• Croyez-vous en l'unité africaine ?

    L’Union africaine est-elle réalisable ?

    (Christian d’Alayer – août 2015)

     

    Kadhafi éliminé par les Français, l’ouest et le centre de l’Afrique traumatisé par Boko Haram, l’Afrique du Nord et le Sahel goutant aux charmes de l’Islamisme radical, que peut-il bien rester aujourd’hui du mythe de l’unité africaine ?  N’oublions pas non plus les mouvements d’humeur de populations irrités ici par le racisme arabe, là par le néo-colonialisme et l’on obtient un patchwork peu propice à quelque rapprochement que ce soit entre les 54 pays et 4 territoires autonomes (ou autonomisés…) du continent africain.

    Peut-on encore y croire et existe-t-il encore ne serait-ce qu’une petite flamme prête à être rallumée au premier rayon de Soleil ? Répondez « Non ! » et vous serez immédiatement bombardé d’injures sur le Net. Répondez « Oui ! » et vous serez pris pour l’idiot du village répétant inlassablement, comme une ritournelle, « unité, unité, unité… »

    Essayons donc de considérer froidement les choses. Et d’abord la naissance du concept. « L’OUA » direz vous immédiatement, cet organisme panafricain dépourvu de pouvoirs et d’argent mais permettant aux chefs d’Etat africains de se retrouver et de discuter entre eux une fois par an. Elle fut créée en 1963 et dissoute en 2002 pour être remplacée par l’Union Africaine chère au leader libyen après d’ailleurs une première réunion préparatoire à Syrte, son village natal, deux ans auparavant. Le Monsieur avait tout payé et cet organisme a donc 13 ans aujourd’hui, l’âge de l’adolescence. S’il n’a pas encore de grande réalisation à son actif, il a su quand même mettre en place l’idée sérieuse d’une force militaire panafricaine qui s’est concrétisée avec la force actuellement mise en place entre le Nigeria, le Tchad et le Cameroun pour lutter contre Boko Haram. Son actuel président prône par ailleurs l’idée d’un Tribunal pénal international purement africain et le retrait des pays africains de la Cour pénale internationale de la Haye. Il n’empêche que l’UA a été absente des conflits majeurs du continent ces dernières années, Côte d’Ivoire, Libye, Mali et bien entendu Congo Kinshasa, laissant les pays occidentaux y agir pratiquement à leur guise. La naissance juridique de l’unité africaine peut donc paraître un échec même aux yeux de ses plus ardents défenseurs…

    D’autant que son concept originel était nettement plus ambitieux, prônant en effet, à partir des Etats Unis d’Amérique, l’union de tous les Nègres du monde face à l’oppression des Blancs.  Blyden Edward, Williams Henry Sylvester, W. E. Dubois, Marcus Aurelus Garvey, Price-Mars Jean,  Padmore Georges furent les principaux initiateurs outre Atlantique (Etats Unis et Jamaïque) du projet au 19e siècle. Notamment le premier nommé qui, dès les années 1880, envisagea une « Fédération des Etats d’Afrique de l’Ouest » Et, lors d’une conférence à Westminster Hall en juillet 1900, le mot « panafricanisme » fut prononcé par Henry Sylvester Williams… Presque un demi-siècle plus tard, lors d’une autre conférence tenue en 1945 à Manchester cette fois-ci, WE Dubois, conscient de l’importance des mouvements africains de libération, incita les Noirs à renouer avec leurs origines africaines. Unité donc mais aussi africanité, un concept que les travaux du Sénégalais Check Anta Diop relancèrent à partir de la fin des années 1960. Il mit en effet en évidence l’antériorité des sociétés noires dans l’évolution de l’humanité ainsi que la mixité de la civilisation égyptienne, puisant ainsi dans le lointain passé les racines d’un renouveau spirituel panafricain connu aujourd’hui sous le nom de « kémitisme » Ce concept mêle le monothéisme religieux d’Akhenaton à l’idée que les Egyptiens étaient majoritairement noirs et que de l’appropriation de la culture égyptienne (via les Grecs) par les Blancs est née la fracture actuelle entre Blancs et Noirs. Au niveau populaire, le kémitisme est surtout une volonté de retour des Subsahariens à leurs sources spirituelles, quelque chose de plus fort encore que le développement autocentré de feu Mobutu Sese Seko. Une variante du concept, plus récente, revient à la Négritude chère aux Afro Américains, sous le nom de Kamitisme, du nom Kamite (Afrique), Kham voulant dire « noir » en copte. Cette variante s’appuie aussi sur les travaux de Cheick Anta Diop…

