• Lutte contre les microbes insensibles aux antibiotiques

    Ci-après un texte d'Agora (conseils boursiers en ligne) sur les nouvelles armes contre les microbes, sachant que les bactéries les plus méchantes deviennent résistantes aux principaux antibiotiques. Eux voient le marché, donc les investissements. Voyez surtout ce que nos laboratoires recherchent, avec une mention spéciale pour feux les Soviétiques qui ont légué aux Russes leurs recherches sur les virus bactériophages...
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    Allo ? Je ne vous entends plus... Une nouvelle arme contre la résistance bactérienne
    Cécile Chevré
     
    Si vous êtes un lecteur régulier de la Quotidienne, vous savez déjà que parmi les grands risques qui menacent notre survie (oui, rien que cela !), il y a les bactéries. Ou plutôt celles qui développent une résistance à ce qui était jusqu'à présent notre principale arme contre elles : les antibiotiques.
     
    Quelques chiffres pour vous remettre en tête les enjeux : d'ici 2050, la résistance grandissante des bactéries à ces traitements devrait causer 10 millions de morts. Ce qui fera des bactéries un tueur en série plus dangereux que le cancer.
     
    L'alerte (mondiale) a été lancée à plusieurs reprises, par des Etats comme les Etats-Unis ou le Royaume-Uni, mais aussi par l'OMS ou l'ONU.
     
    Face à la menace, bien réelle, faut-il encore le rappeler, plusieurs voies sont explorées. Première d'entre elles, la découverte de nouveaux antibiotiques. Encouragés par les Etats, les laboratoires pharmaceutiques, après des années de déshérence, ont enfin repris le chemin de la recherche et des essais cliniques.
     
    Pour quels effets ? Une des valeurs recommandées par Ray Blanco dans NewTech Insider attend avec impatience la décision de la FDA, l'agence américaine chargée de l'autorisation des médicaments, quant à un nouvel antibiotique. Cette décision est prévue pour début novembre 2016. Si ce nouvel antibiotique est autorisé, nous disposerons d'un nouveau traitement de réserve contre certaines formes extrêmement résistantes de pneumonie.
    [NDLR : Vous avez jusqu'à fin octobre pour acheter la biotech qui détient ce si prometteur antibiotique. Si la FDA donne son accord, son cours va s'envoler. Et vous pourriez en profiter ! Alors rendez-vous dans NewTech Insider !]
     
    Une autre voie possible contre la résistance bactérienne est celle des virus bactériophages. La nourriture préférée de ces virus ? Les bactéries. Cette forme de thérapie s'est développée dans les pays de l'ex-bloc soviétique mais a encore du mal à convaincre en Occident. Dommage car ces virus sont extrêmement prometteurs. Heureusement, comme je vous le disais dans une précédente Quotidienne, des chercheurs s'intéressent de nouveau à cette thérapie venue de l'Est. Un essai clinique est en cours en Europe, mené par le projet Phagoburn.
     
    Tout récemment, en écoutant un documentaire de France Culture consacré à la microbiologiste française Pascale Cossart (je vous le conseille vraiment !), j'ai découvert une autre arme possible contre les bactéries : le brouillage de leur communication.
     
    Des bactéries extrêmement bavardes
    Oui, cher lecteur, les bactéries communiquent. Etonné ? C'est normal car le phénomène, appelé quorum sensing, n'a été découvert que dans les années 2000 et réserve manifestement encore beaucoup de surprises.
     
    Les bactéries sont donc "bavardes" et, tout comme nous, utilisent plusieurs moyens de communication. Le plus ancien – et le mieux connu – est le recours à de petites molécules chimiques, appelées auto-inducteurs. Ces auto-inducteurs sont souvent comparés aux phéromones échangées par les animaux (dont nous faisons partie). Ces messages peuvent aussi bien être échangés entre bactéries de la même espèce qu'avec des bactéries d'une autre espèce.
     
