• Article pour le Grigri – juillet 2017 :

    Vous n’aimiez pas Sarkozy ? Vous allez adorer Macron !

     

    Con de Blanc je suis, con de Blanc je reste. Mais la politique occidentale m’a détourné de vous un temps certain et je vous présente mes plus plates excuses. D’autant que les résultats de la dite politique… M’enfin, si les Cieux exhaussaient tous mes vœux politiques, que pourrais-je bien vous raconter ?!

    Malheureusement toujours et encore les conneries qu’on déverse sur vous à grands flots. Ainsi avais-je relevé déjà que le sieur Ben Yahmed père (vous savez, Jeune Afrique…) avait recommencé à dégoiser sur l’Afrique incapable de se développer et sur tous ses dirigeants pourris qui retiraient le pain de la bouche de leurs peuples. He ben, ça a pris de l’ampleur : le petit garçon au gros ventre plein de vide mourant sous des nuées de mouches est revenu en trombe dans les médias français bien pensant. Français seulement cette fois-ci car les autres ont enfin compris qu’ils pouvaient commencer à gagner tout plein de sous chez vous : les Chinois, ça fait un bail mais il y a aussi les Allemands qui s’annoncent. Vous en avez de la chance ! Vous gagnez une Merkel au gros lot ! Vous pensiez par ailleurs voici 8 ans avoir aussi gagné un Obama à ce jeu. Manque de pot, l’affiche était surfaite et le « premier président noir de l’histoire des Etats Unis » s’avéra plus blanc que blanc à l’intérieur. Même vis-à-vis des Noirs Américains qui se sont fait allégrement descendre par les shérifs locaux au cours de ses deux mandats. Le président blanc-noir ne sourcilla qu’à la veille de quitter son poste…

    Mais revenons à nos moutons et à votre non développement présumé par les bons médias de France et de Navarre. A leur décharge, faut savoir que les grandes intentions à votre égard des politiciens et politiciennes locales ont fait « pschitt », ont sombré comme des enclumes lancées d’un bateau en train de couler lui-même (la France n’a plus un radis public) Ce fut d’abord l’homme qui s’auto décerna le titre de Grand Eclairagiste de votre continent, j’ai cité Borloo. Abandon faute de commande, les Chinois étaient déjà passés. En plus, ils sont nettement moins chers côté panneaux solaires… Puis il y eut le traité de Paris : nos journaleux ont bien noté le désistement trumpiste, moins l’indifférence africaine. Ce qui a amené récemment le jeune Macron à prononcer les deux discours les plus cons jamais sortis de la bouche d’un président français sur votre continent, pire que Sarkozy, le mec ! Oui, pas un mais deux discours calamiteux qui, ailleurs, auraient conduit leur(s) rédacteur(s) ou « trice(s) » dans les plus basses geôles du pays.

    Le premier, vous le connaissez : arrêtez de faire des gosses bandes de lapins stupides. Et vos dirigeants d’Afrique de l’ouest (ceux qui sont réellement à la solde des Occidentaux) d’en rajouter en imaginant de limiter à trois le nombre de vos gnards. Comme si d’une part vos bouseux incultes allaient se mettre à porter capote auprès de leurs six femmes ! Car, deuxième point, tout le monde sait en Afrique que le nombre d’enfants des citadins chute vertigineusement tandis que le nombre de ruraux est également en chute libre au fur et à mesure que se déploie l’exode rural. Vous faites comme tout le monde, quoi ! Ce qu’auraient dû savoir les conseillers de Macron qui semble s’être aussi mal entouré que son créateur Hollande. Mais bon, la France ne compte plus qu’en Afrique de l’ouest francophone (le Nigeria fédéral est totalement incapable d’appliquer une loi limitant les naissances) Enfin et dernier point, les dits conseillers calamiteux auraient dû également savoir que l’Afrique est le continent le moins peuplé du monde au km2. Les saignées arabes puis européennes ont été telles que la démographie africaine n’a recommencé à croître qu’après les Indépendances, quand on a foutu la paix aux habitants. CQFD mais il fallait le dire. Tout cela est vérifiable aisément dans les statistiques démographiques sur long terme de l’ONU…

    Grosse bêtise donc que ce discours. S’il n’y avait eu que lui ! Figurez-vous que le Macron s’est fendu d’une autre énormité : terrorisme et environnement (défense de l’environnement) sont liés. Enfin, selon Macron et son détestable entourage. Autrement dit, si vous avez Boko Haram, c’est parce que vous n’êtes pas assez soucieux ce votre environnement ! Vous brûlez trop de forêts primaires, vous faites pousser trop de palmiers à huiles, vous faites trop d’enfants et votre développement risque de foutre en l’air la belle politique écologique mise sur le papier à Paris. Donc vous avez le terrorisme en prime. Allez savoir ici si c’est la France qui vous l’envoie pour vous punir ou vous empêcher de vous développer ou s’il y a une relation de cause à effet entre votre indigne conduite écologique et la naissance « ex nihilo » du terrorisme africain !?

