• L'Education en Afrique

    Quand l'Afrique éduque convenablement

    ses enfants avec des bouts de ficelles

    (Christian d'Alayer, février 2015)

     

    Imaginez la tête des fonctionnaires et hommes et femmes politiques qui, à Washington, sont responsables de la politique africaine des Etats Unis d'Amérique : selon le journal sud africain en ligne The African Economist, le Zimbabwe serait le pays le plus lettré du continent ! Un pays mis au ban de l'humanité par les Américains, considéré quasiment comme ennemi des dits "yankees" et dont la chute du président est ouvertement souhaitée outre Atlantique, au point d'aider financièrement et systématiquement l'opposition au dit président. Voilà une information qui doit certainement rester en travers de leur gorge !

    Dans le tableau qui accompagne cet article, j'ai volontairement ajouté une colonne pour les taux donnés par le PNUD en 2011 (sur des données donc de 2010) ainsi qu'une autre colonne sur les dépenses d'éducation dans chacun des pays considérés (en pourcentages du PIB) Vous pouvez ainsi voir et la qualité de l'alphabétisation de chacun des pays africains, et la raison (ou non) pour laquelle les pays enregistrent un bon ou mauvais taux : Il y a des exceptions, soit des pays qui dépensent beaucoup et ont un faible taux d'alphabétisation, ou bien son contraire, des pays qui dépensent peu tout en ayant un taux élevé.

    Et nous commençons donc par le...Zimbabwe dont les dépenses d'éducation paraissent faibles face à une population pas très élevée non plus (14 millions d'habitants) Deux raisons expliquent ce décalage : d'abord, le pays a consacré dans le passé bien plus d'argent à l'alphabétisation de sa population. Le taux actuel vient donc du fait que la politique est achevée et n'a plus qu'à être entretenue. La deuxième raison est l'importance relative du PIB zimbabwéen, 13 milliards de dollars en 2013. Et 2,5% de 13 milliards représentent tout de même 325 millions de dollars face à des classes d'âge de l'ordre de 150 000 enfants à scolariser sur une dizaine d'années (environ 1,5 million de jeunes chaque année) Cela représente donc plus de 200 dollars par enfant et par an, une somme assez importante en Afrique (plus de 100 000 FCFA) A l'inverse, vous trouvez le Ghana qui consacre plus de 8% de son PIB à l'éducation de ses enfants (3,2 milliards $ pour des classes d'âge de l'ordre du million de jeunes par an, 10 millions sur 10 ans et sensiblement le même montant annuel par gamin et gamine qu'au Zimbabwe) Contrairement au Zimbabwe où l'alphabétisation a commencé dès la prise de pouvoir des Noirs, il a fallu attendre les remises en ordre de l'Etat par Rawlings puis l'avènement du pétrole pour qu'elle commence réellement au Ghana. D'où un taux d'alphabétisation encore très bas, accru dans la réalité par l'arrivée en grand nombre d'immigrés pas toujours alphabétisés (les Ivoiriens forestiers, dernière grande vague d'immigration au pays de l'or, ne sont statistiquement alphabétisés qu'à moins de 50%, plus dans la réalité car l'illettrisme frappe surtout le nord du pays, ses populations sahéliennes)

    Djibouti est un cas à part : tout comme le Ghana, il affiche un taux de PIB consacré à l'éducation très élevé (8,4%) et une alphabétisation relativement faible (67,9%) Cela tient au fait que le pays comporte une population volontairement nomade qu'il est très difficile de scolariser, environ 100 000 habitants sur les 400 000 du pays. Si l'on extrait les tribus nomades afares  des statistiques, on obtient alors une population alphabétisée à quasiment 100 %, du niveau des pays développés.

    D'autres extrêmes s'expliquent ainsi aisément sur le plan local, telle la Guinée Equatoriale qui enregistre un fort taux d'alphabétisation (87% - 93,3% en 2010) avec une part très faible du PIB consacrée à l'éducation. C'est que les Espagnols d'abord avaient bien fait les choses (pour une fois qu'un colon a agi correctement !) en implantant systématiquement dans chaque village une école et une église : l'alphabétisation a commencé il y a longtemps dans ce pays qui, ensuite, dispose d'une manne pétrolière pharamineuse : plus de 400 000 barils/jour pour 720 000 habitants, soit un PIB de 15 milliards $. 0,6% de ce pactole représente donc une centaine de millions de dollars ans pour des classes d'âges très faibles : le taux de natalité du pays n'est que de 2,8%, soit environ 15 000 à 20 000 enfants par an et 150 000  à 200 000 sur 10 ans. Chacun des ces enfants coûte donc entre 5000 et 6000 $/ans, on voit qu'il y a "du grain à moudre" en matière d'alphabétisation !

    Qu'en est-il cependant du cœur du continent, soit d'abord de ses grands pays ? Le mieux placé d'entre eux est bien entendu l'Afrique du Sud avec un taux proche de 90% et un montant élevé des dépenses d'éducation (6% d'un PIB de l'ordre de 500 milliards $, soit 30 milliards de dollars pour des classes d'âge d'environ 700 000 enfants (plus de 4000 $ par enfant et par an) Vient ensuite l'Egypte : alphabétisation aux 2/3 et 2000 $ par enfants. Puis l'Algérie alphabétisée également aux deux tiers : 1700 dollars par enfant. Puis le Nigeria dont on ne connaît toutefois pas les dépenses de scolarité (il s'agit d'une fédération avec des politiques éducatives qui diffèrent d'un Etat à un autre, l'Etat fédéral n'ayant pas fait de statistiques globales) mais dont on sait qu'au niveau fédéral, elles ont fatalement et considérablement baissé (transfert de compétences) Et puis les autres, dont le Maroc, qui ont encore de gros efforts à faire pour rejoindre le niveau des pays développés (98 à 100%) et qui font baisser la moyenne du continent : près de 62%, soit un niveau global tout de même élevé si on considère qu'il était inférieur à 20% avant les Indépendances.

    Et c'est ce constat qui ressort du tableau d'ensemble : des pays dont les habitants sont de moins en moins de "pauvres paysans" sans culture et qui, sur ce point aussi, ont indiscutablement entamé leur décollage. C'est dire qu'il y a aujourd'hui des opportunités énormes en matière de fournitures scolaires, des livres de toutes sortes aux cahiers également de toutes sortes, en passant par les crayons, bics et autres gommes et colles. Aujourd'hui, des PME fournissent en puisant encore largement dans les importations. Le Cameroun par exemple fournit la sous région francophone en cahiers, commandés par camions entiers dans ses villes frontières. Des éditeurs français font encore leur beurre en expédiant des rossignols à des ministères parfois soudoyés. L'Afrique du Sud s'efforce d'être monopolistique dans le domaine des crayons. Etc., etc. On reste loin toutefois de l'industrie de masse que mérite un continent qui a dépassé le milliard d'habitant et des classes d'âge de 20 millions d'enfants qui s'additionnent années après années : j'ai compté aujourd'hui des scolarités d'une dizaine d'année mais elles se rapprocheront fatalement des moyennes occidentales avec le temps, soit des études de 15 à 20 ans...

    Les industriels autochtones, de plus en plus nombreux, finiront bien par pouvoir se passer des multinationales occidentales. Après tout, il ne s'agit que de techniques d'imprimerie et de travail du plastic. Il n'empêche que là encore -j'allais écrire "surtout" !- la frilosité des fameux "investisseurs internationaux" est déroutante, comme s'ils ne savaient pas compter. Qu'ils songent alors -je pense notamment à la rédaction des livres scolaires- que les Africains disposent déjà aujourd'hui des compétences suffisantes pour ce travail particulier. Et que, tandis que la maîtrise de la langue se perd dans les pays riches, elle trouve ses plus ardents défenseurs dans les pays en développement. A quand un "Bled"* écrit et imprimé en Afrique francophone ?!

    * Le "Bled" est la plus fameuse grammaire française jamais fournie aux enfants des cours élémentaires. Il a sombré dans les méthodes modernes d'apprentissage du français qui ont donné les résultats que l'on sait...

     

    L'alphabétisation de l'Afrique en % de la population totale

    Source : 2013, extrait de The African Economist, journal sud-africain en ligne ; 2010 : PNUD. Dans les deux cas, il s'agit du pourcentage de la population des pays africains sachant lire et écrire avant l'âge de 15 ans. Ne tenant donc compte ni des personnes ayant été alphabétisés après l'âge de 15 ans, ni des personnes immigrées alphabétisés. On peut donc regarder ces statistiques comme le résultat des politiques passées en matière d'Education. A noter que la part de l'éducation dans les PIB d'Afrique sont tirés du WorldFactsBook de la CIA

     

    Pays

    Taux 2013

    Taux 2010

    Part de l'éducation dans le PIB (%)

    1

    Zimbabwe

    90,7

    91,9

    2,5

    2

    Seychelles

    nc

    91,8

    3,6

    3

    Guinée Equatoriale

    87

    93,3

    0,6

    4

    Afrique du Sud

    86,4

    88

    6

    5

    Kenya

    85,1

    87

    6,7

    6

    Namibie

    85

    88,5

    8,4

    7

    Sao tome & Principe

    84,9

    88,8

    9,5

    8

    Lesotho

    84,8

    89,7

    13

    9

    Ile Maurice

    84,4

    87,9

    3,5

    10

    Congo Brazzaville

    83,8

    81,1

    6,2

    11

    Libye

    82,6

    88,9

    2,7

    12

    Swaziland

    81,6

    86,9

    8,3

    13

    Botswana

    81,2

    84,1

    9,5

    14

    Zambie

    80,6

    70,9

    1,3

    15

    Cap Vert

    76,6

    84,8

    5

    16

    Tunisie

    74,3

    77,7

    6,2

    17

    Egypte

    71,4

    66,4

    3,8

    18

    Rwanda

    70,4

    70,7

    5,1

    19

    Algérie

    69,9

    91,8

    4,3

    20

    Tanzanie

    69,4

    72,9

    6,2

    21

    Madagascar

    68,9

    70,7

    2,7

    22

    Nigeria

    68

    56

    nc

    23

    Cameroun

    67,9

    67,9

    3,2

    24

    Djibouti

    67,9

    70,3

    8,4

    25

    Angola

    67,4

    70

    3,5

    26

    Congo Kinshasa

    67,2

    66,8

    2,5

    27

    Ouganda

    66,8

    73,3

    3,3

    28

    Gabon

    63,2

    87,7

    3,7

    29

    Malawi

    62,7

    73,7

    5,4

    30

    Soudan

    61,1

    70,2

    nc

    31

    Togo

    60,9

    53,2

    4,5

    32

    Burundi

    59,3

    66,6

    5,6

    33

    Erythrée

    58,6

    66,6

    2,1

    34

    Ghana

    57,9

    66,6

    8,1

    35

    Liberia

    57,5

    nc

    2,8

    36

    Comores

    56,5

    74,2

    7,6

    37

    Maroc

    52,3

    70,1

    5,4

    38

    Mauritanie

    51,2

    57,5

    3,7

    39

    Côte d'Ivoire

    48,7

    55,3

    4,6

    40

    Centrafrique

    48,6

    55,2

    1,2

    41

    Mozambique

    47,8

    55,1

    5

    42

    Mali

    46,4

    26,2

    4,8

    43

    Ethiopie

    42,7

    35,9

    4,7

    44

    Guinée Bissau

    42,4

    52,2

    2,5

    45

    Gambie

    40,1

    46,5

    4,1

    46

    Sénégal

    39,3

    49,7

    5,6

    47

    Somalie

    37,8

    37,8

    nc

    48

    Sierra Leone

    35,1

    40,9

    2,9

    49

    Bénin

    34,7

    41,7

    5,3

    50

    Guinée

    29,5

    39,5

    2,5

    51

    Niger

    28,7

    28,7

    4,2

    52

    Tchad

    25,7

    33,6

    2,3

    53

    Burkina Faso

    21,8

    28,7

    3,4

     

    Moyenne arithmétique

    61,8

    66,7

    4,7


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