• Les grands ports africains de demain

    Quels seront les grands ports d'Afrique dans un demi siècle ?

    Ch. d'Alayer - 7 mars 2017

     

    L'Afrique compte encore peu dans le commerce mondial : un peu plus de 3% des exportations et un peu moins de 3% des importations.  Autant dire que ses ports sont peu importants au regard des grands ports mondiaux dont le trafic se compte non en dizaines mais en centaines de millions de tonnes annuelles. Pourtant les ports africains progressent très vite et, aujourd'hui, certains ports à conteneurs égyptiens et sud-africains rivalisent avec les ports occidentaux secondaires. Qui plus est, l'Afrique ne comptait aucun port au trafic supérieur à 10 millions de tonnes il y a seulement 25 ans. Aujourd'hui, il y en près d'une vingtaine...

    Deux éléments jouent ici :

    - Le premier est évidemment l'accélération de la croissance africaine depuis 15 ans, depuis en fait le tout début du 3e millénaire qui a vu s'inverser durablement les termes de l'échange.

    - Et si la part de l'Afrique dans le commerce mondiale semble stagner au mieux, 2e élément, c'est surtout parce que le continent exporte principalement des produits de base. Alors qu'une grande partie du commerce mondial est fait d'importations réexportées après traitement. Ainsi la Côte d'Ivoire exporte-t-elle des noix de cajou fraiches au...Brésil qui les traite et les conditionne avant de les réexporter en Europe !  La Banque mondiale a commencé à calculer les effets statistiques de ces réexportations qui pèsent terriblement sur la petite part du continent africain...

    Demain, l'Afrique transformera directement de plus en plus de ses matières premières. Ainsi l'Afrique du sud a-t-elle fait du Mozambique, très peu riche en bauxite, le premier fabricant africain d'alumine à partir de bauxite importée...d'Australie. Tandis que la Guinée, pays qui dispose des plus grandes réserves mondiales de ce minerai basique ne produit que...du minerai basique ! On voit toutefois que, dans le bois par exemple, les grumes sont de plus en plus rares à l'exportation au profit des sciages. Et même du contre-plaqué au Gabon (l'Okoumé) L'affaire des "diamants de Giscard d'Estaing" du temps de feu Bokassa avait montré, autre exemple, que la taille des dits diamants était faisable en Centrafrique !  Et pour les historiens, je rappelle que les Portugais des 16e et 17e siècle firent construire leurs Caravelles au...Nigeria. Je suis donc très optimiste sur le fait qu'un jour prochain, la Côte d'ivoire exportera non plus des cosses de cacao mais au moins les premiers produits de transformation : poudre et beurre de cacao notamment qui, tout comme les noix de cajou, font la joie des statisticiens internationaux. La part de l'Afrique dans le commerce international ne pourra que monter simplement en raison de la baisse de celle des pays transformateurs, CQFD !

    On peut donc  regarder à présent les données du futur en matière de commerce africain. le tableau 1 vous indique quels sont les grands ports à conteneurs du continent : la part du conteneur ne cesse de monter dans le transport maritime, dépassant aujourd'hui et probablement les 60%. Dans un demi siècle, ce sera impérial et, pour l'instant, certains ports ont pris un avantage dans leur bagarre avec leurs voisins. Par exemple, on notera que Djibouti et Dar Es Salam sont largement conteneurisés par rapport à Mombasa. Mais le port kenyan a l'avantage de pouvoir plus aisément desservir les pays voisins que ses concurrents. Il lui suffira d'investir un peu pour se mettre à niveau...

    Voyons donc le deuxième tableau qui indique qui concurrence qui par sous-région. En matière de ports internationaux, l'Egypte domine très largement au nord. Mais l'histoire récente la sépare du reste de l'Afrique : elle reste plus moyen-orientale qu'africaine et ce sont les ports maghrébins qui peuvent éventuellement jouer un rôle interafricain. Pour voir ce qu'il en est, voyons le graphique 5, concernant la destination des exportations africaines : pour l'instant, c'est encore l'Europe qui domine et, de ce fait, les ports maghrébins (surtout marocains) restent importants. Mais voyez aussi les graphiques 3 et 4 pour concevoir que la part du sud dans le commerce mondial est en constante augmentation : aujourd'hui, près de la moitié des marchandises échangées dans le monde concerne les pays du sud contre moins de 40% il y a quelques années ! La part de l'Europe ira en diminution constante, ce qui retire aux ports méditerranéens beaucoup de leur importance future. D'ailleurs, si vous additionnez les exportations "sudistes" de l'Afrique, vous voyez que, là aussi, le sud est prépondérant, plus encore qu'au niveau mondial puisqu'on dépasse largement les 50%...

    Dans les décennies à venir, l'est de l'Afrique l'emportera donc sur l'ouest. Déjà les Egyptiens envisagent de doubler leur canal (après l'avoir agrandi) pour pouvoir faire venir les navires asiatiques en Europe via la Méditerranée. Tandis que Djibouti et Dar Es Salam se battent pour accueillir les dits navires prioritairement chez eux. On a vu que les capacités de transit de Mombasa sont pour l'instant supérieures à celles de ses concurrents et j'ai du mal à imaginer le port kenyan perdre cette bataille du futur même si, du fait de la puissance économique de l'Ethiopie, Djibouti le devance actuellement en importance.

