• Massification

     

    Aristote, Averroès, Galilée, Newton, Pasteur, Edison... L'histoire de la science est peuplée d'individus surdoués dont les découvertes ont révolutionné le monde par à-coups. Mais aujourd'hui ? Qui a révolutionné les télécommunications ? Steve Jobs avec son I phone vous diront les Américains. En oubliant qu'avant le smartphone exista en France le "Be bop" et qu'avant Internet exista, toujours en France, le Minitel. Alors l'ordinateur ? Et les Américains avanceront encore l'un des leurs, mais une entreprise cette fois-ci, IBM. En omettant les Allemands qui utilisèrent des machines à crypter pendant la guerre ou les Chinois dont les bouliers sont à l'origine du langage binaire de la programmation informatique. Et là, il n'y a plus un individu génial mais des populations. Alors les robots qui s'apprêtent à bouleverser et nos économies et nos modes de vie ? Mais qui se souvient de l'inventeur d'un tout premier robot ? Dès le 17e siècle des hommes mirent au point des "hommes machines" capables de sidérer leurs contemporains. Et ils n'étaient que mécaniques... Souvenez-vous qu'ici, ce sont les japonais qui firent baisser les prix des robots industriels et permirent aux industriels, notamment automobiles, de vider leurs usines de leurs ouvriers. A présent que l'humanité progresse en matière d'intelligence artificielle, l'ère des androïdes si chère à nos science-fictionnistes approche à grand pas. Mais, là encore, pouvez-vous citer le nom du premier scientifique qui débroussailla le champ de l'intelligence des machines ?

    Non, bien sur et on voit bien que les progrès technologiques sont aujourd'hui non plus le fait d'individus mais celui d'équipes de chercheurs tandis que jamais l'argent n'a joué un aussi grand rôle dans le résultat de leurs recherches. Un exemple permet de voir le rôle et du nombre, et de l'argent, dans la recherche moderne : il y a une vingtaine d'année, les Américains se lancèrent dans le déchiffrement du génome humain, étape indispensable à la mise au point de thérapies dites "géniques".  Ils dépensèrent une somme globale de 10 milliards de dollars confiés à quelques instituts chargés d'alimenter un énorme ordinateur. Pendant ce temps, en France, une petite association de parents d'enfants frappés de maladies dites "orphelines" (en trop petit nombre pour intéresser les laboratoires), L'Association française contre les myopathies (AFM), organisa des téléthons annuels, sorte de quêtes nationales ou locales, dans le but avoué de déchiffrer le dit génome humain. L'équipe financée par l'AFM eut l'idée de relier entre eux de multiples ordinateurs individuels de façon à multiplier les centres de recherches. Et cela fonctionna : avec moins de 2 milliards de dollars, ce système mettant de très nombreux chercheurs en relation, déchiffra le génome humain bien avant les Américains. L'AFM divulgua gratuitement la découverte des chercheurs afin d'accélérer les découvertes en matière de thérapies géniques et donc d'espoir de guérison de ses membres. Les laboratoires se jetèrent sur ces enseignements gratuits comme des bêtes mais ne sortirent de remèdes aux maladies orphelines qu'au compte gouttes. On voit donc que notre avenir est à la fois dessiné par le nombre et les moyens financiers mais freiné par les mêmes moyens financiers : il faut de l'argent pour trouver mais l'argent peut empêcher et empêche de fait de trouver.

    Autre exemple, celui de l'Education nationale française, terriblement élitiste : les diplômes et eux seuls formatent l'avenir des petits Français. C'était valable quand il n'y avait que quelques petites centaines de milliers de candidats au baccalauréat et quelques dizaines de milliers d'élèves dans les cycles supérieurs. Le gros de la population était encore d'essence rurale et les grandes écoles françaises étaient considérées comme excellentes. Puis le nombre d'enfants arrivant au baccalauréat s'est accru de façon considérable. Les écoles secondaires et les universités se sont remplies au delà de leur capacité d'absorption. Le système a explosé. Dès les années 1990, l'Etat a dû abaisser en urgence le niveau des concours pour éviter de lâcher dans la nature des centaines de milliers de jeunes sans diplôme (ce sont les fameux 80% de réussite au bac de Jospin) Et rien n'a été fait depuis pour redresser la situation : l'aide aux élèves en difficulté ? Trop cher. L'Etat a cherché, cherché, multiplié les réformes sans que cela produise d'effet notable. On a presque tout tenté, la réduction des programmes (mais très mal), l'allongement de la durée de travail (retour du mercredi travaillé, une semaine de grandes vacances en moins), plus de liberté donné aux établissements d'enseignement (dans les universités), encore plus de facilité dans les examens (c'est la réforme actuelle)... Rien n'y a fait et rien n'y fera, le système continue à fabriquer en nombre croissant des exclus qui deviennent vite des ennemis de la société quand ils ne sombrent pas dans la drogue.  

    C'est qu'il est archaïque le système, encore et toujours fondé sur le repérage des élites. Or notre monde moderne est beaucoup trop peuplé pour se contenter de quelques élites. C'est la masse qui doit monter pour répondre "massivement" à ses propres besoins. On l'a vu avec la science, mais c'est le même phénomène en politique où l'incompétence des individus, aussi doués soient-ils, est aujourd'hui plus que manifeste. C'est le même phénomène en économie où l'arrogance de quelques PDG médiatiques se parant du travail de milliers de "collaborateurs" pour voler une part dingue de la masse salariale devient insupportable. C'est le même phénomène dans les médias où les diktats de "vedettes" n'arrivent absolument pas à remplacer le travail des centaines de petites mains dégraissées pour cause d'effondrement des ventes et des audiences. Partout les élites ont mis les leurs en pensant que ça irait mieux, partout ça continue à craquer.

    Aucune élite ne pense d'ailleurs qu'en ramenant sa propre rémunération à un niveau raisonnable, cela permettrait de recruter quelques unes des petites mains perdues pour relancer et la production, et la consommation. Non, on voit plutôt des actes fous comme le rapprochement du cimentier Lafarge avec le cimentier Hatocim pour faire croire aux actionnaires que les deux groupes, qui tous les deux perdent d'énormes parts de marché un peu partout, seront tout à coup régénérés par leur regroupement. On voit Apple, tellement attaqué par les Coréens et les Chinois que ses dirigeants sont hagards, dépenser des milliards en communication plutôt que de recruter, là encore, plus de chercheurs pour trouver de réelles innovations et non ses minables séries croissantes que la concurrence finit même par ignorer ! Plus généralement et face à l'offensive économique chinoise, fondée sur d'énormes séries et des prix très bas, on voit l'économie occidentale, particulièrement européenne, se spécialiser dans le "haut de gamme".

