• Mort aux classes moyennes !

    Pour une renaissance de l’humanisme<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p>

    Article 44<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Mort aux classes moyennes !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    <o:p> </o:p>

    J’avais commencé par appeler ce projet de texte « L’Occident peut-il s’en sortir ? » Et puis je préfère mettre tout de suite le doigt sur ce qui, pour l’instant en tout cas, l’empêche de s’en sortir, je veux parler de son élitisme.

    <o:p> </o:p>

    Mais commençons pas le commencement : j’ai eu une longue conversation avec ma sœur qui voulait savoir ce que j’entendais par marché de masse. Et, de fil en aiguille, je suis arrivé à lui faire comprendre pourquoi j’étais pessimiste. Voyons cela en détail :

    -         les Etats Unis d’Amérique, je crois l’avoir déjà écrit dans ce blog, ont mis plus d’un quart de siècle d’évolution dans les gencives des Européens en ayant comme objectif de faire en sorte que le plus petit ouvrier agricole du Kansas puisse se payer sa maison, sa voiture et sa télé. Si bien que lorsque nous n’avions pas encore l’électricité dans toutes nos maisons, les Amerloques, eux, avaient tous la télé (en N&B, certes mais tout de même !) Le processus fut assez rapide, commençant au début du 20e siècle avec le motoriste Ford (« mes ouvriers sont mes clients ») inventant et la production en chaîne et les hausses de salaire pour s’achever avec l’arrivée de Reagan au pouvoir et donc du retour de l’élitisme dans la définition des politiques macro et micro économiques américaines. Du coup, les Etats Unis ont pratiquement perdu l’avance qu’ils avaient et retrouvent des taux de pauvreté, analphabétisme, malnutrition et autres contre performances, digne du 19e siècle.

    -         L’Europe, elle, n’est jamais vraiment sortie de l’élitisme sinon pendant les fameuses « 30 Glorieuses » contre lesquelles se sont élevés nos politiciens de droite comme de gauche de ces dernières années. Rappelez vous à cet égard que même les dirigeants du PS fustigeaient le comportement « suicidaire » (selon eux) des syndicalistes. Dont ils cassèrent le pouvoir dans toute l’Europe occidentale en cassant l’inflation : plus d’inflation, plus besoin de négociations salariales collectives : vive la différenciation individuelle et, en fait, la loi du plus fort. On s’aperçoit aujourd’hui que la croissance a besoin d’inflation, mais ç’est une autre histoire : l’inflation fut terrassée pour permettre aux banques de lancer la mondialisation des produits financiers et, au passage, casser le syndicalisme, pas pour les beaux yeux du petit peuple qui, soi disant, est le premier à souffrir de la dite inflation qui « tue son pouvoir d’achat ». Voyez à cet égard les achats immobiliers. Quand le petit emprunte à taux fixe (ce qui était le cas général pendant les 30 Glorieuses), il voit petit à petit sa dette « bouffée » par l’inflation. Et non son pouvoir d’achat s’amoindrir puisque celui-ci est garanti par des négociations collectives…  

    -         Si bien qu’aux Etats Unis comme en Europe, la mondialisation s’accompagna d’un formidable retour en arrière social, la montée des « classes moyennes » se faisant en même temps que la remontée d’une nouvelle sorte d’esclavage, un bon tiers environ des populations vivant petitement et dans la précarité la plus totale. Et acceptant donc tous les boulots à n’importe quel prix. Les domestiques sont donc de retour, mais à temps partiels et dans les foyers à revenus dits « moyens »…

    <o:p> </o:p>

    Plus grave est la tournure prise par la production industrielles et de services en Occident avec ce retour de l’élitisme : sous la pression du marketing, forcé de différencier les marchés, de créer des sous-groupes en nombre, les séries se sont réduites et les prix de revient ont arrêté de baisser. Des notions ineptes, couronnées par des prix Nobel d’économie ! ont vu le jour, tel le principe dit du « happy few » ou celui des « séries limitées ». Et, dans la croissance des résultats, le commercial et le financier sont devenus plus importants que le producteur : les riches aujourd’hui sont les patrons et les cadres commerciaux tandis que les entreprises de très grandes richesses sont celle qui s’occupent de distribution.

    <o:p> </o:p>

    Les exemples abondent de gâchis productifs. Ainsi les Instituts de recherche occidentaux se sont-ils abîmés ces dernières décennies dans des tentatives d’autofinancements sans espoir, le nombre de leurs brevets s’effondrant en plus (cas, en France, du prestigieux Institut Français du Pétrole dont le nombre de brevets annuels a été divisé par deux en dix ans) La presse a vu la publicité s’emparer des leviers de commande tandis que la production se délestait de ses meilleurs éléments au profit de petits jeunes sans expérience et sans mentors. Les salaires de départ des ingénieurs sont devenus inférieurs à ceux des comptables et des juristes, nos jeunes se précipitant donc, tous plus matheux les uns que les autres après des décennies d’impérialisme mathématique dans les écoles, dans ces professions oh combien lucratives ! Etc., etc., et, ce, en quelques décennies seulement.

    <o:p> </o:p>

    Pendant ce temps, les Asiatiques, Japon d’abord puis Chine et Indes sans oublier la Malaisie et la Thaïlande et, bientôt, le Vietnam, s’emparaient du concept de marché de masse : un seul modèle mais tiré à des millions d’exemplaires et donc au coût de revient archi bas. Tout y est passé en moins de 30 ans : l’électroménager brun et blanc, la bagnole, même aujourd’hui le BTP, les Chinois ayant compris qu’en proposant, dans le Monde, un seul modèle de route répété à foison, ils seraient nettement moins chers que les Français « enculeurs de mouche » et n’arrivant pas à sortir de leurs schémas élitistes (recherche de prouesse technique par exemple, pour que ça plaise aux « Grands »). Un exemple est particulièrement frappant à cet égard : dans les années 1985-1995, l’automobile américaine connaît une crise phénoménale et les Européens tiennent le haut du pavé. Un constructeur comme Peugeot règne sur la motorisation diesel en vendant des licences jusqu’au Japon. Mercedes-Benz se constitue en formidable conglomérat. Moins de quinze ans plus tard, Toyota devient le premier constructeur mondial et les Japonais sont les premiers à vendre des motorisations « hybrides » pourtant étudiée en Europe mais abandonnées dix ans auparavant. Ce, tandis que le constructeur Indien Tata rachète Jaguar, achète le brevet français des moteurs à air comprimé et prépare le lancement d’une voiture hyper bon marché (moins de 2000 € l’unité !)

    <o:p> </o:p>

    Etats Unis hier, Asie aujourd’hui, que faut-il de plus à nos élites pour comprendre qu’en renforçant l’élitisme comme elles le font depuis Thatcher et Reagan, aujourd’hui avec des Bush ou des Sarkozy, elles se gourent du tout au tout et nous envoient direct dans le mur ?! Il faut dire à leur décharge –et c’est pourquoi je suis pessimiste- que nos populations se vautrent dans cet élitisme avec délectation. Les seuls journaux qui marchent sont les journaux dits « people », qui parlent de la vie des grands de notre monde. Des gens se ruinent pour se payer des 4X4 rutilants et exposer ainsi leur prétendue richesse aux yeux de leurs voisins. Dans les entreprises, le taux de syndicalisation n’a jamais été aussi bas et les jeunes entrent dans la vie en se disant qu’ils vont « bouffer le Monde » (voir la superbe chanson de Renaud, Manhattan Kaboul) Nos commentateurs, experts inclus, sont d’une arrogance inouïe sur à peu près tous les sujets (voir à cet égard le plus en plus étonnant Jacques Attali dont l’arrogance croît au fur et à mesure qu’il se trompe –et il se trompe de plus en plus) Et Dieu n’a cette fois-ci pas résisté chez nous à son vieux rival, le Veau d’or, devenu l’aune unique de la réussite : des êtres incultes mais riches pérorent aujourd’hui dans nos salons littéraires et artistiques, la collection merdique d’un François Pinault s’imposant –parce qu’émanant d’un milliardaire de la distribution- dans l’un des plus prestigieux palais de Venise. Je n’insiste pas, contentez vous de regardez votre environnement avec un sens un peu critique, vous ne pourrez manquer d’additionner les exemples jusqu’à l’écoeurement et l’envie de suicide…

    <o:p> </o:p>

    Croyez vous que ce Monde là, dans lequel les fameuses « classes moyennes » se croient tout permis, ne lisent plus et ne réfléchissent plus tout en voulant décider de tout, se prosternent devant plus riches qu’elles tout en suant l’envie, soit prêt à revenir au concept de marché de masse ? Je me souviens de ma grand mère maternelle qui n’aimait pas le Monde des 30 Glorieuses dans lequel « même ma concierge a une voiture ! » Qu’elle se rassure : avec l’assentiment des classes moyennes et de leurs représentants politiques de droite comme de gauche, son monde à elle est durablement de retour. Je ne vois pas comment, par exemple, nos constructeurs automobiles pourraient, d’un coup de baguette magique, se dire qu’après tout, supprimer les options, limiter le nombre de modèles et abaisser les prix de vente de beaucoup est la seule solution pour qu’ils existent encore demain face aux constructeurs asiatiques. Je ne vois pas nos férus de stock options accepter une répartition plus intelligente du Revenu national. Songez que la caricature d’élitisme qu’est notre Ecole nationale d’administration, plus connue sous son diminutif « ENA », est attaquée par nos intellectuels depuis des décennies et vomie par la très grande majorité de nos concitoyens. Et bien sachez que la réforme de Mitterrand (ouverture de la moitié des places à des candidatures plébéiennes, issues du fonctionnariat ou du syndicalisme) a été réduite à presque rien dès son départ du pouvoir (le nombre de places réservées est devenu ridiculement bas). Ce, tandis que nos élites, à la manière de Sarkozy, remuent vaguement et de temps à autre  l’idée d’autres réformes pour améliorer leur image de marque…

