• Les guerres de Hollande

    François s’en va-t-en guerre

     Attention : j'ai écrit cet article le 12 janvier au matin, juste avant d'apprendre, à 16 heures, que la France avait enagé, hier, ses premiers soldats au nord Mali. Mais, objecte le gouvernement, il ne s'agit pas de soldats au sol : il s'est agit de pilotes de chasse et d'hélicopter. Dont un a d'ailleurs été tué. Tout comme deux militaires français ont été tués lors d'une intervention catastrophique en Somalie pour extraire un otage, membre de la DGSE (les services secrets français), otage qui a également été tué (exécuté dit le gouvernement français)

    Bref, en plus d'être tout aussi militariste que Sarkozy, Hollande est un porte poisse...

    Vous, Africains, l’avez bien entendu remarqué : la France a « renforcé son dispositif militaire » en Centrafrique au moment où la rébellion allait virer manu militari le putschiste Bozizé mis en place par la France Afrique pour virer le président élu, Patassé, haï par les Français du fait de sa bonne entente avec feu Kadhafi. Notez que le dit Bozizé avait déjà raté un premier putsch en 2001 avant de réussir son second en 2003.

    La France, qu’elle soit sarkoziste ou hollandienne vient donc sauver la peau de son homme de paille une nouvelle fois (Sarkozy avait fait intervenir ses troupes en 2007) Mais cette fois-ci avec encore plus d’hypocrisie : si 900 hommes sont envoyés là bas, ça n’est pas pour contrer les rebelles mais pour « assurer la protection des ressortissants français » Soit 1296 expatriés très exactement recensés en 2011, le contingent militaire français ayant donc été porté en de début 2013 à…1500 hommes, soit plus d’un soldat pour un expat. !

    Deuxième point à noter, c’est la présentation de la rébellion, la « Séléka » (Alliance en Sango, principale langue du pays) par les médias français : même Le Monde crache sur les rebelles en insistant sur le fait qu’ils se sont entretués jadis pour le contrôle d’une zone diamantifère. Et l’origine putschiste de Bozizé ainsi que ses méthodes policières peu dignes de nos velléités démocratisantes affichées ne sont même pas mentionnées. Ce, alors qu’il suffit d’écouter la voix des expat centrafricains, qui soutiennent financièrement la Séléka, pour voir que celle-ci ne pille pas et ne violente pas les populations dont elle conquière les territoires.

    Je ne suis qu’un misérable con de Blanc et je ne peux donc pas comprendre tout ce qui se passe là bas, au bord de l’Oubangui-Chari. Mais dans Con de Blanc, il y a « con », donc obtus : on ne m’enlèvera pas de la tête le fait que Bozizé soit illégitime et quelque peu trop porté sur la chose policière d’une part et que, de l’autre,  une armée africaine qui ne viole pas, ne pille pas et ne massacre pas les civils mérite l’attention de ceux qui se réclament de la démocratie !

    Nous ne sommes que 8 mois après l’élection du « président normal » et on peut déjà voir qu’il est tout autant porté sur l’ingérence militaire que son prédécesseur : renforcement du dispositif français en Côte d’Ivoire pratiquement dès son arrivée à l’Elysée ; implication directe dans la guerre civile syrienne également dès son arrivée ; ingérence par ailleurs dans les affaires maliennes ; et maintenant, ingérence dans les affaires centrafricaines. Je dis ingérence car les fameux « accords de défense » entre la RCA et la France n’impliquent que les agressions extérieures, pas les rébellions internes. Or la France s’est servie, de tous temps, de ces accords pour intervenir essentiellement dans les affaires intérieures des Etats francophones.

    Les Français ont donc quatre conflits sur les bras et ils ne le savent pas où refusent de le savoir : en Côte d’Ivoire, le soutien d’un Ouattara de plus en plus détesté par la population ivoirienne coûte de plus en plus cher car il faut équiper aussi le ramassis de pillards que constitue la nouvelle armée officielle. On ne vous le dit pas mais il existe des photos de véhicules blindés débarqués sur le port de San Pedro après l’intronisation de Hollande, en provenance directe bien sûr des usines françaises…

    En Syrie, les Français fournissent des armes légères aux rebelles ainsi que du financement et des renseignements stratégiques. Vu le caractère belliqueux du « socialiste » français, les coûts ne sont pas prêts de baisser pour le budget français pourtant en cure d’amaigrissement…

