• Le CFA est-il nuisible à la croissance de l'Afrique francophone ?

    Christian d'Alayer - mai 2017

    "L'Africanosphère" bruisse de plus en plus d'attaques contre le franc CFA. Des chefs d'Etat de la Francophonie sont entrés dans la partie tels ceux du Tchad et du Mali et, dernièrement, François Hollande lui-même a concédé que la question était du ressort des pays concernés plus que de la France. Essayons donc de voir cette question avec lucidité.

    Et d'abord, que reprochent les Africains francophones à leur monnaie commune ? Chez les non économistes et sur le Net, la critique la plus répandue est le fait que le "CFA" est du néocolonialisme car il interdit aux pays membres de la zone de jouer de l'arme monétaire dans leur politique économique intérieure. Le fait est indiscutable : les taux d'intérêt sont décidé non par les Etats mais par la banque centrale de leur zone : BCEAO pour l'Afrique de l'ouest et BEAC pour l'Afrique centrale. Ces banques centrales sous-régionales disposent d'un comité de politique monétaire qui décide donc de l'évolution des taux d'intérêt. Et que ces comités soient plus ou moins sous influence française (la Banque de France a un représentant de droit dans les deux comités), il n'en demeure pas moins que les Etats membres ne sont pas libres de décider par eux-mêmes de l'arme principale des politiques monétaires modernes (les taux directeurs) La même critique est d'ailleurs adressée en Europe à la BCE par les souverainistes et, dans tout l'Occident, à l'indépendance des banques centrales par les antilibéraux.

    Des Africains plus avertis reprochent aussi à la Banque de France de stocker les réserves de change de leurs banques centrales communes. C'est aussi vrai mais plus compliqué : les Etats de la zone franc déposent leurs réserves de change auprès de leur banque centrale, BCEAO et BEAC. Qui, statutairement, doivent en déposer aujourd'hui la moitié (65% hier) sur un compte spécial de la Banque de France. Laquelle dispose bien de 50% des réserves de la zone. Pour l'or, c'est différent (près de 90 milliards de F CFA pour la BCEAO et près de 120 milliards pour la BEAC) : là encore les Etats déposent leur or à leur banque centrale. Mais seule la BCEAO conserve cet or dans les caves de la Banque de France. La BEAC a choisi deux établissements londoniens pour stocker son métal jaune. Dernier point : les comptes des banques centrales de la zone à la banque de France sont rémunérés. Mais à des taux "européens" : un type de compte à 0,30% et un autre à...0,05%. Ce, alors que les taux d'inflation respectifs d'Europe et d'Afrique francophone ne sont pas du tout les mêmes ! En Europe, un taux de 0,30% n'est pas négligeable au niveau d'une banque centrale (pas celui de 0,05% !) Mais en Afrique où les taux d'inflation tournent autour de 10%, c'est une dépréciation importante des réserves dans le cas, de plus en plus important, du commerce interafricain. Le système, reposant sur la garantie de change offerte par la France, n'est évidemment plus viable.

    Deux autres critiques plus économistes émergent du Net : la première est le fait que la gestion monétaire africaine sous férule de la France (et c'est le cas) empêche les Africains francophones d'apprendre à maîtriser l'arme monétaire. Ca n'est qu'à moitié vrai puisque, tout de même, les employés et dirigeants des banques centrales de la zone finissent par maîtriser au moins l'orthodoxie monétaire ultra libérale en vogue en Occident. Soit la maîtrise prioritaire de l'inflation par la monnaie. Mais ils ne peuvent pas sérieusement penser à d'autres utilisations, dont celle de la dévaluation, puisque celles-ci leur sont interdites...

    La deuxième est plus difficile à démontrer car peu d'études chiffrées existent sur le sujet. C'est la compétitivité trop faible des pays de la zone CFA du fait de son ancrage à l'euro, monnaie trop forte pour des économies africaines. Surtout que les pays francophones tant de l'ouest que du centre ont comme voisin un Nigeria qui pratique depuis des lustres et avec brio (à deux décimale près si nécessaire) la dévaluation compétitive (la Mauritanie aussi d'ailleurs) Une étude a été réalisée au Cameroun après le passage du franc à l'euro et, effectivement, le solde des opérations extérieures s'est alors détérioré. Les mathématiciens ont un peu noyé le poisson pour limiter l'impact de leur étude mais la partie sur la détérioration, même en prenant les "TCR" (taux de change réel), était nettement plus compréhensible que la partie suivante qui voulait diminuer sa portée...

