• Les vrais vainqueurs de l'Apartheid

     

    Connaissez-vous Cyril Ramaphosa ?

    On parle toujours de Mandela car, en fait, il ne s’est pas vengé contre les Blancs. Mais le chef de la rébellion armée n’est pas le vrai vainqueur de l’Apartheid en Afrique du sud, contrairement à Robert Mugabe dans l’ex-Rhodésie. Voici le portrait de l’un des vrais vainqueurs avec l’actionnariat américain…

     

    Thabo succéda à Nelson puis Jacob remplaça Thabo. Et l’on en oublia Cyril, le si brillant Ramaphosa qui quitta la politique en 1996 après avoir, excusez du peu :

    -          Eté le vrai responsable de la fin de l’Apartheid grâce à la grande grève des mineurs qu’il lança en 1987 (toutes les mines sud africaines arrêtées pendant 3 semaines) et dont le syndicat qu’il avait créé, le plus puissant ayant jamais existé dans le pays (300 000 membres, la moitié des mineurs sud africains), « boosta » définitivement l’ANC en rejoignant le mouvement de Mandela sous la houlette d’une autre de ses créations syndicales, le Congress of South African Trade Unions. Certes, la lutte armée dirigée par les grandes familles noires et le parti communiste sud africain connût quelques succès, loin toutefois d’égaler ceux enregistrés par Mugabe au Zimbabwe (déroute totale de l’armée de Ian Smith) Mais les risques de grèves internes de plus en plus dures face à la mobilisation des actionnaires américains contre leurs entreprises installées en Afrique du Sud eurent nettement plus de poids dans la décision des Anglo-Saxons d’Afrique du Sud de jeter l’éponge et de négocier avec l’ANC ;

    -          Eté également le principal négociateur de la sortie de l’Apartheid  avec le gouvernement de De Klerk. Certes, les Blancs sortirent Nelson Mandela de sa prison afin de pouvoir négocier avec quelqu’un de « comme il faut » (Mandela est le fils d’un chef coutumier Xshosa) mais le futur président sud africain ne put que confier à l’homme du peuple qu’est Ramaphosa le soin de discuter avec les émissaires du président blanc : du fait de son ralliement à l’ANC, les troupes de cette dernières étaient majoritairement syndicales et Ramaphosa était le dirigeant de fait de l’organisation ;

    -          Eté le principal concepteur de la nouvelle constitution sud africaine. Là encore parce que l’ANC était derrière lui mais aussi parce que cet avocat de formation connaissait bien le droit. Le brillant Cyril fut d’ailleurs président en titre de l’Assemblée constituante…

    Mais Nelson Mandela, sur le point de quitter le pouvoir en 1996, choisit Thabo Mbeki comme successeur, son jeune camarade de combat et le fils d’amis proches. Choix sans doute et aussi motivé par le souhait de ne pas effaroucher les capitaux blancs, comptant pour 95% dans la formation brute de capital fixe du pays : Mbeki l’économiquement modéré était à cet égard préférable au syndicaliste Ramaphosa. Lequel reçut le message « 5/5 » si l’on peut dire, en quittant définitivement la sphère politique pour se lancer dans un autre combat, celui du Black Economic Empowerment, du nom de l’organisme créé par les nouveaux dirigeants pour que les Noirs remplacent progressivement et aussi les Blancs à la tête des entreprises privées. Et il ne fera pratiquement plus parler de lui au plan politique, si l’on excepte une accusation stupide de Mbeki voulant absolument le mêler à un complot médiatique ainsi qu’ à la spéculation justement médiatique faisant croire à son possible retour après le limogeage de Thabo Mbeki : c’est en fait un autre syndicaliste, Jacob Zuma, qui est arrivé au pouvoir, très certainement avec l’approbation de Ramaphosa qui voyait en l’avènement de son camarade une revanche sur les « fils de riche » qui l’avaient éjecté de la politique.

    Car l’homme n’est certainement plus intéressé du tout par cette sphère d’influence. Bien en effet que Mbeki ait privé de moyens financiers le Black Economic Empowerment dirigé par son ex rival, celui-ci a réussi quand même à bâtir un embryon d’empire économique « black » Et vient aujourd’hui de racheter les licences McDonald dans toute l’Afrique du Sud après avoir été inclus par le magazine américain Forbes dans la liste des 40 plus grandes fortunes africaines !

    Commençons par le commencement, soit la constitution progressive de l’empire. Peu de Noirs, au lendemain de la fin de l’Apartheid, étaient en mesure de s’immiscer dans les conseils d’administration des grandes entreprises sud africaines tandis que les banques ne prêtaient pas aux PME « black », les empêchant de croître. Ramaphosa s’est donc servi de son réseau syndical pour constituer le socle des ses investissements. Tout simplement en rassemblant des fonds de retraites au sein d’une société d’investissement, New Africa Investment Limited (Nail), dont il fut nommé président. Il ne put pas racheter de mines car la seule grande compagnie que l’Anglo American de la famille Openheimer  accepta de céder, la Johannesburg Consolidated Investments (JCI), le futà un Zoulou et compagnon de lutte de Thabo Mbeki, Mzi Khumalo. D’autres mines tombèrent par la suite entre les mains des Noirs, mais toujours faisant partie du clan Mbeki.

