• La fausse Gauche au pouvoir

     

    Après la vague rose

     

    Voilà, c’est fait : Sarkozy est parti, Hollande est élu et il dispose d’une majorité tout ce qu’il y a de confortable au Parlement. Il va faire très vite une réforme fiscale, au cours très certainement du mois d’août : car tout ne sera pas agréable, notamment en ce qui concerne les droits de mutation, droits de succession inclus. Le seuil de non imposition va descendre à 100 000 euros par enfant tandis que l’ensemble des droits de mutation hors succession vont être remontés. Avec, peut-être, une exception pour l’immobilier du fait des prix actuels. La fiscalité directe va également être revue, avec, certes, un taux à 75% au dessus du million d’euros annuels (soit, par exemple, 225 000 € prélevés sur les 300 000 dépassant le million et non 750 000 sur un million) et je pense aussi que Bercy va être très tenté d’augmenter la TVA sur les produits de luxe : plus c’est cher, plus ça se vend ! Les voitures automobiles devraient être particulièrement « soignées », avec des surtaxes pour les véhicules qui polluent beaucoup (type 4 X 4 et grosses cylindrées) Sans doute et aussi les « investisseurs » seront-ils nettement plus taxés grâce à une augmentation sensible des revenus du capital (je ne crois pas que l’actuel gouvernement ira jusqu’à les taxer comme les revenus du travail) Bref, les riches payeront plus ainsi que la frange haute des classes moyennes. Ca hurlera du côté du Figaro, tout ce petit monde parlera de la Belgique et de la Suisse le soir dans les dîners en ville et puis c’est tout : autant un vrai patron d’une très grande entreprise peut éventuellement émigrer en transférant son siège social ailleurs, autant les cadres supérieurs sont bien obligés de rester là où est leur entreprise de même que les petits patrons ne peuvent pas « délocaliser ». C’est de l’évidence et le Figaro n’y pourra rien !

    Donc pas de problème au niveau budgétaire, je pense même que Hollande et son gouvernement feront mieux que Sarkozy qui, lui, avait commencé par faire des cadeaux fiscaux à tout le monde. Ce n’est pas à ce niveau que le risque d’échouer est le plus grand : c’est sur l’état de l’Europe. Même les Allemands qui jouent aux fiers doivent plus de 80% de leur PIB aux banques et compagnies d’assurances sans compter les fonds souverains tels que les fonds souverains chinois. Ce, sur des durées très courtes, de l’ordre de 7 ans à 10 ans au plus. La France, par exemple, doit plus de 1700 milliards € sur 7 ans et demi : 230 milliards d’euros à rembourser chaque année en moyenne ! Ce, avec un budget de l’ordre de 500 milliards € sans le budget social (maladie, chômage, retraites, un autre volet de 500 milliards €) Et elle s’est engagée à couvrir les dettes grecques, italiennes et espagnoles à hauteur de 100 milliards € ! La mutualisation des dettes en euros est donc impérative, de façon à ce que la Banque centrale européenne puisse racheter les dites dettes et les rééchelonner à très long terme, comme c’était le cas avant que les Trésors nationaux ne soient obligés de se financer sur les marchés (donc auprès des banques) Le tout avec une inflation suffisante pour qu’elle gomme doucement le poids de ces dettes. Autant dire que Hollande n’est pas prêt d’arriver à imposer un tel accord auprès de dirigeants européens « plus libéraux qu’eux tu meures ! »

    Nous allons donc vivre des semaines, des mois, des années de crise de l’euro dans lesquelles l’Europe entière va se consumer, Allemands inclus : car la baisse des pouvoirs d’achat en Europe va plomber les comptes des entreprises allemandes qui, pour l’instant, exportent 65% de leurs productions dans cette Europe. Déjà elles ressentent les premiers effets de la contraction des achats italiens et espagnols. Ajouter le Portugal et l’Irlande au tableau et vous avez un commencement de fort ralentissement économique chez Madame Merkel : un calcul simple peut vous aider à comprendre la situation. Si, par exemple, la contraction des achats de cette Europe plus en crise que l’autre est de 15% et que la part de l’Allemagne dans ces marchés est de 15% également, les dits marchés représentant 15% du total européen, les entreprises allemandes enregistrent donc une baisse d’achats de 0,33 %. « Peanuts », me direz-vous. Mais multipliez maintenant cette baisse par 75, le reste des 100% des 65% des exportations allemandes : vous avez alors un effondrement des exportations allemandes de près de 25% ! Rapporter ce chiffre au chômage qu’il peut provoquer, ça fait un paquet de gens à la dérive et très en colère. Les Allemands ne peuvent se permettre de laisser l’Europe à la dérive mais ils ne le savent pas. Ils en sont restés aux gens du nord qui bossent face aux gens du sud qui feignassent au Soleil…

    Sarkozy n’a pas pu changer cet état de fait et Merkel a des élections générales dans un an : elle ne changera pas profondément, on le voit quand son administration propose de faire l’union politique avant l’union des dettes. Arriver à une union politique ou de vastes abandons de souveraineté plus vite que la crise va terrasser l’Europe n’est guère crédible. Et nous irons donc dans le mur, avec le FN qui est en embuscade, parfaitement au fait des enjeux. Car et malheureusement, vous avez globalement écouté les sirènes des politiques et des médias qui se sont littéralement déchaînés contre le Front de Gauche, le présentant comme totalement utopique et démagogue. Je l’avais écrit ici avant les élections : dans l’état actuel de l’Occident, voter « modéré » était une connerie. « La » connerie d’ailleurs car vous ne pourrez plus en faire de pire à l’avenir. J’ai vu, dimanche soir sur la 3, des politicologues et économistes distingués donner leur avis sur le futur français : beaucoup était pessimistes car ex-sarkozystes, d’autres étaient optimistes car socialistes. On n’en est plus à ce petit jeu aujourd’hui. Hollande est-il capable de faire plier et l’Allemagne et la théorie d’ultra libéraux qui dirigent notre continent ? Poser la question, c’est y répondre : non ! Et nous irons donc dans le  mur une rose à la main. Les particuliers ont commencé à retirer leurs billes d’Espagne, d’Italie et de Grèce. Par centaines de milliards €. Bientôt ce seront les banques, celles là mêmes que nous sauvons aujourd’hui après les avoir sauvées en 2008, les compagnies d’assurance, les fonds souverains. Car ils verront bien que les Européens sont incapables de s’entendre pour sauver leur zone. Et tout cet argent ira irriguer, enfin, les pays neufs où tout ou presque est à construire et où, pendant des décennies, les « investisseurs » pourront gagner tranquillement de l’argent au lieu de s’angoisser sur les rencontres européennes au sommet et sur les élections de tel ou tel pays « clé »

    Ca, c’est pour demain. Après demain, dans le chaos, les extrêmes droites viendront au pouvoir. Un nouvel ordre règnera. 


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  • Commentaires

    1
    Peretz
    Lundi 17 Septembre 2012 à 09:01
    Bien dit. Mais des retournements sont possibles. L'humanisme finit par revenir, par nécessité historique, mais souvent après pas mal de déboires.
    2
    Lundi 17 Septembre 2012 à 18:20
    Espérons que vous aurez raison...
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