• Etats-Unis et Afrique

    Quelle Afrique intéresse le plus les Américains ?

     

    Un Américain considéré comme traitre par son pays, Edward Snowden, plus une agence africaine d’information, Ecofin, issue du plus grand courtier d’assurance monégasque, le groupe Ascoma, lui-même ancien créateur du plus grand courtier d’assurance français (Faugère & Jutheau, racheté par le groupe March)  vous permettent aujourd’hui de contempler les « dégâts » causés à l’Afrique par la « NSA », l’Américaine « National Security Agency »

    Snowden, comme vous le savez, a rendu public des dizaines de milliers de documents prouvant que l’agence du Maryland a espionné et espionne le monde entier, y compris les meilleurs alliés de Washington. Ecofin est allée chercher l’Afrique dans cette masse de documents dont les Occidentaux ont surtout retenu que le portable d’Angela Merkel était sous surveillance américaine…

    Et les résultats sont là, sous forme d’un palmarès des pays africains les plus surveillés. Voyez le tableau 1, il montre très clairement que la principale cible de la NSA en Afrique est le terrorisme islamique. Pour que vous ayez une idée de l’ampleur de la surveillance, sachez que les Américains ont analysé près de 100 milliards d’informations en 2013, surtout en Iran (14 milliards) où, il est vrai, la fabrication d’une bombe nucléaire opérationnelle n’est plus qu’une affaire de temps. Mais aussi au Pakistan (13,5 milliards) déjà, lui, possesseur de la bombe mais aussi et surtout fortement impliqué dans le terrorisme international. Et en Jordanie (12,7 milliards) pour très certainement les mêmes raisons et en… Egypte avec 7,6 milliards d’informations analysées. Le pays alors aux mains des Islamistes était donc étroitement espionné par Washington qui a certainement dû faire profiter la nouvelle administration de ses trouvailles…

    L’Inde ne vient qu’après l’Egypte dans ce palmarès mondial et, cette fois-ci, sans doute pas pour le terrorisme. En Afrique, vous voyez par contre que le dit terrorisme reprend très largement la primauté : Kenya, Libye, Tanzanie, Somalie et Soudan, cinq autres pays « sensibles » à cet égard en sus de l’Egypte et, en partie, l’Algérie. Ne reste bizarrement que l’Ouganda –bizarrement car le dit pays est nettement moins sensible tandis qu’il ne présente plus d’intérêt prioritaire dans la politique africaine des Américains- et, moins bizarrement le Congo Kinshasa (intérêts miniers) et, bêtement cette fois-ci, le Zimbabwe : on sait que les Anglo-Saxons ont outrageusement soutenu l’opposition à Robert Mugabe lors de toutes les consultations électorales du pays au point d’ailleurs de ranger ce dernier dans la liste des ennemis déclarés de l’Amérique. Tout ce qu’on peut dire ici est que Washington a la rancune aussi tenace que les Anglais contre l’Africain qui, le premier, mit fin à l’Apartheid dans son pays, qui plus est par les armes et de la manière la plus « convaincante » qui soit (fuite en désordre de l’armée de Ian Smith) Washington dut par force tirer un trait sur son soutien aux « combattants de la Liberté » de Jonas Savimbi en Angola et s’il ne le fait pas au Zimbabwe voisin, c’est sans doute que les Américains n’ont pas abandonné l’idée d’avoir un jour un ami aux commandes de la Nation qui, en fait, stoppa l’offensive ougando-tutsie sur Kinshasa. Une offensive, on s’en souvient, largement soutenue par les Anglo-Saxons. Lesquels ont donc visiblement du mal à accepter la défaite…

    Bref et à une époque où les véritables enjeux sont économiques, les Américains semblent continuer à s’attacher d’abord et avant tout à la chose guerrière. Tentons donc de leur apporter quelques éléments d’une programmation moins obsolète. Et d’abord au plan mondial devrions-nous tout de suite leur conseiller de recentrer leurs priorités sur la Chine qui, moins bien armée militairement il est vraie, vient de leur piquer la place de première économie mondiale. Elle leur avait soufflé celle de première nation inventrice (en nombre de brevets déposés) il y a trois ans… Attirons ensuite leur attention sur non pas la maîtrise de la production des matières premières mais sur la formation de leurs prix internationaux : ils semblent ainsi se réjouir de la récession russe faisant d’ailleurs plus suite à la baisse du prix des hydrocarbures qu’aux sanctions qu’ils s’évertuent à appliquer et à faire appliquer à la Russie. Mais ont-ils réalisé que cette baisse avait amené le prix du baril en dessous du prix de revient du même baril extrait des gaz de schiste ? Combien de temps les compagnies pétrolières américaines qui exploitent ces schistes pourront-elles continuer à vendre à perte ? De toute évidence, le renseignement a sa place –et une place prépondérante- dans ce genre de bagarre qui concerne aussi les compagnies européennes qui exploitent des gisements en fonds sous-marins très profonds (et donc bien plus coûteux que les gisements moyen-orientaux et russes). Tâchons enfin de les convaincre qu’il vaut mieux espionner ceux qui cherchent à contourner les matières premières trop coûteuses via la recherche que ceux qui exploitent les matières premières qu’ils sont obligés de vendre de toute façon s’ils veulent survivre correctement. Je pense d’ailleurs et vu les budgets annuels de la CIA et de la NSA (25 milliards de dollars à elles deux) que soutenir financièrement ces chercheurs doit coûter sensiblement moins cher que les espionner !

    Voilà déjà pour le Monde. C’est sans doute pire en Afrique dont l’actuel décollage semble totalement ignoré par « l’Intelligence » américaine. Sans doute aurait-il fallu cibler prioritairement les pays les plus intéressants pour les investissements américains ? Le Nigeria d’abord, l’Ethiopie ensuite. Puis l’Egypte mais pas pour les mêmes raisons, puis l’Afrique du Sud, puis… Je ne suis pas espion mais quand même : il doit bien y avoir des réseaux à connaître, des filières commerciales, des partenaires potentiels… Bref des informations pratiques permettant d’ouvrir réellement le Continent aux frileux investisseurs américains et, ce faisant, d’empêcher « l’ennemi », j’ai nommé les Chinois, de leur damer le pion aussi en Afrique. C’est valable pour les Européens qui continuent à penser leurs anciennes colonies comme au temps des canonnières. Et qui se contentent en fait d’espérer que les Africains finiront par détester les Chinois. Comme s’ils allaient recommencer à acheter dans les vieux comptoirs coloniaux deux fois plus cher –parce que les intermédiaires occidentaux se goinfrent plus qu’à cause des salaires trop élevés- plutôt qu’aux Asiatiques ! Tenez, voici une information gratuite : jamais un Africain ne renoncera à vendre plus cher ses matières premières et acheter moins cher ses produits industriels, fut-il mis sur le trône par je ne sais quel satrape surarmé. Tout simplement parce que ce n’est pas lui qui décide mais le marché : un temps très court le cacao mondial baissa après l’arrivée au pouvoir de Ouattara. Quelques mois plus tard, les prix internationaux s’envolèrent pour ne plus redescendre. Tandis que les produits nigérians, eux, ne remontèrent pas pour faire plaisir à l’industrie ivoirienne, produits d’ailleurs concurrencés par les importations asiatiques transitant par le Cameroun. Monde cruel…

    Pour l’instant, ne réussissent en fait en Afrique que les investisseurs étrangers qui connaissent bien le pays. Dans le sucre par exemple, la famille Vilgrain en est à la troisième génération, la première ayant démarré dans la farine. Elf, devenue Total, a plusieurs décennies de présence. Mais Peugeot a fini par céder sa dernière place forte, CFAO Nigeria, au japonais Toyota. Lequel remplacera bientôt, si ça n’est déjà fait, le montage d’automobiles tropicalisées Peugeot par des véhicules de sa marque. Je pourrais continuer mais pas longtemps : hors l’Afrique du Sud, il y a en fait peu de grands groupes étrangers installés sur le Continent.

    Et, en attendant les multinationales qui ont presque toutes raté le coche, naissent des myriades de petits et moyens entrepreneurs africains dont certains commencent à devenir très riches : voyez cette fois-ci le deuxième tableau, concocté par le magazine américain Forbes qui s’est fait une spécialité de ce genre de recensements. Il montre que les milliardaires africains, « ça existe » ! Tandis que les « centaines de millionnaires » sont encore plus nombreux et que, globalement, plus de la moitié des Africains ont aujourd’hui de quoi se payer plus que le nécessaire. Quelle information majeure à retenir de cela ? Tout simplement qu’il aurait coûté moins cher et qu’il coûtera moins cher aux multinationales occidentales de s’implanter directement avec des partenaires de cet acabit plutôt que de devoir racheter hors de prix les entreprises qu’ils créent pour l’instant tout seuls. Là encore le renseignement prime, au-delà des services diplomatiques que chacun sait d’une efficacité toute relative, surtout en Afrique.

    Gageons que les vainqueurs actuels de la compétition économique mondiale, les fameux « BRICS » (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) ne sont pas les meilleurs espions militaires de notre planète. Je doute toutefois que les Occidentaux les dépassent au niveau de « l’Intelligence économique » !

     

    1-      Les pays africains les plus espionnés par les Américains (2013)

    Rang

    Pays

    1

    Egypte

    2

    Kenya

    3

    Libye

    4

    Tanzanie

    5

    Somalie

    6

    Algérie

    7

    Soudan

    8

    Ouganda

    9

    RD Congo

    10

    Zimbabwe

     

    2-      Les dix Africains les plus riches selon Forbes (2013)

    Noms

    Pays d’origine

    Fortune estimée (milliards $)

    Aliko Dangote

    Nigeria

    11,2

    Nicky Oppenheimer

    Afrique du Sud

    6,8

    Nassef Sawiris

    Egypte

    5,1

    Johann Rupert

    Afrique du Sud

    5,1

    Mike Adenuga

    Nigeria

    4,3

    Naguib Sawiris

    Egypte

    3,1

    Onsi Sawiris

    Egypte

    2,9

    Miloud Chaabi

    Maroc

    2,9

    Christoffel Wiese

    Afrique du Sud

    2,7

    Patrice Motsepe

    Afrique du Sud

    2,7


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