• La religion en guerre

    4) L'impérialisme des religions

    Faites pour amener la paix civile chez les populations sédentarisées par l'agriculture, les religions conquirent aussi les citoyens des grandes villes antiques. Et, ce, au détriment des polythéismes, à peu près au même moment sur toute la Terre, entre les ans - 500 et 800 de notre calendrier géorgien. Les religions existaient alors depuis plus de 10 000 ans, multiformes et limitées géographiquement. On a vu que, selon moi, les monothéismes ont émergé avec l'écriture. Il leur a fallu quelques siècles seulement pour découvrir l'universalisme. Et donc l'envie de conquête qui se matérialisa sous deux formes : le prosélytisme et la guerre pour le Christianisme et l'Islam, le prosélytisme uniquement pour le Bouddhisme. Les moines prêcheurs accompagnant les "conquistadors" chez les Chrétiens, les conquêtes à but d'abord religieux chez les Arabes aidés également par leurs commerçants et le prosélytisme seul des moines en Asie. Confucius est à part, ses enseignements ayant été repris par les Etats chinois puis par les empires successifs : son universalité fut promue par les dirigeants politiques, un peu comme le Christianisme dans le monde romain.

    De tels universalismes ne pouvaient que se heurter en se rencontrant. C'est ainsi que Chrétienté et Islam n'arrêtèrent pas de se combattre jusqu'à aujourd'hui, que Zoroastre fut terrassé par l'Islam et que l'Hindouisme fut éradiqué de territoires indiens immenses. Sans parler des civilisation précolombiennes anéanties par la Chrétienté européenne ni de l'animisme africain mis sous l'éteignoir par la même Chrétienté. Tous les vaincus se demandant bien entendu pourquoi Dieu autorisa tant de massacres : Dieu n'a rien à voir dans un processus naturel aux hommes qui est de voir son camp gagner. Les guerres européennes de religion ne furent pas le fait d'un "Deux ex machina" mais de guerriers avides de pouvoir. La guerre de religion qui est en passe de s'achever momentanément au Moyen Orient n'est pas non plus orchestrée par Yahvé : elle est la résultante évidente d'une série de décisions politiques : les Russes qui envahissent l'Afghanistan et les Américains qui les contrent en finançant et armant la rébellion (Al Qaida), puis les Américains qui envahissent par deux fois l'Irak, finissant par remplacer des dirigeants sunnites par des Chiites, les Sunnites créant alors Daech avec l'aide de l'Arabie Saoudite et du Qatar. Et donc, in fine, des Américains qui vendent des armes en quantité fabuleuse aux deux monarchies pétrolières. Les Russes qui défendent leur seul point d'appui au Moyen Orient en foutant en l'air les plans américains (et leur schizophrénie !) Les Turcs obligés d'intervenir pour empêcher la création d'un Etat kurde à leur frontière, les Iraniens intervenant pour défendre le Chiisme... Aucun dieu n'est responsable de ces guerres, seuls les hommes les ont voulues au sein d'une gigantesque bataille pour le leadership politique et culturel mondial en passe d'être perdue par un Occident d'autant plus dangereux qu'il est acculé.

    Les religions ne sont donc pas la cause des guerres, elles n'en sont que des instruments aux mains d'hommes pour qui le pouvoir matériel (les historiens parlent de pouvoir temporel) est plus important que le pouvoir spirituel. Lequel ne peut s'exercer que par la persuasion. Or les dignitaires religieux eux-mêmes, quand ils avaient du pouvoir matériel, pensaient que la force pouvait suffire à persuader : l'inquisition, les "djihads" (façon actuelle), le carcan politico-social même pour les Bouddhistes au Tibet (bizarrement défendu par tous les Occidentaux alors qu'il s'agissait d'une effroyable théocratie), les sacrifices humains aussi dans les monothéismes antiques, Baal  ou les Aztèques, certaines sectes hindouistes... Seule la Bible, à cet égard montre un Dieu jaloux et capable de réclamer un sacrifice humain : Abraham est appelé à sacrifier son fils Isaac. Mais Dieu arrête la main d'Abraham et cette histoire est écrite par des hommes. Qui se servent certainement de cette allégorie pour dire que le sacrifice humain ne plait pas à Dieu, même jaloux.

    Toujours est-il que les religions ont engendré des guerres et des massacres quand elles sont devenues "universelles" Toutes ne prédisent d'ailleurs un avenir meilleur dans l'au delà qu'à leurs disciples, niant les autres. L'Islam est restée farouchement guerrière à cet égard, proposant des fleuves de miel et des cohortes de vierges à ses guerriers morts au combat. Mais la Chrétienté et ses "païens" ne valent pas mieux. Tout comme les Bouddhistes qui ne réservent le Nirvana (la fusion de son être avec Dieu) qu'aux moines capables de se détacher totalement des contingences matérielles. Ce, dans des pays où la foi des croyants est très forte au point de générer un nombre de petits dons invraisemblable au profit des moines : le vivre et le couvert est ainsi assuré à ces candidats au "détachement" Il fallut enfin une véritable révolution, dure et sanglante, aux Chinois pour s'extraire de la philosophie d'obéissance de Confucius. Le monde "globalisé" n'est pas fait pour de telles religions, créées il y a trop longtemps et trop peu réformées pour s'intégrer dans la mondialisation. Les grandes villes occidentales se sont donc détachées d'elles et le monde urbain qui s'annonce au cours du siècle à venir (il n'y a plus que 60% de ruraux en Afrique !) ne leur sera pas plus ouvert.


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