    Or ce haut de gamme n'a pas d'avenir. Déjà ma grand-mère s'étonnait, voici 50 ans, que "même les concierges ont une voiture" Aujourd'hui, les smicards ont un smartphone et un ordinateur ! Dès aujourd'hui, avoir beaucoup d'argent n'a plus d'intérêt sinon de pouvoir crâner avec une plus grosse maison, une plus grosse bagnole, des voyages plus nombreux et en 1ère classe... La masse occidentale a accès à tous -et je dis bien à "tous"- les biens de consommation. Sous les Romains, seuls certains pouvaient monter à cheval, séparation sociale reproduite au Moyen Age. Tous ne mangeait pas la même chose, ne s'habillait pas de la même façon. Mais nous ne sommes plus au Moyen Age et l'argent n'est roi que parce que nous le voulons bien. C'est le mythe du milliardaire qui sommeille en nous.

    Et qui nous empêche de penser le monde "massivement", de la pointe d'Armorique à la frontière ouest de l'Allemagne et de Nice à Lille en passant par les pôles. Contre notre volonté, c'est cette masse mondiale qui a décidé de nous rattraper. Et qui aujourd'hui, vit en dehors de nous tout en nous faisant vivre : la Chine n'a plus besoin de nous que comme client et encore : nos marchés sont des marchés de renouvellement, pas des marchés d'équipement. Nous sommes économiquement en train d'être viré d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine tandis que les "basanés" achètent de plus en plus nos usines et nos terroirs. C'est ça le déclin de l'Occident, bien réel et ultra rapide. Caché, certes, par la puissance de nos armes mais pour combien de temps encore ? Car nous avons de moins en moins de quoi les financer : nos Etats sont tellement endettés qu'ils rognent partout et de plus en plus pour éviter la banqueroute. Ils ne vivent d'ailleurs déjà plus que de cavalerie, obligés d'emprunter pour rembourser...

    Que feront demain nos milliardaires quand, robotisées, les activités humaines ne généreront plus de salaires ? Que deviendront les grosses cylindrées, les avions privés, les grandes propriétés ? Que feront, au chômage, nos cadres supérieurs mondialisés d'aujourd'hui ? Regarderont-ils toujours avec dédain la "piétaille" s'organiser en émeutiers, venir demander la tête des élites qui les ont amenés jusqu'au tréfonds du déclin ?! Qui, face à l'émergence des milliards d'êtres dits sous-développés, ne surent que prôner l'hyper élitisme par l'argent.  Qui face à des défis économiques et sociaux ne surent que remplir les poches avides de leurs lobbys militaro industriels. Nous avons déjà suffisamment de recul pour appréhender leurs monumentales erreurs et de jugement, et d'avidité. L'ultra libéralisme mondialisé quand on est moins concurrentiel est stupide. La destruction de ses marchés intérieurs, par élitisme de l'argent, quand on perd ses marchés extérieurs, est crétin. La focalisation sur la confrontation par les armes quand on est en compétition économique est carrément con. Nous allons donc mourir et le devrons à nos élites.

    Elles ont même osé ringardiser le seul regard un peu moderne que nous avions sur le monde, celui de siècles de luttes sociales qui nous faisaient voir l'évolution sous un angle de rapports sociaux et non d'argent. Plus personne n'ose encore parler de socialisme alors que la robotisation pose un défi majeur que seule cette approche peut surmonter : imaginez ne serait-ce que les vélo lib et auto lib en nombre dans toutes nos villes. Voyez Ikea qui a d'ores et déjà envoyé quasiment à la poubelle le mobilier de luxe. Les antiquités ne valent plus rien dans ce domaine tandis que tout le monde peut avoir aujourd'hui un canapé, un lit, une table basse, un téléviseur, des machines domestiques en tous genres. Le socialisme avance masqué sous les dorures des grandes entreprises. Qui tomberont quand l'heure des robots sera venue : il ne restera alors que le socialisme...

     

    Et un socialisme sans élite, le contraire du communisme stalinien. Mais pour cela, il faut tout repenser, de la manière de répartir les fruits de la production robotisée à nos organisations politiques nationales et locales. De la manière d'enseigner et du contenu de l'enseignement, probablement en continu de la maternelle à la mort. De nos objectifs de vie, de nos rapports au sacré, de nos rapport au cosmos... C'est vraiment un autre monde qui est déjà là et par rapport auquel notre élitisme fou est totalement dépassé. Nous n'avons pas le costume de ce monde...


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  • Le passeport africain unique : mythe ou réalité ?

     

    Les chefs d’Etat africains ont décidé de créer un passeport unique pour tous les Africains lors du dernier sommet de l’Union Africaine en juillet dernier à Kigali. Dans un premier temps, ce passeport ne serait que diplomatique, c’est-à-dire réservé aux dirigeants des Etats africains ainsi qu’à leurs représentants diplomatiques. L’unité du continent africain, vieux rêve de ses intellectuels, n’est-elle donc pas qu’une chimère et ses enfants ont-ils réellement une chance de la voir réalisée de leur vivant ? Car le corollaire d’un passeport unique pour tous les Africains est bien évidemment la suppression des frontières africaines pour les heureux possesseurs de ce passeport.

    Voyons donc si les conditions peuvent être réunies, rapidement ou non. Le premier point qui vient en tête est la division du continent en sous-ensembles historiques et linguistiques. Et sans doute la fameuse distinction coloniale entre Afrique anglophone, francophone et autres langues européennes (essentiellement le portugais et l’espagnol) n’a-t-elle plus aujourd’hui le même poids qu’hier. Certes, les anciens colonisateurs continuent à peser sur le devenir de leurs toujours féaux, au moins en Afrique francophone. La « France Afrique » n’est pas une vue de l’esprit de même que l’ingérence des Anglo-Saxons dans toute l’Afrique. Les Etats Unis ont ainsi beaucoup plus pesé sur la politique africaine au cours des dernières décennies que la France dans son « pré carré » Mais les Occidentaux ont laissé d’autres « crocodiles » se joindre à eux dans le marigot : la Chine, devenue ainsi le premier investisseur étranger sur le continent, mais aussi l’ensemble des pays du Sud avec lesquels l’Afrique commerce aujourd’hui plus qu’avec les pays du Nord. Cette présence économique amoindrit incontestablement la position des « Blancs » d’autant que leurs comptoirs emploient aujourd’hui plus de cadres locaux qu’expatriés : moins de présence physique, moins d’affaires, moins de connaissance du terrain, au point que de nombreux patrons de multinationales n’arrivent plus à percevoir leurs possibilités de gains dans un marché pourtant de plus d’un milliard d’habitants ! Et comme ils n’y arrivent pas, les pays du Sud vont continuer à prendre de l’importance jusqu’à réduire le poids des Occidentaux aux seules ventes d’armes et à quelques accords de défense. Qui sauteront eux-aussi quand les pays africains « vieilliront » et se stabiliseront : renforcement des Etats aujourd’hui déliquescents et renforcement de la force interafricaine qui a vu le jour pour combattre Boko Haram.

    Les vieilles Afriques des coloniaux ne viendront donc certainement pas contrarier la volonté de nombreux Africains de s’unir au niveau continental. Ce qui peut s’y opposer est à présent et surtout la redécouverte de leurs identités par les autochtones : Noirs contre Blancs, surtout d’Afrique du Nord (les Blancs d’Afrique australe ont été vaincus), et Sahéliens contre Forestiers, surtout Bantous (95% de la population dite forestière) Car le phénomène majeur des Indépendances a été l’alphabétisation très rapide du continent qui, liée à l’urbanisation croissante (50% en moyenne africaine aujourd’hui), a accouché de générations de jeunes avides de connaissances notamment historiques. Via les moyens modernes d’information, notamment Internet, ces nouvelles générations sont aujourd’hui beaucoup plus exigeantes, souvent vindicatives à l’égard de leurs dirigeants. J’ai connu les tensions de Casamance, elles ne sont rien actuellement par rapport aux situations de quasi guerre civile de la plupart des pays comportant, d’ouest en est et tout au long de la frontière entre Sahel et forêts, des « gens du Nord » et des « Forestiers » Les Pères de l’Indépendance avaient voulu éviter cela en déclarant d’abord définitives les frontières héritées de la colonisation. Puis en imposant un black out total sur l’histoire des différents peuples. Ils n’avaient même pas voulu que les Africains de tous bords sachent que les Maghrébins avaient razzié les Subsahariens des siècles durant et encore moins qu’ils avaient recruté des Sahéliens pour razzier les Bantous…

    Tous ces non dit reviennent aujourd’hui à la surface sans que les gouvernants prennent la mesure de leur toxicité. Là où il faudrait une catharsis, ils se murent dans le silence et continuent leurs politiques ethniques, alimentant les contestations futures. En Afrique de l’Ouest comme de l’Est, les germes de la discorde me paraissent bien plus forts que l’idée d’unité continentale. Tout juste l’Afrique du Sud a-t-elle connu un temps d’apaisement avec l’outil politique « Vérité et réconciliation » Mais les tensions remontent aujourd’hui du fait du pouvoir économique des Blancs, notamment en zones rurales. De plus, les Occidentaux n’ont rien fait pour calmer les esprits, bien au contraire. Rien n’a été réglé depuis leurs interventions soit directes, soit en aidant militairement une faction contre une autre, voir deux factions opposées l’une à la suite de l’autre comme en Centrafrique ! Sans compter l’afflux d’armes qu’ils ont favorisé, spécialement en aidant les rebelles Libyens contre Kadhafi (ces armes se sont retrouvées aux mains de Boko Haram) En fait, les oppositions n’ont jamais été aussi aigües, renforcées à présent et du fait de la montée en puissance de l’Islam radical dans le Monde, par des oppositions religieuses qui peuvent aller jusqu’à l’horreur comme au Nigeria. C’est l’intégrité des pays africains, surtout subsahariens, qui est ainsi menacée.

    Certes, les dirigeants africains ont correctement réagi, privilégiant, eux, la discussion et le compromis mais sachant aussi unir leur force quand le temps des armes ne pouvait être évité. Le pouvoir chancelant de Lagos sait pour l’instant et par exemple éviter la guerre de religion entre ses peuples tout en ayant fini par accepter l’union militaire avec ses voisins pour faire reculer, enfin !, les milices de Boko Haram. Et si, au Cameroun, les voix de la discorde se déchaînent sur Internet au fur et à mesure que se précise la retraite de Paul Bya, les populations encore disparates du pays font front commun contre les mêmes milices.

     Il n’empêche que, globalement, la stabilité de l’Afrique semble défaillir plutôt que s’installer comme on aurait pu le penser au lendemain des guerres des Congo. Ce, parce que beaucoup de pays dont les plus grands sont à présent touchés. Daech qui s’est introduit en Libye et en Egypte, menaçant les pays du Maghreb francophone ; le Mali fragilisé par l’irrédentisme touareg et la persistance du radicalisme islamique issu de l’effondrement libyen ; la Mauritanie de plus en plus fragilisée par la vindicte des populations « nègres » vis-à-vis des populations maures ; Côte d’Ivoire, Togo, Centrafrique, Burundi en proie à l’émergence d’une opposition ethnique (et non plus tribale) violente ; Ethiopie où démarre à présent une opposition générale contre les Tigréens…

    Et Afrique du Sud où s’épanouit, une première en Afrique, une xénophobie née sur l’existence d’une immigration énorme et incontrôlée en provenance de toute l’Afrique noire, en particulier du Zimbabwe voisin. Les pays arabes d’Afrique éprouvent de plus en plus un sentiment identique vis-à-vis des nombreux Subsahariens qui s’installent chez eux ou qui y transitent en attendant de partir pour l’Europe. C’est nouveau car auparavant, l’émigration interafricaine était un phénomène normal et pourtant massif. Les Nigérians qui contrôlent le commerce à Yaoundé, les Haoussas contrôlant le même commerce tout au long de la côte nord de l’Atlantique, les millions de Sahéliens venus chercher fortune au Nigeria, les Subsahariens venus chercher du travail en Egypte et en Libye, etc., etc., ont façonné la nouvelle Afrique tout au long du 20e siècle. Laissant penser que les tensions ethniques n’avaient pas véritablement d’avenir. Et alimentant même une théorie de développement économique dite « par diffusion » très à la mode en France dans les années 1970 à partir du modèle ivoirien. Alimentant aussi l’idée qu’un seul modèle suffisait à l’Afrique en dépit de sa complexité (idée largement répandue auprès des intellectuels africains) D’où, aussi, la naïveté tout de même des « unionistes » africains pensant que l’idée se suffisait presque à elle seule. L’apogée de leur espoir fut atteint quand Kadhafi réussit à changer « l’OUA » en « UA »…

    Leur espoir est donc très largement contrarié aujourd’hui et le moins qu’on puisse prédire est beaucoup de temps avant l’union au moins des pays subsahariens. Car s’ajoute aux faits précédents une réelle compétition économique entre les sous-régions du continent, voire même entre pays africains : l’exemple type est celui des bourses de valeurs, chaque pays voulant la sienne alors que les capitalisations possibles ne sont pas encore nombreuses. Il devait y avoir une seule bourse en Afrique centrale, il y en a deux, une au Gabon et une au Cameroun, sans compter les bourses nigérianes qui flirtent entre l’Afrique de l’ouest et l’Afrique centrale… Un phénomène identique existe avec les ports qui se concurrencent de plus en plus, tant à l’exportation (ports ghanéens et béninois à l’époque ou San Pedro n’était pas disponible) que, surtout, à l’importation, notamment à l’est du continent (concurrence du Kenya avec Djibouti) Et ces oppositions vont croître quand les ports d’Afrique centrale, Douala-Kribi et Pointe Noire, en concurrence entre eux, concurrenceront les ports sud-africains à l’ouest (les ports kenyans concurrencent déjà les ports sud-africains à l’est)

    Pour l’instant les concurrences ne sont pas féroces car les infrastructures sont loin d’être terminées aux niveaux routiers et ferroviaires. Les bateaux cherchent toujours à aller au plus près des destinations finales. Mais Mombasa au Kenya a déjà pris pas mal de fret au port orientaux d’Afrique du sud et Kribi au Cameroun devrait s’imposer rapidement en Afrique centrale, gênant cette fois-ci ses ports occidentaux.

    J’ai cité cet exemple portuaire car il est immédiat. Il y en a d’autres qui s’imposeront au fur et à mesure du développement du continent : qui fournira à qui les métaux nécessaires à la métallurgie ? Qui de l’Egypte ou du Nigeria s’imposera dans le ciment ? Quelles raffineries fourniront quelles régions ? Pour l’instant, c’est surtout l’alimentation et le textile qui sont en jeu dans les échanges interafricains. Plus l’essence aux frontières du Nigeria. Mais qu’en sera-t-il demain ? Ces futurs échanges forcément concurrentiels obligeront les Etats à réfléchir, leur interdissent déjà la naïveté…

    Et je crains donc que le passeport africain unique reste diplomatique longtemps encore. Si on en croit d’ailleurs la vie du passeport européen, remis fortement en question aujourd’hui, c’est l’immigration qui met cette vie le plus en cause. Dans l’état actuel de la situation des migrations en Afrique, je doute fort que l’Afrique du sud se rallie rapidement à l’idée d’unicité, surtout depuis les dernières élections municipales qui ont vu une baisse d’audience de l’ANC. De même que le Maroc ou la Tunisie, sans parler de la nécessité de combattre le terrorisme, donc de contrôler les frontières, dans pratiquement tout le Sahel. Peut-être alors les chefs d’Etat africains ont-ils voulu plus conjurer le sort à Kigali que démarrer une nouvelle étape de l’Union ?


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  • La guerre des monnaies :

    une info vraiment confidentielle

    (L'éditeur, Agora, l'a retiré de ses sites le lendemain même de sa diffusion. Comme l'info n'est pas bidon, il y a forcément une raison soit d'erreur ponctuelle, soit d'ultra confidentialité...)

     

    Ce que nous réserve le G20

    Jim Rickards, rédacteur en chef de Trade Confidentiels

    Cher investisseur, 

    Il y a quelques temps, en mars, nous vous avions averti qu'une réunion clandestine avait eu lieu et qu'elle déterminerait les tendances monétaires internationales des deux prochaines années. Cette réunion a abouti à ce que nous avons appelé "l'Accord de Shanghai". Les grands médias ont douté de l'existence même de cet accord... jusqu'à ce que tout ce que nous avions prévu se réalise. 

    Une nouvelle rencontre est prévue, au cours du sommet du G20 qui a lieu en ce moment en Chine : c'est la réunion la plus importante depuis la conclusion de l'Accord de Shanghai, le 26 février dernier. Pour le G20, c'est l'occasion de passer en revue la façon dont les choses ont évolué depuis le mois de février, et de réactualiser son plan de bataille concernant les taux de change. 

    Cela devrait aboutir à une nouvelle dépréciation du dollar, et une baisse des résultats enregistrés par les sociétés américaines dépendant des importations. Vous pourriez donc réaliser d'énormes gains si vous vous positionnez du bon côté de cette tendance. 

    Comment pouvons-nous connaître ces résultats avant que la réunion ait eu lieu ? C'est simple. Nous sommes attentifs. Dans Trade Confidentiels alerte après alerte, j'explique à mes lecteurs ce que concoctent les élites du système monétaire, et comment les battre à leur propre jeu. 

    Commençons par un rapide tour d'horizon. 

    A l'origine était l'Accord de Shanghai
    L'Accord Shanghai est un pacte secret conclu entre banques centrales et ministres des Finances, lors du sommet du G20 de Shanghai, le 26 février 2016. Janet Yellen, de la Fed, Mario Draghi, de la BCE, Haruhiko Kuroda, de la Banque du Japon, étaient présents, ainsi que d'autres membres éminents de l'élite monétaire. Même si c'était un sommet du G20, c'est un G4 parallèle (Etats-Unis, Europe, Japon, Chine) qui a mené le jeu.
     

    La Chine avait besoin de déprécier sa monnaie afin de sauver son économie d'une implosion du crédit. L'objectif du G4 était d'affaiblir le yuan chinois sans perturber les marchés financiers occidentaux. La dévaluation unilatérale orchestrée par la Chine, en août et décembre 2015, avait en effet provoqué l'effondrement des places boursières dans le monde. 

    La solution consistait à maintenir le peg (arrimage) entre le yuan et le dollar et à déprécier le dollar face au yen et à l'euro. Cela signifiait que le yuan se déprécierait également par rapport au yen et à l'euro. Les Etats-Unis et la Chine seraient gagnants alors que le Japon et l'Europe seraient perdants. Personne n'était censé remarquer quoi que ce soit car le taux de changes dollar/yuan demeurerait intact. 

    Les plans de l'élite monétaire sont une chose, mais les résultats concrets en sont une autre. 

    Observons comment s'est réellement déroulé cet Accord de Shanghai depuis le mois de février. 

    Depuis le jour de cet accord, le yuan chinois a chuté par rapport au dollar, passant de 6,55/1 à 6,65/1 (22 août 2016). Cela représente une baisse de 1,5% du yuan en sept mois. C'est suffisant pour apporter un peu d'oxygène à la Chine sans provoquer un énorme choc, et insuffisant pour perturber le marché actions. (Le yuan a chuté de 3% en un seul jour le 10 août 2015. Cette chute a provoqué un séisme). Cette partie de l'Accord de Shanghai, à savoir maintenir la stabilité du yuan face au dollar, sans ébranler les marchés, a fonctionné conformément au plan. 

    Mais qu'en est-il de l'euro et du yen ?
    - Leur histoire est bien plus intéressante. Le volet dollar/yen du plan a fonctionné à merveille. Le graphique ci-dessous mesure l'étendue du renforcement du yen depuis l'Accord de Shanghai. La flèche rouge indique la date de l'Accord de Shanghai.
     

    Depuis, le nombre de yens nécessaire à l'achat d'un dollar a chuté de 113 à 110 : la valeur du yen a donc grimpé de 12% en sept mois. C'est un mouvement considérable, sur le plan des taux de change, qui modifie les termes des échanges commerciaux en faveur de la Chine et au détriment du Japon. 

