• Ce qui va se passer en Afrique en 2016 (économie seulement)

    2016, bon ou mauvais cru pour l’Afrique

    Christian d’Alayer, 28 décembre 2015

     

    Baisse du prix des matières premières (certains n’hésitent pas à parler d’effondrement), croissance du danger islamique (Boko Haram, Libye, Mali), démographie jugée démentielle, gouvernance montrée trop souvent du doigt… Il faut avouer qu’il y a du grain à moudre pour les Afro-pessimistes qui n’ont toujours pas vraiment désarmé en Occident. « 2016, Annus Horribilis ! » pensent-ils dès aujourd’hui pouvoir s’écrier en imaginant un Nigeria ensanglanté et incapable, car redevenu pauvre, de se débarrasser du fléau islamique. Ils verseront sans doute une larme sur les malheurs des autres pays pétroliers et attendront avec impatience de tristes nouvelles d’une Algérie que beaucoup trop encore d’étrangers souhaitent voir ravaler au niveau de la Libye : un jour, c’est son président qui n’est plus qu’un ectoplasme façon Salazar aux mains de ses proches, un autre, ce sont les soldats de Daech qui menacent de déferler sur un pays trop fragile, disent-ils, pour s’en sortir une deuxième fois, un autre, ce sont ses ressources économiques qui se tarissent… Curieusement, on entend moins de mauvaises choses sur des pays bien plus instables comme la Tunisie ou même le Maroc où les Islamistes sont au pouvoir, bien incapables d’ailleurs de supprimer une corruption, le Mahkzen, véritable institution du pays et incapables également de supprimer les bidonvilles de Casablanca…

    Mais trêve de railleries, voyons les statistiques car ce sont elles et rien d’autre qui peuvent nous prédire l’avenir immédiat de l’Afrique. Commençons par la croissance économique, tableau 5. Vous pouvez voir qu’à partir du nouveau millénaire, l’Afrique s’est développée plus vite que le reste du Monde, Chine exceptée. Le « ressac » de 2013 et 2014 est essentiellement dû aux contre performances d’une Afrique du nord empêtrée dans ses problèmes politiques ainsi qu’à celles d’une Afrique du sud dont les multinationales n’investissent pratiquement plus aux pays mais sont parties à la conquête du Monde. Le reste du continent s’est très bien comporté avec des prix en baisse à l’export et même le Nigeria a fait des prodiges, 5,4% en 2013 et 6% en 2014, malgré des prix de l’or noir en forte baisse.

    Il faut d’ailleurs relativiser ces « fortes baisses », voyez cette fois-ci le graphique 6 : même en berne depuis deux ans maintenant, les prix des matières premières restent très supérieurs à ce qu’ils étaient au tournant du millénaire : 5 fois plus élevés avant la baisse, un peu moins de 4 fois après la baisse, on est loin de l’effondrement. Et comme l’Afrique semble avoir résisté à de moindres recettes d’exportation deux années durant, on ne voit pas pourquoi elle ne résisterait pas une troisième année, CQFD ! Et avant même d’aborder les exportations, voyons pourquoi elle a résisté : la richesse globale en premier lieu a littéralement explosé : vous pouvez constater dans le tableau 1 que le PIB officiel du continent (on sait aujourd’hui, après la correction statistique du Nigeria incluant une partie importante de l’économie informelle que la réalité est supérieure d’environ 80% à la réalité officielle) a été multiplié par 4 en 35 ans alors que sa démographie n’a été multiplié que par moins de 2. Avec une part croissante de cette population s’urbanisant, passant de moins du tiers en 1990 à plus de 40% aujourd’hui. Les grands pays ont tous dépassé les 50%, cette concentration de main d’œuvre urbaine ayant entraîné le plus formidable élan entrepreneurial du Monde (le plus fort taux d’entreprenariat par habitant) Le continent, à défaut d’investissements étrangers massifs (voir bas du tableau 1) s’est littéralement couvert de PME locales dont certaines se sont envolées : il y a de plus en plus de milliardaires africains. Lesquels ont peut-être perdu de l’argent avec la décrue des prix à l’export mais sans pour autant détruire les nouvelles classes moyennes des grandes villes africaines. Et des campagnes : partout en effet, les agriculteurs ont mieux gagné leur vie. En recevant plus d’argent pour leurs productions dites de rente bien entendu mais aussi en se diversifiant. Les producteurs de céréales maliens par exemple, les plus pauvres, se sont mis à l’élevage sédentaire tandis que leurs femmes se lançaient dans la récolte de fruits et la culture du manioc en plein champ. Les paysans camerounais, autre exemple, ont inondé la sous région de leurs tomates et oignons tandis que leurs homologues du nord commençaient à commercialiser leurs bêtes. Bref, ces gens ont évolué très vite sans que l’extérieur voit vraiment leur évolution : elle n’a pas été statistiquement palpable car échappant structurellement aux statistiques (les Africains ne comptabilisent que les cultures de rente)… Croyez-vous que les Africains des villes comme des champs seront moins actifs en 2016 qu’au cours des années précédentes ?

