• Les pays pauvres champions de la croissance

     

    Les pays les plus pauvres de la planète champions de la croissance 

    Des données à connaître et à retenir

     

    Imaginez un SDF (sans domicile fixe) dont les revenus grimperaient plus vite que ceux d’un banquier. Du moins en pourcentages…  C’est un peu le spectacle que nous offrent les chiffres du dernier rapport de la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED) sur les pays « les moins avancés » Notez qu’en Anglais, la désignation est plus claire : « LDC » pour « Least Developed Countries »…

    Peu importe. Les pays les plus pauvres de la planète sont à 80% Africains. Mais il faut savoir que les Africains eux-mêmes ne représentent même pas 40% des Terriens les plus pauvres   : l’Inde, avec son gros milliard d’habitants, le Bangladesh avec ses 150 millions d’habitants ou les Philippines avec leur petite centaine de millions d’habitants  suffisent à relativiser la misère de l’Afrique. Et ce sont tous ces pays qui, de l’an 2000 à l’an 2008, ont été les champions du monde de la croissance économique. Voyez le tableau 1, il montre aussi qu’après cette performance, leur croissance est restée très soutenue, nettement plus que celle des pays riches.

    Les causes de cet état de fait semblent doubles : d’abord, les PMA ont vendu beaucoup plus chers les produits qu’ils exportent après la formidable remontée des cours des matières premières juste au moment du changement de millénaire. Le tableau 2 se passe de commentaire à cet égard, sinon pour souligner que, pendant ce temps, les produits industriels, eux, se vendaient relativement nettement moins chers (dernière ligne du tableau 2).

    La deuxième raison est que ces recettes accrues ont permis aux PMA d’investir d’avantage. Et, tandis que les pays développés remplaçaient les hausses de salaire et l’épargne des ménages par une hausse mortifère du crédit, les PMA, eux, augmentaient leurs « formations brutes de capital fixe », ainsi que les économistes nomment les investissements productifs. Voyez cette fois-ci le tableau 4 qui montre très bien que les taux d’épargne sont, chez les pauvres, proches de la « règle d’or » des années glorieuses de l’Occident : un quart du PIB… En France, on est aujourd’hui en dessous des 17% et les Anglo-Saxons sont encore et nettement plus bas.

    J’ai ajouté à ces tableaux la liste des six « leaders » pauvres de la croissance au cours des ces années 2000-2008 : on trouve bien sûr deux pays pétroliers en tête de ce petit classement, lequel montre toutefois que l’or noir ne fut pas le seul facteur de forte croissance quand ses prix s’envolèrent. Le Myanmar mérite qu’on s’y attache car les exportations d’héroïne ne sont bien entendu pas comptées dans les chiffres officiels du pays. De même l’économie gambienne reposa longtemps sur les « porosités » de ses frontières avec le Sénégal. Son « bond en avant » n’a aujourd’hui rien à voir avec ce sport vieux comme le Monde mais plutôt avec les plateformes créées pour l’économie anglaise, tout comme plusieurs centres d’appels sénégalais ont permis à des entreprises françaises de payer moins cher leurs services après vente. La remontée des cours du café explique en partie la présence de l’Ouganda dans le classement. Mais en partie seulement : le pays a diversifié ses exportations de produits alimentaires, tout l’Occident connaissant aujourd’hui et par exemple les renommés filets de carpes du Nil.

    La pauvreté n’empêche donc pas d’entreprendre. Est-ce suffisant pour stopper les flux migratoires dont se plaignent les pays riches ? Non, si l’on en juge au seul « stock » de personnes émigrées en provenance des PMA (tableau 6) : la progression de l’émigration est plus rapide entre 2000 et 2010 qu’entre 1990 et 2000, donc plus rapide quand la croissance est forte que lorsque elle est faible.  Mais le graphique 5 tempère ce constat : les flux migratoires au sein des zones géographiques les plus concernées au niveau des départs sont aussi les plus concernées au niveau des arrivées : l’Afrique recueille ainsi plus de 40% des émigrés en provenance des PMA, Africains en très grande majorité bien évidemment : il suffit de se souvenir des problèmes rencontrés par les Sud-Africains à cet égard pour se rendre compte que les « Blancs » crient « au loup ! » sans vraiment connaître le phénomène migratoire : pour quelques centaines de milliers d’immigrés clandestin ici, ce sont des millions là bas qui gagnent les côtes, là où ils pensent pouvoir trouver du travail mieux rémunérés que dans leur brousse originelle.