    Avec Mobutu on aborde d’ailleurs non plus la naissance du concept d’unité africaine mais, tout au contraire, sa confrontation avec la réalité. Premier élément d’opposition, les frontières issues de la colonisation et qui mêlaient des peuples très différents au sein de territoires totalement artificiels. Les « Pères de l’Indépendance africaine » comme on les appelle toujours, se rangèrent quasiment d’entrée au principe de droit international dit « uti possidetis juris » pour « principe de l’intangibilité des frontières » C’est en effet, dès 1964 lors d’un des tous premiers sommets de l’OUA, qu’ils décidèrent  de ne pas toucher à ces frontières. On conviendra qu’en matière d’unité, on peut faire mieux ! Qu’ensuite des hommes tels que Kwame Nkrumah, Sékou Touré ou Amilcar Cabral se soient faits les chantres du panafricanisme ne change rien : les Africains, divisés au 19e siècle entre puissances coloniales au Congrès de Berlin, se retrouvaient encore plus divisés au lendemain des Indépendances. Là où préexistaient des colonies britanniques, françaises, espagnoles, portugaises et allemandes, survinrent des dizaines d’Etats prenant la relève des administrations coloniales. Ainsi la France disposait de deux administrations distinctes, celle d’Afrique de l’ouest et celle d’Afrique centrale, dirigées respectivement de Dakar et Brazzaville. Ce sont pas moins d’une quinzaine d’Etats qui s’édifièrent sur leurs souvenirs…

    Lesquels furent loin d’être « lointains » : si les Britanniques semblent s’être retirés de pratiquement toutes leurs anciennes colonies, n’exerçant plus qu’un lointain parrainage via et leurs multinationales (surtout minières et pétrolières), et la structure très lâche du Commonwealth–à l’exception notable toutefois du Zimbabwe dont le seul nom les met en rage-, il en va tout autrement de la France qui exerce un néocolonialisme revendiqué (la France-Afriqueet le pré carré) sur et dans ses anciennes colonies. De là des oppositions qui s’exercent jusqu’à aujourd’hui entre Africains francophones et les autres : les Africains eurent ainsi le plus grand mal à élire un président de l’UA, la France s’opposant via ses « satellites » à l’élection d’une personnalité hostile à ses intérêts. C’est presque par provocation qu’ils finirent par porter le cauchemar des Anglo-Saxons, Robert Mugabe, à la tête de l’institution panafricaine !

    Voilà donc le constat historique récent, s’opposant à la fédération des Etats africains imaginée par les Noirs Américains. L’histoire ancienne mais loin d’être oubliée s’y oppose d’avantage. C’est, encore et toujours, l’esclavage qui est à l’origine des oppositions d’aujourd’hui. Mais cette fois-ci l’esclavage mis en place par les Arabes depuis le 7e siècle après JC. Dans un premier temps, les Arabes passèrent par les côtes africaines et financèrent et armèrent les peuples nomades et vite islamisés du Sahel pour razzier essentiellement les villages de cultivateurs bantous qui, à l’arrivée de leurs prédateurs, s’étendaient jusqu’aux confins des plaines (le « royaume du Ghana » à l’époque, confédération en fait libre de villages, courait jusqu’au fleuve Sénégal !) En quelques siècles, les Bantous furent repoussés jusqu’aux lisières des forêts (les Soudanais héritiers des Pharaons se réfugièrent sur les hauts plateaux d’Abyssinie) et les Sahéliens construisirent leurs « empires » à l’ouest et « royaumes marchands » au centre et à l’est que les Européens considèrent toujours, même aujourd’hui, comme l’âge d’or de l’Afrique subsaharienne ! A l’ouest, les Ashantis (des Bantous ) commencèrent une reconquête dès le 18e siècle, reconquête stoppée net au Ghana par les colonisateurs britanniques. Songez que la Côte d’Ivoire fait partie de leur reconquête et que l’actuel président Ouattara est un descendant des rois sahéliens vaincus lors de cette reconquête ! Quand vous savez cela, vous pouvez imaginer la férocité des oppositions actuelles entre Sahéliens et Forestiers dans tous les pays où ils doivent cohabiter au sein des « frontières issues de la décolonisation » Le dernier avatar et non des moindres est bien entendu celui de Boko Haram, né sur l’opposition entre Chrétiens (bantous) et Musulmans (sahéliens) au sein de la Fédération du Nigeria. Mais il y en eut d’autres, telle la bagarre entre les familles Eyadema (sahélienne) et Olympio (bantoue) au Togo, le génocide des Tutsis (sahéliens) par les Hutus (bantous) au Rwanda, l’actuelle bagarre au Burundi voisin au sujet du troisième mandat présidentiel (président bantou), ou encore la guerre civile en Centrafrique entre Sahéliens musulmans et Chrétiens bantous (on s’est gaussé de l’empire de Bokassa. Mais il s’agissait bien d’un empire régissant des peuples très différents)

