• Les Investissements étrangers ne déferlent pas sur l'Afrique

    Que des grands patrons commencent à regarder le Continent, soit. Mais ils n'ont pas encore mis la main au portefeuille...

    (Christian d'Alayer, 19 mars 2016)

     

    Bon nombre de journalistes occidentaux croient que l'Afrique est le nouvel Eldorado des investisseurs. Ne parlons plus des sceptiques, ceux-là le seront même quand leur média ruiné sera racheté par un milliardaire africain ! Mais voyons si l'indéniable accélération de la croissance africaine depuis l'an 2000 a eu des conséquences importantes en matière d'investissements internationaux. Et si vous regardez le graphique 1, cela semble évident : les investissements directs étrangers décollent à partir de l'an 2000, y compris les investissements africains hors d'Afrique, le solde paraissant rester plus que vigoureux.

    C'est une illusion d'optique : les chiffres en ordonnée sont des milliards de dollars. Et vous voyez que le maximum est obtenu en 2014 avec des IDE entrant compris entre 50 et 55 milliards de dollars. Sur un total mondial d'environ...1500 milliards de dollars d'IDE la même année. Aussi aurais-je dû étirer terriblement le graphique sur la droite pour respecter l'échelle mondiale. Et auriez-vous dû alors voir un tout petit décrochage des courbes et non pas ces belles envolées trompeuses...

    Pour bien voir la réalité et faute de pouvoir publier un graphique à l'échelle réelle, il faut se reporter aux chiffres bruts, soit le tableau 2. Et là, vous voyez immédiatement qu'on ne joue pas dans la cour des grands où évoluent des pays dans lesquels les multinationales investissent des centaines de milliards (près de 300 milliards par an dans la seule Chine et plus de la moitié des 1500 milliards de $ dans les pays en développement)

    Il y a eu, certes, un sursaut des compagnies minières et pétrolières en Afrique quand, notamment, l'envolée du cours de l'or noir a permis de pomper rentablement les nappes en eau profonde (1500 mètres et plus) L'envolée de l'or a aussi permis de rentabiliser des mines aux coûts d'extraction supérieur à 100 $ l'once. Mais ce sont surtout les Sud Africains qui se sont positionnés en Afrique. En Mauritanie, l'extraction du fer a connu un net regain et au Congo Kinshasa, les terres rares ont relancé les mines. Dont celles de cuivre dont le cours s'est aussi envolé, ranimant cette activité aussi en Zambie. Etc. Le petit envol des années 2000 et suivantes est essentiellement dû aux investissements pétroliers et miniers, il faut le savoir, et non aux investissements industriels et agro-industriels : le Sénégal attend ainsi toujours l'entreprise qui lui permettra de faire aussi des productions industrielles de bouche à partir de ses arachides, seule manière de valoriser encore plus des exportations aujourd'hui limitées à l'huile. Et il n'y a pas de hauts fourneaux en Mauritanie tandis que la Guinée ne sort toujours que de la bauxite, même pas de l'alumine, de ses gigantesques réserves de minerais. Songez qu'au Mozambique, les Sud-Africains ont créé de toutes pièces une énorme industrie d'aluminium, la seconde d'Afrique après la leur, à partir d'alumine importée d'Australie ! Cela va peut-être changer puisque une firme arabe, Emirates Global Aluminium va fabriquer au moins de l'alumine en Guinée Conakry afin de sécuriser ses approvisionnement en matière première.

    Les Africains seraient évidemment preneurs de toutes les valorisations possibles de leurs matières premières. Même le petit Gabon par exemple a banni les exportations de grumes, exigeant que ses entreprises scient au minimum les bois exportés (le pays déroule lui-même et depuis longtemps l'essence reine du déroulage, l'Okoumé) Des artisans travaillent le bois à la pelle au Cameroun, autre exemple, et inondent ainsi la sous-région en mobilier de toutes sortes. D'autres artisans, dans toute l'Afrique, travaillent les métaux précieux et fournissent les populations locales en bijoux de luxe. Quelques usines fabriquent en semi industriel les concentrés de tomates dont toute l'Afrique se nourrit et des ébauches de chocolaterie ont éclos dans les pays producteurs de cacao. Du local, donc, mis sur pied avec des moyens réduits et des technicités industrielles balbutiantes, heureusement sauvées par la qualité de l'artisanat local.

    Mais rien de vraiment sérieux pour combler les besoins croissants du plus d'un milliard d'habitants que compte aujourd'hui le Continent. Voyez d'ailleurs la part des investissements étrangers dans les investissements globaux de l'Afrique (colonne 6 du tableau 2) : les premiers chiffres (qui ne sont pas entre parenthèses) sont ceux de la CNUCED, établis d'après les données actuelles sur les PIB africains. J'ai rétabli un peu de réalité en augmentant le PIB de toute l'Afrique de 80%, donnée qui est celle qui a été appliquée officiellement au Nigeria il y a deux ans quand ce pays a décidé de jouer réellement le jeu des statistiques internationales en intégrant l'économie informelle (jusqu'aux péripatéticiennes !) dans ses statistiques nationales. Et la part des IDE dans l'investissement global africain est donc redescendue fatalement à des chiffres qui sont plus proches de ceux que j'ai calculé et mis entre parenthèses à la suite des chiffres officiels actuels. Mon calcule suppose bien évidemment que, pour obtenir 80% de plus de production, l'économie africaine a dû investir aussi 80% de plus que ne le disent les statistiques officielles (quand on connaît un peu l'Afrique, ce calcul ne paraît pas outrancier...) Et vous voyez que les IDE, insignifiant jusqu'en 2000, ne sont aujourd'hui à même que de générer au mieux 1% de croissance supplémentaire en Afrique : les économistes patentés estiment qu'il faut investir 5% du PIB d'un pays pour générer 1% de croissance. Soit 3% de croissance annuelle pour 25% de FBCF. Du moins "estimaient" Car, aujourd'hui, la financiarisation des économies occidentales a fait passer ce critère de croissance très largement derrière la valeur des entreprises en bourse...

    Bref, les IDE en Afrique sont encore très éloignées de leur objectif théorique qui est de faire décoller les économies dans lesquelles ils ont le bonheur de pénétrer. Le constat sera le même en 2015 (nous disposons pour l'instant des statistiques de 2014) puisque la CNUCED a annoncé que les IDE mondiales s'étaient repliées l'an dernier, y compris en Afrique. Et force est, in fine, de constater que le développement de l'Afrique est pour l'heure terriblement autocentré, essentiellement dû aux efforts et au génie de ses propres habitants. On sait par exemple que les tissus africains ont repris du poil de la bête face aux importations asiatiques essentiellement du fait et des stylistes locaux et des quelques usines de wax et de fancy d'Afrique de l'ouest (Nigeria surtout) De même sait-on que le ciment africain est parti aussi du Nigeria avec une multinationale locale mise sur pied de toutes pièces (les entreprises du milliardaire Dangote) Comme on peut aussi dire que les paysans camerounais ou guinéens ont joué un rôle moteur dans l'expulsion progressive des importations françaises de produits maraichers, de pomme de terre ou de poulets. Les coopératives françaises qui tenaient ces marchés n'ont pas voulu investir en Afrique, pensant empêcher ainsi la concurrence africaine. Elles n'auront réussi qu'à perdre les dits marchés tandis que l'Amérique latine et la Chine se chargeaient de leur barrer la route ailleurs. Que n'ont-elles pas travaillé avec les Africains pour pouvoir concurrencer les précédant ?! Le canadien Alcan, de même, s'est obstiné à ne vouloir tirer que de la bauxite de Guinée et du Ghana, ne voyant pas les entreprises asiatiques se développer par ailleurs jusqu'à venir proposer leurs services aux Africains ? Songez que France-Télécom (aujourd'hui Orange) s'est contenté d'un service minimum en Afrique des décennies durant avant de "ramer" aujourd'hui pour tenter de retrouver une part de marché dans un continent où la concurrence limite aujourd'hui considérablement les marges des nouveaux arrivants...

    L'Occident va bientôt s'apercevoir qu'il a tout perdu dans la mondialisation qu'il a lancée pour complaire à ses multinationales : le phénomène est certes neuf mais rapide et de plus en plus d'entreprises "basanées" taillent de plus en plus de croupières à ces multinationales occidentales qui ont mis le feu à leurs marchés intérieures avant que de perdre aussi la guerre économique mondiale. A cet égard, la bataille d'Afrique sera décisive : si les Occidentaux reculent aussi outre Méditerranée, que leur restera-t-il ?

