• Idées toute faites sur l'Afrique

    Florilège d'idées fausses sur l'Afrique

    Christian d'Alayer - fin septembre 2015

     

    Du petit Ethiopien affamé et nu, dévoré par les mouches, à l'Algérie constamment au bord du gouffre, voici un petit florilège des bêtises égrenées sur l'Afrique en Occident comme sur Internet. La méconnaissance du continent par bien des Africains émigrés de même que leur ressentiment contre les pays qu'ils ont dû quitter économiquement ou politiquement expliquent en grande partie ce déversement quasi quotidien d'images de plus en plus ridicules au fur et à mesure que s'accélère la croissance africaine économique et sociale. Croissance niée d'ailleurs fréquemment par les mêmes émigrés qui ont du mal à concevoir que la terre qu'ils ont quittée puisse donner les fruits auxquels ils n'eurent pas droit.

    L’Ethiopie, mère de toutes les compassions

    Commençons donc par le petit garçon "éthiopien" puisqu'il reste l'icône absolue d'une Afrique miséreuse. Les guillemets sont volontaires : cet enfant n'était pas éthiopien mais somali, l'erreur étant le fait de journalistes occidentaux peu à l’aise avec la géographie africaine : l'Ethiopie est un immense plateau culminant entre 2400 et 3000 mètres de hauteur. Son altitude lui confère une température des plus clémentes ainsi que des précipitations bien plus abondantes qu'en bas, dans ces déserts chauffés tant par le Soleil que par le magma de nôtre planète : la croûte terrestre est en effet et aux pieds du plateau abyssinien la plus fine du globe, s'abaissant parfois à moins d'une dizaine de kilomètres d'épaisseur alors que la moyenne est de l'ordre de 60 kilomètres. Si bien que ne vivent dans ces contrés désolées que de rares tribus trainant avec elles de maigres troupeaux de dromadaires et de caprins aux os saillants. Tribus qui ont pour tradition "d'estiver" en hauteur au plus fort des chaleurs. Elles pénètrent donc sur les contreforts de l'Ethiopie en ayant constamment en tête l'idée de prendre pieds sur le plateau pour y couler des jours plus heureux. Ce sont ces tribus, appartenant en majorité au pays nommé Somalie, qui ont fait la guerre à une Ethiopie qui, de tous temps, dut défendre ainsi ses frontières sudistes. La guerre empêcha les Somalis d'estiver, ils souffrirent effectivement de faim en grand nombre. Le petit garçon était l'un d'entre eux... Affaire locale si l'on peut dire, car ailleurs, les conditions ne sont évidemment pas celles des déserts somalis. Au nord, la frange méditerranéenne est riche. Au centre nord, le Sahara est quasi inhabité, parcouru seulement par des peuplades commerçantes et, aujourd'hui, quelque peu guerrières (le commerce saharien n'est plus ce qu'il était et les caravanes se raréfient. Il faut pourtant bien que ces gens vivent !) Au centre sud, le Sahel n'est pas désertique. Il y pleut et la nature peut s'y épanouir. On y cultive le mil et le sorgho depuis des siècles et les troupeaux de bovins y existent également depuis des siècles, jadis élevés par des nomades (la transhumance), aujourd'hui de plus en plus tenus au sein de fermes où le commerce des bêtes sur pieds prend une importance croissante dans les revenus des fermiers. Plus au sud, c'est la forêt tropicale, véritable chaudron de vie : on ne meure de faim ici que lorsque la guerre vous a chassé sur les routes. En Afrique australe enfin, il existe certes des périodes de grande sécheresse et un désert, le Kalahari, rappelle à qui en douterait que les conditions de vie peuvent ne pas être optimum. Mais, globalement, il existe aussi des inondations en nombre et cette région est, elle aussi, très riche.  On voit donc et en définitive que notre petit éthiopien était plus que faux, une véritable idiotie proférée à la face du Monde par un Occident en mal de compassion...