    Avec l’alphabétisation des populations subsahariennes, ces oppositions retrouvent une vigueur que les pères de l’Indépendance africaine avaient voulu étouffer (cette partie de l’histoire africaine n’est toujours enseignée ni au sud ni au nord du Sahara où les Maghrébins découvrent aujourd’hui avec étonnement qu’ils furent esclavagistes !) On n’étouffe pas l’histoire dans un continent de grande oralité qui découvre Internet ! Si bien d’ailleurs que l’opposition entre les Subsahariens et les Arabes, quasi inexistantes au 2e millénaire, s’est avérée de plus en plus tendue au cours des dernières années. D’autant que l’afflux de migrants sur les côtes nord africaines a éveillé un racisme arabe aussi véhément que contraire aux enseignements du Coran, attisant en retour la ire des Subsahariens…

    ***

    Croyez-vous encore à l’unité africaine après ces premières démonstrations ? Voici donc quelques éléments pouvant éclairer le futur prévisible de l’unité des Africains. Vous avez compris bien sur que cette unité excluait désormais l’Afrique du Nord. On ne s’en parle plus qu’entre peaux bien noires, d’autant que les Arabes ne s’entendent même pas entre eux ! Alors voyez les pesanteurs économiques, le continent étant en plein essor et devant de plus en plus compter sur ce facteur dans l’imagination de son futur. D’abord l’existant, ces blocs à l’ouest et au sud qui commencent à compter, l’un sous domination de l’immense Nigeria, l’autre sous celle de l’ancienne blanche et puissante Afrique du Sud, un pays qui, tout de même, a disposé un temps de l’arme atomique (les Noirs y renoncèrent à la fin de l’Apartheid) Avec en outre un ambitieux Angola entre les deux blocs et un Cameroun qui s’évertue à devenir indispensable au centre du continent. Sans compter le réveil prévisible d’un autre géant, l’ex Zaïre… A l’est, le Kenya peine à égaler la grande Ethiopie, enfin digne descendante de son passé pharaonique et qui s’opposera fatalement un jour à la montée de Sud Africains ayant embrigadé jusqu’à la Tanzanie dans leur camp. Bref, on voit que le développement a créé des entités qui sont plus concurrentes que complémentaires. Est-ce un mal ? Ces concurrences donnent des visions aux dirigeants africains et on ne peut par exemple pas comprendre Paul Biya sans regarder ce qu’il a fait en matière de liaisons commerciales avec les voisins de son pays : un réseau routier pauvre à l’intérieur mais l’un des plus riches d’Afrique en matière de connections internationales. Des villes frontières qui sont de véritables marchés de gros et un réseau bancaire disproportionné par rapport au pays mais parfaitement adapté au commerce. Et le Nigeria, qui a mit du temps (guerre du Biafra…) à s’éveiller mais qui, en quelques décennies, est devenu le fournisseur de toute l’Afrique en matière de tissus africains, d’huile de palme raffinée (les populations préférant toutefois et toujours la rouge, non raffinée), d’instruments de cuisine, etc. Ce mastodonte passait jadis par des intermédiaires, les fameuses « Mama Benz » du Togo par exemple, pour commercer avec l’Afrique francophone. Il le fait directement aujourd’hui, au point d’avoir dépassé la France comme partenaire commercial dans plusieurs pays dont le Cameroun ! D’où d’ailleurs la grogne croissante des Francophones coincés par la parité fixe entre Franc CFA et euro face à des non Francophones pratiquant allégrement (et très intelligemment) la dévaluation compétitive.

