• Le Cloud et vous

    Le Cloud et vous

     

    Connaissez-vous le « Cloud » ? Ceux d’entre vous qui avez émigré dans les pays riches, très certainement : le « nuage » est intégré aujourd’hui à votre ordinateur mais aussi à votre « smartphone » ou votre « tablette » En Afrique, c’est moins sûr : la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED) a publié son rapport annuel sur l’économie de l’information dans lequel les auteurs estiment que seuls cinq pays africains disposent des infrastructures nécessaires à la fourniture de services basiques du fameux Cloud : l’Afrique du Sud, la Tunisie, l’Egypte, le Ghana et le Kenya.

    A noter toutefois que, dans son introduction, le rapport indique qu’en matière de téléphonie et grâce à la téléphonie mobile, l’Afrique a largement rattrapé son retard des dernières décennies : vous ne pouvez pas encore pianoter à votre guise mais rien ne vous empêche plus de parler !

    Mais à quoi sert en fait ce nuage (le mot français est plus joli, non ?) dans lequel vous trouvez non seulement l’ensemble des services du Net, des gratuits comme Wikipédia aux payants comme Amazone, mais aussi vos propres dossiers et photos ainsi que ceux de vos amis. Il s’agit en fait de gros serveurs en nombre qui stockent et les liens « publics » d’Internet, et vos propres liens. Ainsi pouvez-vous consulter en vacances tous les dossiers que vous aurez par exemple et préalablement décidé de mettre sur votre « cloud » personnel. Autre exemple, vous pourrez interroger Google, le moteur de recherche qui est en train de tuer tous les autres, de votre téléphone ou de votre tablette n’importe où où vous avez une connexion internet.

    Pour les auteurs de l’étude, c’est une véritable révolution, un « changement de Business Model » comme ils l’écrivent. Et il est vrai que bien des éléments de la vie courante changent (ou peuvent changer, dans la réalité ça prend du temps) avec cette accélération indiscutable de la vie du « Web » pour « World Wide Web » ou « Toile d’araignée » (des connexions internet) Il fallait, pour ce faire, une nouvelle génération de connexions dite « à haut débit » voire « à très haut débit » : quelques milliers de bits/seconde dans le premier cas (soit, tout de même, la totalité du journal Le Monde en moins d’une minute), plusieurs millions de bits/seconde dans le second, une capacité qui s’adresse en fait et surtout aux amateurs de films en ligne et que seule la « fibre » (pour fibre optique) est réellement capable d’offrir aux abonnés.

    C’est en regardant ces considérations techniques que les auteurs du rapport ont conclu que seule une poignée de pays africains  pouvait accéder à ces changements. Qui, sur le papier et dans les pays développés, paraissent de fait considérables :

    -          La manière de vendre et d’acheter change assez radicalement. Acheter un billet de train ou d’avion se fait ainsi en quelques « clics » et en quelques minutes sur Internet, tuant de ce fait un très grand nombre d’agences de voyage. Même des voitures sont proposées sur Internet à des prix défiant toute concurrence (minimum de 15% de remise sur le prix usine) Le magasin par correspondance La Redoute a dû ainsi déposer son bilan suite à l’effondrement de son chiffre d’affaires : il a trop tardé à se positionner sur le « nuage »… Etc. Chaque mois voit se présenter de nouveaux services dont, nième exemple, celui de particuliers offrant sur le Net de véhiculer d’autres particuliers contre paiement : du taxi sans avoir à payer la licence, procédé légitimement condamnés par les chauffeurs de taxi traditionnels…

    -          De ce fait et corrélativement, la création d’affaires est grandement facilitée : bureaux, aires de stockage et autres ne sont en effet nécessaires qu’une fois le décollage de l’entreprise atteint, générant et « cash flow », et prêts bancaires. Plus besoin d’investissements élevés de démarrage tels le coût de locaux chers, leur aménagement ou le recrutement de personnel avant que l’affaire ait été rentabilisée.

    -          L’environnement culturel des populations touchées par le phénomène change également : tout est rapidement mondialisé d’abord avec juste la barrière des langues (sachant que l’anglais est passe-partout) ; tout est aussi en concurrence croissante, les internautes ayant un choix monstrueux aujourd’hui d’occupations ou de recherches. Il ne leur reste qu’à effectuer le tri et les nécessaires déductions, ce qui est une autre paire de manche…

    -          Sans compter ce qui n’est pas encore apparu mais qui le devrait, notamment dans les services (assurances, banques, déjà largement informatisées mais avec d’énormes marges de progression. Songeons aussi aux juristes qui s’opposent pour l’instant victorieusement –via le coût des services en ligne- à la démocratisation des banques de données juridiques) et même la production de pièces de rechange ou de prototypes via les imprimantes 3D des futures générations…

