• de l'extrême droite

    Des partis modernes d’extrême droite

    11 octobre 2014-10-11

     

    Deux faits tout récents m’ont inspiré une réflexion d’ensemble sur les partis dits aujourd’hui « extrêmes » : d’une part la débandade de l’extrême gauche française. Mélenchon, certes, mais aussi ce cher Poutou, ex candidat trotskyste à la présidence de la République française  qui vient de démissionner du « Nouveau Parti Anticapitaliste », l’ex « Ligue Révolutionnaire » d’Alain Krivine. Mélenchon avait, lui, démissionné du « Front de Gauche » suite à l’incapacité de son mouvement à réellement mordre même sur l’électorat prolétaire du Front National. Incapacité prouvée à plusieurs reprises lors d’élections partielles puis lors des Municipales puis des sénatoriales. Comme cet homme est devenu accro aux « sunlights », il a lancé un vague mouvement « pour la 6e République » qui n’a guère de sens mais qui, espère-t-il, permettra aux membres de son ancien « Parti de Gauche » en pleine déliquescence (il n’arrive même plus à organiser des petits raouts locaux) de trouver un exutoire à leur déception tout en continuant à apporter « au maître » un support suffisant pour lui permettre, à lui, de continuer à pérorer devant les journalistes. C’est pitoyable… Quant à Poutou, il s’agit d’une décision tout ce qu’il y a de pragmatique : militer, ça coûte cher, d’autant plus quand il n’y a pas de résultat : Le « NPA », tout comme le PG et le FG, est électoralement dans la panade tandis qu’aucune perspective sérieuse de révolte populaire « de gauche » se profile à l’horizon. Les révoltes populaires actuelles sont plutôt à droite, qu’il s’agisse de refuser des évolutions sociétales avancées par des minorités que de s’opposer à des impôts jugés excessifs.

    Bref, il n’y a plus rien à gauche, sinon un langage (ça va du « camarade » au tutoiement en passant par des « fondamentaux » de plus en plus détournés de leur sens originel), des militants qui y croient de moins en moins et n’agissent plus que par clanisme béat, et, in fine, la fine fleur de l’aristocratie moderne, des technocrates ultra diplômés comme dirigeants. Mais qui n’ont jamais mis les pieds dans une usine ou sur un plateau « open space » d’une compagnie d’assurances, encore moins dans les ateliers d’une PME. Tout ce petit monde ne peut donc que se reposer sur des soi-disant « sachant » pour gouverner (puisqu’ils sont encore au pouvoir en France), soit des associations proches de leurs mouvements. Et c’est ainsi que sont venus sur le tapis nos fameuses affaires sociétales qui avaient pourtant nettement moins d’urgence que la réduction du chômage. Et c’est ainsi aussi que, faute d’association patronale de gauche, le MEDEF, patronat de droite et de combat, est devenu le principal conseiller extérieur du gouvernement socialiste français. Je pourrais multiplier les exemples, notamment en matière de politique étrangère (là aussi et faute d’association de gauche crédible, le gouvernement de ces technocrates ignares s’est appuyé tout bêtement sur les Etats Unis : les fameux fondamentaux de la SFIO datant de l’immédiat après deuxième guerre mondiale) ou de politique sécuritaire (toujours les fondamentaux plus, là et de toute évidence, un syndicat de magistrat et des lobbies d’avocats de gauche), libre à vous de le faire à ma place : c’est facile, il suffit de prendre n’importe quelle mesure gouvernementale, de taper son nom sur Google et vous verrez obligatoirement quelle entité a prôné la dite mesure auprès de l’Elysée ou des ministres concernés.

    Et, en fin de compte, il ne reste plus grand-chose tant en matière d’idées qu’en matière de troupes : un simple clan et des sous-clans intégrés ou annexes, tous en voie d’extinction (il ne s’agit même plus d’explosion ici, il n’y a plus assez de matière) Ce, tandis que de l’autre côté de l’échiquier politique, les droites extrêmes prolifèrent et débattent durement : je viens de lire sur « Boulevard Voltaire », le site d’extrême droite le plus vivant du net, un article d’une militante de la première heure, Caroline Artus, rageant parce que la direction du FN s’était associée à la condamnation des gens qui mélangeaient l’Islamisme radical et la religion musulmane. Pour cette dame, si 45% des Français sont aujourd’hui d’accord avec les idées du FN, c’est qu’ils sont aussi et totalement opposés à l’Islam ! Alors que les préoccupations de ces Français ne concernent l’Islamisme qu’à la marge, quand ce dernier, radicalisé, recouvre en partie l’insécurité qu’ils ressentent. Et les frontistes de la première heure oublient que le FN n’est devenu un parti de gouvernement justement qu’en évacuant le racisme.