    La compétition avive en fait le développement en mettant le doigt sur les faiblesses des économies concurrentielles. Et si Ouattara, contrairement à son prédécesseur Gbagbo, est un fidèle du CFA, il faut quand même savoir que c’est ce CFA qui a fait fuir l’industrie textile ivoirienne au Nigeria, seul pays à même de contrer les importations de textiles asiatiques provenant surtout du…Cameroun travaillant alors essentiellement en dollars (le Congo Kinshasa voisin est dollarisé à 80% sans le reconnaître officiellement et le change est favorable aux Camerounais) Et cette compétition ne fait que commencer. Elle s’accroîtra au fur et à mesure que les blocs économiques attireront des investissements industriels sous régionaux permettant, seuls, d’accroître les séries et d’abaisser les prix locaux. Songez que les pays se font déjà la guerre pour attirer le peu d’investisseurs qui se sont dirigés sur l’Afrique jusqu’à aujourd’hui. Qu’en sera-t-il quand ils viendront massivement chercher les derniers bas salaires de la planète ?! D’autant que les Africains ont un besoin urgent d’emplois urbains, leur démographie et l’exode rural entraînant un chômage très important en ville. Le successeur actuel de feu Nkrumah ne fera aucun cadeau à celui de feu Sékou Touré et les enfants d’Amilcar Cabral tenteront de piquer les investisseurs du pays de ceux de Robert Mugabe, CQFD !

    A plus long terme alors ? Peut-être, mais il y aura d’autres obstacles tel celui de la langue. Certes, les élites africaines parlent toutes plus ou moins l’Anglais. Le monde francophone est réellement francophone quoiqu’en disent les férus de langues « vernaculaires ». On est loin toutefois d’un langage panafricain comme le Lingala put l’être et le reste en Afrique centrale. L’Haoussa, autre langage commercial panafricain (sahélien celui-là)  ou le Swahili (en Afrique de l’est) sont certes répandus mais loin toutefois de valoir l’anglais ou le mandarin dans le rapprochement des peuples. Et on compte quelques 1800 langages africains encore vivants !

    Il y a donc du travail, beaucoup. Comme il y en a en matière culturelle, le retour à l’âme africaine étant un mirage (encore faudrait-il mieux connaître l’Antiquité africaine) : le rythme a beau être panafricain, il diffère considérablement du nord au sud du continent, même modernisé et donc standardisé. Pour schématiser, la rumba chère aux Kinois ne l’est pas aux oreilles des Bamakois… Idem en matière culinaire, le mil et le sorgho sahélien n’ayant pas la même saveur que les multiples préparations du manioc forestier. Tout cela évolue bien sûr et, par exemple, les cultivateurs maliens ont ajouté le manioc à leurs productions de coton et de maïs tandis que le riz paraît se généraliser à toute l’Afrique.  De même que des cuisiniers africains commencent à regrouper les plats de diverses origines africaines dans leur carte. A l’étranger malheureusement, la découverte étant pour l’instant étrangère au continent : la cuisine française s’est forgée par addition de plats régionaux dans les cuisines parisiennes et cela a pris des siècles. Comme prendra l’unité africaine si jamais elle se fait : son avènement en tout cas n’est pas pour demain…

     

     

    Encadré

    Les Afriques de demain

    Cinq blocs vont de plus en plus se confronter économiquement en Afrique (voir graphiques A et B) Le plus importants d’entre eux aujourd’hui, tant démographiquement qu’économiquement, est le bloc de l’ouest dont le chef de file est indéniablement le Nigeria. Peu ou prou, il finira par subjuguer tous ses voisins, francophones comme anglophones, ne serait-ce que par l’immensité du marché qu’il représente pour les exportations des dits voisins. Gageons même que l’épisode Boko Haram n’entamera pas son impérialisme naissant, reposant plus sur la vigueur de ses nouveaux milliardaires que sur celle d’un Etat qui est loin d’être au niveau des frontières qu’il a à garder.