    <o:p> </o:p>

    En fait, les Occidentaux sont outrageusement hiérarchisés depuis des millénaires et ne peuvent pas sortir de ce schéma hiérarchique : hier, c’étaient les militaires et les curés qui dirigeaient. Puis ce furent les grands bourgeois via les élections censitaires. Le suffrage universel permit aux élites intellectuels issues du peuple (la gauche) de venir aussi goûter à la pitance « démocratique » Mais en recréant alors une nouvelle hiérarchie de revenus et, bien entendu, en tentant de protéger son nouveau statut via, notamment, le verrouillage des partis politiques au sein desquels sont décidés les candidatures aux élections. Dans les entreprises, le processus a été plus vicieux puisqu’il a suivi sans état d’âme le principe de l’adoubement médiéval au sein de directions s’apparentant à de véritables cours royales. Les lèches bottes sont devenus les princes de ces mondes ubuesques dans lesquels on a pu voir des dirigeants nullissimes commettre collectivement de monstrueux délits d’initiés (EADS) : s’il n’y avait pas eu les petits derrière pour tenir production et vente envers et contre toutes les conneries de ces dirigeants, nos économies élitistes se seraient déjà effondrées. Songeons à cet égard et alors que les dits dirigeants conspuent avant tout et stupidement les 35 heures, aux horaires décalés qu’ils ont imposés à leur personnel (les fameuses réunions du soir et le fait qu’aujourd’hui, plus personne n’arrive tôt dans les bureaux) ainsi qu’au temps perdu dans des réunions en bien trop grand nombre. Vu de loin, c’est assez effrayant car, là encore, l’arrogance de ces « grands » nullissimes est sans borne : ils savent tout et pérorent sur tout pendant que les marchés d’importance leur échappent de plus en plus au profit des Asiatiques. Exemple : interrogez des cadres sup. de chez Bouygues sur leurs pertes en Afrique : ils vous diront que c’est parce que les Chinois versent plus de pots de vin qu’eux ! Ils n’ont rien compris et ne changeront rien à leurs croyances et à leurs actions…

    <o:p> </o:p>

    D’autant qu’ils sont majoritaires, ces dignes représentants des classes moyennes : leurs victimes, les précarisés mal payés, ne sont plus qu’un petit tiers de la population. D’où l’évolution de nos partis de gauche dits « de gouvernement » vers le libéralisme, abandonnant les miséreux à leur sort : de toute façon et en plus, ces miséreux ne votent pas ! Le sort est donc jeté à mon humble avis : l’Occident a perdu la guerre économique de la mondialisation parce que sa population ne peut pas réagir. Elle vote d’ailleurs surtout pour les grandes gueules de droite lui annonçant des « réformes » qui, toutes, visent à renforcer l’élitisme qui est le fondement des sociétés « indo-européennes ». Comme les fondamentalistes musulmans pensent retrouver la grandeur de l’Islam via un retour aux principes originels du dit Islam, les Occidentaux pensent se sauver de la décrépitude civilisationnelle qui suivra immanquablement la décrépitude économique en regardant en arrière et en retournant aux bonnes vieilles hiérarchies sociales.

    <o:p> </o:p>

    Sauf  que cette fois-ci et en plus, elles sont anarchiques, ces hiérarchies : les Anglo-Saxons ont gagné et imposé la mort des Etats à l’Occident. Surtout à l’Europe d’ailleurs, car les Américains, eux, le prônent sans le faire (voir leurs déficits budgétaires abyssaux) Nous avons donc perdu les moyens de réagir si jamais nous en éprouvions réellement l’envie. La Russie, la Chine, l’Inde, la Thaïlande, la Malaisie, ont toutes renforcé leur Etat face à la mondialisation. Grâce à ce renforcement, ils ont pu bénéficier de la dite mondialisation en empêchant et les investisseurs étrangers de venir foutre la merde dans leurs arrangements sociaux, et à leurs capitalistes de brader leur patrimoine économique aux étrangers. Mais, nous, nous avons abandonné la direction de nos économies à quelques financiers et quelques PDG un peu moins nullissimes que la plupart des autres. Pour l’instant : car avec l’arrivée d’une droite « décomplexée » au pouvoir un peu partout et avec le ralliement des partis de gauche au libéralisme, on ne voit pas pourquoi les nullissimes ne prendraient pas le pouvoir ? Notre avenir est donc sombre : tout en croyant « bouffer le Monde », nos enfants deviendront progressivement des supplétifs de l’Asie et, progressivement toujours, se sont les valeurs asiatiques qui s’imposeront au Monde. Pourquoi pas, après tout ? Au moins, les dits Asiatiques ont le sens de la famille et le sens du travail collectif. La mort de l’individualisme occidental ne sera pas forcément un drame pour l’humanité…<o:p></o:p>


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :