• Existe-t-il encore une pensée économique de gauche-2

    Pour une renaissance de l’humanisme<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p>

    Article 6<o:p></o:p>

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    Existe-t-il encore une pensée économique de gauche ?<o:p></o:p>

    2 – Pour une nouvelle critique du libéralisme <o:p></o:p>

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    La première tache d’une gauche digne de ce nom est, je crois, de se remettre à porter un regard critique sur le libéralisme tel qu’il est aujourd’hui pratiqué. Le spectacle actuel est désolant : on a à l’extrême gauche des marxistes d’un autre siècle qu’écoutent encore quelques spectateurs épars ; a gauche, c’est-à-dire au centre gauche aujourd’hui, on avance que l’Etat peut encore, peut-être, si on fait bien attention, rendre quelques menus services. Mais on est globalement passé à droite pour les choses sérieuses : le marché, les bourses, les « investisseurs » et j’en passe. La panoplie est aussi complète au PS où l’on se félicite de la bonne tenue de la bourse sous la présidence de feu Mitterrand, qu’à l’UMP. Alors quelques regards se posent sur les altermondialistes : José Bové et son Roquefort « traditionnel » ne sont pas faits pour rassurer les dits regards. Chez les Anglo-Saxons, la critique, menée surtout par Stiglitz (voir article 5), porte essentiellement sur le manque de démocratie de la  mondialisation libérale. Bref, pas de quoi passionner les foules…

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    Il me faut dire plus qu’un un mot ici de la réaction de l’immense majorité des foules sudistes : elles ne s’opposent pas à une mondialisation qui a cassé les anciens comptoirs coloniaux et donné au moins le commerce aux autochtones, commerce qui les enrichit progressivement en leur donnant alors les moyens d’investir d’autres domaines comme l’industrie. Il faut le savoir car, à écouter nos journaleux de tous poils, on a l’impression que les pauvres sudistes sont les premières victimes de la mondialisation alors qu’il n’en est rien : ils savent que leurs faibles revenus sont le gage des délocalisations en leur faveur et l’exemple asiatique les excite au plus haut point, CQFD ! Nous avons ici le premier –et non des moindres- décalage de la pensée dite « de gauche » face à la réalité : pour les anciens colonisés, la mondialisation est un progrès par rapport à ce qu’on a appelé le « néo-colonialisme », soit le maintien des Occidentaux aux postes de commande économiques de leurs anciennes colonies (en Amérique latine, le fautif n’est pas l’ancien colonisateur mais le Yankee issu de la fameuse « doctrine Monroe »). Les critiques sudistes concernent surtout la duplicité des Occidentaux qui exigent l’ouverture des frontières mais refusent de respecter le code commercial international quand celui-ci leur est défavorable : subventions aux exportations (sucre, coton…) ou surfacturations, notamment de biens d’équipement ou dans le BTP. On est loin de Marx, certes, mais faut bien se coltiner avec la vraie vie !

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    Et elle est agaçante, la vraie vie : car de véritables humanistes ne peuvent sérieusement pas s’opposer à une redistribution des richesses au niveau planétaire. Ce, tandis que les nordistes, eux, hurlent à la mort face aux délocalisations et que de véritables humanistes ne peuvent pas non plus se boucher les oreilles face à ces hurlements…

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    Mondialiser sans désétatiser

    La solution doctrinale existe bien sûr et je m’étonne qu’aucun penseur de gauche ne l’ait avancée tellement elle est simple : il suffit de ne pas considérer que la mondialisation est forcément synonyme de désétatisation. Car on peut parfaitement ouvrir ses frontières tout en ayant un Etat fort, capable notamment de négocier et de planifier les délocalisations et autres mutations économiques aussi désagréables qu’inévitables. Les Européens l’ont fait, beaucoup trop tardivement, dans le domaine textile avec les Chinois mais en n’utilisant pas vraiment le temps ainsi gagné pour reconvertir leur industrie en prévision des importations à bas prix : la faute ici est de toute évidence au libéralisme, les industriels européens ayant décidé massivement d’investir…en Chine face à des structures publiques qui ne sont plus armées pour contrecarrer le processus. Les Américains, de leur côté, « suppôts » du libéralisme débridé, n’arrêtent pas de négocier avec les Asiatiques et continuent, comme par le passé, à nous fourguer leur maïs et leur soja transgéniques tout en massacrant les marchés mondiaux agricoles via des subventions parfaitement étatiques à leurs producteurs.

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    La mondialisation est donc loin d’être le libéralisme. On peut d’ailleurs parfaitement imaginer qu’un pays non libéral s’y intègre, la Chine vient de le faire… Les règles de la mondialisation économique sont simples : il suffit de respecter la concurrence, donc de ne pas faire de dumping et de ne pas subventionner ses exportations (forme de dumping), de ne pas protéger son industrie outrageusement (donc d’abaisser les tarifs douaniers) et de ne pas s’opposer à la libre circulation des marchandises et des capitaux. C’est la Banque mondiale et le FMI qui en ont rajouté des couches, qu’il s’agisse de « dégraissage » des effectifs de la Fonction publique, de limitation des déficits budgétaires, de privatisations, bref de la panoplie complète du parfait ultra libérale sauce Chicago. La critique de la mondialisation par Attac, version latine, ne peut donc pas servir de socle à la pensée de gauche. Parce qu’elle s’oppose en fait à la redistribution des richesses en faveur des pays du sud, on l’a vu, mais  aussi parce qu’elle ne différencie pas mondialisation et libéralisme.

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    Les pays sudistes, africains notamment, qui ont terriblement souffert de la désétatisation (voir les mouvements rebelles qui se sont intensifiés face à l’absence d’Etat digne de ce nom), ne se plaindront pas d’une pensée qui réconcilierait mondialisation et Etat fort. On observera à cet égard que la Russie se porte beaucoup mieux depuis qu’elle a redonné de la vigueur à son pouvoir central au détriment de ses oligarques tandis que la Chine, qui n’a jamais abandonné le dit pouvoir central, est la plus éclatante réussite économique des trois dernières décennies. Je sais, j’entends déjà les remarques acerbes sur les droits de l’homme ! Alors je vais vous dire une chose : les droits de l’homme ne sont aucunement une condition de la réussite économique. C’est tout au contraire une conséquence du développement économique, quand les populations sont sorties de la misère et commencent à s’intéresser à autre chose que manger et dormir sous un toit. Et oui ! C’est décidément plus qu’agaçant, la vraie vie !!

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    Réinventer le long terme<o:p></o:p>

    A droite comme à gauche, on se plaint en Europe du manque total de projet communautaire et on accuse les Français d’en être responsables pour avoir voté « non » au référendum constitutionnel européen. Comme s’ils avaient donné un « coup de frein » à la « construction européenne ». Il faut alors qu’on m’explique pourquoi les projets communautaires ont déserté Bruxelles non pas depuis ce vote négatif mais bien avant ! En fait, la constitution n’est en rien responsable de la vacuité économique communautaire : il n’y a pas de projet à long terme tout bêtement parce que les grandes entreprises européennes ne réfléchissent plus à 5 ou 10 ans mais, au mieux, à 2 ans. Ce qu’on a appelé la « financiarisation » des économies occidentales a achevé aujourd’hui sa révolution et je doute que nous soyons encore capable de monter chez nous des projets comme celui d’Airbus et encore moins comme celui de la Communauté économique du charbon et de l’acier, ancêtre de l’Europe communautaire : notre acier européen est aujourd’hui entre des mains non européennes…

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    Le processus est d’une simplicité déconcertante : des PDG surpayés et  ne cherchant donc qu’à conserver leur place à tous prix sont sous le contrôle « d’investisseurs » qui ne sont en fait que des gestionnaires de portefeuilles boursiers. Ils ne s’intéressent qu’au rendement immédiat. Les PDG leur en donnent donc pour leur argent en cherchant d’une part la rentabilité immédiatement la plus forte (abaissement des coûts de production et de gestion plutôt qu’investissements dans la recherche-développement) et, d’autre part, le meilleur cours boursier possible, l’un allant d’ailleurs très souvent avec l’autre. En face, on a des Etats qui ont renoncé purement et simplement à se mêler des affaires des entreprises privées, sinon sous l’angle fiscal : plus celles-ci gagnent d’argent, plus l’Etat en perçoit. Il applaudit donc face à une financiarisation qui a totalement tué la réflexion économique à long terme en Occident. Tout cela est connu et vérifié, notamment au travers de nos dépenses de recherche, ridiculeusement faibles en Europe de l’ouest, surtout dans le privé où elles sont proches de la nullité. Tenez, voyez l’automobile : nous avons pourtant été les  pionniers de la technologie. Mais nous avons laissé filer d’abord le processus industriel aux Etats Unis où les patrons ont compris beaucoup plus tôt que les nôtres que leurs clients étaient leurs salariés (Ford) avant d’abandonner la recherche aux Asiatiques : c’est aujourd’hui Toyota qui dame le pion à toute l’industrie occidentale et qui a inventé la motorisation dite « hybride », la seule vraie révolution technologique de ces dernières décennies… De notre côté, nous en sommes à racheter et toujours racheter des entreprises, financiarisation oblige, ou à espérer la venue d’un « sauveur » : tels les Américains qui, l’an dernier, ont fait les yeux doux au patron du groupe Nissan-Renault en espérant qu’il accepte de venir s’associer avec eux. Affligeant…

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    Réinventer le sens du long terme est donc indispensable, d’autant que la droite libérale reste encore totalement investie dans son combat anti-étatique et ne bougera pas un cil sur ce plan. Ségolène Royal, malheureusement taxée d’entrée d’incompétence par des médias réellement incompétents, eux, a ouvert la voie au PS en promouvant une fiscalité des entreprises à deux vitesses, selon la destination des bénéfices (on taxe plus les bénéfices distribués que les bénéfices réinvestis). Il va falloir aller plus loin, d’une part dans l’imagination des mesures propres à obliger les opérateurs économiques, y compris les fameux « investisseurs », à voir au delà du bilan en cours et, d’autre part, en « vendant » le concept à, au moins, nos partenaires européens les plus sérieux (Allemagne notamment). Quelques pistes ici : nos Etats disposent d’une somme fabuleuse d’informations qu’ils ne traitent plus vraiment depuis que la planification a disparu de leur vocabulaire. Chaque ministère engrangent les dites info qui se perdent, au mieux, dans les arrières coins de leur site Internet. On peut donc parfaitement imaginer que le secteur public devienne un pourvoyeur d’informations à grande échelle. Et tant pis pour les quelques officines privées qui se sont spécialisées dans ce type d’info pointues et payantes, donc réservées pour l’instant à une minorité : la base de la réflexion, c’est l’information et si l’on veut que la réflexion reprenne ses droits chez nous, il faut bien distribuer largement (donc gratuitement) cette information, CQFD !