     

    1- Les investissements directs étrangers en Afrique depuis 1994 (graphique extrait du tableau 2)

    Source : World Investment Report 2015, CNUCED

     

     

    2- Les flux d'investissements directs étrangers en Afrique (IDE) depuis 1994

    Source : World Investment Report 2015, CNUCED

     

    IDE entrant

    En milliards de $

    IDE sortant

    En milliards de $

    Solde IDE

    En milliards de $

    Part des IDE dans le monde

    (en %)

    Part de la FBCF*

    (en %)

    1994

    6,1

    1,9

    4,2

    2,4

    6,6 (3,6)

    1995

    5,6

    3

    2,6

    1,6

    5,2 (2,9)

    2000

    6,6

    1,5

    5,1

    0,7

    8,7 (4,8)

    2005

    29,5

    2,1

    27,4

    3,2

    14 (7,7)

    2010

    44

    9,3

    34,7

    3,3

    10 (5,5)

    2014

    53,9

    13,1

    40,8

    4,4

    10,6 (5,8)

    * Formation brute de capital fixe (investissements productifs dans la région)

     

     


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  • L’Occident, un empire policier…

    Christian d’Alayer – avril 2016

    Bonjour. Si vous avez lu mon texte sur la fin de l’empire occidental, vous avez peut-être noté que j’annonçais un texte sur le flicage de masse dans cet empire. Après réflexion, il m’est apparu que cette affaire méritait un autre texte, pas quelques lignes dans l’exposé général sur la disparition d’un empire.

    Ca aussi se passe sous vos yeux et vous en verrez l’apothéose de votre vivant. Car, face à son déclin, les dirigeants de cet empire ont, je vous l’ai dit, tenté d’appauvrir les peuples européens en espérant que les peuples en développement, en s’enrichissant, amènerait une sorte d’équilibre concurrentiel permettant à l’Occident d’enrayer son déclin. Et je vous ai expliqué que c’était impossible car les pays en voie d’émergence faisaient, eux, de l’industrie tandis que l’Occident s’abimait dans le marketing : les salaires n’étaient pas l’unique cause du déséquilibre…

    Fort bien, mais allez faire avaler à des nations entières leur appauvrissement quasi délibéré (et l’enrichissement fatal d’une toute petite partie de la population) sans que ça provoque des émeutes ! Les gouvernements ont donc commencé à être renvoyés les uns après les autres. L’establishment –entendez les multinationales et les banques- ont donc forcé les partis –l’Occident vis dans le bipartisme, grosso modo gauche contre droite- à adopter la même politique, tout bêtement en ralliant à leur cause les fameux « experts » Des économistes notamment qui pondent les chiffres qu’il faut au moment qu’il faut. En France, une association de professeur d’économie regroupant la plupart des économistes de banque ainsi qu’une institution prestigieuse, la Cour des Comptes. Aux Etat Unis, une université, celle de Chicago, sous la férule d’un professeur d’économie aimablement nobélisé pour sa trouvaille, Friedman, le père de l’économie dite de l’offre. Deux personnages à poigne, Thatcher en Angleterre et Reagan aux Etats Unis ont ensuite imposé la vision appelée « néolibérale », en fait ultra libérale à leurs pays respectifs. En Europe, ce sont les Allemands qui se sont chargés du boulot, d’abord avec un mec de gauche, Schröder, puis une femme de droite aidé d’un handicapé, le tandem Merkel (la gentille)/Schauble (le méchant) Les Français, idéologiquement décérébrés, ont suivi le petit doigt sur la couture du pantalon…

    Ca a tenu une quinzaine d’années. Mais pas plus et, partout, on a vu des oppositions de plus en plus dures à cette tentative stupide (car vouée d’entrée à l’échec), écologiques en France et en Allemagne, Indignés un peu partout ailleurs, de Siriza aux Indignés de Wall Street en passant par Podemos. Tant que ça ne se ressentait pas dans les urnes, pas grave. Et notre Establishment s’est donc efforcé d’empêcher ces mouvements de gagner les élections : en quelques années seulement, les multinationales et les banques se sont emparées de l’ensemble –et je dis bien « l’ensemble »- des médias occidentaux : il n’y a plus aucun économiste non libéral qui puisse aujourd’hui s’exprimer en public. Les guerriers ont même réussi des percés spectaculaires dans ces moyens d’information et de formation des consciences. Le Pentagone par exemple a financé des tonnes de films jusqu’à faire oublier « Rencontre du 3e type » ou « ET » : désormais, c’est le soldat Ryan, Captain America et Star Wars qui dominent Hollywood. Et en France, vous connaissez bien sûr Dassault et Lagardère contrôlant à eux seuls les trois quarts de la presse quotidienne française. Pourquoi des guerriers ? Parce que ces gens n’ont pas oublié la 2e guerre mondiale et le boom économique consécutif aux « efforts de guerre », entendez aux commandes passées aux industries de l’armement, tant en Allemagne qu’en Angleterre et aux Etats Unis. Et puis ces industries disposent de beaucoup d’argent…

    Mais ça n’a pas suffit non plus et le « populisme » comme les ultra libéraux appellent tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, a continué à croître. Et c’est là qu’est apparu le radicalisme islamique. Ca a commencé, souvenez-vous, par Al Qaida, une création qu’on sait aujourd’hui de la CIA, à l’origine pour combattre les Russes en Afghanistan. Al Qaida qui a « attaqué » les Etats Unis en piratant des avions et les faisant s’écraser à New York et sur le Pentagone. On sait aujourd’hui que l’Arabie Saoudite a été mêlée étroitement à cette attaque dont la spontanéité et la « pureté » ne sont donc plus évidentes. Quoiqu’il en soit, cet acte de terrorisme a permis aux dirigeants américains de promouvoir une législation terriblement policière. Imaginez qu’il suffit qu’un flic traite un suspect de terroriste pour que celui-ci échappe à la vigilance et à la protection de la justice ! D’autres mesures ont été prises, toute de plus en plus restrictive de libertés, jusqu’aux écoutes téléphoniques sans visa préalable d’un juge.

    L’Europe a suivi et, curieusement, la France de Hollande, cet homme soi-disant de gauche qui s’est montré le plus liberticide des hommes politiques français depuis le maréchal Pétain ! Car lui ne s’est pas contenté de mesures policières : il a lancé un gigantesque flicage bancaire au niveau européen qui n’est pour l’instant stoppé que par le Parlement européen tout de même inquiet devant ces velléités liberticides. Mais sachez que les Suédois par exemple sont déjà passés à ce flicage économique et sont donnés en exemple (en excuse ?) par les apparatchiks du parti socialiste français.

     

    Si bien que l’empire qui a prôné la démocratie comme valeur phare de sa civilisation, s’est en fait couché totalement dessus : que signifie le droit de vote quand le droit d’être informé et d’être éduqué est totalement entre les mains d’une idéologie liberticide ? Et que signifient des élections quand la véritable opposition n’a pas le droit à la parole ? Ne croyez pas que les dirigeants occidentaux s’arrêteront à ces premières mesures : malgré tout ce qu’ils ont pu faire pour obliger les populations à obéir, les « populistes » commencent à gagner les élections. Ce qui est insupportable pour des gens qui estiment que le monde ne peut être que mondialisé ou mourir. Leurs médias diabolisent donc à mort les partis « populistes » (souverainistes en fait) et cela marchera sans doute encore et cette année aux Etats Unis, et en 2017 en France et en Europe. Mais comme leur politique continuera à débecter les électeurs, les souverainistes finiront bien par l’emporter : déjà les électeurs britanniques pourraient sortir leur pays de l’Europe dès cette année. Et dans les 5 ou 10 ans maximum à venir, les souverainistes l’emporteront dans de grands pays telle la France. Et si la France succombe, alors c’en sera fini de l’Europe libérale et mondialiste. Donc de l’Occident libéral et mondialiste. Croyez-vous que les multinationales et les banques laisseront faire ? Je ne sais pas ce qui sortira de leurs nombreux « think tank » (groupes de réflexion) mais je gage qu’entre les annulations d’élections et le soudoiement des nouveaux dirigeants, voire les coups d’Etats, cet Occident policier ne se laissera pas détruire facilement…


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  • L’après Occident

    Salut tout le monde ! Me revoilà sur la demande presque expresse de votre directator qui m’a encensé sans que j’aie rien demandé. Comme je ne suis pas né de la dernière pluie… Et puis en fait, j’avais très envie de vous parler non de vous mais de nous, les Blancs à l’odeur de cadavre frais, puisqu’il paraît que vous voulez nous « remplacer » par vagues d’immigration successives. C’est du moins la chanson qu’on entend de plus en plus chez nous en voyant nos frontières assaillies par des basanés de toutes provenances voulant se faire passer pour des réfugiés syriens.

    Ca y’est, vous êtes dans le bain ? Un peu de communautarisme –vous savez, la burqa et tutti quanti-, un peu d’anti racisme –pardon, de lutte contre les antisémites, faut pas confondre- de moins en moins de Sarkozy et de Hollande… Peut-être quand même de l’émerveillement pour une nature si verte ? Mais je vous vois déjà hésiter sur la cuisine : comme nous, Français, vous n’aimez pas trop bouffer anglais.

