• Les armées d'Afrique

     

    Armées africaines : les plus gros muscles…

    Voici le tableau des forces militaires africaines : elles ne sont forces qu’en fonction de l’argent qui leur est consacré. C’est au sud du Sahara qu’on leur en consacre le moins

    On parle beaucoup de reconquête malienne du nord de son pays. Fort bien mais sans l’appui militaire occidental, la dite reconquête ne peut être qu’un vœu pieux. Voyez l’unique tableau de cet article, il vous présente les dépenses militaires annuelles des pays africains. Le Mali met 300 millions de dollars chaque année dans son budget militaire. Donc en comptant la paye de ses soldats. Tandis que les rebelles islamiques du nord ont bénéficié, nous a-t-on dit, d’une partie notable des armes de Kadhafi : lequel dépensait 2,5 milliards de dollars par an pour constituer et entretenir son arsenal. Le Mali n’est donc pas capable de l’emporter sur le nouvel  Azawad, CQFD. Car les Nord- Africains n’aideront pas des Noirs à battre des Touaregs de même que les Bantous Sud-Africains n’aideront pas des Sahéliens. Seuls, éventuellement, les Nigérians pourraient intervenir mais ils sont eux-mêmes trop en prise avec les problèmes religieux pour se mêler des affaires des autres…

    Ce tableau prouve aussi que l’Occident, lui, s’est (beaucoup) mêlé de géopolitique africaine ces dernières décennies. Les mêmes sources qui parlent de reconquête au Mali disaient aussi que le Burkina Faso avait été à l’origine des premières rebellions en Côte d’Ivoire. Mais voyez les dépenses des uns et des autres : la Côte d’Ivoire dépense deux fois plus d’argent « militaire » que le Burkina. Lequel n’aurait jamais pu fomenter de troubles sérieux en Côte d’Ivoire sans l’aide de la France, CQDF là aussi ! Le cas des guerres congolaises est un peu différent. On sait qu’elles furent préparées par les Anglo-Saxons qui formèrent, tant à Londres qu’à Washington, les chefs des armées ougando-tutsies. Et qu’ils firent bénéficier les dites armées des renseignements de leurs satellites. Mais la contre-offensive bantoue n’eut pas vraiment besoin des Français, sinon pour leur procurer des armes contre espèces sonnantes et trébuchantes : à lui seul, l’Angola pouvait stopper les Sahéliens. Plus de 4 milliards de dépenses militaires annuelles et la grande expérience de troupes formées par les Cubains lors de la guerre contre Savimbi et ses alliés, troupes qui, avec les Cubains, mirent les Sud-Africains de l’Apartheid en déroute. Mais il y eut, en outre, une coalition rassemblant les Zimbabwéens, 200 millions de dollars seulement de dépenses militaires mais une grande expérience aussi (ils mirent, eux et en déroute les forces de Ian Smith) et les Namibiens, 600 millions de dépenses annuelles (c’est beaucoup pour un pays peu peuplé) et des soldats formés par les Sud-Africains.

    Le cas du Soudan est différent. Pourvu de la manne pétrolière, son nord musulman put acheter en quantité les armes nécessaires pour vaincre la rébellion chrétienne et subsaharienne du sud. Avec, probablement, l’aval de la Chine, principale cliente de l’or noir soudanais. Un temps, celui du chef charismatique John Garang, les rebelles trouvèrent une précieuse aide occidentale qui leur permit d’obliger le pouvoir du Nord à négocier. Pouvoir qui continua néanmoins à financer et armer des milices chargés de terroriser les populations sudistes. Jusqu’à la fragile paix actuelle…

    Un grand changement a eut lieu en Ethiopie : il n’y a guère, les Américains s’appuyèrent sur les Erythréens pour chasser le marxiste Mengistu d’Addis Abeba. Lesquels Erythréens obtinrent ensuite leur indépendance face à des Ethiopiens bien affaiblis. Mais les descendants de la civilisation pharaonique, bien que ne consacrant qu’un peu plus de 1% de leur PIB à la chose guerrière contre plus de 6% en Erythrée, dégage toutefois plus d’un milliard de dollars annuels pour ses armées. Ce, grâce à son envol  économique : 1,2% des 95 milliards de dollars de PIB Ethiopiens représentent  quatre fois plus que les 6,30% des 4 milliards de dollars du PIB érythréen… Et, de fait, l’Ethiopie est redevenu « la » puissance de la corne de l’Afrique, pouvant se permettre de chasser les Islamistes de Mogadiscio alors que quelques décennies auparavant, ils avaient eu le plus grand mal à stopper les guerriers somalis voulant assurer l’estivage de leurs familles au nord de l’Ogaden : deux guerres et une guerre civile ont rodé des militaires en outre bien mieux équipés qu’auparavant…

    Voilà pour la géostratégie et les armées sans doute les plus éprouvées du sous-continent. Sous-continent car vous voyez aussi que son nord s’équipe bien plus lourdement : l’Egypte est en tête avec 17 milliards et demi de dollars pour son armée, soit 3,40% du PIB égyptien. C’est beaucoup mais logique au sein de la poudrière moyen orientale. Mais c’est nettement moins qu’Israël qui consacre, elle, plus de 7% de son PIB à la chose militaire pour arriver, compte tenu de son PIB moitié moindre, aux mêmes montants de dépenses militaires que son ex rivale.

    Les dépenses marocaines peuvent s’expliquer par l’irrédentisme de moins en moins féroce des Sahraouis. Plus de huit milliards de dollars annuels, c’est tout de même beaucoup, pratiquement l’intégralité des recettes touristiques, visibles comme invisibles ! Il faudra bien que le royaume mène un jour une réflexion sur ces dépenses quand, par ailleurs, sa stabilité politique est aujourd’hui malmenée par l’avancée électorale des Islamistes : du social ou des canons, il faudra bien arbitrer !  Surtout que les Algériens ne paraissent plus être une menace militaire au sein de l’Union du Monde Arabe. L’existence d’une forte armée de libération, propriétaire d’usines et d’entrepôts comme en Chine, explique, certes, des dépenses militaires fortes, plus importantes qu’au Maroc. Mais les PIB n’étant pas comparables, Alger n’y engloutit que 3,30% du PIB local contre 5% au Maroc. Cela reste sans doute trop car le pays est en paix et n’a de plus jamais mené de politique extérieure agressive, tout au contraire (voir le rôle joué par Alger des décennies durant dans la résolution des questions touaregs) Sans doute est-il dans le tempérament arabe, comme dans celui des principaux pays occidentaux, de magnifier le soldat. En France par exemple, ni la gauche « gouvernementale », ni la droite n’ont remis, ne remettent et ne remettront en cause la « dissuasion » nucléaire qui n’a plus guère d’intérêt aujourd’hui. Et ces mêmes partis politiques, durant la campagne électorale de mai et juin 2012, n’ont nullement remis en cause les 60 milliards d’euros dépensés chaque année pour maintenir, voir accroître un arsenal militaire démentiel (je ne parle même pas des Etats Unis !) Ce, en pleine crise économique dont le risque n’est ni plus ni moins qu’un éclatement de l’Union Européenne !

    Egypte, Algérie, Maroc mais aussi Libye, Soudan et Mauritanie ont tous des taux d’armement par rapport à leur PIB carrément aberrants. Tout comme l’Arabie Saoudite (10%), Oman (11,40%), la Jordanie (8,60%) etc. Le Sud du Sahara, dans ce tableau général, paraît bien pacifiste. Même l’Afrique du Sud, 2e de notre tableau, consacre moins de 2% de son PIB aux dépenses militaires. Et si vous regardez de près nos statistiques, vous pourrez constater qu’en dehors de quelques pays (Angola, Namibie, Swaziland, Erythrée, Burundi et Rwanda) presque tous les autres pays subsahariens tournent autour de 1% de leur PIB. Même la très riche Guinée Equatoriale qui n’en dépense que pour 0,1% de son relativement très gros PIB.

    Sans doute les accords de défense avec la France jouent-ils un rôle majeur dans ces faibles dépenses militaires. Et l’on voit qu’effectivement, les pays non francophones dépensent plus à PIB égaux. Cela rappelle le développement du Japon et de l’Allemagne après la 2e Guerre mondiale : n’ayant pas de dépenses militaires pharaoniques, ces pays se sont développés nettement plus vite que le reste des pays riches. Et si les chiffres que nous vous soumettons ne sont pas modifiés dans les décennies à venir, vous verrez que les pays qui dépensent peu militairement auront un PIB qui progressera  nettement plus vite que ceux qui dépensent beaucoup…

     

    Dépenses militaires en Afrique

    Source : WorldFactBook CIA et estimations New Africa

    Rang mondial

    Pays

    % du PIB

    Année statistique

    Dépenses annuelles (milliards $)

    35

    Egypte

    3.40

    2005 est.

    17,5

    84

    Afriquedu Sud

    1.70

    2006

    9,5

    36

    Algérie

    3.30

    2006

    8,7

    16

    Maroc

    5.00

    2003 est.

    8,1

    96

    Nigeria

    1.50

    2006

    6,2

    31

    Angola

    3.60

    2009

    4,2

    44

    Soudan

    3.00

    2005 est.

    2,9

    24

    Libye

    3.90

    2005 est.

    2,5

    48

    Kenya

    2.80

    2006

    2

    104

    Tunisie

    1.40

    2006

    1,4

    86

    Ghana

    1.70

    2009

    1,3

    117

    Ethiopie

    1.20

    2009

    1,1

    37

    Botswana

    3.30

    2006

    1

    66

    Ouganda

    2.20

    2006

    1

    30

    Namibie

    3.70

    2006

    0,6

    60

    Congo Kinshasa

    2.50

    2006

    0,6

    115

    Cameroun

    1.30

    2009

    0,6

    93

    Cote d'Ivoire

    1.50

    2009

    0,5

    12

    Mauritanie

    5.50

    2006

    0,4

    47

    Rwanda

    2.90

    2006 est.

    0,4

    18

    Swaziland

    4.70

    2006

    0,3

    72

    Mali

    1.90

    2006

    0,3

    79

    Zambie

    1.80

    2005 est.

    0,3

    87

    Tchad

    1.70

    2009

    0,3

    105

    Sénégal

    1.40

    2005 est.

    0,3

    8

    Erythrée

    6.30

    2006 est.

    0,25

    119

    Burkina Faso

    1.20

    2006

    0,25

    10

    Burundi

    5.90

    2006 est.

    0,2

    28

    Zimbabwe

    3.80

    2006

    0,2

    112

    Malawi

    1.30

    2006

    0,2

    130

    Madagascar

    1.00

    2006

    0,2

    140

    Gabon

    0.90

    2009

    0,2

    144

    Mozambique

    0.80

    2006

    0,2

    114

    Niger

    1.30

    2006

    0,15

    131

    Bénin

    1.00

    2009

    0,15

    142

    Congo Brazzaville

    0.90

    2009

    0,15

    26

    Djibouti

    3.80

    2006

    0,1

    58

    Lesotho

    2.60

    2006

    0,1

    64

    Sierra Leone

    2.30

    2006

    0,1

    90

    Togo

    1.60

    2005 est.

    0,1

    124

    Guinée

    1.10

    2009

    0,1

    169

    Tanzanie

    0.20

    2005 est.

    0,1

    38

    Guinée-Bissau

    3.10

    2005 est.

    0,06

    135

    Somalie

    0.90

    2005 est.

    0,05

    168

    IleMaurice

    0.30

    2006 est.

    0,05

    71

    Seychelles

    2.00

    2006 est.

    0,04

    139

    Gambie

    0.90

    2009

    0,03

    143

    Républiquecentrafricaine

    0.90

    2009

    0,03

    50

    Comores

    2.80

    2006

    0,02

    110

    Liberia

    1.30

    2006 est.

    0,02

    171

    GuinéeEquatoriale

    0.10

    2009

    0,02

    160

    Cap Vert

    0.50

    2009

    0,01

    145

    Sao Tome & Principe

    0.80

    2006

    0,002

     

    Total Afrique

       

    75,082

    23

    Etats Unis

    4,06

     

    610

    54

    France

    2,6

     

    57,5

    PS Le classement des pays africains est effectué d’après les dépenses en dollars. Le rang mondial est établi, lui, d’après le pourcentage du PIB consacré aux dépenses militaires

     

    Encadré

    La folie occidentale

    En matière de dépenses militaires, les Africains n’existent pas face aux Occidentaux, ni même l’Asie. Etats Unis d’Amérique plus Europe consacrent chaque année entre 800 et 1000 milliards de dollars à la chose militaire. La Chine suit avec 485 milliards ainsi que la Russie, loin derrière avec moins de 100 milliards par an. Imaginez l’emprise des fabricants d’armes dans ces gigantesques dépenses. L’armée chinoise « est » la puissance chinoise par excellence, d’autant qu’elle produit elle-même une grande partie de son armement. Et, en Occident, ce sont les fameux lobbies militaro-industriels qui influent sur les dépenses militaires bien sûr, mais aussi sur la politique étrangère de leurs pays respectifs. On l’a vu avec Haliburton en Irak mais aussi avec le français Dassault en Libye. Des déviances démocratiques qui ne risquent pas de se produire en Afrique, laquelle ne produit guère d’armes qu’au nord et qu’au sud du continent. Mais sans que les entreprises productrices pèsent sur les approvisionnements de leurs pays : en Afrique du Sud par exemple et depuis la suppression du programme nucléaire militaire, les entreprises d’armement ne fabriquent que des armes de poing. Face aux mastodontes que sont Boeing aux Etats Unis (aviation, fusées, etc.) ou Matra en France (fusées et…le plus grand groupe d’édition français !), ça ne ressemble même pas à des moustiques face à des frelons !


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