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    Autre piste importante, la qualité des chercheurs. Les Américains viennent démarcher les nôtres quasiment au berceau, à la sortie de leurs écoles. Ils font également leurs emplettes dans le Tiers Monde, en Inde par exemple pour trouver leurs informaticiens. Nous, nous avons le CNRS, l’Institut Pasteur, quelques organismes parapublics comme l’Institut Français du Pétrole (en perte de vitesse accélérée) et rien d’autre puisque nos entreprises n’investissent pas dans la recherche. Et je ne vois pas comment l’immigration dite « choisie » (comment peut-on « choisir » quand on n’arrive déjà pas à contrôler ?!) peut changer la donne quand, dans le même temps, on veut « dégraisser » la Fonction publique… Le colbertisme est peut-être l’une des bonnes solutions à ce problème tout de même crucial, cette association de l’Etat et du privé que nous savons pas trop mal pratiquer. L’Etat a des moyens, notamment en recherche d’informations, auxquels les privés n’ont même pas le droit de rêver. Et les privés ont les sous et l’emploi des informations, du moins si on sait les inciter à faire autre chose que de la distribution immédiate de dividendes. Le dernier élément d’importance vis-à-vis de notre avenir à long terme est l’utilisation de la manne publique dans nos économies. Cette manne est considérable quand on additionne les commandes publiques (20 à 25% du PIB en France), les subventions en tous genres de l’Etat et des collectivités locales et les prélèvements parafiscaux, au profit des chambres de commerce par exemple… Sans même évoquer ici le gaspillage des fonds publics, notons que cet argent est distribué sans vraiment d’idées directrices. Prenons le cas des commandes publiques : la seule idée directrice de ces achats étatiques est le principe de l’appel d’offres au delà d’une certaine somme. Mais l’Etat peut aussi décider de privilégier les technologies les plus en pointe, qu’il testerait ainsi (c’est tout le contraire actuellement, l’Etat ne teste en fait que l’art –et pas toujours pour le bonheur de nos sens !) De même pourrait-il décider de ne plus subventionner les entreprises qui n’investissent pas assez dans la recherche ou dans l’environnement. Etc. : le secteur public a des moyens considérables mais on lui a fait croire, à force de discours libéraux, qu’il ne devait pas s’en servir. Voire qu’il n’avait plus de pouvoir du tout ! Je signale d’ailleurs à nos libéraux que les Américains, eux, ne dédaignent pas subventionner leurs industries de pointe au travers, notamment, des confortables commandes militaires du pays le plus militarisé de la planète.

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    En finir avec les dogmes<o:p></o:p>

    L’ultra libéralisme, disons le libéralisme tel que défini par « l’école de Chicago » (fin de l’interventionnisme économique de l’Etat, indépendance jalouse des banques centrales chargées uniquement de lutter contre l’inflation, mondialisation des échanges et des capitaux et, in fine, « économie de l’offre » qui est en fait une plus grande liberté d’action laissée aux entrepreneurs pour entretenir la croissance alors que le keynésianisme insistait surtout sur le rôle de la demande), est tellement farci de dogmes que rien que l’idée de m’y attaquer me fait peur. Mais il faut bien parler aussi de cet aspect de la pensée économique quand, notamment, les médias sont tous et intégralement convertis à ces dogmes. Prenons d’ailleurs cette question de « l’économie de l’offre » dont se gargarisent nos libéraux en chambre : elle ne veut strictement rien dire : s’il n’y a pas plus de demande, on aura beau « libérer » tant et plus les entrepreneurs, il n’y aura pas un iota de croissance en plus. Comment d’ailleurs les Américains ont-il relancé leur propre croissance sinon en augmentant massivement le déficit budgétaire pourtant condamné par les enseignants de Chicago ?! Il est vrai que, dans le même temps, l’administration Bush junior a aussi réduit considérablement les budgets sociaux, le déficit venant essentiellement des budgets militaires et des réductions massives d’impôt accordées aux Américains les plus riches. Pour nos journaleux, il s’agit d’actions « courageuses », comme s’il était normal et saint de sucrer des allocations familiales tout en doublant les frais de fonctionnement de son armée pour cause de guerre intempestive et en réduisant la contribution des plus riches à cet effort de guerre stupide.

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    On voit jusqu’où peuvent aller les certitudes humaines ! Passons donc en revue quelques unes de ces croyances infondées les plus criantes :

    -         La France n’exporte plus. Cet élément important du « déclin français » est archi faux : la France exporte toujours plus d’année en année mais ses importations progressent encore plus vite. Et elle se retrouve ainsi avec un « trou » de quelques 30 milliards d’euro en fin d’année, ce qui est effectivement beaucoup. Mais on ne vous dit pas que les recettes du tourisme sont considérables, notre pays étant en tête des pays touristiques du monde entier. En fin d’année, les recettes dites « invisibles » (hébergement et restauration, musées, etc., sans compter ce qui n’est pas comptabilisable comme l’essence ou les sandwichs achetés dans une station d’autoroute) sont très supérieures au trou du commerce, si bien que la balance des paiements est, elle, excédentaire. D’autant que le solde des investissements français à l’étranger et étrangers en France est lui aussi largement positif, accroissant encore nos excédants de moyens de paiement. Le commerce international n’est pas comme une entreprise privée : pour que sa croissance perdure, il faut que tout le monde y gagne parce qu’il faut que tout le monde puisse payer, CQFD ! Pour résumer, il faut bien que l’Allemagne dégage des excédants commerciaux sur notre dos pour financer les vacances que sa population prend assez massivement dans notre pays. Sans compter les maisons que nos voisins préférés achètent fort cher chez nous et qui, plus que les investissements industriels, font grimper les statistiques des « IDE », Investissements directs étrangers, dans notre beau pays. Ce qui n’enlève rien au fait que, Euro fort oblige, nous peinons à vendre plus d’avions et plus de voitures tandis que les Allemands pestent de plus en plus fort contre une Europe agricole qui les oblige à dépenser beaucoup pour payer nos agriculteurs et stocker leurs produits trop chers. Tant pis pour eux, ils n’ont qu’à pas être aussi rigides sur la monnaie européenne…

    -         La gestion privée est très supérieure à la gestion publique. Faux là aussi : quand la gauche a nationalisé la quasi totalité des grandes entreprises françaises, bon nombre d’entre elles se portaient mal. Et l’Etat a fait une considérable plus value en les revendant après les avoir assainies. Mais il y a plus : dans les domaines de l’énergie et du transport, la gestion privée s’est avérée catastrophique, techniquement très en dessous de la gestion publique tout en coûtant beaucoup plus cher aux usagers. Et ce, dans le monde entier, pas seulement en Grande Bretagne, en Californie ou au Canada. Autre exemple, chiffré celui-là, prenez le service des renseignements téléphoniques, les anciens numéros 12 (renseignements nationaux) et 19 (renseignements internationaux). Leur chiffre d’affaires public était de l’ordre de 350 millions d’euros/an. Il est aujourd’hui très exactement moitié inférieur avec des investissements publicitaires qui ont dépassé les 200 millions d’euros et des opérateurs dont on ne se souvient plus du numéro. Internet, gratuit, a empoché très aisément la différence… Ce genre d’informations ne vous est évidemment pas seriné à longueur de journée à la radio et à la télévision. Le privé, c’est mieux que le public, point barre alors que le privé à aujourd’hui une tare congénitale : il veut gagner de l’argent tout de suite et n’investit donc pas. Ou en tout cas le moins possible. Si bien que l’Europe toute entière est aujourd’hui, avec ses compagnies d’électricité privées, au bord de la catastrophe ; soit confrontée à un risque d’effondrement total des réseaux, tous interconnectés en ce début de 3e millénaire, mais techniquement très vétustes. Nous avons des problèmes identiques avec les télécommunications et, en fait, la quasi totalité des anciens services publics privatisés. Faut le savoir, quand on est poussé par les ultra libéraux de Bruxelles à fourguer nos services publics étatisés à quelques multinationales assoiffées de cash ! Le traité européen n’oblige en outre aucunement les Etats réticents à privatiser : là encore, il ne leur est demandé que d’ouvrir les marchés à la concurrence, qu’un strict respect des règles de cette concurrence et l’arrêt donc de toute subvention aux entreprises publiques. Reste le problème alors du financement de la croissance des dites entreprises publiques : comment a fait EDF, selon vous ? Si les entreprises publiques ne peuvent en effet pas lever des fonds à risque, en vendant des parts de leur capital social, elles ont tout de même accès au marché obligataire et aux prêts bancaires. Et puis il y a le champ des entreprises mixtes, longtemps utilisé en France pour construire les autoroutes et qui, lui aussi, n’est pas interdit par les traités européens.

    -         L’inflation est le pire danger des économies. C’est là encore totalement dogmatique. En fait, le monde s’est accommodé très souvent et très longtemps de taux d’inflation élevés, inflation qui a toujours coïncidé avec des taux de croissance également élevés. Normal, une forte croissance pèse constamment sur les prix puisque la demande est forte. Ainsi la période la plus fébrile de l’après guerre, trente années de forte croissance mondiale quand même, s’est accompagnée d’une inflation annuelle presque partout à deux chiffres. Et cette croissance a décru en même temps que baissait l’inflation. L’assertion n’est donc pas prouvée au niveau économétrique, c’est le moins qu’on puisse dire. Que la baisse de l’inflation ait profité aux bourses et aux « investisseurs » est par contre indéniable : les indices boursiers se sont tous envolés, avec des éclatements périodiques de « bulles financières » tellement l’envol a parfois été fort, dès lors que l’inflation a été vaincue. Je me permets d’insister là dessus car toute la gauche occidentale considère faussement que l’inflation « mange » les hausses de salaire et se félicite donc d’avoir vaincu cette inflation. Quelle erreur ! En fait et pendant des décennies, les salariés ont profité de l’inflation. Leurs syndicats étaient alors puissants, mandatés justement pour négocier les hausses de salaires rendues indispensables par l’inflation, tandis que leurs emprunts immobiliers étaient remboursés en monnaie de plus en plus dévalorisée (les taux variables n’existaient pratiquement pas à cette époque). C’est cette inflation qui est en grande partie responsable de l’émergence de nos modernes classes moyennes. La gauche européenne, car c’est effectivement elle qui a vaincu l’inflation (sauf en Angleterre), a donc en même temps cassé les syndicats (devenus inutiles en l’absence d’inflation) et lancé les enfants de la deuxième génération de classe moyenne (celle du baby boom) dans un monde infernal de compétitions individualisées, d’emprunts difficiles à rembourser et de précarisation accrue.  Au passage, ces gauches aveugles ont fait réexploser la demande de luxe (la précédente explosion datait des siècles qui précédèrent la Révolution française), ce n’est pas LMVH, BMW, Mercedes et autres Gucci qui démentiront. Pas de quoi se féliciter ! La désinflation est totalement une notion de droite. Quand les banques décident cette désinflation (lors d’une réunion au sommet à Bâle, à la Banque des Règlements Internationaux, à la fin des années 1970), elles ne songent qu’à multiplier leurs produits financiers, les marchés à terme, les obligations, les SICAV, etc., dont l’avènement est interdit par l’inflation forte : imaginez, pour comprendre cette interdiction, les « golden boys » s’échinant vainement à vendre et acheter leurs machins dans le monde entier en étant obligé d’effectuer à chaque fois des conversations monétaires à ne plus savoir qu’en faire ! La Finance ne pouvait s’épanouir qu’après une désinflation radicale, permettant aux opérateurs de négliger les mouvements monétaires à court terme dans leurs décisions de vente et d’achat. Depuis d’ailleurs, ils ont tellement intégré ces mouvements monétaires faibles qu’ils les ont transformés en produits financiers (les moins risqués de tous puisque les inflations comparées sont toutes minimes en Occident). Du fait de l’internationalisation des économies, on ne peut guère revenir en arrière sans accord international qu’on n’est pas prêt, je vous le dis tout de suite, d’obtenir. Mais rien n’empêche la gauche de reconnaître que vaincre l’inflation n’a pas été le fleuron de ses réussites passées. Et de réfléchir à une meilleure utilisation de l’inflation comme moteur de la croissance. Sans revenir aux inflations fortes d’antan, on peut parfaitement imaginer de convaincre nos alliés monétaires européens d’un alignement de notre politique monétaire sur celle des Etats Unis, avec donc un doublement du taux d’inflation au delà duquel est déclanchée une hausse des taux d’intérêt. Et pourquoi pas, il n’est pas interdit non plus de songer à un peu plus d’inflation encore, mettons 3 à 4% au lieu des 1,2% actuels…

    -         Ce qui est bon pour la bourse est bon pour le pays. On a déjà vu la fausseté évidente (sauf pour les médias) de cette affirmation : ce n’est pas parce que la bourse s’envole que la croissance décolle. Mais la droite a affirmé, pendant la campagne électorale, que l’appauvrissement des riches les faisait fuir à l’étranger et que c’était mauvais pour l’économie française. On est ici au cœur des véritables objectifs de l’ultra libéralisme, soit un coup d’arrêt apporté brutalement et durablement à la montée du facteur travail par rapport au facteur capital dans le processus de production. En clair, les riches et leurs banques ont voulu que leur argent rapporte plus et ils y sont parvenus. Comme ils ont beaucoup pompé, les fameux 15% annuels de rentabilité étant très supérieurs aux taux de croissance du monde entier, Chine incluse, fallait bien prendre les sous quelque part. Et c’est le facteur travail qui a morflé avec, il faut le reconnaître, une maîtrise formidable de la communication. Songez que le candidat du capital lors de l’élection présidentielle (le Medef et les banques ne soutenaient pas Ségolène Royal !) a pu affirmer vouloir relancer la valeur travail dans la société française et être crû ! Tandis qu’étaient prises pour farfelues les propositions de la candidate socialiste appuyées, elles et pourtant, sur la volonté d’organiser une sorte de nouveau « Grenelle » des salaires (en référence aux accords de Grenelle qui mirent un terme aux revendications salariales de mai 1968) dès le lendemain de son éventuelle élection. Même les éléphants le prirent de haut : Fabius proposait bien un SMIC à 1500 euros/mois, idée d’ailleurs reprise par Ségolène Royal, mais sans toucher à la grille générale des salaires ; et, pour DSK, cette proposition relevait bien entendu du discours électoral, pas d’une politique économique raisonnée et raisonnable. C’est que ces deux là ont gouverné et géré un ultra libéralisme de gauche « chanceux » (quand la vigueur de l’économie américaine, dopée par ses dépenses militaires, entraînait l’ensemble du monde développé dans une croissance supérieure à 3%/an). Sans doute ont-ils alors succombé, eux aussi, aux dogmes ultra libéraux et sont-ils aujourd’hui incapables de penser économiquement à gauche ? Ou peut-être la contrariété de leur ambition personnelle et de leur ego l’emporte-elle résolument sur toute autre pensée ?

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    Je pourrai écrire un livre sur ce thème des dogmes ultra libéraux. Je vous ai donné quelques exemples pour que vous puissiez toucher du doigt leur importance et dans la reconstruction du capital, et dans le combat que la gauche aurait dû mener pour éviter que cette reconstruction ne soit si dévastatrice pour les salariés. Car, sur le fond, on peut parfaitement imaginer qu’il ait fallu, à un moment, redonner un peu de couleur au capital par rapport au travail : quand les capitaux doivent aussi servir à redistribuer la richesse au niveau mondial, faut bien qu’ils soient un peu attractifs pour leurs détenteurs. Ce n’est pas être forcément de droite que de vouloir modifier une clé de répartition des bénéfices trop favorable aux salariés occidentaux et donc rebutante pour les investisseurs. Mais de là à tout gober sans sourciller, à perdre jusqu’à sa capacité à réfléchir, il y a plus qu’une marge, un gouffre que nos énarques ont pourtant franchi dans la plus grande allégresse. Sans compter qu’une fois la correction effectuée, il faudra bien revenir au progrès humain et disposer donc d’un appareil doctrinal en parfait état de marche. On en est vraiment très loin dans le domaine économique…<o:p></o:p>

     


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