    Il faut quand même que vous sachiez que l’empire occidental n’est pas homogène. C’est comme chez vous, il y a hors les Blancs, des Sahéliens et des Bantous, les gens du nord et les hommes… Et bien chez nous, il y a les Anglo-Saxons (que le Diable les emporte !) et les hommes, les vrais, les Latins, les descendants directs des vrais civilisés. Nous ne sommes Occidentaux (ou Blancs, pour vous c’est plus juste puisque vous vivez aux mêmes longitudes que nous) qu’à vos yeux parce que nous sommes tous venus en bateau vous emmerder un max. Dans la vraie vie, il y a le gigot bouilli à la menthe et au petits pois d’un côté et l’épaule d’agneau rôtie aux herbes de Provence de l’autre.

    Et la cuisine n’est que l’élément le plus visible des différences fondamentales entre les deux mondes, celui des barbares et le nôtre. Les barbares se sont construits contre les Etats, l’Angleterre fut la première à couper la tête d’un roi et les Etats-Unis se créèrent en bousillant les forces armées de la reine d’Angleterre et d’Ecosse (on les sépare parce qu’il y a là aussi une cassure entre les Celtes et les Saxons dirigés par des Vikings mais ceci est une autre histoire, un peu comme celle des Fangs et des autres bantous) Tandis que les latins se sont construits, eux, avec l’idée que l’Etat, c’est la civilisation. Nous tenons ça des Romains, pardi ! Pour qui, déjà, les Germains étaient des barbares. Alors, les Anglo-saxons !

    Ca a donné des différences fondamentales : les Anglo-Saxons par exemple sont les rois des associations caritatives. Forcément, puisque leurs Etats ne font pas grand-chose dans ce domaine. Et quand ils le font, les Travaillistes après la deuxième guerre mondiale qui inventent le « Welfare State » ou Roosevelt qui redistribue à mort après avoir terriblement augmenté les impôts des riches, ils cassent l’outil dès qu’ils le peuvent : Thatcher à Londres et Reagan à Washington précédent l’ère Bush et du Tea Party. Tandis que chez nous, les civilisés, c’est l’Etat qui fait tout. La Sécurité Sociale, les lois qui s’empilent inlassablement, jusqu’au droit qui chez nous est écrit alors que la coutume prévaut chez les barbares qui parlent anglais. C’est le droit coutumier, heureusement contrôlé par des juges suprêmes aux Etats-Unis (mais pas en Angleterre) Ca donne des trucs tordus, les avocats français par exemple experts es codes en tous genres tandis que leurs homologues barbares recherchent des antécédents uniquement judiciaires pour défendre leurs causes. Ils ne peuvent absolument pas se remplacer dans leurs cours respectives… Et ça a du bon et du mauvais dans les deux camps. Pour défendre les personnes handicapées par exemple, les Anglo-Saxons ont nettement mieux fait que nous avec leurs associations ad hoc. Chez nous, on a pondu une grande loi, créé un grand organisme, instauré des amendes. Et puis on a merdé au niveau de l’application… Par contre nos pauvres sont mieux traités que les leurs, l’allocation qu’on leur octroie leur permet de vivoter alors que les Anglais et les Américains en sont restés à la soupe populaire avec leurs vieux pauvres se trainant dans des caravanes pourries au bord de déserts improbables, là où le foncier est gratuit.

    Vous me direz que la crise a remis les deux méthodes à égalité, ce qui n’est pas tout-à-fait faux. Et c’est ce qui va fatalement aboutir à un divorce quand la crise, purement occidentale, aura fini de bousiller l’empire qui vous a asservi plusieurs siècles durant. C’est en cours, ça vient, vous le verrez de votre vivant. Et vous verrez donc les deux mondes qui ont fait l’Occident se scinder à nouveau et, je l’espère, le monde latin revivre enfin après la domination des méchants. Car il y a une autre différence entre ces deux mondes : les méchants sont aussi puritains, ils ont enfanté les Quakers, les Amish et autres Témoins de Jehova après avoir connu Cromwell et avant de vous livrer en spectacle ahurissant l’actuelle primaire républicaine aux Etats-Unis. Ce sont des gens qui ne supportent pas le mensonge et qui ont donc légalisé le financement des campagnes électorales pour ne pas avoir à le poursuivre en Justice : ils sont aussi terriblement hypocrites ! Mais ils sont capables d’envoyer en prison leur président du moment (voir l’affaire du Watergate au terme de laquelle Nixon dut démissionner pour ne pas être poursuivi en justice) Ils sont aussi très mauvais perdants et ce n’est pas à Mugabe qu’on va raconter le contraire ! Il a vaincu trois fois les Anglo-Saxons et il est donc diabolisé à vie par eux, lesquels n’ont toujours pas renoncé à le dégommer. Voyez aussi leur acharnement à tenter de détruire la puissance russe alors que ce sont les Chinois qui les dominent progressivement : leur lucidité n’est que de surface, dans le fond ils sont sentimentaux. Ils peuvent dépenser des milliards pour secourir des animaux tout en tuant des humains sans se poser de question. Et ils sont guerriers, terriblement guerriers, soumis comme aucun peuple ne l’a été aux pressions de leurs lobbys militaro-industriels…

    Face à ces macaques, les Latins : France, Italie, Espagne, Portugal et leurs extensions d’Amérique latine et d’Afrique plus ou moins impactées par la culture de leurs colonisateurs, à commencer par la langue internationale (beaucoup d’Africains ont conservé leur langue maternelle et n’utilisent la langue latine ou l’anglais que dans le cadre international) Les Latins sont catholiques et la différence avec les Protestants est assez importante pour être explicitée : en résumé, les Catholiques n’ont pas connu beaucoup d’épisodes puritains. Il y eut certes et à la Renaissance plusieurs affaires assez retentissantes pour qu’on en parle encore aujourd’hui (avec répugnance) : Jérôme Savonarole notamment à la fin du 15e siècle à Florence (il fut quand même pendu puis brûlé !) ; et surtout l’Inquisition créée en Espagne au 16e siècle pour s’assurer que les Musulmans et Juifs du royaume d’après la Reconquête s’étaient bien convertis et ne faisaient pas semblant. Comme, à l’époque, la monarchie espagnole régnait sur un immense territoire incluant une partie de l’Italie, une partie des pays germaniques ainsi que les Flandres (plus une partie de l’Amérique latine), cette Inquisition put sévir impunément un peu partout. Mais ni la France, ni le Portugal et ni la plupart des Papes ne succombèrent à ses incantations sulfureuses : seuls trois papes totalisant 24 années de règne successives se rangèrent aux ordres de Charles Quint puis de son fils, Philippe 2 : Paul 3, Jules 3 et, surtout, Paul 4. Mais ils durent aussi et surtout combattre le Grand Schisme, soit la naissance du Protestantisme luthérien puis calviniste avant de voir l’Angleterre d’Henri VIII se séparer de Rome.

    Sinon ? Ben les Catholiques sont comme les Français : on fait des lois, dura lex sed lex, et puis on magouille les applications. Surtout, le Catholicisme a gardé la confession : faute avouée est à moitié pardonnée ! Le Catholicisme, c’est le sud, incontestablement. Il ya toujours matière à arrangement, personne n’est vraiment condamné à l’Enfer. Il ya le Purgatoire pour les plus mauvais et encore : on peut prier et même faire dire des messes pour le repos de son âme… Et ce sont les Anglo-Saxons qui, avec leur puritanisme hypocrite ont foutu la merde en se voulant « universels » Un homme-une voix correspond à leur conception très individualiste de la démocratie et peu importe que tous les moyens d’information et de formation des idées soient entre les mains des multinationales ou des banques. Et s’il faut massacrer 300 000 Iraquiens pour que les survivants puissent voter, tant pis pour les morts…

    On voit très bien les deux approches en Afrique : dans les pays où ils se sont imposés, toujours par la force, les Anglais ont aussi apporté l’Apartheid, le concept le plus raciste qui ait jamais existé sur Terre. Alors, certes, ils ont laissé les élites locales survivantes à leurs massacres –mais toujours humiliées publiquement, un truc des Anglais pour montre leur supériorité- gérer les affaires courantes des colonies dont ils pillèrent les matières premières sans vergogne. Alors que les Latins, qui ont pillé sans vergogne eux aussi les matières premières africaines, se sont mêlés de la gestion des affaires courantes africaines. Dans le domaine religieux, dans l’attribution des terres, dans les affaires criminelles… Ils ont substitué leur façon de faire à celle des Autochtones. Une déstabilisation plus grande, très certainement, que celle causée par l’Apartheid. Mais aux Indépendances, les pays latinisés possédaient plus d’élites que les pays anglosaxonnisés et ont vu leurs économies mieux se tenir au départ des colonisateurs. On parlait alors d’Abidjan comme de la « perle de l’Afrique » Ca n’est qu’ensuite que les pays anglophones ont rattrapé puis largement dépassé les pays cette fois-ci uniquement francophones, le néo colonialisme de Paris et, notamment, la pesanteur du franc CFA, freinant leur essor alors que le continent dans son ensemble connaissait une forte croissance.

