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    Crimée : lutte d’influence et manipulation

     

    Ce qui se passe non pas en Crimée où l’immense majorité de la population refuse le régime nationaliste ukrainien issu des émeutes de Kiev, mais autour de cette affaire mérite d’être mis en exergue tant sont visibles ici les dessous normalement « habillés » des relations internationales.

    On voit bien que la Crimée –ainsi que la défense des populations russophones et russophiles- est un « casus belli » pour la Russie. Elle n’est d’ailleurs ukrainienne que par un décret de l’ex-Union Soviétique dans les années 1950, soit il y a moins d’un siècle ! Néanmoins, nos gouvernements (entendez ici les gouvernements occidentaux) jouent aux Matamores face à la réannexion en cours de la dite Crimée par la Russie. Dont on devine par ailleurs et aisément le jeu : elle feint de s’intéresser aussi aux autres provinces orientales de l’Ukraine pour d’une part affoler le nouveau pouvoir de Kiev et, de l’autre, avoir de quoi sauver la face de l’Occident quand le jeu se dénouera : elle n’envahira pas les dites provinces orientales ou s’en retirera si elle y a déjà envoyé des troupes. Ce, dans le cas de rapports « civilisés » entre nations qui savent pertinemment où elles mettent les pieds…

    Mais en face, minés par une crise qu’ils se refusent à combattre en arrêtant de déshabiller les salariés au profit des actionnaires, les dirigeants occidentaux pensent se refaire électoralement en jouant les durs. Et nous manipulent par la même occasion, nous sachant tout de même réticents face au dit durcissement : toutes les opinions publiques occidentales refusent catégoriquement de « mourir pour Sébastopol »…  

    Ça, c’est l’apparent, ce que chacun peut déduire des informations tronquées qu’il reçoit. J’écris « tronquées » car, derrière cette vision des choses, il y a le « non-dit », le fait que l’Occident a financé et assisté les émeutiers de Kiev pour renverser le pouvoir pro-russe et que la contre-offensive russe prive le dit Occident du contrôle de la mer Noire et des gazoducs futurs et existants qui partent d’Asie mineure vers l’Europe occidentale. En fait, les Russes conservent ce qu’il y a de « bandant » dans cette partie du Monde et laissent aux Occidentaux le bâton merdeux de la dette ukrainienne. Ce, alors que les Polonais, notamment, se voyaient déjà à Sébastopol tandis que les firmes allemandes se voyaient, elles, déjà ouvrir des succursales sur tout le territoire ukrainien, Crimée incluse. Dans un pays ruiné et sans contrôle des leviers des hydrocarbures de la région, les espoirs de profits rapides sont toutefois très hasardeux. Le monde des affaires des marches orientales de l’Union européenne a donc tout fait pour monter leurs dirigeants politiques contre les Russes et il n’y a guère que notre ahuri de président pour se lancer sans regarder dans cette croisade sans espoir : qu’avons-nous à y gagner quand nos produits sont, nous dit-on, 25% plus chers que les produits allemands ?!

    Ce, alors que des sanctions contre les Russes, forcément économiques, ne pourront jamais être très graves pour ces derniers : ils peuvent, avec les Chinois, nous faire infiniment plus de mal que nous ne pouvons leur en faire sur ce terrain, ne serait-ce qu’en bloquant leurs importations d’Occident sans compter les jeux vicieux qu’ils peuvent déclencher à tous moments tant sur nos monnaies que sur les intérêts de nos dettes publiques : nous pensons que les pays pétroliers arabes sont prêts à nous sauver financièrement et c’est peut-être vrai pour quelques dizaines de milliards en France seulement. Croyez-vous qu’ils le feront si les Russes et les Chinois déclenchent des manœuvres concernant non pas un pays mais tout l’Occident ? Il faut savoir à cet égard que les avoirs des deux pays en Occident dépassent allègrement les 5 000 milliards de dollars et que s’il devait y avoir une guerre économique, nous n’aurions aucune chance de la gagner : nos rentrées financières conséquentes ne viennent plus que de nos exportations dans ces pays, sachant que nos marchés intérieurs sont plus que minés par les dettes privées comme on a pu le voir en 2008.

    Ce, alors que la guerre conventionnelle, qui plus est à l’ère nucléaire, n’est plus possible aujourd’hui quoiqu’en pensent les béni-oui-oui des lobbies militaro-industriels occidentaux : cela fait 10 ans maintenant que tant les Russes que les Chinois ont recommencé à accroitre (fortement) leurs dépenses militaires et tous deux possèdent aujourd’hui des arsenaux qui ont même été décisifs, selon mes informations, dans la décision d’Obama de ne pas tenter de bombarder la Syrie : les Russes avaient équipé l’armée d’Assad de missiles sol-air tellement performants qu’il y avait peu de chance que nos avions réussissent leurs missions sans beaucoup trop de dégâts. Mais, ça, on ne vous l’a pas dit !

