• Le déclin occidental - suite

    L'Occident aurait-il une stratégie pour éviter la décadence ?

    (17 décembre 2013)

     

    Cette idée m'est venue ce matin en écoutant la radio et, notamment, les commentaires sur les manifestations pro-européennes à Kiev (Ukraine) Peut-être ne le savez-vous pas, mais c'est l'Allemagne qui est derrière ces manifestations dont elle finance en douce les leaders. Car l'Ukraine représentait pour elle un sacré marché, quelque peu évanoui depuis la mainmise de la Russie sur le dit marché. D'où cette tentative d'inverser la politique ukrainienne sous la pression de la rue. De la rue de Kiev, s'entend car le nord du pays est plutôt russophile et il n'est pas dit du tout que des élections libres donneraient raison à Berlin plutôt qu'à Moscou.

    Derrière cette bagarre, je me suis demandé si, en fait, l'élargissement de l'Europe couplé à la mise en place d'un grand marché Europe-Etats Unis, en cours de négociation quasi secrète, ne constituait pas la dernière carte occidentale face à son déclin. Imaginez de fait le poids qu'un ensemble économique mêlant l'Amérique du nord à l'Europe très élargie représenterait au niveau du commerce international. Gageons que ce mastodonte saurait parfaitement se défaire de son ultra libéralisme béat pour protéger ses marchés et ses industries...

    OK, admettons que les ultra libéraux archi bornés qui gouvernent l'Occident soient capables d'un tel niveau de réflexion. Et tel un état major militaire, envisageons l'achèvement du plan : dans 10 ans par exemple, les marchandises occidentales pourront circuler librement (sans droit de douane) des marches de l'Allemagne, incluant les pays de l'est captés par l'Union européenne, à la côte ouest des Etats Unis. Au bas mot, un marché de plus de 600 millions d'habitants dont seulement la moitié peut être considérée comme étant réellement consommatrice.

    Ca ne pèse pas face aux puissances économiques montantes, Chine (1,1 milliard d'habitants), Inde (1,2 milliard d'habitants), Afrique (1 milliard d'habitants) et Amérique du Sud (400 millions d'habitants) Sans compter le Vietnam, l'Indonésie, les Philippines et j'en passe. Car cet autre univers est aussi plus jeune, nettement plus jeune que le nôtre. Sachant que le dynamisme des sociétés humaines repose surtout sur les moins de 45 ans, point besoin de faire un dessin pour comprendre que la tentative occidentale, si tentative volontaire il y a, est vouée à l'échec. L'agrandissement des marchés occidentaux ne fera que permettre à ses multinationales, de plus en plus contrôlées par des fonds "basanés", de faire des économies d'échelle : le laminage de nos droits sociaux par le bas, car il faudra bien s'aligner sur les Américains dans ce schéma, sera un cadeau de plus aux financiers qui sont derrières nos mastodontes industriels et commerciaux, CQFD !

    C'est la raison pour laquelle je crois plutôt que ce montage, si montage volontaire il y a, est plutôt le fait de cette camarilla d'ultra libéraux riches qui a mis la main sur la direction politique de nos sociétés vieillissantes afin d'accroître encore la pression des actionnaires sur la répartition en leur faveur des bénéfices des entreprises.

    Il n'y a en effet aucun doute que la dite camarilla, des PDG de très grandes entreprises, des grands banquiers et des grands assureurs, s'est entendu dès la chute du mur de Berlin et donc du communisme, pour accélérer le processus lancé dès les années 1970 par les banquiers. Lancement orchestré à l'époque par la miss Thatcher et le sieur Reagan avec la caution d'une "école de Chicago" dont la fumeuse "théorie de l'offre" n'était qu'un cache sexe idéologique (de l'aveu même de son créateur, Milton Friedman)

