• Médias

     

    Honte aux journalistes occidentaux !

    Il y a quelques jours, la BBC montre une image d’un massacre d’enfants soi-disant perpétré par l’armée syrienne : des corps entourés d’un drap blanc et soigneusement alignés sur plusieurs rangs. Sur la photo, il y a plusieurs centaines de cadavres… Manque de bol, il s’agit d’une photo prise en 2003 par un photographe en Irak. Et il s’agit de victimes d’un bombardement américain.

    L’auteur de la photo réagit mais pas la BBC ni les médias européens qui ont relayé à fond l’information fournie, on l’apprend plus tard, par les rebelles syriens. Et c’est le net, plus des médias non occidentaux comme Cameroon Tribunes qui crient au scandale. Car c’en est un, et de taille : tout d’abord, la fourniture, par les rebelles syriens, d’une telle photo les décrédibilise totalement. Et c’est pour ça que les médias occidentaux, qui veulent à tout prix les présenter comme des victimes, se taisent… Ensuite, les journalistes anglais puis continentaux auraient pu aisément se poser des questions : seul un Etat organisé pouvait préparer de la sorte, de manière aussi rangée, les enterrements d’un grand nombre de tués. Des rebelles soi-disant bombardé tous les jours et tyrannisés à l’extrême n’auraient pu faire que du chacun pour soi. Mais non, aucune question, même pour une BBC jadis fleuron de la presse occidentale. Enfin, on doit aussi se poser des questions sur le fait que cette photo n’ait pas été publiée en…2006 : trop gênante pour les Occidentaux surement !

    Bref, on vient d’assister à une monstrueuse et nième tentative de manipulation de l’opinion occidentale avec, de toute évidence, la complicité des journalistes occidentaux : passe encore pour les petits et petites jeunes sans expérience et sans culture. Mais les grands médias ont des rédacteurs en chef et ce genre de photos ne passe jamais sans avoir été visualisé par des chefs en nombre. Qu’il n’y en ait pas eu un seul pour réagir est dingue, vraiment dingue : ça veut dire ni plus ni moins que l’information ne compte plus et que seul doit être digne de leur intérêt ce qui contribue à « vendre » les soupes gouvernementales occidentales, toutes libérales bien entendu et toutes aux mains de leurs lobbies militaro-industriels. Avec les compliments des « French doctors » et de pseudo philosophes de salon…

    Car cette affaire n’est que la partie immergée d’un immense iceberg dont je vais, ici et maintenant, tenter de vous faire comprendre l’immense connerie. Car il s’agit bel et bien d’une immense connerie comme vous allez le voir :

    -          Dans l’affaire Gbagbo, en Côte d’Ivoire, nous intervenons uniquement, au départ, parce que le président Gbagbo et Jacques Chirac se détestent profondément. Les Français ont donc suscité, via leur homme de main, Blaise Compaoré, une rébellion qui est vaincue par l’armée ivoirienne : la « Licorne » débarque uniquement pour empêcher cette armée régulière de contre attaquer victorieusement en pays nordiste. Dès lors le pays est coupé en deux. Les Français imposent à Gbagbo un premier ministre nordiste, le chef rebelle qui vient d’être vaincu. Mais ne rend pas pour autant le nord au pays légal. Puis il impose, avec une ONU aux ordres des Occidentaux, des élections « libres » après une révision des listes électorales par une commission électorale totalement aux mains de Ouattara et Bédié, c’est-à-dire des Français. Enfin, il fait acclamer le perdant, Ouattara et l’impose au pays par la force. Il faut savoir à cet égard que le trucage des listes électorales n’avait pas suffi. En plus, la fraude dans le nord –où les Gbagboïstes n’avaient pas accès – a été massive, Ouattara emportant plus de suffrages que d’inscrits dans un nombre incroyable de bureaux de vote. C’est l’annulation de ces tricheries sur grande échelle qui fait que Gbagbo est vainqueur malgré la tricherie préventive des listes électorales (cette tricherie a porté quand même sur 400 000 faux électeurs) Peu importe, Ouattara est un ami intime de Sarkozy et ce dernier fait donner la troupe française pour déloger le président ivoirien réélu.  Tout cela est passé sous silence, nos médias se gargarisant seulement de l’approbation de la « communauté internationale ». Et on ne parle plus de rien alors que, depuis son arrivée au pouvoir, le pantin des Français fait de l’épuration ethnique en grande largeur. Il appelle ça du « rattrapage ethnique » qui a occasionné des camps de réfugiés fabuleux au Ghana dont vos médias, là encore, ne vous parle pas. Ca les obligerait à vous dévoiler qu’ils vous ont pris pour des cons et enfoncer ce faisant un peu plus leur image de marque dans le public…

    -          Dans l’affaire libyenne et dès le départ, on sait que la révolte n’est pas démocratique mais tribale : c’est Benghazi qui est bombardé par Kadhafi, donc la Cyrénaïque d’où furent issus tous les rois de Libye avant la révolution Baasiste des années 1960. Il s’agit donc d’une guerre civile dans laquelle nous ne pouvons qu’introduire un peu plus de chaos. Ce que nous faisons allégrement en faisant, au passage, une publicité d’enfer aux avions de la maison Dassault. Une fois Kadhafi assassiné, les tribus de Tripolitaine ne veulent absolument pas de la mainmise de leurs homologues de Cyrénaïque, et tout le monde se tire dessus. Il y a dorénavant plus de morts, nettement plus de morts « après qu’avant » Tandis que notre mainmise sur le pétrole libyen ne fait pas chuter le cours de l’or noir, entre les mains des compagnies pétrolières et plus du tout des Etats occidentaux, CQFD !

