• Matières premières chères : les spéculateurs sont les premiers responsables

     

    Matières premières chères : les spéculateurs sont les premiers responsables

    Et ils sont principalement occidentaux ! Explication…

     

    On nous disait que la consommation des pays émergeants expliquait la hausse des prix des matières premières. Et l’on pouvait de fait comprendre qu’un pays comme la Chine, par exemple, se portant acquéreur de plus en plus de pétrole sur le marché mondial, devait tirer les prix vers le haut. D’autant que, nous annonçaient les écologistes occidentaux, nous arrivions à un « pic » en matière d’hydrocarbures, soit une hausse de la production qui ne suivait plus la hausse de la consommation, l’ère de l’après pétrole étant arrivée. Sur le plan du pétrole, cette assertion est d’ailleurs fausse : les réserves mondiales sont loin d’être en déclin mais ce qui reste (beaucoup !) est de plus en plus coûteux à extraire (pétrole en eau profonde) ou à raffiner (bitumes) par rapport aux gisements quasi à ciel ouvert du Moyen Orient.

    Peu importe, revenons à nos hausses des prix des matières premières dues à la consommation croissante des pays jadis pauvres. Et bien, nous disent l’Institute of International  finance (étude de 2011) et des chercheurs (Silvennoinen etThorp, 2010), il n’en est rien : c’est bel et bien la spéculation qui en est la principale responsable. La première étude observe que le montant des actions dérivées sur les matières premières est passé de moins de 10 milliards $ à la fin du siècle dernier à plus de 450 milliards de dollars aujourd’hui. Et nos deux chercheurs ont calculé que les  « investisseurs » financiers qui représentaient moins de 25% des marchés de « commodities », comme disent les Anglophones, comptent à présent pour plus de 85% des intervenants sur les dits marchés, en nombre comme en volume de transactions.

    Qui sont ces fameux « investisseurs », en fait des spéculateurs purs et simples ? Des fonds de pension, des compagnies d’assurances, des banques, des fonds dits « souverains » (parce qu’ils appartiennent à l’Etat des pays qui les hébergent, tels les fonds pétroliers arabes ou les fonds chinois) et une myriade d’opérateurs plus petits gérant l’argent de particuliers (au risque de ces derniers !) et qui passent par les banques pour leurs opérations. Physiquement, les donneurs d’ordre sont les fameux « golden boys » qui ont été si décriés ces dernières années pour avoir touché des millions de dollars tout en menant l’économie occidentale à la quasi faillite.

    Il faut croire que leurs employeurs n’ont rien retenu des deux crises qui ont secoué leurs pays. D’accord, face à des bourses de valeurs qui n’ont toujours pas retrouvé le niveau qu’elles avaient en 2007, face à des effets publics qui sont de moins en moins sûrs, face à des entreprises qui doivent faire face à la récession et réduisent donc la voilure (elles émettent moins d’obligations), il ne reste que les matières premières comme repli pour leurs spéculations (le client veut du 5% minimum, on n’en est plus aux 15% d’autrefois)

    Certes. Mais c’est encore et toujours du court terme désastreux. Voyez donc les trois petits tableaux que j’ai extraits de la montagne de chiffres que vous pouvez trouver dans les statistiques en ligne de la CNUCED (Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement) : le premier vous montre l’évolution de la balance commerciale des pays en développement, en transition et développés de 1980 à 2011. 1980, c’est 6 années après les premiers grands chocs pétroliers, chocs qui avaient eu des répercussions sur l’ensemble des matières premières. L’Occident ne s’est pas encore remis des dits chocs et accuse un déficit commercial global assez fort. On voit qu’en 1995, il s’est parfaitement remis, les prix des matières premières (et des hydrocarbures) étant alors inférieurs aux prix d’avant les chocs du milieu des années 1970 ! Ce sont les années infernales de l’Afrique qui n’arrive pas à rembourser les emprunts qu’elle a contracté au moment où les prix de ses exportations étaient au plus haut. Club de Paris, Club de Londres, FMI et Banque Mondiale cassent littéralement les jeunes Etats en formation, cause première des troubles politiques qui s’ensuivent et auxquels la seule réponse proposée est la … démocratie !

    Passons et venons-en à l’année 2011où l’on voit avec une netteté confondante l’inversion totale du rapport de forces : les pays jadis pauvres ont à présent un confortable excédent face à un Occident à nouveau dans le rouge. Ce n’est pas tout : les tableaux 2 et 3, également extraits des séries statistiques de l’organisme onusien mal aimé par l’Occident (ses thèses ne sont pas pathologiquement libérales) montrent, eux, comment on en est arrivé là :

    -          En 15 ans, le poids des pays pauvres dans le commerce international, en valeur, a presque rattrapé celui des pays riches. Exportations accrues de produits finis, merci à la Chine, à l’Inde, au Mexique ou au Brésil, mais surtout hausse du prix des matières premières nécessaires à l’industrie occidentale ;

    -          En 10 ans, le pouvoir d’achat des exportations occidentales à considérablement régressé par rapport à celui des exportations des pays en développement ou en transition : hausse deprès de 300% pour ces dernières contre moins de 200% pour les premières.

    Il s’agit donc d’un renversement complet et durable de ce qu’on appelle « les termes de l’échange » qui furent longtemps, trop longtemps, profitables aux seuls pays riches : ceux-ci achetaient leurs matières premières à prix cassés et vendaient leurs produits finis avec des marges considérables. Les productions industrielles des pays émergeants, chine en tête, ont d’abord permis aux pays pauvres d’acheter moins cher leurs produits finis tandis que la hausse du prix des matières premières leur a conféré un pouvoir d’achat très supérieur à celui d’autrefois…

    Et c’est dans ce contexte que les « investisseurs » internationaux, pour la plupart occidentaux, spéculent sur les matières premières, devenant la principale cause de la hausse de leurs prix ! On ne peut que penser aux vieilles rengaines : « tant va la cruche à l’eau qu’elle se casse », « ils vendront jusqu’à la corde pour les pendre » Je suis certain qu’en Peule ou en Yorouba, on trouve des phrases encore plus fortes !

     

    Encadré

    Les banquiers contrôlent-ils leurs salles des marchés ?

    Après la série de scandales causés par des traders dans leur banque, des hommes politiques ont demandés à des banquiers, lors de « G20 », s’ils contrôlaient leurs salles de marché. Selon l’un de ces politiciens, la réponse fut négative ! En fait, les traders ont théoriquement à leur disposition des abaques qui leur permettent de miser sans trop de risque sur telle ou telle valeur. Il s’agit de programmes informatiques mis au point par des grosses têtes payées des fortunes par les banquiers. Mais une étude suisse, portant sur 28 traders, a démontré l’an dernier que ceux-ci étaient tous … psychopathes, plus intéressés à écraser un tel ou untel de leurs collègues qu’à gagner de l’argent et à en faire gagner à leurs clients et à leurs employeurs. C’est ainsi que Nick Leeson mit Baring Brother en faillite après une perte de 1,3 milliards de dollars, que Jérôme kerviel fit perdre 4,9 milliards d’euros à la Société Générale, qu’Howie Hubler en fit autant mais à hauteur de 9 milliards de dollars (en 2008) ou que Kweku Adobobi est soupçonné d’avoir fait perdre 2,3 milliards de dollars à l’Union de Banques Suisses. Et il ne s’agit là que des cas les plus flagrants : rien qu’en 2008, le système bancaire mondial connut 9 « traders fous », c’est-à dire faisant perdre de l’argent à leur établissement. Mais combien sont-ils à contribuer au déclin relatif mais très rapide de l’Occident avec la bénédiction de leurs patrons ? Lesquels vont ensuite, patelins, rencontrer les chefs d’Etat occidentaux en leur prodiguant conseils sur conseils ? Sachez donc que, ce faisant, ils scient la branche sur laquelle ils sont assis puisqu’également, ils ont dû acquérir d’énormes paquets de bons du Trésor de leurs Etats. Lesquels pourront de moins en moins les rembourser face à des économies de plus en plus exsangues.

     

    1-      Evolution de la balance commerciale des pays riches et pauvres de 1980 à aujourd’hui

    (Indices)

    Types de pays

    1980

    1995

    2011

    En développement

    0,042

    -0,017

    0,034

    En transition

    -0,013

    -0,00

    0,120

    Développés

    -0,020

    0,017

    -0,012

    Source : CNUCED

     

    2- Valeur des exportations en milliards de dollars

    Types de pays

    1995

    2011

    En développement

    609,5

    4242,5

    En transition

    42,5

    115,7

    Amérique du nord

    277,8

    613,2

    Europe

    1600

    4400

    Source : CNUCED

     

    2-      Pouvoir d’achat des exportations (indices)

    Types de pays

    2000

    2011

    En développement

    100

    231,37

    En transition

    100

    319,47

    Moyenne

    100

    275,42

    Amérique du nord

    100

    129,08

    Europe

    100

    239,64

    Moyenne

    100

    184,36

    Source : CNUCED


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