• Dieu et le futur inconnu

     

    Nouvelles - 1

    Dieu et le futur inconnu

     

    Dieu n’était pas content. Dans son immense ordinateur céleste, d’habitude égrené de signaux rassurants, quelque chose clochait. Soucieux d’équilibres dynamiques, il avait en effet ordonné aux mécanismes complexes de ses machineries de lui produire à intervalles réguliers des bilans de situation. Lesquels, confronté au Grand Programme, finissaient immanquablement par la formule militaire « RAS » en fait, cette formule était obtenue au terme d’indescriptibles calculs corrigés par de tout aussi incompréhensibles coefficients et la pensée de Dieu s’imprégnait alors de le douce joie du devoir accompli. Ainsi en est-il…

    Certes, rien aujourd’hui –de la durée bien sûr d’un jour de Dieu et ce n’est pas rien !- ne pouvait lui laisser croire que l’envers reprenait du poil de la bête : l’envers n’était-il pas lui aussi sa création ? Mais, nom de Moi !, un je ne sais quoi, un balbutiement de sensation inconnue, une virgule incomplète, un chiffre mal arrondi… Bref, le « RAS » du présent ne lui plaisait pas. D’autant que les multiples RAS du futur lui étaient déjà connus ! Planifié tout ça, prévu au Grand Programme. Même l’imprévisible que, par réflexe, il avait introduit dès le départ. Il y avait belle lurette qu’il le dominait, cet enquiquinant imprévisible : ne vivait-il pas tout à la fois dans le passé, le présent et l’avenir, au sein de passionnants jeux de probabilités et d’univers mille milliards de milliards de milliards de fois éclatés ? Imaginez un coureur cycliste qui, dès son premier coup de pédales, se crée des millions de possibilités de devenir tandis que chaque seconde qui passe apporte son lot de nouvelles possibilités…

    La fin de la fin, pour Dieu, était de laisser toutes ces possibilités prendre forme en même temps. Chaque fois, l’univers se divisait en autant de nouveaux univers qu’il y avait de possibilités. L’ordinateur céleste n’avait de limites que celles de Dieu lui-même, qui n’en avait aucune. Il connaissait l’infini, il voyait chacune de ces myriades d’univers et, au sein de chaque univers, son passé, son présent et son futur. Tout cela ne signifiait pas grand-chose à ces yeux. Il savait que des recoupements d’univers se feraient, que d’autres exploseraient tandis qu’un nombre au moins identique se replierait sur lui-même. Ce formidable amas magmatique constituait un tout pour Dieu et chaque millième de seconde de ce magma était porteur d’autant d’autres magmas que la pensée infinie de Dieu était capable d’imaginer. Finalement, aux yeux des pauvres limaces que nous sommes, Dieu fait joujou…

    Alors, ce jouet parfait –et qui ne pouvait être que parfait- présentait-il une imperfection ? « Impossible », pensait le Créateur. Hors Moi, il n’y a rien, tout procède de Moi. « Tout n’est qu’illusion, se disait-il, et l’illusion ne peut se tromper quand elle ne tient qu’à mon Verbe » Et pourtant, il continuait à se sentir mal à l’aise, sentiment nouveau pour quelqu’un qui ne connaît pas le temps ! Bien sûr, Dieu s’était interrogé, s’interroge, s’interrogera –ni passé, ni présent, ni futur…- sur sa propre origine. Mais l’énergie pure s’interroge-t-elle longtemps sur son existence ? Elle est, un point c’est tout…Et encore Dieu savait-il parfaitement ce qu’était l’énergie, d’où elle venait, où elle était, où elle allait. Il savait TOUT, ce qui présentait indiscutablement un inconvénient majeur que même son jeu de fausses probabilités ne pouvait chasser. Quel sort terrible, finalement, que d’être Dieu !

    Par ci, par là, il avait bien et grossièrement, ne pouvant supporter une nouvelle concurrence –un Satan suffit !- examiné quelques images très incomplètes de lui-même. Ainsi avait-il pu découvrir ce qu’était l’ignorance, toutefois par bribes misérables et fugaces, par étincelles trop rapidement éteintes. Il avait produit à l’infini des répliques plus ou moins fidèles de son égo. Mais jamais ces répliques n’avaient pu lui fournir autre chose que de vagues sensations : la sensation du temps mais pas le temps lui-même ; la sensation de la naissance et de la mort mais pas la naissance et la mort. Ainsi qu’une foule d’autres sensations, certaines d’un caractère très particulier –mais Dieu ne rougissait jamais- : il était son seul public !-, d’autres anodines, sans jamais pouvoir atteindre son nirvana à lui, soit la confrontation directe et personnelle avec les concepts en question.