    On a donc une gauche en fin de vie et une extrême droite de moins en moins raciste et de plus en plus tournée vers les préoccupations des prolétaires. Ce, tandis que la « Nomenklatura » européenne crie au loup : « misère ! » ; « il faut tout faire pour empêcher les fascistes d’arriver au pouvoir ! » ; etc. Ca n’est d’évidence pas la bonne solution, voir même pas la solution « juste » Voyons cela de plus près :

    -          A l’origine, la gauche est humaniste et progressiste. Elle a l’égalité dans ses gênes tout comme l’universalisme. Ce qui en reste aujourd’hui est un alignement sur l’universalité capitaliste (la « mondialisation »), l’égalité ayant littéralement été jetée aux oubliettes. Et cette ligne –ou cette abandon de ligne- est le fait d’une camarilla d’énarques « sûrs d’eux-mêmes et dominateurs » Historiquement, un parti de fonctionnaires courbés devant les diplômes à cause du grand nombre d’enseignants membres du dit parti, s’est donné « aux meilleurs d’entre eux », les énarques. Et on a vu ce que cela a donné, des gens avides de pouvoir et de richesse transformant un parti progressiste en annexe du MEDEF et prônant très sérieusement la régression sociale tout en refusant presque pathologiquement de plafonner les hauts revenus. La « vraie gauche » n’aura pas vécu longtemps sur cet abandon, bien trop sectaire pour séduire la masse des gens normaux. Ce, tandis que sa partie la plus importante, ce qui reste du Parti Communiste, n’est plus qu’un syndicat d’élus sortant et ne pouvant être réélus qu’avec l’aide des fameux et miteux énarques. Globalement en outre, cette « vraie gauche » a fini par se plier aux impératifs de la « communication » moderne et, donc, par se ranger aux côtés des élitistes de tous bords. Ce qui a fini par lui aliéner le peu de prolétaires qui lui restait…

    -          Ce, tandis que l’extrême droite, on l’a vu, s’emparait des thèmes de prédilection des dits prolétaires, l’emploi, la sécurité, le pouvoir d’achat, tout en lui ouvrant des perspectives sociétales bien plus raisonnables que celles promues par la gauche déliquescente. Si MM Hollande et consorts avaient seulement créé une « Union universelle » donnant les mêmes droits que le mariage aux homosexuel(le)s à l’exception des droits de filiation, sans doute n’auraient-ils pas contribué autant à l’éclosion d’une extrême droite capable de l’emporter. Mais ils ne le pouvaient pas puisqu’obligés de s’appuyer sur des minorités parfois infimes pour savoir comment gouverner… Le FN moderne a parfaitement senti la faille : il laisse les ultra catholiques monter au créneau sans épouser pour autant leurs thèses ultra conservatrices. Et il admet par ailleurs certaines évolutions sociétales. Il est donc modéré face à des « socialistes » passant alors pour des extrémistes obtus, CQFD.  Ce, car ces extrémistes de droite –qui ne sont plus des extrémistes- savent que, pour obtenir une majorité de suffrages électoraux –ils ne sont plus fasciste non plus-, ils doivent aussi être crédibles auprès des masses laborieuses. Ce que n’arrivent pas à comprendre les Frontistes originaux, élevés au lait d’un racisme aussi odieux (l’antisémitisme pétainiste) que dépassé. Même la « gauche » ne le comprend pas : elle reste arque boutée sur  la lutte contre l’antisémitisme alors que le problème actuel est une trop rapide mondialisation avec un problème palestinien bien trop prégnant du fait…des Juifs d’Israël (ce qui se passe entre Chiites et Sunnites est une autre affaire qui ne nous concerne que du fait et de nos positionnements internationaux, et de notre suivisme américanophile) La mondialisation n’est pas qu’économique, elle est aussi sociale, on le voit avec ces questions de voiles et de cuisines kasher ou halal. Et comme cela va trop vite pour bon nombre de « petits Français » qui côtoient, eux, ces manifestations outrancières de sociétés étrangères à la nôtre, ils vont vers ceux qui ne prônent pas le « respect des différence » Marine Le Pen et l’ensemble d’ailleurs des leaders des extrêmes droites modernes ne veulent pas massacrer tous les étrangers, seulement les obliger à s’adapter à leur pays d’accueil ou à retourner chez eux. C’est simplement une politique d’immigration différente, non une promesse de pogroms ! Et cela est parfaitement perçu par les prolétaires au contraire des « bourges » de droite comme de « gauche » qui ne savent pas ce qu’est réellement le « respect des différences », CQFD !

    Alors, comment s’opposer dans ce cadre au fascisme et au racisme ? On a vu que plus un seul parti d’extrême droite n’était aujourd’hui favorable à l’accaparement du pouvoir par un seul parti autoritaire et par le leader charismatique de ce parti. Traiter les Frontistes de fasciste est une connerie pure et simple. Reste le racisme puisqu’une partie des Frontistes, ceux d’origine, le sont encore quasi ouvertement (anti arabe cette fois-ci, en souvenir de la Guerre d’Algérie sans doute ?) Mais on voit que Marine le Pen a pris nettement le dessus sur son père tandis que les racistes affichés sont carrément virés du parti : l’orientation du FN correspond sur ce point à celles des autres partis d’extrême droite européens. Reste alors et en fait un seul sujet de désaccord de fond pour les humanistes réels : le refus de l’évolution, du « progrès » Et ce n’est pas rien ! Prenez la Justice par exemple : humanistes et Frontistes peuvent se retrouver aisément sur le refus de « l’élitisation » des juges et voter avec eux des mesures comme une chambre de contrôle des juges ou carrément leur élection par le peuple. Mais ils ne peuvent en  aucune façon s’associer avec des gens qui supprimeront aussi l’individualisation des peines ou s’opposeront à des politiques intelligentes de prévention. En économie, des humanistes pourraient être tentés, faute de mieux, d’accompagner un Front National sortant la France d’une Europe ultra libérale et déclinante. Encore faudrait-il que le dit FN ait une vision claire des conséquences de cette sortie, soit l’obligation d’arriver immédiatement à l’équilibre du commerce extérieur et de la balance des paiements : l’effort de l’Etat pour recréer nos industries disparues serait énorme, impliquant forcément des bavures technocratiques. Et c’est à une véritable socialisation de l’économie qu’on assisterait nécessairement au sein d’une économie presque fermée et attaquée financièrement de toute part : cela entrainerait aussi des changements radicaux d’alliance, avec très certainement un rapprochement avec la Russie et l’Afrique. Bref, si cette sortie entrainerait très rapidement une baisse du chômage, elle s’accompagnerait dans un premier temps d'une baisse du PIB et du niveau de vie, obligeant alors l’Etat à une nettement plus grande redistribution des richesses. Le FN ne fera pas cela car ses gênes à lui ne sont pas égalitaires. Au pouvoir, il ne quitterait pas l’Europe, au mieux quitterait-il l’euro. Mais en dévaluant le nouveau-nouveau franc, il ne rendrait pas pour autant notre économie plus compétitive : nous n’avons presque plus d’industrie…

    Que faire alors dans ce contexte ? Les voies à suivre sont quasi imperceptibles : on peut par exemple espérer une renaissance de la gauche (d’une vraie gauche) sur le terreau frontiste ? Même pas sûr car le FN reviendra sur pas mal de reculs sociaux opérés par l’ancienne gauche tandis que l’Européanisme et l’Atlantisme des gens se croyant de gauche sont bien trop prégnants pour disparaître du jour au lendemain : là encore le FN se montrera plus « humaniste » en adoptant un regard totalement différent sur le monde extérieur (les prises de position de Marine le Pen tant sur la Libye que sur la Syrie ou l’Ukraine sont nettement plus progressistes que toutes celles de la droite et de la «gauche » française)

    On peut aussi se dire qu’une action intérieure au FN est possible. Mais là, il faut connaître les troupes du mouvement pour se rendre compte que c’est un leurre. Derrière la dame et son entourage proche, c’est la haine qui règne encore très largement, la volonté de revanche, la diabolisation des autres. Il n’y aura pas de pogroms, certes, mais je ne suis pas certain que les dénonciations ne s’accumulent pas tant dans les organismes sociaux qu’à la gendarmerie. Et nous n’y pouvons rien : les masses laborieuses ont été tant trompées et malmenées par les pouvoirs tant de droite que de « gauche » qu’elles sont littéralement assoiffées du sang des gens qui les ont ainsi maltraitées : les jeunes crétines voilées ne pourront certainement plus se promener tranquillement dans les rues, elles ne pourront plus manifester ainsi leurs « différences » et devront s’adapter à une société devenue intolérante au « respect de la différence » Les hôpitaux français continueront à soigner tout le monde, certes, mais ils devront signaler les étrangers à la police. Etc. Ce ne sera pas le nazisme, loin de là, et même, dans une certaine mesure, la préférence nationale portera ses fruits au niveau tant des dépenses sociales que de l’emploi. Mais le climat ne sera pas serein pour autant : nous avons trop d’immigrés et trop de haine pour qu’il n’y ait pas multiplication aussi des bavures. Ce, tandis que la croissance ne reviendra pas miraculeusement (la dévaluation n’aura que très peu d’effets) D’où la tentation de cogner encore plus fort sur les étrangers pour faire passer l’absence de reprise…

    Bref, que faire ? Sachant en outre que Juppé, le plus probable de nos futurs présidents, fera exactement la même politique que ses deux prédécesseurs. Il est lui aussi aligné sur l’Europe libérale et l’Amérique dominatrice. J’ai écrit avant même l’élection de Hollande que ce choix amenait la France dans le mur. Nous y sommes, dans le mur, et les options actuelles ne peuvent pas nous en sortir. La seule façon de le faire est de quitter provisoirement l’ultra libéralisme et la mondialisation en restreignant drastiquement nos importations et nos sorties monétaires. Mais je ne vois personne capable de nous emmener dans cette voie ardue où, effectivement, l’Etat reviendrait en force dans nos vies. Et même si nous y allions, dans cette voie ardue, disposons-nous de suffisamment de jeunes formés capables de relancer en interne des activités largement oubliées aujourd’hui ? Nous avons tellement bousillé nos écoles et notre jeunesse, nous avons tellement étouffé notre créativité globale avec un élitisme outrancier et monstrueux… Sommes-nous encore capables de réagir ?


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