    Le type commence bien mal son mandat, après avoir, je vous le rappelle, commis d’autres monstruosités au cours de sa campagne électorale : la Guyane qui serait une île par exemple ou les frêles esquifs comoriens qui ne serviraient qu’à transporter des migrants. Nous ne sommes donc pas au bout de nos peines et je vous parie que, de bourdes en bourdes, ce président là va rejoindre ses prédécesseurs immédiats au firmament des mandats ratés. Car il n’y a aucune raison pour que ses conseillers et ministres –et lui-même !- ne se trompent pas aussi lourdement sur l’Europe, l’Amérique et l’Asie. Avoir par exemple réservé sa première apparition en Afrique aux militaires français présents au Mali n’était pas malin quand on sait que la population malienne les déteste du fait de leur connivence avec les Touaregs. Il reçoit par ailleurs Ouattara à l’Elysée tandis que ses députés invitent Soro à leur congrès ! C’est du Hollande tout craché, incapable de pencher d’un côté ou d’un autre, toujours entre deux (mauvaises, la bonne serait de faire libérer Gbagbo) décisions. Et il fait tellement peur aux dirigeants non ouest-africains francophones que Biya vient de virer Bolloré du port de Kribi alors qu’Hollande lui avait mis le couteau sous la gorge pour qu’il donne ce marché à l’homme d’affaire français (faut dire aussi que confirmer le patron de Camrail à Kribi après un déraillement monstrueux et sanglant aurait été du plus mauvais effet !) –Un bémol ici : on me dit que, finalement, Biya aurait signé le marché avec Bolloré ?

     

    Bref, la dégringolade présidentielle française continue de plus belle. Elle reflète plus que parfaitement le déclin accéléré de l’empire occidental dont la France n’était déjà plus qu’une pièce de rechange. Tenez, un dernier coup d’œil sur l’aveuglement de cet empire déjà à terre : figurez vous que les Nations Unies se demandent comment augmenter le nombre d’entrepreneurs en Afrique, continent qui comporte déjà le plus grand nombre d’entrepreneurs par habitant au monde ! Et des journaleux vous montrent du doigt parce que vos entrepreneurs ne donnent pas assez d’avantages sociaux à la « classe laborieuse » (entendez : aux salariés) dans un continent qui ne comporte que 18% de salariés, le plus faible taux au monde ! 


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  • L'histoire du Poular, une révolution sémantique

    Christian d'Alayer - 1er juin 2017

     

    Aujourd'hui, je vais vous parler des langues africaines. Ce, parce qu'un Guinéen, Thierno Oumar Baldé, m'a adressé son livre sur le "Poular", la langue de base des langages peuls : " Le Poular, ancêtre des langues indo-européennes - Les Peuls, au carrefour des langues afro-eurasiatiques" Livre instructif et dérangeant en ce qu'il apporte un regard nouveau sur l'histoire ancienne de l'Afrique.

    Avant de l'avoir lu, je pensais comme beaucoup d'historiens que l'Afrique subsaharienne était peuplée jadis et presque essentiellement de Bantous qui furent repoussés en lisière de forêt (et en forêt) par les razzias financées par les Arabes. Thierno Oumar Baldé a semé le trouble dans mon âme candide : via les langues, il démontre d'abord que les Peuls viennent du Moyen Orient . Puis qu'ils font partie eux-aussi du monde bantou, de la même famille linguistique Niger-Kordofan. Laquelle paraît être de la même lignée que les langues indo-européennes (les comparaisons apportées par l'auteur sont saisissantes) !

    Etant depuis des lustres intéressé par la linguistique qui permet, mieux que les fouilles, de reconstituer l'histoire très ancienne de l'humanité,  je connaissais bien entendu les 5 grandes familles des quelques 1800 à 2000 langages encore parlés en Afrique : les langues "afro-asiatiques" du nord du continent, les langues "nilo-sahariennes" parlées dans le Sahel, les langues "nigéro-congolaises" des Bantous, les langues "koïsan" des premiers peuples d'Afrique australe et les langues "austronésiennes" des îles d'Afrique visitées depuis longtemps par des populations issues du sous-continent indien. 5 familles auxquelles il faut ajouter, depuis deux siècles, les langues imposées par les colonisateurs...

    L'histoire du Poular racontée par notre Guinéen bouleverse cette vision qui est en fait celle des sémanticiens blancs qui se sont penchés sur l'Afrique. Elle montre une évolution bien plus complexe des langues africaines dont on sait toutefois que la multiplicité est issue des rencontres de sociétés bouleversées par les razzias puis la traite et la colonisation. Mais là où je pensais que les langages modernes découlaient schématiquement de la rencontre de Bantous et de Sahéliens, on voit avec l'histoire du Poular que ces langages de rencontre ont une "génétique" plus compliquée car découlant -en tout cas en ce qui concerne les Peuls- de rencontre entre des langues d'une même branche. Si bien que les centaines de langages africains encore parlés sur le continent (beaucoup des 1800 à 2000 recensés sont en voie de disparition) ne sont pas "que" des additions de langues sahéliennes et bantoues mais ici, de telles additions et ailleurs, d'une sorte de "pidgin" entre deux langages d'une même lignée. Le patchwork sémantique africain est donc bien plus riche que les Blancs qui s'y intéressent le pensent encore.

    A côté de cela, le fait que le poular (et les langues du groupe Niger-Kordofan) pourrait bien être l'ancêtre des langages indo-européens  est presque anecdotique : on sait en effet que l'humanité est issue d'Afrique -il y a bien aujourd'hui une thèse contraire mais elle relève plus de l'idéologie que du travail scientifique- et, de ce fait, il est plus que probable que la langue mère initiale de l'humanité soit aussi issue d'Afrique.

    Il faut donc lire ce livre disponible en ligne chez Edilivre (www.edilivre.com) C'est un ouvrage de sémantique, certes, mais aussi et surtout d'histoire africaine. Il est très bien écrit et son auteur, autodidacte (ce qui étonne quand on le lit !) a une vie peu banale : emprisonné jeune par le régime de Sékou Touré, c'est dans les geôles du dictateur qu'il commence à s'intellectualiser au contact des "pointures" qu'il y rencontre : cadres de l'administration coloniale, professeurs, hommes politiques...  Libéré, il se réfugie au Sénégal où, entre de multiples petits boulots alimentaires, il milite au sein de la gauche parlementaire. Ce qui lui permet de continuer à s'instruire en touchant à tout. En 2000, à 46 ans, il retourne en Guinée où il s'adonne, cette fois-ci définitivement, à l'agriculture (les pommes de terre du Fouta-Djalon ont détrôné celle de France dans toute la sous-région) Ce, tout en continuant à avoir la passion de l'étude et de l'écriture ! Il existe des paysans écrivains mais je découvre ici pour la première fois un paysan sémanticien de talent.

     

    La sémantique est en effet un art difficile qui demande d'ordinaire des décennies d'études. Son pape actuel, l'Américain Noam Chomsky, n'a par exemple jamais quitté l'Université où il a étudié puis enseigné (et milité activement !) Thierno Oumar Baldé a une approche moins grammaticale que celle de Chomsky. Il part plus volontiers des racines linguistiques, ce qui lui permet de trouver des analogies troublantes entre des langues d'origine à priori très différente. C'est que la vision de l'Américain est avant tout comportementale, philosophique (l'influence du langage sur le comportement) Tandis que celle du Guinéen est historique. Chomsky pourrait expliquer pourquoi les Africains parlent vite, Baldé leur dit d'où ils viennent. Il me fait penser, toutes choses étant égales par ailleurs, à ces musiciens africains qui n'ont jamais appris le solfège : "vous êtes drôles, vous les Blancs, me dit un jour l'une d'entre eux et elles : vous avez des oreilles et vous vous servez de vos doigts !" De fait, nombre d'entre eux et elles ne se servent ni de clé de sol, ni de dièse. Et pourtant, que leur musique est belle !


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  • La FranceAfrique est-elle nuisible à l'Afrique francophone ?

    Christian d'Alayer - Mai 2017

     

    "FranceAfrique" ! Dès qu'apparait ce terme et depuis l'ouvrage à succès de François-Xavier Verschave, "La Françafrique, le plus long scandale de la République"  , les Français imaginent des barbouzes et des hommes d'affaires pillant allègrement les finances des pays africains avec l'aide de dirigeants politiques corrompus jusqu'à la moelle. En Afrique, les intellectuels qui se sont penchés sérieusement sur la question, tel le site Lisapoyakama (des historiens de l'école de Cheik Anta Diop), voient surtout l'aspect institutionnel des relations franco-africaines.  En fait, les deux réalités s'additionnent : la FranceAfrique est à la fois le produit d'une création institutionnelle et de réseaux secrets intervenant pour défendre les intérêts de la France en Afrique.

    Institutionnellement, le rôle de la France en Afrique, l'existence du "pré carré", est indéniable : il y a d'abord une lourde chape économique mise en place avec le franc des colonies françaises d'Afrique, "F CFA". La dépendance monétaire est complétée par des accords de coopération qui vont jusqu'à des "conventions monétaires mensuelles", en résumé le prêt (archi conditionné !) d'argent en fin de  mois aux états en difficulté. Ce, avant bien sûr le renversement des termes de l'échange à partir du tout début du 3e millénaire.

    Il y a ensuite les accords militaires avec parfois l'existence de bases militaires françaises chargées théoriquement de défendre l'intégrité territoriale des pays africains ainsi "alliés". Elles ont peu servi à cet objectif et beaucoup plus à la défense des régimes en place contre leurs opposants, voire au remplacement des régimes ayant perdu la confiance de Paris.

    Et il y a enfin la coopération culturelle fondée surtout sur l'instauration du Français comme langue officielle des pays "francophones". Cela plus l'existence de centres culturels dans tous les pays d'Afrique francophone, plus la coopération au niveau de l'éducation, plus la formation d'étudiants dans les écoles supérieures françaises, plus... La liste est longue des liens culturels entre la France et ses anciennes colonies d'Afrique, jusqu'à l'envol, à partir des années 2000, de la "Francophonie". Englobant certes d'autres pays tels le Canada ou le Vietnam mais concernant surtout l'Afrique dite francophone du fait du nombre de ses locuteurs.

    Ces trois volets sont la conséquence des mécanismes mis au point sous De Gaulle au moment des Indépendances et ont en fait peu évolué, ni dans leur forme, ni dans leur esprit. Le CFA est toujours en place, les bases militaires et la Francophonie aussi. Bien plus, le lien de subordination s'est accru du fait de l'invention, sous Sarkozy, de "l'ingérence humanitaire" : sous couvert de défense des droits de l'homme, la France s'est arrogé le droit d'intervenir, surtout militairement, dans les affaires intérieures d'autres pays. Et donc surtout de pays d'Afrique puisque la sphère d'influence de l'hexagone ne va guère plus loin. Et c'est ainsi que disparurent Gbagbo puis Kadhafi...

    Qu'en est-il de la FranceAfrique de Verschave, des barbouzes et des réseaux ? Nous avons un indice tout récent à cet égard : l'avocat Robert Bourgi a offert deux costumes de grand luxe au candidat Fillon qui a eu la bêtise d'accepter. Or cet homme fut le porteur des valises africaines de Chirac. Car les réseaux franco-africains, peu connus en fait, mélangent les services secrets français, des hommes de confiance dans les filiales africaines de grandes sociétés françaises (pensez aux responsables de la communication et aux chefs d'agence d'Air France ou, hier, d'UTA) ainsi que des particuliers qui y trouvent leur intérêt. Souvenez vous de l'affaire Falcone et des livraisons d'armes à l'Angola : on y voit le fils Mitterrand, soit la cellule Afrique de l'Elysée, le père et le fils Pasqua (et leur réseau corse en Afrique) ainsi qu'un Russe juif, Arcadi Gaydamak. Sous De Gaulle (et Jacques Foccart), la France aurait livré les armes. Trois présidents plus tard, c'est un montage complexe dans lequel tout plein d'intermédiaires se gavent...

    Faible différence donc du point de vue des Africain qui ont vu, hier,  la France aider les rebelles au Nigeria et qui voient aujourd'hui des armes françaises payées par des Qatari atterrirent dans les hangars de Boko Haram. Qui ont vu jadis le marché occulte des diamants ou de l'ivoire passer par Bangui et Bokassa et qui ont vu hier le marché occulte des diamants du sang (du Liberia en guerre civile) passer par Ouagadougou et Compaoré. L'homme par qui la France a aussi renversé le président ivoirien...

    Les réseaux sont donc toujours en activité, très certainement moins patriotes qu'au temps de De Gaulle et Foccart : l'argent semble à présent le moteur essentiel de leurs actions. Mais le résultat ne change pas : l'Afrique francophone reste le pré carré de Paris. Du moins au sud du Sahara : en Afrique du nord, les relations ne sont plus les mêmes que celles du temps où De Gaulle laissait abattre Ben Barka à Paris pour complaire à Hassan 2 et aux Américains : aujourd'hui, Paris ne sait pas comment empêcher le royaume chérifien, s'il cherche à l'empêcher, de débarquer des tonnes de cannabis en France. Tandis que l'Algérie reste farouchement indépendante et que la Tunisie ne se sort pas de son printemps arabe. Dans ces contrées, l'hexagone n'a pas d'autres ressources que de pratiquer une politique étrangère normale !

    Sa politique ailleurs anormale a-t-elle nui et continue-t-elle à nuire a ses "bénéficiaires" ? C'est ce que dit le milliardaire nigérian Dangote, roi du ciment africain. C'est ce que disent de très nombreux Africains, de plus en plus nombreux d'ailleurs. Voyons ce qu'il en est : dans le tableau 1, vous pouvez voir les taux de croissance des principaux pays subsahariens (à l'époque) à des dates caractéristiques et en moyenne annuelle de 1971 à 1990. De 1971 à 1975, ce sont les trois premiers chocs pétroliers. Ils entraînent les autres matières premières dans leur hausse et on voit surtout que l'Afrique francophone, non pétrolière hors les petits Gabon et Congo-Brazzaville, résiste plus longtemps à la chute des cours. Par la suite, années de médiocres prix des matières premières, on voit que la croissance non francophone se porte à peu près comme celle de son homologue francophone. 

    Il y a-t-il pour autant égalité de résultats ?  Il faut voir cela de plus près : l'Afrique du sud connaît en effet des difficultés politiques à partir des années 1980. La lutte contre l'Apartheid, notamment de la part des syndicats de mineurs qui lancent de grandes grèves, obère singulièrement les productions minières sud-africaines. Le résultat entraînant une sous valorisation du monde non francophone. Une rébellion sévit durement en Ouganda dans les années 1980. Idem au Ghana où Jerry Rawlings prend le pouvoir par la force en 1979 et 1981 pour mettre fin à la corruption. La Tanzanie entre en guerre contre l'Ouganda en 1978... Bref, l'Afrique non francophone connaît de nombreux problèmes politiques dans les années qui suivent les Indépendances tandis que l'Afrique francophone, hors le Cameroun, est relativement épargnée : elle ne connaît que le remplacement de dirigeants par d'autres sans doute plus dociles. On parle même dans les années 1980 du "miracle ivoirien", de la "perle de l'Afrique" ! Et pourtant, les chiffres sont là : dès le début, les non Francophones semblent se débrouiller aussi bien que les Francophones en dépit d'une moindre stabilité politique. Comme ces non Francophones vont nettement mieux que les Francophones depuis  les années 1990, la question de la nuisance de l'influence française peut se poser...

