• La fi n de la France en Afrique 1

    J'ai écrit pour l'instant deux articles sur la mort de la "France-Afrique" Voici le premier, précédé du second (qui apparaîtra en premier sur ce blog

    Les derniers soubresauts de la France-Afrique

    Christian d'Alayer - 29 novembre 2019

     

    Hiver 2019. La neige ne tombe pas encore sur la France avec abondance mais l'approche de l'équinoxe d'hiver sonne un glas encore plus lugubre : la France-Afrique est à l'agonie ! Jugez par vous-mêmes :

    - dans son pays fétiche, la Côte d'Ivoire, Ouattara hésite à se représenter avec une Commission électorale pourtant aux ordres parce que les Américains ont dit "niet" Ce, tandis que l'ennemi public numéro un, Gbagbo, a été totalement innocenté des crimes contre l'humanité que voulaient lui coller et les nordistes ivoiriens, et la France, pour se débarrasser définitivement de lui. Son retour triomphale au pays n'est plus barré que par une CPI qui joue son avenir sur cette affaire ainsi que par des juges ivoiriens aux ordres. Mais qui ne pourront rien faire contre le retour du héros au pays, accueilli alors par une telle foule qu'aucune force armée ne pourra s'y opposer. Ce, d'autant que l'union de l'opposition à Ouattara est en train de se réaliser entre les Gbagboïstes, les "Bédiéistes" et les "Soroistes" : il y aura troubles quoiqu'il arrive, soit parce que Ouattara ou son représentant auront trop triché, soit par volonté de vengeance contre un clan qui n'a pas vraiment cherché à réconcilier le pays ;

    - Au Cameroun, l'autre "pépite" de la France Afrique, le rejet de la France a déjà commencé : Bolloré, l'ennemi public numéro un pour la population de toutes les ethnies, avait été débarqué des appels d'offres pour les ports de Douala et Kribi. Visite d'un navire de guerre et du ministre français des Affaires Etrangères, Le Drian, plus tard et il fut réintégré dans les candidats admis à concourir (il est le candidat sortant) Croit-on vraiment, à l'Elysée, que la menace d'un navire de guerre ait encore du poids réel aujourd'hui ?! D'ailleurs et selon son habitude, Biya a contré peu après ce deuxième retour en nationalisant Douala et Kribi. Les Camerounais accusent plutôt la France d'armer la rébellion dans les deux provinces anglophones, ce qui n'est pas totalement farfelu : les Français ont conservé des liens avec les Ibos nigérians qu'ils aidèrent jadis à tenter de s'emparer du pétrole du pays. Or on sait que ce sont des hommes d'affaires ibos qui sont derrière la rébellion anglophone au Cameroun. L'avenir est de toute façon sombre pour les Français car Biya a aussi acheté du matériel de guerre russe au grand dam des Américains qui, du coup, soutiennent la rébellion ! Conséquemment, les soutiens internes à Paul Biya s'accentuent jusqu'à obliger l'actuel opposant numéro 1, le Bamiléké Kamto, à faire marche arrière dans son acceptation du processus normal des élections qu'il est plus qu'assuré de perdre. D'où, in fine, son refus final de participer, lâché alors et par son ex directeur de campagne, et par ses alliés d'hier...

    -  Au Mali, la population sudiste, de loin la plus importante, réclame à coups de grands défilés le départ des militaires français. Lesquels sont en effet accusés d'aider les Touaregs à les martyriser. Il est vrai qu'ils avaient été pris, lors de l'opération Serval, en pleine trahison : ils avaient offert aux Touaregs un territoire au nord du pays contre leur lâchage des troupes de Daech, essentiellement libyennes. Négociation d'autant plus inutile que les troupes tchadiennes étaient déjà en train de tailler en pièces et Libyens et Touaregs dans les montagnes du nord. Depuis, l'opération Barkhane n'a pas vraiment permis de protéger les populations du nord Mali contre les incursions touaregs réclamant légitimement le territoire que leur avaient promis les militaires français. De plus, un enregistrement de conversation entre un capitaine français et un responsable touareg prouve que les militaires français sont toujours, ce 30 décembre 2019, en relation étroite avec les ennemis qu’ils sont censés combattre !

    - Dans l'ex-Zaïre, les Français pensaient pouvoir reprendre la main avec l'élection présidentielle. Mais leur candidat, Martin Fayulu Madidi, fut battu par le candidat soutenu par les Américains, Félix Tshisekedi. Depuis, la presse française se déchaîne littéralement contre ce dernier, présentant le pays comme allant à vau-l'eau dans une complète anarchie. Même l'accord survenu entre Tshisekedi et Kagamé au Rwanda pour l'éradication des forces hutues qui règnent encore à l'est du pays, autour des mines de coltan et autres terres rares, n'a pas trouvé grâce auprès d'elle.

    - En Centrafrique, les Français sont tout autant récusés qu'au Mali. Le président sudiste, Faustin-Archange Touadéra, a passé un accord avec les Russes pour l'aider à vaincre les Nordistes musulmans. Ce qu’ils ont fait très vite, obligeant les Musulmans nordistes à se réfugier dans le terrorisme. Le Drian a bien accouru à Bangui pour tenter de faire changer d'avis le chef de l’Etat mais la couverture satellitaire russe l'emporte aisément face aux promesses d'un Etat, la France, qui n'a plus les moyens de les tenir ;

    - Au Bénin, l'élection présidentielle avait rejeté sans aucun contexte le candidat pro français, Lionel Zinsou, dans les oubliettes. Du coup, la France Afrique n'a même pas été capable de susciter une quelconque opposition à son vainqueur, Patrice Talon, lors des législatives de mai dernier : Paris n'a plus de réel moyen de pression sur Cotonou...

    - Le Togo, toujours dirigé par une marionnette française, le fils d'Eyadema, vit actuellement entre deux émeutes tant l'opposition sudiste grandit au fur et à mesure des ralliements de Nordistes anti-français, surtout parmi les jeunes lettrés. Le pays changera très certainement de mains dans les années qui viennent ;

    - La France s'est définitivement aliénée le Gabon en soutenant l'opposant principal du fils de Bongo, l'ancien vice-président Ping, son beau frère. Et continuant à l'héberger ! Le manque de pragmatisme des Français est ici complètement contre-productif : on se rallie toujours au vainqueur en politique étrangère ! Mais pas la France-Afrique qui manque visiblement d'une direction intelligente...

    -  Idem en ce qui concerne la Guinée Equatoriale qui avait pourtant rallié la zone CFA : les associations "humanitaires" et les juges français de la même mouvance ont définitivement détruit l'image de Paris auprès des populations guinéennes après avoir pillé, il n'y a pas d'autres mots, les biens détenus chez elle par la famille Obiang. Ouvrant ainsi une sorte de droit de pillage dans le monde entier. Même le Brésil s'y est mis ! Le principe est simple : deux ou trois opposants équato-guinéens déposent une plainte, très aidés par des associations françaises, pour détournement d'argent public en Guinée Equatoriale. Des juges "amis" condamnent la famille Obiang et séquestrent les biens en question. Qui ne seront jamais rendus, le séquestre est une ligne dans un bordereau informatisé tandis que les biens sont vendus au profit de l'Etat français. C'est le cas ainsi des voitures de luxe du fils Obiang, vendues début décembre 2019 en Suisse au profit du ministère français de la Justice !

    - On a vu que le Tchad lui-même avait basculé anti-France : le pays qui aida victorieusement Paris à combattre les radicaux musulmans au Mali est en effet aujourd'hui en totale rébellion contre l'ancien colonisateur.  Idriss Deby est en tête de la croisade anti-CFA en Afrique francophone. Nous ne connaissons pas les détails de ce retournement de situation, mais il y a de fortes chances pour que les Français n'aient pas tenu financièrement les promesses faites à Deby pour son aide -décisive- contre Daech et les Touaregs au Mali. Depuis, Macron a ordonné le changement de nom du CFA devenu « eco » Mais sans aucune concertation avec les Etats africains francophones qui, compte tenu de leurs populations, ne sont pas certains du tout d’apprécier.

    - La France-Afrique n'a plus depuis longtemps aucune influence en Afrique du nord. Ce qui s'y passe aujourd'hui dépasse totalement et le quai d'Orsay, et la cellule Afrique de l'Elysée, même renforcée par un aréopage d'Africains immigrés en France ;

    - Les accords militaires avec des pays d'Afrique francophones commencent à être remis partout en question. Notamment au Cameroun et en Centrafrique où Paris ne peut plus intervenir militairement. Sur le fond, le parapluie russe apparaît plus intéressant que l'ingérence de l'ex-colonisateur ;

    - Enfin et non des moindres désastres, le franc CFA a vécu. Son ersatz, l'Eco, avancé par les Français avec l'aide des présidents ivoirien  et sénégalais, est voué à l'échec face aux positions du Nigeria et du Ghana : la future monnaie ouest-africaine ne sera pas fixe comme le voudrait la France-Afrique, mais dévaluable. Ne serait-ce que pour permettre à la sous-région d'être compétitive face à l'autre grande sous-région qu'est l'Afrique australe et de l'est constituée sous l'égide des Sud-Africains. La CEDEAO vient d’ailleurs de refuser cet « Eco » aux relents bien trop CFA pour être crédible…

    Tout cela sans compter l'effacement économique de la France en Afrique : elle n'est plus rien là bas, ne domine plus les investissements étrangers ni même l'extraction minière et pétrolière. Ni même le commerce extérieur. Seule Total, grâce au rachat d'Elf, impérialise encore la distribution locale des hydrocarbures. Pour combien de temps ? Air France ne domine plus que les liaisons entre la France et l'Afrique francophone depuis que, grâce à l'assistance très intéressée de la coopération française, elle a assisté à la destruction programmée de la compagnie panafricaine Air Afrique. La Compagnie Générale Maritime, CGM, héritière de Delmas-Vieljeux, joue encore les gros bras. Mais la réalité est que, hors la Francophonie, c'est le danois Maersk qui domine aujourd'hui le transport maritime africain. Des comptoirs commerciaux français en Francophonie africaine il ne reste plus grand chose, CFAO et SCOA ayant toutes deux étés vendues à des mains étrangères. Même CFAO Nigeria, grosse société locale montant notamment des véhicules Peugeot écoulés dans toutes l'Afrique a été vendue à...Toyota ! Les grandes familles françaises d'Afrique, tels les Mimran, ont émigré, laissé la place à des Libanais. Ne restent plus que des aventuriers, tel Alexandre Vilgrain, petit-fils de Louis Vilgrain et de plus en plus grand sucrier d'Afrique. Entre le grand-père et le petit-fils, la famille avait quitté le continent ! Ajoutons à cela que les banques françaises ont pratiquement disparu dudit continent hors quelques oripeaux de la Société Générale pour compléter ce noir tableau.

    C'est la déroute, sans aucun doute ! Et ce ne sont pas quelques réactions "canoniéristes" telle celle que vient de tenter Le Drian au Cameroun qui changeront les choses :  on voit d'ores et déjà que si les élections étaient réellement libres en Côte d'Ivoire et si Gbagbo pouvait se représenter en 2020, son élection serait triomphale. Si les élections étaient également libres au Togo... La France-Afrique est presque un cadavre qui fait de moins en moins peur : il y a à peine un an, un ami camerounais me demanda de coécrire avec lui un livre sur le franc CFA. Je dus y renoncer après que deux personnages clé, un ancien gouverneur de banque centrale locale et un gouverneur en place refusèrent de parler, apeurés par Paris. Qu'en serait-il un an seulement après ?


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