    Et puisque nous en sommes à l'Ethiopie, restons y : non seulement le petit garçon n'était pas éthiopien mais en plus il n'était pas représentatif du tout des peuples d'Ethiopie. Ceux-ci sont les descendants des Pharaons noirs, jamais colonisés ni par les Grecs, ni par les Romains, ni par les Arabes. Ils vivaient au Soudan avant que débutent les razzias qu'ils durent fuir en se réfugiant sur les hauteurs d'Abyssinie. Ils possèdent l'écriture depuis des temps immémoriaux et comptent parmi les tout premiers convertis tant au Judaïsme qu'au Christianisme (ils furent chrétiens avant les Européens !) Ils forment sans doute le fameux "royaume du prêtre Jean" dont parlaient tous les marins médiévaux. Et la "royauté des royautés" a perduré des siècles durant, unissant toutes les tribus issues de l'antique royaume d'Aksoum établi à l'est du Soudan, cette partie de l'Egypte pharaonique qui ne connut jamais la domination de l'étranger et qui avait fondé sa prospérité sur le commerce avec l'Inde. L'Ethiopie n'est donc pas ce pays de va nu pieds en guenilles que nous montrèrent les quelques rares Occidentaux à y avoir pénétré et qui se mêlèrent des trafics contrôlés par les autochtones (café, esclaves et armes) C'est un pays de traditions très anciennes qu'une révolution marxiste et une guerre civile terrible sortirent d'un long sommeil. Comme la Chine. Et ce pays est aujourd'hui celui qui, toujours comme la Chine en Asie, connaît les rythmes de croissance les plus rapides de son continent. On est décidément de plus en plus éloigné de l'image de l'enfant famélique !

    La femme africaine ne fait plus pleurer…

    Passons à présent à une autre image compassionnelle, celle des femmes victimes en nombre de l'excision. Et c'est vrai que l'OMS (Organisation mondiale de la santé) estimait à 140 millions le nombre de femmes ayant subi cette opération barbare en 2013. Deux ans après, la presse occidentale annonçait le phénomène "en expansion" avec une estimation du nombre de victimes compris entre 120 et 130 millions ! Premier fantasme donc, la croyance que l'excision s'étend alors que sa pratique tend plutôt à décroître. Il ne reste d'ailleurs plus que trois pays à n'avoir pas encore légiféré contre cette pratique, le Nigeria, l'Ouganda et la Somalie. Elle ne s'étend qu'en...Occident, notamment en Angleterre et en France où le communautarisme ambiant pousse les autorités à fermer les yeux bien trop souvent. Deuxième fantasme, celui de croire que le phénomène est essentiellement subsaharien : parmi les pays où il est le plus répandu, c'est l'Egypte qui emporte le pompon ! Dans les pays où les taux d'excision dépasseraient 90%, que pèsent les femmes somalies, guinéennes (5 millions environ dans chacun de ces deux pays) ou djiboutiennes (200 000) face aux 40 millions de femmes égyptiennes ?! L'excision est en outre presqu'essentiellement musulmane, ne concernant donc pas les populations animistes et chrétiennes de la forêt et du sud de l'Afrique. Ce, sachant qu'hors l'Egypte, les pays les plus peuplés sont le Nigeria (la moitié des 180 millions d'habitants est musulmane), l'Ethiopie (l'Islam y est quasi inexistant) et l'Afrique du sud (idem) Bref, d'une part l'excision régresse dans le Monde et, d'autre part, ce n'est pas un phénomène africain mais musulman, CQFD !

    La femme noire n’est donc pas cette quasi esclave soumise et à des traditions monstrueuses, et à un mâle outrageusement dominant. Elle ne tire pas le soc dans des champs aux terres durcies par la sécheresse ! Même en terres musulmanes : au Mali par exemple, ce sont les hommes qui sèment et récoltent mil, sorgho, coton, maïs ou riz. Les femmes s’adonnent à la récolte des fruits et au maraichage qu’elles vendent elles-mêmes sur les marchés et dont elles conservent jalousement les recettes de peur que celles-ci ne servent à payer une maîtresse aux maris volages. En Afrique forestière et bantoue, les femmes se sont émancipées depuis des lustres, les guerres ayant terminé le travail si l’on peut dire : même au Congo (dans les deux Congo), elles durent s’occuper seules de leur famille, relancèrent ainsi une agriculture délaissée par les hommes partis au combat (et au pillage !) et trustèrent les administrations abandonnées également. Si bien qu’à l’issue des guerres, les deux Etats durent modifier leurs législations pour s’adapter à la nouvelle donne, celle de femmes libérées par le travail. Tout comme en Europe à l’issue de la première puis de la seconde guerre mondiale…

    Qui veut encore « Sauver l’Afrique » !?