    De fait, l’Asie et l’Afrique concentrent près de 96% des émigrés mais aussi plus de 74% des immigrés. Sans compter que les élites des PMA qui vont vendre leurs capacités à l’étranger se dirigent prioritairement vers les pays riches où leurs savoirs sont bien mieux rémunérés qu’ailleurs. Ce sont les Etats-Unis d’Amérique qui sont en tête de ce « brain drain », comme ils disent, soit cette attirance de cerveaux qui lui permettent de rester en tête des dépôts mondiaux de brevets. Songez que la fameuse « Silicone Valley » est surtout peuplée…d’Indiens et de Pakistanais !

    L’Europe n’est pas en reste mais à un niveau toutefois moindre : le Royaume Uni, premier européen n’est que 4e dans le classement de la CNUCED, derrière l’Arabie Saoudite, 2e, et le Canada, 3e La France n’est que 6e derrière l’Inde, et l’Allemagne 8e, derrière l’Australie. On voit que des pays en développement attirent aussi les cerveaux des pauvres, cette fuite de gens hautement qualifiés étant bien entendu et très largement préjudiciable aux pays d’origine.

    Heureusement reste-t-il l’envoi d’argent par les petits et sans grade partis non pas chercher fortune à l’étranger mais seulement survivre à leurs conditions misérables d’origine. L’étude de la CNUCED y consacre un chapitre entier, allant jusqu’à calculer les taux de croissance de ces envois d’argent pays par pays ! Retenons seulement que la firme Western Union est le leader incontesté des ces transferts dont l’importance peut aller jusqu’à représenter plus du tiers du PIB du pays hôte (Lesotho) Haïti reçoit ainsi le quart de son PIB de ses émigrés et le Sénégal, plus du 5e. Globalement et toujours selon la CNUCED (mes estimations personnelles sont plus élevées encore), les PMA ont reçu près de 30 $ par habitant en 2010, soit plus de 4% de leur PIB total : les élites émigrent pour gagner plus, les émigrés basiques concourent de manière non négligeable au développement de leur pays d’origine, CQDF ! Car 4% est loin d’être un chiffre négligeable. Imaginez le PIB français : cela équivaudrait à 80 milliards d’euros, soit plus que le plan d’austérité que le nouveau gouvernement impose au budget du pays. Pour les Etats Unis, le montant atteindrait 800 milliards de dollars, soit deux années des guerres tous azimuts que mène le pays ! Et, selon moi, les chiffres de la CNUCED sont inférieurs à la réalité, ne prenant par exemple pas en compte les nombreux biens amenés par les émigrés lors de leurs congés pris « au pays » : pièces détachées en tous genres, électroménager, linges de maison, produits pharmaceutiques et j’en passe. Il suffit de voir la taille et le nombre des bagages des Africains en partance pour leur pays d’origine pour imaginer l’ampleur du phénomène. Autre élément qui fonde mon jugement, les rapatriements de fonds au Mali : la CNUCED calcule 31,76 € par personne en 2010. Or, il y a quelques années, lors d’un sommet franco-africain, l’Etat français avait calculé que les émigrés Maliens en France envoyaient plus de 2 milliards d’euros dans leur pays, soit près de 200 euros par habitant : 6,5 fois plus que l’estimation onusienne rien qu’en provenance de France !