    On sait que le franc CFA n'est pas étranger à une moindre croissance, surtout au cours des dernières années, depuis l'ancrage à l'euro. Et très probablement la main mise française sur son pré carré a-t-elle dissuadé aussi des acteurs importants de la vie économique, notamment les banques africaines, d'y intervenir. Souvenons-nous à cet égard des "banque bamilékés" au Cameroun. Longtemps les filiales locales de banques françaises s'opposèrent à ces héritières des tontines qui ne furent autorisées qu'à partir des années 1990. De même les émigrés francophones ne purent-ils financer que des cabines téléphoniques rurales quand leurs homologues non francophones pouvaient souscrire des actions des grands opérateurs mobiles qui, en Afrique du sud, qui au Nigeria, qui... Il fallut de même des décennies avant que les paysans francophones se lancent dans l'agriculture vivrière en sus des produits de rente. Etc., etc. Les exemples foisonnent des retards pris en Francophonie du fait et des pressions françaises (pensons aux privatisations !) et de la pesanteur de l'existant, phénomène très français : il fallut plus de 10 ans pour réformer la filière coton en Francophonie alors que le Nigeria a relancé sa filière oléagineuse en moins de 5 ans. La FranceAfrique est donc aussi l'ancrage en Afrique des pesanteurs françaises alors que les Africains, où qu'ils soient, se sont toujours caractérisés par une faculté phénoménale d'adaptation.

    On est donc loin en fin de compte de la vision d'une Afrique francophone ayant mieux démarré après les Indépendances du fait de la présence française, face à une Afrique anglophone abandonnée purement et simplement par les Britanniques qui ne se mêlèrent en outre pas de la gestion locale. Economiquement, la FranceAfrique a gêné l'essor des pays africains où elle s'est implantée :  et par opposition aux initiatives locales concurrentes, et par transposition des mauvaises habitudes françaises dans des contrées où ces habitudes ont empêché le génie africain de s'exprimer.

     

    1- Croissance économique des principaux pays subsahariens de 1971 à 1990 (en pourcentages)

    Source : statistiques en ligne de la CNUCED

    Pays

    1971

    1975

    1980

    1985

    1990

    1971-1990*

    1992-2015**

    Cameroun

    3,5

    11,2

    -2

    -2,3

    -0,6

    4,1

    3,3

    Côte d'Ivoire

    9,5

    8,2

    -10,9

    4,5

    -1,2

    3,6

    3,2

    Madagascar

    4,2

    1,3

    0,8

    1,2

    3,1

    0,7

    2,5

    Mali

    2,6

    11,6

    -4,3

    8,5

    2,4

    4

    6,8

    Sénégal

    -0,1

    7,5

    -3,3

    3,8

    3,9

    2,7

    3,8

    Moyenne pays francophones

    3,9

    8

    -3,9

    3,1

    1,5

    3

    3,1

               

     

     

    Afrique du Sud

    4,3

    1,7

    6,6

    -1,2

    -0,3

    2,5

    2,8

    Ghana

    5,6

    -12,4

    0,5

    5,1

    3,3

    1,6

    5,4

    Kenya

    6,5

    -0,4

    5,6

    4,3

    4,2

    4,8

    3,6

    Nigeria

    14,2

    0,7

    2,2

    11,3

    11,3

    3,9

    5,4

    Ouganda

    2,7

    -1,3

    -3,4

    -0,3

    6,2

    1,2

    7,4

    Tanzanie

    4,2

    5,9

    3

    4,6

    6,6

    3,2

    5,6

    Moyenne pays anglophones

    6,25

    -1,2

    2,4

    4

    5,2

    2,9

    5

    * Moyenne arithmétique des 20 années concernées

    ** Rappel des statistiques relatives à l'incidence du F CFA sur la croissance comparée des pays subsahariens

     

     

     

     

     

     

     


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  • Côte d’Ivoire : l’agrobusiness, une affaire d’Etat ?

    Christian d’Alayer – 11/06/2017

     

    Le terme « agrobusiness » sent le souffre à Abidjan. Cette association de l’agriculture et des affaires est récente, même hors d’Afrique. Elle n’a de fait véritablement commencé qu’avec les « bio carburants » et les réserves foncières que de grandes entreprises ont commencé à réaliser un peu partout dans le monde au lendemain du choc pétrolier du 3e millénaire. Auparavant, certes, des banques avaient elles-aussi investi dans l’agriculture. Mais surtout dans le domaine de l’élevage.

    Là, il s’agit de toute autre chose : des multinationales se sont mises à l’agriculture. Des Chinois ont par exemple constitué des réserves foncières hors de chez eux et, notamment, en Afrique pour produire d’abord du riz puis toutes sortes d’autres denrées alimentaires. Des parfumeurs, des industries oléagineuses, des transformateurs de produits animaliers, etc., ont suivi, découvrant que l’agriculture intensive pouvait être extrêmement rentable, au grand dam des associations environnementales hurlant à la mort de la planète sous les millions de tonnes d’intrants nouveaux que ce type d’agriculture entraîne.

    Les Africains ne disposent pas encore de ce type de grandes sociétés capitalistiques et, par exemple, n’ont pas l’expérience des puissantes coopératives françaises œuvrant du champ à l’usine et au marketing de vente. Mais ils savent s’adapter : dès les années 2000, soit moins de 10 ans après les pays développés ou émergeants, ils ont constitué des sortes de start up à partir de souscriptions volontaires de citoyens aisés. Ce fut la naissance de l’agrobusiness en Afrique.

    Et, certes là encore, les promoteurs n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère, promettant des retours sur capital utra rapide, trop certainement compte tenu, tout de même, des temps normaux de réponse des travailleurs ruraux à qui ces sociétés apportaient tous les ingrédients d’une productivité à l’occidentale : machines, engrais, pesticides, semences sélectionnées… Les dites sociétés ont surtout loué des terres « occupées » et proposé en fait à des paysans de travailler leur terre différemment. On a vu au Mali que cette façon d’aborder le problème était nettement plus intelligente que de faire, à la Chinoise, venir des exploitants de l’étranger pour « montrer comment il faut faire » à des autochtones éberlués (les rendements des dits autochtones ayant parfaitement compris le système furent nettement plus élevés que ceux des expatriés ne connaissant rien du milieu ambiant. L’irrigation permit notamment aux femmes des autochtones de faire du maraichage extrêmement lucratif)

    Bref, il était normal qu’en Afrique francophone, l’agrobusiness face florès surtout en Côte d’Ivoire où la population entière sait que sa richesse vient de la terre. Une vingtaine de sociétés se mirent sur les rangs au cours des trois dernières années, soit une fois un peu stabilisé le champ politique du pays. Ce sont plus de 70000 actionnaires qui leur répondirent « présents », investissant ce qu’on sait aujourd’hui être nettement plus de 100 milliards de F CFA dans ce créneau. Beaucoup de cadres locaux, notamment administratifs, mais aussi beaucoup d’expatriés tant en Europe qu’en Amérique. Soit le « haut du panier » ivoirien.

    A qui, sans crier gare, une banque de la place s’époumona en leur affirmant un jour de décembre 2016 : « il n’y a pas de compte d’exploitation, c’est un système de Ponzi, une gigantesque arnaque ! » Imaginez la réaction des investisseurs ! On sut par exemple qu’un homme se crut ruiné, son épouse ayant englouti les économies du ménage dans cette affaire. Des préfets, d’autres hauts fonctionnaires, des policiers gradés mêmes imaginèrent leurs économies parties en fumées… Le gouvernement ne pouvait pas ne pas réagir. Le ministre des Finances puis Ouattara lui-même intervinrent. Les comptes de la vingtaine de sociétés d’agrobusiness ivoiriennes furent bloqués, leurs dirigeants emprisonnés. L’Etat promit d’indemniser toutes les « victimes »…

    Et puis… Et puis une petite voix se fit entendre, celle d’une association de défense des intérêts des actionnaires de la principale société, Monhevea.com, pilotée par la start up Agronomix. Son PDG, Christophe Yapi, avait échappé aux policiers ivoiriens en se réfugiant en France d’où il entreprit de défendre et son intégrité, et ses actionnaires. Il proposa d’entrée de rembourser lui-même les investisseurs jusqu’au dernier centime alors que les offres de remboursement étatique étaient « a minima » Ouattara en personne refusa, prétextant qu’un des cadres supérieurs d’Agronomix avait sur son compte personnel « une très grosse somme d’argent » En fait, un petit million de F CFA, soit 1500 € ! Les réponses par ailleurs de l’administration ivoirienne aux attaques de l’association furent proches de la nullité, dénuées d’arguments sérieux.

    C’est qu’au contraire d’un système de Ponzi, simple paiement des dividendes sur l’argent des nouveaux souscripteurs, Monhevea.com dispose bel et bien d’actifs. Que l’Etat ivoirien se mit à rechercher avec fébrilité. Des souscripteurs avaient pu voir près de chez eux les premières réalisations de leur société, des champs cultivés de manière moderne, des entrepôts, des tracteurs…  Les actionnaires ne veulent donc pas être mal remboursés par l’Etat, ils veulent que ce dernier laisse leur société continuer sa vie normalement et leur verser les dividendes tout aussi normalement.

    La petite voix de l’association devient donc un cri gênant pour Ouattara lui-même, accusé par le gratin de la société ivoirienne de vouloir prendre l’argent de l’agrobusiness, « son argent », pour honorer ses promesses aux mutins de mai. C’est que les caisses de l’Etat sont vides en dépit des chiffres pharamineux de croissance annoncés. Tandis que le ministre des Finances a missionné les banques elles-mêmes pour trouver les actifs des sociétés de l’agrobusiness : elles sont payées pour dépouiller leurs clients !

    Lesquels n’allaient évidemment pas ouvrir joyeusement leurs livres aux inspecteurs publics et on les comprend. Les actifs de telles sociétés sont de fait complexes : ils mêlent des achats et des locations, du matériel et des produits chimiques achetés ou en voie d’achat, face à des promesses de récolte pré-vendues pour une part, à vendre pour une autre, des filières d’achat et de vente (donc des actifs immatériels), etc. En faire l’inventaire est quasiment impossible pour des enquêteurs étatiques dont tout le monde se méfie. Mais les banques, ces mêmes banques qui ont hurlé au Ponzi, conservent les traces informatiques de toutes les transactions bancaires des sociétés. Ne leur échappent que les transactions non scripturales.

