• Libéralisme, marché et élitisme

    Pour une renaissance de l’humanisme<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p>

    Article 23<o:p></o:p>

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    Libéralisme, marché et élitisme<o:p></o:p>

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    Si vous lisez aussi ma rubrique « Le Grigri international », peut-être vous êtes vous arrêté un instant sur l’article intitulé « Assieds toi au bord de l’oued » : J’y mentionnais une particularité de l’Amérique des années qui nous plaisent, le 20e siècle en gros, à savoir le lancement, par les Ricains, du marché de masse tandis que nous, Européens, nous enfoncions dans l’élitisme en nous contentant  d’inventer les « classes moyennes » (en ouvrant la porte des élites à une population plus grande). Ce faisant, les Yankees se montrèrent en fait plus à gauche que les Soviétiques qui, dans le même temps, inventaient, eux, la « Nomenklatura » soit un retour à l’élitisme monarchique.

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    Cette différenciation me paraît si importante que je juge utile de la développer ici, dans le cadre de mon plaidoyer pour la renaissance de l’humanisme dans nos sociétés qui deviennent, certes, plus technologiques mais aussi plus inégalitaires. Revenons d’abord à mon concept d’origine : pendant que nous inventons les classes moyennes pour ne pas toucher à l’élitisme, les Américains développent le marché de masse. Grosso modo, la production des pays qui tentent de pérenniser l’élitisme de leurs sociétés via les classes moyennes, cette production donc vise essentiellement le cadre moyen. Soit avec des biens et services de « gamme moyenne » comme on dit. Les productions américaines des années 1915-1975 visaient, elles, ce qu’on appelle « l’ouvrier agricole du Kansas ». Soit avec des biens et services d’une telle diffusion que leur coût unitaire devenait « marginal ». Certes, les Américains disposent alors d’un marché intérieur considérable qui facilite grandement leur démarche. Mais la taille du marché n’est qu’un des aspects de cette véritable révolution qui s’appuie aussi et d’abord sur une rémunération correcte des « employés qui sont aussi des clients ». C’est la véritable invention de Ford, bien plus importante pour le Monde que le travail à la chaîne, d’ailleurs plus dû à l’économiste Taylor qu’au fabriquant des fameuses « Ford T » et dont le rôle disparaît qui plus est avec la robotisation des usines. Elle s’appuie aussi, cette révolution, sur des techniques de relance de l’activité économique fondée sur la relance de la consommation de masse, redistribution budgétaire incluse. Ca, c’est une invention du très libéral et très élitiste John Maynard Keynes, le conseiller économique de Franklin Delano Roosevelt et l’économiste moderne qui aura très certainement eu le plus d’impact sur la vie des hommes.

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    Tout cela s’est très vite traduit par une différence énorme de mode de vie : tandis que les plus petits des foyers américains disposent de frigo, de téléviseurs et d’au moins une voiture, leurs homologues européens restent comme figés au 19e siècle. La télévision ne deviendra un bien de consommation de masse qu’à partir des années 1970 (passage à la couleur alors que la couleur est présente aux USA depuis 15 ans au moins), la généralisation des véhicules automobiles, présente aux Etats Unis dès l’entre deux guerres, n’arrive chez nous qu’un chouïa avant la télévision, laquelle précède l’arrivée du frigo, présent, lui, dans les cuisines américaines dès le début des années 1940. Bref, la massification du marché intérieur coïncide sans conteste avec une élévation du niveau de vie de l’ensemble des citoyens, le processus ayant été extrêmement rapide (en quelques décennies). Aujourd’hui encore, après la régression toujours incontestables d’une Amérique étant redevenue élitiste (analphabétisme en hausse rapide, obésité fabuleuse, espérance de vie qui s’effondre, équipements collectifs dans un état lamentable…), l’avance gagnée grâce à la massification du début du siècle n’est pas totalement résorbée et les Américains font encore figure de richards (mais de moins en moins).

