• Les transports en Afrique : du portage au camion

    Qui se souvient encore en Afrique du portage qui prévalut jusqu’au milieu du 20e siècle ? Ce sont principalement les femmes qui perpétuent encore le mode principal de transport des Subsahariens des millénaires durant, supportant de lourdes charges apparemment sans difficulté sur la tête. Mais sur de courtes distances.

    C’est que les saisons des pluies rendirent longtemps les pistes impraticables au sud du Sahara, même aux carrioles tirées par des chevaux, type de transport utilisé assez largement dans le Sahel pendant les saisons sèches. Et utilisé encore aujourd’hui tout au long de l’année sur les routes bitumées dont le kilométrage ne cesse de s’allonger au fil des années, depuis que l’Afrique a cessé de ne vouloir qu’apporter les matières premières aux bateaux des Occidentaux. Deux grandes raisons ont poussé à cette accélération des travaux publics sur le Continent. La première, au cours des années 1970-2000, fut l’obligation, pour nourrir les grandes villes en croissance rapide, de permettre aux paysans d’apporter leur production dans les cités. Cet effort, quasi général en Afrique, s’accompagna bien évidemment d’une amélioration de la condition rurale africaine.

    Le deuxième élément, là encore d’origine agricole, fut d’intensifier, parfois de réinventer, les circuits commerciaux entre les pays issus de la colonisation. Dans l’Antiquité, ces échanges étaient nombreux et s’effectuaient par portage quand aucune voie d’eau n’était utilisable. Et c’est ainsi que fut créée la première langue commerciale, le Lingala, entre les peuples longeant le fleuve Congo. Les transactions entre les peuples de l’intérieur et ceux des côtes occidentales du continent s’effectuaient à la hauteur de Kinshasa (fin de la partie navigable du fleuve), un peuple s’étant spécialisé dans ce commerce, achetant le poisson séché de l’Océan et le manioc des forêts et fixant ainsi les prix des denrées descendantes et montantes.

    Les échanges commerciaux interafricains ont repris dès les Indépendances, d’autant que la perpétuation des comptoirs européens fermait à cette époque le commerce international aux Subsahariens. Seuls quelques anciens coloniaux purent –mais rarement- s’immiscer dans ce commerce interafricain à base agricole et pétrolière. La CFAO Nigeria put ainsi écouler des véhicules Peugeot montés localement et tropicalisés, de même que des Espagnols continuent à vendre du vin élaboré à Bata, en Guinée Equatoriale, à partir de raisins espagnols, dans toute la sous-région. De même les familles Mimran puis Vilgrain purent-elles exporter du sucre (africain) mais en utilisant les circuits commerciaux autochtones. Des Espagnols voulurent par contre, à partir d’Ebebeyin en Guinée Equatoriale, supprimer les intermédiaires de cette ville frontière en demandant aux chauffeurs de leur transporteur de poursuivre leur route sans vendre aux grossistes locaux. Ils durent faire marche arrière très vite !  

    Une deuxième phase du commerce interafricain survint quand, pratiquement en même temps, l’apartheid disparut en Afrique du sud, ouvrant en grand les pays africains aux exportations sud-africaines ; et le commerce international s’ouvrit aux autochtones africains avec le retrait des Européens alors plus intéressés par l’Asie. Cette fois-ci, le montant global du commerce s’envola, pas toujours appréhendé par les autorités africaines tant la contrebande est importante. Les objets de la vie courante d’Afrique du sud, telles les allumettes ou le savon, envahirent le sous-continent tandis que des pays comme le Kenya ou le Cameroun firent leur beurre des importations asiatiques, notamment de tissus et vêtements, réexportés ensuite dans les pays voisins. L’industrie ivoirienne, pourtant ancienne, n’y résista pas tandis qu’au contraire, ces importations boostèrent l’industrie nigériane qui finit même par supplanter les Importations d’Asie au cours de la dernière décennie. Les Chinois durent…s’implanter directement en Afrique pour continuer à exister sur le continent (notamment en Ethiopie) !

