• L'Afrique et l'Histoire

    L'Afrique a été, est et restera dans l'Histoire

    Christian d'Alayer, fin novembre 2014

     

     

    Dans un discours qui a terni son image sur le Continent, l'ancien président de la République française Nicolas Sarkozy déclara que l'Afrique n'était pas encore rentrée dans l'Histoire avec un grand "H" On sut après que le dit discours émanait en fait de l'un de ses plus proches conseillers, Henri Guaino, détenteur pourtant d'une licence d'Histoire et ex-plume de Jacques Chirac soi disant grand "africaniste" C'est démontrer ainsi sans grandes difficultés la méconnaissance assez fabuleuse de l'Histoire de l'Afrique de la part de gens dont les grands parents et parents colonisèrent la dite Afrique un siècle durant. Sans doute les anciens administrateurs coloniaux, tous issus d'une prestigieuse école aujourd'hui disparue (l'Ecole Nationale de la France d'Outre Mer), n'auraient-ils pas osé de tels propos ? Il n'empêche qu'aujourd'hui, peu de gens semblent s'y connaître un tant soit peu dans ce domaine, y compris dans les milieux intellectuels africains.

    C'est ainsi que les Occidentaux et beaucoup de Sahéliens voient dans les "empires" des 16e,  17e et 18e siècles une sorte d'"Age d'or" de l'Histoire du Continent alors qu'ils n'en constituent qu'une terrible péripétie : celle qui vit des Africains réduire massivement leurs frères en esclavages au profit des Arabes puis des Occidentaux. Terrible péripétie donc mais simple péripétie quand même dans un mouvement, l'esclavage des Subsahariens, démarré mille an plus tôt sous le joug des Arabes.

    Alors les Forestiers ont beau jeu aujourd'hui de rappeler ce très long mouvement à des Arabes "modernes" à qui personnes n'a enseigné l'histoire de cette période d'avant "la Traite" Ce faisant, ils ignorent pour la plupart que leur civilisation, celle des "Bantous" (les "Hommes") avait dominé tout le sous continent, de la vallée du Limpopo au Zimbabwe à la rive sud du fleuve Sénégal. Je suis à cet égard frappé par le fait que la plupart des Subsahariens ne mentionnent jamais ce fait, tout en encensant cependant Cheikh Anta Diop pour avoir remis la Négritude au cœur de la civilisation égyptienne (fait incontestable mais toujours refusé par une très grande majorité des Blancs)

    C'est qu'ici, les Africains devaient retrouver leur dignité bafouée par les dits Blancs tout en se pliant aux contraintes du mirage de l'Unité Africaine, là encore avec des majuscules partout tellement le concept fut "vendu" aux Africains. Et c'est dans cet état d'esprit que ces Africains ont abordé une mondialisation dont ils sont les grands bénéficiaires : la consommation asiatique a fait exploser les prix des matières premières qu'ils exportent tandis que la concurrence mondiale a fait s'effondrer les prix des produits industriels qu'ils importent.

    Dans un article précédant, j'avais noté que l'Afrique devait impérativement recréer une image de marque digne de ce nom afin d'attirer les capitaux étrangers en masse. Or la diffusion de l'Histoire d'un continent est indispensable à l'amélioration de sa perception par les étrangers. Voyez les Chinois et leurs milliers d'années de civilisation abondamment "vendus" aux étrangers jusqu'à faire totalement oublier le vieux "péril jaune" dont on parlait encore beaucoup jusqu'à la fin des années 1970. Voyez la Russie qui ressortit ses Tsars et sa religion orthodoxe pour faire oublier le communisme. Voyez les Etats Unis qui magnifièrent leur guerre civile pour faire oublier l'Apartheid (aboli seulement sous la présidence Johnson)

    Qui, chez vous, dépassera enfin le syndrome Anta Diop pour montrer au Monde qu'entre Lucy et les fameux empires du 18e siècle chrétien, l'Afrique connut une histoire riche. Songez que les cultivateurs africains sont peut-être les plus vieux du Monde, ceux qui se sédentarisèrent les premiers avant d'être repoussés dans les lisières des forêts par les bandits qu'étaient alors les éleveurs nomades financés et armés par les Arabes ? Qui rappellera que les villes nigérianes antiques étaient énormes, au point que les Portugais leur confièrent la fabrication de leurs navires ? Qui clamera que si tous les humains sont issus du continent africain, ils sont loin d'en être tous partis et que ceux qui sont restés ont eu une vie et une histoire. Qu'ils furent ainsi les premiers anarchistes, quittant une terre dès lors que ses contraintes leurs semblaient intolérables. Mais que tout anarchistes qu'ils étaient, ils surent, là encore les premiers, créer des réseaux commerciaux continentaux et internationaux et inventer des langages communs à ces réseaux (le plus ancien d'entre eux étant sans doute le Lingala) Voyez par exemple l'extraordinaire montage du commerce antique le long du fleuve Congo, les Bantous de l'intérieur échangeant avec ceux du bord de mer via trois intermédiaires officialisés, deux transporteurs et un "grossiste" au niveau de Kinshasa. Tandis que tous les membres des ethnies concernées devaient se consacrer à leur part de ces échanges...

    Et qui encore osera prouver aux doctes linguistes occidentaux que la multitude des langages africains (environ 1800 sur les 2000 que compte la planète) n'est pas intrinsèque à un continent trop longtemps sous développé mais consubstantiel à l'histoire récente de ce très vieux continent, quand les Bantous durent se réfugier en forêt pour éviter d'être razziés : là encore, les mélanges de population comptent parmi les plus importants de notre Terre et il suffit de regarder de près les langages par exemple centrafricains pour contempler les conséquences à long terme des razzias.

    L'Afrique a donc une Histoire, avec un grand "H", à la fois très ancienne et récemment très douloureuse. Mais l'Egypte antique, mais l'essor des sociétés nigéro-congolaises et leur rebond face aux barbares sahéliens (rebond stoppé par la colonisation européenne), tout cela est aussi réel et mérite d'être raconté à un Monde qui ne connait de l'histoire que ce que les hommes ont gravé dans la pierre : hors l'Egypte et la vallée du Limpopo, l'architecture africaine fut malheureusement fondée sur des constructions plus fragiles, bois ou torchis notamment. Ce, tandis que la difficulté de construire de puissantes civilisations dans un continent trop vaste  limita celles-ci à quelques sous régions en nombre limité : les Yorubas à l'ouest, le cœur de la civilisation bantoue au centre et les sociétés pharaoniques à l'est. Ailleurs régnait non l'arbitraire des petits chefs comme l'ont trop souvent décrit les Occidentaux mais des petites sociétés libres soumises cependant à des coutumes que nos "ancêtres gaulois" auraient très certainement jugé débonnaires (en Afrique on n'enterrait pas les chefs avec leurs esclaves après les avoir tués !) et vivant en relation commerciale étroite avec leurs voisins, parfois très éloignés.

    Il n'a manqué en fait qu'un élément aux Africains dans une Histoire qui magnifie la chose militaire : la "route de la soie" qui a permis aux Asiatiques d'abord puis aux Occidentaux d'échanger non seulement des biens mais leurs savoirs. L'histoire du zéro permet de mieux se rendre compte de l'importance de cette route : sa conception est indienne et fut rapportée d'abord aux Chinois par leurs commerçants alors présents dans toute la région puis aux Arabes par leurs propres commerçants avant d'atteindre les Européens via les Arabes. Et c'est cette notion du zéro qui est à l'origine du raisonnement mathématique moderne et du progrès technique. Lequel servit d'abord, dans un Occident extrêmement belliqueux (il le reste en grande partie), au développement de l'armement. Idem pour la poudre et bien d'autres inventions qui ont modifié le Monde.

    Et c'est le Sahara qui a indubitablement été l'obstacle majeur à l'arrivée de ces savoirs en terre nègre. Jusqu'au 17e siècle et la percée saharienne des Marocains (malheureusement, pour des objectifs honteux), cette partie de notre planète n'était atteignable que par les côtes, par bateau. Les premiers "Nordistes" à le faire furent les Egyptiens : et en remontant les cataractes du Nil, et par bateau (les expéditions de la pharaonne Hatchepsout), il y a maintenant plus de 5000 ans. Très pacifiquement d'ailleurs puisque l'objectif était avant tout commercial (or, pierres précieuses, encens et myrte) Il y eut aussi l'Inde qui envoya de nombreux migrant en Afrique notamment australe (Madagascar notamment et sans doute à une époque encore plus reculée) Et ce n'est que bien plus tard, à partir du 8e siècle chrétien, que des navires arabes vinrent s'échouer sur les rives subsahariennes en quête, d'entrée, d'or et d'esclaves.

    Bref, il est temps que les décideurs africains écoutent et diffusent les travaux des trop peu nombreux chercheurs qui, sur le Continent, tentent de déchiffrer leur passé avec des moyens bien trop insuffisants et face à une armée d'historiens occidentaux regardant le peu qu'ils croient savoir avec suffisance et arrogance. C'est grâce à ces chercheurs trop isolés qu'ils pourront en effet recréer une image de l'Afrique digne du 3e millénaire après JC et du je ne sais combien de millénaires après la naissance du premier homo sapiens sur le sol africain...

     

     

     

    Encadré 1

    Regarder en deçà  des Califats mirifiques de l'Hégire

    Pour des raisons essentiellement politiques, les Arabes ont totalement évacué leur histoire préislamique. Ont dit souvent que leurs intégristes ont les yeux fixés sur un rétroviseur alors qu'ils ne regardent en fait qu'un peu plus de mille ans en arrière, faisant fi de tout ce qu'ils ont hérité des millénaires précédents, à commencer par leurs habitudes alimentaires ou la vénération de la roche de la Mecque.

    En Afrique du Nord, ces véritables œillères leur créent aujourd'hui de graves problèmes ... politiques avec les populations qui les ont précédés en ces lieux. Ce, alors qu'ils auraient tout intérêt à revendiquer, eux aussi, et l'héritage des "Berbères" (pour "barbares", nom qui leur fut donné par les Romains), et l'héritage romain. Ils sont en effet bien plus riches de l'ensemble de ces filiations que de la seule religion musulmane, surtout quand celle-ci est comprise avec plus de mille an de retard sur l'évolution.

    De même auraient-ils dû, ces Arabes d'Afrique, oser rappeler à leurs enfants que des siècles de cohabitation avec des esclaves subsahariens n'ont pas pu ne pas redessiner leurs gènes communs et qu'ils sont aussi et de ce fait des descendants de cette Afrique subsaharienne qu'ils méprisent trop souvent.

    Au lieu de cela, ils se sont enfermés dans ce dialogue mortifère entre Islamistes exaltés jusqu'à la folie et musulmans n'osant pas revendiquer ouvertement le message de modération du Coran, deux attitudes ne menant en fait à aucune réelle évolution de l'homo sapiens frotté à l'arabité.

     

    Encadré 2

    "Ils n'ont même pas inventé la roue !"

    Ce fut souvent le reproche que firent aux Subsahariens les intellectuels occidentaux de gauche qui prônèrent la colonisation pour "apporter la civilisation aux indigènes" Aujourd'hui, les descendants de ces intellectuels à vue biaisée (leurs motivations étaient autres) ont même oublié ce fait, cette absence de roue au sud du Sahara. Qui ne fut d'ailleurs absente que des régions dans lesquelles le terrain se prêtait plus au portage qu'au transport par charriot, soit que les conditions hygiéniques ne permettent pas l'élevage des chevaux (mouche tsétsé notamment), soit que l'hygrométrie rende les routes impraticables aux charriots.

    Mais les Subsahariens n'en restèrent pas moins aussi imaginatifs que les humains des autres continents. Notez par exemple et alors que les Indiens d'Amérique latine ne surent comment résister aux maladies des Occidentaux, les Nègres, eux, inventèrent la vaccination pour s'en protéger : ils inoculèrent le sang de ces des leurs qui résistaient naturellement aux dites maladies à ceux des leurs qui n'y arrivaient pas. Cette vaccination "sauvage" (ne tenant pas compte des groupes sanguins) eut des effets plus que bénéfiques puisque la Négritude fut plus en péril du fait des razzias et de la traite que des maladies importées. Notez aussi que, toujours dans le domaine médical, la phytothérapie subsaharienne fut très certainement supérieure à toutes les autres comme on commence seulement à s'en apercevoir aujourd'hui, en la découvrant plus que tardivement (les rares praticiens africains qui subsistent ont une mine d'or dans les mains !) En architecture et bien que les matériaux subsahariens soient fragiles, les étrangers découvrent (toujours très tardivement) que les Subsahariens ont mis au point des techniques de ventilation naturelle supérieure même et parfois à la climatisation. Dernier exemple et non des moindres, qui sait que les Subsahariens furent les premiers monothéistes de notre ère ? Les religions animistes sont pratiquement toutes fondées sur la croyance en un être suprême trop éloigné des humains pour s'y intéresser, d'où les cultes divers à des entités intermédiaires liées à la Nature ou aux ancêtres...

    Bref, les "Nègres" furent et sont des humains comme les autres, avec sans doute des facultés d'adaptation accrues du fait des épreuves auxquelles ils furent massivement et trop longtemps soumis. A l'heure de leur réveil, il n'est pas inutile de le souligner...


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