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    C’est que la massification des marchés a ses lois. Notamment une simplification des gammes qui permet d’accroître terriblement les quantités produites par série et, donc, d’obtenir des coûts marginaux de plus en plus faibles. Donc une diffusion jusque dans des populations que nous jugerions, nous, trop pauvres pour accéder à ces biens et services. Ce qui vient de se passer vis-à-vis des prêts immobiliers aux pauvres, prêts impensables chez nous, est d’ailleurs révélateur : les Américains ont imaginé toutes sortes de techniques pour pouvoir vendre jusqu’au fameux ouvrier agricole du Kansas… Tandis que notre élitisme nous confine dans une logique dite « d’happy few » par les gens de marketing, logique très coûteuse (multiplication des « séries limitées »). Une logique que nous avons en outre enfoncé dans nos crânes jusqu’à l’absurdité (la vogue des 4X4 par exemple), tout le monde voulant devenir une élite (ou avoir l’air d’une élite) en se fondant exclusivement sur le fric et les signes extérieurs de richesse. Dans un pays d’origine paysanne et catholique et qui, de ce fait, a vécu longtemps sous l’adage « pour vivre heureux, vivons caché » : la révolution de la classe moyenne n’est pas une révolution mais bel et bien une contre révolution !

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    Maintenant que vous avez certainement compris la différence fondamentale entre marché de masse et classes moyennes, penchez-vous sur notre évolution des dernières décennies : le fossé entre riches et pauvres s’est accru dans tout l’Occident. Certes, pendant ce temps, même les plus pauvres se sont enrichis. Heureusement ! Mais la logique élitiste s’est donc renforcée, au point de gagner jusqu’à une Amérique qui a mis la massification au monde. Les conséquences sont évidentes même si on vous les cache : par exemple, le prix des automobiles a cessé de baisser relativement. Il a même repris du poil de la bête, toujours en moyenne relative et même si quelques contre exemples ont été donnés ici et là par les fabricants (la Logan par exemple). Ce, d’une part parce que seules les classes aisées ont pu continuer à acheter des voitures neuves régulièrement (donc des grosses cylindrées, comme on dit). Et d’autre part parce que ces classes veulent du « happy few » plus que les autres, compliquant plus que singulièrement la simplification des séries.  Bref, en France, on a été inondé de BMW tandis que Renault et Peugeot, dont les productions vedettes sont essentiellement des productions de moyenne gamme, connaissaient des difficultés croissantes (car pas assez « happy few » et trop chères cependant à fabriquer). Difficultés dont elles ne sont pas sorties à mon avis puisque « l’erreur » est structurelle. Un exemple simple ici : rajouter des ordinateurs de bord ou un pont (pour le tout terrain) dans une voiture coûte cher alors que ça ne sert à rien. Mais c’est très « happy few ». Les constructeurs auraient mieux fait d’investir dans des moteurs mixtes (dits « hybrides »)…

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    La logique élitiste a été renforcée par une écologie politique d’une effarante niaiserie, il n’y a pas d’autres mots : issue de l’extrême droite, les doctrines écologiques ont milité et militent toujours un peu pour la fameuse « croissance zéro », soi-disant seule à même de « préserver la planète ». Comme si les inégalités massives, pourvoyeuses de guerre et d’une course folle au suréquipement, n’étaient pas plus agressives ! Toujours est-il que les logiques écologiques ont ouvert de nouveaux espaces élitistes aux fabricants, sauvant certains d’entre eux de la faillite face à la concurrence des pays émergeants. Une question ici : dans combien de temps pensez vous que les Chinois construiront des moteurs hybrides ? Nos industries, trompées par leur logique élitiste et par les fausses perspectives de l’écologie politique occidentale, ont de fait renoncé à ce qu’elles avaient commencé de faire dans les années 1980, soit accroître la robotisation et augmenter les productions par série. Sur ce point, la pensée de nos deux candidats à l’élection présidentielle n’innovait en rien : faire de la France « un modèle écologique» ne l’aurait nullement sortie et ne la sortira nullement de ses difficultés. Elles accroîtront plutôt les difficultés puisque qu’elles renchériront le coût des biens et services produits. Mais dites cela à n’importe quel écologiste et vous allez recevoir la plus formidable engueulade de votre vie, presque comme si vous aviez tenu des propos antisémites. Le propos est tabou, comme toute attaque contre l’actuel traitement très excessif du Sida ou comme toute atteinte au souvenir de nos anciens coloniaux. Niais, vous dis-je, je persiste et je signe…

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    La seule chose positive dont je crédite cette écologique politique est qu’elle tente de responsabiliser chacun d’entre nous. Niaisement bien sûr car le pékin de base n’en peut mais vis-à-vis de la pluviosité moyenne en France : nos nappes d’eau ne sont pas « vidées » par les agriculteurs, simplement ne sont-elles plus renouvelées –et encore, c’est loin d’être partout évident- suffisamment. Dans un siècle par exemple et si nous généralisons le dessalement d’eau de mer avec des techniques peu coûteuses et peu consommatrices d’énergie (elles existent), nous n’aurons plus véritablement de problèmes sur une terre aux ¾ couverte d’eau. Il n’empêche que, même niaise, la responsabilisation individuelle est indispensable à un retour à la massification des marchés : arrêter aujourd’hui la logique élitiste n’est plus possible d’en haut. Pour schématiser, il faudrait que la mère de famille basique arrête de penser que son gamin est le nouveau génie du siècle. Y’a du boulot, je ne vous dis pas !

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    Parlons à présent du libéralisme. Car libéralisme et marché, ça n’est pas blanc bonnet et bonnet blanc. Le libéralisme est une doctrine complète, élaborée contre l’absolutisme royaliste. Elle est philosophique (individualiste), sociétale (avec la liberté de conscience notamment) et bien entendu économique. Le marché, c’est essentiellement la prise de conscience de la masse et des techniques qui permettent le mieux de pourvoir cette masse en biens et services (la concurrence). Mais reconnaître le marché n’est pas abdiquer forcément l’Etat : le libéralisme absolu conduit à l’anarchie (la disparition de l’Etat sauf pour quelques missions précises comme les Affaires étrangères, et encore l’Etat peut-il sous-traiter une partie notable des dites missions en nombre alors décroissant) tandis que l’on peut très bien organiser la concurrence dans un état puissant et redistributeur. L’Etat est, par essence, une construction socialisée, dans le sens où les humains qui en font partie ont mis leurs efforts en commun pour réaliser un certain nombre de missions. Et l’on comprend parfaitement que des libéraux, surtout s’ils sont « ultra », n’aiment pas cet Etat. Tout en en profitant généreusement, la contradiction n’étouffe visiblement pas leurs consciences. Exemple, les médecins et pharmaciens qui bénéficient de numerus clausus très protecteur ou les agriculteurs qui ne vivraient pas sans les aides nombreuses qui compensent des prix trop bas. En fait, des élites veulent tout simplement défendre leur beefsteak, habillant cette volonté hargneuse de morceaux choisis d’une théorie mise par eux à mal dans les faits. CQFD ! La droite (je devrais dire « les droites » tant ce phénomène est universel) ne peut donc et ne pourra donc jamais réaliser un libéralisme absolu car elle n’aura jamais la légitimité démocratique pour le faire : une grande partie de ses troupes votera contre tandis que la quasi totalité des troupes de gauche fera de même. Et ce, quand bien même une partie non négligeable des dites troupes de gauche ferait-elle défection en s’assimilant aux élites honnies par les autres.

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    Le regard que nous portons sur nos politiques est forcément différent après avoir pris conscience de ce qui précède. On voit notamment que les dirigeants actuels du PS français ne sont pas socialistes mais bel et bien libéraux. Jusque dans l’excès des libertés sociétales (on dit qu’ils sont « libertaires »). Et l’on voit que la société française dans son ensemble est élitiste plus que libérale. C’est totalement décalé, « hors jeu », et les dirigeants socialistes libéraux, et les Français élitistes. Tous jouent contre leur intérêt s’ils sont réellement progressistes et, de toute façon, en pleine incohérence. Si réformes véritables il peut y avoir un jour chez nous, elles devraient viser toutes à supprimer partout les facteurs d’élitisme. Comme par exemple transformer les concours en tirages au sort après simple vérification de niveaux de connaissance. Ou comme en obligeant les dirigeants de grandes entreprises à soumettre leur rémunération au vote des actionnaires réunis en assemblée générale tout en « socialisant » les dites rémunérations (gare aux abus de biens sociaux !). L’élitisme étant présent partout, il faudrait le traquer partout en espérant qu’au fil de la chasse, les gens évacueront aussi le dit élitisme de leur tête. La « réformite » sarkoziano-hollando-fabiusienne & Cie est à cet égard une tromperie assez fabuleuse.


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