    Toujours est-il que la sensation qu’il éprouvait lui était étrangère. Inconnue au bataillon ! Il y aurait maintenant un espace de plus dans son infinie existence : à droite de la sensation (ou à gauche, ou devant, ou derrière, peu importe, je vous rappelle que le temps n’existe pas pour lui) Au fond, ça n’était pas totalement désagréable… Mais il restait cette question qui prenait de plus en plus d’importance, donc lui fabriquait une sorte de temps : à droite (ou à gauche, ou…) de la sensation, celle-ci enflant de tous bords. Et puis, enfin, une fêlure de l’espace-temps infini imprévue, c’était ENORME. Puisque Dieu était censé tout savoir, absolument tout. Non, décidément, Dieu n’était pas content ! Il avait localisé la peccadille –voilà qu’il lui fallait maintenant « rechercher » la cause de son trouble !- Tout cela avait commencé –je vous répète qu’en principe, pour Dieu, le passé, le présent et l’avenir, c’est du pareil au même dans une infinité d’univers banals : explosions, récessions, explosions, récessions pour ceux qui ne sont pas infinis. D’ailleurs, pour limiter l’infini de ces univers, Il les avait dotés – enfin, Il les dotait et Il les doterait en même temps- de « lois » physiques d’une rare médiocrité. Comment, sinon, eussent-ils pu s’épandre et se ratatiner ?

    Dans ces univers sans grande importance, donc, quelque chose ne collait pas. Le « déjà vu » -et il ne pouvait y avoir que du Déjà vu pour l’Omnipotent- tremblotait sur sa base. Oh, tout légèrement ! Comme les couches d’air surchauffées sur l’asphalte, juste un début de commencement d’inconnu. Dieu était presque prêt à admettre que l’intrusion du temps, l’horrible, le vrai pouvait peut-être advenir –être advenu, advenir ? Même plus ! Il devait se résoudre à limiter son regard au passé !- dans son confortable infini. Il avait donc dû scruter ses univers jusqu’à se péter les tempes. Il avait espéré y trouver l’avenir du soupçon, avenir qui n’aurait alors plus été un avenir. Mais au lieu de cela, il avait découvert non pas un, mais deux, trois, quatre, mille, dix milles, mille milliards de soupçons. Partout frémissaient ces bizarres sensations d’inconnu : ici les végétaux n’auraient pas dû parler, les Xyphrys là n’auraient pas du manger, le méthane sur cette planète aurait dû se transformer en protéines…

    « Je le sais puisque leur futur à eux, instantané pour Moi, ne prévoit pas ces évolutions. Je le connais, leur futur, à ces bougres d’idiots ! Je le vois, Je l’ai vu, Je le verrai. Par le jeu des possibles réalisés en même temps, des multitudes sans cesse démultipliées de phénomènes qu’Il n’appréhendait plus se créaient et toutes avaient la marque monstrueuse du temps : Dieu pouvait voir leurs passés et leurs présents. L’avenir lui échappait et donc les phénomènes. Et Son ordinateur céleste qui n’y voyait rien, mais vraiment rien !, de répéter inlassablement « RAS », « RAS », « RAS » tandis que Dieu commençait à se rendre compte aussi que ces litanies se « succédaient » Ce qui était plus que normal puisqu’elles avaient commencé à s’inscrire au fil d’événements temporels aux yeux de Dieu : c’était Lui qui ressentait le temps, pas la machine…

    Il devenait étranger à ses propres mondes tant s’y interpénétraient le connu et l’inconnu. Imaginez : n’avait-Il pas organisé des recoupements d’univers, chacun d’entre eux étant à présent marqué du sceaux de l’inconnu. Et les séries d’explosions-récessions : connues à l’aller, inconnues au retour –si retour il y avait à présent ! Pour les autres cas de figures, c’était moins grave. Simplement se créait-il des univers greffés comportant un futur inconnu. Il aurait pu, si les dégâts s’étaient arrêtés là, s’en accommoder. Au contraire et en outre, ces bizarreries lui auraient-elles apporté d’agréables sensations. Mais là, mêlés instantanément à son environnement sans temps originel ni fin des temps, les phénomènes devenaient insupportables. Tout casser ? C’eut été se détruire Lui-même. Et puis c’eut été admettre le temps. Car, casser, c’est déjà mettre un pied dans le temporel…