    Le net en nuage est donc réellement porteur de changements quasi sociétaux. De là à en faire une priorité africaine ! Imaginez vos « tabliers », toutes ces femmes assises devant leur étal des marchés, remplacées sans se battre par un service mettant directement en relation les consommateurs citadins et les producteurs ruraux. Lesquels se seraient associés pour effectuer des livraisons quotidiennes en ville… Imaginez toutes ces enseignes auxquelles vous êtes habitués, du petit vendeur de cigarettes ou de journaux du coin aux tailleurs installés en périphérie des centre-villes en passant par vos agences bancaires, tout cela remplacé par un « Cloud », nuage de gens travaillant à domicile sur un ordinateur ? Croyez-vous que vos jeunes, alors privés définitivement d’emploi, ne se révolteront pas ?!

    Le « nuage » est un machin de riches qui tue d’ailleurs tellement de métiers que certains finissent tout bonnement par disparaître : à force de confier leurs structures à l’informatique, les architectes européens ne savent même plus refaire un château, encore moins une cathédrale. Songez que les Américains de la NASA ne savent même plus réparer leurs premiers satellites ! Ou que les ingénieurs sortant aujourd’hui des grandes écoles sont incapables de démonter puis remonter un simple moteur de bateau… L’informatique a de gros avantages, certes, mais l’excès d’informatique a aussi de gros inconvénients. Et nous ne faisons qu’expérimenter, sans les avoir prévus, les dits inconvénients. Ainsi le gouvernement français ne sait-il toujours pas comment continuer à vendre des licences de taxi face à la concurrence naissante de chauffeurs qui n’en achèteront jamais. Il n’ose pas interdire le procédé, « c’est pas moderne, Coco ! » et ils n’osent pas non plus l’autoriser complètement vue la grogne des professionnels patentés.

    L’exemple est bon car il est mondial, le service internet ayant commencé aux Etats Unis avant de gagner l’Europe. Dans les deux continents, les chauffeurs de taxi ont puissamment râlé… Comme râlent tous les évincés du système, des commerçants dits « de proximité » aux employés à la rue des ex-grandes entreprises de distribution. Il faut dire que le phénomène nuageux touche surtout le commerce et les services. La production industrielle, elle, est toujours et essentiellement affectée par la concurrence asiatique tandis que la production agricole pâtit, comme toujours, des fluctuations des cours mondiaux. Elle commence aussi à pâtir, aux Etats Unis, en Chine, en Europe, de méthodes contre lesquelles les consommateurs ne font que commencer à se rebeller : ce sont les producteurs allemands de viande qui sont ainsi et en grande partie à l’origine de l’envol des habitudes végétariennes en France. Songez que leurs bêtes sont parquées par millier dans des hangars parfaitement hygiéniques mais sans possibilité de brouter ne serait-ce qu’une fois dans leur vie de la vraie herbe ! Elles ne marchent plus, courent moins encore, et sont abattues par de quasi esclaves issus de l’immigration est-européenne et payés très largement en dessous du salaire minimum français…

    Disons le tout de suite, ce type d’économie n’est pas à la portée de l’ensemble des pays africains : à la fois parce qu’il faut bien des emplois pour assurer un minimum de consommation dans un continent qui est loin de pratiquer l’économie de l’offre (une économie tournée vers l’exportation de produits manufacturés) ; et à la fois parce que le souvenir du « poulet cavaleur » est encore bien trop prégnant pour être rapidement remplacé par les horribles « nuggets » faits à partir de blocs de viande reconstituée, les fameux « minerais » de viande vendus et achetés alors par deux clics sur un ordinateur. Songez que les « Nordistes » sahéliens ne se sont mis à vendre leurs bêtes pour la viande que depuis moins de 20 ans…

    Et n’oubliez pas que l’immense majorité des « nuagistes », ceux qui utilisent le procédé, ne le font toujours pas dans un objectif économique mais à des fins ludiques et de loisirs : envois de photos, « twitters » peoplesques ou politiques, pages « Facebook » et tutti quanti. Sans compter les gamins passant des heures à jouer derrière un écran, toujours au détriment de la vraie vie sociale. Tenez, voyez le tableau 1 relatif au nombre d’Internautes en Afrique : croyez-vous que les près de 200 millions d’Africains qui se retrouvent peu ou prou sur le Net au fil des mois soient tous des hommes ou des femmes d’affaires ? Et voyez les quelques chiffres d’affaires générés par le « Cloud » au sein des dix plus grandes sociétés mondiales du Net (tableau 3) : en dehors de Google, ça ne pèse pas lourd… In fine, voyez le graphique 2 : quelle importance en fait que l’essentiel de ce qu’il faut bien appeler des enfantillages échappe pour l’instant aux pays les plus pauvres ? Car le Cloud est bien une révolution. Mais qui a commencé sur des bases plus que superficielles. Votre retard en la matière n’en est pas un vrai. Vous avez donc tout le temps de vous consacrer à l’économie réelle et à offrir à vos compatriotes les biens de consommation essentiels dont ils ont besoin réellement. Pour schématiser, fabriquez des ampoules et autres pièces électriques, générateurs solaires inclus, et laisser jouer les riches à leurs jeux électroniques !

    Encadrés

    Ne confondez pas informatique et Cloud

    L’informatique est un outil alors que le Cloud est un terrain, de jeux surtout en l’occurrence. Et l’informatique plus Internet apportent une réelle plus value aux économies qui sont largement équipées. Le courrier, les calculs, la recherche ont réellement été accélérés par cette machine au raisonnement binaire (oui ou non) ainsi que par la mise en relation de l’ensemble de ces machines. Même dans l’agriculture qui peut ainsi s’informer en temps réel sur la météo, les marchés, les techniques de production, qui peut aussi contacter directement fournisseurs et acheteurs. Mais cela préexistait au Cloud, lequel n’a fait que généraliser des circuits autrefois spécialisés et souvent privés. N’importe qui aujourd’hui peut se connecter à un site météorologique. Mais n’importe qui a-t-il autant besoin de s’y connecter que l’agriculteur ? Il le pouvait avant, n’importe qui, non. Où est ici le changement ? Même la gratuité n’est pas assurée par le Cloud : les sites payants le sont restés alors que bon nombre de sites gratuits sont devenus payants face à l’arrivée du grand public sur le Net.

     

     

    1-      Nombre d’internautes en Afrique en 2009

    (Source : CIA WorldFactsBook)

    Pays

    nombre d'Internautes

    rang mondial

    Nigeria

    43 989 000

    9

    Egypte

    20 000 000

    21

    Maroc

    21 300 013

    29

    Algérie

    4 700 000

    49

    Afrique du sud

    4 420 000

    54

    Kenya

    3 996 000

    59

    Tunisie

    3 449 000

    60

    Ouganda

    3 042 000

    66

    Sénégal

    1 818 000

    76

    Zimbabwe

    1 423 000

    84

    Ghana

    1 297 000

    93

    Côte d'Ivoire

    967 300

    103

    Zambie

    816 200

    105

    Cameroun

    749 600

    106

    Tanzanie

    678 000

    111

    Mozambique

    613 600

    113

    Ethiopie

    447 300

    119

    Togo

    356 300

    123

    Libye

    330 000

    124

    Madagascar

    319 900

    127

    Maurice

    290 000

    131

    Congo Kinshasa

    290 000

    132

    Mali

    249 800

    135

    Congo Brazzaville

    245 200

    136

    Bénin

    200 000

    139

    Erythrée

    200 000

    140

    Burkina Faso

    178 100

    144

    Tchad

    168 100

    145

    Burundi

    150 000

    147

    Cap Vert

    142 900

    148

    Gambie

    130 100

    150

    Namibie

    127 500

    151

    Botswana

    115 900

    154

    Niger

    115 800

    155

    Somalie

    106 000

    159

    Gabon

    98 800

    160

    Guinée

    95 000

    161

    Swaziland

    90 100

    162

    Lesotho

    76 800

    168

    Mauritanie

    75 000

    170

    Guinée-Bissau

    37 100

    177

    Seychelles

    32 000

    180

    Djibouti

    25 900

    185

    Comores

    24 300

    187

    Centrafrique

    22 600

    192

    Liberia

    20 000

    194

    Sierra Leone

    14 900

    199

    Guinée Equatoriale

    14 400

    200

    Total Afrique

    118 048 513

     

    Chine

    389 000 000

    1

    Etats Unis d'Amérique

    245 000 000

    2

    Japon

    99 182 000

    3

    Brésil

    75 982 000

    4

     

     

    2-      Trafic global sur le « Cloud » en 2012, par région

    (Source : étude de la société CISCO en 2012)

     

    3-      Les 10 plus grandes entreprises du Net en 2012

    (Source : CNUCED)

    Compagnies

    Chiffre d'affaires issu du Cloud (en milliards de $)

    Google

    50

    Microsoft

    nc

    Amazone

    2,1

    Facebook

    5,1

    Akamai

    1,4

    OVH (France)

    nc

    Softlayer

    nc

    Rackspace

    1

    Intel

    nc

    1&1

    nc

    Ps : classement établi d’après le nombre de serveurs possédés par ces compagnies

     


    Tags Tags : ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :