• Croire en Dieu ?

    5) Qui croit encore à Dieu

    Une minorité croit encore "aux dieux" : les Hindouistes surtout plus quelques illuminés membres de sectes obscures. Mais nombreux sont encore ceux qui croient aux "esprits" et aux anges, sorte d'intermédiaires entre l'Etre suprême et les humains. C'est le cas de l'immense majorité des Subsahariens pour qui les morts peuvent hanter les vivants. Les animismes (il y a plusieurs croyances) attribuent de fait la création de l'Univers à une entité unique et bien trop éloignée des humains pour s'en préoccuper. Ils ont donc imaginé que de nombreuses formes d'essence divine existaient autour d'eux, dont leurs ancêtres. Mais aussi des "petits" dieux de l'eau ou du feu, du vent, des arbres...  Les guerres récentes ont même redonné naissance au Congo-Brazzaville à des légendes sur des oiseaux ressorties d'un lointain passé. Bref, les animistes ne prient pas directement l'Entité suprême qui ne peut les entendre mais tout un "bestiaire" d'intermédiaires. Ce pourquoi les religions du Livre ont si bien marché chez eux avec leur Dieu unique et des cohortes de saints à qui l'on peut plus aisément s'adresser.

    A vrai dire, toutes les religions d'aujourd'hui se sont appuyées sur les croyances d'hier pour s'imposer. Les fêtes chrétiennes ont été calquées sur des fêtes païennes, à commencer par la première d'entre elle, Noël, qui marque la naissance du Christ. Or Jésus de Nazareth n'est certainement pas né un 25 décembre. Mais toutes les religions antérieures célébraient le solstice d'hiver aux alentours du 20 décembre. La Pâque chrétienne, pareillement, colle à la Pâque juive qui célèbre le sauvetage des enfants mâles d'Israël à la veille de l'exode (qui n'a pas existé, donc le sauvetage en question non plus...) Tandis que la Pâques chrétienne célèbre un ensemble d'événements qui n'ont rien à voir avec les enfants d'Israël : le sacrifice du Christ, son dernier repas (la Cène), sa résurrection  ! Dans les deux religions, il est de tradition de manger de l'agneau qui n'a rien à voir avec les Chrétiens : pour eux, descendants des Romains, l'agneau n'était pas une viande noble et les légionnaires avaient d'ailleurs demandé (et obtenu) qu'on ne leur en serve pas plus de deux fois par semaine.  L'Islam a simplifié la chose en reconnaissant d'entrée les autres religions du Livre comme ayant été délivrées, comme la leur, par des prophètes. Ils ont donc pu tranquillement créer leurs propres fêtes, dont celle de l'Hégire, la plus importante d'entre elles : c'est la naissance de Mohamed. Les dates varient en fonction de paramètres divers et, en 2019, cette fête aura lieu en septembre. De même que varient les dates d'une autre fête célèbre, celle du Ramadan, jadis une longue période d'abstinence devenue, au fil du temps, une longue période festive nocturne.  Il en va de même avec les fêtes bouddhistes : l'une des plus importante, la fête des grandes étapes de la vie de Bouddha (dont sa naissance) a lieu partout au tout début du printemps. Et je suis certain que l'arrivée du printemps étaient célébrée dans toutes les religions précédentes !

    Il y a encore des ruraux, surtout dans les pays émergeants, pour croire à la divinité de ces fêtes en réalité d'origine polythéistes (plutôt que païennes) Et comme les ruraux restent majoritaires dans le monde en mars 2019, il est d'autant plus difficile de sortir de l'archaïsme que ceux qui n'y croient plus restent prisonniers des traditions. Les citadins occidentaux savent très bien aujourd'hui qu'il s'agit essentiellement de consommation, on est très loin de la grosse bûche mise dans l'âtre pour qu'elle tienne jusqu'au retour de la messe de minuit et des cadeaux aux enfants se résumant à des oranges et des petits personnages en sucre !  Mais ils continuent néanmoins à acheter des crèches et des arbres de Noël en sus des cadeaux dingues faits aujourd'hui à nos rejetons...

    On peut néanmoins tenter d'imaginer qui croient encore à quoi dans ces manifestations religieuses modernes. On ne peut préalablement que scinder les croyants (et non croyants) en groupes : les ruraux et les citadins, on l'a vu ; et les pays émergeants par rapport aux pays développés. Le niveau d'éducation et l'environnement géographique...