    Mieux valait tricher en incorporant les nouveautés au Programme. Ses calculateurs divins sauraient bien déterminer, même grossièrement, les futurs qu’Il n’appréhendait plus et tout reviendrait dans l’ordre, la quiétude mentale, la satisfaction de l’achevé infini. Ainsi décida-Il et ainsi fut-il fait. Et, n’aurait été cet odieux imparfait, l’Infini redevint un tout harmonieux, contrôlé pour ainsi dire…

    Mais… Mais dans le tréfonds du tréfonds des machines célestes venaient de s’inscrire trois petits mots détestables : « avant », « pendant » et « après ». Et les machines, bêtes comme seules savent le faire les machines, de rameuter leurs mémoires gigantesques à l’assaut des nouveaux paramètres, d’ajouter, de soustraire, de multiplier, de diviser, de déduire, de s’interroger. La Création frisa la catastrophe, le court-circuit monumental. Elle ne pouvait toutefois se laisser aller à cette extrémité, Sa nature le lui interdisait, une puissance infinie… Mais ce qui en sortit ressemblait plus au paysage psychédélique d’un drogué après une série d’overdoses qu’à l’Harmonie universelle propre au Créateur de toutes choses.

    Passé, présent, futur se mêlaient à présent un monstrueux  kaléidoscope, un fouillis infiniment inextricable d’évènements dans lesquels l’Esprit de Dieu avait bien du mal à ne pas sombrer. Ses possibilités infinies lui permettaient toutefois de s’y retrouver, mais avec tellement de difficultés que la fatigue –une fatigue bien entendu infinie- sur ses infiniment grandes épaules. Il ne pouvait même pas se sentir proche de l’impuissance tellement l’infinité de sa puissance contrebalançait celle de son renoncement. Dieu ne pouvait être qu’équilibre parfait et, en l’occurrence, c’était fort gênant. Il lui fallait rompre avec la perfection stérilisante pour remettre de l’ordre dans sa Demeure.

    Dieu, qui pouvait tout, se fit donc infiniment violence en rompant d’un coup et avec une infinité de regrets, le sublime point d’équilibre qui le  maintenait dans l’impuissance. Il pouvait cependant et ce faisant, tomber dans le pire. Ou son extrême. Le pire ayant été essayé avec la rupture, ce ne pouvait être que son extrême. Et c’est donc avec une infinie bonté qu’il débarqua, acteur plus que spectateur, sur notre misérabilissime planète –enfin, sur quelques unes seulement des milliards de ses répliques, dieu était fatigué, ne l’oublions pas…-, émoustillé d’avance –c’était au moins l’un des avantages du temps que de permettre d’éprouver un sentiment à la perspective d’un futur inconnu- à l’idée de se gorger d’air frais et de musiques à son hymne : n’avait-Il pas fait le nécessaire pour ça, ses pâles copies ne devant  jamais oublier leur essence divine…

    Grossière erreur d’appréciation, Il le sut très vite ! Mais relatons les faits dans leur chronologie puisque le temps compte à présent pour notre Créateur : il faisait beau, le sable sentait bon le chaud Soleil, l’eau de la mer bleue chuintait doucement à ses pieds, quelques oiseaux marins planaient dans un ciel traversé de quelques brises tièdes, bref l’atterrissage fut réussi à cent pour cent. Restait la deuxième partie de l’opération, la prise de contact. Une incursion sous l’eau, des fois que… Trois requins irradiés plus deux bidons de plastique et quelques tonnes de nitrate pas encore biodégradées l’en firent jaillir vite fait : plus tard, Il irait voir plus tard… Le bel arbre, là bas sur la dune, pourrait peut-être faire l’affaire ?

    Quand Il en eut assez d’attendre, statufié en arbre au bord de cette plage conne, Il se décida à se mouvoir, exercice d’ailleurs des plus intéressants pour l’étude du phénomène temporel. L’Arabie Saoudite était le lieu idéal pour ça !

