• 2- L'inexorable travail du temps

    Pour une Renaissance de l’Humanisme

     

    Inventer la civilisation de l’abondance

     

    2- L’inexorable travail du temps

     

     

    Dans l’article précédant, un spécialiste vous a expliqué que les obligations, soit un prêt à une entreprise ou à une collectivité publique, prêt rémunéré par un taux d’intérêt annoncé par le prêteur, étaient aujourd’hui préférables aux actions, soit l’achat d’une part d’une entreprise (ça n’existe pas pour les collectivités publiques !) avec tous les avantages et inconvénients de la chose : part de bénéfices quand l’entreprise en dégage ainsi qu’augmentation de la valeur des parts quand la valeur de l’entreprise augmente, mais aussi aucune part de bénéfice, voire même appel à augmentation de capital quand l’entreprise est en déficit et, dans ce cas bien entendu, baisse, voire effondrement de la valeur des parts du capital de la dite entreprise.

     

    Pierre Mascomer avait calculé que, sur 30 ans (les 30 dernières années), les rendements des obligations avaient été supérieurs à ceux des actions, valeur en bourse incluse ; que, sur les 50 dernières années, les rendements avaient été comparables ; et qu’il fallait attendre un siècle pour que la comparaison soit favorable aux actions. Ce, en tenant compte bien évidemment de la « sicavisation » des actions et obligations, soit la mise en portefeuille d’un nombre croissant, jusqu’à devenir inimaginable, des objets financiers mis en vente.

     

    Pour un « Golden Boy », cette découverte voulait dire qu’il fallait attendre un siècle pour que le rendement des actions soit supérieur à celui des obligations et que, de ce fait, les placements des sociétés de retraite complémentaire, effectués presqu’à moitié en actions, avaient été des erreurs monumentales.

    Pierre Mascomer n’a pas tort à cet égard : les institutions françaises de retraite complémentaire ont bel et bien investi de manière irréfléchie et leurs problèmes actuels ne viennent pas de l’augmentation rapide du nombre de retraités mais bel et bien d’une erreur de jugement sur leurs placements. Quant à Mascomer, c’est, à mon avis, sur les conclusions qu’il tire de ses chiffres qu’il a tort : les actions ne sont pas rentables qu’à partir de 100 ans, bien évidemment. Sinon personne n’aurait investi en bourse ! En fait, il y a 100 ans et bien avant, les gens riches avaient pariés sur le développement de marchés en formation (train, acier, plastiques, etc.) Et ils firent des fortunes quand les entreprises dans lesquelles ils avaient placé leur argent sous forme d’actions, non seulement gagnèrent beaucoup d’argent dont ils distribuèrent une partie notable à leurs actionnaires, mais gagnèrent aussi beaucoup en valeur, le nombre de gens voulant, eux aussi, toucher ces dividendes fastueux dépassant largement le nombre d’heureux gagnants souhaitant réaliser un bénéfice supplémentaire en vendant leurs actions.

     

    Puis les marchés fabuleux de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle, avec des progressions annuelles dont nous n’avons même plus le souvenir (les Chinois, eux, s’en délectent aujourd’hui), s’effritèrent. Les « classes moyennes » surgirent avec leurs corollaires de « séries limitées » et de « happy fiew » censés capter la clientèle de ces « cadres » moyennement enrichis. Après la 2e guerre mondiale et les « 30 Glorieuses » portant à l’apogée les dites classes moyennes, les vrais riches réagirent avec Mrs Thatcher et Mr Reagan, imposant 30 années de régression sociale au profit des dits vrais riches. L’Occident, en fait, commençait à décroître car, dans le même temps, l’Asie recueillait, via des coûts industriels très bas, l’essentiel des fabrications de très grandes séries, celles qui permettent de vendre à bas prix tout en gagnant beaucoup d’argent, comme au 19e siècle en Occident !

     

    En Occident par contre, nous nous engageâmes dans une sorte de société monstrueuse, une majorité de nantis vivant mieux du fait de la soumission d’une minorité de paumés acceptant les pires boulots aux prix les plus bas pour survivre. Ce fut comme une renaissance de l’esclavage, acceptée inconsciemment par les classes moyennes qui en profitaient et en profitent toujours (voir les emplois domestiques !) Le tout agrémenté, on se demande pourquoi (en fait, une conséquence logique du formidable lobby militaro industriel occidental), d’un esprit militariste exacerbé. Notez à cet égard qu’après les très beaux films de Spielberg sur les extra-terrestres, soit « Rencontre du 3e type » et « E.T. », les studios d’Hollywood n’enregistrèrent plus que des horreurs sur les « Aliens » : la série « Aliens » bien sûr et pour commencer, plus une ribambelle de films montrant l’espace sous un angle des plus dangereux. « Independance Day » et « La Guerre des Mondes » font partie de ce nouvel axe culturel, parmi des dizaines et des dizaines d’autres films de moindre envergure mais de finalité identique. Le tout accompagna un extraordinaire déploiement militaire occidental, tant en Europe de l’Est que, surtout, en Asie, sans compter les implications américano-françaises, tues par des médias aux ordres mais évidentes, dans les conflits africains.

     

    Bref, l’Occident, « notre » Occident, tout en se couchant économiquement devant l’Asie pour des profits immédiats, se mua en méchant gent d’arme pour tenter de dire à tous les bouseux du Monde que l’axe New York-Londres-Berlin-Paris restait prépondérant dans le dit Monde. Sans que cela, vous l’aurez très certainement remarqué, ne remue ne serait-ce qu’un cil de la tête de la secrétaire du dirigeant chinois le moins gradé de Pékin. Ni la Chine, de fait,  ni l’Inde ne s’occupèrent de nos démêlées avec l’Afghanistan ou l’Iran. Comme ils nous laissent nous démerder au proche Orient entre un Israël « sur de lui et dominateur » (le général de Gaulle était vraiment un visionnaire !) et des factions palestiniennes antagonistes. Notre image de marque est de ce fait monstrueuse, accentuant notre déclin dans le Monde.

     

    Et c’est cela que prouvent les statistiques de Pierre Mascomer : depuis 30 ans, les obligations –des prêts sans risque, donc- rapportent plus que les actions, en déroute depuis un ans mais sous pression depuis longtemps ; depuis 50 ans et l’avènement des séries limitées et chères, phénomène compensé par les rapprochements d’entreprises et les délocalisations, les investissements en obligations ont un rendement identique à celui des investissement en actions ; et il faut remonter à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle pour trouver des rendements globalement supérieurs des actions face aux rendements globaux des obligations. A des époques où c’est l’Occident qui créait les grandes séries et les prix bas des dites grandes séries…

     

    En fait, le travail du temps nous écrase, nous les Humains. Nous croyons maîtriser notre destin alors que celui-ci nous est toujours dicté par des lois que nous ne maîtrisons pas. Au 13e siècle, quand les Portugais se mirent à parcourir le Monde avec leur navire, les Arabo-Turcs, dominant à l’époque, étaient bien meilleurs marins qu’eux. Mais ils manquaient de bois, la civilisation Arabe puis Turco-Mongole étant issue des steppes, arrêtée plus par les forêts d’Europe de l’ouest que par les lourds chevaliers occidentaux : manque de pâturages… En avons-nous conscience ? Nous avons pu nous emparer du commerce est-ouest (la route de la soie) par les mers uniquement parce que la civilisation dominante de l’époque manquait de bois… Qui le sait ? Je n’ai en tout cas jamais lu cette explication sous une plume francophone, CQFD ! 

     

    CQFD aussi de notre domination sur le Monde : elle ne fut pas que maritime, bien sûr, notre très grande –et toute nouvelle- technicité en matière d’armement jouant bien entendu un rôle certain. C’est ainsi que la poudre, inventée par les Chinois à des fins festives (les feux d’artifices), fut immédiatement transformée en arme de destruction foudroyante par nos sociétés dites médiévales : le canon et le mousquet affirmèrent notre supériorité une fois que nos nouveaux navires nous permirent de les transporter au bout du Monde. Et c’est ainsi qu’en deux siècles, l’Occident dépassa l’Orient avant de le vaincre une fois pour toute au début du 20e siècle, à l’issue de la 1ere guerre mondiale.

     

    1918-2008, moins d’un siècle plus tard l’Asie se rappelle à notre bon souvenir : le péril jaune n’est pas militaire mais économique. C’est extrêmement rapide pour des humains, même si ceux-ci ont aujourd’hui une espérance de vie doublée, voire plus, par rapport à celle dont ils bénéficiaient il y a un siècle. Rome a dominé le Monde Occidental pendant près de mille ans tandis que la Chine dominait l’Asie centrale pendant plus de deux millénaires et demi. Les Arabo-Turco-Mongols ont ensuite régné sur le Monde, exception faite de son appendice le plus occidental, pendant plus d’un demi millénaire. La marine occidentale, les fameuses « cannonières », s’est imposée après tout au long de…moins d’un demi millénaire. Et, aujourd’hui, l’Orient revient en force sur la seule vertu de ses centaines de millions de consommateurs. Il y a bel et bien accélération de l’Histoire, mais pas du tout comme l’imaginait cet abruti de Fukuyama, vers une « fin de l’histoire » américano-libérale : les Etats-Unis ne sont d’ores et déjà plus que des partenaires importants du monde, plus des dominateurs (leurs échecs militaires tant au Vietnam qu’en Irak sont irréversibles) ; et les libéraux vivent sans doute leurs dernières « grandes années » avant que la défense élitiste de l’environnement puis, de manière plus prégnante, les populations, n’imposent un retour cette fois-ci irréversible des Etats dans la conduite de l’économie, des sociétés et des cultures (pour les défendre)

     