    Et c’est le fait de confier aux banques la recherche d’actifs qui prouve in fine que l’Etat n’est pas clair dans ce dossier. Et que le banquier qui a crié au Ponzi l’est encore moins : il n’existe pas dans l’histoire économique mondiale de système de Ponzi mis en œuvre par 20 sociétés en même temps. Un système de Ponzi avec des actifs en plus ! Bref et alors que tout le monde sans exception, médias ivoiriens et français inclus, crut à une gigantesque arnaque en décembre et janvier dernier, aujourd’hui le soufflé remonte… mais contre l’administration Ouattara. Une administration déjà bien affaiblie et par une élection présidentielle catastrophique (le vrai chiffre de l’abstention ayant été monstrueux), et par des mutineries à répétition.

    Dernier rebondissement et non des moindres, Guillaume Soro, le « challenger » aujourd’hui presque officiel de Ouattara, a proposé son intermédiation. Que le président n’a pas pu refuser : il va donc devoir accueillir des représentants de Monhevea.com, sans doute composée d’avocats et de comptables aguerris, à qui il va devoir expliquer le curieux rôle du gouvernement dans cette affaire.

    Laquelle, dans l’état actuel du dossier, ressemble plus à celle de promesses très certainement « hâtives » en manière de dividendes et qui ont sans doute obligé les promoteurs à, effectivement, se servir un peu de l’argent des nouveaux souscripteurs pour honorer leurs engagements. Mais l’intervention et du banquier initial, et la réaction du gouvernement, ressemblent, elles, à une tentative de mainmise sur un pactole privé dans une conjoncture difficile. Elles sont en tous les cas et totalement disproportionnées…

     

     


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  • Côte d’Ivoire : l’agrobusiness, une affaire d’Etat ?

    Christian d’Alayer – 11/06/2017

     

    Le terme « agrobusiness » sent le souffre à Abidjan. Cette association de l’agriculture et des affaires est récente, même hors d’Afrique. Elle n’a de fait véritablement commencé qu’avec les « bio carburants » et les réserves foncières que de grandes entreprises ont commencé à réaliser un peu partout dans le monde au lendemain du choc pétrolier du 3e millénaire. Auparavant, certes, des banques avaient elles-aussi investi dans l’agriculture. Mais surtout dans le domaine de l’élevage.

    Là, il s’agit de toute autre chose : des multinationales se sont mises à l’agriculture. Des Chinois ont par exemple constitué des réserves foncières hors de chez eux et, notamment, en Afrique pour produire d’abord du riz puis toutes sortes d’autres denrées alimentaires. Des parfumeurs, des industries oléagineuses, des transformateurs de produits animaliers, etc., ont suivi, découvrant que l’agriculture intensive pouvait être extrêmement rentable, au grand dam des associations environnementales hurlant à la mort de la planète sous les millions de tonnes d’intrants nouveaux que ce type d’agriculture entraîne.

    Les Africains ne disposent pas encore de ce type de grandes sociétés capitalistiques et, par exemple, n’ont pas l’expérience des puissantes coopératives françaises œuvrant du champ à l’usine et au marketing de vente. Mais ils savent s’adapter : dès les années 2000, soit moins de 10 ans après les pays développés ou émergeants, ils ont constitué des sortes de start up à partir de souscriptions volontaires de citoyens aisés. Ce fut la naissance de l’agrobusiness en Afrique.

    Et, certes là encore, les promoteurs n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère, promettant des retours sur capital utra rapide, trop certainement compte tenu, tout de même, des temps normaux de réponse des travailleurs ruraux à qui ces sociétés apportaient tous les ingrédients d’une productivité à l’occidentale : machines, engrais, pesticides, semences sélectionnées… Les dites sociétés ont surtout loué des terres « occupées » et proposé en fait à des paysans de travailler leur terre différemment. On a vu au Mali que cette façon d’aborder le problème était nettement plus intelligente que de faire, à la Chinoise, venir des exploitants de l’étranger pour « montrer comment il faut faire » à des autochtones éberlués (les rendements des dits autochtones ayant parfaitement compris le système furent nettement plus élevés que ceux des expatriés ne connaissant rien du milieu ambiant. L’irrigation permit notamment aux femmes des autochtones de faire du maraichage extrêmement lucratif)

    Bref, il était normal qu’en Afrique francophone, l’agrobusiness face florès surtout en Côte d’Ivoire où la population entière sait que sa richesse vient de la terre. Une vingtaine de sociétés se mirent sur les rangs au cours des trois dernières années, soit une fois un peu stabilisé le champ politique du pays. Ce sont plus de 70000 actionnaires qui leur répondirent « présents », investissant ce qu’on sait aujourd’hui être nettement plus de 100 milliards de F CFA dans ce créneau. Beaucoup de cadres locaux, notamment administratifs, mais aussi beaucoup d’expatriés tant en Europe qu’en Amérique. Soit le « haut du panier » ivoirien.