    Car les informations que vous recevez à ce niveau de la « diplomatie secrète » sont quasi nulles. Tout ce que vous voyez sont des grandes déclarations de principe satanisant l’adversaire, en général pilotées en France par cet autre ahuri de Bernard Henri Lévy qui n’a jamais été fichu de comptabiliser les morts de la fameuse doctrine d’ingérence si chère à Bernard Kouchner : il n’y a pas eu dix fois plus de morts dans les pays où nous nous sommes gentiment invités mais 100 fois, oui, cent fois plus du fait de notre ingérence. Et encore, je suis gentil : le Raïs irakien déplait aux Américains : plus de 200000 morts en deux guerres alors que l’invasion irakienne au Koweït n’engendra que quelques centaines de décès. Lybie : plus de 20000 morts sans compter la suite au Mali alors que la remise au pas de Benghazi par Kadhafi n’aurait au pire entrainé que quelques centaines de tués. Les interventions américaines en Amérique latine ont généré des coups d’Etat plus que sanglants (voir le Chili) et nos interventions en Afrique noire se sont toutes soldées par beaucoup plus de morts qu’il n’y en aurait eu sans notre intervention. Dernière « sale » intervention en date : la Côte d’Ivoire où notre refus d’un Gbagbo beaucoup trop indépendant au gout de la FranceAfrique a entraîné plus de 2000 morts et le déplacement de plus de 150 000 ivoiriens ! Etc., etc. A chaque fois que « BHL » ouvre la bouche, vous pouvez vous amuser à regarder le sang qui en dégouline…

    Revenons à nos moutons de Crimée : pour que vous ayez une idée nette de l’importance de ce petit pays (il s’agit d’une République autonome, même sous régime ukrainien) pour son voisin russe, souvenez-vous simplement de la réaction américaine quand l’Europe dépêcha des troupes pour se faire rembourser les emprunts mexicains : les « Yankees », pourtant en guerre civile, n’hésitèrent pas à armer et financer les révolutionnaires mexicains pour nous foutre dehors (ce qui se passa) La fameuse « doctrine Monroe », toujours en vigueur, nous interdit d’ailleurs toujours de nous mêler des questions d’importance en Amérique latine. Nous pouvons commercer avec elle, y investir même, mais dès lors qu’une question est estimée « sensible » à Washington, nous n’avons plus, même aujourd’hui, qu’à nous retirer.

    Et ce sont les mêmes Américains qui, aujourd’hui, voudraient se mêler des affaires de l’empire russe ?! S’ils le font, c’est essentiellement parce qu’ils ne pourront pas contrôler les hydrocarbures de la mer Caspienne, comme ils ont voulu le faire dès qu’on en a trouvé là-bas. « Touchez pas au grisbi ! » disent-ils en résumé aux Russes qui, eux, ont des visées plus larges sur le dit grisbi : le contrôle du gaz d’Asie centrale est vital pour eux tandis que leur « doctrine Monroe » veut interdire aux Occidentaux de se mêler des affaires dans lesquelles des populations russophiles sont concernées.

    Tout le reste est littérature et crétinisme : car les bons sentiments ne sont même pas en notre faveur dans cette affaire de Crimée. Nous parlons de démocratie et soutenons des rebelles qui ont démoli un pouvoir élu. Alors nos intellectuels fatigués inventent un nouveau concept, lu dans Marianne (Jacques Julliard) : "la démocratie représentative n’est pas la démocratie…" N’importe quoi puisque nous sommes intervenus de multiples fois pour imposer notre idée d'élections libres ! Mais ce concept leur permet ensuite d’affirmer sereinement que le vote des habitants de Crimée n’est pas démocratique. Alors que, là, il ne s’agit pas d’élection de représentants mais d’un référendum, donc de démocratie directe, proposant soit le rattachement à la Russie, soit une plus grande autonomie au sein de l’Ukraine. Notre président ahuri ose dire à ce moment que ce n’est pas démocratique puisque les gens votent sous la contrainte des militaires russes (avec scènes multiples de joie à l'écoute des résultats) Et de nous présenter quelques milliers de Russes anti-Poutine comme l’expression majoritaire de la Russie face à cette affaire : il existe des journaleux pour répéter mot pour mot ces conneries, comme ceux du journal Le Monde, décidément plus cons que cons ! Même la presse américaine, pourtant on ne peut plus anti-Poutine elle aussi, n’a pas osé !

    Notez que Poutine est réélu démocratiquement et régulièrement tandis que ses opposants n’arrivent même pas à s’entendre entre eux : il y en a qui sont encore plus virulent que Poutine vis-à-vis de Kiev ! Mais nos mêmes journaleux présentent ces élections comme des farces… Et puis il y a leur nouveau concept qui ne durera, rassurez-vous, que le temps de l’affaire de Crimée : la démocratie représentative n’est pas la démocratie. Je serais d’ailleurs un peu d’accord là-dessus si le concept n’était pas aussi commode pour notre camarilla au pouvoir, camarilla défendue par ailleurs bec et ongle par les journaleux…

    Voilà, chères lectrices et chers lecteurs, ce que m’inspire la Crimée aujourd’hui : la preuve éclatante que nous sommes manipulés par des dirigeants retors et des journalistes complices et crétins (« nous sommes tous des Ukrainiens » de BHL est une phrase profondément débile et inculte) Faudra bien qu’un jour vous fassiez plus que vous en rendre vaguement compte : vous pourriez, petit exemple qui ne coûte pas cher, ne plus acheter les journaux qui vous manipulent et ne plus regarder les émissions qui en font autant. C’est ça, se prendre en main…


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