    Et l’Afrique du nord direz-vous ?! Regardez dans le détail, soit le tableau 1 (notez que tant les graphiques que les tableaux sont extraits des statistiques de la CIA américaine, WorldFactsBook, année 2014) : hors Egypte, soit le Maghreb seul, cette partie du continent pèse peu démographiquement. Elle avait, certes, une certaine avance économique sur les pays subsahariens mais cette avance fond à vue d’œil d’une part et les écarts démographiques sont tels que le nord aura beaucoup de mal à concurrencer, demain, un sud beaucoup plus peuplé. Si on ajoute l’Egypte, alors bien sur l’Afrique du nord devient « le » mastodonte du continent. Mais l’Egypte appartient plus au Moyen Orient qu’à l’Afrique et ses échanges concurrencent en fait plus le bloc de l’est qu’ils ne profitent au Maghreb…

    Et c’est pourquoi j’ai positionné ce bloc de l’est en 2e position, dominé par deux poids lourds, l’Ethiopie et le Kenya. Sont-ils concurrents ? Aujourd’hui peut-être pour attirer d’éventuels investisseurs étrangers. Mais demain ? Djibouti, le port indépendant de l’Ethiopie est certes concurrent du port kenyan de Mombasa. Mais il suffit de regarder une carte des deux pays pour se rendre compte que seul ce dernier est à même de desservir l’ensemble de l’Afrique de l’est, Djibouti paraissant condamné à n’être que la desserte maritime de son puissant voisin éthiopien. Puissant il l’est en effet face au Kenya qui ne pourra jamais rivaliser démographiquement avec les descendants noirs des pharaons. Comme, en outre, ces derniers se développent deux fois plus vite que les Kenyans, force est d’imaginer un bloc dominé demain par l’Ethiopie, le Kenya jouant le rôle d’intermédiaire de l’Afrique avec l’Orient et, peut-être, de frontière avec le bloc austral qui a posé ses tentacules jusqu’à la Tanzanie voisine.

    Laquelle appartient en effet aujourd’hui au bloc austral, ayant adhéré à la Communauté de développement d’Afrique australe dès sa création en 1992. De plus, les Sud Africains y ont effectués de nombreux investissements notamment aurifères comme ils en ont effectué dans tous les pays de leur zone. Laquelle est sans doute la mieux structurée d’Afrique, comportant à la fois un marché commun (aux contours encore plus vastes que ceux de la zone de développement) et une zone régionale d’investissements. C’est ainsi que le Mozambique est devenu le fournisseur quasi unique de la zone en alumine et, ce, grâce aux investissements là encore sud-africains. Lesquels ont concernés à peu près tous les pays de la zone, du tourisme seychellois aux produits alimentaires namibiens. Cette omniprésence sud-africaine est d’ailleurs le talon d’Achille de la zone : d’une part, les entreprises sud-africaines investissent plus hors d’Afrique du sud qu’en Afrique du sud où le développement est donc nettement moins rapide que dans les autres pays de la zone ; de l’autre, l’Afrique du sud représente l’Eldorado pour tous les habitants de la dite zone qui s’y ruent donc en masse. Tellement qu’ils exaspèrent la population locale jusqu’à commettre des actes barbares. Ce bloc va donc connaître probablement quelques soubresauts économiques et sociaux dans les années à venir avant de repartir à la conquête du continent.