    Au Mali, c’est pire encore car l’armée malienne n’est pas capable de gagner quelque combat que ce soit contre les rebelles nordistes : le Mali a (heureusement) très peu dépensé ces dernières décennies pour sa défense et ne dispose pas vraiment des moyens nécessaires. Les Français vont donc devoir tout payer, les équipements, la logistique, l’encadrement et j’en passe pour tenter d’arriver à un résultat un peu positif. Je dis « un peu » parce que les Algériens ne tiennent pas du tout à ce qu’un conflit violent éclate à leur frontière sud. Or et pour l’instant, les rebelles se ravitaillent justement au travers de cette frontière sud. Si Hollande croit qu’en ayant vaguement « regretté » la colonisation en Algérie et en ayant discuté avec l’un des meilleurs diplomates mondiaux actuellement au pouvoir (Bouteflika), il va pouvoir lancer ses « troupes auxiliaires » (maliennes et ouest africaines) à l’assaut  des Fous de Dieu en pouvant compter sur l’Algérie, il se goure ! En fait, il va enliser la France dans un Afghanistan subsaharien et sera, du temps de son quinquennat (je doute qu’il soit réélu), obligé d’envoyer la soldatesque franque directement sur place.

    En Centrafrique, les Français (je doute que Hollande se mêle directement de cette affaire, ne pigeant que couic à tout ce qui se situe au sud de la Méditerranée) vont sans doute tout faire pour conserver un homme à eux au pouvoir. Jusqu’à, là encore, de possibles dérapages budgétaires : car la coalition qui est actuellement en train de discuter à Libreville n’entend visiblement pas signer quoi que ce soit avec Bozizé, lequel n’entend également pas partir sous la pression militaire. Mais il devra partir, n’ayant vraiment plus que la France comme soutien : même Sassou N’Guesso l’a lâché. Même Idriss Deby,  c’est dire ! Les autres hommes de paille de la France en France Afrique ne soutenant plus celui que soutient encore Paris !  Hollande va au-delà de Sarkozy qui, rétrospectivement, apparaît moins con –pardon, cet adjectif m’est réservé…- moins crétin que son successeur.

    Plus généralement, vous remarquerez que, hors le Français moyen qui se fiche éperdument de ce qui vous arrive (ou ne vous arrive pas, comme les investisseurs occidentaux), les « élites » françaises n’ont pas changé d’un iota leur regard sur les « Basanés » Au lieu de se mettre à leur place pour les comprendre, on applique de vieux schémas à habillage démocratique sur des situations qui ne s’y prêtent vraiment plus. Et c’est ainsi qu’il faut quitter l’Afghanistan piteusement, avant quelque autre désastre africain, seul coin de notre planète où le militarisme américain autorise encore les Français à lui servir d’auxiliaire.

    Quoique... Au Mali par exemple, le Pentagone est opposé à une intervention occidentale : les claques prises en Asie centrale ont fait réfléchir les généraux washingtoniens : les arcs et les flèches, c’est fini et, aujourd’hui, vaincre les guérilléros modernes n’est pas chose facile. Et en Syrie : là encore, François le conquérant est devenu François le contré, Chine et Russie ayant interdit aux Occidentaux de soutenir ouvertement les rebelles. Pas de chars donc ni d’avions, le gouvernement en place semblant donc tenir bon. Faut dire qu’en ayant accepté du bout des lèvres l’intervention en Libye, les Sino-russes se sont déjà fait rouler dans la farine…

    Bref, pour rester « conquistador », le Hollande n’a plus que la Centrafrique et la Côte d’Ivoire. En RCA, les jours de Bozizé semblent comptés tandis qu’en Côte d’Ivoire, je doute que Ouattara termine son mandat. Bref, le Parti Socialiste français manière fausse gauche semble gérer aussi mal ses conflits extérieurs que sa politique intérieure. Mélenchon avait bien raison quand il traitait Hollande de « capitaine de pédalo » !!!


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  • Commentaires

    1
    Dimanche 20 Janvier 2013 à 15:28
    Sur la crise saharo-sahélienne


    # Nous africains, pensons que papa Hollande intervient pour la démocratie humanitaire mondial

    1/ 40% - estimation très prudente - de l'énergie électrique française, est produite par les tranches nucléaires civiles. L'essentiel du combustible nécessaire au fonctionnement de ces centrales vient du Niger, à un prix - malgré les réajustements opérés par l'administration Sarkozy - nettement en deçà du marché mondial, avec un cout d'extraction remarquable, dans un contexte de tensions croissantes sur cette ressource (voir la Chine). Le Niger, c'est "l'Arabie Saoudite de la France". Le Niger ? Bof … Pas de Niger, pas de TGV : Ah bon !?

    2/ L'énergie fossile de "transition" est le gaz, aujourd'hui devenu ressource stratégique fondamentale pour les décennies à venir. Ou trouve-t-on du gaz pas trop loin, sans être soumis au Kremlin ? Dans les zones sahélo-sahariennes. L'homme de la rue européen, après la prise d'otages d'In Amenas, commence à réaliser aujourd'hui concrètement ce que cela signifie pour lui. Je ne parle pas ici des otages, mais du montant de la facture que l'on paye afin de pouvoir se chauffer, confectionner des repas, etc. On est très loin du « sanglot de l’homme blanc » cher à Bruckner.

    Eternuements à répétition dans la zone saharo-sahélienne ? Sale grippe pour l'économie française et le niveau de vie de ses habitants à court terme. « Le Français moyen qui se fiche éperdument de ce qui vous arrive » : On en reparle dans 2 ans du français moyen qui s’en fout, Mr Dalayer ? Il ne va pas être content de ceux qui lui ont dit pendant des années que l’Afrique, c’est sale, trop compliqué, ça nous sert à rien.

    Si vous arrêtez au hasard un passant à Bamako, Tamanrasset ou Niamey, en l’interrogeant sur la signification de l’intervention au Mali, vous constaterez, qu’il a conscience de cette situation. C’est d’ailleurs la donnée importante du problème J (voir les pirates en Somalie)


    # Bouh ! Les Américains et les Algériens ne sont pas d’accord

    1/ L’Algérie ne veut pas d’intervention militaire étrangère au Mali ? Une soixantaine de barbus ont pris de vive force pendant plusieurs jours, sur son propre sol, une installation critique qui à elle seule représente 12 à 18% des exportations de gaz algérien vers l’Europe. On parle ici d’un pays dont le budget militaire peut se comparer au budget national de certains de ses voisins sahéliens comme le Mali par exemple. Le plumage n’est, semble-t-il, pas égal au ramage, et c’est un euphémisme. On ne va plus entendre les réticences d'autorités algériennes occupées à sécuriser leur propre territoire, pour un long moment, vous en conviendrez sans doute.

    2/ Le Pentagone ne veut pas d’intervention occidentale au Mali. Ah bon ? Alors oui, on a bien entendu Carter Ham, Susan Rice etc. mais ce n’est pas franchement ce qu’un œil, même distrait, peut observer sur le tarmac de l’aéroport de Bamako ces temps-ci … Et je passe sur la planification des opérations s’agissant en particulier des aspects renseignement technique, munitions (LGB etc.), logistique qui n’ont pas été négociés et mis en place hier matin. Après la fessée afghane, le redéploiement vers la zone pacifique et le contexte économique actuel, les américains deviennent … socialistes : ils apprennent à partager avec leurs alliés J. A partir du moment où une ligne de l’addition (pertes humaines au combat) ne les engagent pas visiblement dans cette affaire, nos amis de l’autre côté de l’océan vont baisser gentiment le son.

    On peut ne pas aimer Hollande, Sarkozy, la terre entière, M. Dalayer, mais dire ne pas comprendre l’action politico-militaire qui se joue au Sahel en ce moment … Allez, un moment de bonheur dans ce monde de brutes, répétez après moi : « j’aime pas Flamby !», « j’aime pas Flamby !», « j’aime pas Flamby !»

    Cordialement,


    Amath

    Un misérable con d’africain





    2
    dalayer
    Lundi 21 Janvier 2013 à 18:07

    Bonjour Amath et merci pour votre commentaire. Que es Maliens et les Nigériens non Touaregs soient contents de l'intervention française est évident : sans cette intervention, les Arabes seraient aujourd'hui à Bamako avant de s'étendre dans les pays voisins. Je ne condamne donc pas le fait d'avoir stoppé la colonne qui s'engageait vers la capitale malienne. Je condamne par contre le manque de lucidité des Français qui n'auraient jamais dû, à ce stade, tomber dans le piège des rebelles et terroristes (il y a les deux au nord Mali), soit une invitation évidente à s'engager au nord. Vous pensez que les Algériens, à cet égard, sont totalement du côté français. C'est mal les connaître : ils sont Algériens d'abord et s'ils peuvent avoir la tranquillité en ne fermant pas leur frontière avec le Mali (ce qui est en outre très difficile vu le nombre de kilomètres à couvrir), ils ne la fermeront pas. et la rébellion continuera à être approvisionnée. C'est là en fait le sens profond de l'attaque du site gazier...

    Peut-être, pour conclure, que les Français seront obligés de s'intéresser à l'Afrique d'ici deux ans. Mais pour l'instant, ça n'est pas le cas. Et il suffira qu'il y ait quelques morts parmi les soldats envoyés sur le terrain pour que l'opinion devienne hostile au maintien des militaires français au Mali. Ah, j'oubliais une chose : vous dites que les Africains, en général, sont favorables à l'inervention française. Pas en général, pas en général : demandez à la majorité des Centrafricains ainsi qu'aujourd'hui, à la majorité des Ivoiriens : vous serez surpris ! Et je ne parle pas des Sud Africains...

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