine de navigation n'avait pas été meilleure que sa gestion publique. Qui aujourd'hui, oserait écrire que c'est la gestion d'Air Afrique par la Coopération française qui l'amena à la faillite définitive du fait de l'achat forcé de deux Airbus flambant neuf alors que ses Boeings étaient amortis et encore en bon état, et non les impayés des Etats membres ?! Souvenez-vous aussi de la théorie française du développement par scissiparité : vous aidez surtout la Côte d'Ivoire et, par diffusion circulaire, les pays voisins vont émerger eux aussi.

    La grande mode actuelle est la "bonne gouvernance" : il est de bon ton de déclamer partout que le malheur de l'Afrique, ce sont ses dirigeants. Alors que le continent se développe avec des Etats qui n'en sont pas vraiment, privés de moyens réels depuis l'intervention du FMI, de la Banque Mondiale et des Clubs de créanciers (Londres et Paris) dans les années 1970-1990. Cohortes de fonctionnaires licenciées, privatisations dans tous les domaines, interventions "humanitaires" en tous genres, de la campagne de presse à l'intervention militaire... Malgré cela, les Africains se développent à un rythme aujourd'hui très supérieur au rythme de leur démographie. Tout comme d'ailleurs les Belges, il y a quelques années, vécurent très heureux et en paix en étant privés plus d'un an et demi de tout gouvernement !  L'économie est affaire de tout autre chose que de gouvernance et Schumpeter l'a magistralement démontré en mettant en évidence les facteurs de productions (travail, capital et facteur résiduel) Mais un siècle et demi après sa démonstration, les plus grands économistes actuels (jusqu'à des prix Nobel !) reprennent en chœur cette fumisterie de "bonne gouvernance"

    Tout comme hier encore, nos plus grandes plumes avançaient que démocratie et développement allaient de paire : les Chinois en rigolent (jaune peut-être ?) toujours ! Et Napoléon III, dictateur s'il en fut, doit lui aussi secouer ses os dans sa tombe londonienne : ce n'est pas de démocratie dont le développement a besoin, mais de stabilité. Et encore ! Car les guerres et les catastrophes naturelles ont toujours entraîné un surcroît de croissance à leur suite. Quand il faut reconstruire, les humains n'attendent pas d'avoir une bonne gouvernance démocratique !  Sans compter le fait que les guerres favorisent l'émancipation des femmes du fait de l'obligation de les intégrer au monde du travail. Bref, l'économie est contée aux populations sur un mode "fake" plus qu'évident.

    Et tout cela marche ! Pour une raison simple : les peuples ne sont pas stupides mais ont d'autres chats à fouetter que de penser sérieusement, en s'informant et en se cultivant spécialement à cet effet, aux affaires politiques, économiques et sociales de leur pays. Hier, ils lisaient les journaux. Aujourd'hui, ils écoutent la radio et regardent la télévision. Demain, ils s'informeront sur leur téléphone portable ou leur tablette, raison pour laquelle d'ailleurs les Etat veulent à tout prix contrôler aussi les informations du Net. Ils se révoltent parfois quand l'iniquité leur apparaît trop crûment, surtout quand ils sont jeunes. Mais presque toujours, leurs aspirations du moment se heurtent aux réalités. Ils finissent par s'estimer trahis. C'est que, très souvent aussi, leurs leaders révolutionnaires sont plus juristes qu'économistes. Aujourd'hui par exemple, les Tunisiens perdent l'illusion du Grand Soir qu'ils avaient cultivée le temps de leur "Printemps" Ils ont renvoyé Ennahdha pour, justement, défaut d'économisme et hurlent à la mort à présent parce que les démocrates au pouvoir rappellent les partisans de Ben Ali : il faut bien remettre la machine en marche et la manière la plus rapide est de le faire faire par ceux qui s'en occupaient avant la révolution : avant de disposer de généraux capable de mener intelligemment leurs troupes à la bataille, les Révolutionnaires français de 1789 durent bien faire appel aux généraux du régime précédent (qui finirent par trahir mais après avoir fait le boulot)...

    Dans tout cela, on voit bien que le problème réel n'est pas celui des "fake news", scories en fait de la liberté d'informer qui est loin de bien se porter dans les médias traditionnels. Les "fake fashions" véhiculées par ces médias traditionnels sont en fait plus nocifs que ces scories. On le voit très bien avec le F CFA, défendu bec et ongle par ceux qui en bénéficient toujours. Cette monnaie adossée à la monnaie française était adaptée à l'exportation de matières premières dans les pays riches. Mais elle ne l'est plus dès lors que les marchés intérieurs africains se développent en se concurrençant : les monnaies qui sont libres de pratiquer la dévaluation compétitive sont alors privilégiée et c'est la raison pour laquelle, par exemple, le Nigeria a fini par phagocyter tout ce qu'il y a d'intéressant dans la sous région en matière de productions destinées à la consommation locale. Car si l'évolution de la CEDEAO a tout de même pas mal ouvert l'immense pays aux exportations de ses voisins, ils ne peuvent, eux, en profiter...