    En l’absence d’investissements et d’aides dignes de ce nom dans les PMA, je pense donc qu’un troisième élément explique aussi ces taux de croissance étonnants : l’argent envoyé par les émigrés à leur famille, argent qui, souvent, est investi plutôt que consommé. D’où l’envol aussi des taux de « FBCF » dans les pays pauvres…

    L’image d’enfants terriblement amaigris par la malnutrition semble donc plus que révolue. Songeons par exemple à l’Angola qui, aujourd’hui, investit une partie de son or pétrolier dans l’immobilier et l’industrie du Portugal. De mauvaises langues, celles qui n’acceptent pas que des « Nègres » puissent jouer le rôle de monarques orientaux dans leur pays riche, accusent bien entendu les dirigeants angolais de s’enrichir au détriment de leurs compatriotes puis d’investir ensuite leur argent au Portugal pour le mettre hors de danger. Mais le phénomène a une ampleur telle qu’il dépasse de loin les possibles magouilles de quelques grossiums angolais tandis que l’Etat angolais n’oublie pas les citoyens de son pays : en témoigne, par exemple, le plan d’un million de logements neufs lancé voici une dizaine d’années et presque achevé : l’exode rural a bel et bien été prévu dans la politique angolaise alors que les Français des années 1950 par exemple s’étaient laissés totalement déborder : les cris de colère de « l’abbé Pierre » viennent de là tandis que le dernier bidonville dû à l’exode rural et au besoin des industriel en main d’œuvre étrangère, celui de Nanterre près de Paris, ne fut détruit qu’en 1970 ! Ce,  tandis que d’autres cités de fortune continuent à être détruites, sans véritable relogement des habitants (problème des « roms », désignant les romanichels d’origine roumaine puis, par extension, tous les « gens du voyage ») « Avant de dénoncer la paille dans l’œil du voisin, regarde la poutre qui t’obscurcit la vue… »

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    1-      Taux de croissance globale et par habitant des Pays les Moins Avancés (PMA) au cours des dernières années (moyennes annuelles et par année) – en %

     

    PIB

    PIB/habitant

     

    2002-2008

    2009

    2010

    2011

    2012*

    2013*

    2002-2008

    2009

    2010

    2011

    2012*

    2013*

    Total PMA

    7,9

    4,9

    5,6

    4,2

    5,1

    5,5

    5,4

    2,5

    3,3

    1,9

    2,8

    3,2

    Afrique

    7,8

    4,2

    5,0

    4,1

    4,9

    5,3

    5,1

    1,5

    2,4

    1,5

    2,3

    2,6

    Asie

    7,5

    5,9

    6,4

    4,2

    5,4

    5,9

    5,5

    4,1

    4,6

    2,5

    3,6

    4,1

    Iles

    5,4

    2,4

    5,5

    7,1

    6,3

    5,9

    3,2

    0,2

    3,3

    4,8

    4,1

    3,7

    Exportateurs de pétrole

    9,9

    3,0

    4,6

    -1,6

    1,8

    3,4

    7,0

    0,3

    1,8

    -4,2

    -0,9

    0,7

    Exportateurs industriels

    6,2

    5,3

    5,8

    6,0

    6,0

    6,4

    4,6

    3,8

    4,6

    4,6

    4,6

    5,0

    Exportateurs de services

    6,8

    5,6

    5,8

    5,7

    4,8

    5,3

    4,3

    3,2

    3,5

    3,4

    2,6

    3,0

    Exportateurs diversifiés

    9,5

    6,6

    6,1

    5,4

    6,4

    6,0

    6,9

    4,2

    3,6

    3,1

    4,0

    3,6

    Exportateurs d’autres matières premières

    6,1

    4,6

    5,9

    5,8

    6,3

    6,2

    3,2

    1,7

    3,0

    2,8

    3,4

    3,3

    Minérales

    5,9

    4,0

    6,1

    5,7

    7,8

    6,9

    3,1

    1,2

    3,2

    2,9

    4,9

    4,0

    Agricoles

    6,4

    5,6

    5,8

    5,9

    4,3

    5,3

    3,4

    2,5

    2,7

    2,7

    1,2

    2,2

    Pays développés

    2,5

    -3,6

    3,2

    1,6

    1,4

    2,0

    1,8

    -4,2

    2,7

    1,0

    0,9

    1,5

    Pays en développement

    7,6

    2,8

    7,5

    6,2

    5,7

    6,0

    6,0

    1,4

    6,1

    5,4

    4,3

    4,7

    Monde

    4,6

    -0,6

    5,3

    3,9

    3,5

    4,1

    3,2

    -1,9

    4,0

    3,1

    2,3

    2,9

                                   

    Source : calculs de la CNUCED d’après le World Economic Outlook publié par le FMI en avril 2012 - * : estimations

     

    2-      Evolution des prix des principales matières premières produites dans les PMA – indice 100 en 2000

     

    2008

    2009

    2010

    2011

    2012*

    % 2000-2011

    Produits alimentaires

    236

    216

    232

    273

    284

    172,8

    Blé

    288

    197

    204

    276

    292

    175,6

    Riz

    344

    289

    256

    271

    257

    170,9

    Sucre

    156

    222

    260

    318

    248

    217,9

    Produits de la mer

    274

    298

    409

    372

    421

    272,3

    Café (arabica)

    162

    167

    228

    321

    322

    209,6

    Café (robusta)

    254

    179

    200

    275

    262

    160,5

    Cacao (fèves)

    291

    325

    353

    336

    377

    235,7

    Thé

    109

    127

    125

    140

    141

    39,5

    Matières premières agricoles

    198

    163

    226

    289

    315

    189,1

    Tabac

    120

    142

    144

    150

    147

    49,8

    Coton

    121

    106

    175

    258

    350

    158,1

    Bois autres que conifères

    154

    154

    161

    158

    159

    58,2

    Produits miniers*

    337

    274

    424

    486

    435

    248,9

    Fer

    494

    643

    1178

    1348

    1139

    1247,7

    Aluminium

    166

    107

    140

    155

    161

    54,8

    Cuivre

    384

    283

    416

    487

    532

    386,6

    Or

    312

    349

    440

    562

    496

    462,2

    Pétrole brut

    344

    219

    280

    368

    353

    268,3

    Index des produits industriels

    131

    122

    126

    138124*

    37,7

     

    Sources : CNUCED, FMI et Banque Mondiale - * : estimations

     

     

    3-      Les PMA  leaders de la croissance (moyenne annuelle 2000-2008, en %)

    Angola (exportateurs de pétrole)

    16,6

    Guinée Equatoriale (exportateur de pétrole)

    15,0

    Myanmar (ex-Birmanie, exportateur diversifié)

    12,1

    Cambodge (exportateur industriel)

    10,4

    Gambie (exportateur de services)

    10,3

    Tchad (exportateur de pétrole)

    8,9

    Bhoutan (exportateur industriel)

    8,5

    Ouganda (exportateur de produits alimentaires)

    8,0

    Source : CNUCED d’après le World Economic Outlook du FMI

     

    4-      Formation brute de capital fixe (FBCF) dans les PMA (en % du PIB)

    Zones géographique

    1980

    1990

    2000

    2008

    2009

    2010

    Afrique & Haïti

    18,0

    16,7

    16,9

    20,5

    21,7

    20,5

    Asie

    20,1

    17,5

    20,5

    22,3

    22,4

    23,2

    Iles

    24,5

    23,6

    19,4

    22,2

    20,3

    21,8

    Total PMA

    18,6

    17,0

    18,5

    21,1

    22,0

    21,6

    Source : CNUCED, Database

    5-      Destination des émigrants originaires des PMA en 2010

    Source : estimations de la CNUCED d’après des travaux de la Banque Mondiale de 2007, remis à jour en 2011

     

     

    6-      Stock d’émigrés en provenance des PMA (en millions de personnes)

    Régions

    1990

    2000

    2010

    Afrique

    7,8

    9,9

    15,2

    Amérique latine

    0,5

    0,8

    1,0

    Asie

    8,0

    8,5

    11,1

    Pacifique

    0,08

    0,1

    0,1

    Total

    16,3

    19,3

    27,5

    Source : estimations de la CNUCED d’après des travaux de la Banque Mondiale de 2007, remis à jour en 2011


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