    Il n'y a aucun doute non plus sur le fait que cette camarilla a littéralement accaparé tous les grands moyens d'information occidentaux, des journaux papier au cinéma grand public en passant par la télévision et la diffusion de livres. Demandez-vous à cet égard comment un Ruper Murdoch a pu acheter autant de médias en si peu de temps tout en ne disposant pas des fonds nécessaires : les grands banquiers lui ont déroulé le tapis rouge alors qu'ils coulèrent son pendant de gauche, le Britannique Robert Maxwell dont on ne sait s'il fut suicidé ou s'il se suicida de son plein gré. En France, même Libération et Le Monde ont fini par tomber aux mains de financiers et d'industriels tandis qu'il n'existe aucune radio et aucune chaîne de télévision qui ne soit pas ouvertement ultra libérale. Comme je l'ai déjà écrit, cherchez ne serait-ce qu'un journaliste économiste non libéral tant en France qu'ailleurs en Europe occidentale, vous n'en trouverez pas : au point que même les petits et les sans grades croient dur comme fer que tout ce que fait l'Etat est mal fait tandis que tout ce que font les grands groupes est bien fait, du moins du point de vue des actionnaires.

    Personne n'ose même chercher des exemples, qui foisonnent pourtant, de ratage économique du fait des privatisations. Et pourtant, ne serait-ce que les renseignements téléphoniques : autrefois il y avait le 12, ça ne coûtait pas très cher ni à l'opérateur (France Télécom), ni aux "usagers", tout le monde était content. Aujourd'hui les opérateurs perdent de l'argent et ne sont pas contents tandis que les "clients" se bousculent de moins en moins auprès de services concurrents de  moins en  moins efficaces et de plus en plus chers... Et que dire du transport ferroviaire ! En Angleterre, c'est la catastrophe : il n'y a pratiquement plus d'investissement et le rail n'est pas vraiment rentable si on prend les investissements nécessaires (mais non programmés) en compte. En France, vous voyez que la SNCF accumule les retards et n'arrive même pas à financer le maintien de lignes de banlieues à peu près opérantes dans les grandes villes. Etc., le schéma est pratiquement identique partout. Les autoroutes ? Les emprunter coûte de plus en plus cher tandis que l'entretien des voies sudistes laisse de plus en plus à désirer. L'énergie ? Je m'arrête là tant la liste est longue de ces "marchés concurrentiels" malmenés afin que les actionnaires puissent toucher plus que leur dû. La recherche est abandonnée, la maintenance est réduite mais les incidents -voir les accidents graves !- sont vite étouffés : il ne faut pas faire douter du dogme !

    Je vais quand même m'appesantir un peu sur le sujet car les grands groupes louchent aujourd'hui sur des services publics dont ils feraient bien leur ordinaire. A commencer par la Santé qui "fout le camp" à la vitesse grand V : sachez que les hôpitaux disposent aujourd'hui de moins de moyens par malade qu'ils en avaient avant les "réformes" Bon, ils ont des machines fabuleuses, peut-être pas en nombre suffisant, mais elles sont fabuleuses. Mais le personnel qualifié est en nombre notoirement insuffisant donc surexploité. Vous  avez tous entendu parler des problèmes des services d'urgence, n'est-ce pas ? Sachez que bien d'autres services sont aujourd'hui touchés, la paupérisation des hôpitaux publics faisant le contre point des cliniques privées qui, elles, se regroupent en pompant tous les actes sans risque mais rémunérateurs : vous payez, l'Etat rembourse une grande partie et les actionnaires des grands groupes hospitaliers privés s'en mettent plein les poches. Si c'est ça de la bonne gestion...

    Et les routes ! En France, elles sont gérées par les collectivités locales et restent donc à peu près en bon état. Du  moins jusqu'aux restrictions budgétaires de ces dernières années. Mais allez voir les routes anglaises, allemandes ou américaines ! Comme c'est public, les Etats ne font pratiquement rien et leur état est désastreux. Nous sommes certes, plus pauvres que les Allemands et les Américains, lesquels sont toutefois en régression sanitaires terribles (les Etats Unis sont arrivés au niveau des pays émergeants !) et ne peuvent guère sortir des autoroutes autrement qu'en 4X4. CQFD là aussi...

    Bref, l'Occident "concurrentiel" n'est guère une réussite et on veut nous emmener vers une situation encore pire. Où nous irons très probablement vu la main mise sur nos moyens d'information par les riches ultra libéraux (il existe aussi des pauvres qui sont ultra libéraux mais en général ils n'y pigent que couic et sont en fait complètement crétins) Est-cela une stratégie anti-décliniste ?!


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