    A qui, sans crier gare, une banque de la place s’époumona en leur affirmant un jour de décembre 2016 : « il n’y a pas de compte d’exploitation, c’est un système de Ponzi, une gigantesque arnaque ! » Imaginez la réaction des investisseurs ! On sut par exemple qu’un homme se crut ruiné, son épouse ayant englouti les économies du ménage dans cette affaire. Des préfets, d’autres hauts fonctionnaires, des policiers gradés mêmes imaginèrent leurs économies parties en fumées… Le gouvernement ne pouvait pas ne pas réagir. Le ministre des Finances puis Ouattara lui-même intervinrent. Les comptes de la vingtaine de sociétés d’agrobusiness ivoiriennes furent bloqués, leurs dirigeants emprisonnés. L’Etat promit d’indemniser toutes les « victimes »…

    Et puis… Et puis une petite voix se fit entendre, celle d’une association de défense des intérêts des actionnaires de la principale société, Monhevea.com, pilotée par la start up Agronomix. Son PDG, Christophe Yapi, avait échappé aux policiers ivoiriens en se réfugiant en France d’où il entreprit de défendre et son intégrité, et ses actionnaires. Il proposa d’entrée de rembourser lui-même les investisseurs jusqu’au dernier centime alors que les offres de remboursement étatique étaient « a minima » Ouattara en personne refusa, prétextant qu’un des cadres supérieurs d’Agronomix avait sur son compte personnel « une très grosse somme d’argent » En fait, un petit million de F CFA, soit 1500 € ! Les réponses par ailleurs de l’administration ivoirienne aux attaques de l’association furent proches de la nullité, dénuées d’arguments sérieux.

    C’est qu’au contraire d’un système de Ponzi, simple paiement des dividendes sur l’argent des nouveaux souscripteurs, Monhevea.com dispose bel et bien d’actifs. Que l’Etat ivoirien se mit à rechercher avec fébrilité. Des souscripteurs avaient pu voir près de chez eux les premières réalisations de leur société, des champs cultivés de manière moderne, des entrepôts, des tracteurs…  Les actionnaires ne veulent donc pas être mal remboursés par l’Etat, ils veulent que ce dernier laisse leur société continuer sa vie normalement et leur verser les dividendes tout aussi normalement.

    La petite voix de l’association devient donc un cri gênant pour Ouattara lui-même, accusé par le gratin de la société ivoirienne de vouloir prendre l’argent de l’agrobusiness, « son argent », pour honorer ses promesses aux mutins de mai. C’est que les caisses de l’Etat sont vides en dépit des chiffres pharamineux de croissance annoncés. Tandis que le ministre des Finances a missionné les banques elles-mêmes pour trouver les actifs des sociétés de l’agrobusiness : elles sont payées pour dépouiller leurs clients !

    Lesquels n’allaient évidemment pas ouvrir joyeusement leurs livres aux inspecteurs publics et on les comprend. Les actifs de telles sociétés sont de fait complexes : ils mêlent des achats et des locations, du matériel et des produits chimiques achetés ou en voie d’achat, face à des promesses de récolte pré-vendues pour une part, à vendre pour une autre, des filières d’achat et de vente (donc des actifs immatériels), etc. En faire l’inventaire est quasiment impossible pour des enquêteurs étatiques dont tout le monde se méfie. Mais les banques, ces mêmes banques qui ont hurlé au Ponzi, conservent les traces informatiques de toutes les transactions bancaires des sociétés. Ne leur échappent que les transactions non scripturales.

    Et c’est le fait de confier aux banques la recherche d’actifs qui prouve in fine que l’Etat n’est pas clair dans ce dossier. Et que le banquier qui a crié au Ponzi l’est encore moins : il n’existe pas dans l’histoire économique mondiale de système de Ponzi mis en œuvre par 20 sociétés en même temps. Un système de Ponzi avec des actifs en plus ! Bref et alors que tout le monde sans exception, médias ivoiriens et français inclus, crut à une gigantesque arnaque en décembre et janvier dernier, aujourd’hui le soufflé remonte… mais contre l’administration Ouattara. Une administration déjà bien affaiblie et par une élection présidentielle catastrophique (le vrai chiffre de l’abstention ayant été monstrueux), et par des mutineries à répétition.

    Dernier rebondissement et non des moindres, Guillaume Soro, le « challenger » aujourd’hui presque officiel de Ouattara, a proposé son intermédiation. Que le président n’a pas pu refuser : il va donc devoir accueillir des représentants de Monhevea.com, sans doute composée d’avocats et de comptables aguerris, à qui il va devoir expliquer le curieux rôle du gouvernement dans cette affaire.

    Laquelle, dans l’état actuel du dossier, ressemble plus à celle de promesses très certainement « hâtives » en manière de dividendes et qui ont sans doute obligé les promoteurs à, effectivement, se servir un peu de l’argent des nouveaux souscripteurs pour honorer leurs engagements. Mais l’intervention et du banquier initial, et la réaction du gouvernement, ressemblent, elles, à une tentative de mainmise sur un pactole privé dans une conjoncture difficile. Elles sont en tous les cas et totalement disproportionnées…

     

     


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