    Il faut un peu de réflexion ici : les exportations de matières premières organiques ou minérales peuvent évidemment souffrir des taux de change. Elles s'expriment  en monnaie étrangère, dollars et livres sterling (pour le café et le coton), et les exportateurs sont payés dans cette monnaie. Leur souci est donc principalement que ces monnaies ne se déprécient pas trop vis-à-vis de la monnaie locale. A cet égard, l'ancrage du CFA à l'euro a été fatalement négatif puisque, dans un premier temps (long !), l'euro s'est apprécié jusqu'à 30% par rapport au dollars (la livre, dans le même temps, s'appréciait par rapport à l'euro) D'où en fait une valeur des exportations en baisse par rapport à la monnaie locale. Sans doute les comptes se sont-ils redressés ces dernières années, depuis que le dollars est remonté (dans le même temps, la livre tombait)?

    L'impact est également évident en matière de commerce interafricain car, longtemps, le CFA fut l'une des seules monnaies subsahariennes convertibles avec le rand sud africain. Ce qui fit le bonheur de pays comme le Bénin ou le Togo où les cambistes se comptaient par centaines ! L'Afrique francophone achetait donc aux autres Etas africains d'autant moins cher que sa monnaie était à la fois stable et convertible. Mais le naira nigérian devint lui aussi convertible...

    Dès lors, la trop grande stabilité du CFA, qui plus est surévalué par rapport aux autres monnaies de réserve, n'était plus un atout mais un élément de plus en matière de non compétitivité avec un pays disposant d'un marché intérieur bien plus considérable. Certes, les importations deviennent d'autant moins coûteuses. Mais les exportations sont rédhibitoirement trop chères et la Francophonie subsaharienne ne peut déployer ses PME au même niveau que les Afriques non francophones, jusqu'au point de pouvoir vendre aux pays voisins hors zone CFA. Le tableau 1 montre clairement à cet égard que ces derniers pays se sont développés nettement plus vite que ceux de cette zone.  Il faut se souvenir à cet égard que le décollage subsaharien ne vient pas de l'investissement des multinationales étrangères mais de la croissance interne des PME locales. Un Dangote par exemple, aujourd'hui numéro un africain du ciment, fut d'abord un petit importateur de ce matériau. Et si l'envolée du Mozambique tient beaucoup à l'investissement des multinationales sud africaines, celle de l'Ethiopie tient essentiellement à la multiplication de ses PME, notamment dans le domaine du textile (mais pas seulement) Les Africains francophones ne sont pas moins entreprenant que leurs homologues anglophones, lusitaniens, amhariques ou tigréens. Mais ils n'ont pas toute l'Afrique comme marché.

    "C'est de la faute des Français" a déclaré voici trois ans le même Dangote mentionné en supra : il voulait alors s'attaquer au marché francophone et rencontrait des difficultés majeures face au lobbying de l'alors français Lafarge, son concurrent et jadis fournisseur. On sort ici du problème monétaire pour entrer dans celui de la France-Afrique aussi ne vais-je pas creuser cette question. Je note simplement que trois années plus tard, Dangote vient d'annoncer qu'il allait doubler les capacités de son usine camerounaise et devenir ainsi le numéro un au pays de Biya devant...Lafarge-Holcim (Cimencam) !

    Que peut-on conclure de tout cela ? De toute évidence, il existe un vrai problème du franc CFA : problème d'indépendance évident et problème de compétitivité, surtout depuis l'ancrage à l'euro. Et ces problèmes ne pourront que s'accentuer avec le temps. François Hollande, indécis comme d'habitude (il s'en va aussi peut-on le dire sans crainte), ne pouvait donc que renvoyer la balle aux chefs d'Etat concernés : " à vous de voir !" Mais voir quoi ? Conserver une monnaie commune mais sans ancrage à l'une des monnaies de réserve ?  C'est prendre le risque de voir refuser les paiements à l'étranger dans cette monnaie et je rappelle ici que pour pouvoir devenir le point de rencontre commercial indiscutable de sa sous-région (englobant l'Ethiopie !), la toute petite république de Djibouti dut déposer 500 millions de dollars (de l'époque) à la Citibank de New York en garantie de convertibilité du franc djiboutien.

