• Pourquoi existe-t-il si peu de leaders en Islam ?

    Christian d’Alayer – 25 mars 2016

     

    Lorsqu’Hassan 2, père de l’actuel roi du Maroc et Commandeur des croyants, décrète la « Marche Verte » en 1975 pour signifier à l’Espagne que le Sahara occidental est marocain, il n’a guère de mal à mobiliser les 350 000 personnes nécessaire à sa démonstration de force. Et quand, fin 1978, Khomeiny appelle les foules iraniennes à renverser le Shah, c’est par millions que répondent « présent » les fidèles de l’ayatollah. Longtemps avant, en 1956, Nasser avait électrisé les foules et, via la Russie s’interposant, obligé les Français et les Anglais à retirer les troupes qui avaient été envoyées tant pour reprendre le contrôle du Canal de Suez que pour faire rentrer l’Egypte dans le giron occidental. Feu Kadhafi avait aussi séduit, au-delà des Musulmans d’Afrique, des millions d’autres continentaux au point, très certainement, d’attirer les foudres d’un Etat français ne se résignant pas à laisser son air d’influence disparaître sans combattre. Mais peu d’homme (ne parlons même pas de femme en Islam !) ont en fait pu mener les foules musulmanes et encore moins les réformer durablement, du moins depuis les grands ancêtres, à commencer par le prophète Mohamed. C’est qu’on est sudiste, ici, donc clanique et fort en gueule. Le pourtour de la Méditerranée est peuplé d’humains civilisés depuis plus longtemps que la plupart des autres peuples et, de ce fait, peu faciles à manipuler. Hors les paysans non développés et plus à même d’être entraînés dans de grandes aventures telles les hordes napoléoniennes, les grands discours se heurtent toujours à beaucoup plus de scepticisme qu’on ne le croit au nord de « Mare Nostrum » Tenez, Alger s’est piquée de réformes féministes et a donc accueilli dans les rangs de sa Police des jeunes femmes préposées d’abord à des tâches volontiers délaissées par leurs collègues mâles. Dont la circulation. Un cauchemar ! J’ai vu ces pauvres femmes tenter même d’arrêter une file de voiture pour laisser passer une autre file. Un homme aurait déjà eu du mal dans ce pays de durs à cuire. Mais une femme ! Marseille est censée être la ville des magouilles. Un cousin aujourd’hui décédé et qui fut chef d’agence bancaire dans cette cité m’avait raconté qu’il voyait des hommes d’affaire lui présenter des dossiers en béton auxquels il était prêt à souscrire les yeux fermés. Jusqu’au moment où il s’apercevait qu’une infime magouille avait été glissée dans le projet : l’homme d’affaire n’avait pas pu résister ! Et bien le sud de la Méditerranée, c’est la même chose en plus fort. Parce qu’il faut forcément mêler un chef de clan à son affaire, parce que l’initiateur se méfie des autres (souvent à juste titre, notamment vis-à-vis des pots de vin) ou tout bêtement par habitude. Vous voyez, vous, un être capable de transcender ces vies compliquées en les amenant à converger vers un but unique et commun ?! La culture donc des peuples de la Méditerranée ne se prête pas bien à l’avènement de quelques nouveaux messies. Khomeiny et son successeur n’ont pu s’imposer que grâce et aux commerçants traditionnalistes des souks et, surtout, aux campagnes encore plus traditionnalistes et plus religieuses. Les Commandeurs des croyants marocains sont aussi rois et puissants rois, toujours dépositaires de redoutables pouvoirs au sein d’une société terriblement hiérarchisée par le système corrompu du Makhzen (système pyramidale de corruption) Nasser embrassait l’immense manteau de la volonté de revanche de populations jadis maîtresses du monde puis colonisées. Tout comme Kadhafi… C’est dans ce contexte que les Wahhabites saoudiens ont pu déverser leur poison non pas dans les têtes des masses musulmanes, mais dans celles, déjantées d’immigrés maghrébins de 2e générations rejetés par le système scolaire et ayant préalablement versé dans la délinquance (la prison s’avérant le lien commun à tous les terroristes recensés) Ils l’imposèrent par ailleurs dans les pays conquis par leurs soldats d’autant plus facilement que le pouvoir mis en place à Bagdad rejetait les Sunnites dans une opposition forcément armée et que les Occidentaux cherchèrent par ailleurs à abattre le nassérien Assad en Syrie. Mais je doute que ce salafisme ait aussi pénétré l’âme des Sunnites ainsi libérés du joug de pouvoirs centraux honnis. Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse, dit le dicton français. Qu’importent les contingences pourvu qu’on ait l’argent et les armes, pourraient dire les généraux de Saddam Hussein renvoyés dans leurs foyers sans soldes mais avec troupes, armes et bagages ! Faut-il donc, pour combattre ce wahhabisme, faire surgir une nouvelle et grande figure de l’Islam appelant cette fois-ci à un Djihad contre les…djihadistes ? Outre le fait qu’on n’en trouvera pas, son besoin ne me paraît pas essentiel : les foules musulmanes de partout ne sont pas salafistes. Point n’est besoin de les immuniser contre la doctrine folle de bédouins qu’elles exècrent en grande majorité. Les Musulmans aiment la culture et, pour eux, l’Egypte a été et reste encore le « phare » Il suffit de combattre…l’Arabie saoudite et encore mieux car ça n’entraîne pas de morts, le pétrole. Supprimez l’importance du pétrole dans le monde et, pfffuit, l’influence wahhabite s’évapore avec leur argent. Le bon discours à tenir en Europe est donc un discours violemment anti-saoudien, que cela plaise ou non à nos élites corrompues par le fric. Et les foules musulmanes se feront un plaisir d’en rajouter ! Mais que demander à des dirigeants européens qui ont mis à leur tête l’ancien premier ministre d’un paradis fiscal ? Ils préfèrent encore que prolifère la doctrine qui enfante terroristes après terroristes. Et puis l’OTAN les en empêche aussi : on ne cogne pas sur un allié essentiel des Américains, non mais des fois ! Et voilà pourquoi, Mesdames et Messieurs, le terrorisme en Europe n’est pas prêt de finir…