    -          Dans l’affaire syrienne, même topo, j’en ai parlé au début de ce texte. Mais pas un journaliste, tant dans l’affaire Gbagbo que dans les deux affaires arabes, ne s’est opposé au simplisme monstrueusement réducteur de nos pseudos philosophes de salon. Réducteur car la réalité des oppositions est bien plus complexe qu’ils ne nous le disent en mettant tout sur le compte de tyrans sanguinaires. Et monstrueux car leurs raisonnement aboutit à valoriser par des gens se disant philosophes et étant pris pour des philosophes par une partie de l’opinion, la fabrication et la distribution d’armes dans des zones de conflit. Car, je me répète, les seuls à tirer vraiment profit de nos actions militaires à la con sont les fabricants d’armes !

    Quand nos médias racontent n’importe quoi sur des sujets techniques, nous sommes habitués, on s’en contrefout. Mais là, ça n’est plus du « n’importe quoi » : c’est de la volonté manipulatrice pure et simple. Est-elle volontaire ? Je n’en sais rien mais je n’en serais pas surpris : la génération des chefs actuels des médias est libérale-libertaire : le libéralisme le plus dur sur le plan économique et le « droit-de-l’hommisme » le plus à fond en matière sociale. Ce ne sont donc plus des observateurs, mais des militants. Qui détestent d’une part être remise en cause et, de l’autre, se faire prendre la main dans le sac. « Deux mensonges constituent un début de vérité » est de ce fait leur maxime favorite : on s’est fait prendre sur ce coup, on en remet deux couches pour recrédibiliser notre démarche. Tout cela me rappelle une phrase d’un dirigeant écologiste il y a 2 ou 3 ans, phrase rapportée par le Canard Enchaîné : « pour une fois que les faits semblent nous donner raison, on ne va pas bouder notre plaisir » Les Verts parlaient du pétrole et, dans cette réunion, l’un d’entre eux avait osé dire que le « pic du pétrole » n’était pas un pic d’approvisionnement mais un pic de prix : jamais plus les prix du pétrole ne seront très bas. Fallait pas le dire ! Et bien, là, dans cette affaire de média, car c’en est une et une « lourde », faut pas dire que la photo n’est pas réelle, ça remet tout en cause…

    Je le dis comme je le pense, face à cela et quand j’étais journaliste, j’aurais claqué la porte. Je l’ai fait d’ailleurs à Jeune Afrique quand je me suis rendu compte que l’éditeur était outrageusement pro-occidental et raciste anti-Noirs. Il avait réussi tant bien que mal à cacher cela tant qu’il était encore « vert » mais les dérapages s’accélérèrent au début du 3e millénaire, comme s’il était trop âgé pour se contenir. Il y a des moments dans la vie où il faut savoir dire non. Malheureusement, nos journalistes d’aujourd’hui ne savent même pas ce que signifie cette interjection… 


    Tags Tags :
  • Commentaires

    1
    Jeudi 7 Juin 2012 à 09:25
    Dommage de se tirer une balle dans le pied de cette manière. Bachar al assad est déjà suffisamment peu crédible sur la scène internationale pour que les rebelles Syriens n'aient pas besoin de ce genre de propagande :/
    2
    dalayer
    Jeudi 14 Juin 2012 à 13:31
    C'est vrai que le fiston Assad n'est pas crédible lui-même quand il dénie le fait que ses troupes tirent à l'arme lourde sur les rebelles. Mais on est là, comme en Libye, face à une guerre civile et je ne suis pas certain du tout que les Sunnites rebelles, relativement majoritaire dans le pays, l'emporteraient dans une élection vraiment libre face à une coalition de Chiites et de Chrétiens (ils sont nombreux en Syrie) Lesquels Sunnites ainsi que l'ONU ne sont en plus pas crédibles quand ils mettent sur le compte d'Al Qaïda les attentats commis à Damas, y compris à la porte d'une école. Ca dérape de toutes parts là bas, tout comme jadis au Liban (où c'est en train de repartir) Bref, un vrai merdier qui devrait être interdit d'armes et non où, en douce, nous fournissons des armes aux rebelles (avec l'aide de l'Arabie Saoudite) ainsi qu'une aide logistique (renseignement) Les Occidentaux sont devenus fous, déclinant à la vitesse grand "V" sur le plan économique et ne trouvant plus que la guerre pour se sentir vivants !
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :