• Deux trucs pour relancer la croissance

    Comment recréer de la croissance en Occident

     

    Ce texte est la suite de celui que j'ai publié il y a deux semaines sur la crise économique de l'Occident. Et la première chose que je dois souligner ici est qu'il s'agit bien d'une crise de l'Occident et non d'une crise mondiale comme nos dirigeants veulent vous le faire croire. Car le reste du Monde ne s'est jamais mieux porté même si la crise occidentale peut atténuer d'un ou deux points sa croissance moyenne tournant autour de 4%/an, "nets d'inflation"...

    Mais parler de crise mondiale permet à des dirigeants élus de botter leur responsabilité en touche et de mettre leurs mesures aussi impopulaires qu'abscondes sur le dos de la fatalité. Avec l'assentiment béatement imbécile d'une trop grande partie d'entre vous. Mais bon, ça n'est pas mon propos ici. Je veux surtout vous entretenir de deux "trucs" propre à relancer la croissance en Europe et en Amérique du Nord, des trucs simples qui ne seront jamais mis en œuvre car contraires à l'idéologie ultra libérale et aux intérêts  des possédants.

    Le premier de ces trucs est l'inflation. Vous savez, cette "saleté d'inflation qui n'est dure qu'aux pauvres" et qui renchérit le coût du pain. Mon cul, oui, et je suis poli ! Car c'est vrai que le coût du pain fut, jadis, d'une importance capitale pour les pauvres. Quand les banques n'existaient que dans les livres et que le revenus des ouvriers agricoles, ces quelques misérables "sols" par jour, ne suffisaient pas à nourrir les familles nombreuses des quidams.

    Ce qui est marrant est que vous marchez toujours à cette incantation d'un autre âge. Pour vous, l'inflation est réellement une bête monstrueuse qui bouffe votre pouvoir d'achat. Alors qu'elle bouffe surtout...vos dettes, bandes de crétins surendettés ! Le néolibéralisme a remplacé la feuille de paie par le crédit. Vos salaires ne grimpent plus ou peu, voire régressent, mais votre dépendance vis-à-vis de votre banque a augmenté plus qu'en conséquence. Car, dans le même temps, on vous a proposé tout un tas de gadgets de consommation qui ont phagocyté vos esprits, du dernier IPad au plus récent 4X4 sans compter les loisirs de consommation de masse concoctés pour, plus encore, ouvrir vos esprits déjà malades à la consommation. C'est simple : dans ma jeunesse, on n'achetait à crédit que son logement. Du long terme... Aujourd'hui, 60% des bagnoles que vous exhibez fièrement en vous prenant pour des patrons sont achetées à crédit quand non fournies par vos boîte pour remplacer une augmentation de salaire. Et 60% de ces mêmes bagnoles sont des voitures...d'occasion, bandes de frimeurs !

    Le crédit est entré partout, votre téléviseur, vos téléphones mobiles (et oui, que vous remboursez chaque mois après vous être engagé pour deux ans auprès de votre opérateur), vos meubles (IKEA fait du crédit à gogo), tout en fait. Il n'y a guère que l'alimentation qui échappe à cette maladie. Car il s'agit d'une maladie, celle de la consommation à tous prix. Votre gamin de 7 ans a-t-il réellement besoin d'un IPhone dernier cri ? Et tous ces vêtements que vous vous disputez à prix d'or dans cette ribambelle de magasins qui ont poussé encore plus vite que les succursales bancaires ! Je dis à prix d'or parce qu'il faut que vous sachiez une chose : s'il y a autant de boutiques de fringues, c'est parce que les propriétaires immobiliers cherchent d'abord des locataires à fortes marges. Et les marges sur les fringues au détail sont phénoménales, toutes supérieures à 50% et beaucoup allant jusqu'à 300 ou 400 %. Mais vous achetez, vous achetez, vous achetez...

    Le long terme, lui, est devenu fou : jadis, vous deviez d'abord épargner et apporter au moins 1/4 de la valeur de votre bien immobilier en cash. Et l'on vous prêtait à 10 ou 15 ans. Aujourd'hui, plus d'apport personnel et on vous prête sur 25 ans voire plus : votre salaire peu ou pas revu à la hausse pendant ces 25 ans amputé du  montant du remboursement...

    Mais vous continuez à penser que l'inflation est la bête immonde à combattre en priorité ! Alors, pour que vous puissiez toucher du doigt votre bêtise, elle effectivement immonde, voici un exemple réel, pas du bobard de bonimenteur politique : un appartement acheté dans une banlieue parisienne chique 40 000 euros en 1975 vaut aujourd'hui 250 000 euros minimum. Plus value = 16 fois le montant de base en 40 ans. Ce, avec une inflation qui a bouffé la dette au départ avant de disparaître en valorisant encore plus le bien net d'inflation. Car l'inflation en France était à deux chiffres avant le tournant de 1983 (la fameuse "rigueur") et s'est stabilisée à moins de 2% à partir de 1990. Vos parents ont donc acheté leurs appartements à bas prix et payé en monnaie de singe et vous les revendent aujourd'hui au prix fort et en monnaie surcotée.

    Il faut donc, pour relancer des économies pourries par l'égoïsme des générations descendantes -et pour lesquelles a été mise au point le néolibéralisme, idéologie de défense du patrimoine au dépend du travail- que vos dettes soient gommées progressivement par une inflation au taux supérieur à celui du taux de base de la banque centrale : il faut que les générations descendantes acceptent de toucher moins de dividendes déjà par le seul fait de rentrées financières moindre en monnaie constante, CQFD !

    D'ailleurs l'inflation est un moteur naturel de croissance. Car il permet à l'entrepreneur de se dire que son revenus de demain sera très nettement supérieur à son endettement d'aujourd'hui. L'inflation donne confiance au travail et fait peur au patrimoine, forcément. Le prix du pain est un leurre que ce dernier secoue sous les yeux apeurés du travailleurs pour lequel, en fait, le prix du pain n'est plus que secondaire voire sans intérêt dans son alchimie financière personnelle. Alors, certes, l'inflation surenchérit le prix des produits importés et, sans correction de consommation, nuit à l'équilibre du commerce international du pays inflationniste. Mais la monnaie de ce pays se déprécie théoriquement par rapport à celles des pays moins inflationnistes. Et les produits du pays le plus inflationnistes deviennent de ce fait moins chers dans les pays moins inflationnistes. On entre dans une sorte de guerre de tranchée, appelée "dévaluation compétitive" par nos distingués économistes pour lesquels cette dévaluation est presque pire que l'inflation. Ben oui, votre bien immobilier vaut moins cher en dollars ou en marks, à l'époque ou le mark existait. C'est une atteinte inadmissible à la valeur internationale du patrimoine ! Tu parles, Charles, que ça vous touche de près ! Rien, nib, vous n'avez même pas mal car vous êtes fauchés comme tout le monde. Vous ne faites pas partie des 10% des Français les plus riches qui, eux, sont affectés par l'inflation. Ou si vous l'êtes, vous êtes totalement maso de venir faire un tour sur mon blog !

    Par contre et pendant ce temps, vous devez, demain, la même chose qu'aujourd'hui moins la différence entre le taux d'inflation et votre taux d'intérêt. Sauf si vous avez connement signé pour un taux variable : là, je ne peux rien pour vous, vous êtes effectivement et directement touché par l'inflation qui va effectivement vous ruiner ou presque... Mais j'y peux rien, c'est pas moi qui ai négocié votre emprunt. Allez voir les banquiers, il en existe, qui "restructurent" vos dettes en en allongeant surtout et essentiellement la durée...