    Reste le centre, pour l’instant ventre mou du continent : le Congo ne s’est pas encore réveillé. Ce grand pays (il s’agit de Kinshasa bien sûr, pas de Brazzaville) presqu’aussi peuplé que l’Ethiopi, regorge, lui, de ressources minières. Mais il a subi la colonisation la plus féroce de tous les temps suivie d’une dictature paralysante pour finir par une guerre terrible  imposée de l’étranger et qui a fini par détruire totalement ses liens sociaux et économiques : tout, absolument tout était à reconstruire. En attendant, seul le Cameroun paraît avoir réellement profité de son long sommeil. Commercialement bien sûr, il en a profité pour devenir le « passeur » d’à peu près tout entre l’est, l’ouest et le centre du continent. Mais culturellement aussi, la guerre ayant laissé filer à Douala surtout le leadership musical et des arts plastiques que Kinshasa avait réussi à mettre sur pied en dépit de ses difficultés. Comme le Cameroun est un pays qui a commencé à intégrer réellement ses diverses cultures et qu’il commerce avec à peu près tous les Africains, cette transmission de leadership devrait durer un bon moment. A noter aussi, dans cette zone, l’aire Fang qui touche le Cameroun, la Guinée Equatoriale et le Gabon et dont les retombées commencent à être conséquentes tant commercialement que culturellement…

    Restent quelques pays hors zone tels le Sénégal et la Mauritanie qui hésitent en fait entre le nord et le sud (c’est pareil pour une partie du Soudan) Leur devenir est tellement écartelé tant économiquement que culturellement qu’il n’est pas possible de le tracer aujourd’hui. Regrettons seulement que trop d’étrangers au Continent se fassent une image de l’Afrique à partir de leur seul exemple…

     

     

     

    Graphique A : la population africaine (en millions d’habitants)

     

    Graphique B : les PIB africains (en milliards de dollars)

    1 – l’Afrique du nord

    Pays

    Population

    PIB

    Algérie

    38,8

    552,6

    Libye

    6,2

    103,3

    Maroc

    32,9

    254,4

    Tunisie

    10,9

    125,1

    Total

    88,9

    1035,4

    Egypte

    86,9

    945,4

    Total

    175,8

    1980,8

     

    2- L’Afrique australe

    Afrique du Sud

    48,4

    683,1

    Botswana

    2,2

    33,6

    Comores

    0,8

    1,2

    Lesotho

    1,9

    5,6

    Madagascar

    23,2

    33,6

    Maurice (Ile)

    1,3

    23,4

    Mozambique

    24,7

    29,8

    Namibie

    2,2

    23,6

    Seychelles

    0,1

    2,3

    Swaziland

    1,4

    8,7

    Tanzanie

    49,6

    92,5

    Zambie

    14,6

    61,8

    Zimbabwe

    13,8

    26,9

    Total

    184,2

    1026,10

     

    Total : 184,2 millions d’habitants et 1026,10 milliards de $

    3- L’Afrique de l’ouest

    Nigeria

    177,2

    1,058

    Bénin

    10,2

    19,8

    Burkina Faso

    18,4

    30,1

    Côte d'Ivoire

    22,8

    71,9

    Ghana

    25,8

    109,4

    Guinée

    11,5

    15,3

    Guinée Bissau

    1,7

    2,5

    Libéria

    4,1

    3,8

    Mali

    16,5

    27,1

    Niger

    17,5

    17,7

    Sao Tome & Principe

    0,2

    0,6

    Sierra Leone

    5,7

    12,9

    Togo

    7,4

    10,2

    Total

    319

    1379,3

     

    Total : 319 millions d’habitants et 1379,3 milliards $

    4- L’Afrique centrale

    Congo Kinshasa

    77,4

    55,7

    Angola

    19,1

    175,5

    Burundi

    10,4

    8,4

    Cameroun

    23,1

    67,2

    Congo Brazzaville

    4,7

    28,1

    Guinée Equatoriale

    0,7

    25,3

    RCA

    5,3

    2,9

    Rwanda

    12,3

    18,7

    Tchad

    11,4

    29,9

    Total

    164

    411,7

     

    5- L’Afrique de l’est

    Ethiopie

    96,6

    139,4

    Djibouti

    0,8

    2,9

    Erythrée

    6,4

    7,9

    Kenya

    45

    134,7

    Ouganda

    35,9

    66,7

    Somalie

    10,4

    5,9

    Soudan

    35,5

    159,5

    Sud Soudan

    11,6

    23,3

    Total

    242,2

    540,3


    Tags Tags : , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :