• Chapitre 3 : Les Cons

     

    Chapitre III : les Cons

     

    « On rentre ! » Les astronautes exultent, fini le voyage, ils vont retrouver leurs habitudes, leur confort, des têtes connues. C’est qu’on en n’est plus à l’époque sauvage du temps relatif, les astronautes revenant bien plus jeunes que leurs proches. Le temps, avec le déplacement corpusculaire, est pratiquement vaincu. Ils rattrapent la différence à chaque dématérialisation et n’ont, au bout du compte, que quelques mois de moins que les Terriens pour un voyage de deux à trois années. Le piège du temps avait été, jadis, bien plus considérable et, semblait-il, en raison de la vitesse. Plus on allait vite, plus le temps se décalait entre la Terre et ses vaisseaux. Une mission de deux ans cosmiques signifiait presque le double de temps sur Terre. Peu réjouissante perspectives et pour les astronautes, et pour la Terre. Et puis les particules ont tout bouleversé : la mini étoile est hors du temps relatif et les vitesses supraluminiques atteintes tant dans les trous noirs qu’en déplacement linéaire parfait, crèvent littéralement le mur du temps. En fait, ils arrivent mathématiquement avant d’être partis, des calculs complexes permettant d’équilibrer à peu près les époques supraluminiques, celles de navigation normale et le temps terrestre. Des calculs plus complexes encore, avec l’appoint de balises extrêmement sophistiquées lâchées par les vaisseaux d’exploration permettent par ailleurs de maintenir une liaison quasi en temps réel entre la Terre et ses navires cosmiques.

    Le cas d’Ulysse est devenu un peu spécial du fait de l’explosion de la supernova. Sans les Wipis, ils n’auraient jamais pu conserver le contact avec la Terre. Mais les Wipis ont agrippé les ondes terriennes dans les deus sens et les ont retravaillées. Sur Terre, la cellule de contact, reliée au gigantesque meuble planétaire, a été instantanément révolutionnée : les Terriens sont lancés désormais dans un intense programme d’analyse du phénomène qui les amène aussi à regarder les ondes « de l’intérieur », à la manière des Wipis. Restait toutefois le décalage énorme dû à l’explosion stellaire, aux conséquences inattendues : Ulysse a dû cette fois-ci perdre du temps au lieu d’en regagner –n’oublions pas que les machineries existantes leur font perdre artificiellement mais constamment du temps par rapport à la Terre. Cette fois-ci, l’explosion a anticipé le travail des dites machines…  Sans cerveau artificiel, ils n’auraient jamais pu effectuer les innombrables calculs et rectifications de calculs qui s’imposaient. Et les voilà à présent désœuvrés : trop jeunes pour rentrer immédiatement. Heureusement ne s’agit-il que de quelques mois à attendre.

    Sur Terre et depuis l’explosion, la situation est comique : la cellule de contact est dans le temps relatif du vaisseau mais pas dans celui de la Terre. Des gens se demandent ce qui se passe, trop vieux, eux, vis-à-vis de la cellule. Leur passé n’a pas enregistré les faits, forcément. Le paradoxe n’existe pas, il y a simplement incompréhension, chaque phénomène ayant évolué séparément. Ils ont été d’abord connectés à la cellule puis n’ont plus rien perçu. Le décalage supprime simplement le lien entre la cellule et le meuble, entre les deux temps relatifs. Les Terriens croient, peut-être à juste titre, qu’Univers et temps se tiennent, des situations paradoxales aboutissant à la création d’un univers temporel indépendant et provisoire. Une sorte de leurre qui dure autant de temps que le paradoxe. Ainsi, ont-ils imaginé, si un fils tue sa mère en remontant à la veille du jour de sa naissance, il ne la tue pas dans son univers mais, en la tuant, crée un autre univers, factice par rapport au sien. Cet univers factice, né du paradoxe, disparaît avec lui. En l’occurrence, il disparaît aussitôt créé : tuant sa mère, le fils empêche sa naissance. Empêchant sa naissance, il ne peut pas la tuer et donc empêcher sa naissance, on n’en sort pas. Sinon, comme semble le faire l’Univers, par un artifice qui revient en pratique à dédoubler les acteurs du paradoxe.