    L'image de marque de l'Afrique continue, autre fake fashion soutenue par les médias traditionnels occidentaux, à être malmenée alors que l'Afrique d'aujourd'hui décolle. Les Chinois sont devenus les premiers investisseurs étrangers face aux anciens colonisateurs qui hésitent toujours à revenir économiquement sur le continent. Combien de points de croissance sont ainsi perdus du fait de cette image de marque trompeuse répandue par des journalistes avides de clichés ?! N'est-ce pas plus important que de dénoncer inlassablement des dirigeants qui n'en peuvent mais ? Bien sûr, il existe aussi des fake news africaines. A commencer par des chiffres exorbitants sur la fortune supposée des dirigeants politiques : quelques plaisantins estimèrent ainsi la fortune de feu Mobutu à 50 milliards de dollars. Somme que l'économie du pays ne pouvait alors même pas dégager sur plusieurs années ! Et de nombreux autres dirigeants furent ainsi présentés comme plus riches que les milliardaires occidentaux !  Des ONG pareillement ont exagéré à outrance le nombre des victimes de tel ou tel conflit, exagérations qui sont devenues des vérités à force d'avoir été répétées par les médias traditionnels. Sans compter le nombre d'Africains touchés par le Sida : alors que seuls les pays miniers étaient vraiment atteints, l'OMS alla jusqu'à publier des chiffres totalement dingues de "prévalence" (part de la population atteinte) dans tous les pays du continent. Quand, à peine deux ans plus tard, les vrais chiffres furent publiés par la même organisation médicale, aucun média traditionnel ne releva que les Africains avaient accompli un miracle : guérir aussi vite un nombre aussi important de gens "prévalus" ! Tout cela en grande partie (mais seulement en partie), parce que, dans les campagnes, le mot "Sida" permettait d'obtenir immédiatement des moyens que d'autres maux n'attiraient pas. Les responsables des antennes médicales locales n'hésitèrent donc pas à mettre sur le dos de la maladie de riches qu'est le Sida des symptômes de maladies plus communes en Afrique. CQFD, mais ça n'a jamais été dit ! Et voici une dernière fausse nouvelle africaine : alors que les médias occidentaux n'arrêtent pas de chanter les louanges de Mandela, ils cognent à qui  mieux-mieux sur Jacob Zuma et l'ANC qui le maintient dans ses fonctions. En omettant de dire que l'ANC est dirigée par les syndicats (c'est donc la gauche) alors que Mandela représentait la branche armée de la dite ANC, surtout dirigée par des notables (la droite) "Mandela gentil, Zuma méchant", alors qu'en fait il s'agit d'un combat politique entre des gens qui sont soumis aux pressions populaires demandant plus de pouvoir économique et d'autres qui sont soumis aux pression d'un patronat largement blanc. Vous avez dit "Fake news" ?

     

     

     


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  • Africanistes : Devoir de rentrée

    (Christian d’Alayer, 28 août 2017)

    D’habitude, on donne des « devoirs de vacances » Mais il semble qu’en cette rentrée 2017, les médias hexagonaux aient demandé à leurs collaborateurs de mieux couvrir l’Afrique, un continent qui intéresse tout de même plus de 7 millions de Français d’origine africaine. On voit donc fleurir ici et là des écrits « africanistes » qui n’ont pas toujours –c’est un euphémisme !- la marque de l’expérience. Voici donc quelques données de base sur les pays d’Afrique, données propres à remettre  les pendules à l’heure.

    Premier enseignement, l’Afrique ne s’est pas effondrée économiquement avec la baisse (très relative) des prix des matières premières. Commençons par le pétrole (tableau 2) : Il a certes vu son cours baisser de plus de 50% par rapport à 2012. Mais de 25% seulement par rapport à 2009 et il reste 4 fois supérieur à son cours de décembre 1999. Il est normal, dans ces conditions, que les pays exportateurs de pétrole aient eu un peu de mal à conserver une croissance positive depuis la baisse du prix de leur principale exportation. Mais si vous considérez le fait que, selon quelques bonnes âmes, ces pays « ne vivent que du pétrole », alors il faut qu’elles nous expliquent comment, avec une telle baisse, l’Angola ait enregistré une hausse de son PIB de 1,1% en 2016 tandis que le Nigeria n’enregistrait qu’une petite baisse d’1,5 point. « Les statistiques africaines sont fausses » rétorquent nos « africanistes »Mais celles que vous avez sous les yeux sont tirées des ordinateurs de l’OCDE, organisme totalement indépendant des Africains. La Banque Mondiale peut, certes, être inféodée aux Etats qui la dirigent et qui, pour une raison ou pour une autre, peuvent vouloir présenter un pays de manière positive ou négative (ce fut le cas par exemple du Zimbabwe) Mais l’OCDE n’en a cure !

    D’ailleurs les prix de l’ensemble des matières premières ne se sont pas  effondrés comme vous pouvez le constater. Les fluctuations des autres « commodities », comme disent les Anglais, enregistrent des variations bien plus faibles (à l’exception du minerai de fer), sans commune mesure avec l’effondrement des années 1980-1990. Et si les scores de deux poids lourds de l’économie africaine font baisser la moyenne continentale, vous pouvez constater que la plupart des autres pays, hors quelques cas particuliers (Sud Soudan, Centrafrique par exemple), continuent à afficher des résultats enviables.  C’est que, deuxième point, le retournement complet des termes de l’échange à partir des années 1980 pour les prix industriels et 2000 pour les prix des matières premières, a enfin permis aux Africains de décoller  et d’enregistrer des croissances économiques durablement et fortement supérieures à leurs croissances démographiques. Ce, d’autant que la démographie recule très nettement dans les grandes villes tandis que l’exode rural s’accélère sur le continent.

    Bref, le tableau d’ensemble est, dans les faits, très différent de ce qui ressort de la lecture débilitante de bon nombre des articles « africanistes » actuels en France. Articles dans lesquels la mauvaise gouvernance continue à être donnée comme raison principale de la « stagnation » du continent. Permettez ici au déjà vieil observateur  de l’Afrique que je suis de vous donner l’élément qui m’a le plus étonné : quand j’ai cessé de m’occuper d’Afrique en 1986, le PIB du continent était de l’ordre de 300 milliards de dollars. Je m’y suis réintérressé 15 ans plus tard : ce PIB dépassait les 1500 milliards de dollars. Et aujourd’hui, à nouveau 15 ans plus tard, il dépasse les 6000 milliards de dollars. On est loin de la stagnation, non ?!

    C’est que le développement économique africain, surtout au sud du Sahara, repose essentiellement sur la consommation intérieure. En l’absence de réels investissements étrangers (il n’y en a pratiquement que dans le pétrole et les mines), ce sont des entreprises locales qui répondent à la demande. Les enfants en fait des artisans qui se débrouillaient comme ils pouvaient pour tenter de vivoter jadis face aux « comptoirs » des anciens colonisateurs. Tel l’Africain le plus riche aujourd’hui, Aliko Dangote, convoyant quelques camions de ciment importé avant de devenir le premier cimentier du continent puis le maître d’un empire industriel diversifié mais tourné vers le marché subsaharien. On trouve de tels personnages dans tous les pays africains, du nord au sud. Cevital par exemple en Algérie, partant de la construction métallique, investissant dans l’agro-industrie puis dans la distribution et devenant le premier groupe privé du pays avec près de 20000 employés dans une trentaine de pays.  Ou la famille Sawiris en Egypte qui part du BTP pour arriver dans les télécoms avec son conglomérat Orascom. Ou bien encore le Burkinabé Oumarou Kanazoé qui part d’une petite boutique pour devenir le n°1 du BTP dans son pays. Celtel aussi, ce géant africain des télécoms créé par le Somalien Mo Ibrahim. Et toutes ces grandes familles bamilékés qui ont lancé, les premières au sud du Sahara, des banques à capitaux locaux… Sachez d’ailleurs et alors que les Nations Unies veulent renforcer l’entreprenariat en Afrique, que ce continent contient le plus d’entrepreneur par habitant au Monde ! il y a moins de 20% de salariés outre Méditerranée.

    Dernier point qui n’est pas dans les tableaux, les Africains sont aussi des fourmis irréprochables. Dans ma jeunesse, les professeurs d’économie pensaient qu’il fallait au moins 25% d’épargne pour garantir une croissance de 3% nette d’inflation. Et tandis que les Occidentaux se mettaient à remplacer l’épargne par le crédit (leur taux actuels d’épargne sont inférieurs à 10%), les Africains ont atteint ce niveau sans même compter  l’auto-investissement, inchiffrable tant l’économie informelle est puissante là bas. Le Nigeria a augmenté le chiffre de son PIB de 80% il y a quatre ans en prenant alors en compte son secteur informel et il est le seul à l’avoir fait en Afrique. C’est dire que la réalité est encore très supérieure aux statistiques officielles et non l’inverse comme l’écrivent encore trop de grincheux. Si on regarde les taux d’épargne de tous les pays qui connaissent toujours une très forte croissance, on voit d’ailleurs qu’ils sont tous supérieurs à 25% du PIB, c’est ce qui sépare définitivement les économies non occidentales de leurs concurrentes européennes, nord américaines ou japonaises : nos professeurs d’économie d’aujourd’hui parlent de « financiarisation » alors qu’ils devraient simplement parler de crédit à outrance. Et de crédits non productifs, car soit immobiliers, soit à la consommation. Les PME ont beaucoup de mal à financer leur développement et les grandes entreprises ont recours aux bourses de valeurs alors surgonflées tandis que les Etats font appel à ce qui reste de l’épargne populaire via les banques pour faire face à leurs remboursements.

    Et en définitive, sans doute les mêmes grincheux devraient-ils plus se soucier du devenir de l’Occident que de celui des pays de l’ancien « Tiers Monde », dont ceux d’Afrique, qui supplantent progressivement  cet Occident dans un nombre croissant de domaines. Voyez par exemple l’association du groupe Peugeot avec les Chinois, majoritaires relatifs dans le nouveau capital : le groupe a aujourd’hui racheté les filiales européennes du géant General Motors ! Et un autre chinois veut se payer le groupe FIAT qui a lui-même racheté l’Américain Chrysler : on n’en est plus au milliardaire exotique venu acheter une vigne bordelaise ! He bien en Afrique, ça commence aussi et Dangote sera dès l’an prochain le premier fournisseur de ciment aussi au Cameroun, devant le groupe franco-suisse Lafarge-Holcim qui fut jadis celui qui fournissait le ciment aux trois camions du milliardaire. En moins spectaculaire mais tout aussi important, les grossistes camerounais ont supplanté les Français dans toute leur sous-région en matière de produits maraîchers tandis que les paysans guinéens du Fouta-Djalon ont évincé d’Afrique de l’ouest les puissantes coopératives françaises exportatrices de pommes de terre. C’est cela, l’Afrique réelle…

     

    1)      Principales données économiques en Afrique en 2016

    (Source : OCDE, Perspectives économiques en Afrique)

    Pays

    PIB en millions $

    croissance en (en %)

    PIB/h  en $

    APD  en 2015 en millions $

    IDE 2015 en millions $

    Dette extérieure en % PIB

    Déficit public  en % PIB

    Balance courante en % PIB

    Réserves de change  en mois d’export

    Inflation  en %

    Algérie

     609 394

    3,5

    15 093

     88

    -587

    2,5

    -13,2

    -13,5

    24,0

    4,0

    Angola

     187 257

    1,1

    7 249

     380

    8 681

    51,1

    -5,5

    -11,2

    7,6

    19,7

    Bénin

     24 312

    4,0

    2 177

     430

    229

    19,1

    -6,2

    -7,1

    0,2

    2,6

    Botswana

     36 505

    2,9

    15 846

     66

    394

    23,3

    -0,7

    3,6

    13,4

    3,7

    Burkina Faso

     32 985

    5,4

    1 770

     997

    167

    21,4

    -3,1

    -4,3

    0,1

    1,5

    Burundi

     7 892

    0,9

     683

     367

    7

    24,8

    -6,7

    -18,7

    1,2

    6,6

    Cap Vert

     3 583

    3,2

    6 799

     153

    95

    102,3

    -3,3

    -7,2

    29,0

    1,6

    Cameroun

     77 237

    4,7

    3 228

     664

    620

    23,6

    -3,3

    -4,8

    0,8

    2,3

    R. centrafricaine

     3 206

    5,1

     641

     487

    3

    17,7

    -3,5

    -7,8

    4,5

    3,0

    Tchad

     30 587

    -3,4

    2 110

     607

    600

    23,3

    -5,6

    -8,6

    0,0

    3,1

    Comores

     1 259

    2,1

    1 560

     66

    5

    26,9

    -6,4

    -8,5

    8,4

    2,0

    Congo

     30 272

    -2,4

    6 385

     89

    1 486

    52,0

    -15,9

    -24,2

    1,0

    3,3

    Congo, Rép. dém.

     66 014

    2,5

     828

    2 599

    1 674

    24,4

    -1,6

    -5,7

    1,1

    2,1

    Côte d’Ivoire

     87 120

    8,4

    3 746

     653

    430

    39,6

    -3,8

    -2,0

    0,3

    2,0

    Djibouti

     3 345

    6,3

    3 718

     170

    124

    39,8

    -12,9

    -27,9

    3,3

    3,6

    Égypte*

    1 105 039

    4,3

    11 833

    2 488

    6 885

    16,9

    -12,8

    -5,9

    4,1

    12,9

    Guinée équatoriale

     31 769

    -8,2

    36 533

     8

    316

    9,5

    -5,4

    -11,6

    0,9

    1,5

    Érythrée

     9 169

    3,8

    1 713

     92

    49

    23,9

    -13,9

    -0,1

    ...

    9,4

    Éthiopie*

     174 742

    8,0

    1 716

    3 234

    2 168

    27,7

    -2,4

    -10,6

    ...

    11,6

    Gabon

     36 218

    2,9

    20 542

     99

    624

    38,0

    -2,8

    -8,2

    2,9

    2,5

    Gambie

     3 387

    2,1

    1 648

     108

    11

    36,7

    -7,3

    -11,4

    3,7

    5,1

    Ghana

     120 786

    3,3

    4 309

    1 768

    3 192

    57,1

    -8,7

    -3,9

    ...

    7,2

    Guinée

     16 084

    4,9

    1 242

     538

    85

    36,3

    -1,5

    -6,0

    2,0

    4,8

    Guinée-Bissau

     2 851

    4,9

    1 510

     95

    18

    22,5

    -4,0

    -2,2

    0,8

    2,6

    Kenya

     152 735

    6,0

    3 232

    2 474

    1 437

    38,3

    -7,8

    -6,0

    4,9

    5,1

    Lesotho

     6 019

    3,1

    2 786

     83

    169

    56,5

    -3,1

    -14,8

    6,7

    6,0

    Libéria

     3 881

    -0,5

     841

    1 094

    512

    23,6

    -2,2

    -28,5

    3,7

    8,6

    Libye

     90 892

    -8,1

    14 359

     158

    726

    16,5

    -53,8

    -37,8

    38,9

    10,1

    Madagascar

     37 491

    4,0

    1 505

     677

    517

    47,0

    -3,2

    -2,3

    3,4

    6,5

    Malawi

     21 227

    2,7

    1 196

    1 049

    143

    41,4

    -6,1

    -13,9

    3,8

    9,7

    Mali

     38 085

    5,3

    2 100

    1 200

    153

    24,9

    -4,2

    -6,7

    0,4

    1,6

    Mauritanie

     16 710

    3,1

    4 010

     318

    495

    88,4

    -3,3

    -15,8

    ...

    4,9

    Maurice

     25 849

    3,6

    20 235

     77

    208

    82,9

    -3,4

    -3,9

    6,8

    2,7

    Maroc

     282 784

    1,5

    8 122

    1 369

    3 162

    29,9

    -3,9

    -3,8

    6,2

    1,3

    Mozambique

     35 313

    4,3

    1 228

    1 815

    3 711

    111,3

    -2,8

    -31,1

    2,2

    8,2

    Namibie

     27 035

    1,3

    10 754

     142

    1 078

    60,3

    -4,7

    -9,7

    2,9

    5,2

    Niger

     20 266

    5,2

     978

     866

    525

    68,5

    -6,8

    -19,4

    0,3

    2,1

    Nigeria

    1 088 938

    -1,5

    5 824

    2 432

    3 064

    2,6

    -2,3

    -1,8

    6,3

    12,4

    Rwanda

     21 970

    6,0

    1 849

    1 082

    471

    34,2

    -3,2

    -13,2

    4,3

    5,0

    Sao Tomé-et-Principe

      694

    5,0

    3 573

     49

    28

    88,4

    -8,8

    -8,9

    3,7

    2,9

    Sénégal

     39 717

    6,7

    2 548

     879

    345

    71,3

    -4,2

    -6,6

    0,2

    2,0

    Seychelles

     2 608

    4,8

    26 877

     7

    195

    67,5

    1,0

    -14,1

    3,5

    3,8

    Sierra Leone

     10 636

    4,3

    1 613

     946

    519

    34,1

    -4,9

    -16,6

    3,5

    10,0

    Somalie

    ...

    ...

    ...

    1 254

    516

    ...

    ...

    ...

    ...

    ...

    Afrique du Sud

     736 325

    0,3

    13 393

    1 421

    1 772

    49,2

    -3,4

    -3,9

    5,5

    5,6

    Soudan du Sud

     20 884

    -13,1

    1 640

    1 675

    -277

    ...

