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    Commerce mondial : les déficits occidentaux se creusent

    L’avenir des pays riches en trois tableaux

     

    La Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED) vient de mettre les statistiques du commerce international à jour dans son annuaire statistique en ligne. Voyez les tableaux 1, 2 et 3 : ils pourraient se passer de commentaires.

    Il faut toutefois rappeler certaines données et en souligner d’autres. Dans la série des rappels, il faut se souvenir qu’avant l’année 2000, « annus horribilis »  pour l’Occident car celle de la remontée forte et durable du prix des matières premières, les pays riches étaient en excédent et les pays pauvres en déficits cumulés d’année en année. Le FMI intervenait à tout bout de champ en Afrique, cassant ses Etats naissants et empêchant en fait le continent de se développer rapidement comme le lui permettaient son environnement socio-économique : constitution rapide de grandes agglomérations, progression faramineuse de l’alphabétisation, forte démographie, etc.  Tout cela, de même que les certitudes ultralibérales des dirigeants des pays riches, tout cela donc s’envola comme papier au vent face à la hausse de la valeur des exportations des pays pauvres : en moyenne, les prix des matières premières organiques et minérales ont été multipliés par trois depuis l’an 2000 où ils avaient été également  et considérablement multipliés depuis les années 1970. La comparaison avec les années antérieures à 2000 est impossible du fait de la remise du compteur à zéro cette année 2000 mais on peut prendre le prix du brut comme référence : moins de 10 dollars le baril le 10 décembre 1999 et 80 dollars un an plus tard… Notez qu’au plus fort des années 1970, après les deux premiers chocs pétroliers, le prix du baril n’atteignit jamais les 50 dollars.

    Toujours au titre des rappels historiques, les pays pauvres, alors principalement exportateurs de matières premières, étaient tous dans le rouge : ils importaient plus qu’ils n’exportaient, accumulant ainsi des dettes importantes tant privées que publiques. Les premières étaient « traitées » par le fameux « Club de Londres » (les banques)  tandis que les secondes l’étaient par le tout aussi fameux « Club de Paris » (les Etats) Avant que FMI et Banque Mondiale  ne se mêlent au problème. Et bien aujourd’hui, les rôles sont inversés et sacrément inversés : le solde de la balance commerciale des pays riches, jadis fortement excédentaire, est devenu très fortement déficitaire, à un point jamais vu dans l’histoire économique de l’humanité : près de 5% du commerce mondial par an ! Comme cela dure depuis 12 ans maintenant, vous pouvez estimez que le déficit accumulé par l’Occident et le Japon s’élève à 60% du commerce mondial annuel et donc à bien plus qu’une année de commerce des pays riches.

    Nous entrons à présent dans le chapitre des points à souligner. Car et en effet, les pays riches ont commencé à moins exporter que les années précédentes. Leur recul n’est plus relatif, il est devenu net : un recul de plus de 3 points en 2012 par rapport à 2011. Certes, leur part dans ce commerce mondial reste très importante. Mais elle n’est plus que de 50% à peine contre 66% il y a 12 ans : le déclin est d’une rapidité inouïe, surtout quand on sait que les chiffres imposants du commerce mondial recouvrent en fait une réalité moins imposante : dans un autre rapport au début de cette année, la CNUCED relevait que les mêmes marchandises étaient exportées après traitement, parfois plusieurs fois. Ainsi et pour illustrer le propos, la Côte d’Ivoire exporte du cacao brut. Lequel est transformé en chocolat, toujours brut, en Europe. Ledit chocolat est exporté d’Europe continental en Angleterre où il est utilisé dans la fabrication de barres alimentaires. Lesquelles sont ensuite réexportées dans le monde entier. Si bien que le cacao d’origine est compté jusqu’à trois fois dans les chiffres du commerce international. Et devinez quels sont les pays qui sont le plus à l’origine de ce triple comptage ? Les pays pauvres, eux, ont des statistiques justes : quand x tonnes de cacao quittent le port de San Pedro, elles ne peuvent plus revenir que sous forme d’importations de produits finis. Alors qu’un même pays peut multiplier à foison ses sorties de marchandises comme on l’a vu dans cette autre affaire de viande de cheval roumaine devenue viande de bœuf en France puis produits surgelés « 100% pur bœuf » en Angleterre. Le recul occidental dans le commerce mondial doit donc être apprécié en tenant compte de ce phénomène de double voire triple comptage : en fait, il est bien plus important que visible ici, dans des tableaux pourtant et déjà très explicites.

    Un deuxième point à souligner est le poids croissant de l’industrie dans les exportations des pays pauvres. Vous pouvez apprécier ce phénomène en rapprochant le tableau sur les indices de prix (n°3) de celui sur le commerce mondial (n°1) : tandis que les prix des matières premières ont été multipliés par près de 3 en 12 ans, le commerce extérieur des pays en développement a été multiplié, lui, par 4. Il y a eu, très certainement, augmentation des volumes exportés, mais une telle augmentation n’explique pas une telle différence (25% de plus) On voit par contre que les pays émergeants, exportateurs quasi institutionnels de produits industriels, ont, eux, multiplié leurs exportations par…5,5 en 12 ans. Et ce sont ces deux phénomènes qui expliquent l’effondrement des balances des paiements occidentales : concurrences des pays émergeants et, maintenant, de plusieurs pays en développement en matière industrielle ; et hausse énorme du prix des matières premières. Les marges des industriels occidentaux se sont donc réduites comme peaux de chagrin, expliquant tous les maux actuels des économies dans lesquels ils évoluent : délocalisation, recherche de la compétitivité via la seule variable encore à leur disposition, les salaires, et austérité budgétaire pour enrayer la poursuite de l’endettement fou des Etats qui les hébergent. Endettement faisant suite, il faut aussi le souligner, tant à la nécessité pour les gouvernements de se faire réélire (programmes sociaux) que des crises dues à la déconnection entre économies réelles (en déclin) et économies financières (en constante augmentation). Les Etats occidentaux ont dû injecter des centaines de milliards de dollars dans leurs économies pour sauver qui leurs industries automobiles, qui leurs banques… En plus, l’idéologie au pouvoir en Occident (l’ultra libéralisme et l’économie dite de l’offre) a conduit ces mêmes Etats à mener des politiques fiscales laxistes qui ont accru leur ruine.