    Pour en revenir à Ulysse et à sa cellule de contact, c’est un peu ce qui se passe. Mais comme la cellule est physiquement localisée au même endroit dans les deux temps, il y a donc deux cellules qui cohabitent. Et le problème est résolu, vu des Terriens, par une sorte de dysfonctionnement momentané de « leur » cellule. Or ils savent toutefois et à peu près ce qui arrive : ils regardent donc quelque chose qui s’est passé sans se passer tout en se passant actuellement sous leurs yeux ! Lorsque les deux temps seront alignés, tout rentrera dans l’ordre, sauf que les Terriens hors de « l’autre cellule » se souviendront de quiproquo et tenteront de le recréer artificiellement. Le progrès…

    Les artifices du temps passionnent déjà ses spectateurs parce qu’ils les ont au bout de leur nez. En fait les Terriens ont déjà résolu pas mal des questions soulevées par la relativité tant du temps que de la vitesse, ne serait-ce que pour rester en contact avec ses vaisseaux d’exploration. C’est quasiment de philosophie qu’ils discutent aujourd’hui. Car ils viennent d’avoir la révélation que si le voyage dans le temps est un jour possible, la manipulation du temps reste, elle, utopique. Il n’est même plus besoin d’imaginer une déontologie ou un code scientifique quelconque. On peut trucider à tort et à travers les Hitler passés, c’est comme si l’on refaisait le monde au cinéma : aucune prise sur son propre univers. Celui-ci aurait-il finalement une logique ?

    L’équipage d’Ulysse est bien loin de ces questions. La leur est essentiellement de savoir comment passer le temps, la cellule ne pouvant leur donner aucune directive puisque déconnectée de son environnement (chez elle aussi, le paradoxe a abouti à un dysfonctionnement) Le navire peut donc faire ce que voudront ses hôtes, pourvu qu’ils le fassent dans le temps imparti. On part donc au hasard, en restant toutefois assez près du trou noir de retour, au cœur de la supernova. Et très vite, le meuble signale d’importantes émissions radio : activité intelligente ou intense activité cosmique, pourquoi ne pas aller voir cela de plus près ?

    Aussitôt pensé, aussitôt programmé et, très vite, Ulysse pénètre au cœur de la zone d’émission. La rematérialisation se passe bien, rien à droite, rien à gauche ni devant ni derrière ni au dessus ni en dessous. Par contre, les indicateurs s’affolent : des radiations partout dans lesquelles se mêlent des émissions d’ondes intelligentes. « C’est vivant et ça doit faire des dégâts ! » Fatimatou a le sens de la synthèse. Et c’est effectivement vivant et ça fait effectivement des dégâts ! Un petit bond plus loin, ils vivent quelque chose ressemblant aux « guerres des étoiles » des années 2000, quand la science fiction terrienne était financée par les lobbies militaro-industriels. Sous leurs yeux ébahis se déroulent des scènes démentes, les lasers mortels, les nefs de guerre, les bombes à gravité, rien n’y manque. Peter, fanatique de cinéma ancien, étudie religieusement le phénomène. Au travers de sa pensée transmise par le meuble, les astronautes découvrent la guerre de l’espace. Totalement primaire, primate même. Des « escadres » s’attaquent à une planète qui se défend, assaillants et assiégés redoublant mutuellement de prouesses et d’héroïsme. « Là, dit Peter, vous avez un système d’armes qui est en train de démolir le front des assaillants, les méchants je suppose. C’est une sorte de technique des particules balbutiante : le navire sombre à votre droite envoie des électrons chargés qui modifient la structure atomique des cibles touchées. Tenez, regardez : il vient d’atteindre une sorte de vaisseau de ravitaillement, le gros machin que vous voyez au loin. Il n’a rien apparemment mais Ulysse nous signale qu’il est à présent comme un astéroïde privé de vie et courant sur son aire. Probablement est-il transformé à 15 ou 20% en magma d’atomes instables ? »

    La bataille ne fait pas véritablement « rage ». Le système d’armes est isolé dans son coin, protégé par une petite dizaine d’autres nefs qui n’ont rien à faire pour l’instant. Toutes les minutes, il envoie son jet d’électrons dans le vide, jet qui émet quelques photons. On peut donc suivre la trajectoire qui se termine, deux fois sur trois, sur un vaisseau étranger dont la présence dans le noir de l’espace est alors révélée. Mais non dans un subit embrasement : juste par le faible reflet des rares photons émis sur le métal de la coque. Une sorte d’étincelle pâlotte qui permet aux astronautes de crier « touché » à chaque tir juste. C’est que, pour l’instant, les Terriens réagissent en Bulliens. Le jeu avant tout ! Elisabeth, la Terrienne froide, les rappelle à plus de conscience : « c’est atroce !, hurle-t-elle, comment pouvez-vous vous amuser à ces monstruosités ! Reprenez-vous ! » Les autres acquiescent, bien sûr, la queue entre les pattes. Mais que peuvent-ils faire ? Leur philosophie leur interdit d’intervenir et, en plus, ils n’ont aucune idée des soubassements du conflit. Qui sont les vrais méchants ? Car l’arme des assiégés est bel et bien en train de faire disparaître les assiégeants et les Wipis leur ont appris que, vu de l’intérieur, le mal était l’appauvrissement de l’organisation de la matière.

    L’équipage d’Ulysse est pris d’un tournis intellectuel car la bataille n’a pas fini d’être renversée : les jets d’électrons cessent tout à coup d’être efficaces. Ils touchent toujours leurs cibles mais l’éclair faiblard à lieu à bonne distance des nefs visées. Celles-ci ont trouvé la parade, s’entourant d’un halo d’atomes libres. Le halo n’est visible qu’au détecteur : « des gaz, de simples gaz, des molécules toutes bêtes !... » La contre-attaque se développe à l’armement classique, fusées et rayonnements, le tout empli d’électronique, mesures et contre mesures à l’appui. Le nombre reprend se droits, les assiégés finissant par être atteints, surtout par les rayons. Les fusées, elles, ne servent qu’à saturer les ordinateurs. Et il n’y a toujours pas beaucoup de mobilité : les deux camps concentrent leur puissance électronique sur les tirs, n’osant pas soustraire de temps informatique pour la navigation. Les défenses de la planète sautent cependant plus rapidement que celles des attaquants et, bientôt, un nombre croissant des navires dominés en est réduit à des manœuvres d’évitement, voire de courts déplacements dans l’espace. Ca sent la fin…

    Ulysse lance soudain un signal strident : « on nous prend pour cible ! » De fait, les croiseurs des assaillants, sans négliger ce qui subsiste encore de leurs adversaires, ont repéré l’astronef terrien. Et ils tirent dessus, aussi massivement que sur les autres vaisseaux. Passe encore pour les rayons, lesquels ne peuvent vaincre la technologie corpusculaire des Terriens. Mais les fusées sont autrement dangereuses : Ulysse n’a strictement aucune défense sinon sa mobilité. Les secousses sont toutefois dures pour l’équipage d’autant que l’ennemi, voyant que ses fusées embêtent le vaisseau au contraire des rayons, apparemment inopérants,  redouble d’ardeur. Ulysse se transforme en mini étoile, ce qui fait croire aux attaquants qu’il a été détruit. Les tirs cessent.

    Bulli est furieux, songe très fort à ces « salauds de barbares » en oubliant que le meuble est resté sous l’influence programmée des Wipis. La mini étoile fond d’un coup sur l’escadre victorieuse dont elle supprime, nef par nef –le spectacle est dantesque, une énorme boule de lumière sautant d’une masse sombre à une autre- les programmes de tir. En moins d’une demi-heure, l’escadre guerrière est réduite au silence et donc, à la merci des assiégés. Lesquels reprennent tout aussitôt leurs propres tirs en multipliant les cartons. Voyant cela, les Terriens sont consternés. La mini étoile répète alors ses ravages chez les assiégés : la « pax terrania » s’étend dans le cosmos.

    « Quel gâchis ! », constate Elisabeth. « Nous ne savions même pas de quoi il s’agissait… » « On peut toujours rétablir les programmes de tir ! », ricane Bulli. La dispute est interrompue par Ulysse : « on a de la visite ». Prudemment, la nef terrienne reste à l’état corpusculaire : surgissant du néant, un gros vaisseau s’approche d’eux. Il vient très près puis se met en orbite. Un sas s’ouvre après quelques minutes d’attente pesante et des formes humanoïdes s’en extraient. Flottant dans le vide, elles braquent des engins pointus dans leur direction. Comme rien ne se passe, les étrangers multiplient les sorties et installent des sortes de machines autour de la mini étoile.

    En son sein, les astronautes dématérialisés s’interrogent ferme, au point de former un désir collectif de savoir ce qui se trame. Des succédanés de traits lumineux sont émis par la mini étoile, s’enfoncent dans la masse des étrangers et de leurs machines et envoient l’explication du phénomène aux Terriens : « ils ne sont pas contents, c’est certain bien qu’ils aient été sur le point d’être annihilés. Ensuite, ils vous étudient et ne comprennent rien » Le meuble dématérialisé se tait un instant avant de reprendre : « vous avez bousillé leur…Le mot n’est pas exactement jeu, c’est plus complexe » Mais l’explication sera pour plus tard car le meuble change de ton : "ça y’est ! Ils viennent de découvrir notre vie corpusculaire et ils ont peur ! »

    De fait, dans l’espace, les formes humanoïdes s’agitent, rapatrient leurs machines, se précipitent dans les sas. C’est le branle-bas de débandade ! Les « corpuscules pensantes », ça les dépassent, les barbares. Ce n’est plus du jeu, il y a de la triche dans l’air ! Car c’est à cela qu’ils pensent, les dits barbares, à la triche. Une triche dangereuse en plus car à la technologie inconnues. On fuit par réflexe, sans se soucier de rien d’autre et, notamment, d’être suivi par les tricheurs. Le gros vaisseau étranger file dans l’espace, suivi comme une ombre –en fait, comme une lumière !- par la mini étoile. Il accélère, accélère encore, abandonne ce faisant des particules qui ne suivent pas un mouvement trop rapide. Les traits lumineux renseignent les Terriens sur l’état d’âme, proche de la panique, du vaisseau poursuivi. Et, du même coup, indiquent au meuble que les poursuivis désirent passionnément n’être plus poursuivi. Ulysse s’arrête net. Puis reprend sa course, poussé par le désir des Terriens de recoller au vaisseau. S’arrête encore. Repart. S’arrête à nouveau et ainsi de suite. Le meuble n’a cure de ces « stop and go », réagit en machine, comblant les uns après les autres les désirs contraires. Lorsque Fatimatou comprend enfin la dialectique wipie et fait cesser les émissions de traits lumineux, les deux protagonistes approchent de la planète il y a peu assiégée. Leur arrivée est suivie par plusieurs milliards d’êtres angoissés. Leur vaisseau a dû ralentir pour pénétrer l’atmosphère sous un angle propice. Il va néanmoins trop vite et subit d’importants dégâts, tant en haute altitude, boucliers thermiques malmenés, qu’au sol où il pâtit de sa vitesse et casse ses étendons. Le vaisseau se couche bruyamment. Ulysse se précipite, faisant étinceler l’air ambiant et provoquant un ouragan magnétique, pour rétablir l’ordre : transformé puis rematérialisé, le vaisseau étranger repose enfin et normalement sur son aire, tous dégâts matériels et humains étant effacés. Ulysse se retire du vaisseau avec lequel il avait fait corps le temps des réparations, reprend de la hauteur et disparaît dans le ciel de la planète.

    Dix minutes terrestres plus tard, une navette se dirige lentement vers le sol, ses occupants priant Dieu pour qu’on ne leur tire pas dessus. Ils n’ont, eux seuls, aucune protection… Mais ils peuvent se poser sans problème. Ils découvrent pourtant avec stupeur l’immense armada de soldats et d’engins militaires qui les entoure, toutes armes dirigées contre eux. De toute façon, il est trop tard pour repartir, ces armes peuvent détruire la navette. Mieux vaut sortir les mains en l’air après s’être souvenu de quelques comportements du genre dans le passé terrien…

    Quelle engueulade ! Jamais les Terriens n’ont été reçus de la sorte, flétris d’épithètes aussi désagréables, conspués par une foule déchaînée, traduits devant des responsables ulcérés et, finalement, jetés dans un cul de basse fosse en l’attente d’engueulades ultérieures prévisibles. Pas contents du tout, les habitants de cette planète, vraiment en colère !

    Dans Ulysse, on n’a pas encore décidé d’agir. Les boîtes branchées au meuble indiquent que tous les volontaires sont sains et saufs bien qu’emprisonnés. On attend la nuit, presque par instinct car, de jour comme de nuit, il n’y a qu’une solution : venir chercher les prisonniers par dématérialisation. La mini étoile sur la prison et, hop !, ni vu ni connu, on déménage. C’est tout-à-fait vu et connu que ça se passe en fait, la clarté générée par Ulysse réduisant à néant les espoirs des astronautes d’agir en douce. Ca rapplique de tous les côtés, les invectives reprenant de plus belle à en juger aux mines des spectateurs. Il faut en avoir le cœur net et, outre les astronautes emprisonnés, Ulysse récupère trois habitants de la planète. Lesquels, en vociférant dans le meuble, révèlent aux Terriens le pourquoi de leur vindicte : leur guerre des étoiles est un jouet coûteux, horriblement coûteux qui leur sert, un, à apaiser leurs instincts primaires, deux, à progresser technologiquement. Il n’y a aucun massacre, tout étant dirigé du sol et leurs vaisseaux étant automatisés, sans aucun équipage. Les formes humanoïdes qu’ils ont aperçues provenaient d’un vaisseau d’observation, un vaisseau « scientifique » On casse du matériel, c’est tout et ça permet de se défouler tut en utilisant la guerre pour découvrir de nouvelles techniques : beaucoup plus rapide que les programmes de recherche civils. Et leur jeunesse trouve dans ce jeu un formidable exutoire à son trop plein de vie. Le système a fait ses preuves et son coût est relativement moins élevé que celui d’une évolution avec de vraies guerres. Point final et voilà pourquoi ils râlent.

    -          « Mais vous nous avez attaqué ! », rétorquent les Terriens ;

    -          « Vous n’aviez rien à faire dans le secteur »

    -          « Mais enfin, l’espace ne vous appartient pas ! »

    -          « Puisque vous disposez d’une technologie supérieure, vous auriez dû comprendre. De plus, cet espace, dans notre système, est tout de même plus le nôtre que le vôtre ! »

    Il fallut de nombreuses heures pour apaiser les trois habitants de la planète et leur faire admettre les circonstances atténuantes des Terriens. « Ils sont sous-développés mentaux ! », dit Elisabeth. Les trois habitants l’acceptent d’ailleurs très bien : ils refusent d’évoluer physiquement et mentalement et ont surmonté leurs contradictions d’une façon insensée : par l’organisation de leur technologie. Ainsi cette guerre  qui les empêche de se trucider réellement. Mais il y a d’autres bizarreries : ainsi jouent-ils aux riches et aux pauvres en se dévoluant temporairement la richesse. Un temps ils sont riches, un autre temps ils sont pauvres ! Et ils font révolution sur révolution en utilisant des armes non létales. Le « jeu » est ordonné électroniquement, les vaincus étant éliminés jusqu’à la fin de la partie en cours. Après quoi, ils sont « redistribués » au hasard, cette redistribution faisant partie de la dévolution temporaire des richesses. Leurs trois hôtes ont réussi à rester riches quatre parties durant… Tous le reste est à l’avenant, complètement dingue !

    Elisabeth explique l’inadaptation du mot « jeu » qui ne convient pas à la situation. « Retardés mentaux, ils trouvent dans ces « jeux » le seul moyen de faire évoluer leur technologie. C’est plus que des jeux, c’est une organisation, c’est l’organisation. Jusqu’où tout cela ira-t-il, eux-mêmes n’en savent rien. Mais ils refusent obstinément de changer de mental. Ils sont crétinisés jusqu’à la moelle mais tiennent à leur crétinisme comme à la prunelle de leurs yeux. Leurs philosophes se sont fait une raison et se sont soumis à la masse. Une masse d’imbéciles simplement limitée dans ses débordements par une organisation démente de leur technologie. Tenez, je perçois une autre aberration : ne voulant pas laisser le féminisme se développer, ils l’ont transformé en concept « actif-passif » s’appliquant successivement à chacun des habitants selon un « jeu » similaire aux autres. Il n’y a plus d’homme ou de femme mais des actifs et des passifs distribués au hasard. Et ils changent à chaque partie. Sur les trois mâles ici présent, il y a deux actifs et un passif, lequel a eu la chance, nous dit-il, de tomber cette fois-ci sur une compagne active. Des fois on leur attribue des conjoints de même sexe mais « chargés » à l’opposé. Ca aide, nous disent-ils, à réduire la surpopulation car seuls les naissances issues de couples « normaux »  (homme actif et femme passive) sont autorisés. J’aime mieux vous dire que ça barde sacrément dans les ménages ! Mais ils aiment ça… »

    « Mesdames et Messieurs, termine solennellement Elisabeth, vous avez devant vous la crème de la crème de la bêtise cosmique. Autant ajouter que vous n’arriverez  pas à dialoguer avec ces idiots. Réactivons leurs programmes de tir et foutons le camp ! » Aussitôt dit, aussitôt synthétisé, le plan est mis à exécution. Après un ultimatum adressé à la planète pour éviter la reprise des hostilités avant leur départ du système, Ulysse réactive les vaisseaux de guerre. Il a fallu cet ultimatum car les cons (c’est le nom que les Terriens ont imaginé pour ces idiots) ne voulaient rien entendre. Et encore fallut-il  accompagner l’ultimatum d’une démonstration rédhibitoire de force, la dématérialisation d’une foule, pour qu’il soit accepté. Ulysse et son équipage sont ensuite partis sous les huées et les quolibets. Mais sans regret…


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