    Et tout ce commerce prend la route, bien évidemment. D’où l’importance croissante des routes transversales. Une zone, l’Afrique de l’ouest, et un pays, le Cameroun, ont compris les premiers cette importance vitale. Au Cameroun, l’Etat a de fait privilégié, outre la dessertes des campagnes des nombreuses villes secondaires du pays, ses villes frontières et les routes qui les desservent en se poursuivant si possible dans les pays frontaliers. Ce, au dépend même des grands axes intérieurs tel l’axe Yaoundé-Douala. En Afrique de l’ouest, l’axe Alger-Lagos en longeant la côte fut la première grande route intercontinentale achevée en Afrique. Au grand profit surtout du Nigeria dont l’industrie (autochtone) explose littéralement aujourd’hui…

    Les autres grands axes, très bien avancés, sont sous pression des grands financiers du continent, Banque mondiale, BAD, organismes sous-régionaux et seront donc probablement finalisés en grande partie avant dix ans. En grande partie seulement car, comme vous pouvez le voir sur la carte du tableau 2, les portions en pointillé (non construites) traversent des zones encore peu sûres. Et il faut d’abord sécuriser les dites zones…

    Il n’est donc pas difficile d’annoncer aux constructeurs du monde entier que les Africains vont acheter des camions en nombre croissant dans les décennies à venir. Parce que la route, jadis la piste, est leur mode « sociétal » de transport et parce que le commerce croit de plus en plus tant entre brousses et villes qu’entre pays. Le Maroc monte des voitures destinées à être exportées hors d’Afrique alors que ce sont des usines de camions qui devraient être installées sur le continent !

     

    Encadré

    Des réseaux nationaux en expansion

    Le continent contient aujourd’hui un peu plus de 4,5 millions de kms de routes dignes de ce nom. C’est peu diront les non initiés mais c’est beaucoup plus qu’il y a seulement 20 ans où l’on n’en comptait que quelques centaines de milliers. Par pays de plus, on voit que l’Afrique du sud est la mieux pourvue. Mais le pays est vaste et, relativement à la superficie, un tout petit pays comme Djibouti est sans doute mieux desservi : il possède « sa » route vers l’Ethiopie, indispensable à sa survie d’autant qu’elle vient d’être doublée par la réouverture (chinoise) de sont train vers Addis-Abeba. Et il dessert par route bitumée pratiquement toutes ses bourgades. Le Kenya est de même intéressant car, en outre, il devient progressivement le lieu de première destination des exportations asiatiques : là encore, transport intérieur et international coexistent. Le classement de la CIA (tableau 1) doit donc être regardé essentiellement sous l’angle commercial, il ne vaut pas grand-chose en matière de comparaison. Tout juste peut-on voir que l’Algérie a eu plus de moyen que le Maroc pour construire ses routes et encore : si l’on introduit en effet les transports ferroviaires, alors la place du Maroc parait nettement moins misérables par rapport à celle de l’Algérie…

     

    1-      Réseaux routiers nationaux en Afrique

    Source : CIA Worldfactbook

    Pays

    (KM)