    Une autre forme de communication a été découverte en 2015 par des biologistes de l'université de San-Diego en Californie (la découverte a été publiée dans Nature) : les bactéries sont capables, comme nos neurones, de communiquer via impulsions électriques.
     
    Autre voie de communication possible au niveau bactérien : la création de tuyaux. En 2011, des chercheurs de l'université hébraïque de Jérusalem ont découvert que certaines bactéries créaient un minuscule réseau organique (des tuyaux) entre elles, ce qui leur permettait de communiquer plus directement.
     
    Pourquoi communiquer ?
    Mais au fait, pourquoi les bactéries communiquent-elles ? A quoi ce "don" leur sert-il ?
     
    Tout d'abord à se repérer entre elles. Les auto-inducteurs servent, en quelque sorte, de bannière de rassemblement. Et c'est très important en ce qui nous concerne, j'y reviens dans un instant. La communication leur sert aussi à s'adapter à leur environnement en activant ou désactivant certains gènes. Enfin, les bactéries peuvent échanger entre elles des bouts d'ADN, une forme d'apprentissage.
     
    La découverte de ces moyens de communications nous en apprend plus sur le fonctionnement des bactéries mais aussi comment les combattre – et c'est ce qui nous intéresse dans la lutte contre la résistance bactérienne aux antibiotiques.
     
    Nouvelles pistes contre les bactéries et leur résistance
    Je vous disais que les bactéries communiquaient pour se repérer entre elles. C'est extrêmement important car la plupart des bactéries ne deviennent pathogènes – et donc dangereuses pour nous – que quand elles sont suffisamment nombreuses.
     
    Pour résumer, un soldat-bactérie n'a aucune chance contre notre système immunitaire ; la bactérie sera impitoyablement détruite. Par contre, une armée de millions voire de milliards de bactéries pourra, elle, déclencher une attaque de grande ampleur et qui aura des chances de réussir en débordant les capacités de notre système immunitaire.
     
    C'est une première piste contre les infections bactériennes. En bloquant soit les émetteurs d'auto-inducteurs soit les récepteurs situés à la surface des bactéries, nous pourrions empêcher les bactéries de passer leurs rangs en revue, et de passer à l'attaque.
     
    Mettre un terme à ce bavardage bactérien pourrait aussi être une solution contre la création de biofilms. Certaines espèces de bactéries sont capables de sécréter un "ciment" qui les lie entre elles, et les protègent non seulement de la réaction immunitaire de leur hôte mais aussi des antibiotiques. Là encore, les bactéries ne sécrètent ce "film", dit matrice, que quand elles sont en nombre suffisant. Et là encore, bloquer les mécanismes du quorum sensing pourrait empêcher le développement de biofilms et améliorer notre chance de lutte contre les bactéries pathogènes.
     
    Mais les espoirs de la recherche ne s'arrêtent pas là. Les bactéries ne font pas que se repérer entre elles : elles échangent d'autres informations ainsi que des bouts d'ADN. Les chercheurs ont découvert que ces échanges étaient un des piliers du développement de la résistance bactérienne aux antibiotiques. Les bactéries qui vivent en communauté développent en effet plus rapidement des capacités de résistance. D'où l'importance de bloquer ces échanges.
     
    Qu'est-ce que cela signifie pour vous ?
    Nouveau champ d'exploration et de recherche, la communication bactérienne est encore très loin d'être parfaitement comprise... mais suscite un intérêt grandissant au sein de la communauté scientifique. Cela se comprend : en bloquant le quorum sensing, nous pourrions empêcher les bactéries de devenir virulentes mais aussi de limiter la résistance aux antibiotiques.
     
    Reste que les recherches sur le sujet sont encore cantonnées au domaine préclinique : aucun traitement reposant sur l'inhibition du quorum sensing ne sera donc autorisé avant plusieurs années.
     
    A suivre donc (dans la Quotidienne et dans NewTech Insider) car c'est une nouvelle arme contre la résistance bactérienne qui est maintenant à notre portée.

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