    Les investisseurs qui pensaient que la Banque du Japon "allait intervenir" afin de déprécier le yen ont été déçus, et cela ne va pas s'arrêter là. Notre estimation selon laquelle le yen s'échangerait au-dessous de 100 s'est réalisée il y a quelques jours. La tendance à la hausse du yen demeure intacte. 

    - Du côté de l'euro, l'histoire est plus compliquée. L'euro a légèrement baissé face au dollar, depuis l'accord de Shanghai, contrairement à ce que souhaitait le G4. C'est essentiellement dû aux inquiétudes concernant l'Europe, avant et après le Brexit, et à la fuite vers le dollar qu'elles ont créée. Les banques européennes font également face à une pénurie de dollars et échangent des euros contre des dollars afin d'honorer leurs passifs libellés en dollars. Par conséquent, l'euro n'a pas affiché de hausse vers les niveaux de 1,20 ou 1,25 dollar qu'il doit atteindre afin de donner un coup de pouce à la Chine. 

    Lorsque vous savez ce que les banques centrales tentent de faire et que vous voyez qu'elles n'y parviennent pas, la prévision est simple : vous pouvez être sûr qu'elles vont essayer de plus belle. Le renforcement de l'euro face au dollar sera le grand sujet de discussion, lors du G20, le 4 septembre. 

    Ces mêmes pays qui ont élaboré l'Accord de Shanghai étudieront des moyens de renforcer l'euro et de venir encore plus en aide à la Chine. Le fait que le sommet se déroule en Chine et que le président chinois, Xi, préside également le G20 cette année, devrait augmenter la pression. 

    L'Accord, la Fed, les taux... et les actions
    Mais quel est le rapport entre ce gymkhana des devises et les actions américaines ?
     

    Notre hypothèse de départ est la suivante : par rapport à l'Accord de Shanghai initial, le renforcement de l'euro ne s'est pas accompli. Cela signifie que la Banque centrale européenne n'élargira pas son assouplissement quantitatif au-delà des niveaux actuels, et qu'elle n'enfoncera pas davantage les taux en territoire négatif. 

    Cela signifie également que la Fed ne relèvera pas ses taux dans un proche avenir, car ce relèvement ferait grimper le dollar au lieu de le faire baisser. 

    Il est possible que la Fed relève les taux en décembre – mais il est plus probable qu'elle le fasse au plus tôt début 2017. Et quand bien même, il faudrait une inflation bien plus forte avant que cela ne se produise. Vous pouvez sereinement faire fi des chiffres de l'emploi : la création d'emploi a été forte mais le lien entre emploi et inflation, tel que la Fed l'envisage, s'est totalement rompu. Pour la Fed, le seul but de sa politique est d'obtenir de l'inflation. Le moyen le plus rapide d'y parvenir, dans un contexte déflationniste, c'est d'orchestrer la baisse du dollar. Or c'est précisément ce que nous prévoyons. 

    Tout bien considéré, la baisse du dollar, la hausse du yen et de l'euro sont toutes prévues. 

    Quelles conséquences pour l'économie américaine ?
    Pour les entreprises américaines, c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle. Tout dépend de la façon dont les termes des échanges commerciaux affecteront les facteurs de production de chaque entreprise et de ses concurrents.
     

    Si vous êtes Boeing, un dollar bas peut vous aider à exporter vos avions face à Airbus. Mais si vous êtes un importateur américain qui importe de l'énergie ou des matières de base et que votre clientèle est essentiellement nationale, alors un dollar faible réduira vos marges à mesure que les coûts de production augmenteront. 

    Il n'est pas facile d'identifier les gagnants et les perdants, dans cette bataille des taux de change. Il faut avoir cerné les fondamentaux des entreprises et de la demande nationale, ainsi que l'impact de l'évolution des termes relatifs aux échanges commerciaux. Au-delà encore, il faut rechercher des sociétés dont le cours de l'action est toujours en lévitation, et qui n'est pas encore tombé de haut face à la nouvelle réalité des taux de change. 

     

    Notre analyste, Gaël Deballe, a recherché le meilleur moyen de jouer la carte du sommet du G20, de la réactualisation de l'Accord de Shanghai et de la future dépréciation du dollar. Sa recommandation, à retrouver dans Trade Confidentiels, vous permettra de bien vous positionner afin d'engranger de forts profits dans un contexte d'incertitude élevée. 


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  • L’Afro pessimisme est de retour

    Christian d’Alayer 25/05/2016

     

    Avec la baisse actuelle du prix des matières premières, les Afro-pessimistes font à nouveau entendre leurs plaintes délétères. Ainsi RFI a-t-elle diffusé le 19 mars dernier une émission sur ce thème avec comme invitée vedette, Sylvie Brunel, géographe, professeur à la Sorbonne et auteur d’un livre, L’Afrique est-elle si bien partie ?, dont le nom se suffit à lui-même. Au mois d’avril suivant, la revue sud-africaine Strategic Marketing Africa publiait un long dossier remettant en cause la notion de classe moyenne africaine (La classe moyenne africaine, une question très politique). L’extrême droite française s’est elle aussi déchaînée au nom, cette fois, du refus de voir l’Afrique sans les Blancs réussir quoi que ce soit. Sur le site RealPolitik.TV du député européen apparenté FN, Aymeric Chauprade, Pascal Gauchon, autre figure du mouvement, s’est lancée dans une rétrospective des Afro-pessimismes et Afro-optimismes en relevant que l’Afro-optimisme ne régna que lorsque les prix des matières premières flambèrent… Des sources autrement plus politiquement correctes ont effectué les mêmes analyses, tel le site Terangaweb, création de l’association L’Afrique des Idées qui peut être considérée comme un cercle de réflexion sur l’Afrique très aligné: il est proche du groupe Le Monde dont le secteur Afrique fut il n’y a guère géré par l’homme qui osa écrire « Négrologie », un pamphlet résolument raciste sur le continent africain. Et dont le succès en France semble avoir marqué à jamais l’ex-quotidien de référence de l’Hexagone.  Enfin et même des organismes et/ou personnalités plus ouvertes aux réalités africaines se sont dressés contre l’Afro-optimisme en le renvoyant dos-à-dos à l’Afro-pessimisme : L’IFRI (Institut français des relations internationales) ou le milliardaire somalien Mo Ibrahim, par ailleurs créateur d’un prix de bonne gouvernance en Afrique, ont ainsi rejeté les deux démarches au profit d’un « Afro-réalisme » pas vraiment défini.

    Cette liste n’étant bien entendu pas exhaustive, elle permet de cataloguer ces critiques du développement africain :

    -          Les nostalgiques de l’Afro-pessimisme des années 1970 et 1980 se retrouvent bien entendu en tête du palmarès. Sylvie Brunel en est l’égérie actuelle, descendante du professeur Dumont dont elle a repris partiellement le titre de sa thèse (L’Afrique noire est mal partie, 1962) Leurs idées simplistes s’appuient et sur la démographie très vigoureuse du continent noir, et sur la déliquescence des Etats subsahariens. Ils se disent que ces deux faits empêchent toute espérance de sortie de la pauvreté, quels que soient par ailleurs les autres paramètres du développement.

    -          Je n’insiste pas trop sur la thèse encore plus simpliste de l’extrême droite française qui n’a visiblement et toujours pas digéré les Indépendances : avant, c’était bien ; après, c’est très mal… Notez que la tête pensante ( ?) de cette vision de l’Afrique est Bernard Lugan, enseignant et chercheur, qui semble avoir cessé de regarder l’Afrique bien avant d’être né. Son regard rétrospectif lui permet donc quelques fulgurances du fait de la pérennité de pas mal de traits de société tant d’Afrique que d’ailleurs. Mais il ne voit pas l’Afrique moderne et n’en comprend pas les ressorts tant économiques que sociaux…

    -          Un grand nombre de détracteurs refusent par ailleurs de voir d’autres ressorts, puisqu’il en est question, que celui du prix des matières premières dans le développement de l’Afrique. Il existait jadis un journal, très bien fait d’ailleurs, qui était à la pointe de cette vision, le regretté Marchés Tropicaux et Méditerranéens (je crois qu’il existe encore une pâle version en ligne)

    -          Et, in fine mais non des moindres puisque, cette fois-ci, c’est l’hebdomadaire Jeune Afrique qui en est l’égérie en France, restent les partisans durs et purs de la « bonne gouvernance » : l’Afrique étant mal gouvernée, elle ne peut se développer quels que soient les autres paramètres. On peut leur associer ceux qui, surtout à gauche, croient également dur comme fer que seule une bonne répartition des richesses est à même de faire décoller l’Afrique.

    Force est donc de répondre à cet Afro-pessimisme de retour. Je commence par le plus difficile car j’ai déjà développé dans un article de début 2013 des arguments contre tous ceux qui refusent d’admettre qu’on puisse se développer sans bonne gouvernance et sans démocratie (Economie et bonne gouvernance : quel rapport ?) J’avais publié alors le palmarès de Bo Ibrahim en y ajoutant les performances des pays en matière de croissance économique : il n’y avait pas corrélation. De même qu’il n’y avait aucune corrélation entre le tableau de Transparency International et les performances économiques. J’ai enfin publié plus récemment (2014) un article, L’Afrique au seuil du décollage, dans lequel j’adjoignais un graphique (indice de Gini) démontrant que les inégalités étaient moindres en Afrique qu’en Asie et qu’en Amérique latine.

    Je dois ajouter aujourd’hui que ce fait est normal : dans le processus de développement, aisément vérifiable dans le passé de l’Occident, l’accumulation du capital, indispensable à la création d’outils de production de masse, précède forcément la redistribution. L’Asie et l’Amérique latine étant plus avancées dans le processus de développement que l’Afrique, il est normal que cette dernière présente des inégalités moins fortes.

    Dernier point de cette première réplique, j’ai aussi publié fin 2015 un article (Florilège d’idées fausses sur l’Afrique) démontrant que les Africains se développaient sans Etats véritables, détruits dans l’œuf (les Indépendances datent des années 1960) par les « remèdes » de la Banque Mondiale, du FMI et des deux clubs de créanciers de l’Afrique (Londres et Paris) L’exemple du Nigeria est éloquent à cet égard, la croissance se fichant bien de l’Etat fédéral déliquescent. Et, autre phénomène notable, se moquant également des cours du pétrole, le pays ayant vu sa croissance s’amplifier en 2014 en dépit de prix en baisse.

    Cette dernière remarque répond en fait et aussi à ceux qui pensent que la baisse des recettes d’exportation va nécessairement entraîner un effondrement des économies africaines. En 2014, la croissance moyenne de l’Afrique n’enregistra qu’un léger tassement de 0,3% du seul fait des très mauvais résultats d’Afrique du nord. Et l’an dernier, la croissance ne fut amputée que de 0,9%, cette fois-ci en ajoutant les moindres exportations en valeur des pays exportateurs de pétrole. Soit 1,2% de croissance en moins en moyenne pour un prix de l’or noir divisé par deux et des baisses moyennes des prix des matières premières de l’ordre de 30% (toutes sources Banque Mondiale) : l’économie africaine ne repose plus que sur ses matières premières, CQFD !

    Ce qui répond aussi à ceux qui refusent d’accepter qu’une classe moyenne émerge peu à peu sur le continent. Car comment peuvent-ils alors expliquer que la croissance continue en dépit des baisses des recettes d’exportation ? J’ai là aussi déjà démontré que l’Afrique était le continent où l’entrepreneuriat était le plus fort du monde, les salariés ne représentant que 18% des actifs. En l’absence d’investissements étrangers, les Africains ont de fait développé leurs propres productions au travers de PME autofinancées ou financées par la famille (le taux d’épargne des ménages a grimpé au dessus de 20% du PIB)

    ***

    Voilà pour le principal. Faut-il réellement répondre aux nostalgiques de l’Afro pessimisme ? Sylvie Brunel me fait penser à l’abbé Pierre : elle raisonne au travers des Africains pauvres. Mais confie-t-on le ministère de l’économie d’un continent à la charité ? Bien sûr que le développement est inégalitaire par excellence puisqu’il faut d’abord accumuler du capital avant de distribuer les richesses. Surtout en Afrique où la solidarité traditionnelle est si forte que bon nombre d’entrepreneurs n’ont pas la possibilité d’accumuler beaucoup de richesses. L’étape d’accumulation est d’autant plus indispensable que les investisseurs étrangers font toujours défaut en dépit de ce que racontent certains médias : même pas 0,5% du PIB africain depuis des lustres…

    Revoyons maintenant les détracteurs de la classe moyenne africaine. Ils comparent, ces gens, les besoins des Africains sortis de la pauvreté aux classes moyennes occidentales. Ce, parce que quelques patrons de multinationales sentent qu’ils ne perceront pas sur le continent. La culture africaine n’est de fait pas encore mondialisée. On fait ses courses au marché, les enfants ne portent pas de vêtements de marque, les plats surgelés n’ont pas de client et personne ne stigmatise là bas les cinquantenaires qui ne portent pas de montre Rolex ! La Banque Mondiale a seulement relevé que plus de la moitié aujourd’hui des Africains avait de quoi se payer plus que l’indispensable. Et avant de se précipiter sur le nec plus ultra de l’électronique « reliée », cette moitié pensera à des choses plus terre-à-terre comme le logement ou la voiture. D’où le succès de l’Africain le plus riche, Aliko Dangote, construit avec du…ciment, CQFD !

    Est-il nécessaire de répondre aux excités du colonialisme ? Bernard Lugan a même été évincé de l’Ecole de Guerre, c’est-dire ! On peut toutefois leur suggérer d’aller voir sur le site de la Banque Mondiale les performances de pays comme le Botswana, le Mozambique, le Nigeria ou l’Ethiopie, les champions de la croissance continentale. Le mieux est sans doute de leur demander de comparer les courbes démographiques des pays africains avant et après les Indépendances : ils verront ce que pèse réellement la médecine coloniale qu’ils vénèrent religieusement…

    Deux derniers mots pour les écologistes occidentaux qui redoutent la croissance démographique africaine en expliquant d’ailleurs qu’elle empêche le développement : un, la Chine vient d’annuler sa politique d’un enfant par famille en regardant sa pyramide des âges 25 ans après sa mise en œuvre. Une bombe à retardement ! Deux, la démographie africaine décélère au fur et à mesure que l’urbanisation augmente. Eux qui prônaient, avec leur « professeur Dumont », le maintient des populations en milieu rural avaient tout faux ! C’est en ville que les femmes réduisent le nombre de leurs enfants, pas en brousse…

    Bien entendu, ce plaidoyer n’empêchera pas des gens qui « accèdent à la lumière » en disant pis que pendre de l’Afrique de continuer à lui nuire de la sorte. Et il n’empêchera pas non plus nombre d’intellectuels africains émigrés de refuser viscéralement d’admettre qu’ils auraient pu rester au pays. Ceux-là persisteront donc et signeront toujours le pire sur leurs origines. Les arguments sérieux n’ont jamais pris le pas sur les sentiments. Et, dans le fond, ça n’est pas plus mal : en attaquant systématiquement l’Afrique post coloniale, ces gens obligent les Africains à réfléchir sur leurs maux. Et les inégalités sont des maux, tout comme le chômage, notamment urbain. Dans des pays pauvres, il faut vraiment choisir, ce qui n’est pas le cas des pays riches où les hauts salaires et les dividendes ont plus à voir avec la spéculation qu’avec les investissements…

     

     


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  • Pourquoi l’or africain se porte mal

    Christian d’Alayer – 21/04/2016

     

    « Depuis son ouverture en 2000, la mine d'or de Morila, située à 280 km au sud-est de Bamako et détenue par Rangold Resources, AngloGold Ashanti et le gouvernement malien, fermerait ses portes courant 2019 » L’information est d’autant plus surprenante qu’en 2014, les responsables maliens tablaient sur une nouvelle augmentation de la production de la mine phare qui a fait du pays le 3e producteur d’or d’Afrique derrière l’incontournable Afrique du Sud et le Ghana ou « Gold Coast ».

     

    Et ce, alors que les données mondiales sur l’or font apparaître un net et durable surplus de la demande sur l’offre : selon Planétoscope (site internet donnant en ligne et en temps réel la production d’un très grand nombre de matières premières), données vérifiées en outre, la demande mondiale annuelle est constamment égale ou supérieure à 4500 tonnes. Tandis que la production n’est que de l’ordre de 2300 à 2800 tonnes selon les années. Le marché est donc structurellement déficitaire et tant les prix que les projets d’extraction devraient être tirés vers le haut…

     

    Je me souviens m’être penché sur l’or ghanéen dans les années 1980, à une époque où le prix de l’or, bien que déconnecté du dollar, n’arrivait pas à décoller de 150 dollar l’once (environ 30 grammes). De nouvelles techniques d’extraction permirent de descendre le prix de revient à 100 $ l’once, relançant ainsi l’extraction dans bon nombre de mines. Je me repenche sur la question aujourd’hui et m’aperçois que le prix d’extraction est en moyenne proche de 1200 $ l’once ! « La baisse des coûts de production des mines d’or signe une reprise possible. Les coûts de production de l’or ont été multipliés par quatre en 14 ans. Cette mauvaise gestion des mines aurifères a fait valser leurs PDG. La nouvelle rigueur qui est de mise pourra-t-elle redorer le blason de ce secteur? » Cet article de Claude Bejet d’ Or & Matières Premières explique ce qui s’est passé : avec la hausse générale des prix des matières premières ayant suivi l’envolée de ceux de l’or noir, les prix du métal jaune ont grimpé. Jusqu’à 1900$ l’once en 2011, plus de 10 fois son prix des années 1980. Et les producteurs ne se sont plus retenus. On parle de chauffeurs de camions payés 70 000 $ par an, de PDG payés plus cher que les patrons de multinationales américaines ou françaises. Et tout est allé à vau l’eau, de la moindre fourniture de bureau au plus sophistiqué des matériels de laboratoire.

     

    Si bien que lorsque le prix de l’once est retombé à 1200 $, les compagnies ont perdu de l’argent. D’autant que plusieurs d’entre elles ne tenaient même pas compte dans leurs prévisions des coûts indirects tels que les redevances aux Etats ! Il s’agissait de coûts d’extraction stricto sensu… En 2014 et sur la lancée de 2011, les mines du monde entier ont encore fait des merveilles : pour la première fois, le plafond de production a été pulvérisé avec un total mondial de 3300 tonnes. D’où les prévisions euphoriques des responsables nationaux. La mine de Morila est donc victime du resserrement des coûts de production et sera condamnée si les cours ne remontent pas très au dessus de l’actuel moyenne de 1100/1200 $ l’once. Bien sûr, les exploitants promettent des compensations aux populations locales, un grand projet agroindustriel notamment. Mais si des gens aussi compétents que ceux de l’Anglo-American ou de Randgold lancent de tels projets de substitution, c’est qu’ils n’envisagent pas une remontée de l’or à court ou moyen terme.

     

    L’avenir est de fait imprévisible. D’un côté, il y a ce déficit structurel de l’offre qui va être accru par la baisse des investissements dans le secteur : le Monde extraira moins d’or en 2016 qu’en 2015, c’est sûr, tandis qu’il y aura encore moins de découvertes de site dans les années à venir qu’auparavant.  On parle actuellement d’un recul de 3% en 2016 en matière de production et d’une stagnation des réserves prouvées autour de 10 années de consommation (environ 40 000 tonnes)

     

    Mais de l’autre, il y a la demande qui, pour l’or, n’est pas occidentale mais essentiellement asiatique : depuis 2014, la Chine a redépassé l’Inde avec une consommation globale de 1100 tonnes. Ajoutés aux achats indiens, notamment de joaillerie (dans les 800 tonnes annuelles), on voit que ces deux seuls pays génèrent près de la moitié des achats d’or mondiaux. l’Occident mène d’autant moins le jeu dans ce domaine que la Chine s’est retirée du système occidental de cotation et a créé son propre système. Comme l’Asie est aussi la première région productrice du monde devant l’Afrique, on voit que ce marché a aujourd’hui totalement échappé à ceux qui, il n’y a guère, se ruaient sur le métal jaune.