    Voyons à présent ces fameuses exportations dont les cours pèseraient terriblement sur le devenir de l’Afrique moderne. Dans le milieu du tableau 1 cette fois-ci, vous pouvez voir que tant en 1980 qu’aujourd’hui, elles ont représenté et représentent 1/5e du PIB du continent (vous avez les PIB en valeur en haut du tableau) Comme si les prix n’avaient rien changé… En fait et compte tenu de leur augmentation assez fabuleuse, cela signifie que bien d’autres composantes du PIB ont augmenté très fortement. En d’autres termes, la dépendance de l’Afrique par rapport à ses produits d’exportation n’a pas augmenté avec les prix et cette donnée de long terme ne sera pas considérablement affectée en 2016 par une aggravation de la situation des prix, bien au contraire. D’autant que le commerce intra africain (voir tableau 3), soit la demande intérieure africaine, s’est envolé lui aussi, notamment en Afrique australe et en Afrique de l’ouest (grâce aux deux géants que sont l’Afrique du Sud et le Nigeria) : cela non plus ne changera pas cette année où l’on peut raisonnablement espérer une nouvelle hausse de ce commerce…

    Enfin, dernier élément du devenir économique africain, la situation financière internationale. Voyez ici le tableau 2 sur la balance commerciale des économies mondiales. On comprend d’abord pourquoi les Occidentaux sont hyper endettés tandis que les pays en développement accumulent les réussites et se sont largement désendettés ces dernières années. L’Afrique n’a pas échappé au phénomène alors qu’elle avait accumulé ses dettes à la fin du dernier siècle. Certes, la baisse du prix des matières premières a surpris des économies qui anticipent forcément les recettes d’exportation et 2014 a marqué un arrêt brutal à cet égard. Souvenez-vous par exemple de l’Angola qui, d’une position financière largement excédentaire en 2013, a dû recourir aux emprunts depuis deux ans pour poursuivre ses importants programmes d’investissements, notamment dans l’immobilier. Les actifs qu’elle a accumulé chez son ancien colonisateur portugais lui ont d’ailleurs permis de trouver immédiatement des créanciers à des taux d’intérêt très bas… Gageons que sur ce plan, l’Afrique va continuer à recourir en 2016 aux emprunts internationaux tandis que l’équilibre de son commerce extérieur, reposant trop sur les matières premières, restera fragile voir négatif comme l’an passé. Mais 5% de 20% du PIB ne représentent jamais qu’un petit point de croissance. Si les investissements étrangers augmentent (les médias français n’arrêtent pas d’annoncer un prochain débarquement des investisseurs hexagonaux sur le continent africain !), alors cette perte sera vite compensée. Et, en définitive, il n’y aura pas « d’annus horribilis » en Afrique en 2016 mais la poursuite de la croissance même si celle-ci, en l’absence d’investissements étrangers massifs, continuera à ralentir.

     

    1 – PIB, Exportations et Investissements étrangers dans le monde de 1980 à 2014

    Source : Manuel de statistiques 2015 de la CNUCED (Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement)

    Thèmes/Zones

    1980

    1990

    2000

    2005

    2010

    2012

    2013

    2014

    PIB total (milliards $)

                   

    PIB par habitant ($)

                   

    Monde

    12282

    22900

    33255

    47203

    65429

    73699

    75641

    77450

     

    2761

    4304

    5428

    7248

    9462

    10411

    10563

    10694

    Pays en développement

    2726

    4004

    7193

    11155

    21492

    26419

    27903

    29206

     

    826

    978

    1483

    2141

    3850

    4607

    4801

    4959

    Pays émergeants

    1012

    850

    375

    1058

    2108

    2760

    2902

    2617

     

    3497

    2693

    1247

    3554

    7023

    9172

    9634

    8682

    Pays développés

    8544

    18045

    25686

    34988

    41829

    44518

    44835

    45627

     

    9963

    19853

    26325

    34848

    40495

    42695

    42815

    43393

    Afrique

    559

    542

    636

    1104

    1925

    2280

    2344

    2426

     

    1179

    862

    788

    1213

    1870

    2108

    2114

    2135

    Exportations en valeur (milliards $)

                   

    Exportations en % mondial

                   

    Monde

    2050

    3495

    6452

    10502

    15302

    18496

    18954

    19003

     

    100

    100

    100

    100

    100

    100

    100

    100

    Pays en développement

    608

    843

    2059

    3807

    6438

    8224

    8434

    8485

     

    29,7

    24,1

    31,9

    36,2

    42,1

    44,4

    44,5

    44,6

    Pays émergeants

    85

    118

    149

    353

    609

    822

    807

    763

     

    4,1

    3,3

    2,3

    3,3

    3,9

    4,4

    4,2

    4

    Pays développés

    1356

    2534

    4243

    6340

    8254

    9449

    9712

    9754

     

    66,1

    72,5

    65,7

    60,3

    53,9

    51,1

    51,2

    51,3

    Afrique

    121

    104

    147

    311

    521

    640

    601

    555

     

    5,9

    3

    2,2

    2,9

    3,4

    3,4

    3,1

    2,9

    IDE* (milliards $)

                   

    Monde

    54,4

    204,8

    1363,2

    927,4

    1328,2

    1403,1

    1467,1

    1228,2

    Pays en développement

    7,3

    34,6

    232,2

    330,1

    579,9

    639

    670,8

    681,3

    Pays émergeants

    0,02

    0,07

    5,7

    31,8

    75,1

    85,1

    99,5

    48,1

    Pays développés

    46,9

    170,2

    1125,2

    565,4

    673,2

    678,9

    696,7

    498,7

    Afrique

    0,4

    2,8

    9,6

    29,5

    44

    56,4

    53,9

    53,9

    Afrique en % mondial

    0,7

    1,3

    0,7

    3,1

    3,3

    4

    3,6

    4,3

    *Investissements directs étrangers

    2- Balances commerciales mondiales de 1989 à 2014 (en pourcentages des importations)

    Source : Manuel de statistiques 2015 de la CNUCED

    Zones

    1989-91

    1994-96

    1999-01

    2004-06

    2008-10

    2009-11

    2010-12

    2011-13

    2012-14

    Monde

    -3,31

    -1,34

    -2,91

    -2,36

    -1,25

    -0,75

    -0,64

    -0,35

    -0,19

    Pays en développement

    2,03

    -4,27

    5,81

    10,96

    8,08

    7,42

    7,19

    6,73

    6,34

    Pays émergeants

    -5,95

    14,16

    46,99

    43,64

    30,53

    32,85

    35,42

    34,35

    34,37

    Pays développés

    -4,75

    -0,55

    -7,46

    -10,34

    -8,55

    -7,86

    -8,15

    -7,58

    -7,1

    Afrique

    3,44

    -5,87

    2,56

    18,78

    7,11

    4,1

    6,79

    2,03

    -5,06

     

     

    3- Aperçu du commerce intra africain de 1995 à 2014

    (Au travers des statistiques des principales organisations économiques sous régionales. Source : CNUCED)

    Zones

    1995

    2000

    2005

    2010

    2013

    2014

    UMA (Maghreb)

    1231

    1092

    1916

    3451

    5507

    5689

    CEMAC (Afrique centrale)

    105

    99

    326

    977

    896

    804

    CEPGL (pays des grands lacs)

    5

    4

    25

    92

    187

    221

    COMESA (Afrique australe et de l'est)

    1383

    1432

    3362

    8724

    10941

    10454

    EAC (Afrique de l'est)

    539

    484

    1134

    2096

    2342

    2491

    ECCAS (Afrique centrale)

    141

    152

    417

    1509

    1563

    1124

    ECOWAS (Afrique de l'ouest)

    2293

    2682

    5985

    9622

    14197

    12378

    MRU (Mano River -Afrique de l'ouest)

    103

    111

    238

    164

    175

    184

    SADC (Afrique australe)

    6636

    5513

    9765

    31302

    39554

    39510

    UMEAO (Afrique de l'ouest)

    1052

    976

    1702

    2484

    3531

    3888

     

    4- Urbanisation des populations dans le monde de 1990 à 2014

    Source : CNUCED

    Zones

    1990

    2000

    2010

    2014

    Monde

    43

    46,6

    51,5

    53,4

    Pays en développement

    34,6

    39,7

    45,8

    48,2

    Pays émergeants

    64,2

    63,8

    63,6

    63

    Pays développés

    73,9

    75,8

    79,2

    80,4

    Afrique

    31,1

    34,2

    37,8

    39,3

     

    5- Taux de croissance du PIB dans le monde de 1980 à 2014

    Source : CNUCED

    Zones

    1980-89

    1992-00

    2000-10

    2004-07

    2005-14

    2008-14

    2005

    2010

    2012

    2013

    2014

    Monde

    3,3

    3,1

    2,8

    3,9

    2,1

    2,2

    3,6

    4,1

    2,2

    2,3

    2,5

    Pays en développement

    3,6

    4,8

    6,1

    7,5

    5,7

    5,4

    6,9

    7,7

    4,7

    4,6

    4,3

    Pays émergeants

    3,4

    -2,7

    5,8

    8

    3,2

    2,3

    6,6

    4,7

    3,3

    2,3

    0,8

    Pays développés

    3,2

    2,9

    1,7

    2,7

    0,7

    0,9

    2,5

    2,6

    1,1

    1,2

    1,7

    Afrique

    2,2

    3,1

    5,5

    6

    4,2

    3,5

    6

    5,2

    5

    3,4

    3,2

    Dont Afrique du Nord

    2,8

    3,3

    5

    5,3

    2,8

    1,1

    5,7

    4,4

    5,4

    0,9

    0,7

    Dont Afrique australe

    1,5

    2,8

    3,9

    5,4

    2,7

    2,3

    5,1

    3,3

    2,4

    2,5

    1,7

    Reste de l'Afrique (entre…-et…)

    1,7-2,6

    2,4-3,6

    5,6-8

    5,7-10,2

    5,8-7

    4,3-7,6

    6-9,9

    4,7-7,8

    5-9,3

    4,1-6,6

    4,8-5,8

     

    6- Evolution du prix des matières premières de 1995 à 2015

    Source : Moody’s (indice mondial et mensuel du prix des matières premières. Les valeurs retenues sont celles des mois de décembre des années considérées, sauf en 2015 ou le mois retenu est celui de novembre)

    NB Compte tenu de l’emplacement, les années ont été remplacées par une numérotation de 1 ( 1995) à 21 ( 2015) L’année 2000 se trouve ainsi au numéro 6 (retournement des termes de l’échange à partir de 2001, numéro


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