    Toujours dans le domaine de la compassion, on voit périodiquement les Occidentaux militer pour "sauver l'Afrique" Quand j'étais rédacteur en chef, j'ai ainsi vu défiler des propositions toutes plus farfelues les unes que les autres. Un jour, un chercheur du CNRS est venu me voir pour me vendre l'idée d'un four solaire "révolutionnaire" : de simples miroirs faisant converger les rayons du Soleil vers un point central où il suffisait de poser les aliments pour les cuire. Fort bien, mais lui rétorquais-je "croyez-vous que les Sahéliennes rurales fassent la cuisine en plein Soleil ?" Ce "révolutionnaire" n'avait jamais mis les pieds en brousse... Un autre jour, c'est une journaliste qui voulut absolument passer en Une un papier sur le jujuba, "plante qui allait sauver le Sahel du désert" J'eu beau lui rétorquer que la lutte contre le sable avait fait l'objet d'études poussées dans les pays concernés, notamment en Algérie avec un début d'expérimentation. Et que, pour stopper l'avancée du sable, il fallait plusieurs barrières de végétation bien différenciées, rien n'y fit : je suis persuadé qu'elle croit toujours que sa plante à usage cosmétique est l'avenir du Sahel... Une autre fois, ce fut un ingénieur agronome qui m'assura que la faim dans le Monde (alors pensée uniquement africaine par l'Occident) serait vaincue par les poulets dont l'élevage supplanterait définitivement les autres sources de protéines animales. "Et le lait ?", lui répondis-je. Aujourd'hui, on vous présente les insectes comme relaie de bovins dont les déjections méthaniques mettraient le climat terrestre en péril ! Une autre fois... Mais ces histoires finissent par lasser aussi m'arrêterai-je à cet hydrologue qui ne voulait pas que l'on plante d'arbres dans le désert pour ne pas assécher les nappes phréatiques. Au moins lui n'avait pas tout-à-fait tort : au delà d'une certaine exploitation, les nappes phréatiques s'assèchent effectivement comme cela est en train de se passer en Arabie saoudite...

    Au delà, toutes ces fausses bonnes intentions n'ont aucune chance de "sauver l'Afrique" Le développement est un processus universel qui n'a rien à voir avec le bricolage de quelques ONG aussi talentueuses puissent-elles être. Il passe bien entendu par le développement économique, lequel répond à des règles strictes mises en évidence notamment par l'Autrichien Joseph Schumpeter : association des facteurs de production (travail, capital, "facteur résiduel") et donc exode rural et investissements, utilisation du progrès technique (et donc transfert de technologie), etc. Et le développement social suit le développement économique, il ne le précède pas comme le prouvent les évolutions européennes du 19e siècle ainsi que l'exemple chinois : les incantations à la "bonne gouvernance" qui ont fleuri à la fin du siècle dernier étaient, elles aussi, du domaine du fantasme, CQFD ! Là encore trop de détail peuvent lasser aussi me contenterai-je de relever que c'est en matière de développement économique que le plus de bêtises a été déversé à grands seaux à propos de l'Afrique. Des imbécilités sur les capacités comparées des Blancs et des Noirs (voir le calamiteux ouvrage de l'ancien patron du service international du journal Le Monde, Stephen Smith, "Négrologie") aux moqueries des "rois nègres" se plaignant des "termes de l'échange" (ils avaient totalement raison comme le prouve à postériori le déclin de l'Occident après leur renversement total au cours des 15 dernières années), c'est à un véritable crime médiatique contre l'Afrique qu'on a assisté, retardant pour des décennies -et encore jusqu'à aujourd'hui en dépit de ses taux actuel de croissance - l'entrée en masse des investissements directs étrangers sur le continent africain. Les Africains commencent à réaliser que l'image qui a été donnée d'eux des siècles durant leur a été préjudiciable au même titre que les effroyables désordres démographiques et civilisationnels causés par les razzias fomentées par  les Arabes et la Traite puis la colonisation gérées directement, elles, par les Occidentaux.

