• Mugabe ? Vous avez dit Mugabe ?!

    Pour une renaissance de l’humanisme<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p>

    Article 45<o:p></o:p>

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    Mugabe ? Vous avez dit Mugabe !<o:p></o:p>

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    Selon la presse occidentale, française incluse, les faits sont simples : un vieux dictateur africain refuse le verdict des urnes et, par la violence, oblige le vainqueur à se retirer de la compétition électorale pour gagner, seul, le 2e tour de l’élection présidentielle. Démocratie bafouée, horreur et tutti quanti…<o:p></o:p>

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    Et je suppose que la majorité de ceux qui découvrent ces lignes vont se dire : « mais qu’est-ce qu’il va bien pouvoir dire la dessus, il n’y a rien à dire ! » Et ben si ! Et d’abord faut expliquer comment il en est arrivé là, le vieux dictateur, en fait un héro, « le » héro d’ailleurs pour bon nombre de Bantous, de l’anti-Apartheid, bien avant Mandela. Car il ne faut jamais oublier, quand on veut absolument prendre parti dans cette affaire, que Mugabe est le premier à avoir mis les Blancs dehors au pays de l’Apartheid. Certes, le Zimbabwe, l’ex-Rhodésie, n’est pas l’Afrique du sud. C’est bien plus petit. N’empêche que le bonhomme a été mis des années en prison par Ian Smith avant d’être expulsé de son pays vers le Mozambique d’où il est revenu les armes à la main. Des armes soviétiques, certes, puisque les Anglo-Saxons de l’époque, tant à Londres qu’à Washington, soutenaient de fait l’Apartheid (Jonas Savimbi, l’allié de l’Afrique du sud « blanche » pendant la guerre civile angolaise, fut fait « combattant de la Liberté », la plus haute distinction américaine, par Ronald Reagan). Et Mugabe mit une déculottée mémorable aux troupes de Smith armées et entraînées par les Anglais, avec des conseillers militaires anglais dans ses rangs. Des Blancs face à des Noirs abandonnèrent leurs équipements lourds pour courir plus vite se réfugier en Afrique du sud où continuait alors de régner l’Apartheid.<o:p></o:p>

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    Les Anglo-Saxons sont des teigneux et ils n’oublieront jamais l’affront. D’autant que Mugabe va donner des ailes, ainsi qu’une position de repli, aux combattants de l’ANC : dix ans plus tard, les Blancs perdront aussi le pouvoir en Afrique du sud tandis qu’auparavant, Washington avait été obligé de revoir sa politique sous la pression de l’opinion américaine chauffée à blanc par le processus engagé par le « vieux dictateur » vomi aujourd’hui par l’ensemble des Occidentaux. Fin du 1er acte.<o:p></o:p>

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    Le 2e acte, ce sont les 15 premières années de règne de Mugabe. L’homme a inauguré en fait la politique que suivra Mandela à son heure, soit un gouvernement avec les Blancs. Ian Smith ne sera même pas poursuivi pour les exactions –nombreuses- qu’il a fait commettre par ses troupes ou qu’il a couvertes et vivra tranquillement et de nombreuses années dans « sa ferme africaine » Auparavant, avant même l’arrivée de Mugabe au pouvoir, en 1979, les Anglais ont convié ce dernier à des négociations de paix à Lancaster House, près de Londres. Pour qu’il ne massacre pas les Blancs (le traité comprend une amnistie générale). Lors de ces négociations, Londres a promis de financer le rachat par les Noirs des terres qui leur ont été volées par les Blancs. C’est écrit en toutes lettres dans le traité, en même temps qu’un paragraphe dans lequel les Noirs s’engagent, eux, à laisser 10 ans aux Blancs pour organiser leur retrait des dites terres. Et, pendant ces 10 ans, tout se passe à merveille aux yeux des Occidentaux. Sauf que, déjà, les investissements miniers ont été taris. Lonhro, le principal investisseur minier en Rhodésie n’a pas voulu rester au Zimbabwe. Lequel ne produit plus que des « traces » de ce qui fit jadis sa grandeur minière, chrome et platine notamment. Mais Londres continue à acheter le tabac zimbabwéen produit dans les fermes tenues par les Blancs (le tabac demande des terres riches et très arrosées. Il s’agit quand même de plantes à très grands feuillages…)<o:p></o:p>