    Voilà donc, Cher Tous, ce que je voulais vous dire des Blancs avant de passer à ce que donnera cet Occident qui, une fois effondré, ne pourra qu’éclater. Car les Latins ont tellement perdu de guerres qu’ils n’ont plus autant qu’autrefois l’esprit guerrier, premier point. Chez nous, on n’accueille pas en foule et avec des petits drapeaux tricolores les cercueils de nos soldats morts en mission à l’étranger. Chez nous, on n’a pas du tout envie de faire la guerre aux Russes qui nous sont d’ailleurs plutôt sympathiques. Chez nous, on n’accepte pas l’ultra libéralisme fou des Anglo-Saxons, il n’est pas dans nos mœurs plutôt étatiques et ses conséquences sociales sont pour nous inacceptables. Chez nous enfin, aucun accord international ne peut nous imposer des avocats anglo-saxons comme juges commerciaux : c’est une fonction régalienne qui ne se délègue pas ! Alors, pour nous faire rentrer dans le rang, des élites minables, vendues aux Anglo-Saxons, imposent le secret des négociations et contournent les vétos référendaires successifs : ces élites nous parlent d’une démocratie sur laquelle elles essuient tous les jours leurs chaussures crottées. Comment voulez-vous que les peuples suivent de pareils représentants !? Ils sont donc éconduits d’élection présidentielle en élection présidentielle, ne pouvant s’assurer de leur pérennité qu’en dominant les médias et qu’en empêchant par tous les moyens l’éclosion d’autres partis moins vendus qu’eux. Cela ne tiendra pas le temps d’une nouvelle crise du type 2008. Or l’effondrement de l’économie virtuelle a commencé avant celui de l’économie financiarisée à outrance. L’Occident sous tutelle américaine a joué toutes ses cartes pour éviter de sombrer. On voit déjà deux des principaux candidats à l’investiture, Trump et Sanders, prôner le repli sur soi et la fin de l’agressivité antirusse. Et dans une Europe en voie de désintégration, les partis dits « populistes » par les mondialistes (ils sont souverainistes en fait) commencent à émerger malgré des anathèmes quasi quotidiens de la part de tous les médias. L’éclatement est en cours, devant vos yeux. Même les plus ultra libéraux des « experts » doivent l’avouer en renvoyant bien entendu la faute aux dirigeants qui n’ont pas fait assez de « réformes » (entendez : pas assez vidé les poches des salariés pour remplir celles des actionnaires) et, aujourd’hui, aux banques centrales qui n’ont pas su gérer la crise. Laquelle n’a rien à voir avec une quelconque gouvernance économique : l’effondrement de l’Occident (à la vitesse à laquelle ça se passe, c’est un effondrement) est essentiellement dû au renversement énorme et durable des termes de l’échange : depuis les années 1980, les prix de vente des produits industriels ont été divisés par3 à 12 selon les secteurs ; tandis que les prix des matières premières ont été multipliés par 5 depuis 1999 (3,5 aujourd’hui, après les récentes baisses) Les Occidentaux  vendaient chers leurs productions industrielles et achetaient bon marché leurs matières premières. Aujourd’hui, ils vendent trop bon marché et achètent très cher, CQFD ! Mais pas un seul économiste occidental, pas le moindre étudiant même, n’a relevé cette évidence : le politiquement correct a aussi bousillé les esprits des élites occidentales, incapables d’indépendance et de lucidité…

     

    A suivre

     

    L’après Occident

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    Que va-t-il se passer donc après cette catastrophe occidentale ? Voyons d’abord comment ça se passe aujourd’hui puisque vous êtes les spectateurs de la dite catastrophe. Economiquement tout d’abord, vous voyez que les tentatives surtout américaines de substituer leurs propres matières premières aux importations est un échec total : la moitié déjà des compagnies qui se sont lancées dans le gaz de schiste se sont cassées la figure sous les coups portés par les producteurs basanés, Arabie saoudite en tête : la baisse du prix du baril les a plombé et ils ne trouvent plus aujourd’hui aucun nouvel engagement des banques américaines qui, de leur fait, possèdent à présent des actifs pourris en grand nombre. Les compagnies subsistantes vendent à tout va à l’étranger pour trouver de l’argent frais, entretenant en même temps les bas prix qui les tuent ! Je ne rentre pas dans les détails mais entre l’Iran qui peut aujourd’hui vendre sans restriction et les pays durement impactés par la baisse (Venezuela et Algérie notamment), les dits prix ne vont pas remonter tout de suite, même si la demande et l’offre, me dit-on, devrait mieux s’équilibrer l’an prochain.

    En Europe, on cherche aussi à substituer d’autres types d’énergies à l’or noir. C’est très lent  et ça pose des problèmes qui ne sont toujours pas surmontés aujourd’hui : bruit et vibrations de l’éolien, durée de vie et coût du solaire, difficulté de mise en œuvre du méthane au détriment de des cultures alimentaires, etc., etc. Ce n’est pas demain que les pays occidentaux pourront se passer du pétrole, surtout quand le charbon, dont ils sont abondamment pourvus, est terriblement pollueur : l’écologie est votre allié !

    Il en ira de même pour toutes les matières premières : techniquement, on peut tout recréer synthétiquement. On sait faire par exemple des sacs en plastic à partir d’amidon de maïs (ou autre) mais il faut équiper des centaines d’usine et ça coûte beaucoup plus cher. On peut remplacer l’acier par des plastics terriblement renforcés, mais là encore, c’est cher et nous n’avons pas les usines ad hoc. Pareil pour presque toutes les matières premières, y compris alimentaires puisque nous produisons massivement aujourd’hui hors sol et sous serres chauffées. Mais il y a le coût et le temps de passage à la production de masse… Et comme les dirigeants occidentaux n’ont rien vu venir du côté des termes de l’échange, ils n’ont rien prévu : ils ont fini par comprendre mais tardivement et encore, pas complètement, les prix chinois qu’ils attribuent encore majoritairement aux niveaux des salaires alors qu’ils bénéficient surtout d’effets de taille impressionnants : les Chinois font de l’industrie là ou nous faisons du marketing fou, jusqu’à des « séries limitées » aussi stupides que suicidaires.

    Il nous faudrait donc au moins deux décennies pour devenir moins dépendants des importations de matières premières et plus compétitifs au niveau de la production. Nous ne les avons pas car la différence entre les taux de croissance des pays émergeant et des nôtres est beaucoup trop élevée : 1,5% par an en Occident contre 4% dans les pays émergeant, 2,5% de différence annuelle, plus de 70% de rattrapage des seconds sur les premiers en 20 ans premier point. Et, ce, aujourd’hui, avec une croissance des pays en développement plus faible du fait de la baisse de la croissance chinoise. La différence va s’accroître à l’avenir car les pays en développement ont de telles réserves de demande intérieure qu’ils continuent à croître en dépit de la baisse de leurs exportations. Le cas de votre continent préféré est exemplaire : le Nigeria par exemple, a vu sa croissance monter à plus de 5% l’an dernier malgré la baisse du prix du pétrole…

    Bref, l’Occident va continuer à perdre la maîtrise de l’économie mondiale. Et si la Chine faiblit, notez que l’Inde et l’Afrique accélèrent.  1,3 milliards d’habitant croissent un peu moins vite, 2,5 milliards d’habitants croissent plus vite, les 600 millions d’Occidentaux ne peuvent que compter les points, CQFD. Et ces points, c’est quoi ? C’est tout bêtement des entreprises « basanées » qui s’emparent progressivement de morceaux de plus en plus importants de l’ancien empire des entreprises multinationales d’Occident. Exemple simple là encore : le Nigérian Dangote, partenaire des ciments Lafarge, qui se lance à l’assaut des pays africains francophones. Lafarge a connu la même mésaventure en Europe où c’est un cimentier roumain qui lui a mangé la laine sur le dos. Un peu partout dans le monde, le premier cimentier mondial a vu son aire d’influence reculer, ses parts de marché attaquées de toutes parts. Les traders allaient fatalement se poser des questions et l’action Lafarge être alors attaquée, horreur pour tout PDG d’un grand groupe. Celui de Lafarge se rapprocha donc de celui d’Holcim, cimentier suisse un peu dans les mêmes dispositions que le Français. Les deux firmes viennent donc de fusionner pour cacher en fait à leurs actionnaires leurs reculs sur les marchés mondiaux. Avec de la com la dessus plus un siège social évacué vite fait en Suisse et les actionnaires furent contents. Mais demain, quand ce groupe reculera encore (c’est fatal, les coûts de son capital sont  exorbitants face à des groupes autochtones qui s’endettent, eux, à des taux d’intérêt ultra faible), que feront les traders ?

    Un jour prochain, les actionnaires se rendront compte d’abord que la valeur affichée de leurs actions ne correspond absolument pas à la valeur réelle des entreprises correspondantes : elles sont cotées en moyenne plus de 10 fois le chiffre d’affaires alors que lorsqu’un quidam achète une PME, sa valeur est au maximum trois fois le chiffre d’affaires avec une prime s’il y a des bénéfices et une forte décote, jusqu’à l’euro symbolique en cas de déficits accumulés. Ils verront aussi que les résultats d’exploitations ne sont obtenus que par reculs successifs du périmètre d’exploitation comme disent les experts : en fermant des usines pour être plus clairs ! On baisse les coûts et de baisse en baisse, on dégage des marges…

    Tout cela est largement entamé. Je vous ai donné l’exemple du ciment mais voyez ne serait-ce que l’automobile et la percée opérée sur ce marché par la petite Corée du Sud. Avant que la Chine, qui a mis un pied solide chez Peugeot-Citroën, ne viennent également sur le marché. Voyez même les avions, avec la réussite du Brésilien Embraer et les commandes chinoises sous condition de fabrication sur place… Voyez Nokia qui change de métier, Apple qui coulerait sans ses incessantes et souvent fausses innovations tant la pression des Coréens et, déjà, des Chinois est forte sur les Smartphones. Etc., etc.

    Tout cela s’accélère à vue d’œil et continuera à s’accélérer. Surtout quand la bulle spéculative boursière éclatera : je vous ai dit que les multinationales occidentales étaient honteusement surcotées. Ce que vous ne savez pas est qu’elles ont généré des « produits dérivés » en quantité, du type des actions constituées à partir des prêts immobiliers américains, cause de la crise de 2008. Exemple : toutes ces multinationales achètent des matières premières en quantité. Pour éviter de trop grandes fluctuations de prix, elles achètent à terme (au prix du jour de l’achat) et, pour se couvrir, font émettre par les banques des actions des mêmes matières premières au prix du jour de l’achat. Quand le terme arrive et si les prix sont plus élevés, les multinationales sont gagnantes et les acheteurs des actions émises par les banques aussi. Mais s’ils sont plus bas ?! Toutes les matières premières ont ainsi généré des milliards et des milliards de dollars de produits dérivés, ajoutant ainsi à la surcote des entreprises une gigantesque financiarisation de l’économie occidentale dans son ensemble. Si celle-ci sombre sous une crise encore plus forte que celle de 2008, imaginez la panique ! Et les dégâts…

    Si encore les Etats occidentaux avaient les moyens de renflouer et les banques, et les grandes entreprises. Mais ils ne les ont plus, ces moyens : tout comme vous crouliez sous les dettes quand vos matières premières étaient pillées, l’Occident croule sous les sienne depuis qu’il doit les payer cher. Il n’y a donc plus de filet de protection et ce sont les monnaies occidentales qui vont plonger sous des inflations de type 1930 : si la bulle explose, cette fois-ci l’économie occidentale explosera. Tout dépend donc de la manière avec laquelle les autorités économiques occidentales géreront la communication du désastre. Si elles arrivent à étaler sur plusieurs années la définanciarisation, elles peuvent éviter la panique. Mais l’Occident dispose-t-il encore de cerveaux capables d’anticiper la crise (elle est imminente) et d’en juguler l’aspect explosif ? Et avec quel argent ? Une solution est de faire racheter toutes les dettes publiques occidentales par les banques centrales et de les rééchelonner sur très long terme. Mais il faut alors le faire vite, avant la crise, et je ne vois pas le début du commencement de la queue d’une telle politique ni en Europe, ni aux Etats Unis. Ce qui risque de se passer est l’application de cette politique en pleine crise : imaginez l’horreur ! Des Etats en voie de faillite vendant des dettes de plus en plus douteuses à des banques centrales obligées de créer de la monnaie sans contrepartie réelle (le rééchelonnement n’ayant pas beaucoup de chance de voir les Etat rembourser plus qu’avant) On risque alors d’avoir des Etats augmenter les impôts en pleine récession et donc d’accroître la récession. En fait, les observateurs actuels commencent à paniquer et vous voyez tout un tas de conseillers en ligne vous suggérant de vendre vos assurances-vie, le placement préféré en Occident, pour acheter qui, des actions dans un nouveau secteur technologique qui, dans l’argent métal (on ne peut plus acheter d’or dans la plupart des pays occidentaux), qui même dans les « bitcoins », cette monnaie virtuelle d’Internet.

    Vous voudrez bien m’excuser pout tous ces détails techniques, mais ils sont indispensables à la bonne compréhension des maux qui rongent les économies occidentales et qui causent leur perte. Car c’est d’abord économiquement que disparaît l’empire occidental, ce ne sont ni Daech, ni la Russie qui risquent vraiment de seulement l’inquiéter. Al Qaida puis Daech ont surtout permis aux dirigeants occidentaux d’engager une politique de flicage de masse de leurs populations, sur laquelle je reviendrai. Ce, tout en cachant aux yeux des dirigeants mêmes, la réalité économique de leur déclin : ils succombent d’avoir trop obéi à leurs lobbys militaro-industriels, CQFD !

     

    Encadré

    Le schéma des ultra libéraux

    Il est simple à comprendre car ne prenant que le paramètre Chine en compte dans ses calculs : étant donné que les pays en développement seront toujours moins chers du fait de leurs bas salaires, il suffit d’appauvrir les salariés occidentaux pour arriver à terme à parité. Car les salariés des pays en développement se battront avec succès pour voir augmenter leurs rémunérations, comme ça s’est effectivement passé en Corée du Sud. Et comme, en appauvrissant les salariés occidentaux on dégage des marges, il faut automatiquement accepter d’enrichir les riches, CQFD. Sauf que ces illuminés n’ont pas pris en compte les formidables économies d’échelle des très grandes séries des pays en développement. Et ils n’ont même pas perçu la hausse du prix des matières premières puisque les pays en développement les achètent également. Dernier point non prévu également : l’effondrement des marchés intérieurs occidentaux, déjà passés en mode « marchés de remplacement » et non plus marchés d’équipement, avec donc les marges jadis confortables des entreprises sur leur marché d’origine envolées à tout jamais : aujourd’hui, ce n’est plus de la guerre commerciale, c’est du corps-à-corps féroce sur tous les marchés de la planète ! Avec, côté occidental, des actionnaires trop gourmands et des dirigeants devenus fous de fric : ils ne peuvent plus faire baisser réellement les masses salariales car leur encadrement supérieur coûte beaucoup trop cher !

     

    L’après Occident

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    Bien. Vous savez que la cohésion de l’empire occidental n’est pas totale ni solide et vous savez qu’il va s’écrouler et comment il va s’écrouler, de manière économique exclusivement. Pour imaginer la suite, il faut vous mettre dans votre propre peau d’ex paumé du Tiers Monde accédant aux bienfaits de la consommation. Car l’Occidental déchu ne pourra plus que regarder évoluer un monde qu’il ne dirigera plus, qu’il ne dirige déjà plus. Vous êtes donc et d’abord un Chinois de Pékin, un « Han », du nom de l’ethnie majoritaire (là bas, ils parlent carrément de nationalités) du pays, l’équivalent des Anglo-Saxons en Occident. Quelles sont vos préoccupations politiques ? Est-ce absolument, comme le voudraient les Occidentaux, l’avènement de la démocratie ? Sachez que les Chinois n’ont jamais vécu ce système d’un homme-une voix : chez eux, c’est la famille qui compte. C’est au sein des familles que les destins sont noués, celui qui sera fonctionnaire, celui qui fera des grandes études, celle qui sera mariée à untel, etc. L’avènement des grandes cités n’a pas fondamentalement changé ce système dont l’essence est religieuse : le culte des ancêtres reste très prégnant et ne se pratique qu’au sein du groupe familial. Certains d’entre vous, notamment les Forestiers, connaissent cette culture et la force qu’elle peut avoir auprès des individus.

    Vous n’allez donc pas développer votre vision du monde hors cette cellule familiale, c’est totalement inconcevable. Et, dans l’immédiat, les dites cellules familiales semblent avoir parfaitement intégré le capitalisme, nettement mieux d’ailleurs que le socialisme. Car ce capitalisme se pratique avec le filet de sécurité de la famille, bien plus rassurant que n’importe quelle politique de sécurité sociale : la Chine n’est pas l’Occident mais elle a parfaitement intégré le tout fric de l’Occident, CQFD ! Comment réagit-elle donc face à l’effondrement occidental. En père de famille, bien sûr, d’abord inquiète pour ses avoirs, considérables, qu’elle possède chez ses clients. Et, de fait, la Chine n’assiste pas sans bouger aux problèmes occidentaux. Elle est par exemple venu au secours du Portugal, c’est une entreprise chinoise qui a sauvé Peugeot-Citroën et elle continue à conserver par devers elle d’énormes créances sur l’Occident (on parle de 800 milliards de dollars) En fait, les Chinois redoutent plus que vous l’effondrement d’un Occident qui reste son premier client à l’export.

    Mais ils ont le sens du long terme, toujours cette approche familiale des problèmes. Et ils ont entrepris depuis plus de 5 ans maintenant de sortir de l’économie dite de l’offre (encourager la production exportatrice plutôt que la demande intérieure) et d’alimenter leurs entreprises grâce à l’énorme potentiel de leur immense marché intérieur. Ils ont progressivement augmenté les salaires, si bien qu’ils ne sont même plus compétitifs sur ce plan par rapport à des pays comme le Bengladesh, les Philippines et bientôt l’Afrique. Et bien sûr, dans ce système intermédiaire, dans lequel le poids du marché intérieur est encore insuffisant par rapport aux exportations, ressentent-ils plus durement la baisse des achats occidentaux et la concurrence des nouveaux chouchous des multinationales. Leur croissance annuelle faiblit donc, sans doute plus qu’ils ne l’avouent mais sans doute moins que les « experts » occidentaux, très prompts à voir s’effondrer les autres économiques que les leurs, ne le disent entre eux. Natexis, la banque curieusement écoutée par ces experts (curieusement car issue d’une faillite retentissante) estime la croissance chinoise en 2015 à 2,5% contre les 7 % officiellement annoncées. 7 + 2,5 = 9,5 divisés par deux = 4,75 %... Ce qui n’est pas si mal que ça !

    Les Chinois vont donc passer les prochaines années à se préoccuper d’abord de leur marché intérieur. Mais ils ont déjà posé les jalons de leur future domination économique mondiale : le yuan est devenu monnaie de réserve internationale acceptée par le FMI et les échanges avec la Russie sont désormais libellés en roubles et en yuans. Pour couronner le tout, les Chinois ont constitué et continuent de constituer d’énormes réserves d’or sur lesquelles ils pourront appuyer la valeur de leur monnaie quand le dollar et l’euro seront minés par l’inflation. Bref, ils sont prêts, ils attendent et domineront effectivement non seulement l’industrie mondiale mais aussi les échanges internationaux (c’est déjà le cas, les échanges maritimes dans le Pacifique ayant dépassé ceux d’Atlantique nord) et l’aspect monétaire de ces échanges. Et leur domination ne sera pas brutale et agressive : ils viendront au secours… Très forts car pas du tout impérialistes ! Ce n’est pas l’invasion d’une armée innombrable de petits hommes jaunes mais le rayonnement progressif d’une multitude de familles de grands humains aux yeux bridés (ils sont plutôt grands en moyenne)

    Ils ont toutefois –et ils le savent- un talon d’Achille, leur démographie : ils ont écouté les Occidentaux et réduit par la loi le nombre d’enfants qu’ils pouvaient avoir : un et un seul, surtout pour les Hans (92% des Chinois) Si bien que d’une part, les autres « nationalités » ont crû nettement plus vite et que, d’autre part et surtout, leur pyramide des âges ressemble à un pin parasol : un pied (les jeunes) tout maigre supportant une énorme masse de moins jeunes et vieux. Ils vont avoir un trou démographique énorme (imaginez les problèmes de retraite !) et devront nécessairement s’ouvrir largement à l’immigration. Voyez le système familial dans ce contexte d’immigration rapide et massive. C’est à cause de ce problème que la Chine ne dominera pas seule le Monde, j’y reviens très vite, et connaîtra d’énormes convulsions culturelles internes.

    Un dernier mot sur les Chinois : face aux dépenses militaires démentielles des Etats Unis, ils ont forcément dû réagir pour constituer une contre menace de niveau suffisant. Les Russes ont fait de même et on a vu, avec le conflit en Syrie, que les Etats Unis, en dépit de leur arsenal dingue, n’avaient plus la suprématie militaire mondiale. Les Chinois, comme d’hab., sont restés en retrait. Mais ils ont commencé à titiller les Américains au large de leurs côtes pour faire savoir qu’eux aussi n’avaient plus peur du « tigre de papier » Ce qui laisse à penser que d’affaires localisées en affaires localisées, la domination militaire américaine finira elle aussi par s’évaporer : dans une vingtaine d’années au plus, ils ne feront plus peur à personne. Ce qui posera le problème, qu’ils n’ont d’ailleurs pas réglé car se focalisant trop sur la déstabilisation des pays producteurs de pétrole, de la dissémination des armes de destruction massive. Gageons que la disparition de l’empire occidental devrait favoriser une vraie conférence mondiale sur la question, apportant des solutions plus durables que la menace d’une intervention américaine !  Et posez-vous une question : que croyez-vous qu’il adviendra, dans un monde qui ne sera plus dominé par l’Occident, des risques de guerre engendrés par la question palestinienne, la question ukrainienne ou la question saoudienne ? Je gage que la vraie communauté internationale, pas celle de l’Occident, impose cette fois-ci des conditions propres à mettre définitivement fin aux tentations de dérapage : les risques existent parce que l’Occident soutient jusqu’à l’absurde un camp contre l’autre. L’entente entre la Russie et la Chine face à un Occident qui ne pourra plus peser autant empêchera cette logique et permettra à la diplomatie de retrouver sa place prépondérante dans les relations internationales. Il fallait que l’empire occidental disparaisse !

    Je reviens à présent au talon d’Achille chinois : il n’existe pas dans l’histoire de l’humanité d’empire qui, confronté à d’énormes problèmes culturels internes, ait perduré. La domination chinoise sur l’économie mondiale est d’ailleurs déjà en train d’être concurrencée par l’Inde d’abord, l’Afrique ensuite. Ces géants démographiques –car il faut être démographiquement un géant pour s’imposer au niveau mondial- se sont éveillées à leur tour et successivement. Il faut vivre dans ces contrées pour en sentir la vitalité, tous ces jeunes qui veulent entreprendre, tous les idées qui fusent, toutes les remises en question qui dérangent… Les dirigeants politiques n’en peuvent mais, obligés qu’ils sont de regarder grouiller les initiatives. Peu importe en fait qui dirige et qu’il vole ou non l’argent public. Peu importe qu’il y ait ou non le droit de vote et la démocratie formelle : l’activité économique bouillonne. On voit que des faits plus objectifs peuvent nuire ou non à la croissance, tel le franc CFA en Afrique francophone : il a fait passer les Afriques anglophones et lusophones devant ceux qui, hier encore, pouvaient parler d’Abidjan comme de la Perle de l’Afrique. Ou tel le montant d’argent pouvant être investi dans l’économie : les étrangers répugnent toujours à mettre le moindre sou dans votre continent mais vous avez fait grimper votre taux d’épargne familial à plus de 20% aujourd’hui de votre PIB tandis que les étrangers remplaçaient le leur par le crédit des banques. Les Africains ont constitué en quelques décennies le plus fort taux d’entreprenariat par habitant. Les salariés ne représentent même pas chez vous 20% des actifs !

    C’est toute cette vitalité qui fera de l’Afrique le continent définitif de la compétition économique mondiale, bien plus que tous les retours à une Antiquité, très mal connue en plus, que souhaitent bien des intellectuels africains. Leur voix était nécessaire pour redonner confiance à tous les Africains. Mais c’est sa jeunesse qui rendra à l’Afrique sa majesté antique, celle qui vit naître le Lingala tout au long du fleuve Congo, première langue commerciale du monde et, déjà aujourd’hui, principal langage utilisé dans toute l’Afrique centrale avant, très certainement demain, d’être enseigné dans le monde entier auprès de peuples qui voudront commercer en Afrique.

    Les Latins, sans doute, voudront se rapprocher de l’Afrique et du monde méditerranéen quand l’Union Européenne aura implosé. Mais votre regard sera alors différent, il est déjà différent : vous serez conquérants. Et c’est peut-être avec vos apports que la culture latine renaîtra, peut-être…

    Vous noterez pour conclure que je ne parle pas de domination militaire ni pour l’Inde, ni pour l’Afrique. Pour une raison simple : d’abord et dans ma vision, le problème militaire, l’accumulation d’arsenaux coûteux, devrait être réglé dès que les Occidentaux auront cessé de se coucher devant leurs lobbys militaro-industriels. En fait, ça viendra vite : quand ils n’en n’auront plus les moyens… Ensuite et surtout, l’Afrique n’est pas guerrière. Ce sont les Arabes d’abord, en armant et finançant les Sahéliens pour qu’ils razzient le monde Bantou, puis les Occidentaux, en imposant des frontières idiotes aux Etats indépendants puis en y fomentant des troubles sur fond ethnique, qui ont créé cette illusion. En part de leurs PIB, les Africains sont parmi les peuples qui dépensent guerrièrement le moins. Les Indiens un peu plus car ils ont des voisins remuant, Pakistan et Chine. Mais pas exagérément non plus.

    Le monde qui vient sera donc très différent de celui que nous quittons. Les peuples vont se mixer de plus en plus mais je ne crois pas qu’une fois l’Occident tombé, l’actuelle mondialisation culturelle perdurera. Elle est beaucoup trop rejetée, y compris au sein de l’Occident, pour tenir longtemps. Le tout fric, l’hyper consommation, tout cela ne remplit pas les âmes, les pervertit même. Il y aura donc des réactions, il y a déjà des réactions, à commencer par la réaction écologique : totalement absurde aujourd’hui, cette réaction n’en appelle pas moins à une réflexion sur l’environnement que nous souhaitons. L’absurde également réaction wahhabite sera jugulée, elle manque à la fois de moyens et de bras au niveau mondial. Mais elle a remis la question religieuse sur le tapis au moins chez les Musulmans, première ou deuxième religion mondiale devant ou derrière les christianismes. Les gens ne sont peut-être pas d’accord, mais ça les force à penser à l’au-delà. La technologie enfin et surtout, va mettre beaucoup de savoir à la portée de beaucoup de gens. Pour l’instant, Internet est surtout lieu de jeux, de culte de soi-même (l’individualisme anglo-saxon) et de pornographie. Mais on voit hors l’Occident qu’il est aussi lieu d’alerte et d’échanges philosophiques… Ce sont ces trois éléments, l’environnement, la religion et la technologie qui vont dominer notre future. Un futur beaucoup plus complexe qu’il n’y parait aujourd’hui : car la mixité croissante des populations fera évoluer les cultures qui seront-elles-mêmes plus riches et évolueront différemment entre ces trois paramètres. Un exemple ici : les jeunes Musulmanes qui veulent afficher leur identité en Occident alors qu’elles veulent s’émanciper en Afrique sahélienne. Ou bien les cuisinières fang qui résistent à la culture française impériale en la matière (sauf en Asie) face à d’autres cuisines africaines qui se francisent en perdant parfois leur africanité (voir par exemple le tiéboudienne dans les restaurants de Dakar : les brisures de riz ont été remplacées par du riz blanc et tous les ingrédients qui donnaient son goût à ce plat ont disparu : huile de palme rouge, nététou, poisson fumé, piment…)

    Bref, ce sera très différent et beaucoup plus riche. L’empire occidental imposait un style de vie (plutôt qu’un art de vivre !) mondial, ce style de vie disparaîtra en même temps que l’empire car cet empire n’est pas aimé et son style de vie est rejeté. CQFD…

     

    Je suis désolé pour conclure d’avoir été aussi sérieux. Mais c’est du premier jus et on ne peut pas d’entrée rigoler avec de telles réflexions. Le Con de Blanc n’a pas pu donner toute sa mesure. Mille fois pardon… 


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  • Pourquoi existe-t-il si peu de leaders en Islam ?

    Christian d’Alayer – 25 mars 2016

     

    Lorsqu’Hassan 2, père de l’actuel roi du Maroc et Commandeur des croyants, décrète la « Marche Verte » en 1975 pour signifier à l’Espagne que le Sahara occidental est marocain, il n’a guère de mal à mobiliser les 350 000 personnes nécessaire à sa démonstration de force. Et quand, fin 1978, Khomeiny appelle les foules iraniennes à renverser le Shah, c’est par millions que répondent « présent » les fidèles de l’ayatollah. Longtemps avant, en 1956, Nasser avait électrisé les foules et, via la Russie s’interposant, obligé les Français et les Anglais à retirer les troupes qui avaient été envoyées tant pour reprendre le contrôle du Canal de Suez que pour faire rentrer l’Egypte dans le giron occidental. Feu Kadhafi avait aussi séduit, au-delà des Musulmans d’Afrique, des millions d’autres continentaux au point, très certainement, d’attirer les foudres d’un Etat français ne se résignant pas à laisser son air d’influence disparaître sans combattre. Mais peu d’homme (ne parlons même pas de femme en Islam !) ont en fait pu mener les foules musulmanes et encore moins les réformer durablement, du moins depuis les grands ancêtres, à commencer par le prophète Mohamed. C’est qu’on est sudiste, ici, donc clanique et fort en gueule. Le pourtour de la Méditerranée est peuplé d’humains civilisés depuis plus longtemps que la plupart des autres peuples et, de ce fait, peu faciles à manipuler. Hors les paysans non développés et plus à même d’être entraînés dans de grandes aventures telles les hordes napoléoniennes, les grands discours se heurtent toujours à beaucoup plus de scepticisme qu’on ne le croit au nord de « Mare Nostrum » Tenez, Alger s’est piquée de réformes féministes et a donc accueilli dans les rangs de sa Police des jeunes femmes préposées d’abord à des tâches volontiers délaissées par leurs collègues mâles. Dont la circulation. Un cauchemar ! J’ai vu ces pauvres femmes tenter même d’arrêter une file de voiture pour laisser passer une autre file. Un homme aurait déjà eu du mal dans ce pays de durs à cuire. Mais une femme ! Marseille est censée être la ville des magouilles. Un cousin aujourd’hui décédé et qui fut chef d’agence bancaire dans cette cité m’avait raconté qu’il voyait des hommes d’affaire lui présenter des dossiers en béton auxquels il était prêt à souscrire les yeux fermés. Jusqu’au moment où il s’apercevait qu’une infime magouille avait été glissée dans le projet : l’homme d’affaire n’avait pas pu résister ! Et bien le sud de la Méditerranée, c’est la même chose en plus fort. Parce qu’il faut forcément mêler un chef de clan à son affaire, parce que l’initiateur se méfie des autres (souvent à juste titre, notamment vis-à-vis des pots de vin) ou tout bêtement par habitude. Vous voyez, vous, un être capable de transcender ces vies compliquées en les amenant à converger vers un but unique et commun ?! La culture donc des peuples de la Méditerranée ne se prête pas bien à l’avènement de quelques nouveaux messies. Khomeiny et son successeur n’ont pu s’imposer que grâce et aux commerçants traditionnalistes des souks et, surtout, aux campagnes encore plus traditionnalistes et plus religieuses. Les Commandeurs des croyants marocains sont aussi rois et puissants rois, toujours dépositaires de redoutables pouvoirs au sein d’une société terriblement hiérarchisée par le système corrompu du Makhzen (système pyramidale de corruption) Nasser embrassait l’immense manteau de la volonté de revanche de populations jadis maîtresses du monde puis colonisées. Tout comme Kadhafi… C’est dans ce contexte que les Wahhabites saoudiens ont pu déverser leur poison non pas dans les têtes des masses musulmanes, mais dans celles, déjantées d’immigrés maghrébins de 2e générations rejetés par le système scolaire et ayant préalablement versé dans la délinquance (la prison s’avérant le lien commun à tous les terroristes recensés) Ils l’imposèrent par ailleurs dans les pays conquis par leurs soldats d’autant plus facilement que le pouvoir mis en place à Bagdad rejetait les Sunnites dans une opposition forcément armée et que les Occidentaux cherchèrent par ailleurs à abattre le nassérien Assad en Syrie. Mais je doute que ce salafisme ait aussi pénétré l’âme des Sunnites ainsi libérés du joug de pouvoirs centraux honnis. Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse, dit le dicton français. Qu’importent les contingences pourvu qu’on ait l’argent et les armes, pourraient dire les généraux de Saddam Hussein renvoyés dans leurs foyers sans soldes mais avec troupes, armes et bagages ! Faut-il donc, pour combattre ce wahhabisme, faire surgir une nouvelle et grande figure de l’Islam appelant cette fois-ci à un Djihad contre les…djihadistes ? Outre le fait qu’on n’en trouvera pas, son besoin ne me paraît pas essentiel : les foules musulmanes de partout ne sont pas salafistes. Point n’est besoin de les immuniser contre la doctrine folle de bédouins qu’elles exècrent en grande majorité. Les Musulmans aiment la culture et, pour eux, l’Egypte a été et reste encore le « phare » Il suffit de combattre…l’Arabie saoudite et encore mieux car ça n’entraîne pas de morts, le pétrole. Supprimez l’importance du pétrole dans le monde et, pfffuit, l’influence wahhabite s’évapore avec leur argent. Le bon discours à tenir en Europe est donc un discours violemment anti-saoudien, que cela plaise ou non à nos élites corrompues par le fric. Et les foules musulmanes se feront un plaisir d’en rajouter ! Mais que demander à des dirigeants européens qui ont mis à leur tête l’ancien premier ministre d’un paradis fiscal ? Ils préfèrent encore que prolifère la doctrine qui enfante terroristes après terroristes. Et puis l’OTAN les en empêche aussi : on ne cogne pas sur un allié essentiel des Américains, non mais des fois ! Et voilà pourquoi, Mesdames et Messieurs, le terrorisme en Europe n’est pas prêt de finir…


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  • Les salaires des Africains ou le piège des statistiques

    Bas salaires et salaires minimums élevés. Allez comprendre ! C’est simple en fait, la réalité est ailleurs…

    Christian d’Alayer – 1er mars 2016

     

    Investisseurs étrangers, si vous regardez les statistiques des salaires en Afrique, vous devez impérativement dépenser votre argent sur ce continent : c’est en effet là où les salaires ont le moins évolué de tous les pays en développement depuis 1999. C’est également là où se trouvent les plus importants gains de productivité du monde. Et c’est là également que vous trouverez les plus grandes réserves mondiales de ruraux fraîchement urbanisés et donc prêts à accepter les salaires les plus bas…

     

    Mais vous y trouverez aussi des législations plus contraignantes qu’ailleurs et, notamment, des salaires minima imposés dans les 3/5e des pays, voyez le tableau 1 : vous frôlez les bas salaires chinois dans des pays qui sont loin d’avoir atteint le niveau de développement de villes comme Pékin ou Singapour !

     

    Tout cela ne veut rien dire en fait : d’abord et point le plus important, il n’y a qu’un quart de la population subsaharienne qui soit salarié (tableau 3) et tout juste un peu plus de la moitié en Afrique du nord. C’est qu’en Afrique, il y a encore 50% de la population qui est rurale tandis que les entreprises étrangères, celles qui salarient et déclarent leurs comptes, sont quasi inexistantes : le gros des travailleurs salariés œuvrent au sein de petites et moyennes entreprises africaines dont même pas la moitié ont accompli les formalités d’enregistrement dans une chambre de commerce, auprès du fisc et des organismes sociaux. Les statistiques africaines ne couvrent donc qu’une infime partie du travail salarié et les salaires minima sont à usages quasi unique des investisseurs étrangers…

     

    Un autre élément d’importance est l’existence très prégnante du 2e travail pour un grand nombre des salariés, à commencer par les salariés de la fonction publique. Tel fonctionnaire est aussi éleveur de poulets, tel autre cultive des arbres fruitiers, tel autre gère une petite entreprise de transport public… « Travailler comme un Nègre » n’est donc pas une vue de l’esprit. La formule, issue du travail forcé des temps coloniaux, recouvre une réalité on ne peut plus moderne. Ce qui explique en partie la faible productivité moyenne des salariés africains dûment recensés, lesquels se fatiguent plus pour leurs propres affaires que pour celle des autres, phénomène universel…

     

    Enfin, dernier point à relever et non des moindres, l’Afrique moderne n’est pas celle qui exportait pour presque rien des matières premières « pillées » par les étrangers. Son modèle de développement est totalement contraire au modèle chinois basé sur l’exportation. Les Africains se développement parce qu’ils consomment et parce que d’autres Africains ont décidé de fabriquer ce qu’ils consomment après avoir beaucoup importé : c’est un marché de consommation de masse, pas une nième économie de l’offre, CQFD ! Et, dans ce cadre, l’augmentation des revenus des classes moyennes est primordiale. Pour l’instant, elles brillent surtout par leur esprit d’entreprise, qu’il s’agisse du double travail partout (les femmes des paysans ont aussi et aujourd’hui une activité qui leur est propre, maraichage dans les zones rizicoles, fruits et manioc dans les zones céréalières, valorisation des produits dans les zones de pêche côtière…) ou des innombrables initiatives entrepreneuriales d’une jeunesse alphabétisée et qui explose littéralement.

     

    C’est dans ce cadre que les investisseurs étrangers doivent penser leur implantation, pas celui d’une troisième ou quatrième délocalisation pour trouver des salaires plus bas. Du reste, les Chinois ont abondamment démontré, même si les Occidentaux ne veulent pas le voir empêtrés qu’ils sont dans leur marketing fou, que les séries sont plus importantes pour baisser le prix de revient unitaire que les bas salaires. Lesquels, en fait, permettent seulement aux actionnaires de s’en mettre plus dans les poches. Au contraire même auraient-ils intérêt à mieux payer leurs employés et ouvriers pour les inciter à transpirer plus pour leurs employeurs que pour eux-mêmes. On est ici en plein dans le schéma fordiste : « je paye bien mes employés pour qu’ils puissent acheter mes voitures » avait résumé le milliardaire américain inventeur aussi du travail à la chaîne.

     

    Bien sûr, tous les Africains ne sont pas sortis de la pauvreté, entre un tiers et une moitié d’entre eux sont toujours en dessous des 2000 dollars annuels de revenus monétaires. Et l’exode rural peut amener nombre d’entre eux à accepter de travailler pour presque rien. Mais l’Afrique est un grand village où tout se sait très vite : dès lors qu’il voit la possibilité de mettre de la sauce graine dans son foutou, le salarié africain mal payé foncera. Son continent est d’ailleurs celui de la mobilité, caractéristique peu connue mais très réelle : les migrations inter africaines sont très supérieures aux migrations sud-nord et, de tous temps, les Subsahariens en tous cas sont partis voir ailleurs quand ils peinaient trop. Demandez aux Sud Africains ce qu’ils en pensent !

     

    Peut-être est-ce pour cela que, pour l’instant, les multinationales ne sont pas venues en nombre en Afrique hors mines et pétrole ? Trop complexe pour des esprits qui, jusqu’à présent, n’ont eu que le paramètre bas salaire à mettre en œuvre. Alors qu’en Afrique, il faut penser « marché » face à une population en outre méfiante après les cataclysmes des razzias, de la Traite, de la colonisation puis de la néo-colonisation (surtout en Afrique francophone) Sans doute un artisan breton ou auvergnat est-il mieux à même de comprendre le dit marché qu’un technocrate issu des grandes écoles et formé aux licenciements boursiers. En tout cas et pour l’instant, ce sont des artisans qui font la loi sur ce marché…

     

    Encadré

    L’absence de la finance occidentale

    Dans les années 1970 et 1980, les banques européennes faisaient la loi en Afrique et c’est tout juste si l’on citait parfois l’américaine Citybank comme intervenant secondaire. Leur indéniable suprématie dans des pays peu bancarisés fut attaquée d’abord par des fonds africains solidaires telles que les fameuses tontines mises en place par les mères de famille pour faire face aux dépenses des rentrées scolaires. Tontines qui échappèrent assez vite à leurs génitrices pour financer les importations de ciment. Il s’agit dès lors de véritables enchères d’argent pouvant atteindre des taux d’intérêt pharamineux. L’évolution naturelle de ces places financières purement africaine fut l’avènement de banques à capitaux africains. Certains se souviennent du lobbying plus qu’intense que firent les filiales camerounaises de banques françaises pour tenter d’empêcher la bancarisation des tontines. Leur défaite est aujourd’hui totalement consumée, toutes les grandes banques africaines étant à présent autochtone, y compris en Afrique du Sud où les britanniques Standard et Barclays furent contrôlées par les Noirs, notamment par le biais du Black Economic Empowerment de Cyrille Ramaphosa. Ce qui permit en fait aux entreprises africaines, y compris rurales, de trouver enfin des financements auxquels renâclaient, le mot est faible, des banques occidentales uniquement préoccupées par le rapatriement chez elles de l’argent des expatriés et riches Africains. Et de commencer à bancariser la population, autre activité jusqu’à lors réservée aux seuls clients fortunés.

     

    Cette absence des banques occidentales en Afrique n’est cependant et certainement pas étrangère à la réticence des multinationales autres que minières et pétrolières envers le Continent : en Occident, les riches se reposent sur leurs banques pour investir…

     

    1-      Salaires mensuels minima en Afrique (en dollars)

    Source : Organisation internationale du Travail (rapport sur les salaires dans le monde) et mays-mouissi.com (Salaires minimums dans les pays d’Afrique francophone)

    Montant

    Pays

    Moins de 25 $

    Burundi, Egypte, Ouganda

    moins de 50 $

    Gambie

    50 $ à 100 $

    Angola, Cameroun, Ethiopie, Guinée, Madagascar, Malawi, Mali, Nigeria, RCA, Togo, Zambie

    100 $ à 150 $

    Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Ghana,  Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad

    150 $ à 200 $

    Botswana, Congo (Brazzaville), Gabon, Maurice

    200 $ à 250 $

    Kenya

    300 $ à 350 $

    Algérie, Guinée Equatoriale, Tunisie

    350 $ à 400 $

    Maroc

     

    2-      Productivité du travail en Afrique de 1991 à 2009 (en dollars annuels et pourcentages)

    Source : Organisation internationale du travail

     

    Niveau de la productivité du travail

    Taux de croissance

    Régions

    1991

    2000

    2009

    1991-2000

    2000-2009

    Monde

    16177

    18360

    21253

    1,4

    1,6

    Afrique subsaharienne

    4545

    4269

    5037

    -0,7

    1,9

    Afrique du nord

    14064

    14186

    16182

    0,1

    1,5

     

    3-      Ensemble des travailleurs salariés en Afrique (en pourcentage de l’emploi total)

    Source : OIT

    Régions

    1998

    2008

    Monde

    44

    48

    Pays développés

    84

    86

    Afrique du nord

    46

    54

    Afrique subsaharienne

    18

    25

     

    4-      Evolution des salaires dans les pays en développement de 1999 à 2009

    Source : OIT

    Régions

    1999

    2006

    2007

    2008

    2009

    Pays avancés

    100

    104,2

    105

    104,4

    105,2

    Europe centrale et orientale

    100

    144,8

    154,4

    161,4

    161,3

    Europe orientale et Asie centrale

    100

    264,1

    308,9

    341,6

    334,1

    Asie

    100

    168,8

    180,9

    193,8

    209,3*

    Amérique latine et Caraïbes

    100

    106,7

    110,3

    112,4

    114,8

    Afrique

    100

    111,2*

    112,8*

    113,4**

    116,1**

    Moyen Orient

    100

    101,9*

    102,4*

    nc

    nc

    Monde

    100

    115,5

    118,7

    120,6

    122,5

    *Estimations provisoires ** Estimations approximatives

     

     

     


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