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  • Les salaires des Africains ou le piège des statistiques

    Bas salaires et salaires minimums élevés. Allez comprendre ! C’est simple en fait, la réalité est ailleurs…

    Christian d’Alayer – 1er mars 2016

     

    Investisseurs étrangers, si vous regardez les statistiques des salaires en Afrique, vous devez impérativement dépenser votre argent sur ce continent : c’est en effet là où les salaires ont le moins évolué de tous les pays en développement depuis 1999. C’est également là où se trouvent les plus importants gains de productivité du monde. Et c’est là également que vous trouverez les plus grandes réserves mondiales de ruraux fraîchement urbanisés et donc prêts à accepter les salaires les plus bas…

     

    Mais vous y trouverez aussi des législations plus contraignantes qu’ailleurs et, notamment, des salaires minima imposés dans les 3/5e des pays, voyez le tableau 1 : vous frôlez les bas salaires chinois dans des pays qui sont loin d’avoir atteint le niveau de développement de villes comme Pékin ou Singapour !

     

    Tout cela ne veut rien dire en fait : d’abord et point le plus important, il n’y a qu’un quart de la population subsaharienne qui soit salarié (tableau 3) et tout juste un peu plus de la moitié en Afrique du nord. C’est qu’en Afrique, il y a encore 50% de la population qui est rurale tandis que les entreprises étrangères, celles qui salarient et déclarent leurs comptes, sont quasi inexistantes : le gros des travailleurs salariés œuvrent au sein de petites et moyennes entreprises africaines dont même pas la moitié ont accompli les formalités d’enregistrement dans une chambre de commerce, auprès du fisc et des organismes sociaux. Les statistiques africaines ne couvrent donc qu’une infime partie du travail salarié et les salaires minima sont à usages quasi unique des investisseurs étrangers…

     

    Un autre élément d’importance est l’existence très prégnante du 2e travail pour un grand nombre des salariés, à commencer par les salariés de la fonction publique. Tel fonctionnaire est aussi éleveur de poulets, tel autre cultive des arbres fruitiers, tel autre gère une petite entreprise de transport public… « Travailler comme un Nègre » n’est donc pas une vue de l’esprit. La formule, issue du travail forcé des temps coloniaux, recouvre une réalité on ne peut plus moderne. Ce qui explique en partie la faible productivité moyenne des salariés africains dûment recensés, lesquels se fatiguent plus pour leurs propres affaires que pour celle des autres, phénomène universel…

     

    Enfin, dernier point à relever et non des moindres, l’Afrique moderne n’est pas celle qui exportait pour presque rien des matières premières « pillées » par les étrangers. Son modèle de développement est totalement contraire au modèle chinois basé sur l’exportation. Les Africains se développement parce qu’ils consomment et parce que d’autres Africains ont décidé de fabriquer ce qu’ils consomment après avoir beaucoup importé : c’est un marché de consommation de masse, pas une nième économie de l’offre, CQFD ! Et, dans ce cadre, l’augmentation des revenus des classes moyennes est primordiale. Pour l’instant, elles brillent surtout par leur esprit d’entreprise, qu’il s’agisse du double travail partout (les femmes des paysans ont aussi et aujourd’hui une activité qui leur est propre, maraichage dans les zones rizicoles, fruits et manioc dans les zones céréalières, valorisation des produits dans les zones de pêche côtière…) ou des innombrables initiatives entrepreneuriales d’une jeunesse alphabétisée et qui explose littéralement.

     

    C’est dans ce cadre que les investisseurs étrangers doivent penser leur implantation, pas celui d’une troisième ou quatrième délocalisation pour trouver des salaires plus bas. Du reste, les Chinois ont abondamment démontré, même si les Occidentaux ne veulent pas le voir empêtrés qu’ils sont dans leur marketing fou, que les séries sont plus importantes pour baisser le prix de revient unitaire que les bas salaires. Lesquels, en fait, permettent seulement aux actionnaires de s’en mettre plus dans les poches. Au contraire même auraient-ils intérêt à mieux payer leurs employés et ouvriers pour les inciter à transpirer plus pour leurs employeurs que pour eux-mêmes. On est ici en plein dans le schéma fordiste : « je paye bien mes employés pour qu’ils puissent acheter mes voitures » avait résumé le milliardaire américain inventeur aussi du travail à la chaîne.

     

    Bien sûr, tous les Africains ne sont pas sortis de la pauvreté, entre un tiers et une moitié d’entre eux sont toujours en dessous des 2000 dollars annuels de revenus monétaires. Et l’exode rural peut amener nombre d’entre eux à accepter de travailler pour presque rien. Mais l’Afrique est un grand village où tout se sait très vite : dès lors qu’il voit la possibilité de mettre de la sauce graine dans son foutou, le salarié africain mal payé foncera. Son continent est d’ailleurs celui de la mobilité, caractéristique peu connue mais très réelle : les migrations inter africaines sont très supérieures aux migrations sud-nord et, de tous temps, les Subsahariens en tous cas sont partis voir ailleurs quand ils peinaient trop. Demandez aux Sud Africains ce qu’ils en pensent !

     

    Peut-être est-ce pour cela que, pour l’instant, les multinationales ne sont pas venues en nombre en Afrique hors mines et pétrole ? Trop complexe pour des esprits qui, jusqu’à présent, n’ont eu que le paramètre bas salaire à mettre en œuvre. Alors qu’en Afrique, il faut penser « marché » face à une population en outre méfiante après les cataclysmes des razzias, de la Traite, de la colonisation puis de la néo-colonisation (surtout en Afrique francophone) Sans doute un artisan breton ou auvergnat est-il mieux à même de comprendre le dit marché qu’un technocrate issu des grandes écoles et formé aux licenciements boursiers. En tout cas et pour l’instant, ce sont des artisans qui font la loi sur ce marché…

     

    Encadré

    L’absence de la finance occidentale

    Dans les années 1970 et 1980, les banques européennes faisaient la loi en Afrique et c’est tout juste si l’on citait parfois l’américaine Citybank comme intervenant secondaire. Leur indéniable suprématie dans des pays peu bancarisés fut attaquée d’abord par des fonds africains solidaires telles que les fameuses tontines mises en place par les mères de famille pour faire face aux dépenses des rentrées scolaires. Tontines qui échappèrent assez vite à leurs génitrices pour financer les importations de ciment. Il s’agit dès lors de véritables enchères d’argent pouvant atteindre des taux d’intérêt pharamineux. L’évolution naturelle de ces places financières purement africaine fut l’avènement de banques à capitaux africains. Certains se souviennent du lobbying plus qu’intense que firent les filiales camerounaises de banques françaises pour tenter d’empêcher la bancarisation des tontines. Leur défaite est aujourd’hui totalement consumée, toutes les grandes banques africaines étant à présent autochtone, y compris en Afrique du Sud où les britanniques Standard et Barclays furent contrôlées par les Noirs, notamment par le biais du Black Economic Empowerment de Cyrille Ramaphosa. Ce qui permit en fait aux entreprises africaines, y compris rurales, de trouver enfin des financements auxquels renâclaient, le mot est faible, des banques occidentales uniquement préoccupées par le rapatriement chez elles de l’argent des expatriés et riches Africains. Et de commencer à bancariser la population, autre activité jusqu’à lors réservée aux seuls clients fortunés.

     

    Cette absence des banques occidentales en Afrique n’est cependant et certainement pas étrangère à la réticence des multinationales autres que minières et pétrolières envers le Continent : en Occident, les riches se reposent sur leurs banques pour investir…

     

    1-      Salaires mensuels minima en Afrique (en dollars)

    Source : Organisation internationale du Travail (rapport sur les salaires dans le monde) et mays-mouissi.com (Salaires minimums dans les pays d’Afrique francophone)

    Montant

    Pays

    Moins de 25 $

    Burundi, Egypte, Ouganda

    moins de 50 $

    Gambie

    50 $ à 100 $

    Angola, Cameroun, Ethiopie, Guinée, Madagascar, Malawi, Mali, Nigeria, RCA, Togo, Zambie

    100 $ à 150 $

    Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Ghana,  Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad

    150 $ à 200 $

    Botswana, Congo (Brazzaville), Gabon, Maurice

    200 $ à 250 $

    Kenya

    300 $ à 350 $

    Algérie, Guinée Equatoriale, Tunisie

    350 $ à 400 $

    Maroc

     

    2-      Productivité du travail en Afrique de 1991 à 2009 (en dollars annuels et pourcentages)

    Source : Organisation internationale du travail

     

    Niveau de la productivité du travail

    Taux de croissance

    Régions

    1991

    2000

    2009

    1991-2000

    2000-2009

    Monde

    16177

    18360

    21253

    1,4

    1,6

    Afrique subsaharienne

    4545

    4269

    5037

    -0,7

    1,9

    Afrique du nord

    14064

    14186

    16182

    0,1

    1,5

     

    3-      Ensemble des travailleurs salariés en Afrique (en pourcentage de l’emploi total)

    Source : OIT

    Régions

    1998

    2008

    Monde

    44

    48

    Pays développés

    84

    86

    Afrique du nord

    46

    54

    Afrique subsaharienne

    18

    25

     