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    Mais les troupes de Mugabe, elles, ne sont pas contentes. Elles se sont battues pour récupérer leurs terres (la terre compte énormément pour les Bantous) et rien ne vient. Car les Anglais traînent les pieds et ne financent rien. Mieux même : quand Tony Blair arrive au pouvoir en mai 1997 soit 17 ans après la signature du traité avec Mugabe, il dénonce le dit traité et refuse d’en endosser les termes sous prétexte que ce n’est pas son gouvernement qui les a négociés. L’Angleterre refuse ouvertement d’honorer sa signature. Il ne reste plus à Mugabe qu’à contraindre les fermiers blancs à plier bagage puisqu’il n’a pas les moyens de racheter leurs fermes. Notons au passage et à l’attention des journaleux français qui traitent aujourd’hui la question zimbabwéenne avec mépris, que leurs anciens n’avaient pas élevé la moindre protestation quand les Algériens dirent aux fermiers pieds noirs : « la valise ou le cercueil ! » en passant réellement à l’acte. Mugabe, lui, n’a fait tuer que 4 Blancs, « pour l’exemple » (si c’est bien lui qui a commandité les meurtres) Mais l’opprobre fut unanime en Occident et Mugabe fut immédiatement mis à l’indexe. <o:p></o:p>

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    J’ai rarement vu autant de déchaînement médiatique à ce propos, le contre exemple algérien étant loin d’être unique. Car tout le monde peut comprendre que des gens à qui on a volé leur terre veuillent la reprendre. On compatit d’ailleurs sur les Palestiniens évincés par Israël en 1948 et les journaleux occidentaux se taisent –car ils sont aussi très pro israéliens- quand le Hamas parle du droit au retour : silence dans les rangs, on est quand même gêné aux entournures. Mais pas vis-à-vis de ces connards de négros zimbabwéens, des demi singes quand même, n’est-ce pas ! D’autant que, les Anglais cette fois-ci cessent leurs achats de tabac (ça les arrange d’autant plus que, dans le même temps, la consommation de tabac commence à décroître en Europe) : après le chrome et le platine, c’est le tabac qui disparaît du pays, soit les trois principales recettes d’exportation de l’ex-Rhodésie. Mais ça, personne ne vous le dit ! Tout au contraire apprenez vous que le Zimbabwe a été inclus dans la liste des « pays du mal » par Bush le (tout) petit, que les Suédois ont interrompu leur aide « humanitaire » en sus des British, que… Vous croulez sous un flot d’anathèmes à tel point qu’il devient politiquement incorrect de défendre Mugabe. Même au sein de la rédaction de Jeune Afrique ! Francis Kpatinde, rédacteur en chef adjoint de l’hebdomadaire dirigé d’une main de fer par le tunisien Ben Yahmed est viré. C’était lui le défenseur attitré du Zimbabwe de Mugabe (et lui, en fait, le dernier vrai Noir de cette rédaction mais ceci est une autre histoire)<o:p></o:p>

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    Fin de l’acte 2, celui au cours duquel Mugabe et son pays sont diabolisés par les Anglo Saxons. A noter que les Français, du temps de Chirac, ne se laissent pas prendre à ce jeu de poker menteur d’autant que les Zimbabwéens n’ont pas peu contribué à repousser l’offensive rwando-ougandaise contre Kabila père quand celui-ci décida de se débarrasser de ses encombrants amis dans sa guerre civile contre Mobutu. En l’occurrence, Mugabe fut notre allié puisque nous étions alors pour Kabila contre les Américains soutenant les Rwando-Ougandais… La presse française n’est donc pas tout à fait à l’unisson avec la presse anglo-saxonne. Mais avec l’arrivée de Sarkozy, c’est l’éviction des gaullistes et de la politique anti-américaine. Mugabe devient le diable aussi pour les journaleux français, très contents en fait, parce qu’ils n’y connaissent rien, de pouvoir cogner sur ce président d’une république étrangère : ça les soulage peut-être de ne pas pouvoir cogner sur leurs propres élus tant ils sont vendus à leurs annonceurs, lesquels sont proches des dits élus ?...<o:p></o:p>

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    L’acte 3 est encore plus vicieux car, là, notre bonne presse ne dit rien, de Londres à Washington en englobant tout le reste de l’Occident : c’est le financement d’une opposition à Mugabe sur une grande largeur par les Britanniques et les Américains aboutissant aux dernières élections où les Anglo Saxons, en plus, ont aussi financé une dissidence interne au parti de Mugabe : le ministre des Finances se présente contre son patron, détournant 8% des électeurs de la Zanu (le parti au pouvoir) L’opposition, compte tenu du mode de scrutin, remporte les législatives et se retrouve en tête du premier tour de la présidentielle. Vous ne me croyez peut-être pas alors je vous invite à regarder ce qui s’est passé au Venezuela quand les USA ont voulu chasser Hugo Chavez du pouvoir. L’opposition avait table ouverte, publiquement, à l’ambassade des Etats Unis dont les crédits ont bondi, toujours publiquement, dès que la décision a été prise de tout faire pour se débarrasser du populaire président de ce pays pétrolier. Et je vous invite à vous souvenir du destin de Mossadegh, premier ministre iranien élu et chassé du pouvoir par un « shah » financé par la CIA parce qu’il voulait nationaliser le pétrole… <o:p></o:p>

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    Chez eux, tant les Anglais que les Américains ne tolèrent pas que des étrangers financent leurs campagnes électorales. C’est un délit pénal. En matière de financement interne, ces faux culs ont légalisé le financement par des entreprises, du moment qu’elles sont du pays. Leurs taux de corruption ont donc baissé fissa puisque ce qui était, hier, interdit est devenu permis. Sauf cette clause de rien du tout de la nationalité des financements électoraux. De rien du tout visiblement et en effet puisque les Anglo Saxons n’appliquent pas à l’étranger les règles déontologiques qu’ils se sont fixés chez eux, CQFD ! <o:p></o:p>

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    En attendant, que pouvait donc faire Mugabe face à ces manœuvres ? Remettre purement et simplement le pouvoir aux amis de ses ennemis jurés ? Et mettre un terme à la réforme agraire en risquant alors une guerre civile terrible (n’oublions pas que ce sont les vainqueurs des Anglais, des militaires aguerris donc, qui sont les principaux bénéficiaires de la dite réforme) ? Il est piégé car il n’a guère d’autre choix, à son âge, que de faire un coup d’Etat. En se mettant alors à dos toute la « communauté internationale », occidentale en fait : les Chinois, eux, s’en moquent sinon qu’ils doivent déjà regarder les affaires qu’ils peuvent faire avec le Zimbabwe, dans le domaine minier notamment (ils ont déjà fait des offres de service alléchantes) ; les Russes itou, d’autant qu’ils se moquent un peu éperdument de l’Afrique ; et les Africains de même car le cas Mugabe est mieux connu par eux que par nous. Mugabe a donc et tout naturellement décidé de continuer à dire « merde » aux Anglo Saxons et à tous ceux qui soutiennent les dits Anglo Saxons. Et nous ne pourrons que râler par journaleux interposés car nos « sanctions » sont bidon : l’aide « internationale » à l’Afrique ne compte pas dans le développement des pays africains, plus soutenus par les rapatriements d’argent des expatriés que par les libéralités occidentales. Ce, alors que le vrai mal au Zimbabwe a déjà été fait : fermeture des mines et arrêt des achats de tabac. C’est ce qui explique la crise financière de l’Etat zimbabwéen qui ne touche plus ses royalties sur les exportations minières et agricoles. Pour le reste, le pays vit avec le rand sud africain, la livre zimbabwéenne, en déroute, ne servant qu’à payer les fonctionnaires (qui courent changer leur paye dès qu’ils l’ont touchée) et les autobus (et encore !) Tandis que la fin des cultures d’exportation n’a pas empêché les paysans noirs de produire du vivrier échappant, comme dans toute l’Afrique subsaharienne, aux impôts et donc aux statistiques. Le pays a pu d’ailleurs surmonter sans problème et tout seul la sécheresse de 2005, Mugabe ayant refusé une aide occidentale qui aurait totalement anarchisé les marchés intérieurs du Zimbabwe (mais nos journaleux ont quand même dit qu’il affamait son pays !)<o:p></o:p>

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    Bref, nous continuerons à cracher sur les Noirs et à nous couper d’eux, au seul profit des Asiatiques qui nous ont déjà piqué le concept du marché de masse. Je n’ai jamais eu ouïe dire de tant de conneries dans l’évolution de sociétés se croyant supérieures : mes chers compatriotes, il faudrait quand même que vous vous disiez un jour que vous êtes nuls et que la téléréalité plus vos jeux vidéo à la con ne vous autorisent pas à donner des leçons au monde entier ! Quand je pense qu’aujourd’hui encore, plus du tiers des Américains sont persuadés qu’il existe des armes cachées de destruction massive en Irak tandis que plus de 60% d’entre eux croient dur comme fer que les pays dits « du mal » sont réellement sataniques ! Et quand je pense que les écolos occidentaux n'ont rien trouvé de mieux pour surmonter l'augmentation des prix du pétrole que d'introduire de force (contraintes légales) des huiles alimentaires dans l'essence ! En créant ainsi de telles tensions sur les marchés alimentaires que le monde entier se révolte...


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