• Le retour de Ramaphosa

    Article prévu pour New Africa début 2018 mais remplacé par un article sur Ramaphosa du fait de l'actualité (à venir après parution dans New Africa)

    Mandela gentil, Zuma méchant ?

    Christian d'Alayer, novembre 2017

    Prévu pour janvier dans New Africa mais remplacé par un article sur Ramaphosa du fait de l'actualité

     

    "Mandela gentil, Zuma méchant" Ce titre peut paraître simpliste, mais il est le reflet fidèle des médias occidentaux ou sous influence occidentale sur ce qui se passe en Afrique du sud. Ce, parce que la croissance économique du pays marque le pas (voire tableau et graphique 1 et 1bis) Et il est moins simpliste que la plume des éditorialistes qui font peser sur des équipes gouvernementales la responsabilité d'évolutions qui échappent en grande partie à leur pouvoir. Si donc l'Afrique du sud ne répond pas aux espoirs mis en elle par la "communauté internationale", c'est seulement parce que Jacob Zuma serait un fou dangereux, libidineux et corrompu.

    Voyons cette imbécillité de plus près : et d'abord les corrélations entre investissements et croissance (tableau et graphique cette fois-ci 2 et 2bis). En dehors de l'année 2000 au cours de laquelle et les Français, et les Chinois conjuguèrent leurs efforts pour créer la pointe d'investissements que vous pouvez constater, le fait principal est l'atonie constante des investissements productifs en Afrique du sud. Cette atonie existait sous Mandela, elle persiste sous Zuma et l'on peut avancer sans grand risque que la faiblesse de la croissance sud africaine et une conséquence aussi de la faiblesse des investissements dans le pays. Et cela a bien entendu une explication qui n'a rien à voir avec les épouses de Zuma et la corruption supposée de ses ministres. Il s'agit en premier lieu du fait que l'économie du pays est entre les mains de grands groupes de niveau international : le 2e brasseur du monde, l'un des plus puissants papetiers de la planète, l'un des plus grands distributeurs du monde, l'un des plus grands laboratoires pharmaceutique, un géant des télécom, etc. Derrière ces géants dont 6 font indiscutablement partie de l'élite mondiale, d'autres sociétés se sont elles aussi lancées à l'international telle une boulangerie industrielle fournissant le pain des MC Do dans toute la sous-région. Conséquence évidente : ces entreprises investissent beaucoup mais à l'étranger, phénomène que les vieux pays d'Europe connaissent bien sans vouloir en reconnaître les conséquences en matières d'investissements intérieurs...

    A ce premier fait s'ajoute celui de l'expansion internationale des sociétés minières sud africaines après la mise à bas de l'apartheid : d'une part parce que les mines sud africaines ne sont plus les plus rentables de la planète (les coûts d'extraction y sont devenus élevés), d'autre part parce que la fin de l'apartheid a permis aux sociétés minières du pays d'explorer à l'étranger, dans les autres pays africains en particulier. C'est ainsi qu'elles sont actuellement présentes un peu partout, en Tanzanie, au Ghana, au Mali, en Côte d'Ivoire et jusqu'en Asie pour certaines. Leurs investissements locaux en ont évidemment pâti.

    A la faiblesse des investissements se sont ajoutés les soubresauts du prix des deux principales matières exportées par l'Afrique du sud, l'or et le diamant. Ce qui a obéré la balance des paiements du pays (graphique 3) L'or valait ainsi 1837,68 $/once au 25 juillet 2011 après une envolée littéralement fantastique. Son prix ne cessa de retomber à la suite de ce sommet pour atteindre 1386,06 $/once en mai 2013 puis 1186,29 $ en octobre dernier. Même topo pour le diamant : le graphique 3 bis montre bien sa baisse constante depuis le pic de 2011, pic issu d'une toute aussi fantastique envolée.

    Ce qui amène forcément aux conclusions suivantes : un et hors une année exceptionnelle (2000), l'équipe Mandela-Mbeki n'a pas été plus capable que la présidence Zuma d'attirer les investissements internationaux ni de retenir les investissements des multinationales sud africaines. La plupart des étrangers qui s'installent en Afrique du sud se financent...auprès des puissantes bourses de valeurs locales ! Deux, les deux premiers présidents post apartheid ont bénéficié de cours croissant de l'or et du diamant. Alors que le président Zuma a du faire face, deux ans après sa prise de fonction, a une baisse conséquente de ces cours. Ce qui a eu pour conséquence de stopper net la correction des formidables inégalités qui règnent dans le pays, notamment entre Noirs et Blancs (voir tableau 4) Et encore l'administration Zuma a-t-elle limité la casse alors que les deux présidents précédents eurent des résultats très chaotiques en ce domaine, preuve que leurs politiques n'y étaient pas pour grand chose.

    Alors, face à ces réalités statistiques, que pèsent les jugements pour le moins hâtifs de journalistes essentiellement politiques et plus influencés par les milieux d'affaires que par les syndicats de salariés ? Car, dernier élément de ce débat, aucun média occidental n'a relevé la cause et de l'éviction de Mbeki, et des tensions actuelles au sein de l'ANC. Derrière la simplification "Mandela gentil, Zuma méchant" existent de fait deux forces politiques distinctes et opposées. La fin de l'apartheid est surtout la victoire des syndicats de mineurs dont les grèves ont été bien plus déterminantes que les actions menées par la branche militaire de l'ANC. Au point que c'est le créateur des syndicats de mineurs, Cyrille Ramaphosa qui fut élu secrétaire général du mouvement et désigné négociateur avec les Blancs. C'est lui également qui sera chargé de la rédaction de la nouvelle constitution du pays  et non Mandela, chef de la branche armée encadrée essentiellement par des nobles. Pour simplifier, Mandela, c'était la droite et Ramaphosa, la gauche. Mais Mandela a une telle aura internationale (créée en grande partie par la presse occidentale) qu'il est élu président. Il ne cessera alors de tenter d'effacer la suprématie syndicale au sein de l'ANC. D'où le choix de Mbeki comme successeur au lieu de Ramaphosa qu'hypocritement il nommera "son meilleur ami" Ce pourquoi les syndicats se vengeront dès qu'ils sentiront que la population, surtout les jeunes, n'a plus le même respect des "vainqueurs de l'apartheid" en débarquant Mbeki et en nommant Zuma après l'intermède Motlanthe.

    Nous sommes toujours dans la même bataille aujourd'hui entre gauche, au pouvoir, et droite, dans l'opposition. Avec, tout de même, le retour de Ramaphosa aux premières loges. Comptes tenu des actuels rapports de force électoraux, l'ANC disposant quand même de plus de 60% des voix même si elle a perdu quelques grandes villes, c'est bien entre Zuma et Ramaphosa que se joue la présidence du pays, du moins tant que les héritiers de la branche armée de l'ANC ne rejoignent pas ouvertement l'opposition blanche (ce qui serait aujourd'hui un suicide politique)

     Tandis que les réalités persistent, soit surtout des Noirs qui veulent plus de pouvoir économique, notamment en matière agricole, face à une société économique multi nationalisée et donc fermée à ces revendications basiques. Mais il s'agit majoritairement de jeunes Noirs : la situation est très différente de celle des pays européens vieillissant dans lesquels les revendicateurs sont minoritaires. Que Zuma se maintienne ou que son vice-président accède à la magistrature suprême, l'un comme l'autre devra composer avec cette réalité.

     

    1- Evolution du PIB en Afrique du sud depuis 1992

    (Source : Perspective Monde, Université de Sherbrooke)

    Années

    %

    1992

    -2,14

    1993

    1,23

    1994

    3,23

    1995

    3,12

    1996

    4,31

    1997

    2,65

    1998

    0,52

    1999

    2,36

    2000

    4,15

    2001

    2,74

    2002

    3,67

    2003

    2,95

    2004

    4,55

    2005

    5,28

    2006

    5,60

    2007

    5,36

    2008

    3,19

    2009

    -1,54

    2010

    3,04

    2011

    3,28

    2012

    2,21

    2013

    2,49

    2014

    1,70

    2015

    1,30

    2016

    0,28

    2017*

    0,02

    *Estimation

     

     

     

     

     

    1bis- Evolution du PIB en Afrique du sud depuis 1992 - graphique

    (Source : Perspective Monde, Université de Sherbrooke)

     

     

     

    2- Formation brute de capital fixe en Afrique du sud depuis 1992

    (Source : Perspective Monde, Université de Sherbrooke)

    Années

    %

    1992

    -15,13

    1993

    2,56

    1994

    -4,90

    1995

    18,68

    1996

    -11,71

    1997

    -0,22

    1998

    -14,33

    1999

    -86,72

    2000

    350,67

    2001

    -11,49

    2002

    -7,17

    2003

    60,09

    2004

    34,34

    2005

    18,15

    2006

    15,63

    2007

    20,26

    2008

    9,06

    2009

    -5,58

    2010

    13,59

    2011

    10,08

    2012

    -4,27

    2013

    -1,98

    2014

    -3,24

    2015

    -10,29

    2016

    -10,96

    2017*

    -2,47

    * Estimation

     

    2- Formation brute de capital fixe en Afrique du sud depuis 1992 - Graphique

    (Source : Perspective Monde, Université de Sherbrooke)

     

     

    3- Balance courante en Afrique du sud depuis 1992

    (Source : Perspective Monde, Université de Sherbrooke)

    Années

    %

    1992

    41,53

    1993

    41,56

    1994

    -98,94

    1995

    -8 517,30

    1996

    -32,69

    1997

    32,72

    1998

    -1,27

    1999

    -69,29

    2000

    -71,78

    2001

    -279,81

    2002

    194,59

    2003

    -252,72

    2004

    316,05

    2005

    24,97

    2006

    50,65

    2007

    33,92

    2008

    1,48

    2009

    -51,82

    2010

    -30,54

    2011

    69,67

    2012

    118,00

    2013

    6,51

    2014

    -13,66

    2015

    -25,54

    2016

    -31,86

    2017*

    41,59

    * Estimation

     

    3- Balance courante en Afrique du sud depuis 1992 - graphique

    (Source : Perspective Monde, Université de Sherbrooke)

     

     

    4- Inégalités de revenus en Afrique du sud

    (Source : Perspective Monde, Université de Sherbrooke)

    Années

    Indice*

    Variation (%)

    1993

    59,33

     

    1995

    62,97

    6,14

    2000

    57,77

    -8,26

    2006

    64,79

    12,15

    2008

    63,01

    -2,75

    2009

    63,14

    0,21

    2011

    63,38

    0,38

     

     

    3bis- Cours du diamant depuis 2009

    Source : Diamant invest         (Attention : il s'agit d'une image. A reprendre ici ou sur le site de Diamant Invest) 


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