• 21- La musique ne doit pas adoucir les moeurs, suite

    Pour une renaissance de l’humanisme<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p>

    Article 21<o:p></o:p>

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    La musique ne doit pas adoucir les mœurs – suite<o:p></o:p>

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    Bonjour ! A ceux qui, toujours, viennent ici pour le marxisme : voyez deux articles avant celui-ci, toujours dans la rubrique Pour une renaissance de l’humanisme. Car je m’appesantis ci-après sur le problème de la culture, jadis élément essentiel dans l’évolution des mœurs et des habitudes sociales, aujourd’hui confinée dans une désolante mais très commerciale stérilité. Cherchons à présent à savoir comment les marchands de soupe ont pu occuper pratiquement tout l’espace culturel de l’Occident…

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    Il faut que je vous parle prioritairement ici de la diffusion. Vous pouvez « produire » tout ce que vous voudrez, vous n’atteindrez pas le grand public si un diffuseur ne met pas votre œuvre à la portée du grand public : vous écrivez un livre, vous enregistrez un CD, vous tournez un film, vous peignez un tableau, qu’elle soit géniale, médiocre ou même nulle, la dite œuvre doit d’abord plaire à ceux qui seront chargés de la commercialiser. Qui sont donc ces « ceux qui seront chargés de la commercialiser » ? Des marchands de soupe, justement, de ceux qu’on présente faussement comme « pouvant même vendre leur mère si ça peut leur rapporter de l’argent » En fait, les commerciaux sont comme tout le monde, c’est à dire paresseux. Ils veulent gagner le maximum d’argent dans le minimum de temps et en dépensant le minimum d’énergie. C’est très matérialiste, sachant en outre qu’on n’a pas affaire ici à de puissants intellectuels : un commercial à plein de qualités, notamment au niveau du contact humain, mais en général il ne sort ni d’une fac de lettres, ni d’une école de cinéma, ni des Beaux Arts. Ou s’il en sort, « il a oublié »,  comme dirait Brel (dans la chanson Ces gens là).

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    On a, certes, besoin de ce type de comportements quand on veut vivre de son œuvre. A condition toutefois que les commerciaux soient « tenus », c’est-à-dire empêchés de peser sur le contenu des œuvres d’une part, obligés de vendre aussi les œuvres à priori difficiles d’autre part. Malheureusement, l’évolution des arts et des lettres lors des dernières décennies n’a pas été dans ce sens. Commençons par la presse qui a « décroché » la première (et qui, aujourd’hui en pâti terriblement, ayant de la pub mais de moins en moins de lecteurs) : dans l’après guerre, elle était encore dirigée par des journalistes, la dite presse. Puis elle est tombée aux mains de financiers (Bouygues, Hachette, les frères Roux, etc.) et, en moins de temps presque qu’il ne faut pour l’écrire, les commerciaux, ceux qui rapportent du fric, se sont retrouvés au pinacle. Dans le même temps, les patrons financiers effectuaient des coupes claires dans les effectifs des producteurs pour réduire les coûts : plus de rentrées, moins de sorties, plus de marges, CQFD ! Et on a aujourd’hui une création totalement dévalorisée (des petits jeunes pas formés et sous payés), une presse qui vit le nez collé sur les indices publicitaires et des lecteurs et auditeurs qui se barrent à grande vitesse. Vous remarquerez à cet égard que les médias ne parlent plus que de « parts de marché » quand ils évoquent la réussite ou l’échec d’émissions ou de « formules » (pour la presse écrite). Sachez sur ce plan que ce terme cache une gigantesque baisse d’audience : 50% de « parts de marché » d’une émission dans les années 1970, ça signifiait pratiquement 20 millions de téléspectateur. Aujourd’hui, ça n’en représente même plus 10 millions… Voyez, toujours à cet égard, la pauvreté des scénarii dans les séries françaises : les producteurs ont tellement pris l’habitude de « pisser à la raie » des auteurs qu’ils ne prennent plus que des sous-fifres acceptant des rémunérations de misère. Ils en ont pour leur argent mais je vous rappelle qu’on n’a pas affaire à de grands intello : pour eux, « BHL » est le nec plus ultra de la philo !

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    Ce qui s’est passé dans la presse s’est passé aussi, avec quelques années de retard, dans tout le domaine artistique : voyez d’abord la peinture. Autrefois, c’étaient des marchands amoureux des tableaux qu’ils vendaient qui faisaient la loi. Un Durand Ruel, par exemple, fit deux fois faillite avant d’imposer les impressionnistes au grand public, après un détour aux Etats Unis (on était au 19e siècle, c'était pas rien, le dit détour). Aujourd’hui, les marchands et les galeries (qui lancèrent les peintres modernes) n’existent plus ou pratiquement plus, supplantés par les salles des ventes. Qui appartiennent à présent à…des financiers (Christy’s et Soteby’s par exemple au milliardaire Pinault). Lesquels ne prennent et ne prendront bien entendu pas les risques d’un Durand Ruel. Ils ne sont pas « amoureux », les financiers, mais « avisés » Ce qui veut dire qu’il ne feront rien pour booster telle ou telle peinture si celle-ci n’est pas, à priori, susceptible de leur rapporter du fric (via la commission des vendeurs, commission dégressive en fonction du prix de vente obtenu mais de toute façon confortable). Ce type de comportement ferme le marché aux trublions. Lesquels, la plupart du temps, finissent soit par faire du « commercial », soit se lancent dans l’hermétisme puisque l’Etat, en tout cas français, a crû bon de financer cette seule partie de l’art en pensant qu’il soutenait ainsi les trublions. Pas mal, non !?

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    Voyez maintenant les livres. Autrefois, c’était les éditeurs, souvent libraires ou imprimeurs, qui soutenaient (ou pas) les auteurs. Jules Vallès fut ainsi porté à bout de bras par son imprimeur sans lequel il n’aurait jamais connu l’immense succès qu’il finit par remporter (des centaines de milliers d’exemplaires vendus, à l’époque, de chacun des trois tomes de sa fameuse trilogie, L’Enfant, Le Bachelier et L’Insurgé). Aujourd’hui, on a, certes et toujours, des éditeurs, mais surtout des diffuseurs. En fait, un diffuseur principal plus quelques minus habens vivant des miettes d’Hachette. Plus, ça vient de paraître, quelques grands distributeurs qui, pour l’instant, ne font que de la distribution. Mais ils feront aussi –ça commence- de la production et de la promotion : pas la peine de vous expliquer ce que donne la production littéraire de marchands de soupe ! Exit Jules Vallès, vivent les Poivre d’Arvor de tous poils, jusqu’aux vedettes de la télé, du cinéma ou de la politique qui font appel à des « Nègres ». Les petits éditeurs se spécialisent dans les quelques créneaux laissés libres par cette véritable maffia (Hachette tient l’édition, la diffusion et la presse qui dit du bien ou du mal des œuvres) ou vivotent misérablement en ne payant pas leurs auteurs (notez que, hors quelques rares « grandes plumes », les grands éditeurs ne payent pas non plus leurs auteurs, une honte qui n’a pour l’instant intéressé aucun politique : ça n'est pas pénalisé, ça reste du ressort du droit commercial). Bref, le marketing est superbe, les commerciaux portent beau et on n’a pratiquement plus que de la merde à se mettre sous les yeux ! S’il n’y avait pas Harry Potter (longtemps refusé par les financiers-éditeurs, d'ailleurs), les statistiques des dits éditeurs seraient en berne depuis belle lurette. Mais plutôt crever que de redonner le pouvoir aux amoureux des belles lettres ! A ma connaissance, ça ne s’est produit qu’une fois en Occident, ce retour des intello au pouvoir : quand l’ensemble AOL-Time Warner s’est cassé la gueule en bourse. Les petits génies des « tuyaux » (l’informatique hard et soft) qui avaient supplanté les intellectuels de Time Warner, ces salauds de dépensiers, on voulu gérer eux-mêmes la production culturelle : personne ou presque n’a payé pour aller voir la merde qu’ils avaient mise dans leurs fameux tuyaux et il a bien fallu redonner le pouvoir aux intellectuels de Time Warner après que le cours de l'action se soit effondré…

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    Même topo pour le cinéma : aucune chance pour votre petite entreprise si elle n’est pas prise en charge par les grands distributeurs comme Gaumont en France (totalement aux mains de financiers purs et durs). Et, in fine, seules les productions des grands producteurs, MGM, Paramount, United Artists par exemple, ont la chance d’être diffusées simultanément dans un très grand nombre de salles : aucun risque avec leurs superproductions s’appuyant sur des vedettes archi connues, les fameux « people » dont on vous rabache le crâne à longueur de journée (de la merde mais avec le maximum de pipeau).

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    Bref, vous voyez bien que la création, dans ce schmilblick, n’a plus du tout la primauté. On est tombé si bas que c’est Disneyland, oui Msieurs-Dames !, qui a relancé l’intérêt de la gastronomie auprès des petits enfants du monde entier (avec Ratatouille), enfants pas mal abîmés (l’obésité) par le fast food. Chez nous, ce sont les restaurateurs eux-mêmes qui tentent, plutôt mal que bien car ce n’est pas leur métier, de faire le boulot avec des « semaines du goût » ou « journées » de produits et tutti quanti, vaguement (très vaguement) relayés par des médias qui s’en foutent car ça ne leur rapporte pas de fric. « C’est l’horreur ! », allez-vous me dire avant de penser à autre chose. Ouaip, mesdemoiselles, mesdames et messieurs, c’est l’horreur. Mais soigneusement cachée par des médias totalement aux ordres des annonceurs dont les diffuseurs. La critique –qui était, il est vraie, devenue délétère sur la fin- n’existe plus et tout est toujours beau quand ça a coûté des sous aux multinationales pour le produire. Ils ne parlent bien entendu pas ou presque pas du tout des « petites » productions, toujours parce que ça ne rapporte rien. C’est ça la primauté du commercial dans le domaine des arts et des lettres, pas autre chose. Avec l’appui total de financiers qui ne sont pas mécontents, au passage, d’avoir, en prime, renvoyé la vraie contestation dans les limbes. Ce qu’il y a de fou c’est que ces merdeux, en plus, se présentent comme des défenseurs des arts et des lettres dont ils « collectionnent » les productions les plus hermétiques qu’ils présentent ensuite dans un musée à de rares élites plus en pamoison devant le propriétaire que devant les œuvres elles-mêmes. Ca pue…<o:p></o:p>


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