    -21.8

    -0,4

    0,6

    49.1

    Soudan

     176 304

    3,0

    4 282

     900

    1 737

    47,6

    -1,8

    -5,3

    0,2

    12,1

    Swaziland

     11 061

    -0,6

    8 482

     93

    -121

    14,5

    -12,3

    9,4

    4,0

    6,4

    Tanzanie

     150 633

    7,2

    2 731

    2 580

    1 532

    32,0

    -3,5

    -5,6

    3,3

    5,0

    Togo

     11 609

    5,0

    1 548

     200

    53

    33,6

    -3,2

    -10,1

    0,2

    2,4

    Tunisie

     130 831

    1,0

    11 501

     475

    1 002

    67,9

    -5,8

    -7,7

    3,2

    3,8

    Ouganda

     84 925

    4,8

    2 106

    1 628

    1 057

    35,5

    -4,8

    -8,4

    4,3

    5,9

    Zambie

     65 174

    3,0

    3 899

     797

    1 653

    66,7

    -10,5

    -3,7

    2,4

    8,0

    Zimbabwe

     28 326

    0,5

    1 774

     788

    421

    84,2

    -7,3

    -9,2

    0,8

    -0,8

    AFRIQUE

    6 039 933

    2,2

    4973

    44771

    54 079

    24,7

    -6,6

    -6,5

     

    8,3

     

    2)      Evolution récente des principaux prix de l’Afrique à l’export

    Note : $ = dollar américain, bbl = baril, cents = cents américains, dmt = tonne métrique sèche, kg = kilogramme, m3 = mètre cube, mt = tonne métrique,

    toz = once troy.

    Sources : Banque mondiale, Global Commodity Price Prospects, mars 2017.

             

    Produits

    Unité de prix

    2009

    2012

    2016

     

    Aluminium

    ($/mt)

    1 664,83

    2 023,28

    1 604,18

     

    Banane (US)

    ($/mt)

     847,14

     983,98

    1 001,15

     

    Charbon (Australie)

    ($/mt)

     71,84

     96,36

     65,86

     

    Cacao

    (cents/kg)

     288,88

     239,19

     289,08

     

    Café (Arabica)

    (cents/kg)

     317,11

     411,10

     361,11

     

    Café (Robusta)

    (cents/kg)

     164,42

     226,68

     195,31

     

    Cuivre

    ($/mt)

    5 149,74

    7 962,35

    4 867,90

     

    Coton

    (cents/kg)

     138,20

     196,71

     163,61

     

    Farine de poisson

    ($/mt)

    1 230,25

    1 558,33

    1 501,31

     

    Or

    ($/toz)

     972,97

    1 669,52

    1 248,99

     

    Huile d'arachide

    ($/mt)

    1 183,67

    2 435,67

    1 362,33

     

    Minerai de fer

    (cents/dmt)

     100,95

     128,50

     58,42

     

    Plomb

    (cents/kg)

     171,93

     206,46

     186,67

     

    Bûches (Cameroun)

    ($/m3)

     421,47

     451,39

     387,41

     

    Maïs

    ($/mt)

     165,51

     298,42

     159,16

     

    Pétrole (brut)

    ($/bbl)

     61,86

     105,01

     42,81

     

    Huile de palme

    ($/mt)

     682,83

     999,33

     700,19

     

    Phosphates (pierre)

    ($/mt)

     121,66

     185,89

     112,17

     

    Caoutchouc (États-Unis)

    (cents/kg)

     214,64

     337,73

     161

     

    Sucre (UE)

    (cents/kg)

     52,44

     42,01

     36,15

     

    Sucre (mondiale)

    (cents/kg)

     40,00

     47,49

     39,81

     

    Sucre (États-Unis)

    (cents/kg)

     54,88

     63,56

     60,92

     

    Thé (Moyenne 3 enchères)

    (cents/kg)

     272,40

     289,78

     264,08

     

    Thé (Mombasa)

    (cents/kg)

     251,96

     288,05

     229,85

     

                         

     

     


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  • La pauvreté en Afrique se porte...bien !

    Du moins si on en croit des statistiques qui ne sont pas sans défaut...

     

    Le rapport de la CNUCED sur les pays les moins avancés 2016 est paru en fin d'année dernière. Comme 80% de ces "PMA" (LCD ou Least developed countries en anglais) sont Africains, ce rapport permet en fait de voir comment ont réagi les pays les moins riches du continent à la baisse du prix des matières premières (voir le graphique 4). Les exportations des pays africains les plus pauvres s'en sont fatalement ressenties, près d'un quart de baisse en valeur en 2015 par rapport à 2014 (voir tableau 1) et le rapport note un véritable effondrement de leurs balances des paiements -jusqu'à moins 50% pour un pays comme le Mozambique ! L'organisme onusien a sorti des graphiques de chiffres qui ne sont pas publiés et il est impossible de reporter ici l'ampleur détaillée de cet effondrement. Car les graphiques sont trompeurs, tout dépend de l'échelle retenue pour y transcrire les données brutes. J'y reviendrai pour estimer tout de même le niveau d'emprunt des PMA africains

    D'ailleurs deux autres faits viennent adoucir ce constat : d'une part les pays africains les moins avancés ont aussi beaucoup épargné et investi (plus du quart du PIB en financement interne, c'est considérable - voir tableau 2) D'autre part, ils ont reçu aussi, entre l'aide publique internationale et les investissement directs étrangers, pratiquement autant que ce qu'ils ont perdu en exportations moins rémunérées.

    Alors, certes, le tableau n'est pas rose. Mais il est nettement moins sinistre que ce qu'on rapporté ces derniers temps et le FMI et des médias occidentaux apparemment ravis que l'Afrique se porte mal. En fait et comme pour les pays africains riches, les PMA ont eux aussi entamé leur décollage, la liaison entre une épargne intérieure forte et une croissance restant vigoureuse en dépit d'un effondrement des prix des biens et services exportés par ces pays est sans appel. Vous pouvez d'ailleurs constater aussi ici que les prévisions de croissance de la Banque mondiale pour l'Afrique telles qu'indiquées dans son rapport sur le commerce international en 2015 (voir article d'African Business de décembre 2016, Faut-il encore croire aux statistiques ?),  ne correspondent pas du tout avec celles qui sont indiquées ici : l'Afrique n'a bel et bien perdu qu'autour d'un point de croissance avec la baisse du prix des matières premières en 2014 et 2015 :  l'avenir n'est plus du tout sombre.

    Et si les Africains ont dû emprunter pour combler le déficit de leur balance commerciale, c'est en fait à la marge. On le voit bien  en rapprochant les tableaux : sans apports extérieurs, il ne manquait à leurs PMA que 3% de leur PIB pour financer leurs investissements en 2012, plus qu'1,7% en 2013 et qu'un peu plus d'un point en 2014. Or leur croissance fut très supérieure à ces pourcentages tout au long de ces années. Et comme les financements extérieurs ont compensé la baisse des recettes d'exportations, un simple calcul montre qu'il ne leur a finalement même pas manqué la différence entre la FBCF et l'épargne intérieure, soit très peu par pays, de l'ordre d'une à quelques dizaines de millions de dollars selon les pays. Ce qui est négligeable face à la capacité d'exportation des dits pays, entre 130 et 180 milliards de dollars annuels.

    C'est la raison pour laquelle pratiquement aucun de ces pays n'a fait appel aux financiers publiques (et on ne peut plus conditionnels) habituels, Bruxelles ou Washington surtout : ce sont les banques privées qui ont surtout prêté, à des taux actuellement plus qu'intéressants. Et finalement, il en a été des pays africains pauvres comme des pays africains riches, soit un ralentissement très modéré d'une croissance qui reste soutenue.

    Encadré

    La véritable loi de l'évolution n'est-elle pas autre que celle du marché ?

    Les quinze dernières années ont apporté un éclairage assez perturbateur de l'analyse économique mondiale. Le renversement total et durable des termes de l'échange, cette fois-ci en défaveur de l'Occident (qui semble ne pas s'en rendre compte), a en effet remis à l'honneur les plaintes jadis moquées des tout premiers dirigeants de l'Afrique indépendante au sujet du pillage des matières premières de leur pays. Par ailleurs, les tenants occidentaux de l'ultra libéralisme ont obtenu satisfaction avec l'application des dogmes de "l'économie de l'offre" dans les 4/5e de la planète. Ainsi que par l'ouverture des marchés de l'ex-Tiers Monde via la "mondialisation" Ce faisant, ces économistes et les dirigeants qui les suivirent, ouvrirent en fait les marchés occidentaux aux productions nettement plus compétitives des pays émergeants. Ils pensaient que la technologie les sauverait : les dits pays émergeants s'avérèrent tout aussi technologiques que les pays développés, peuplant même leurs "silicone valley" de leurs meilleurs éléments sans que pour autant cette fuite des cerveaux dépeuple les leurs : aujourd'hui, la Chine dépose plus de brevets que les Etats Unis et plus aucun produits "High Tech" de grande consommation n'est produit en Occident ! La conjonction des deux évolutions, voulue par les Occidentaux, a conduit visiblement à l'effondrement de son empire constitué à coups de canon depuis le XVIe siècle : un endettement public démentiel accolé à des dépenses militaires toutes aussi démentielles. L'Occident ne vit plus qu'à crédit et seule l'intelligence de ses créditeurs le sauve de la débâcle. Mais qu'arrivera-t-il si le dollar s'effondre ?

    Si bien que la "main invisible du marché" est bien en peine d'expliquer ce qui arrive à l'économie mondiale : c'est aujourd'hui la Chine qui mène le jeu et qui a fait, par exemple, de Dubaï -et donc du Pacifique- le principal port de la planète. Adieu la domination de l'Atlantique nord, adieu la suprématie du Nord sur le Sud en matière commerciale : ce sont aujourd'hui les relations Sud-Sud qui l'emportent !

    C'est comme si une main cette fois-ci extérieure avait pris les manettes et inversé le cours de l'économie pour que les pays pauvres ne le soient plus, au détriment des pays riches. Dieu ? Des extraterrestres ? Je pense plus prosaïquement qu'une fois atteint un certain niveau de développement, d'une part les peuples n'ont plus "envie" ; et que, d'autre part, ceux qui ne l'ont pas atteint réclament leur dû quoiqu'il arrive. C'est l'exemple de la Corée du Sud : une fois atteint un certain degré de développement, les Coréens ont réclamé -et obtenu !- des hausses de salaire permettant à leur économie de se fonder aussi sur l'essor du marché intérieur. Quand les Coréens auront atteint un niveau de plus grande richesse, peut-être qu'eux aussi n'auront "plus faim" ?

    Les Occidentaux, dans ce schéma, ont donc loupé le coche : ils auraient pu imaginer le monde d'après leur surconsommation. Ils ont inventé celui de la sur-prédation, recréant des inégalités du niveau du XIXe siècle. Jusqu'à porter même atteinte aux produits de luxe qu'aujourd'hui trop peu de gens peuvent se payer. Le Suisse Richemont, l'un des deux grands mondiaux du luxe avec LVMH, se pose publiquement la question de son avenir ! Et l'ère des robots arrive à une vitesse hier encore inimaginable...

     

    1- Commerce extérieur des pays africains les moins avancés, en milliards de dollars

    Source : CNUCED (Rapport sur les PMA 2016)

    Pays

    2005

    2013

    2014

    2015

    2014/2015

    tous les PMA, exports

    95,9

    255,9

    251,8

    200,9

    -20,20%

    Dont Afrique

    66,9

    183,8

    175,3

    131,9

    -24,70%

     

     

     

     

     

     

    Tous les PMA, imports

    108,3

    312,9

    333,5

    305,1

    -8,50%

    Dont Afrique

    73,1

    210,6

    221,7

    190,2

    -14,20%

     

     

     

     

     

     

    Balance commerciale

     

     

     

     

     

    Tous les PMA

    -12,4

    -57

    -81,7

    -104,2

    27,60%

    Dont Afrique

    -6,2

    -26,8

    -46,5

    -58,2

    25,40%

     

    2- Besoin de financement extérieur des PMA africains, en % de leurs PIB

    Source : CNUCED (Rapport sur les PMA 2016)

    Pays

    2002-2008

    2012

    2013

    2014

    Tous les PMA, FBCF*

    22,2

    26,6

    25,9

    26,2

    Dont Afrique

    22,5

    27,2

    25,7

    25,5

     

     

     

     

     

    Tous les PMA, épargne intérieure

    20

    23,3

    22,9

    23

    Dont Afrique

    21,7

    24,2

    24

    24,2

     

     

     

     

     

    Besoins de financement, PMA

    -2,2

    -3,3

    -3

    -3,2

    Dont Afrique

    -0,8

    -3

    -1,7

    -1,3

    Croissance de ces pays

    7,9

    6,1

    5,6

    4,1

    * Formation brute de capital fixe

     

    3- Apports de financement extérieur dans les PMA d'Afrique (en milliards de dollars)

    Source : CNUCED (Rapport sur les PMA 2016)

    Pays

    2002-2008

    2012

    2013

    2014

    IDE tous PMA

    10,9

    21,4

    26,3

    35,1

    Dont Afrique

    8,4

    16,8

    22,9

    28,1

    Aide au développement, PMA

    21*

    27

    28

    25,5

    Dont Afrique*

    16,8*

    21,6*

    22,4*

    20,4*

    Total Afrique (PMA)*

    25,2*

    38,4*

    45,3*

    48,5*

    En % de leurs exportations

    nc

    nc

    24,6%*

    27,7%*

    * Estimation de l'auteur

     

     

     

     

     

    4- Evolution du prix des matières premières  depuis l'an 2000


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