• le déclin occidental

    Le déclin de l’Occident

     

    Rappelez-vous les grands empires : l’Egypte, de -3500 à 300, la Chine de -1300 à 800, les Grecs, de -300 à 300, Rome, de 300 à 500, les Arabes, de 800 à 1000, les Turco-mongols, de 1000 à 1500 et l’Occident, de 1500 à nos jours. Chacun de ces empires a connu une apogée et un déclin. Chacun sans exception et il s’agit là de très grands empires, ayant imprimé des marques culturelle indélébiles dans les sociétés qu’ils dominèrent.

    L’empire occidental s’est forgé sur mer, après que les Portugais aient inventé la Caravelle, ce navire équipé de canons et pouvant transporter en croisière de long cours des hommes armés et des chevaux. Certes et auparavant, les Chinois avaient inventé la Jonque, un navire un peu équivalent, et parcouru eux aussi le Monde entier. Mais ils s’en tinrent à cette unique exploration, n’en profitant pas, comme nous l’avons fait, pour ouvrir des comptoirs un peu partout avant de partir militairement à l’assaut de l’intérieur. Ce, jusqu’à, parfois, éliminer totalement la population autochtone. Notre domination fut donc féroce bien que, chez nous, l’Humanisme progressait en même temps que nous fermions les yeux sur nos exactions étrangères. Nous inventâmes ainsi la démocratie et le socialisme en même temps qu’une technologie tirée par l’armement. Pour en arriver aujourd’hui à une hyper technologie aux mains de nos lobbies militaro-industriels et à un formidable retour en arrière en matière de progrès humain : retour des inégalités, soumission de l’humain aux contraintes imposées par les financiers, suppression de l’esthétique pour non rentabilité, etc.

    Cette horreur peut-elle durer ? Nous voyons bien que non :

    • Tout d’abord, toute économie a besoin d’une demande pour survivre. On voit bien que la lancée actuelle ne permet plus, par exemple, à Peugeot ou Renault de fabriquer des modèles de haut de gamme, faute des clients qui, jadis, pouvaient se les payer sans se ruiner chez les Allemands. On voit aussi que nos multinationales s’engagent dans les pays dit « émergeants » parce qu’elle ne trouve plus de croissance chez nous. Si bien que les pays émergeants et les multinationales s’en tirent bien mais pas nous, ayant de plus en plus de mal à trouver du travail et devant en plus travailler plus longtemps du fait de l’allongement de la durée de vie (on  pourrait faire autrement, par exemple en alternant périodes d’apprentissage, de travail et de repos, mais ça n’est pas dans notre culture élitiste car militariste) ;
    • De plus, la financiarisation des économies occidentales est arrivée au terme de ses possibilités, soit la « titrisation » de dettes douteuses. On ne voit pas comment on peut aller plus loin : même l’immobilier ne grimpe que là où quelques « golden boys » peuvent accepter de s’endetter pour 25 ans afin de pouvoir payer les prix exorbitants demandés par des propriétaires pas vraiment forcés de vendre pour vivre. Les prix sont élevés et ne baissent pas mais il n’y a pratiquement pas de transaction…
    • Enfin, les efforts demandés aux peuples occidentaux par leurs riches commencent à ne plus être acceptés : un Sarkozy est vomi par la majorité des Français tandis que des jeunes manifestent continuellement en Grèce ou en Espagne. Tandis que le Portugal, l’Irlande et la Finlande défont leur gouvernement pour s’opposer à Bruxelles et au FMI. Même Angela Merkel est confrontée à un électorat qui se détourne d’elle au profit de formations jadis « d’appoint » comme les Verts.

    On voit donc que l’horreur ultra libérale est en train de vivre ses derniers beaux jours. Avec, même, le crash de l’un de ses grands patrons, je veux parler du fameux DSK, ex-favori à l’élection présidentielle française. Et avec le début de la sortie de la Grèce de la zone euro : face aux manifestations, son gouvernement n’a guère le choix, si bien que les spéculateurs internationaux (les banques en fait, plus quelques fonds importants dont les fonds souverains) vont s’attaquer à d’autres pays de la zone, qui seront forcés à leur tour et face aux manifestations, soit de massacrer les manifestants, soit d’imiter la Grèce. Un Etat digne de ce nom mettrait les banquiers en prison pour haute trahison et bloquerait l’argent des fonds spéculatifs. Mais il n’y en a plus et ça ne se fait pas entre riches ! Nous aurons donc nos spéculateurs à la fête dans les années, voire les mois à venir, CQFD. Ces phénomènes tueront l’euro qui ne sera plus alors qu’un mark renforcé, avec une Allemagne qui vendra alors nettement moins bien et ses machines outils, et ses bagnoles de luxe. Et qui, à son tour… Ce, alors que les Etats Unis, qui utilisent actuellement la planche à billets à fond, verront pourtant remonter le cours du dollar du fait de l’effondrement de celui des monnaies européennes. Une gigantesque claque aux exportations américaines, déjà très insuffisantes pour financer les importations. Rien que sur le plan financier, l’Occident est ainsi au pied du mur : soit notre société ré étatise et redistribue à nouveau, soit il explose financièrement puis économiquement.

    Mais ce n’est pas tout, loin de là : pendant des siècles, nous avons exporté nos technologies contre des matières premières. A un taux de change honteux, c’est-à-dire en pillant plus qu’en achetant les dites matières premières. Au lendemain des Indépendances africaines par exemple, nous achetions les « produits tropicaux » en sous payant les producteurs. Lesquels se plaignaient en accusant les fameux « termes de l’échange » Il y eut toutefois une période de hausse, après les deux chocs pétroliers du début des années 1970. Les hausses touchèrent à peu près toutes les matières premières, comme aujourd’hui. Mais des les années 1980, c’était fini : la hausse initiale avait comme origine la création de l’OPEP puis la mise en œuvre d’une politique commerciale commune à ses membres. L’Occident répliqua en faisant rendre tout ce qu’ils pouvaient aux gisements de la mer du Nord et par des guerres par produit : pour le cuivre par exemple, un coup d’Etat au Chili permettant de faire retomber le cours de ce métal ; pour le café, une surproduction dans un Brésil à l’époque aux mains de militaires contrôlés par les Etats Unis ; pour le cacao, une baisse du chocolat dans les produits finis. Etc…  Si bien qu’en 1996, le ministère belge des Finances pouvait publier une étude qui démontrait, chiffres à l’appui, que la Belgique payait ses matières premières moins cher qu’en 1970, avant les chocs pétroliers !

    Une quinzaine d’années seulement de sursis pour l’Occident qui aujourd’hui n’a pas de prise sur les causes de la nouvelle hausse : nous ne pouvons pas empêcher les Chinois mais aussi les Mexicains, les Brésiliens, les Argentins, les Indiens et j’en passe très certainement, de consommer des automobiles, de l’énergie, des biens de consommation en tous genre, bref de mettre les producteurs dans l’incapacité de répondre vite à cette nouvelle demande. Ce, d’autant qu’elle croît vite, la dite demande, il suffit de voir celle de pétrole pour s’en rendre compte : nous serions entré dans la fameuse zone dans laquelle la demande augmente plus vite que l’offre et, ce, avec la perspective d’une fin de l’ère pétrolière à brève échéance.

    Alors nous partons dans toutes les directions, éoliennes, solaires, nucléaires puis plus nucléaires, méthanières puis méthanières  à condition de ne pas empiéter sur les terres cultivables, que sais-je encore ?! Mais tout cela n’empêche pas de constater que les termes de l’échange sont totalement inversés et qu’ils l’ont été en quelques années seulement et de manière cette fois-ci durable. Nous ferons peut-être face au problème énergétique mais nous devrons faire de l’artificielle si nous voulons payer moins cher nos bananes, notre café, notre thé ou notre chocolat. C’est d’ailleurs un peu déjà le cas, la qualité des produits importés ne pouvant être reproduite par nos industries alimentaires qui trichent et incorporent dans leurs préparations de plus en plus d’intrants dangereux pour la santé. Bref, nous devrons payer le prix des produits non pas par compassion (le truc du « commerce équitable »), mais par force, parce que sinon, il n’y aura pas le dit produit dans notre panier.

    Economiquement, l’Occident est donc aujourd’hui en perte de vitesse, face à un Tiers Monde qui, lui, croît à la vitesse « grand V » : la Chine, avec des taux de croissance à deux chiffres, puis l’Inde, autour de 8%/an, l’Afrique enfin, autour de 5 à 6%/an. Le rattrapage est ainsi ultra rapide, beaucoup plus que nous l’imaginions quand on nous parlait des « pays sous développés » Et dès maintenant, une variation du yen est bien plus importante pour nous que la même variation du dollar. Nous vivons à l’ère du commerce extérieur chinois, sans nous apercevoir que les Asiatiques ont commencé aussi à investir partout dans le Monde avec l’argent qu’ils ont gagné avec ce commerce extérieur. Jadis, c’était le Japon avec sa robotique, ses machines outils, ses voitures, ses appareils photo, etc. Aujourd’hui, c’est le tiers de l’Humanité qui s’y est mis (chine plus Inde) avant que l’Afrique n’entre à son tour dans le jeu : il suffit de voir ce qu’on fait les Sud Africains seulement 15 ans après l’Apartheid pour concevoir que notre Bamboula est tout aussi intelligent et bosseur que nous. Tout en ayant, maintenant, tout-à-fait conscience de la revanche qu’il a à prendre sur nous. Espérons qu’il ne s’agira pas de vengeance !

    Et puis il y aura la culture. Là, l’Occident possède son cinéma et ses séries télé. Plus la gastronomie en France et en Italie. Le vrai football aussi, de même que quelques autres sports universels comme le tennis. D’ores et déjà, le seul cinéma indien sort plus de films chaque année que le cinéma américain. Et il commence à s’exporter, ce cinéma indien, en Asie surtout. Les Chinois par ailleurs ont des films et des séries télé qui captivent de plus en plus de jeunes occidentaux. Quant au sport, je rappelle que la dernière victorieuse à Roland Garros est une…Chinoise. Bref, la culture universelle, dont la gastronomie fait indubitablement partie, semble suivre le cours de l’économie mondiale. Et ce que propose à cet égard l’ex « tiers Monde » est bel et bien plus grand public que ce que nous proposons en dehors de notre tout fric. Et nous ne réagissons pas, continuant inlassablement et par exemple à découper nos marchés, mêmes intellectuels, en « niches » aux séries riquiqui et donc archi coûteuses. Les Chinois ne sont pas moins chers essentiellement parce qu’ils payent moins leurs ouvriers mais parce qu’ils font des séries invraisemblables aujourd’hui chez nous : notre élitisme fait que nous n’acceptons pas d’être « comme les autres » Il faut que nous étalions nos richesses et, à défaut, que nous options pour des « séries limitées » et autres conneries du genre. D’où, d’ailleurs, notre goût pour les fameux 4X4 sans aucun intérêt dans nos pays goudronnés à mort… Bref, nous déclinons aussi dans nos têtes qui furent pourtant et jadis à l’origine de la philosophie et de la science moderne. Ce pourquoi nos découvertes baissent tant en nombre global que relativement au niveau mondial. Les Américains s’en sortent encore en débauchant des Indiens et Pakistanais qui font toujours le ravissement des patrons de la Silicone Valley. Même nos propres chercheurs, plutôt costaud en bio chimie, nous sont piqués par « nos cousins d’outre Atlantique » Mais, déjà, ce sont des Maghrébins qui sont sur le marché international de l’informatique en sus des Indo-pakistanais déjà mentionnés. Et les meilleurs « hackers » du moment sont…ouest africains !

    Pendant ce temps, nous taillons dans les budgets éducatifs (sans toucher un centime à ceux de nos armements) et nous désespérons nos jeunes en ne les embauchant pas. Ainsi que nos vieux en les mettant sur le pavé tout en rallongeant leur durée de travail. Car c’est ça, notre réaction, soit l’acceptation de notre déclin sans penser un seul instant que nous avons largement de quoi réagir. Mais nous ne le ferons pas car les riches occidentaux ne veulent plus revenir en arrière et retrouver le chemin de l’égalité. Comme ils contrôlent les médias et que nous restons en fait tous –ou presque- élitistes, nous sortirons peut-être de l’ultra libéralisme mais certainement pas du déclin impérial


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