    Bref, l’arrivée du Géniteur de toutes choses en nos modestes contrées fut quelque peu longuinette. Ah, s’il avait voulu user de ses divins pouvoirs ! Mais il avait versé dans le côté extrême de l’extrême du pire, ne l’oublions pas, et il se voulait petit, intrinsèquement banalisé, fourmis chez les fourmis. Pas encore d’aspect physique précis : Il occuperait tout bêtement une forme quelconque de ses créatures. Après tout, toutes étaient parties de Lui…

    Au terme d’un fort beau pensum sur le temps qui s’écoule, Dieu parvint sur une route. C’était déjà ça ! Du goudron bien noir et une ligne droite ma foi très avenante, une démarcation entre deux étendues de sable jaune. Le « hic », c’était la direction. D’où Il venait, Il connaissait. Où Il était, Il connaissait aussi. Mais où aller, ça, Il ne savait plus. Il avisa des montagnes au loin. Un peu de fraicheur Lui ferait du bien. Un nouveau pensum sur le temps après, il redécouvrit, avec un début de mauvaise humeur, une plage pratiquement identique à la précédente… Repartir en arrière ? Le temps, Il commençait à sacrément le connaître, le paysage aussi ! Et puis Il n’avait pas exploré le haut et le bas de son environnement. Bien pauvre, ce monde. M’enfin, va pour le Sud…

    De plage en plage, d’étude du temps en étude du temps… Je vous passe les mois de quête divine avant que le Quêteur ne parvienne, enfin, à un endroit habité. Oh, pas le petit village « résumé de la vie humaine ». Dieu vaut mieux que ça ! Non, tout bêtement et après une traversée nautique assez perturbée (Dieu hésita tout au long de la dite traversée entre plusieurs modes de locomotion), le Créateur sortit de l’eau, ruisselant encore des produits de dégazage que dégorgeaient sans cesse les nombreux cargos en attente d’accostage, face au somptueux Hilton en avant de la grande ville africaine : un morceau vertical et le reste horizontal, tout comme aux Etats Unis.

    « Bene », se dit-Il, « voilà du nouveau » ! Un passant qui ne demandait rien à personne fut vite-fait-bien-fait phagocyté, transformé séance tenante en Dieu vivant. Et le passant-Dieu se dirigea résolument vers l’entrée du Hilton où son apparition fit sensation : imaginez un pauvre bougre de Tanzanien vaguement pêcheur à l’épervier, vêtu en tout et pour tout d’une infâme chemise marronnasse et d’un short déguenillé du même ton, débarquant dans le hall climatisé d’un établissement de luxe où s’ébattent mollement hommes d’affaires à l’air important et dames européennes attroupées autour de boutiques dorées ! Les hurlements des portiers, des liftiers, des préposés à ceci et à cela, les hauts le cœur des clients, le doigt impératif du cerbère de service vers la porte, je vous en passe et des meilleurs. De moins en moins content, Dieu, de ce scénario ! Des envies folles de tout pétrifier, de tout ensevelir sous la plaque miroitante d’un séisme nucléaire. La Vengeance Enorme, par le feu, le fer, l’eau, tout y compris le reste, ce que nous ne savons pas encore… Mais Dieu est Dieu et, succédant à la colère aveugle vint immédiatement l’infinie compréhension. Deux trois reprises au short l’espace d’un éclair de flash d’appareil photographique, une chemise propre, une paire de chaussure neuve et, ma foi, Dieu passa pour un livreur auquel on indiqua, dans une sorte de brouillard –avaient ils rêvé ou pas ?-, l’entrée de service. L’œil dominateur, la démarche décidée, Dieu s’approcha de la réception en sortant du champ visuel des clients et autres loufiats qui l’oublièrent aussitôt.