    C’est pour cela d’ailleurs que nous assistons à des monstrueux extrêmes en matière d’auto-dévolution de revenus : on ne va à l’extrême, en la matière, que lorsqu’on croit le temps des faveurs révolus. Sinon, on cherche plutôt à passer inaperçu. Là, on est dans le « plus vite empoché, plus vite enrichi, plus vite disparu » Autrement dit, les extrémistes du fric n’ont aucune intention de rester longtemps dans les pays qui les ont enrichis et préfèrent, image à mon avis assez bonne, s’emmerder richement en Suisse plutôt que de vivre intensément mais pas riche en France. Imaginez à cet égard un Johnny Halliday obligé de passer plus de six mois par an entre Lausanne et Genève, à moins d’avoir passé un accord secret avec le fisc français –c’est possible sous Sarkozy-, pour éviter d’être imposé à la française ! Vus les accords de fait passés depuis des lustres entre la France et la Suisse, je pense d’ailleurs que les très riches peuvent passer le temps qu’ils veulent où ils le veulent, les fiscs de tous les pays leurs déroulant le tapis rouge sans que vous en sachiez le moindre mot. Voyez à cet égard le sort que l’Europe du G20 a fait à la proposition obamesque d’une guerre aux paradis fiscaux : la « liste noire » mise au point par les Européens est d’une indigence totale. La Suisse, par exemple, n’est que grise (pas de guerre) et des places de toute évidence plus que suspectes échappent également aux foudres du contrôle onusien, étant placée également en zone pas tout-à-fait noire : Luxembourg, Panama et j’en passe ne feront donc pas l’objet d’une interdiction bancaire totale comme l’exigeait le président américain, décidément bien moins pourri que nos élus européens.

     

    Pourtant, la civilisation de l’abondance exige le partage, qu’on peut imaginer intelligent pour ne pas tomber dans l’uniformité, et donc la fin définitive des paradis fiscaux. C’est évident pour n’importe quel humain doué d’un peu de raison. Ce que sont, sans aucun doute, nos élus européens. Lesquels prouvent donc, en refusant de combattre ces dits paradis fiscaux, qu’ils refusent toute évolution qui les priverait, ainsi que leurs amis, de leurs avantages élitistes. Je signale à cet égard à mes lecteurs, qu’à ce jour, 18 mai 2009, les sondages donnent en France, sur le scrutin européen, l’UMP en tête avec 27% des suffrages exprimés, suivie par le PS avec 22% des dits suffrages, puis 14% pour les Verts et 12% pour le Modem de Bayrou. Soit 75% de votants potentiels pour une Europe libérale et écologique (vous noterez d’ailleurs que les libéraux sont beaucoup plus écolo que les gens de gauche) contre 25% contre entre la droite gaulliste (Dupont-Aigan), l’extrême droite et l’extrême gauche (pour laquelle je vais voter : le Front de gauche de Mélanchon et du PC)

     

    Bref, avant d’imaginer la civilisation de l’abondance, encore faut-il repérer le camp de ceux qui sont capables d’inventer cette civilisation. De tout évidence, il ne s’agira pas des énarques du PS ni de ceux, accrus des notables locaux, de l’UMP, tous élitistes à un point que vous ne pouvez imaginez (ils sont prêts au meurtre pour maintenir leurs avantages) Ne comptez pas non plus sur les Verts : voyez leurs leaders dans cette élection et demandez vous pourquoi les mêmes, toujours les mêmes, sont à la recherche des caméras des télévisions… Bref, il ne vous reste que ce que vous pensez être des perdants, donc en refusant de voter pour eux, à véritablement refuser le monde que nous préparent ces salopards. Il vous faut donc, pour préparer la civilisation de l’abondance, commencer par être humble, très humble. Et à voter donc pour les perdants afin que ceux-ci deviennent très rapidement des gagnants possibles, puis des gagnants probables, puis des gagnants assurés. Voulez-vous à cet égard une extrême droite encore plus élitiste que les minables qui nous gouvernent ? Vous savez, le Chef et ses sbires face à des administrés enregimentés par la propagande. Je n’invente rien, l’Allemagne et l’Italie ont montré comment ça pouvait arriver.

     

    Il ne peut donc s’agir que des perdants démocrates, à choisir entre Saint-Aignan et le Front de gauche (le NPA de Besancenot est tout sauf démocrate : c’est un partisan actif de la minorité agissante et il faut donc l’obliger à rejoindre la vraie gauche démocratique et, donc, à abandonner son élitisme) Que vous soyez de droite donc, partisan du maintien du marché totalement libre au sein d’une France douée d’un Etat fort contrôlant ce marché libre, ou de gauche, partisan d’un Etat fort maîtrisant le marché au sein d’une communauté française refusant l’européanisme libérale, vous n’avez donc réellement et en ce mois de mai 2009, que 2 choix : Saint-Aignan ou le Front de Gauche (et je vous ai dit que je voterai pour ma part pour le Front de Gauche tout en ayant beaucoup d’estime pour Saint-Aignan)

     

     


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