• Les grands hommes ne font pas le destin

    Les 100 Africains les plus influents

     

    Ce ne sont pas les individus qui font l’histoire mais l’inverse

     

    Vous venez de parcourir une série de textes consacrés aux plus célèbres des Africains actuels dans tous les domaines, politique, économique, social, artistique sans peut-être vous demander s’ils ont façonné ou s’ils vont façonner le monde dans lequel vous vivez. Et si vous ne regardez que les artistes, très certainement vous-direz vous qu’indéniablement, ces génies influent sur notre devenir : difficile de nier par exemple l’influence de quelques écrivains, peintres, sculpteurs et musiciens sur la révolution que fut la Renaissance européenne. Et difficile aussi de nier l’importance de Kinshasa dans le réveil artistique de l’Afrique…

    J’ai pourtant la faiblesse de penser que les grands hommes sont plus les produits que les acteurs de l’histoire, même dans le domaine artistique. Commençons par le plus difficile à démontrer, le fait que Napoléon Bonaparte ou Alexandre le Grand n’aient été que des illustrations d’une histoire qui les dépasse. Pour Napoléon, rappelons donc qu’à l’époque où il surgit au beau milieu d’une Révolution, son nouveau pays (la Corse est devenu française sous Louis XV) est le plus peuplé d’Europe. C’est aussi le mieux armé puisque disposant d’une armée régulière depuis Louis XIV et de la seule artillerie digne de ce nom depuis Louis XV. Le général jacobin n’est enfin pas considéré par les Révolutionnaires comme leur meilleur capitaine : c’est Lazare Hoche qui est leur meilleur stratège jusqu’à sa mort début 1797. L’homme a tout inventé, des déplacements rapides à la primauté de l’artillerie en passant par la guérilla (c’est lui qui mate les Vendéens grâce à ses « Colonnes infernales ») Napoléon, remarquable stratège au demeurant et pourvu d’une rare détermination, entre en fait dans les bottes de son aîné dont la gloire finira par être évincée par la sienne (qu’il travaillera avec acharnement : Napoléon est aussi un génie de la communication)

    Alexandre Le Grand est de même l’héritier d’une civilisation qui, au 4e siècle avant notre ère,  a atteint son apogée. Son père, Philippe II de Macédoine, a unifié les cités grecques sous son joug, Il a eu comme précepteur l’immense Aristote et, enfin, il dispose de l’armée la plus disciplinée de l’époque, organisée par phalanges avec des soldats dont l’armement a été allégé pour être plus mobiles (phalanges thébaines mises au point par Epaminondas très peu de temps avant la naissance d’Alexandre) De plus, il pénètre en Perse dans la partie grecque de l’empire si bien qu’il est plus en terrain conquis d’avance qu’en terre inconnue. La société grecque est une société de cités aussi le nouvel empire d’Alexandre ne lui survivra pas. Ses successeurs helléniseront les royaumes qu’ils auront eus en héritage sans toutefois s’y substituer. C’est comme si le destin des Grecs avait été de diffuser leur culture sans imposer leurs travers et, notamment, leurs difficultés à vivre ensemble en paix. Vu de Sirius, Alexandre ne fut qu’un moyen de diffuser la culture grecque très rapidement…

    Napoléon, Alexandre, deux personnages qui ne vous touchent pas vraiment. Qui de Mandela ? L’homme qui terrassa l’Apartheid a-t-il réellement influé sur l’histoire sud-africaine ou n’est-il qu’un symbole ? Quelques rappels ici : ce n’est pas lui mais l’ANC qui impose des négociations aux Blancs. Lui est en prison et le patron de l’ANC est à l’époque Cyrille Ramaphosa, un personnage  d’une autre trempe. Non un fils de roi mais celui d’un sergent de ville. Non un combattant mais un syndicaliste dont les grèves ont eu plus raison des Blancs que tous les attentats de la branche armée de l’ANC. C’est cet homme qui, en amenant la puissance des syndicats à l’ANC en change radicalement et la composition, et la manière de lutter, et la puissance. Les Blancs vont alors chercher Mandela dans sa cellule tellement ils redoutent Ramaphosa. Mandela devient alors le symbole de…la réconciliation avec les dits Blancs, CQFD ! Et il choisira MBeki comme successeur, issu lui aussi d’une grande famille Xhosa et propre à rassurer les Blancs. Sans pour autant empêcher le cours de l’histoire : les syndicats ont toujours la majorité, MBeki est destitué et Zuma, autre créature syndicale, est élu à sa place. C’est la gauche qui gouverne une Afrique du Sud qu’elle seule a sorti de l’Apartheid. Mandela fut bien un symbole, douteux pour nombre de Sud Africains qui lui reprochent, justement, sa trop grande gentillesse avec les oppresseurs d’hier…

    Si vous creusez un peu l’histoire, vous verrez que tous les grands hommes sans exception sont issus de processus qui les dépassent. Les artistes puisent dans le passé les éléments de leurs créations. Les inventeurs sont tous des héritiers avant de passer le relais à de plus jeunes qu’eux. Et c’est pire dans le domaine économique : au plan des idées, on sait aujourd’hui que l’environnement prime sur tout. Le mur de Berlin tombe et, en quelques années, Thatcher, Reagan puis les Allemands, puis les Français découvrent les joies de la déréglementation et de l’ultra libéralisme. Sur le plan pratique, on vient de découvrir que les grands capitaines d’industrie étaient surtout des grands veinards, placés au bon endroit au bon moment. On sait que bon nombre de grands investisseurs se reposent sur les banques pour leurs fusions et diversifications et l’on voit très nettement aujourd’hui en Afrique que les milliardaires qui prolifèrent se sont en fait appuyés sur la consommation d’une classe moyenne naissante, elle-même issue de la productivité accrue des Africains de plus en plus urbanisés. Qu’aurait pu faire un Dangote sans, à ses débuts, la demande de logement de tous ses compatriotes débarquant en nombre croissant dans les grandes villes de la Fédération du Nigeria ? A qui aurait-il vendu le ciment qu’il achetait par bateaux entiers avant de le fabriquer dans toute l’Afrique ? Et qu’auraient fait les banquiers camerounais sans les tontines qui les précédèrent dans l’obtention du pécule nécessaire aux rentrées des classes. Et les classes moyennes auraient-elles éclos sans la multiplication de ces rentrées des classes, transformant en une génération un continent analphabète à plus de 80% en une addition de pays aux taux d’alphabétisation équivalent à ceux d’Asie ? C’est toute l’Afrique qui s’est éveillée et son dynamisme est forcément illustré par l’arrivée de « symboles » en nombre croissant : « les 10 Africains les plus riches », puis les 20, puis les 50. Voici ici les 100 Africains les plus influents… La presse sait mieux que quiconque utiliser les symboles pour synthétiser une situation.

    Encadré

    Hommage aux émigrés africains

    Il ne peut en être question dans une revue consacrée à des personnalités. Ils sont pourtant les premiers responsables du décollage actuel de l’Afrique. D’abord au niveau financier : leurs rapatriements d’argent ont été et restent supérieurs aujourd’hui et à l’aide publique international et aux investissements directs étrangers : chacun d’entre eux ne dépasse toujours pas 50 milliards de dollars par an alors que, selon la Banque Mondiale, les rapatriements d’argent en Afrique opérés par les particuliers dépassent les 60 milliards de dollars annuels. J’ai d’ailleurs calculé, d’après des chiffres au Mali établis par la Coopération française, que la réalité était très supérieure aux estimations de la Banque Mondiale et que cet argent frais envoyé au pays par ses enfants émigrés dépassait probablement ceux des IDE et de l’aide internationale réunis ! Voyez par exemple le décollage téléphonique au Sénégal : avant la multiplication des portables, il se fit via la multiplication de cabines téléphoniques, y compris en milieu rural. Cabines financées intégralement par l’argent des émigrés. Idem en ce qui concerne l’immobilier : au Mali par exemple, des quartiers entiers de villes ont été dédiés à l’investissement des émigrés constituant ainsi  leurs retraites. De riches artistes ou sportifs africains sont par ailleurs devenus de très importants investisseurs dans leurs pays d’origine. Tout cela sans compter les expéditions, parfois étonnantes, de biens en tous genres des pays d’immigration aux pays d’émigration. Songez aux pièces automobiles mais aussi aux médicaments et autres biens non fabriqués localement, neufs et d’occasion, qui prennent l’avion ou le bateau tous les jours que Dieu fait ! Et sans compter toujours sur les récits qu’ils ont donné du monde moderne aux autochtones : on ne chantera jamais assez de louanges à ces apports d’Africains sans prétention au développement de leur continent…

     

    La dialectique de l’évolution

    On sait depuis des lustres que la dialectique est un moteur puissant de l’évolution. Et on sait aujourd’hui que tous les hommes ne sont pas égaux face à cette dialectique : les cadets sont plus révolutionnaires que les aînés… Et c’est ainsi que l’art, par exemple, n’a pas arrêté d’évoluer, des artistes « réagissant » contre une mode à un moment donné, eux-mêmes mis en cause par leurs cadets à un autre moment. Mais il ne faut pas oublier un autre moteur tout aussi puissant, le mimétisme, bien plus prégnant dans le monde des affaires : quand il s’agit d’argent, la plupart des investisseurs se ruent là où d’autres se sont déjà rués. Aussi beaucoup de ceux qui réussissent le mieux sont-ils aussi des novateurs, des révolutionnaires. Il fallait l’être pour oser, dans les années 1980, s’opposer aux banques occidentales alors toute puissantes en Afrique. Il fallait l’être pour oser casser les codes vestimentaires européens alors en vogue en Afrique et faire ainsi revenir tout un continent à ses valeurs d’antan. Il faut l’être pour oser aujourd’hui et sans prêt bancaire, aller taper dans les poches familiales pour transformer une petite boutique artisanales en PME semi industrielle.


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