    - Les ruraux des pays émergeants sont globalement et fortement croyants. Ils partent d'ailleurs parfois en guerre de religion (culturelle en fait) comme en Centrafrique ou au Nigeria. Souvenons-nous à cet égard des "Versaillais" du temps de la Commune de Paris (1870) : une armée de paysans ulcérés parce que les Communards avaient osé fusiller des prêtres ! Leurs répliques furent encore plus meurtrières...  Et ces ruraux croient à la fois aux principes de base et aux rites. Ils prennent tout. Les guerres les rendent plus religieux encore car cherchant ailleurs des raisons de continuer à exister. Il faut voir les foules asiatiques visitant les temples citadins pour mieux percevoir cet engouement religieux dans les campagnes. La foi y est aussi forte que la terre qui nourrit les paysans... Mais le taux de ruralité diminue dans le monde entier. En Afrique, le nombre des ruraux a augmenté fortement du fait de la forte croissance démographique, mais la part des ruraux dans la population ne cesse de diminuer. Dans moins d'une décennie, il y aura là bas autant de citadins que de ruraux. Et la problématique religieuse ne sera plus la même.

    - Car, dans les villes, le message religieux passe nettement moins bien. Les gens vivent les uns sur les autres plus que les uns à côté des autres et leurs opinions divergent. Les idées bouillonnent, les remises en cause sont le quotidien, le cosmopolitisme joue. Ainsi les Africains ont-ils réagi de deux manières contraires à la domination des Blancs : l'imitation (et la christianisation) et le rejet (et le renforcement de l'animisme ou la conversion à l'Islam) Aujourd'hui et du fait d'une politique africaine lamentable des Français, le renforcement de l'animisme retrouve une seconde jeunesse, le bouillonnement des idées est franchement autocentré et hostile aux étrangers. On peut s'attendre donc à un reflux prochain des christianisme dans les villes d'Afrique subsaharienne. Mais je pense que les ruraux ne bougeront pas. Du moins pas tout de suite... L'Asie bouddhiste commence déjà à bouger, l'armée devant intervenir de plus en plus pour maintenir la paix civile dans les cités : le système basique (une vie meilleure à la renaissance si on est très sage dans la vie actuelle) n'a visiblement plus le même effet au 21e siècle qu'au 20e. Et ce n'est que par la terreur que les militaires empêchent les citadins d'exprimer plus fortement des opinions dissidentes. Même si, globalement, les principes de base persistent même en ville, ils sont réinterprétés. En Thaïlande par exemple comme en Birmanie, l'opposition exige la démocratie tout en s'opposant de plus en plus violemment aux religions étrangères. J'ai déjà parlé de l'Islam qui se voit attaqué dans les villes. Les radicaux ne tiennent que grâce à l'appui des ruraux et des anciens ruraux végétant dans les bidonvilles : à relativement court terme, une affaire d'une à deux décennies, cette religion sera remise fortement en cause chez les Arabes mêmes d'Afrique du nord.

    - Enfin, dans les pays européens, la messe est dite. Certes, les popes ont connu une renaissance certaine après l'effondrement du soviétisme. Ce, parce que le dit soviétisme avait voulu "gommer" le divin, lequel ne relève pas de la politique mais de l'intimité humaine. Il se venge aujourd'hui avec l'appui d'un Etat qui y trouve son compte. Mais à l'Occident, il en va tout autrement : les églises sont désertées même dans les campagnes. Quelques femmes et quelques familles traditionnalistes maintiennent un lambeau de christianisme que le tout fric et le consumérisme à outrance, accouplé à l'individualisme anglo-saxon, a définitivement cramé dans les grandes villes. On peut dire sans se tromper que les citadins d'Europe occidentale, ultra majoritaire aujourd'hui, ont totalement perdu le sens du divin. Alors les sectes fleurissent, des succédanés pauvrissimes servent de bouée de secours pour les jeunes (l'écologie par exemple ou le végétalisme) comme pour les vieux (l'accueil des immigrés) mais globalement, le mal-être des non nantis augmente.  Les nantis, eux, ne se posent pas ce genre de question. Ils ont rejeté la religion dès lors qu'ils ont vu que celle-ci condamnait leur égoïsme. Ils se vautrent dans la jouissance de leur supériorité matérielle et son encore plus perdus pour le divin.

    Car celui-ci reste tout de même fondamental pour les humains. Ils ont ce divin implanté dans leur âme. Certes et peut-être cette implantation innée vient-elle de millénaires d'interrogations des préhominiens, interrogations auxquelles la Science continue à ne pas répondre. On sait aujourd'hui que l'acquis répété longtemps peut devenir inné. Et se répandre bizarrement sans contact (observation des singes notamment) Mais peu importe : lorsque les Néanderthaliens puis les Sapiens Sapiens arrivèrent voici une centaine de milliers d'années, ils enterrèrent leurs morts. Et quand ils se sédentarisèrent, ils créèrent tous en même temps des religions...

     


    Tags Tags : ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :