• Et si Mélenchon gagnait !

    Et si Mélenchon gagnait !

    (novembre 2011)

    Ceci est bien entendu de la fiction. Mais sait-on jamais ?! Le soir du 1er tour de la présidentielle française, à 20 heures précises, deux visages apparaissent à l’écran : Sarkozy, coiffant de peu Marine Le Pen, et Mélenchon, précédant tout le monde de peu, dont Hollande, positionné derrière la candidate du FN : aux 12% des voix normales du FG se sont en effet ajouté 40% des voix socialistes et 30% des voix vertes. Soit environ 24% au total. Sarkozy suit à quelques points, puis Marine Le Pen à quelques points de plus, puis Hollande à encore quelques points (en dessous de 20%) Bayrou ne dépasse pas 10% et les petits candidats, dont Eva Joly, se partagent les 10% suivants. Le taux d’abstention est assez élevé, au dessus de 30%... En additionnant les voix des uns et des autres, on voit que la droite et l’extrême droite atteignent 46% en comptant Bayrou, soit le même score que celui de la gauche en intégrant les Verts. Bref, le second tout s’annonce très ouvert et la droite se met à croire en ce qui était impensable il y a seulement 4 mois,  la réélection de Sarkozy.

    Une semaine après, c’est la douche froide pour l'UMP (et le PS !) : Mélenchon l’a emporté, assez largement : il a en effet récupéré, sans les chercher, une partie des voix de Marine Le Pen (qui a pourtant appelé à voter Sarkozy) et a bénéficié d’une partie plus importante des abstentionnistes du premier tour, ceux venus empêcher la réélection de Sarkozy. Bref, Mélenchon est élu avec plus de 53% des voix. Dans la foulée, Communistes et PG remportent les législatives, devant toutefois compter sur les députés socialistes et verts pour former une majorité (confortable) Il va maintenant se passer plusieurs mois, tout l’été, avant que cette majorité ne prenne le pouvoir. Et comme il n’y a pas de contrôle des changes, le premier « dommage collatéral » de ces élections est une fuite sans précédant des capitaux : en quelques semaines, c’est plus de 200 milliards d’euros qui s’envolent à l’étranger, plus du fait des multinationales et des banques que de celui des particuliers : la balance des paiements de la France est dans le rouge plus que foncé. Mais on s’en moque un peu puisque la France est dans la zone euro et que l’essentiel des capitaux fugueurs s’est réfugié dans cette zone. L’Histoire ne retiendra de cet épisode que le fait que Sarkozy n’ait rien fait pour contrer cette évasion de capitaux…

    Laquelle empêche toutefois de sortir de la zone euro le temps que la balance française des paiements se retrouve à l’équilibre. Ce qui peut être réalisé en une année si la vraie gauche a les coudées suffisamment franches pour se lancer dans un bras de fer sans précédant avec l’Europe néolibérale : la clef de la réussite est donc dans le soutien ou non des partenaires du Front de gauche au Parlement, socialistes surtout : un Fabius par exemple et bien qu’ayant joué la carte de « la gauche du PS » des années durant, peut refuser de voter le premier texte qui lui sera inévitablement soumis, une sorte de loi cadre laissant les mains libres au nouvel exécutif pour agir dans l’urgence. Les tractations peuvent être si contraignantes qu’elles pourraient empêcher le gouvernement de faire autre chose qu’une politique sociale-libérale. Il ne resterait plus alors à Mélenchon qu’à dissoudre la nouvelle assemblée et à en appeler au pays pour départager les deux lignes…

    Autrement dit, la victoire de Mélenchon ne peut être réelle qu’au prix d’une lutte féroce contre le PS à l’élection législative qui suit la présidentielle. Objectif : obtenir une majorité absolue sans le PS. Et il faut faire comprendre cela à des électeurs socialistes extrêmement claniques, dans un pays où les Socialistes gouvernent l’immense majorité des collectivités locales !

    Il faut plutôt se tourner, avant les législatives, vers un contrat de gouvernement avec le PS, contrat impliquant la désobéissance communautaire mais excluant la sortie de l’Union Européenne en cas d’échec de cette désobéissance : le PS, traumatisé par le 2e échec électoral majeur de ses libéraux sociaux, sera bien obligé de signer cet accord qui ne met pas totalement à mal son attachement à l’Europe. Dès lors et avant même les législatives, Mélenchon devra invoquer l’article 16 de notre constitution pour empêcher nos « ennemis de l’intérieur » de détruire l’économie française. Bien sûr, le président de l’Assemblée Nationale criera à la dictature (pas celui de l’actuel Sénat !) mais il orientera, ce faisant, l’argumentaire de la droite aux législatives dans une voie sans issue, les Français comprenant l’urgence de la situation à la seule vue de l’immense fuite des capitaux déjà enregistrée.

    Les mesures tomberont comme des couperets : contrôle strict des changes avec mise en place de contrôleurs d’Etat au sein des banques installées en France, retour des douaniers aux frontières avec contrôle tout aussi strict des marchandises, refonte totale du budget, en intégrant surtout l’imposition du capital au même niveau que celle du travail (50 milliards d’euro de recettes supplémentaires), le retour d’un véritable impôt sur le revenu, avec une forte progressivité et une tranche à 100% pour tous les revenus dépassant 320 000 euros/an, suppression des niches fiscales de riches (dont les déductions pour investissements immobiliers locatifs) et instauration d’un « impôt de désendettement » sur les consommations de luxe : immobilier très cher (ceux qui peuvent mettre plus d’un million d’euro dans un appartement ne sont pas à 20 000 euros près…), grosses cylindrées, vêtements de grands couturiers, alimentation de luxe, etc. Ce, sans compter le retour de l’ISF à un niveau plus important, plus une louche « temporaire » pour le désendettement.

    Ce, avec une baisse des dépenses dans les créneaux inintéressants : budget militaire en baisse de 30% avec retrait de toutes nos troupes à l’étranger (y compris en Afrique), limitation des investissements BTP publics, limitation des cadeaux aux entreprises (dont la défiscalisation des heures supplémentaires !), baisse autoritaire du train de vie et des Administrations, et des Collectivités publiques, etc.… Mais ces baisses seront compensées intégralement par une augmentation des dépenses dans d’autres domaines tels que l’Education nationale, la Justice, la Santé, les transports collectifs, etc. également. Bien entendu, la politique du non remplacement de fonctionnaires ne sera pas maintenue, remplacée par une politique d’ajustement du nombre de fonctionnaires centraux et territoriaux aux besoins réels. Avec embauches si nécessaires (c’est le cas des hôpitaux et de l’Enseignement).

    Le volet de la croissance reposera surtout sur le retour au progressisme d’antan, soit un rééquilibrage organisé des revenus des entreprises entre salariés et actionnaires : augmentation immédiate du SMIC, accroissement des taxes sur les bénéfices distribués, augmentation des charges patronales avec diminution exactement proportionnelle des charges salariales, etc. Ce, couplé avec la recherche (oui, la recherche !) d’un taux d’inflation plus important qu’aujourd’hui (probablement autour de 3 à 4%/an, soit un peu moins du double), en même temps que l’interdiction faite aux banques de prêter à taux variables : soit elles ne prêteront pas et perdront des milliards d’euro de recettes, soit elles prêteront, forcément à des taux suffisamment bas pour attirer le chaland. De toute façon, elles seront appelées à être nationalisées à brève échéance…

    Pour protéger cet ensemble de mesures, la France appliquera immédiatement une politique d’échanges extérieurs temporaire fondée sur l’exact équilibre des échanges pays par pays. De la sorte, la consommation intérieure ne sera pas une aubaine pour les Chinois, les Japonais et les Allemands, ces derniers voyant d’entrée le danger pour leur économie : gageons que ce bras de fer imposé par l’Hexagone verra tous les dirigeants européens implorer Paris après une première phase de menaces. Si bien que là, le temps d’un changement radical de l’Europe et de la zone euro pourra venir. Mais nous entrons ici dans une situation à trop long terme pour en décrire les particularités. Restons en donc aux « 100 premiers jours » d’un gouvernement Mélenchon, jours essentiellement consacrés, on l’a v u, au traitement en urgence des problèmes économiques : le FG devra attendre pour les autres volets de son programme, notamment en ce qui concerne la réalisation d’une nouvelle constitution par une Assemblée constituante. A noter également que je ne vois guère d’autres moyens que l’article 16 pour appliquer des mesures d’urgence en période électorale…


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