• Eléphants blancs

     

    Les  Eléphants blancs se cachent pour mourir…

     

    « Un éléphant blanc est une réalisation d’envergure, souvent prestigieuse et d’initiative publique, qui s’avère plus coûteuse que bénéfique et dont l’exploitation ou l’entretien devient un fardeau financier » J’ai trouvé cette définition, aussi courte que pertinente, sur Wikipédia. J’en cherchais une, bien sûr, en même temps que des exemples précis de ce type de réalisations qui furent, vous-a-t-on dit, à l’origine de l’endettement de l’Afrique à partir des années 1980.

    Il y avait beaucoup de mépris, d’ailleurs, à l’égard des éléphants blancs africains. Comme si les autochtones, vous, n’étiez même pas capables de faire correctement fonctionner les équipements construits à grands frais, vous disait-on toujours, par vos monarques aussi mégalomanes que tyranniques. Vous le pensez d’ailleurs peut-être, tellement les médias occidentaux ont chanté cette musique raciste sans jamais vouloir se l’appliquer à eux-mêmes. Car que dit Wikipédia à la suite de sa définition, je vous le donne en mille ? :

    « L’expression vient des pays de tradition hindouisteou bouddhiste. La veille de la naissance de Bouddha, sa mère aurait rêvé d’un éléphant blanc. À partir de cette légende, s’est développée une sacralisation des éléphants blancs. Il n’était notamment pas permis de les faire travailler. Les éléphants blancs sont devenus des offrandes prestigieuses que les princes de l’Indese faisaient entre eux. Pour certains de ces princes, moins nantis que les autres, le cadeau n’était pas sans poser de problèmes. Entre l’obligation de bien traiter l’animal et l’interdiction de le faire travailler, la possession d’un éléphant blanc pouvait devenir dispendieuse.

    Le Concordepeut être considéré comme un exemple classique d’éléphant blanc dans un contexte d’économie développée (comme le paquebot Le France). Mais les exemples abondent aussi dans des environnements économiques d’inspiration « marxiste » ou dans les pays du Sud »

    Et, de fait, on trouve nettement plus d’éléphants blancs en Occident que partout ailleurs dans le Monde. Voyez les palais, par exemple, ainsi que les temples religieux. Jusqu’aux « folies » des nouveaux riches de la fin du 19e siècle se faisant construire des manoirs improbables dans les banlieues des grandes villes. Voyez les « néo tramways », ceux qui n’ont plus de cathéters mais des rails, à 3, 4, 5 et plus de milliards d’euros le kilomètre. Et voyez, avant tout et surtout, les armadas guerrières occidentales, aussi imposantes que coûteuses et…inutiles. Car le déclin de l’Occident est un déclin de valeurs autant qu’économique, il n’a rien de militaire. Et l’on de surmonte pas de tels déclins avec des canons et des avions de combat !

    Mais trêve d’anti-occidentalisme, venons-en à votre continent préféré et à leurs éléphants blancs. Il est vrai qu’au nord du Sahara, deux pays, l’Egypte et l’Algérie, se lancèrent dans l’industrialisation lourde dès les Indépendances : chimie, acier, extraction et transformation de matières premières énergétiques notamment. Et il est tout aussi vrai qu’un nombre non négligeable des industries créées de toutes pièces furent un échec : tout le monde en Algérie se souvient encore de la téléphonie filaire locale ainsi que du sort des industries mécaniques. Ceci étant, la Tunisie et le Maroc qui préférèrent, eux, des industries de sous-traitance tournées vers l’exportation, textile en tête, ont connu de graves déboires eux-aussi au cours des dernières années. Ce, tandis que les pays dirigistes enregistraient eux, de notables succès industriels, l’Egypte en matière notamment de téléphonie mobile et l’Algérie en matière d’agro-industrie (la guerre de la bière au pays des Imams est une réalité peu connue mais très importante localement) Ce, tandis qu’Egypte et, surtout, Algérie réussissaient leur industrialisation énergétique : gaz pour le pays des Pharaons et pétrole pour celui des pirates, le gaz s’ajoutant ces dernières années au succès de la Sonatrach.

    Bref, l’Afrique du nord, qui n’a d’éléphants que dans ses zoos, n’a pas à rougir de son développement. Car, en outre, l’industrie n’est envisageable que dans un environnement humain dense. Or, aux Indépendances, les Nord Africains étaient ruraux à plus de 75%. Ils sont aujourd’hui urbanisés à plus de 50%, donnée quelque peu oubliée par les « spécialistes » occidentaux du développement africain (ils sont aussi nombreux qu’inefficaces, tout comme, jadis, les médecins, appelés « Diafoirus » par Molière, au chevet des Grands des mondes de ces époques. L’Afrique subsaharienne elle a encore moins à rougir, si l’on peut dire, du blanchiment éventuel de ses éléphants (qui sont gris) : ses grandes villes avaient été anéanties et il ne subsistait plus que des ports occidentaux pour l’enlèvement des matières premières et le débarquement des productions occidentales. La population était donc rurale (et analphabète) à plus de 80%, totalement inapte à s’insérer rapidement dans des circuits économiques modernes. D’autant qu’hors les « produits tropicaux », les ruraux vivaient en autarcie, l’approvisionnement des villes venant d’Europe. Et quand j’ai découvert l’Afrique, au début des années 1970, il n’y avait pratiquement pas d’usines. Je me rappelle même, c’était en 1975, qu’un journaliste du groupe où je travaillais alors, avaient écrit, dans un numéro spécial sur le Gabon, que la cimenterie d’Owando était fermée. J’avais photographié la dite cimenterie dont les cheminées répandaient visiblement leur pollution à tous les vents, mais rien n’y avait fait : le journaliste ne voulait pas revenir sur ce qu’il avait écrit !

    De même m’avait-on dit que la zone industrielle de Dakar tombait en ruines. J’y avais été et, effectivement, quelques bâtiments étaient abandonnés. Mais tous les autres étaient fonctionnels, même si la rouille n’avait pu qu’enlaidir leurs façades. Il est vrai qu’un autre jour, et après avoir été alerté sur ce cas précis, j’avais été visiter une ex usine de farine de poisson près de Johal, toujours au Sénégal. Totalement vides, les locaux de cette usine servaient en fait de club house de la plage voisine. Mais j’eu l’explication très rapidement, en interrogeant un pêcheur : « ils ne voulaient pas payer le poisson ! Alors que les sècheries traditionnelles payent, elles, très correctement » « Ils », c’était les investisseurs occidentaux croyant faire fortune en fabriquant de la farine de poisson dans un pays qui n’en n’a pas besoin et en payant le poisson des clopinettes : l’éléphant était ici plus blanc que blanc, soit totalement d’origine occidentale…

    On m’a aussi parlé de ces Africains qui ne « voulaient pas travailler » et qui faisaient, de ce fait, capoter des projets d’exportation. Et j’ai moi-même pu voir qu’on ne faisait pas faire ce qu’on voulait aux Africains : dans les années 1970 toujours, j’eu l’opportunité d’importer de la citronnelle à Paris : comme plante médicinale car, à l’époque, cette appellation permettait une importation quasiment sans contrainte tandis que l’appellation « alimentaire » demandait un nombre énorme d’études et de tests hors de la portée de ma bourse. Et j’avais un ami à Douala qui s’intéressait de près au projet. Tout était en place, y compris les fours de séchage de l’herbe (qui, autrement, devient du foin ininfusable) Mais mon ami ne put décider des paysans à ramasser l’herbe, même en leur promettant un prix élevé : il s’agissait, pour eux, d’herbe et seulement d’herbe : cultive-t-on de l’herbe toute simple ?! Aujourd’hui, ce sont de grands groupes qui importent, surtout d’Asie d’ailleurs. Mais les Africains vendent aussi puisque, à Dakar même, la citronnelle remplace peu à peu le traditionnel kinkeliba !

    Les Africains en l’occurrence ne refusaient pas de travailler : ils refusaient simplement de se prêter à ce qu’ils imaginaient être une connerie. Nous n’avions pas su les intéresser suffisamment pour qu’ils prennent au sérieux une herbacée qu’eux-mêmes consommaient et consomment toujours en quantité. Tout comme de nombreux ouvriers du bâtiment rechignent à construire des piscines alors que leur environnement manque cruellement d’eau. Ou qu’ils ne fassent rien au bureau, autre exemple, tout bêtement parce qu’on ne leur donne pas de travail valorisant. Etc., l’éléphant blanc africain est un mythe néocolonial, mis en avant dès lors que les termes de l’échange, après les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979, eurent été inversés au profit de l’Occident : les tout jeunes Etats africains, construisant leur nation (et donc des routes, des ponts, des bâtiments administratifs, des corps de métiers d’Etat, éducation nationale police, défense et autres) avaient anticipé leurs recettes d’exportation sur des niveaux de prix qui s’effondrèrent même pas deux ans après le deuxième choc pétrolier. C’est de là que vient l’endettement des pays africains de l’époque, de cette réelle et profonde inversion des termes de l’échange après que l’Occident eut « mâté » les prix du pétrole en exploitant rageusement le brut de la mer du Nord…

