• Facebook en censure

    Facebook et l’Afrique : le désamour ?

     

    Fin octobre dernier, au sommet Russie-Afrique organisé à Sotchi, une proche de l’opposant ivoirien Mamadou Koulibaly, a enflammé le web par un discours sur la France que n’aurait pas renié feu Sankara : une mise en cause extrêmement brillante du néocolonialisme français par la jeune Nathalie Yamb, devenue ainsi et en une journée, une sorte de Jeanne d’Arc subsaharienne.

     Quelques jours auparavant, Paris avait obtenu de l’Union africaine le renvoi de son ambassadrice aux Etats-Unis et dans les Amériques, Mme Arikana Chihombori-Quao (Ghana), pour avoir sévèrement critiqué l’action de la France en Afrique. Si les réactions des chefs d’Etat africains furent inexistantes, celles des internautes du continent condamnèrent presque unanimement la lâcheté de l’organisme censé les fédérer. 

    “Last but not least”, la direction de Facebook avait entamé, quelques semaines plus tôt, un véritable lessivage des sites ayant créé des pages sur son réseau, lessivage touchant bien entendu tous les sites africains quelque peu critique sur l’Occident. A l’origine, il s’agissait essentiellement de lutter contre les représentations non conformes à la morale et à l’éthique de l’humain sur son réseau. Et, ainsi, l’opérateur eut droit au défilé de nudistes à Washington protestant contre la censure du nu sur le réseau. Mais Mark Zuckerberg et son staff sont allés beaucoup plus loin, offrant en fait Facebook à l’Occident : les menaces de l’Exécutif américain ainsi que du fisc européen auront eu raison des velléités d’indépendance du plus grand réseau mondial du Web : 2,45 milliards d’utilisateurs actifs par mois et 1,62 milliard par jour !

    Comment les Français ont-ils réussi à tenter d’étouffer ainsi sur ce méga réseau un réel début de contestation radicale de sa présence sur le continent ? Effectivement radical car on a pu voir les Maliens, pourtant en proie aux attaques mortifères de Daech au nord de son territoire, crier massivement “Frenchies go home !” après la dernière attaque très sanglante des radicaux islamiques ! La question mérite d’être posée car Mark Zuckerberg ne possède que 28% des actions de son entreprises tandis que beaucoup d’actionnaires souhaitent le débarquer depuis que Facebook a joué un rôle dans l’élection de Trump. Une nouvelle affaire d’intrusion du réseau dans le jeu politique pourrait définitivement l’écarter de la direction du groupe.

    On sait que Zuckerberg a rencontré le président Macron le 10 mai dernier. Entretiens au cours duquel il fut officiellement question de la lutte contre les messages haineux sur Facebook. Mais officiellement, sachant que le groupe américain est, tout comme les autres géants du numérique, menacé d’une énorme taxation fiscale européenne (Google vient d’accepter de verser 500 millions $ au titre de 2019 et des années précédentes) ?

    Facebook voulait aussi introduire une monnaie scripturale sur son réseau. Le refus des autorités américaines a suffi à l’en dissuader, nouvelle preuve qu’en dépit de sa taille économique, le premier réseau mondial d’internautes n’a pas les moyens de s’opposer aux grands Etats. Il ne peut d’ailleurs toucher les Chinois qu’à la marge, via une sorte de “Darknet” accessible qu’aux seuls spécialistes, Pékin l’ayant interdit dans ses terres.

    Mais l’Afrique... Entre le fisc européen piloté par Paris et le sud du Sahara, Zuckerberg n’a sans doute pas hésité. On a appris depuis, rumeur lâchée probablement par l’opérateur lui-même pour tenter de se dédouaner, que les censeurs du réseau étaient des humains de chair et de sang parfois idéologiquement engagés. On peut le comprendre pour les sites radicaux islamiques. Mais pour les sites africains se battant pour l’indépendance réelle de leur pays ?

    Toujours est-il qu’aujourd’hui, Facebook est dans le collimateur de ses clients subsahariens. On sait que les Chinois travaillent actuellement sur un substitut à Google, tout comme quelques informaticiens européens désargentés. Qu’adviendra-t-il, à long terme, du plus puissant réseau informatique si ses utilisateurs perdent confiance en lui ? Il n’a pas de réels concurrents pour l’instant. Mais demain ?

    On voit ici le principal défaut des Occidentaux face à leur déclin : ils n’y croient pas et pensent que leurs montages ne seront pas détruits : la France Afrique croit sa présence africaine irréversible et pérenne avec des méthodes dignes du 19e siècle ; et Facebook croit que sa suprématie est inattaquable. Rappelons-leur tout de même la déconvenue de deux autres grands américains du numérique : IBM, l’incontestable numéro 1 des années 1950-1970, ne vit pas venir les ordinateurs individuels tandis que Microsoft, le géant des années 1995-2005 avec son logiciel “Windows”, ne vit pas venir les tablettes tactiles qui firent le bonheur de Google et de son logiciel Android. Tout comme le cimentier français Lafarge, ex dominateur mondial, ne vit pas venir les concurrences est-européennes puis chinoises et maintenant africaines. Tout comme l’industrie automobile occidentale ne vit pas venir la concurrence asiatique. Tout comme... La liste est trop longue pour énumérer tous les cas finalement d’arrogance occidentale face à un ex Tiers Monde dont les “Blancs” ont toujours du mal a croire à l’émergence : les Américains ne viennent-ils pas de découvrir que la Chine est bien plus dangereuses économiquement pour eux que la Russie qu’ils considèrent toujours comme leurs principaux adversaires sur le théâtre mondial ?!

    Facebook a donc très certainement eu tort d’immoler la nouvelle jeanne d’Arc subsaharienne, Nathalie Yamb. C’est une icône du Net une authentique héroïne pour des millions de jeunes internautes qui n’hésiterons pas à quitter le réseau dès qu’un concurrent apparaîtra. Et la France Afrique n’a visiblement rien compris à l’esprit indépendantiste des jeunes subsahariens francophones : sans doute pense-t-elle avoir toujours affaire à une majorité de ruraux incultes ? Or la phase actuelle est une phase revancharde, pas amicale du tout : même s’ils sont jeunes, les concepteurs de la politique africaine de la France restent des vieux croutons !


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