    4-      Evolution des salaires dans les pays en développement de 1999 à 2009

    Source : OIT

    Régions

    1999

    2006

    2007

    2008

    2009

    Pays avancés

    100

    104,2

    105

    104,4

    105,2

    Europe centrale et orientale

    100

    144,8

    154,4

    161,4

    161,3

    Europe orientale et Asie centrale

    100

    264,1

    308,9

    341,6

    334,1

    Asie

    100

    168,8

    180,9

    193,8

    209,3*

    Amérique latine et Caraïbes

    100

    106,7

    110,3

    112,4

    114,8

    Afrique

    100

    111,2*

    112,8*

    113,4**

    116,1**

    Moyen Orient

    100

    101,9*

    102,4*

    nc

    nc

    Monde

    100

    115,5

    118,7

    120,6

    122,5

    *Estimations provisoires ** Estimations approximatives

     

     

     


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  • Où investir en Afrique

    Christian d'Alayer - 01/02/2016

     

     

    En ce début d'année 2016, les boursicoteurs ne savent plus vers quoi ni vers qui se tourner : les bourses, en très net repli, fluctuent au gré bizarre du prix du pétrole en semblant accorder une prime à sa hausse. La Chine, selon les commentateurs les plus médiatisés, n'est plus ce qu'elle était, certains voyant même un effondrement pour n'avoir enregistré l'an dernier un taux de croissance que de...6,9% ! Quant à l'Amérique latine, c'est tout juste si les tribulations de la présidente brésilienne n'entraînent pas une condamnation financière totale du sous-continent...

     

    Il n'y a rien de plus irrationnel que la spéculation et les bons "tuyaux" reposent sur des a priori et conseils du type "on achète au son du canon et on vend au son du clairon" Un peu de micro économie là dessus et on espère des rendements aujourd'hui un peu supérieurs à ceux des placements de père de famille. On est en tous les cas loin des fameux 15% exigés seulement hier par les patrons américains de fonds de pension. Et ce qui est étonnant est qu'aucun de ces patrons n'ait encore tourné son regard vers le continent africain. Voilà cinq bonnes années que les médias nous serinent que le temps de l'Afrique est venu et que les investisseurs s'y précipitent. Sans que, sur place, on voit venir le moindre frémissement : les Investissements directs étrangers (IDE) ont certes bondi d'une dizaine de milliards de $/an à une cinquantaine de milliards voici ces fameuses cinq années. Mais d'une part il s'agit toujours et essentiellement d'investissements miniers et pétroliers et, d'autre part, ils stagnent désespérément depuis à ce niveau de 3% des IDE du monde entier...

     

    Les investisseurs étrangers ont pourtant tort, voyez les deux tableaux qui suivent : l'Afrique enrichit et enrichit vite ! Il y a 15 ans, le magazine américain Forbes ne recensait même pas les milliardaires d'Afrique. Aujourd'hui, leur nombre n'arrête pas d'augmenter. Si vous voyez les domaines où ils sont les plus nombreux, vous pouvez aussi constater que les mines et les hydrocarbures ne sont plus les secteurs clés de leurs réussites : la distribution et l'alimentation viennent en tête, en fait la consommation de masse. Fait conforté par la troisième place des télécommunication dans ces palmarès, soit la téléphonie mobile. Et quand vous regardez le secteur suivant, celui des finances, vous pouvez constater qu'il s'agit en fait de la diversification de personnalités qui ont réussi dans cette consommation de masse : le Nigérian Dangote a fait fortune dans le ciment, Le Sud-africain Rupert, d'abord dans le tabac et le vin avant de faire fortune dans le luxe, l'Egyptien al Fayed, d'abord dans le transport maritime puis la distribution de luxe. Ajoutons aussi  la fille du président d'Angola, Isabelle dos Santos qui a d'abord fait fortune dans les télécoms avant de se lancer dans la finance internationale (investissements au Portugal notamment) Un autre milliardaire est intéressant à cet égard, le Tanzanien Mohammed Dewji : héritier d'un conglomérat fondé sur la distribution, il l'a considérablement développé en se lançant dans la fabrication textile et l'agro-industrie : du commerce à l'industrie, toujours en vue de combler les besoins de la grande consommation.

     

    Et il est donc normal qu'on retrouve ces milliardaires essentiellement dans les pays à fort peuplement : Afrique du Sud (48,3 millions d'habitants), Nigeria (177,1 millions), Egypte (89,3 millions), Algérie et Maroc (40 et 33,3 millions), Tanzanie (49,6 millions)... Il manque l'Ethiopie à ce palmarès (96,6 millions) mais ça ne saurait tarder : le pays est en pleine explosion économique et tout juste peut-on déjà noter que de riches hommes d'affaires somaliens commencent à faire parler d'eux, tel ce Mo Ibrahim qui a créé un indice de bonne gouvernance du même nom : ces hommes d'affaires issus du désert n'ont bien évidemment pas prospéré sur le sable et les cailloux de leur pays d'origine ! A ma  connaissance, il n'existe là bas et outre des pirates et des guerriers salafistes, qu'une seule ressource dont les revenus sont montés très rapidement ces dernières années, celle de l'encens, résine de l'arbuste bostweillia dont le rendement est assez pharamineux : 10 kg par an et par arbuste et dans les 20 à 25 dollars le kilo. Le Somaliland s'en est fait une spécialité concurrençant le Moyen Orient et l'Inde...

     

    Dernier élément de ces deux palmarès, qui fait fortune en Afrique ? Si vous regardez bien la dernière colonne du premier tableau, vous pouvez immédiatement constater qu'hors quelques rares exceptions, il y a peu de milliardaires partis de rien. Bien sûr, tous vont avoir tendance à embellir leur ascension. Ainsi Aliko Dangote aime-t-il souligner le fait qu'il a débuté sa carrière d'entrepreneur avec quelques milliers de dollars à lui prêté par un oncle ainsi que trois misérables camions. En fait, plusieurs centaines de milliers de dollars propres à l'achat de cargaisons de ciment qu'il redistribuait grâce aux dits camions. Dangote est issu d'une grande famille nigériane tout comme son compatriote Mike Adenuga  et trois autres de la liste. Soit cinq self made man sur 10 milliardaires issus de familles où régnait et règne encore une culture que l'on ne trouve que dans ces familles : on ne s'improvise pas "faiseurs d'argent", cela s'apprend lentement et longuement. Très rares sont ceux qui ont ce savoir de manière innée. Et aucune université ne l'enseigne réellement. Un pays, le Cameroun, a eu la chance d'héberger une ethnie diffusant globalement cette culture, celle des Bamilékés aux origines pourtant rurales et serviles. Aujourd'hui, c'est tout le pays qui a épousé la dite culture et si aucun milliardaire camerounais n'est encore sorti du chapeau de Forbes c'est parce que l'Afrique francophone a du retard sur le reste du continent, notamment des faits du Franc CFA et de la toujours trop forte présence des Français dans les économies locales (constat émis publiquement par Dangote l'an dernier)

     

    On trouve donc des hommes d'affaires en Afrique capables de partenariat avec les investisseurs étrangers. Et des gens en qui ont peut avoir confiance : la mauvaise réputation des Africains à cet égard vient de ce que les étrangers, soit en tant que coopérant, soit en tant que touriste, ont surtout eu affaire à des Africains pleurant misère et ont ainsi abusivement généralisé des comportements que l'on retrouve chez les pauvres de tous les continents. Longtemps, les Occidentaux ont été incapables, même sur place, d'imaginer qu'il pouvait exister d'autres Africains que des "boys" et des "rois nègres" Le directeur blanc d'une agence bancaire française à Ndjamena  vit ainsi entrer un jour un vieil homme vêtu d'un boubou et de babouches. Il ne lui fit donner une chaise que de longues minutes après son entrée et s'en désintéressa. Le vieillard ressortit de l'agence sans rien dire et s'en alla chez un concurrent : c'était à l'époque l'homme le plus riche du Tchad, le plus gros importateur de ciment... Je me souviens d'une autre anecdote, vécue celle-ci : le directeur de l'époque de l'agence équato-guinéenne d'une grande compagnie européenne de télécommunication se moquant éperdument de la mauvaise qualité des prestations de sa compagnie dans le pays et ne songeant qu'à...éviter que ça se sache au siège afin de ne pas être mal noté ! Aujourd'hui, la dite compagnie "rame" pour revenir au premier plan africain tandis que des Africains, des Arabes et des Indiens se sont emparés des plus belles parts des marché dans lesquels cette malheureuse expérience se répéta trop de fois...