    On ne voit pas comment ils pourront s’en sortir à l’heure actuelle. La « théorie du chaos » ? Mais ils sombreraient alors en même temps que les pays qu’ils déstabiliseraient dans l’espoir d’en contrôler les matières premières. Il a en effet fallu une bonne dizaine d’année pour que l’Irak retrouve son niveau de production pétrolière d’avant les guerres du Golfe et les Irakiens vendent aujourd’hui leurs produits pétroliers aux prix du marché, donc chèrement. La Côte d’Ivoire a bien essayé, au lendemain de la guerre civile, de moins payer ses paysans pour pouvoir baisser le prix du cacao mais les besoins du pays l’ont vite ramené à moins de gentillesse vis-à-vis des importateurs. Et la guerre gagnée contre les trafiquants de cocaïne n’a pas empêché les producteurs d’héroïne de prendre la place de ces derniers dans le marché américain : les armes ne règlent définitivement pas les problèmes économiques de la planète en ce troisième millénaire après Jésus Christ. Un millénaire au cours duquel les vendeurs ont autant besoin de vendre que les acheteurs, d’acheter. Le tout dans un environnement « fermé » dans beaucoup de domaine et où la recherche-développement joue donc un rôle majeur : trouver de nouvelles sources d’énergie à bas prix, trouver des matériaux pouvant se substituer aux matières premières actuelles à des prix compétitifs, imaginer des produits sans doute plus durables… Etc. Or l’Asie, Chine en tête, a d’ores et déjà pris la tête du monde au niveau des brevets et l’Inde, autre exemple, se positionne déjà en matière de recherche informatique. Sans compter l’Afrique qui entame son développement industriel en dépit de l’absence d’investissements de la part et des multinationales, et des anciens pays coloniaux. Trois grands pôles sont d’ores et déjà en état de produire pour exporter, l’Afrique du Nord, l’Afrique du Sud et le Nigeria. L’Egypte, par exemple, exportait son coton brut il y a 20 ans. Aujourd’hui, elle n’exporte plus que des produits finis, des vêtements en tous genres. Le Nigeria exportait du pétrole et les voitures en petit nombre que fabriquait et fabrique toujours la CFAO sur son sol. Le Japonais Toyota vient de racheter la CFAO et va donc très bientôt fabriquer ses voitures sur le sol nigérian à la place de la marque Peugeot. Gageons qu’il passera à la vitesse supérieure et que les exportations de véhicules Toyota « made in Nigeria » seront nettement plus importantes que celles des pick-up Peugeot d’aujourd’hui. L’Afrique du Sud exporte déjà dans toute l’Afrique des produits industriels de base ainsi que des véhicules BMW fabriqués sur son territoire. Tout cela, c’est déjà le passé quand on voit Renault investir au Maroc et les multinationales tant chinoises qu’américaines commencer à s’intéresser au marché de plus d’un milliard d’habitants que représente le continent africain. Il leur en a fallut du temps mais le démarrage est là : avec le deuxième taux moyens de croissance dans le monde, le dit continent ne s’est pas réveillé : il a réveillé de puissants investisseurs non empêtrés dans une histoire compliquée avec l’Afrique. Et celle-ci ne peut maintenant qu’accélérer un développement déjà rapide…

     

     

    1-      Commerce mondial* de 2000 à 2012 (en milliards de dollars)

    Régions

    2000

    2005

    2010

    2011

    2012

    Afrique

    147,7

    311,1

    510,7

    598,1

    626,3

    Monde

    6446,6

    10495,2

    15289,7

    18291,5

    18324,6

    Pays en développement

    2053,5

    3800,6

    6431,5

    7857,1

    8141,9

    pays émergeants

    154

    362,6

    621

    827,2

    839,8

    Pays développés

    4239,1

    6331,9

    8237,3

    9607,1

    9342,9

    ·         Importations + exportations – Source : CNUCED

     

    2-      Balance du commerce mondial de 2000 à 2012 (en milliards de dollars)

    Régions

    2000

    2005

    2010

    2011

    2012

    Afrique

    17,5

    54,3

    34,1

    35,8

    21,6

    Monde

    -208,8

    -279,1

    -125,4

    -109,2

    -145,2

    Pays en développement

    139,2

    379,8

    414,1

    523,4

    491,5

    pays émergeants

    49,9

    103,9

    147,6

    218

    207,9

    Pays développés

    -397,9

    -762,8

    -687

    -850,7

    -844,6

    Source : CNUCED

     

    3-      Indice des prix de base de 2000 à 2012 (base 100  = 2000)

    produits

    2000

    2005

    2010

    2011

    2012

    Tous produits

    100

    140,4

    261,1

    307,8

    281,2

    Produits alimentaires

    100

    128,4

    231,6

    272,8

    269

    Matière 1ères agricoles

    100

    129,4

    225,7

    289

    222,6

    Minerais et métaux

    100

    173,2

    346,6

    397,2

    339,1

    Source : CNUCED


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