    Il n’y a plus de « roi nègre »

    Et c'est aussi, en sus des interventions néocoloniales que le dit Occident continue de mener sans vergogne sur le continent, qu'effectivement, les Africains aiment de moins en moins les Blancs comme l'a relevé récemment un député français : le fantasme du gentil nègre analphabètes a vécu avec une population qui sait lire, écrire et compter aujourd'hui à plus de 80% et qui s'est urbanisée à 50% (pour l'instant, en 2015) L'Afrique d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec celle des "pères blancs" Privée d'investissements étrangers, elle a suscité ses propres entrepreneurs dont le nombre et la richesse croissent d'année en année : de plus en plus de milliardaires africains entrent désormais dans le classement de la revue américaine Forbes. Ce tandis que les signes de l'émergence d'une classe moyenne africaine se multiplient. Par exemple et aujourd'hui, plus de la moitié des foyers africains disposent de quoi se payer plus que le strict nécessaire, Afrique noire incluse. Autre élément permettant de mieux comprendre le phénomène, jamais les taux d'épargne (et donc d'investissement) des Africains n'auront été aussi élevés, dépassant aujourd'hui tous 20% du PIB (alors que les taux occidentaux se sont effondrés, passant tous en dessous de 15%) Si bien que l'auto investissement est roi en Afrique en même temps que le pourcentage d'entrepreneurs : sans la concurrence des multinationales, les Africains se sont jetés littéralement dans la satisfaction par leurs propres moyens des besoins de leurs nouvelles classes moyennes.

    Ce qui décale encore plus le regard occidental sur l'Afrique : les Européens surtout continuent à examiner le continent au travers des dires et des actes de ses dirigeants étatiques. Or les Etats africains ne représentent plus vraiment leurs assujettis théoriques. Et c'est facile à comprendre : ces Etats sont nés au lendemain des Indépendances, dans les années 1960. A peine éclos, ils furent la proie de la Banque Mondiale, du FMI et des clubs de créanciers qui les obligèrent à "dégraisser" et à privatiser le maximum de services publics. Dans le même temps, la mondialisation leur supprima leurs principales recettes, les droits de douane. Privés du personnel compétent d'inspection, ils ne purent bien sûr remplacer correctement ces recettes traditionnelles par des impôts autres, revenus, bénéfices ou TVA. Désargentés, sans prise réelle sur les pays qu'ils administrent, ils continuent à être la cible des quolibets occidentaux, comme si rien n'avait changé. Or tout a changé : les populations ont appris à vivre sans Etat, tout comme la Belgique voici un an put vivre sans gouvernement. L'exemple le plus caractéristique à cet égard est l'électricité à Lagos : la mairie est totalement incapable, faute de moyens, d'assurer une distribution correcte de l'électricité publique qui, de toute façon, fonctionne elle-même très mal. Mais Lagos est la ville où il y a le plus de générateurs privés par habitant au Monde ! L'Etat se contente donc de vendre l'essence à très bas prix pour assurer la fourniture d'énergie... Et c'est comme cela que sur tout le continent, les "Autorités" paraissent dépassées par la vitalité de leur environnement. L'immobilier est totalement anarchique d'Alger à Luanda, le commerce interafricain explose tandis que les grands axes routiers ne sont pas terminés (ils ont quand même pas mal progressé), l'industrie autochtone commence à concurrencer les importations asiatiques sans que celles-ci soient réellement appréhendées par les statisticiens gouvernementaux, les bouchons se multiplient dans des villes où, théoriquement, ne sont vendus que très peu d'automobiles, etc. L'émergence africaine, réelle, ne dépend pas de ce que font ou ne font pas les patrons politiques du continent mais de l'addition d'une myriade de comportements individuels incontestablement dynamiques. Au point qu'aujourd'hui sortent des études scientifiques cherchant à démontrer que le regroupement de nombreux humains dans des villes est à lui seul dynamique, la production cumulée de ces individus regroupés surpassant celle dont ils faisaient preuves isolés. Il me vient parfois des envies de cruauté quand je lis les appréciations aussi péremptoires que fausses de la plupart des observateurs occidentaux, pas vous ?

    Sida or not Sida ?

    "Mais il y a le SIDA" Ah, oui, ce fameux "syndrome d'immunodéficience acquise" qui serait né en Afrique et qui serait la première cause de mortalité du continent... Plus personne ne vous parle réellement aujourd'hui de l'Afrique, tout juste de l'Afrique australe où les mineurs ont des rapports fréquents avec des prostituées contaminées et où la maladie est effectivement grave et pose des problèmes prioritaires aux Autorités publiques. Et pourquoi ne vous parle-t-on plus trop de l'Afrique alors qu'il y a 15 ans à peine, l'OMS (Organisation mondiale de la santé) annonçait à grands cris d'orfraie des "taux de prévalence" (taux de contamination) supérieurs à 50% de la population dans presque tous les pays. Deux ans à peine après cette présentation de la pandémie, l'OMS rabaissait ses estimations : le Sénégal et l'Ouganda, notamment, qui avaient été montrés comme les pays les plus contaminés, retombaient en dessous de 25%. Puis deux nouvelles années plus tard, leurs taux s'alignaient pratiquement sur ceux des pays européens, à moins de 8 %... Je me souviens très bien de cette évolution fantasmagorique car j'avais écrit à l'époque un article dans lequel je conseillais aux médecins occidentaux de filer massivement en Afrique apprendre à guérir le SIDA ! Ce serait risible si, en même temps que l'OMS montrait ainsi du doigt l'Afrique, tous les crédits internationaux n'avaient pas été redirigés dans le domaine de la recherche sur le SIDA. La France de Jacques Chirac par exemple redéploya la totalité de ses budgets vers cette recherche !

    Ce alors que l'on sait maintenant que le SIDA est d'abord une maladie de riches, issue et de la multiplication des rapports sexuels (surtout dans les milieux homosexuels) et du développement des drogues dures dans les pays développés (du fait de leur injection par seringue) Je prends les paris et suis certain que la première cause de mortalité en Afrique n'est pas le SIDA mais la malaria (ou paludisme) qui, elle, continue ainsi à manquer cruellement de moyens de recherche et d'éradication. Une maladie de riches d'un côté, une maladie de pauvres de l'autre et tous les efforts de la "communauté internationale" centrés vers la maladie de riches, CQFD ! Pour l'instant, sachez qu'une seule initiative occidentale contre le paludisme a réellement fonctionné, le financement par des acteurs et actrices américains de moustiquaires traitées dans un grand nombre de pays subsahariens. L'initiative de Sharon Stone rencontra en effet un large écho aux Etats Unis où même Bill Gates décida de réorienter les fonds très important de sa fondation vers la lutte contre le paludisme. "Buzz" donc mais malheureusement unique. L'OMS et l'Occident en général continuent à privilégier outrageusement le SIDA. Ici et là on entend parfois qu'un vaccin antipaludéen "pourrait être" efficace puis plus rien : la plupart du temps, les chercheurs n'ont pas les moyens de passer à la phase des tests, phase de loin la plus onéreuse de la recherche médicamenteuse...

    Le paludisme est donc et en fait le seul vrai danger médical auquel vous êtes confronté quand vous allez en Afrique. Pour le SIDA, il est aisé de protéger les rapports que vous pourriez avoir avec des personnes dont vous n'êtes pas certain de l'innocuité. Et pour les autres maladies, la vaccination vous met à l'abri de la plupart d'entre elles. La prise de quinine correctement dosée est suffisant là où la souche du paludisme est bénigne (Afrique de l'ouest) Mais les souches sont nettement plus mortifères au centre et à l'est du continent où, du fait du réchauffement planétaire, les moustiques commencent même à s'acclimater à l'altitude. Si vous vous rendez dans des pays à risque, voyez préalablement votre médecin car la prévention médicamenteuse est alors plus complexe (et plus coûteuse pour des autochtones qui n'ont souvent pas les moyens de se la procurer)...

    Bande de paresseux !

    Je n'évoquerai pas ici les particularités physiques souvent prêtées aux Africains, la libido exacerbée des Arabes ou la taille des membres sexuels des mâles noirs : elles relèvent tellement du fantasme que point besoin est de les réfuter. Mais j'ai souvent entendu que les Africains étaient paresseux et lents. La réputation de paresse vient des expatriés horripilés par la lenteur de secrétaires dans leurs bureaux climatisés. Que n'ont-ils vu les malheureuses victimes du travail forcé (il perdura jusqu'au début des années 1950 !) mourir en masse le long des voies de chemin de fer construite à la schlag ! Que n'ont-ils entendu Patrice Lumumba énoncer les horreurs commises par les Belges pour forcer la population congolaise à produire toujours plus de caoutchouc ou de cuivre ou de... Travailler pour les Blancs n'est donc pas une joie pour les enfants des martyrs de la colonisation, premier point. Le second est, tout de même, la chaleur ambiante : l'expatrié vit quelques années au plus au sein de cette chaleur et dispose en outre de conditions particulièrement agréables : climatisation, automobile pour se rendre au travail, villa ou appartement agréable. Ce qui n'est pas le cas de l'immense majorité des Africains citadins qui doivent fréquemment parcourir de grandes distances à pied pour aller travailler et en revenir. Je me souviens d'une rencontre avec un investisseur chinois à Abidjan. "Climatiser l'usine est trop chère, m'avait dit cet homme, mais je l'ai ventilée. Et mon personnel mange même dans l'usine, je n'ai aucun problème de rentabilité à ce niveau" Tout le contraire d'un autre investisseur, anglais celui-là, qui avait dû fermer les portes de son unité de production pour empêcher ses salariés de quitter intempestivement leur poste de travail. Forcé de rester en pleine chaleur, ces salariés œuvraient évidemment avec lenteur, produisant toutefois à moindre coût que la concurrence importée : les usines prolifèrent aujourd'hui sur le continent, sous équipées, sous financées et produisant donc à des coûts très bas. Pas de frais financiers, pas d'amortissements excessifs et des salaires actuellement les plus faibles du monde. Faudrait-il qu'en plus les salariés se tuent à la tâche, confrontés à des conditions climatiques extrêmes ? C'est en fait la simplicité et le système D qui permettent aux Africains de se passer des investissements directs étrangers qui ont fait plus qu'accélérer le développement de la Chine : un congolais par exemple a imaginé une tablette à bas prix pour le marché congolais où il fait effectivement un "tabac" Il en a commandé la fabrication d'abord en Chine avant d'envisager aujourd'hui sa délocalisation au Congo d'où il espère fournir toute la sous région. A l'heure où ces lignes paraissent, sans doute a-t-il encore beaucoup avancé dans son projet ? Ce alors que l'Etat congolais est déliquescent et que le jeu politique est encore loin d'être stabilisé. Mais, expliquait-il, point de frein administratif de ce fait (sans doute quelques bakchichs), des terrains abondants et bon marché, la possibilité de fabriquer sa propre énergie et une construction rapide et peu chère. Le tout autofinancé par les plus values de ses ventes chinoises et vous obtenez des productions fatalement compétitives par rapport à celles des grosses machineries mondialisées et devant rétribuer leurs financeurs.  Que donnera ce système à long terme, c'est en fait la seule question importante. Car la croissance des entreprises a des coûts tandis que les bourses locales sont encore embryonnaires hors celles d'Afrique du Sud. Avec un peu de recul, on voit donc que les Africains pourraient se passer de nos multinationales à condition que leur épargne soit orientée aussi vers les PME. Leur défi n’est plus d’émerger de leur brousse mais de créer leurs propres grandes entreprises à partir de l’imposant tissu de petites et, parfois, moyennes entreprises qu’ils ont créées. Vous avez dit « paresseux » ?

    De grands enfants…

    Leur sens festif s’imposait pour clore ce florilège : vous tous comme moi avez certainement remarqué le teint grisâtre de collègues ou amis noirs les lendemains de fête. Et il est vrai que « chez ces gens là, on danse ! » On se couche en tout cas tard et je me souviens de longues nuits moites à discuter sur les trottoirs de Dakar ou d’Abidjan. La télévision a tué ces soirées passées dehors et aujourd’hui, les villes africaines sont aussi désertes la nuit qu’en Europe. De même que le roi du Maroc a interdit à ses sujets de dépenser jusqu’au délire pour les fêtes familiales. Oh tempora ! Oh mores ! Disons toutefois et d’entrée que tout n’est pas fini et que les conversions à une vie plus sobre ne sont qu’en cours : les Nord Africains dépensent encore beaucoup pour recevoir familles et amis lors des grandes occasions, ce phénomène n’étant pas juif ou arabe mais sémite. De même que si les Subsahariens ne font plus la fête dans la rue, ils continuent à la faire chez eux ou dans des locaux ad hoc. Sont-ils pour autant « de grands enfants » et n’est-ce plutôt pas nous qui avons perdu le sens de la fête ? Tout comme nous perdons le sens de la famille et celui de la solidarité au moins entre voisins ? En fait, ces « grands enfants » peuvent nous sauver de la grisaille de vies vouées intégralement au travail et à l’accumulation personnelle de richesses. Dans nos sociétés « sages », les taux de divorces sont partout supérieurs à 50 %. Nos taux de suicides atteignent des sommets, au point que nous avons dû intégrer dans nos remboursements de médicaments ceux destinés à nous guérir de nos « burn out » L’acupuncture, les massages, le yoga poussent comme des mauvaises herbes sur le béton de nos villes. Bref, c’est nous qui nous comportons comme des gamins, incapables de réagir sainement face à des engrenages économiques complètement fous. La folie nous guette, pas eux…

    Encadré

    Cette Algérie que les Français ne connaissent plus

    Sous la double houlette des enfants de rapatriés et des émigrés Kabyles, le regard de l'hexagone sur l'Algérie indépendante a été et reste désespéramment noir : l'Algérie ne peut pas se porter bien ! Pour les descendants des Français d'Algérie qui durent renoncer à ce qu'ils considéraient comme leur pays après les accords d'Evian en 1962, il est évident que les autochtones livrés à eux-mêmes étaient et restent incapables de retrouver même le niveau de développement qu'avaient atteint les colons. La rancœur reste tenace pour ceux qui n'ont toujours pas compris que le "statut des Indigènes" n'était pas viable à terme assez court tandis que l'égalité conduisait irrémédiablement à la suprématie de la culture locale, arabo-musulmane, sur la culture importée, judéo-chrétienne, tant le rapport démographique leur était défavorable... Les Kabyles, eux, continuent de détester leurs conquérants arabes en dépit de leur islamisation et du maintient des structures décentralisées mises en place par les Français sur le modèle métropolitain. Ce ne sont plus ici les Algériens qui sont des incapables mais les Arabes d'Algérie...

    Depuis donc un demi-siècle, tant les élites politiques françaises que leurs médias voient "le mal partout" à Alger. Pendant la guerre civile opposant le FLN aux Islamistes radicaux par exemple, ce n'était pas ces derniers qui étaient cloués au pilori par les médias français mais, pour décrédibiliser le gouvernement algérien, les...services secrets gouvernementaux accusés de perpétrer eux-mêmes les tueries ! Bouteflika mit fin à cette guerre horrible en accordant l'amnistie à une très grande partie des Islamistes qui déposaient les armes. Il fut considéré alors comme un demi fou. Elu et réélu, il est aujourd'hui présenté, selon, comme la marionnette du FLN, comme celle de son frère ou encore comme la réincarnation de Machiavel. Alors qu'il est surtout un diplomate extrêmement doué... Autre exemple, le boom immobilier d'outre Méditerranée n'a pas du tout été perçu en France. Gageons qu'il va l'être maintenant que la baisse (provisoire) du prix de l'or noir oblige le pays à limiter ses importations !

     


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