    Ramaphosa se consola avec le holding Johnnic, une des 100 premières sociétés de la bourse de Johannesburg dont  il acheta 30% du capital et dont il prit la présidence. Dans les actifs de la firme, il trouva les plus grands quotidiens du pays ainsi que des maisons d’édition et de loisirs. Une sorte d’Hachette sud africaine un peu ensommeillée. Il y trouva aussi une licence de téléphonie mobile, NTM. Grâce à ses anciennes relations politiques, il la développa aisément en Afrique du Sud et l’exporta dans l’immense Nigeria. Le bon personnage à la bonne place au bon moment, Ramaphosa dirigea très vite le plus grand opérateur de téléphonie mobile d’Afrique (il l’est toujours) Mais ses partenaires au sein de Nail souhaiteront assez rapidement prendre leurs bénéfices sur cette très profitable opération et revendront Johnnic.

    Au cours de ce premier épisode, Ramaphosa a aussi aidé un ami en difficulté, créateur d’une boulangerie industrielle, Molope Bakeries  Laissant la direction de l’entreprise à Sam Molope, il en prit la présidence et en vendit les actifs « hors corps de métier » Puis il fit entrer la société à la bourse de Johannesburg. C’est ici qu’il a sans doute pris conscience de l’importance du secteur de l’alimentation puisque Molope avait su emporter de gros contrats, dont celui des fameux McDonald sud africains.

    Ramaphosa restera membre non exécutif du directoire de Johnnic, comme il entrera dans de multiples conseils  d’administration. Car il va très vite créer son propre holding financier, Millenium Consolidated Investments, rebaptisé Shanduka quelques années après ;  et  il va effectuer de multiples opérations ayant toutes comme dénominateur commun la « négroïsation » des capitaux des entreprises visées : dans la banque (Standard Bank, Alexander Forbes ltd), l’industrie du papier (groupe Mondi), l’industrie en général au travers du groupe Bidvest (dont industrie alimentaire), la brasserie (SAB Miller mais Ramaphosa n’est que directeur indépendant de cette gigantesque entreprise, 2e brasseur mondial, et ne peut qu’influer sur les véritables dirigeants, tous blancs), les  informations financières (Kreditinform), le commerce sud-sud (Commonwealth Business council’s People)… Bref, une multitude de centres d’intérêts capitalistiques qui vont permettre à son promoteur d’engranger une fortune de quelques 250 millions $ en 15 ans. Il ne s’agit que de la 36e fortune africaine mais c’est la 2e fortune non blanche d’Afrique du sud, la première étant celle d’un aristocrate proche du clan Mbeki et ayant donc bénéficié du domaine minier… Et les investissements et ex-investissements de Ramaphosa et de ses alliés (toujours les fonds de pension) représentent aujourd’hui environ 70 % de la capitalisation boursière des Noirs en Afrique du sud (en comptant Johnnic, restée aux mains des Noirs, et qui, à elle seule, compte pour 40% de cette capitalisation)

    Ce qui est loin de satisfaire notre syndicaliste homme d’affaire : le surdoué qui effarouche toujours toute la classe politique sud africaine reproche à celle-ci son désintérêt vis-à-vis du Black Economic Empowerment. Si son effort personnel n’est pas à mettre en doute à cet égard, rien n’est fait, dit-il, pour sortir de la masse les meilleurs éléments noirs en obligeant les entreprises à les embaucher comme cadres. L’Administration Zuma, elle, continue à ne voir l’économie qu’au travers des mines et envisage d’ailleurs d’obliger les compagnies minières à ouvrir encore plus leur capital aux investisseurs noirs (actuellement, elles ne le sont qu’à hauteur de 26%) Et de l’agriculture, en souhaitant, là aussi, de plus vastes cessions de terres aux cultivateurs et éleveurs noirs. Deux visions qui se défendent l’une et l’autre mais qui, au niveau des subventions étatiques, s’opposent totalement. L’un rêve d’une africanisation « moderne » de l’économie sud africaine ; l’autre voit surtout le contrôle par les Noirs des principales richesses actuelles du pays.

    La hausse des prix des matières premières minérales ainsi que la grogne des campagnes donnent raison pour l’instant aux Administrations Mbeki puis Zuma. Ramaphosa, qui n’a pas encore 60 ans, devra patienter pour voir son rêve se réaliser, soit une bourse de Johannesburg majoritairement aux mains des Noirs. 


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