     

    Les prévisions des traders occidentaux sont donc fatalement absentes de ce court tableau. Il y a bien ceux qui prévoient un éclatement de la bulle des actions, autrement dit de la surfinanciarisation des économies occidentales, et qui escomptent  fatalement une ruée des investisseurs sur l’or. Mais l’achat d’or est devenu plus que difficile pour les particuliers de l’Union européenne : les lingots sont interdits et les pièces, terriblement réglementées. La décote des bijoux par rapport au prix du carat net décourage par ailleurs ceux qui voudraient reporter leur frénésie sur l’or travaillé…

     

    C’est donc dans les travées des banques chinoises qu’on peut éventuellement chercher des prévisions. Pour s’apercevoir que le marché est surveillé comme le lait sur le feu par un gouvernement chinois qui veut aujourd’hui imposer le yuan comme monnaie mondiale de réserve et, de ce fait, achète de l’or à foison avec les dollars qui lui brûlent de plus en plus les doigts. Et qui dit acheteur dit pression à la baisse sur les prix de la part d’un Etat lui-même gros producteur : le marché n’est pas libre et non faussé, c’est le moins qu’on puisse dire, sachant en outre que les Chinois, eux, réfléchissent toujours à long terme.

     

    On comprend que, dans ces conditions, les compagnies minières cherchent avant tout à retrouver le chemin des bénéfices en taillant, certes, dans les coûts, mais en fermant aussi celles de leurs mines les moins rentables. Si vous regardez le tableau 3 vous pouvez-voir qu’il y a un effet de seuil en matière d’extraction d’or. Et si l’Afrique du sud, aujourd’hui le Mali, ont vu décroître le nombre de leurs sites en activité, c’est aussi parce que les sites fermés ne produisaient pas assez de métal pur pour pouvoir effectuer des économies d’échelle suffisantes. Morila, dans sa meilleure année, ne dépassa pas les 16 tonnes tandis que la meilleure mine d’Afrique du sud ne dépasse pas les 18 tonnes par an.

     

    Encadré 1

    Le mystère de l’or allemand

    A l’époque de la guerre froide, l’Allemagne confia jusqu’à 60% de ses réserves d’or aux banques centrales américaines et françaises. Lingots que, sous la pression de l’opinion publique, elle veut rapatrier le plus vite possible : 3384 tonnes en tout, la deuxième réserve d’or du monde derrière celle des Etats Unis. Ce qui engendra une certaine panique du côté des débiteurs qui, de leur côté, avaient plutôt vendu de l’or pour faire tomber les cours d’une part et relancer l’intérêt des investissements en action ; et pour avoir des liquidités au moment de la crise de 2008 afin de pouvoir renflouer les banques et le secteur automobile de leurs pays respectifs. Toujours est-il que le rapatriement ne peut se faire qu’au compte gouttes, 120 tonnes par ci, 120 tonnes par là, et que l’Allemagne n’est pas prête de récupérer rapidement tout son or…

     

    Encadré 2

    A quoi sert l’or ?

    Comme réserve de change (12% du total), bien sûr et on vient de voir que les Allemands en étaient abondamment pourvus…sur le papier. Ces lourds lingots de réserve (plus de 10 kg) ne se retrouvent pas sur le marché consacré d’abord et surtout à la joaillerie (43%) Les lingots d’1 kg ne sont plus vendus aux particuliers que dans certains pays au contraire des pièces et médailles que l’on trouve partout. Cet or qu’on peut appeler d’investissement représente tout de même le second poste des achats d’or dans le monde avec 36% du total. L’industrie ferme le cortège des utilisateurs avec un petit 10%. A noter que la joaillerie a commencé à produire des bijoux en or moins pur, 18 carats au lieu de 24 carats, afin de pouvoir vendre des bijoux à une clientèle élargie…  

     

    1-      Production d’or dans le monde en 2014 (en tonnes d’or pur -24 carat)

    (Source : Or-Argent.EU –site d’information sur les pièces d’or et d’argent)

    Pays

    2014

    Chine

    462.0

    Australie

    272.4

    Russie

    266.2

    USA

    210.8

    Pérou

    171.0

    Afrique du Sud

    167.9

    Canada

    151.3

    Mexique

    110.4

    Ghana

    104.1

    Brésil

    90.5

    Indonésie

    89.5

    Ouzbékistan

    85.0

    Papouasie

    67.2

    Argentine

    60.0

    Tanzanie

    50.8

    Kazakhstan

    49.2

    Mali

    48.6

    Chili

    44.5

    Colombie

    43.6

    Philippines

    40.4

    Reste du Monde

    547.7

    Total

    3,133

     

    2 – Production d’or en Afrique (en tonnes d’or pur -24 carats)

    (estimations New Africa d’après divers sources)

    Pays

    2015

    RSA

    180

    Ghana

    90

    Tanzanie

    50

    Mali

    50

    Guinée

    15

    Zimbabwe

    15

    28 autres pays

    90

    Total Afrique

    490

     

    3-      Les 20 plus grosses mines d’or dans le monde (en tonnes d’or pur -24 carats)

    (Source : Or-Argent.EU)

    Mine

    Pays

    Opérateur

    Production en 2014

    Muruntau

    Ouzbékistan

    Navoi

    61.0

    Grasberg*

    Indonésie

    Freeport

    35.2

    Pueblo Viejo*

    R. Dominicaine

    Barrick

    34.5

    Yanacocha*

    Pérou

    Newmont

    30.2

    Carlin Ops

    USA

    Newmont

    28.2

    Cortez

    USA

    Barrick

    28.1

    Goldstrike

    USA

    Barrick

    28.1

    Olympiada

    Russie

    Polyus

    22.6

    Veladero

    Argentine

    Barrick

    22.5

    Boddington

    Australie

    Newmont

    21.6

    Kupol

    Russie

    Kinross

    21.3

    Lihir

    Papouasie

    Newcrest

    21.3

    Kalgoorlie Super Pit

    Australie

    Barrick/Newmont

    20.3

    Cadia Valley

    Australie

    Newcrest

    18.8

    Oyu Tolgoi*

    Mongolie

    Turquoise Hill (Rio)

    18.3

    Lagunas Norte

    Pérou

    Barrick

    18.1

    Driefontein

    Afrique du Sud

    Sibanye

    17.7

    Penasquito

    Mexique

    Goldcorp

    17.7

    Kumtor

    Kirghizstan

    Centerra

    17.7

    Tarkwa

    Ghana

    Gold fields

    17.4

     

     

     


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