    Le second truc, c'est bien sûr la masse salariale. Celle-ci a augmenté, certes, depuis la néo libéralisation de nos économies, mais nettement moins que les dividendes : en termes savants, on dit que la part des salaires a diminué dans la masse des coûts de production. Ca veut dire que les proprio de votre boîte ont cessé de vous augmenter, on même viré les plus anciens et mieux payés de leurs salariés pour les remplacer par des plus jeunes sous payés, et ont augmenté ainsi leurs bénéfices. Comme, dans le même temps, ils ont diminué la part des bénéfices non distribués dans leurs bilans (ça veut dire qu'ils ont moins investi) ils ont donc considérablement augmenté la part des bénéfices qu'ils se sont distribués. Ca, c'est l'économie réelle, celle du renouveau de l'enrichissement des riches auquel l'Etat Providence avait mis un coup d'arrêt sous la menace communiste.

    Et cette triste situation est à l'origine du boom du crédit, seul à même de maintenir une consommation sans laquelle le dit enrichissement des riches n'aurait pas eu lieu. Il suffit d'y mettre à nouveau un terme pour relancer une consommation "propre", qui ne gonfle pas immédiatement votre endettement en fragilisant tout le système. Autrement dit, il faut revenir à une meilleur répartition des richesses, soit directement en changeant d'idéologie productive (on revient au théorème de Ford : je paye bien mes ouvriers pour qu'ils puissent acheter mes voitures), soit par la redistribution fiscale. Dans les deux cas, cela revient à injecter directement des milliards d'euros (ou de francs si nous quittons la zone euro) dans l'économie puisque vous, vous consommez : les riches, eux, thésaurisent et le font le plus souvent en plaçant leur fric à l'étranger...

    Bien sûr on vous dira que vous achetez n'importe quoi, en commençant par des biens importés. Et c'est vrai puisqu'il y a de moins en moins de produits français de grande consommation. Mais ça se corrige, ce comportement de mauvais Français. Pas par la persuasion, bien entendu, ça n'a jamais vraiment marché chez nous. Non, tout bêtement par un contrôle des importations : soit vous achetez français, soit vous achetez français, CQFD ! Et tant pis pour le 4X4 japonais qui vous fait envie : achetez une Scénic, au final vous en aurez plus pour votre argent. Et si vous voulez quand même votre 4X4 nippon, c'est que vous êtes suffisamment riches pour payer à l'Etat français qui en sera ravi les énormes surtaxes qui grèveront l'importation de ces véhicules.

    "On ne peut pas faire ça dans un monde "mondialisé" va-t-on me rétorquer. A bon ? Et pourquoi on ne peut pas ? Parce que les autres ne vont plus rien nous acheter ? En dehors du pétrole, des bananes et du chocolat, qu'est qu'on a à en foutre de ne plus pouvoir acheter faute de devises ?! Réfléchissez bien : nous savons construire tout ce qui se fabrique dans ce bas monde. Nous ne le faisons pas pour des raisons de compétition économique. Mais si nous ne sommes plus en compétition, qu'est-ce qui nous empêche de produire. Plus cher peut-être que les Asiatiques. Mais avec moins de dégâts sociaux.

    Comme dirait l'autre, ça se discute, ça ne s'évacue pas d'un méprisant "c'est impossible !" L'état de notre pays -et pas seulement que de notre pays, voyez la Grèce, l'Italie, l'Espagne, le Portugal - est tel aujourd'hui, notre société est tellement cassée, que le raisonnable est, justement, de réfléchir sérieusement à l'impossible puisque le possible est si laid : lorsque vous aurez compris que le discours dominant sur les "extrêmes" est une manipulation de plus, alors vous commencerez à devenir un peu moins bête. Et lorsque vous aurez compris aussi que l'extrême dite "droite" parce qu'elle est libérale, donc incapable de répondre sérieusement à un vrai défi de rupture avec le libéralisme, alors vous serez sérieusement engagé sur le chemin de l'intelligence économique. Amen...


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