    Beaucoup de choses dépendront en fait des capacités routières offertes par les grands ports d'Afrique en direction de l'interland. Pour l'instant, l'ouest est en avance sur l'est qui a pâti sur ce plan des guerres de ces dernières décennies : Somalie, Soudan, Congo...  les grands axes routiers, bien avancés, sont coupés à de trop nombreux endroits pour limiter les trajets des bateaux : ceux-ci continuent donc  à contourner le continent pour débarquer leur marchandises au plus près de leurs destinations. Demain toutefois, on peut espérer que la paix permettra de terminer les liaisons routières intercontinentales et, donc, de déplacer le centre de gravité commercial de l'Afrique de l'ouest vers l'est.

    A l'ouest, deux grandes batailles se jouent d'autant plus que la route côtière d'Alger à Lagos est achevée tandis que route et/ou chemin de fer acheminent le fret à l'intérieur des terres pratiquement partout. Au nord ouest, la bataille est d'ores et déjà gagnée par Dakar sur Nouakchott. La trop grande avidité des officiels mauritaniens a même fait fuir à Dakar Sucres&Denrées pour enlever les produits maraîchers que la compagnie française produit pourtant sur les rives mauritaniennes du fleuve Sénégal ! Plus au sud, Tema l'avait emporté sur San Pedro, le port d'Abidjan, le temps des troubles civils. Mais la capitale ivoirienne a, depuis, repris le dessus. C'est cependant Lagos qui est appelé à jouer les grands rôles, aujourd'hui comme demain : un marché intérieur de près de 200 millions d'habitants, un dynamisme économique très supérieur à celui de ses voisins francophones plus que gênés par leur monnaie et les secondes recettes pétrolières d'Afrique derrière l'Angola font du Nigeria le moteur économique incontesté d'Afrique de l'ouest.

    Même l'Afrique centrale ressent sa concurrence, juste contenue par un petit Cameroun commercialement et financièrement très vigoureux. Son ensemble portuaire Douala-Kribi lui permet d'ores et déjà d'enterrer pour longtemps son concurrent congolais de Pointe Noire, toujours soutenu par les Français. Certes, Pointe Noire est desservie par un chemin de fer jusqu'à la capitale Brazzaville. Mais dans un piteux état tandis que le "Pool", une région qu'il ne peut éviter de traverser, reste politiquement déstabilisé. Alors que l'ensemble Douala-Kribi est bien desservi par la route et le chemin de fer, même si l'on vient de voir que ce dernier n'est plus très sûr, faute d'investissements suffisants. Le Nigeria voisin, lui, a inauguré l'an dernier son premier TGV...

    Reste l'Afrique australe où les Sud-Africains de Durban et du Cap règnent en maîtres absolus. La concurrence viendra surtout des ports de l'est au fur et à mesure que les pénétrantes routières seront achevées. Car, pour l'instant, ce sont encore les ports sud-africains qui enregistrent le plus d'importations en provenance d'Asie. Déjà Maputo au Mozambique commence à leur faire un peu d'ombre...

    C'est donc l'est de l'Afrique qui ressort indubitablement de notre tour d'horizon. Songeons d'ailleurs à l'immense réservoir commercial que représente le Congo Kinshasa, continuant pour l'instant et faute de mieux à utiliser le fleuve puis le Congo-Brazzaville pour ses échanges internationaux ! Le Cameroun a ouvert une route, certes, mais les potentialités des ports kenyans semblent très nettement plus attractives dès lors que le pays pourra y accéder facilement.

    1- Les 10 premiers ports à conteneurs d'Afrique*

    (source : LLoyds)

    Port Saïd

    Egypte

    Durban

    Afrique du sud

    Tanger

    Maroc

    Damiette

    Egypte

    Le Cap

    Afrique du sud

    Sokhna

    Egypte

    Djibouti

    Djibouti

    Abidjan

    Côte d'Ivoire

    Radés

    Tunisie

    Dar-es-Salam

    Tanzanie

    *2010, en nombre d'unités de conteneur (VPU)

    2- Les ports d'Afrique en compétition, par sous-région*

    (Source : compilation de l'auteur)

    Afrique du nord

     

    Port Saïd

    Egypte

    Tanger

    Maroc

    Damiette

    Egypte

    Sokhna

    Egypte

    Radès

    Tunisie

       

    Afrique de l'ouest

     

    Lagos

    Nigeria

    Abidjan

    Côte d'Ivoire

    Tema

    Ghana

    Dakar

    Sénégal

    Lomé

    Togo

    Cotonou

    Bénin

       

    Afrique centrale

     

    Douala-Kribi

    Cameroun

    Pointe Noire

    Congo Brazzaville

       

    Afrique australe

     

    Durban

    Afrique du sud

    Le Cap

    Afrique du sud

       

    Afrique de l'est

     

    Djibouti

    Djibouti

    Mombasa

    Kenya

    Dar es Salam

    Tanzanie

    * 2015, en importance de trafic décroissante par région

    3 - commerce de marchandises dans le monde en 2015

    Source : OMC

     

     

    4 - Commerce international des services dans le monde en 2015

    Source : OMC

     

     

     

     

     

     

     

    5- Destination des exportations africaines en 2015

     

    Source : OMC


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