    Et que la nouvelle monnaie africaine francophone soit commune ou propre à chacun des pays, il faut donc penser à sa convertibilité réelle (donc à ce qu'en pensent les étrangers) C'est le principal problème auquel se heurtent les anti-CFA sérieux. Peut-être une solution serait-elle d'être plus maître des décisions et de pouvoir, par exemple, décider de dévaluer. Une autre décision, envisagée en France même, serait d'avoir deux monnaies, une monnaie "mondiale" et une monnaie africaine ? Toujours est-il qu'il faudra avoir la solution au moment de couper le cordon ombilical...

    1- Taux de croissance comparés des principaux pays d'Afrique subsaharienne francophone et non francophone

    (Source : moyennes annuelles, statistiques en ligne de la CNUCED)

    Pays

    1992-1995

    1995-2000

    2000-2005

    2005-2010

    2010-2015

    1992-2015*

    Mali

    2,7

    5,5

    7

    10,4

    8,3

    6,8

    Sénégal

    1,9

    4,9

    4,6

    3,6

    4,1

    3,8

    Cameroun

    0,2

    4,7

    3,8

    2,8

    5,2

    3,3

    Côte d'Ivoire

    2,8

    3,6

    -0,2

    2,3

    7,4

    3,2

    Madagascar

    1,1

    3,9

    2

    3

    2,7

    2,5

     

     

     

     

     

     

     

    Congo Kinshasa

    -5,6

    -3,8

    4,2

    5,4

    7,9

    2,4

     

     

     

     

     

     

     

    Mozambique

    5,7

    11,2

    8,5

    7,3

    7,1

    8

    Ethiopie

    7,2

    3,4

    5,6

    10,7

    10,3

    7,4

    Ouganda

    9,2

    6,7

    7,2

    8,3

    4,7

    7,2

    Tanzanie

    3,6

    4,2

    7,1

    6,1

    6,8

    5,6

    Ghana

    4

    4,4

    5,2

    6,2

    7,4

    5,4

    Nigeria

    1,4

    2,8

    11,3

    6,7

    4,9

    5,4

    Angola

    -3,4

    5,7

    9,1

    8,4

    5,1

    5,1

    Kenya

    2,5

    2,1

    3,5

    4,4

    5,4

    3,6

    Afrique du sud

    2,6

    2,5

    3,8

    2,9

    2,1

    2,8

    Zimbabwe

    3

    -0,3

    -4,7

    9,5

    6,2

    2,7

    * Moyenne arithmétique

     

     


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  • L'investissement agricole en Côte d'Ivoire dans la tourmente

    Christian d'Alayer - 27 mai 2017

     

    Les Africains parlent "d'agrobusiness", un concept né en Amérique au début des années 1990 et dénoncé dès le début par les associations environnementales et de consommateurs : car avec l'entrée de grandes sociétés privés dans l'agriculture, c'est tout leur effort de réduction des intrants qui saute. Mais il faut bien nourrir aujourd'hui 7 milliards d'habitants et, demain, au moins 12 avant que la réduction naturelle de la natalité en milieu urbain fasse son effet aussi dans les pays en développement. L'augmentation des rendements est donc une nécessité absolue alors qu'on observe depuis quelques années et tout au contraire un tassement des dits rendements. Du moins dans les pays occidentaux. Les réserves de productivité se trouvent donc surtout dans les pays pauvres et, notamment, en Afrique où, de plus, la densité de population reste la plus faible du monde : les sociétés de l'agrobusiness, notamment chinoises, y constituent donc des réserves foncières de plus en plus importantes.

    Il n'est donc pas malsain, dans ce contexte d'invasion étrangère, que les Africains se lancent eux-mêmes dans l'agriculture industrielle en utilisant des engrais, des pesticides et du matériel moderne d'exploitation. En l'absence de grandes entreprises préexistantes telles que les puissantes coopératives françaises couvrant tous les aspects de l'agro-industrie du champ à l'usine, force leur fut de les créer de toutes pièces au travers de souscriptions d'actions : de véritables start up en fait, qui suivirent très vite l'arrivée des multinationales sur le marché de l'agriculture : dès 1999 par exemple, le Burkina Faso se dota de telles sociétés d'agrobusiness à capitaux africains. Mais c'est en Côte d'Ivoire que la souscription a atteint des sommets, par dizaines de milliards de F CFA (par dizaines de millions d'euros pour ceux qui  ne connaissent pas le CFA)

    On ne sait pas vraiment combien d'argent le public aisé de Côte d'Ivoire a mis au pot. Un premier rapport parlait de 22 milliards (soit une quarantaine de millions d'euros) Puis le chiffre de 100 milliards est sorti (plus de 180 millions d'euros tout de même), puis ce chiffre pour la seule plus importante des plus de 20 sociétés qui se sont lancées sur ce créneau dans le pays. Soit  Monhevea.com du groupe Agronomix, créé en 2014.

    C'est d'elle qu'est partie la foudre, sous la forme d'une alerte lancée par l'une des banques du groupes : elle voyait, a-t-elle dit, entrer les souscriptions des actionnaires mais ne voyait pas fonctionner le compte d'opérations. "C'est un système de Ponzi" hurlait le banquier : un système dans lequel l'opérateur paye les dividendes des premiers souscripteurs avec l'argent des derniers arrivants. "Christophe Yapi -le patron d'Agronomix- est notre Madoff -du nom d'un des plus grands escrocs de la bourse de New York" surenchérirent Ouattara et ses ministres concernés.

    Le gouvernement gela donc les comptes de l'ensemble des sociétés d'agrobusiness et entama une procédure de remboursement des actionnaires a minima. Peut-être pensait-il pouvoir ainsi grappiller au passage les millions des mutins (les comptes publics ivoiriens sont à sec) ?! Car tandis qu'il se lançait dans ces remboursements au compte goutte, il recherchait les actifs des sociétés. Ce qui n'est pas aisé sans l'accord des dites sociétés : où sont les parcelles, sont-elles achetées ou louées, le matériel appartient-il aux sociétés ou est-il acquis en leasing, où sont parties les récoltes, les entrepôts appartiennent-ils aux sociétés d'agrobusiness ? Etc., etc.

    Trop compliqué pour une administration qui doit en plus se confronter à la colère des souscripteurs dont beaucoup n'ont pas perdu confiance en leur placement. Des associations se sont créées, la plus importante étant bien entendu celle des souscripteurs d'Hevea.com. Et elles communiquent, râlent, font un bruit d'enfer. Christophe Yapi ne se laisse pas faire non plus, il a porté plainte contre l'Etat. Qui, de fait, a largement outrepassé et son rôle, et ses pouvoirs : il aurait dû lancer une enquête avant de bloquer les sociétés d'agrobusiness, voir si les accusations assez fantaisistes de Ponzi  tenaient la route. Car ces sociétés ont commencé à travailler, il y a des actifs que l'Etat recherche par ailleurs. Et on voit mal comment 22 sociétés auraient lancé la même arnaque en même temps, c'est inimaginable. D'autant que la principale, Agronomix, annonce 500 employés : à ne rien faire ? Les souscripteurs locaux ont pu visiter des champs cultivés près de chez eux et comme ils sont près de 70000 en tout, on voit mal autant de monde se faire avoir. En moins de trois ans en plus : comment demander à de toute jeunes entreprises des comptes de résultats de multinationales aguerries en si peu de temps ?!

    Bref, s'il y a entourloupe, elle n'est pas forcément là où on peut l'attendre. Je n'ai pas pu avoir accès aux actifs de Monhevea.com et pour cause : les dirigeants de la société ne vont pas fournir à un journaliste, aux fins de publications, les moyens de se faire plumer par l'Etat ivoirien ! Et je n'ai donc aucune certitude. Sauf une : tout a été bâclé dans ce dossier, aussi bien par l'Etat ivoirien (dont l'attitude laisse présager en plus des arrières pensées malsaines) que par les médias, y compris français : Ils se sont contentés de rapporter la thèse gouvernementale sans vérification et sans réflexion. Et aujourd'hui par les banques ivoiriennes : n'arrivant ni à rembourser les actionnaires, ni a mettre la main sur les actifs, l'Etat a missionné les banques pour ce faire : il demande aux banques, qui ont accepté, de dépouiller leurs clients ! Des banques qui savent très bien ce qu'il en est des investissements réalisés par les sociétés ivoiriennes d'agrobusiness et qui laissent ainsi penser qu'elles sont de mèche avec l'Etat pour se faire du gras sur le dos des dites sociétés et sur leurs actionnaires. L'alerte a-t-elle été seulement honnête ?

    Je ne crois guère a 22 Ponzi en même temps d'autant qu'il y a des actifs. Madoff n'en avait guère laissé. Je sais que les médias d'aujourd'hui, tant ivoiriens que français, ne savent plus enquêter et ne réfléchissent même plus. Mais les banques de la place et l'Etat jouant ensemble un rôle pour le moins étonnant, cela au moins aurait dû les interpeller. C'est cela qui m'a poussé à mettre les pieds dans le plat alors que j'attendais des informations sur les actifs qui ne sont pas venues. Et je ne sais pas ce que donnera l'avenir. Christophe Yapi a proposé début mai de rembourser lui-même ses actionnaires. Ouattara a refusé avec un prétexte nul : 1 million CFA (1500 €) se serait retrouvé sur le compte personnel d'un dirigeant d'Agronomix ! C'est laisser penser ainsi que l'Etat ivoirien soutient un autre objectif, inavouable, dans le cassage de l'agrobusiness de son pays

     

     


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  • En Côte d'Ivoire, tout va se jouer entre Nordistes

     

    Depuis la dernière élection présidentielle remportée par Ouattara mais avec un taux phénoménal d'abstention (les Nordistes, sûrs de gagner, ne se sont pas mobilisés tandis que l'électorat de Gbagbo et une grande partie de celui de Bédié ont boudé massivement les urnes), le pouvoir mis en place par les Français en Côte d'Ivoire ne peut plus tenir le pays.

    Il faut en effet, surtout en Afrique, que les gens respectent le dit pouvoir à défaut de l'admirer. Or cet énorme taux d'abstention a marqué Ouattara au fer rouge du discrédit. L'administration n'a plus peur, elle sait que ce pouvoir est chancelant. On a vu ainsi des juges relaxer Simonne, l'épouse de Gbagbo, mettant la CPI en portafaux total. Et, depuis l'élection, l'armée se rebelle à tour de bras. Sitôt une rébellion éteinte, une autre se soulève. Jusqu'à aujourd'hui où l'on peut dire que les rebelles tiennent plus de pays que l'armée régulière, obligée de battre en retraite à Bouaké, seconde ville du pays. On y a vu de fait des soldats rebelles munis de lance-roquettes dernier cri contre lesquels les engins blindés des soldats fidèles ne peuvent rien.

    Ouattara est en très mauvaise posture d'autant plus que son ami Sarkozy n'existe plus politiquement en France. Obama ne peut plus rien pour lui, la CIA ayant d'abord à tenter de survivre face à Trump avant de s'inquiéter de la "perle de l'Afrique"  L'ONU a changé de secrétaire général et les Russes ne laisseront plus les Occidentaux intervenir en Côte d'Ivoire avec l'aval de la "communauté internationale" Enfin, le nouveau président français ne peut pas se permettre, alors qu'il n'a pas encore de majorité, de marquer son arrivée par une intervention militaire en Afrique de l'ouest (ce serait contre des radicaux islamistes, ce serait autre chose) : l'armée française s'est contentée de prendre position autour des possession de Bolloré au port de San Pedro.

    Les rebelles le savent, d'où leur détermination. Car, militairement, le ramassis de "guérilléros"  qui constituaient les forces rebelles avant le débarquement de Gbagbo par la France, ne valait pas grand chose. Sans l'aide des Français et des forces de l'ONU, l'armée loyaliste ivoirienne aurait gagné la guerre civile : ce sont les hélicoptères français ainsi que les renseignements satellitaires qui ont inversé le cours de cette guerre, pas la détermination et la valeur guerrière des rebelles ! Il fallait d'ailleurs voir le "repli" des soldats de Ouattara à Bouaké pour comprendre que jamais cette armée ne sera capable de reprendre le pays aux rebelles. Avec lesquels il va falloir donc parler. Or ils viennent de signifier son renvoi à Ouattara : pas question de négocier !

    Dans l'état actuel des forces politiques, c'est le président de l'Assemblée nationale, Guillaume Soro, qui est le mieux placé pour emporter la mise. Bien que le domicile de son chef de cabinet ait été mis à sac (pour y piquer un stock d'armes !) il reste un chef de guerre craint par les soldats. Donc respecté... Et il fut le 1er ministre de Gbagbo qui ne s'entendit pas si mal que ça avec lui, de son propre aveu et bien que cette primature nordiste à lui imposée par Chirac (les accords de Marcoussis) l'ait obligé à composer avec des rebelles qu'il avait commencé à vaincre sur le terrain. Ce, tandis que les opposants, les "Forestiers" ou les Bantous, restent divisés. Certes, Bédié n'est plus suivi que par un quart au plus de ses électeurs, l'abstention l'a prouvé. Mais il existe toujours et appellera toujours à voter pour les Nordistes. Il ne peut faire autrement car, sinon, il n'existe plus.  Et les partisans de Gbagbo n'ont toujours pas de chef charismatique du niveau de leur leader naturel. Dans l'état actuel de l'opposition, on voit donc qu'elle n'est pas prête à reprendre le pouvoir. On comprend d'ailleurs pourquoi la CPI se ridiculise de plus en plus en gardant férocement un homme qui n'a rien d'un criminel de guerre ni d'un criminel contre l'humanité : les Français préfèrent tuer cette justice internationale qui  ne réunit ni les Etats Unis, ni les Russes, plutôt que de perdre la Côte d'Ivoire en le relâchant (car, lui, gagnerait une élection présidentielle ivoirienne haut la main)

    Voilà l'état des choses. Soro est rentré précipitamment à Abidjan car il a compris que c'était son heure. Tout réside maintenant dans sa capacité à faire partir ou non Ouattara. Avec l'aide évidente des rebelles ! "Ca aide", comme on peut le dire vulgairement... Si Ouattara démissionne, Soro sera son successeur à la fois institutionnel et légitime aux yeux des Nordistes. Si les Français interviennent quand même, alors ils se seront mis aussi les Nordistes à dos et le temps du pré carré sera compté. Gageons que, cette fois-ci, ils soutiendront Soro : eux aussi l'aideront !

    Bref, Ouattara a probablement vécu sa dernière année de règne puisque il est le descendant d'un roi : un roi défait par la remontée des Ashantis, remontée stoppée seulement par la colonisation : déjà, les Européens aidaient des Sahéliens contre les Bantous...

     

    Christian d'Alayer - 16 mai 2017


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  • Jeune Afrique continue à mentir à ses lecteurs

    Christian d'Alayer - 10 mai 2017

    Je pensais en avoir fini avec cette histoire, et bien non ! Après que son créateur, Béchir Ben Yahmed ait écrit que la croissance économique africaine était un leurre, Jeune Afrique  récidive en plus grave encore : "Le développement de l'Afrique, une illusion ?" ose-t-il mettre sur sa Une du 7 au 13 mai 2017. Alors, certes, le signataire n'est plus cette fois-ci Béchir en personne, mais un collaborateur. Lequel ne nie plus la croissance mais la répartition de ses fruits : tout le monde n'en profite pas, écrit-il en substance. Avec, encore, un énorme mensonge en page 23 : pour tenter de prouver que la croissance économique n'a pas été à la hauteur de la croissance démographique, ce "journaleux" ose comparer une courbe en milliards d'habitant à une courbe en pourcentages ! Une aberration totale en matière de statistiques mais bon, quand on a tort et qu'on veut absolument prouver qu'on a raison, tout est bon.  Alors pour ceux qui doutent encore après avoir lu Jeune Afrique, voici les vrais chiffres, extraits des statistiques en ligne de la CNUCED. Vous voyez que la croissance économique africaine est très supérieure à sa croissance démographique depuis 2000 !

    Mais seuls les riches en profitent, écrit en substance l'auteur, citant le Maroc en exemple. Le pays du Makhzen, de la corruption généralisée et institutionnalisée en une pyramide presque parfaite !  Mais bon, peu importe. J'ai déjà et à de nombreuses reprises souligné que le développement passait par une nécessaire accumulation de capital, surtout en Afrique où la croissance est obtenue en la quasi absence d'investissements étrangers (Jeune Afrique sous-titre pourtant "Un continent devenu capital-amical" !) Le phénomène a été, est et restera universel : avant de pouvoir répartir mieux la richesse produite, il faut constituer le capital nécessaire, les locaux, les machines, les moyens de transport, etc.  On n'est pas en Occident où les entreprises n'investissent plus et s'adonnent à un jeu de baisse des coûts salariaux au profit des actionnaires. Lesquels ne savent plus très bien où placer leur argent dont les montants dépassent de loin leurs capacités consommatrices. Alors le journaleux écrit que les salariés ont un téléphone mobile mais pas d'assurance ni de pension de retraite. Je lui rétorque que les salariés en Afrique représentent moins de 20% de la population active dans le continent aux plus forts taux d'entreprenariat et d'autofinancement du monde. Le mec écrit pourtant du Maroc où ses patrons l'ont envoyé enquêter. Sans doute n'a-t-il pas été hanter les faubourgs des grandes villes voir la cohorte d'artisans en tous genres stockant leurs productions sur leurs pas de porte ?!

    Pour ceux que le débat intéresse (Jeune Afrique feint d'en faire un débat...), je leur conseille vivement de consulter mon blog (dalayer.kazeo.com) où se trouvent tous les articles que j'ai écrit sur la question ainsi que mon livre, "Un crime médiatique contre l'Afrique", dans lequel je démontrais que le continent était à la veille du décollage et non à la dérive. Tout dernièrement, il peuvent aussi acheter NewAfrican dans lequel j'ai publié une opinion : "Pour en finir avec l'Afro-pessimisme"

    Car pour moi il n'y a pas lieu à débat, les chiffres sont incontestables, la réalité sur le terrain est visible et seuls, en fait, les intellectuels africains émigrés continuent à déverser leur bile auprès des médias occidentaux qui se régalent de leurs aigreurs.  Sans doute feraient-ils mieux de râler contre le monopole aérien d'Air France ou contre le néocolonialisme français dans ce qu'il continue à estimer être son "pré carré" Mais non, ils préfèrent alimenter les Occidentaux dans ce qui reste du racisme, du vrai. Car caché, vilipendé en public et en parole. Mais pas en actes : le Bénin vient d'ailleurs de refuser un "don" de la France, des vieux outils médicaux dont les médecins africains n'ont plus l'utilité depuis au moins 10 ans ! C'est exactement comme ces braves "bobo" qui donnent des fripes délavées à Emmaüs, une association d'insertion des SDF en France ! Et bien les articles de Jeune Afrique sont du même acabit, honteux !

    Taux de croissance comparées démographique et économique en Afrique de 2000 à 2015

    Source : CNUCED, statistique en ligne disponible gratuitement

    Régions

    2000

    2005

    2010

    2015

    % 2000-2015

    Croissance éco.

    2000-2015

    Afrique orientale

    251793

    288763

    331647

    393376

    3,7%/an

    5,5%/an

    Afrique centrale

    96113

    111913

    130598

    151952

    3,9%/an

    5,37%/an

    Afrique septentrionale

    178584

    195017

    213773

    223892

    1,7%/an

    3,5%/an

    Afrique australe

    51451

    55274

    59067

    62634

    1,4%/an

    2,9%/an

    Afrique occidentale

    235235

    268498

    307982

    353224

    3,3%/an

    5,9%/an

    Total Afrique

    813176

    919465

    1043067

    1185078

    3%/an

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  • Laurant Gbagbo honteusement chassé du pouvoir ivoirien par Sarkozy et la FranceAfrique avait en fait gagné les élections et n'aurait jamais dû se retrouver à la CPI : ce sont Sarkozy et Ouattara qui devraient aujourd'hui répondre de leurs méfaits devant les juges internationaux qui, aujourd'hui, se déshonorent tout autant que les successeurs de Sarkozy en France (Hollande et aujourd'hui Macron) Lisez bien le texte qui suit, il prouve indéniablement que Gbagbo avait bien gagné...

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