    « Qu’est-ce que tu veux ? Les courses, c’est à côté. Va voir Ibrahim, le hall c’est pour les clients… » Plus offusqué que l’aurait été son patron, le préposé aux écritures, clefs et portefeuilles ! La voix de l’Auguste Créateur le fit toutefois virer du noir au gris en une nano seconde. Quelle voix ! A la fois caverneuse et douce, terrible comme l’orage et légère comme le son des blés dans le vent. Surtout, une voix de Blanc dans un corps de Nègre, ça n’est pas banal. Pas de sa faute, à Dieu : le doigt accusateur du portier, tout à l’heure, était un doigt tout blanc avec la voix adéquate. Ah, s’Il avait voulu user de ses pouvoirs…

    Il en use d’ailleurs, trichant avec Lui-même, lorsque le préposé, à présent tremblotant de tous ses membres, lui demande comment Il veut payer sa chambre. Fouillant le cerveau de son vis-à-vis, Il fait semblant de chercher dans sa poche –trouée en fait, la métamorphose du short est restée superficielle- et en retire de l’or, du bon et bel or, sous forme de pavé –le « rumsteck »- correspondant exactement à la vision du garde-clefs au moment de la question.

    Il avait eu sa chambre, avec de solides barreaux, après bien des discussions et intrusions de tiers en uniforme. Et Dieu ne comprenait pas pourquoi Il ne couchait pas à l’hôtel, ces tiers L’ayant convoyé dans le centre ville. L’idée de quelque chose qui clochait s’était à nouveau emparée de Son esprit. Les journaux  relatèrent peu après une étrange histoire : alors que la Tanzanie semblait ne voir se dérouler sa pénible histoire que sous le signe de chemins de fer trop lents et de ports trop petits, le tout au sein d’une économie végétative, elle fut subitement le théâtre d’événements incroyables qui en relancèrent l’intérêt auprès des masses repues et désabusées de l’Occident. Il y avait eu d’abord un terrible cyclone bizarrement circonscrit au cœur de Dar Es Salaam. Ravages, destructions, morts, maladies s’ensuivirent et une agitation monumentale s’empara des milieux intéressés par ces cataclysmes, Croix Rouge, Banque Mondiale, compagnies maritimes…

    Et puis, avant même que les premiers secours arrivent, le gouvernement tanzanien récusa toutes les aides, expulsa les fonctionnaires internationaux puis tous les étrangers occidentaux, ferma ses frontières et interdit à quiconque de les franchir dans quelque sens que ce soit à l’aide de gigantesques défenses électroniques hâtivement importées du Japon et payées cash, oui, « cash » ! A n’y rien comprendre ! L’on cria à la mystification, à un nouvel Amin Dada, au génocide organisé. Le Fond monétaire international coupa tous les ponts, Amnesty international se déchaîna, des associations de défense des Tanzaniens opprimés se créèrent dans toutes les capitales occidentales, des manifestations furent organisées devant les ambassades tanzaniennes désertées… En pure perte, le pays garda jalousement son secret qu’on crut définitivement sanglant et monstrueux. Quelques navires croisant au large tentèrent bien de scruter les côtes à la recherche de fumées d’obus ou d’arbres à pendus mais tout ce qu’ils crurent voir constituait apparemment un foisonnement de « Hilton » au bord des plages. Ce qui, bien évidemment, suscita un l’hilarité des commentateurs. Et puis le monde s’y accoutuma, la fièvre retomba peu à peu pour ne plus laisser que quelques excités désœuvrés et quelques thèmes faciles pour les campagnes électorales : la Tanzanie ne faisait-elle pas partie de la sphère socialiste ?

    Les religions, quant-à elles, continuèrent à attendre qui, leur Messie, qui leur Nirvana, qui, la sagesse de l’humanité. Faut dire que les remords de Dieu avaient largement été à la hauteur de Sa colère et que, ma foi, toute création mérite repos. Surtout après le travail effroyablement dur de distanciation temporelle qu’Il avait dû mettre au point le long des tracés frontaliers, à l’horizontal et à la vertical, pour soustraire la Tanzanie au regard des satellites espions de tous bords : ceux-ci voyaient le pays de Julius Nyerere au temps de l’ère primaire ! Seule, oubli volontaire et clin d’œil humoristique, une fente le long des côtes permettait d’entrevoir quelques bribes de la réalité. Et dieu, dans sa bulle, trouvait tout cela bien paisible, bien joli et, ma foi, s’y complaisait. Les gens L’avait adopté et leur polygamisme avait des aspects pas si mauvais que ça. Surtout après les quelques retouches macro-esthétiques –oh, bien légères, quelques grammes de cellulite en plus par ci, un nez rectifié par là…- qu’Il s’était permis d’appliquer à toute la gente féminine tanzanienne. Bien sûr, le MLF local… Mais Il avait le temps, en tout cas suffisamment pour un simple repos…


    Tags Tags :
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :