• Croissance africaine

    Baisse du prix des matières premières :

    l'Afrique n'est pas vraiment affectée

    Christian d'Alayer - 7 avril 2015

     

    Les chiffre de croissance économique des différents pays commencent à tomber pour l'année 2014 : les prévisions deviennent en effet "estimations". Ce qui en ressort pour l'Afrique paraîtra miraculeux voire sujet à caution pour tous ceux qui croient encore que le développement du continent est essentiellement dû et aux investissements étrangers, et aux exportations de matières premières tant minérales qu'organiques.

    Car l'impact de la baisse très importante du prix des matières premières depuis 2013 n'a pratiquement pas eu d'effets négatifs en Afrique ! Voyez le tableau ci-contre : il montre bien qu'hors quelques rares exceptions, les taux de croissance se sont très bien tenu l'an dernier quand ils n'ont pas continué tranquillement à grimper. Seuls quelques pays ont "plongé", tel l'Angola du fait de sa trop grande dépendance vis-à-vis de l'or noir. Mais vous noterez que le Nigeria, réputé lui aussi très dépendant de cette matière première, n'a pas reculé. Et ceci alors que la presse occidentale s'est tout récemment gaussé du recul de ses milliardaires dans les classements de Forbes : ce n'est pas parce que quelques richissimes Nigérians perdent une partie de leur magot malencontreusement exposée aux aléas du prix du pétrole que toute l'économie nigériane doit tousser...

    Le cas de l'Afrique du Sud est différent et son mauvais score est moins lié à la baisse du prix de l'or qu'il n'y paraît. Ses nombreuses multinationales investissent malheureusement beaucoup trop à l'étranger et pas assez au pays tandis qu'elles se laissent aller à des pratiques qui privent l'Etat sud-africain d'une part importante de ses revenus dus à l'extraction de ses minerais.

    On voit aussi que la Côte d'Ivoire, le Congo Kinshasa et le Mali bénéficient du phénomène de la reconstruction qui, partout et de tout temps, a boosté les économies d'après guerre. Là encore, peu importe que le cacao, le café, le coton ou le Coltrane ou toute autre matière première ait perdu plus de 30% de sa valeur en un an et demi !

    Quant aux "tigres", in fine, leurs taux  se rapprochent singulièrement de ceux de la Chine de la meilleure période : l'Ethiopie était à plus de 9% en 2013, elle est estimée à plus de 8% l'an dernier, tout comme la RDC. Et le Nigeria monte presque inexorablement et en dépit de toutes conjonctures ailleurs néfastes... Il n'y a guère qu'au nord et au sud du continent que la croissance piétine. L'Afrique du Sud, on l'a vu, autour de 2% et le Maghreb entre 3 et 4%. Laissons à l'Egypte le temps de se remettre de ses émotions politiques non sans toutefois et auparavant remarquer qu'en dépit des dites émotions, son PIB n'a jamais été en récessions (voir tableau 2) La perte de 3 points annuels de croissance explique toutefois l'échec final des Islamistes au pays des Pharaons...

    Globalement, en intégrant donc les pays dont la croissance a été plus faible, l'Afrique passerait d'un taux de 4% en 2013 (1 point au dessus de la moyenne mondiale) à 4,8% l'an dernier et devrait accélérer ensuite son développement avec un taux moyens de près de 6% en 2015. A noter qu'avant la chute des cours des matières premières, l'Afrique tournait déjà au dessus de 4%/an de croissance (4,5% en 2012) : tant la chute des prix de bon nombre de ses matières premières que le ralentissement d'activités chez ses principaux clients ne lui auront donc et finalement coûté qu'un demi point de croissance au plus, la poursuite des baisses de prix n'entrainant, elle, aucune conséquence.

    Les économistes patentés tant des principaux instituts internationaux que des médias occidentaux (pour la plupart conseillers de sociétés bancaires) vont donc devoir réviser leurs cours et revenir, comme on dit, aux "fondamentaux" pour expliquer le développement africain. La financiarisation n'est plus ici d'aucune utilité tandis que les rendements décroissants, intéressants pour orienter des économies déjà développées, ne sont guère plus efficients sur le continent. L'accélération des croissances économiques africaines vient probablement de phénomènes très largement culturels, l'exode rural et l'urbanisation, qui modifient en profondeur la mentalité et le dynamisme des populations. C'est le fameux "facteur résiduel" de Schumpeter que quelques universitaires américains ont voulu réduire au seul progrès technique mais qui s'avère très clairement beaucoup plus étendu avec l'exemple africain.

    Les facteurs de la croissance économique mis en évidence par le même Schumpeter entre les deux guerres mondiales semblent d'ailleurs et tous les trois responsables du décollage africain : le travail, avec une démographie forte et d'immenses progrès d'éducation, le capital avec non pas l'apport de l'argent étranger mais essentiellement la forte épargne des autochtones (autour de 20% en moyenne continentale) Et le facteur dit résiduel, l'évolution des mentalités comme on vient de le voir plus que le progrès technique stricto sensu. C'est une explication quasiment scolaire et presque scientifique : on peut contrôler sa validité pratiquement en direct sur le terrain !

    Et on est loin, très loin, des clichés parfois même racistes lu ou entendu ici et là en Occident sur un continent qui aurait été voué à la pauvreté après avoir été un réservoir d'esclaves. Peut-être d'ailleurs que ces clichés ont empêché les économistes et experts occidentaux de comprendre le réveil africain ?

    Encadré

    Une baisse relative des prix des matières premières

    "Guerre des prix", "offensive de l'Arabie saoudite contre les gaz de schiste", "faiblesse de la croissance chinoise" (avec 6 à 7% de taux de croissance !), que d'explications ont été avancées ici et là devant la baisse assez générale des prix des matières premières, pétrole en tête : il avait dépassé les 100 $ par baril, il est tombé en dessous des 50 $... L'indice de référence, celui de la société Standard & Poors sur le marché de Chicago (le plus grand marché à terme de matières premières du Monde), est retombé, avec une perte de 30%, à son plus bas niveau de...2009. Oui, les économistes s'affolent parce que les matières premières chères, auxquelles ils sont à présent accoutumés, sont cette année à leurs prix d'il y a 6 ans. Avec un peu plus de recul, ils verraient pourtant que les  prix historiquement les  plus bas jamais atteints par des matières premières sur notre planète le furent dix ans plus tôt, en décembre 1999. Ce mois là, le 10 décembre très exactement, le prix de l'or noir s'enfonça en dessous du seuil misérable de 10 $ le baril, 6 petits cents par litre ! On voit donc que la baisse actuelle est toute relative et que les prix laissent un peu plus que quelques menues monnaies aux pays producteurs. Les hydrocarbures ne sont pas en reste. Voyez l'or : 300 $ l'once en 2009, plus de 1600 $ l'once au plus fort de sa gloire, un peu moins de 1200 $ aujourd'hui. Le cacao ? : souvenez-vous de l'époque d'Houphouët Boigny, quand son ministre de l'Agriculture Bra Kanon cherchait par tous les moyens à lui faire dépasser les 1000 $ la tonne. Il est monté au dessus de 3000 $ et il est aujourd'hui un peu au dessous... Le coton ? La filière d'Afrique francophone était gravement en danger fin 1999 avec un prix moyen de la livre inférieur à 50 $. Son prix a grimpé au dessus de 2 $ et est retombé autour de 60/70 $, soit au dessus du prix de revient. Etc. En fait, si les termes de l'échange sont un peu moins favorable aujourd'hui qu'en 2012, ils restent résolument en faveur de l'Afrique qui peut importer des produits industriels très bon marché (d'autant que la crise pousse les prix à la baisse) tout en vendant plus que correctement ses matières premières : les importateurs financent toujours son développement, CQFD !

    1- Croissance du PIB dans les principaux pays d'Afrique en 2013 et 2014

    Source : Les Echos-Data

    Pays

    2013

    2014*

    Afrique du Sud

    2,2

    1,6

    Algérie

    2,8

    3,8

    Angola

    6,8

    3,9

    Cameroun

    4,9

    4,9

    Côte d'Ivoire

    8,8

    9

    Egypte

    2,1

    2,2

    Ethiopie

    9,7

    8,2

    Kenya

    4,6

    5,3

    Madagascar

    2,4

    3

    Mali

    1,7

    5,9

    Maroc

    4,4

    3,5

    Mozambique

    7,1

    8,3

    Nigeria

    5,4

    6,1

    Ouganda

    5,8

    5,9

    RDC

    8,5

    8,6

    Sénégal

    3,5

    4,5

    Tanzanie

    7

    7,2

    *Estimations

     

    2- Croissance du PIB égyptien depuis 2004

    2004

    4,1

    2005

    4,5

    2006

    6,8

    2007

    7,1

    2008

    7,2

    2009

    4,7

    2010

    5,1

    2011

    1,8

    2012

    2,2

    2013

    2,1

    2014

    2,2

    Source : Les Echos-Data


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