     

    Peut-être en fait va-t-il falloir changer non les Africains qui semblent se débrouiller très bien en l'absence d'investissements étrangers, mais les dirigeants occidentaux des grandes entreprises qui hésitent toujours à dépenser ne serait-ce qu'un centime sur un continent où ils peuvent constater un retour moyen sur capital d'environ cinq ans (rentabilité moyenne des capitaux de 20%/an selon la totalité des traders opérant sur l'Afrique et visibles sur Internet) !? Certes, des grands distributeurs français sont bien venus ouvrir des surfaces de bonne taille à Abidjan,  Dakar ou Libreville. Mais les Français ont vendu la CFAO-Nigeria,  leur dernier grand comptoir dans le pays, au Japonais Toyota et sont absents ou presque des grands marchés non francophones. Ce tandis que les Anglais ne sont plus présents qu'en Afrique australe et que les Américains privilégient l'Asie. C'est donc presque par défaut que les Asiatiques, Chine en tête, sont passés devant les anciens colonisateurs qui mettent toutefois en exergue le nombre de projets qu'ils initient sur le continent, l'Angleterre la première : mais en se finançant sur les marchés locaux, dont les bourses sud-africaines, donc en ne prenant aucun risque hors investissements miniers et pétroliers...

     

     

    1- Les 10 Africains les plus riches en 2015

    Source : Forbes

    Aliko Dangote-1

    Nigeria

    ciment, sucre, farine

    grande famille

    Johann Rupert-2

    Afrique du sud

    tabac puis luxe

    héritier

    Nicky Oppenheimer-3

    Afrique du sud

    mine (diamant) puis finances

    héritier

    Christoffel Wiese-4

    Afrique du sud

    grande distribution

    héritier

    Nassef Sawiris-5

    Egypte

    ciment

    héritier

    Mike Adenuga-6

    Nigeria

    pétrole puis télécom

    grande famille

    Mohamed Mansour-7

    Egypte

    Distribution, immobilier

    héritier

    Nathan Kirsh-8

    Swaziland

    Distribution, sécurité

    grande famille

    Isabelle Dos Santos-9

    Angola

    Télécom puis banque

    grande famille

    Isaad Rebrab-10

    Algérie

    Métallurgie puis distribution

    self made man

     

    2- Les secteurs qui ont produit le plus de milliardaires en Afrique

    Sources : forbes et Camernews.com

    Alimentaire

    Christoffel Wiese, Mohamed Mansour, Nathan Kirsh, Issad Rebrab, Youssef Mansour, Abdulsamad Rabiu (6)

    Afrique du sud, Egypte, Algérie, Nigeria

    Mines & pétrole

    Nicky Oppenheimer, Patrice Motsepe, Folorunsho Alakija, Aziz Akhannouch, Femi Otedela (5)

    Afrique du sud, Maroc, Nigeria

    Télécommunications

    Mike Adenuga, Isabel dos Santos, Naguib Sawiris, Rostam Aziz (4)

    Nigeria, Angola, Egypte, Tanzanie

    Finance

    Aliko Dangote, Johann Rupert, Mohamed Al Fayed (3)

    Nigeria, Afrique du sud, Egypte

    BTP

    Nassef Sawiris, Onsi Sawiris, Samih Sawiris (3)

    Egypte

    Pharmacie

    Stephen saad, Allan Gray (2)

    Afrique du sud

    Immobilier

    Milloud Chaabi, Sudhir ruparella (2)

    Maroc, Ouganda

    Assurances

    Othman Benjelloun (1)

    Maroc

    Médias

    Koos Bekker (1)

    Afrique du sud

    Textile

    Mohammed Dewji (1)

    Tanzanie

     

     


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