    De plus et vu l’extrême faiblesse des investissements étrangers en Afrique, investissements en outre consacrés à plus de 95% aux mines et aux hydrocarbures, je ne vois pas comment des usines inexistantes pourraient « pourrir au fin fond de la brousse » ! Il y a eu quelques ratés, très certainement, comme dans toutes activités humaines. Mais les ratés faute d’argent sont bien plus nombreux. Tenez, restez au Sénégal et prenez l’arachide, la seule matière première que le pays peut produire facilement : cela fait des décennies que les responsables de la filière rêvent d’un volet « arachides de bouche », l’activité qui fait vivre richement les planteurs américains, voire mozambicains en ce qui concerne la noie de cajou.

    Allez maintenant à Abidjan où s’est créée, voici quelques décennies, une usine autochtone de produits d’hygiène : savon pour le sol, eau de Javel… J’ai visité l’unité, quelques pauvres bougres mélangeant des produits chimiques dans de grands bidons avec une mise en bouteilles manuelle. Ses produits étaient moins chers que ceux de la concurrence européenne et elle avait notamment raflé le marché de l’hôtellerie. Quelques investissements là-dessus pour passer à la vitesse supérieure et s’aventurer dans les pays africains voisins ? Encore eut-il fallu que les banques suivent. Ce qu’elles s’empressèrent de ne point faire… Passons à présent dans la Guinée voisine, celle des réserves mirifiques de bauxites. L’ex compagnie française Péchiney y extrayait quelques petites parties de sa production globale. Puis le canadien Alcan s’empare de Péchiney avant d’être lui-même mangé par le géant Rio Tinto. Et ce n’est qu’alors, seulement après que les Européens n’eurent plus leur mot à dire, que l’extraction de la bauxite guinéenne put se faire à grande échelle. Et qu’un projet d’usine d’alumine put enfin être évoqué, dix ans après les investissements phénoménaux réalisés par les Sud Africains au…Mozambique dont les réserves de bauxite sont quasi inexistante !

    Il n’y a donc pas de cimetière d’éléphants blancs en Afrique. Ceux-ci meurent surtout chez les Blancs. Mais ils se cachent pour mourir alors les observateurs croient les apercevoir sur les rives des eaux chaudes d’Afrique.

     

    Encadré

    De coûteux travaux publics

    C’est dans ce domaine qu’apparaissent le plus les éléphants blancs occidentaux. Aux abords des villes, vous pouvez ainsi vous amuser du nombre de « ronds-points » qui existent avant de gagner le centre ville. Des rond- points dont le nombre, écrit l’auteur de « L’Omerta française », est essentiellement dû aux dessous de tables touchés par les maires. L’écologie est aussi au cœur de pas mal de gaspillage : des pistes cyclables ont en effet poussé un peu partout, y compris en rase campagne sur de petites routes ! En allant ainsi du Chesnay, près de Paris, à Plaisir, vous pourrez admirer une route bordée d’une piste cyclable en dur, ce durant des kilomètres et entre deux séries de champs céréaliers ! Toujours aux abords de Paris et l’on ne sait pas trop pourquoi, a été édifié le plus long tunnel de France, environ 14 km. Avec une spécificité assez remarquable, soit une espace de moins de 2,70 mètres de hauteurs de tunnel à son plus haut niveau : les véhicules de sécurité ne peuvent y pénétrer et il a fallu en commander des spécifiques avec, je suppose, des infirmiers et pompiers spécialement petits ! Là encore les dessous de table existent probablement puisque la Justice européenne a cassé le premier marché (Bouygues chef de file) en arguant de l’inexistence d’un véritable appel d’offres. Souvenez-vous, cette fois-ci hors de France, des contrats faramineux obtenus par Haliburton en Irak : Dick Cheney en avait été le PDG…

     

     


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