• La réforme de l'Education nationale

    Réforme de l'Education Nationale

    Courrier envoyé à Marianne le 17/12/2014

     

    Prendre le nombre en considération

     

    Après l'épisode Neumann-Bedos junior, Je m'étais juré de ne plus jamais réagir à vos articles, d'ailleurs et depuis consommés très modérément. Mais j'ai acheté votre dernier numéro sur l'Education Nationale et n'ai pu m'empêcher de penser "y'à qu'à, y faut qu'on, y'a plus qu'à" D'un côté les partisans du retour à l'ordre et au respect des professeurs, de l'autre une vague ouverture à la modernité psychologique des gamins, bref une parfaite illustration de notre actuelle société face à la débandade éducationnelle : le "lire-écrire-compter" se perd et, comme le soulignent tous vos intervenants, sans le dit lire-écrire-compter, tout le reste n'est que belle parole vite oubliée (à commencer par le numérique !)

    Constater n'est toutefois pas résoudre et je voudrais attirer ici votre attention sur un aspect totalement oublié dans votre dossier : le nombre. Et oui ! Notre Education Nationale fut façonnée pour quelques dizaines de milliers d'élites progressivement sélectionnées au fil des années d'études. Pour la masse, il existait le "brevet des collèges", ce fameux BEPC au niveau d'ailleurs supérieur à celui d'aujourd'hui : les gamins et gamines lancées dans la vie au lendemain de leur brevet savaient effectivement et très bien lire, écrire et compter. Quant aux autres, les élites, la plupart du temps issues de milieux favorisés (ce qui se passe aujourd'hui n'est donc pas nouveau), elles suivaient leur cursus avec très peu d'échecs et, toujours, une sélection de plus en plus renforcée au fur et à mesure. Grosso modo, les grandes écoles et l'université.

    Tout cela est resté en l'état avec l'avènement de l'ère des masses et ne convient évidemment pas à la dite ère des masses. Grosso modo, dans cette ère nouvelle, les pays avancent au rythme des plus lents de leurs fantassins. L'élitisme n'est donc absolument plus adapté à cette ère tandis que la quasi totalité de nos structures sociales restent lourdement accrochée au dit élitisme, plus même qu'à l'origine de la démocratie.

    Le phénomène est complexe et je vous invite, pour en saisir la difficulté de compréhension, à lire "L'Avenir éclaté" (http://dalayer.kazeo.com/l-avenir-eclate/l-avenir-eclate,r1983672.html) Quelques raccourcis cependant : à l'ère des masses, il est vain de rechercher un quelconque consensus sur quoi que ce soit ; et il n'y a donc pas une mais des réponses convenant aujourd'hui à vos interrogations. Par ailleurs, vouloir réintroduire bêtement de l'autoritarisme à l'école est voué d'entrée à l'échec : que ferez-vous si les gamins et gamines restent récalcitrants ? Vous les exclurez  tous et toutes ?! D'autant qu'avec l'augmentation du niveau scolaire des masses, les professeurs ne sont plus les "sachant"  Un exemple ici, très simple : tous les professeurs d'histoire continuent à présenter Néron à leurs élèves comme un tyran sanguinaire fou. Or on sait aujourd'hui que l'administration de l'époque néronienne fut l'une des plus évoluée de l'époque impériale tandis que Néron ne fut présenté comme fou et sanguinaire que par l'église chrétienne qui avait besoin d'un ennemi à montrer du doigt. Prenez la quasi totalité des contenus éducatifs actuels et vous trouverez des décalages en nombre avec ce qu'on connaît aujourd'hui des faits rapportés.

    Il n'y a donc pas que le salaire, effectivement très faible, des enseignantes (plus qu'enseignants) en jeu dans la déconsidération du métier. Ce que j'entends autour de moi touche souvent à la morgue des dits enseignantes "qui savent tout" et qui ne sont jamais contredites car toujours face à des enfants. Croyez vous que vous remonterez la pente uniquement en claquant les doigts ? D'autant que les Français ont vu ces mêmes enseignants donner le Parti Socialiste aux énarques, les petits diplômes se courbant face aux grands diplômes, CQFD...

    Dans l'état actuel des choses, l'Etat est pratiquement incapable de faire quoi que ce soit d'intelligent en matière de réforme de l'Education nationale, on l'a vu avec la réforme des rythmes scolaires. Il fallait raccourcir les vacances, on est arrivé à une espèce de monstre crétin obligeant les mairies à dépenser de l'argent pour éviter de faire sortir les enfants à midi ! Et le mec qui a signé ça est agrégé tandis que tous ceux qui ont appuyé cette "réforme" sont ultra diplômés !! J'ai même lu ici et là de soi-disant têtes pensantes soutenir que c'était le progrès...

    On a au moins et en l'occurrence une démonstration patente de l'inutilité actuelle , voire de la nocivité de l'élitisme à l'ancienne, surtout française (car uniquement fondée sur la réussite scolaire) Que faire alors ? Je ne vois qu'une possibilité étatique : laisser les collectivités locales lancer des expériences. Et instaurer celles d'entre elles qui auront fait leurs preuves, quitte à les légitimer par des référendums locaux (indispensables d'ailleurs pour surmonter les oppositions corporatistes) De la sorte, le vrai mammouth, ce comité fou des programmes autant que ces syndicats sclérosés et autant que ces hauts fonctionnaires irresponsables -sans oublier les ministres malades de la médiatisation à outrance- n'existera plus.

    Mais ce qui me parait vrai en matière éducative ne l'est pas forcément ailleurs. Notre justice par exemple gagnerait, je crois, à être recentralisée après un nettoyage au karcher de tous ces -là encore- demi fous de la médiatisation. Pour que nous ayons le même droit à nouveau à Saint Brieuc, à Paris et à Pointe à Pitre. Bref, régionaliser l'Education Nationale n'est pas forcément l'abandon de l'Etat : c'est laisser à des gens directement responsables devant leurs électeurs le soin de faire en sorte que nos enfants redeviennent, à l'ère des masses, des êtres sachant lire, écrire, compter et réfléchir...


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