• Campagne électorale 2012

     

    Campagne électorale 2012

    (fin novembre 2011)

     

    Comme fin 2006, j’entame des réflexions sur la campagne présidentielle à venir. Bien évidemment dans le but de faire partager mes convictions et voter le maximum de relations dans le sens de ces convictions. Vous avez bien entendu le droit de commenter, sachant que vous commentaires sont accessibles à tous ceux qui vont sur mon blog.

    Il y a 5 ans, j’avais soutenu Ségolène Royal qui, à l’époque, prônait une vraie ligne de gauche. Je vous dis tout de suite que je ne puis en faire autant à l’égard de François Hollande, du moins tant qu’il n’aura pas quitté sa ligne de centre droit (il ne s’agit même plus de centre gauche) qui nous mène d’ores et déjà aux enfers. Je soutiens donc le Front de Gauche et son candidat, Jean-Luc Mélenchon, dont les propositions sont proches de mes pensées politiques à l’exception (notable) de sa politique étrangère : il a soutenu et l’intrusion militaire française en Côte d’Ivoire (une véritable honte pour un humaniste) et celle en Libye (toute aussi  honteuse).

    Et pour que vous compreniez que je voterai Mélenchon et non Marine Le Pen (la seule personnalité politique française à avoir eu une vision juste de ces deux conflits), je vais commencer par l’économie qui, dans sa phase actuelle, condamne inéluctablement l’Occident à un déclin ultra rapide. Sans compter les risques de guerre que ce déclin a déjà engendrés (l’agressivité militaire occidentale n’a jamais été aussi prégnante)

    C’est que le processus anti-30 30 Glorieuses amorcé dans les années 1980 par le couple infernal Thatcher-Reagan a été au-delà de l’espérance de ses promoteurs et penseurs (l’école dite « de Chicago » sous la houlette du professeur Milton Friedman) : ils voulaient détruire les syndicats, c’est fait et dans le monde entier, au point que lorsqu’il s’agit de négocier un nouvel accord salariale, le patronat ne trouve plus de répondant et est obligé de créer ses propres syndicats de salariés pour faire le boulot. Ils voulaient inverser la répartition des richesses au profit du capital, ils ont réussi à faire exploser les crédits à la consommation (dont immobiliers) et à faire s’effondrer la demande au point que les Etats ont dû carrément subventionner cette demande (la prime à la casse par exemple) Les banques ont voulu mettre un terme à l’inflation (réunion à la Banque des Règlements Internationaux à Berne en 1978) pour pouvoir augmenter leurs produits bancaires et boursiers, elles l’ont fait jusqu’à se casser la figure par deux fois : 2008 avec les actifs immobiliers pourris et aujourd’hui avec les bons des Trésors européens. A chaque fois, l’Etat (nos sous à nous, pauvres cons « d’assujettis ») les a sauvées et, ce, sans contrepartie aucune.

    Combien de fois pourront se répéter ces sauvetages qui ont littéralement plombé les dettes des Etats occidentaux ? Les taux d’emprunt sur les marchés financiers sont tels à présent que leurs dettes sont colossales, qu’ils sont entrés dans une ère de folie : tout comme un propriétaire de logement voit son remboursement mensuel doubler quand un taux d’intérêt fluctuant passe de 2% à 4%. Le pauvre a oublié que les banques font d’abord payer les intérêts. Le remboursement du principal n’intervient qu’en fin de processus. Ce, tandis que les Etats n’empruntent plus à long terme mais à court et moyen terme. Depuis qu’on leur a interdit de placer leurs bons directement auprès des particuliers via les banques (en France, Giscard d’Estaing, 1973) et de les rembourser sur 25 ans avec tirages au sort, ils doivent impérativement entrer dans le moule du particulier et de l’entreprise. Et c’est ainsi que la Banque de France enregistre aujourd’hui une durée moyenne de ses emprunts de 7 toutes petites années : 25 ans contre 7 ans, paiement des intérêts avant le principal, nos Etats connaissent à présent les mêmes affres que notre propriétaire de logement…

    Et encore celui-ci, jadis, au temps des fameuses 30 Glorieuses, voyait son endettement fondre à raison de la différence entre son taux d’emprunt (alors toujours fixe) et les taux d’inflation à deux chiffres de l’époque. Il avait donc confiance en l’avenir, d’autant que les salaires augmentaient plus rapidement que l’inflation, productivité et travail des syndicats aidant. Ce, tandis que les marchés, pas encore saturés, connaissaient des progressions annuelles importantes, sécurisant l’emploi.

    Le système de Chicago a cassé tout cela, rejetant une grande partie des classes moyennes basses dans la pauvreté, réinsérant la peur dans les mentalités des travailleurs, accentuant les comportements délictuels voire criminels du haut en bas de l’échelle, rejetant les valeurs judéo-chrétiennes aux oubliettes pour ne laisser la place qu’au seul Dieu-Fric… Ce, tandis que les Etats occidentaux faisaient tout pour se saborder : privatisations répétées et souvent plus que favorables aux repreneurs, voir les autoroutes chez nous ou les services des eaux ou de l’électricité en Afrique ; suppressions massives de fonctionnaires ; cadeaux fiscaux en tous genres et, la plupart du temps, favorables aux riches (c’est d’ailleurs la cause principale de l’endettement des Etats qui n’ont plus enregistré suffisamment de rentrées fiscales) ; limitations volontaires de leurs pouvoirs tant vis-à-vis de leurs budgets (la fameuse « règle d’or » ainsi que le droit donné à la Commission des finances de l’Union européenne de censurer les budgets des Etats membres) que vis-à-vis de leurs entreprises (retrait du droit national au profit du droit international), etc.

    Le même système a par ailleurs fait reculer le droit du travail en Occident d’un siècle au moins : la précarité est revenue en force, touchant aujourd’hui et presque la moitié des salariés ; les avantages acquis sont partis en fumée ; les bas salaires ont proliféré et l’on trouve à présent une proportion plus grande de gens payés au SMIC voire en dessous du SMIC qu’avant la 2e Guerre mondiale. Ce, tandis que le quart de la population occidentale de moins de 25 ans au moins est au chômage ou ne travaille que partiellement pour presque rien. Bref, en ajoutant ces prouesses à la crainte de tous de perdre son emploi, il n’est pas étonnant que la part des salaires dans les économies occidentales ait considérablement baissé (de plus de 15 points !) tandis que celle des capitalistes (détenteurs des capitaux des entreprises) ait augmenté dans la même proportion. Ajoutez à cela les cadeaux fiscaux faits aux mêmes capitalistes ainsi que le prélèvement éhonté des dirigeants des grandes entreprises dans la masse salariale de ces dernières et vous voyez un tableau qui ne déparerait pas l’environnement socioéconomique du 19e siècle. Et c’est cela que les libéraux de droite comme de gauche appellent la « modernité » ! Et c’est pour cela qu’une majorité d’entre vous –que dis-je, une « immense majorité d’entre vous » !- s’apprête à voter en mai prochain. Pour être « raisonnable », comme vous vous le dites dans vos têtes.

    Mais il n’y a rien de raisonnable dans ce choix « modéré » : si la politique néolibérale continue en Occident, les Etats ne vont plus pouvoir venir au secours des banques et ce sera la chao. Je ne vous parle même pas ici de déclin, simplement de chao, avec vos économies qui ne seront que très petitement remboursées par des Etats exsangues, les demandes qui s’effondreront et les emplois avec, l’anarchie qui, inévitablement s’instaurera comme aux plus beaux jours de l’Allemagne d’avant Hitler. Et vous pensez que la rigueur peut empêcher cela, que la récession qu’elle entraîne inexorablement va permettre aux Etats rigoristes de se renflouer ?! Ouvrez les yeux, bon sang ! La Grèce hurle à plein poumon que cette voie est sans issue, qu’après 9 plans successifs de rigueur, la récession est telle que l’Etat est plus endetté aujourd’hui qu’avant ces plans ! Nous entrons dans une période identique de « rigueur » alors que notre récession est déjà là, n’en déplaise à une INSEE aux ordres. Regardez autour de vous et réfléchissez. N’écoutez plus les télés et les radios qui sont devenus des outils de communication. Regardez et réfléchissez ! Etre raisonnable aujourd’hui, c’est sortir du « raisonnable » sauce libérale. C’est chercher de véritable solution, à commencer par un renversement du mouvement Tchatchéro-Reaganien tant en matière de refonte de véritables Etats en Occident qu’en matière d’augmentation du pouvoir d’achat des classes pauvres, celles qui ne sont pas encore saturées de consommation. Le maître mot ne doit plus être « travailler plus pour gagner plus » mais « faire payer aux riches le pouvoir d’achat des pauvres » En pratique, c’est instaurer des (et non pas « un ») salaires maxima dans les entreprises, en prenant par exemple la masse salariale, l’encadrement supérieur ne pouvant dépasser x% de prélèvement sur cette masse. C’est aussi  revenir sur les cadeaux fiscaux des dernières décennies, surtout ceux faits aux riches. C’est aussi taxer de manière égale les revenus du travail et les revenus du capital.

    C’est aussi dépenser autrement l’argent de l’Etat en commençant par réduire drastiquement nos dépenses militaires. Mais cela est une autre question que je traiterai ultérieurement. Pour l’instant, je voulais juste démontrer que la « modération » et le réflexe du « raisonnable » sont aujourd’hui des réflexes suicidaires. Et qu’il s’agit bel et bien de réflexes et non de réflexions…


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