    Année

    AFRIQUE DU SUD

    747,014

    2014

    NIGERIA

    193,200

    2004

    KENYA

    160,878

    2013

    CONGO KINSHASA

    153,497

    2004

    EGYPTE

    137,43

    2010

    ALGERIE

    113,655

    2010

    ETHIOPIE

    110,414

    2015

    GHANA

    109,515

    2009

    LIBYE

    100,024

    2003

    ZIMBABWE

    97,267

    2002

    TANZANIE

    86,472

    2010

    COTE D'IVOIRE

    81,996

    2007

    MAROC

    58,395

    2010

    ANGOLA

    51,429

    2001

    CAMEROUN

    51,350

    2011

    GUINEE

    44,348

    2003

    NAMIBIE

    44,138

    2010

    ZAMBIE

    40,454

    2005

    TCHAD

    40,000

    2011

    MADAGASCAR

    37,476

    2010

    MOZAMBIQUE

    30,331

    2009

    MALI

    22,474

    2009

    SOMALIE

    22,100

    2000

    CENTRAFRIQUE

    20,278

    2010

    OUGANDA

    20,000

    2011

    TUNISIE

    19,418

    2010

    NIGER

    18,949

    2010

    BOTSWANA

    17,916

    2011

    CONGO BRAZZAVILE

    17,000

    2006

    BENIN

    16,000

    2006

    MALAWI

    15,450

    2011

    BURKINA FASO

    15,272

    2010

    SENEGAL

    15,000

    2015

    BURUNDI

    12,322

    2004

    SOUDAN

    11,900

    2000

    TOGO

    11,652

    2007

    SIERRA LEONE

    11,300

    2002

    MAURITANIE

    10,628

    2010

    LIBERIA

    10,600

    2000

    GABON

    9,170

    2007

    SUD SOUDAN

    7,000

    2012

    LESOTHO

    5,940

    2011

    RWANDA

    4,700

    2012

    ERITHREE

    4,010

    2000

    GAMBIA, THE

    3,740

    2011

    SWAZILAND

    3,594

    2002

    GUINEA-BISSAU

    3,455

    2002

    FIJI

    3,440

    2011

    DJIBOUTI

    3,065

    2000

    EQUATORIAL GUINEA

    2,880

    2000

    MAURITIUS

    2,149

    2012

    CABO VERDE

    1,350

    2013

    COMOROS

    880

    2002

    SEYCHELLES

    526

    2015

    SAO TOME AND PRINCIPE

    320

    2000

     

    2-      Le réseau routier international en Afrique (en cours)

    Source : Wikipédia

    Départ

    Arrivée

    Longueur

    Carte

    Schild TAH1.svg 

    Le Caire 

    Dakar 

    8 636 km 

    Map of Trans-African Highways.PNG 

    Schild TAH2.svg 

    Alger 

    Lagos 

    4 504 km 

    Schild TAH3.svg 

    Tripoli 

    Le Cap 

    10 808 km 

    Schild TAH4.svg 

    Le Caire 

    Le Cap 

    10 228 km 

    Schild TAH5.svg 

    Dakar 

    Ndjamena 

    4 496 km 

    Schild TAH6.svg 

    Ndjamena 

    Djibouti 

    4 219 km 

    Schild TAH7.svg 

    Dakar 

    Lagos 

    4 010 km 

    Schild TAH8.svg 

    Lagos 

    Mombasa 

    6 259 km 

    Schild TAH9.svg 

    Beira 

    Lobito 

    3 523 km 

     

     

     


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  • Les tensions migratoires dans le Monde

    Voici le tableau complet des migrations modernes. L'Afrique n'est pas encore vraiment affectées...

     

     

    La première puissance économico-militaire du monde venant de déclarer la guerre à l'immigration incontrôlée, un tour d'horizon de l'immigration dans le monde n'est pas superflu. D'autant que la Banque mondiale suit l'affaire de près, publiant régulièrement un manuel statistique sur la question (voir les sources des tableaux) Bien sûr, il s'agit de l'immigration connue et dont les chiffres ont été fournis par chaque pays à l'organisme de Washington. Y échappe l'immigration clandestine qui, notamment en Afrique, est très importante. De plus, les données de la Banque mondiale sont politiquement incorrectes. Elles détaillent par exemple le Sahara occidental (mille pardon aux Marocains !) ou des départements français comme ceux des Antilles ou Mayotte (les Français seront moins susceptibles...) car, de fait, leur situation migratoire n'est pas simple. Mayotte par exemple, département français bénéficiant de la réglementation notamment sociale de la métropole, attire tous les jours un grand nombre de Comoriens au point que ces derniers posent un problème même à leurs anciens compatriotes devenus français. La Banque mondiale est d'ailleurs en dessous de la réalité avec 77000 migrants dans ce département, le chiffre réel devant dépasser le double.

     

    On sait par ailleurs que des centaines de milliers d'immigrés sont entrés en Europe depuis que la chancelière allemande a ouvert les vannes en grand, soit après l'établissement des statistiques onusiennes. Et l'on sait aussi que les migrations inter africaines sont très supérieures aux chiffres indiqués ici : il y a d'abord eu les guerres, notamment du Congo, qui ont fait fuir des centaines de milliers de gens, lesquels n'ont pas tous, de loin, rejoint leur pays d'origine. Il y a eu ensuite l'essor économique qui a attiré là aussi des centaines de milliers de travailleurs qui, en Afrique du Sud (avec les troubles que l'on a vu), qui au Nigeria, qui en Angola (dont pas mal de Portugais) Il y a eu enfin l'eldorado européen avec les passages en Afrique du nord. Tous les postulants au départ en Europe ne sont pas partis et si, dans tout le Maghreb, on assiste à de honteuses chasses aux Subsahariens, c'est bien qu'une partie notable d'entre eux sont restés tandis que d'autres continuent à arriver.

     

    L'immigration n'est donc plus acceptée aujourd'hui comme hier encore. En Occident, elle explique en partie la "montée des populismes", le désir en fait de citoyens en nombre croissant de maîtriser à nouveau leurs frontières. Et les tension sont de fait les plus palpables là où le pourcentage d'immigrés dans la population est le plus élevé. A une grande exception près : les pays pétroliers sont littéralement envahis mais on sait que leurs lois à l'égard des immigrés sont féroces et leur pratique de la loi, particulièrement vigilante. Quelques places fortes, notamment chinoises, de la mondialisation sont également dans le même cas, avec les mêmes lois et les mêmes pratiques (essayez de jeter un papier par terre à Singapour !) Hors ces cas particuliers, vous voyez bien que l'Occident, Europe de l'ouest en tête, est vraiment la zone d'immigration la plus importante. D'où, effectivement, les tensions les plus fortes. Surtout quand les nouveaux arrivants s'intègrent mal et créent de véritables ghettos dans les grands villes. L'Islam ainsi a vu des cohortes d'Occidentaux se lever contre ses excès  au cœur même de leur civilisation, menaçant jusqu'à ses enfants intégrés depuis des générations et, en immense majorité, ayant adopté l'indifférence religieuse majoritaire outre Méditerranée. Il en va de même des nombreux jeunes qui, dans les "cités", ont fait de la vente de drogues leur principale source de revenus : leurs agissements, allant jusqu'au soulèvement contre les forces de l'ordre, dérangent cette fois-ci la majorité de la population immigrée habitant dans ces cités souvent désertées par les Etats occidentaux. Et alimentent cette fois-ci le sentiment d'insécurité de populations ainsi et encore plus tentées par le "populisme"

     

    Dans le tableau 2, vous pouvez voir où sont majoritairement partis les émigrés inter africains. Dans les grands pays riches et en plein essor économique bien sûr, Afrique du sud, Nigeria, Ethiopie, Kenya... On voit aussi des éléments de discorde future, comme en Côte d'Ivoire où, certes, des Français en nombre habitent le pays mais où aussi, le "rééquilibrage ethnique" de l'administration Ouattara a attiré de nombreux Sahéliens. On sait aussi que le nombre d'Indiens en Ouganda a déjà posé problème... Globalement toutefois et hors quelques exceptions là encore à base pétrolière, il n'existe pas encore de seuil critique atteint en Afrique au niveau migratoire. Peut-être en pays Fang (Guinée Equatoriale, Gabon, Cameroun), les Fangs ayant une culture particulièrement forte à laquelle ils tiennent plus que tout ? Mais les immigrés se concentrent dans les grandes villes et ne déferlent pas dans les villages où ils poseraient alors et certainement problème. Et pour l'instant, les seules tensions migratoires observées en Afrique l'ont été en Afrique du nord (avec beaucoup de racisme, malheureusement) et en Afrique du sud (contre les Zimbabwéens) Les tensions, en regain, entre Sahéliens et Forestiers sur toute la lisière forestière du continent relèvent plus des frontières héritées du colonialisme et de l'histoire de l'Afrique que de l'immigration.

     

    Qu'en sera-t-il demain ? L'exemple occidental montre qu'il est des limites à ne pas dépasser, sauf à entraîner une révolte grave des populations autochtones. Mais il montre aussi et surtout que c'est moins l'immigration elle-même qui est en cause que le choc des civilisations : une jeune femme dénudée ne ferait pas 100 mètres dans le centre d'une grande ville arabe. Elle serait immédiatement arrêtée et jugée pour outrage, voir plus. Il en a été de même des femmes en burqa au cœur des cités occidentales. Le premier ministre hollandais vient de résumer le dilemme : "si ça ne vous plait pas, partez !" a-t-il dit aux immigrés voulant continuer à vivre comme chez eux dans leur nouvelle patrie. Ce que diraient sans nul doute et sans hésiter les dirigeants arabes et africains qui, de leur côté, refusent catégoriquement les orientations sexuelles des Occidentaux qu'ils considèrent comme totalement décadentes. S'assimiler devrait donc être la règle demain comme hier. Les tensions sont apparues quand, du fait du nombre, les nouveaux arrivants ont eu plus de mal à s'assimiler en deux générations comme autrefois. Et quand aussi, par arrogance, les millions de touristes occidentaux se sont conduits comme en pays conquis par leur propre civilisation : le refus n'est pas qu'occidental !

     

     

    1- Nombre d'immigrés en 2015 (en milliers)

    Source : 2 premières colonnes : Banque Mondiale, Migrations and remittances factbook 2016 (third edition) ; 2 colonne suivantes : IC publications (calculs) et Wikipédia (population totale en 2016)

    Pays

    (nombre d'immigrés) 

    Immigrés

    % de la population

    Pays

    (% de la population)

    Etats-Unis

    46 627,10

    200

    Îles Vierges

    Allemagne

    12 005,70

    85,3

    Koweït

    Russie

    11 643,30

    80

    Emirats Arabes Unis

    Arabie saoudite

    10 185,90

    77,3

    Qatar

    Royaume Uni

    8 543,10

    71,4

    Bhoutan

    Emirats Arabes Unis

    8 095,10

    53,8

    Bahreïn

    Canada

    7 835,50

    50

    Oman

    France (métropolitaine)

    7 784,40

    50

    Chine - Macao

    Australie

    6 763,70

    50

    Mayotte

    Espagne

    5 853,00

    50

    Guam

    Italie

    5 788,90

    47,7

    Jordanie

    Inde

    5 241,00

    46,3

    Singapour

    Ukraine

    4 834,90

    44,4

    Liban

    Thaïlande

    3 913,30

    40

    Luxembourg

    Pakistan

    3 629,00

    40

    Guyane (française)

    Kazakhstan

    3 546,80

    38,9

    Chine - Hong Kong

    Afrique du Sud

    3 142,50

    36

    Aruba

    Jordanie

    3 112,00

    35,9

    Arabie saoudite

    Turquie

    2 964,90

    33,3

    Maldives

    Koweït

    2 866,10

    30

    Suisse

    Chine - Hong Kong

    2 838,70

    29,1

    Australie

    Iran

    2 726,40

    25

    Israël

    Singapour

    2 543,60

    25

    Brunei

    Malaisie

    2 514,20

    25

    Guadeloupe

    Suisse

    2 438,70

    23,6

    Canada

    Côte d'Ivoire

    2 175,40

    22,2

    Nouvelle-Zélande

    Argentine

    2 086,30

    21,3

    Nouvelle-Calédonie

    Japon

    2 043,00

    20,5

    Kazakhstan

    Israël

    2 011,70

    18,2

    Chypre

    Liban

    1 997,80

    17,6

    Autriche

    Pays-Bas

    1 979,50

    17,6

    Gabon

    Oman

    1 845,00

    17,6

    Belize

    Qatar

    1 687,60

    16,7

    Suède

    Suède

    1 639,80

    16,7

    Monténégro

    Autriche

    1 492,40

    15,5

    Martinique

    Bangladesh

    1 422,80

    15,4

    Estonie

    Venezuela

    1 404,40

    15,2

    Irlande

    Belgique

    1 387,90

    15

    Lettonie

    Corée du Sud

    1 327,30

    15

    Polynésie française

    Grèce

    1 242,50

    14,8

    Allemagne

    Nigéria

    1 199,10

    14,7

    Bahamas

    Mexique

    1 193,20

    14,5

    Etats-Unis

    Ouzbékistan

    1 170,90

    14,3

    Croatie

    Kenya

    1 084,40

    13,7

    Royaume Uni

    Biélorussie

    1 082,90

    13,5

    Norvège

    Ethiopie

    1 072,90

    12,9

    Libye

    Nouvelle-Zélande

    1 039,70

    12,5

    Belgique

    Chine

    978

    12,5

    Réunion

    Syrie

    875,2

    12,3

    Islande

    Portugal

    837,3

    12

    Sainte Lucie

    Serbie

    807,4

    11,9

    Espagne

    Libye

    771,1

    11,7

    Barbade

    Ouganda

    749,5

    11,6

    France (métropolitaine)

    Irlande

    746,3

    11,6

    Biélorussie

    Norvège

    741,8

    11,5

    Djibouti

    Brésil

    713,6

    11,3

    Pays-Bas

    Burkina Faso

    704,7

    11,1

    Serbie

    Bahreïn

    704,1

    11,1

    Gambie

    Pologne

    619,4

    10,9

    Grèce

    Croatie

    576,9

    10,8

    Côte d'Ivoire

    Danemark

    572,5

    10,7

    Danemark

    Congo (Kinshasa)

    545,7

    10,5

    Ukraine

    Népal

    518,3

    10,2

    Malte

    Tchad

    517

    10

    Botswana

    Soudan

    503,5

    9,5

    Slovénie

    Egypte

    491,6

    9,4

    Italie

    Chili

    469,4

    9,2

    Surinam

    Hongrie

    449,6

    8,9

    Congo Brazzaville

    Rwanda

    441,5

    8,6

    Porto Rico

    Costa Rica

    421,7

    8,4

    Malaisie

    Dominicaine (Rép)

    415,6

    8,2

    Costa Rica

    Tchèque (Rép)

    405,1

    8,1

    Russie

    Ghana

    399,5

    7,7

    Portugal

    Zimbabwe

    398,9

    7,5

    Guyane

    Congo Brazzaville

    393

    6,7

    Palestine

    Equateur

    387,5

    6,7

    Arménie

    Afghanistan

    382,4

    6

    Tonga

    Cameroun

    382

    5,8

    Thaïlande

    Mali

    363,1

    5,7

    Afrique du Sud

    Irak

    353,9

    5,6

    Finlande

    Yémen

    344,1

    5,1

    Argentine

    Chine - Macao

    342,7

    5,1

    Panama

    Indonésie

    328,8

    4,8

    Macédoine

    Finlande

    315,9

    4,6

    Venezuela

    Burundi

    286,8

    4,4

    Togo

    Togo

    276,8

    4,4

    Géorgie

    Tadjikistan

    275,1

    4,3

    Namibie

    Porto Rico

    275

    4,2

    St Vincent-et-les-Grenadines

    Gabon

    268,4

    4,1

    Burkina Faso

    Azerbaïdjan

    264,2

    4

    Ouzbékistan

    Sénégal

    263,2

    4

    Hongrie

    Lettonie

    263,1

    3,9

    Syrie

    Tanzanie

    261,2

    3,9

    Tchad

    Palestine

    255,5

    3,8

    Dominicaine (Rép)

    Luxembourg

    249,3

    3,8

    Tchèque (Rép)

    Bénin

    245,4

    3,8

    Turkménistan

    Algérie

    242,4

    3,8

    Trinité-et-Tobago

    Slovénie

    236

    3,7

    Tadjikistan

    Guinée

    228,4

    3,7

    Slovaquie

    Roumanie

    226,9

    3,6

    Turquie

    Mozambique

    222,9

    3,5

    Iran

    Malawi

    215,2

    3,5

    Kirghizistan

    Philippines

    211,9

    3,5

    Grenade

    Kirghizistan

    204,4

    3,4

    Rwanda

    Estonie

    202,3

    3,4

    Lituanie

    Turkménistan

    196,4

    3,2

    Azerbaïdjan

    Chypre

    196,2

    3

    Burundi

    Gambie

    192,5

    3

    Micronésie (États fédérés de)

    Arménie

    191,2

    2,9

    Paraguay

    Niger

    189,3

    2,8

    Chili

    Panama

    184,7

    2,8

    Zimbabwe

    Slovaquie

    177,2

    2,8

    Moldavie

    Géorgie

    168,8

    2,8

    Cap-Vert

    Botswana

    160,6

    2,6

    Corée du Sud

    Paraguay

    156,5

    2,6

    Mali

    Bolivie

    143

    2,6

    Mauritanie

    Moldavie

    142,9

    2,5

    Kenya

    Mauritanie

    138,2

    2,5

    Equateur

    Lituanie

    136

    2,48

    Swaziland

    Colombie

    133,1

    2,4

    Samoa occidentales

    Macédoine

    130,7

    2,3

    Libéria

    Zambie

    127,9

    2,2

    Centrafrique

    Réunion

    127,2

    2,2

    Maurice

    Libéria

    113,8

    2,1

    Sénégal

    Djibouti

    112,4

    2

    Uruguay

    Angola

    106,8

    2

    Albanie

    Guyane (française)

    106,1

    1,9

    Ouganda

    Brunei

    102,7

    1,9

    Bénin

    Bulgarie

    102,1

    1,8

    Pakistan

    Guadeloupe

    98,5

    1,8

    Pologne

    Maldives

    94,1

    1,8

    Népal

    Namibie

    93,9

    1,8

    Cameroun

    Sierra Leone

    91,2

    1,7

    Guinée

    Pérou

    90,9

    1,7

    Sierra Leone

    Maroc

    88,5

    1,6

    Japon

    Monténégro

    82,5

    1,6

    Fidji

    Centrafrique

    81,6

    1,6

    Guinée équatoriale

    Mayotte

    77

    1,5

    Ghana

    Guatemala

    76,4

    1,5

    Comores

    Guam

    76,1

    1,5

    Vanuatu

    Cambodge

    74

    1,4

    Bulgarie

    Myanmar (Birmanie)

    73,3

    1,3

    Soudan

    Viêt Nam

    72,8

    1,3

    Afghanistan

    Uruguay

    71,8

    1,3

    Guinée-Bissau

    Nouvelle-Calédonie

    64,3

    1,2

    Ethiopie

    Martinique

    61,7

    1,2

    Irak

    Bahamas

    59,3

    1,2

    Yémen

    Albanie

    57,6

    1,2

    Malawi

    Tunisie

    56,7

    1,1

    Niger

    Îles Vierges

    56,7

    1

    Mexique

    Belize

    53,9

    1

    Roumanie

    Bhoutan

    51,1

    1

    Sahara occidental

    Trinité-et-Tobago

    49,9

    1

    Sao Tomé-et-Principe

    Corée du Nord

    48,5

    0,9

    Bangladesh

    Surinam

    46,8

    0,9

    Bolivie

    Salvador

    42

    0,9

    Bosnie-Herzégovine

    Malte

    41,4

    0,8

    Mozambique

    Nicaragua

    40,3

    0,8

    Jamaïque

    Haïti

    39,5

    0,7

    Congo (Kinshasa)

    Sri Lanka

    38,7

    0,7

    Zambie

    Islande

    37,5

    0,7

    Salvador

    Aruba

    36,1

    0,7

    Nicaragua

    Bosnie-Herzégovine

    34,8

    0,6

    Nigéria

    Barbade

    34,5

    0,6

    Tanzanie

    Madagascar

    32,1

    0,6

    Guatemala

    Swaziland

    31,6

    0,6

    Mongolie

    Polynésie française

    30,1

    0,6

    Salomon (Îles)

    Maurice

    28,6

    0,5

    Egypte

    Honduras

    28,1

    0,5

    Algérie

    Papouasie-Nelle-Guinée

    25,8

    0,5

    Angola

    Somalie

    25,3

    0,5

    Cambodge

    Jamaïque

    23,2

    0,5

    Tunisie

    Guinée-Bissau

    22,3

    0,4

    Inde

    Laos

    22,2

    0,4

    Haïti

    Mongolie

    17,6

    0,35

    Brésil

    Erythrée

    15,9

    0,3

    Pérou

    Guyane

    15,4

    0,3

    Maroc

    Cap-Vert

    14,9

    0,3

    Honduras

    Fidji

    13,8

    0,3

    Papouasie-Nelle-Guinée

    Cuba

    13,3

    0,3

    Laos

    Sainte Lucie

    12,8

    0,3

    Lesotho

    Comores

    12,6

    0,2

    Philippines

    Guinée équatoriale

    10,8

    0,2

    Colombie

    Grenade

    7,1

    0,2

    Corée du Nord

    Lesotho

    6,6

    0,2

    Sri Lanka

    Tonga

    5,7

    0,2

    Somalie

    Sahara occidental

    5,2

    0,2

    Erythrée

    Samoa occidentales

    4,9

    0,13

    Madagascar

    St Vincent-et-les-Grenadines

    4,6

    0,1

    Indonésie

    Vanuatu

    3,2

    0,1

    Myanmar (Birmanie)

    Micronésie (États fédérés de)

    2,8

    0,1

    Cuba

    Salomon (Îles)

    2,6

    0,08

    Viêt Nam

    Sao Tomé-et-Principe

    2,4

    0,07

    Chine

    Total Monde*

    242,40

    3,25

    Total Monde

    Total Amérique du nord*

    54,5

    13,7

    Total Europe de l'ouest

    Total Europe de l'ouest

    54,5

    9,6

    Total Europe orientale

    Total Moyen Orient*

    40

    9,41

    Total Amérique du nord

    Total Asie*

    33,9

    7

    Total Moyen Orient

    Total Europe orientale*

    21,9

    2,1

    Total Océanie

    Total Afrique*

    19,9

    1,8

    Total Afrique

    Total Amérique latine*

    9

    1,4

    Total Amérique latine

    Total Océanie*&**

    8,6

    1

    Total Asie

    * En million

    ** Au sens large, tous océans inclus : toutes les iles et archipels, y compris Australie, Nouvelle Zélande, Philippines et Indonésie...

     

    2- L'immigration en Afrique en 2015 (en milliers)

    Sources : Banque Mondiale, Migrations and remittances factbook 2016 (third edition) ; IC publications (calculs des %)) et Wikipédia (population totale en 2016)

     

    Pays

    Immigrés

    % de la population

    Afrique du Sud

    3 142,50

    5,7

    Côte d'Ivoire

    2 175,40

    10,8

    Nigeria

    1 199,10

    0,6

    Kenya

    1 084,40

    2,5

    Ethiopie

    1 072,90

    1,2

    Libye

    771,1

    12,9

    Ouganda

    749,5

    1,9

    Burkina Faso

    704,7

    4,1

    Congo (Kinshasa)

    545,7

    0,7

    Tchad

    517

    3,9

    Soudan

    503,5

    1,3

    Egypte

    491,6

    0,5

    Rwanda

    441,5

    3,4

    Ghana

    399,5

    1,5

    Zimbabwe

    398,9

    2,8

    Congo Brazzaville

    393

    8,9

    Cameroun

    382

    1,8

    Mali

    363,1

    2,6

    Burundi

    286,8

    3

    Togo

    276,8

    4,4

    Gabon

    268,4

    17,6

    Sénégal

    263,2

    2,1

    Tanzanie

    261,2

    0,6

    Bénin

    245,4

    1,9

    Algérie

    242,4

    0,5

    Guinée

    228,4

    1,7

    Mozambique

    222,9

    0,8

    Malawi

    215,2

    1,2

    Gambie

    192,5

    11,1

    Niger

    189,3

    1,1

    Botswana

    160,6

    10

    Mauritanie

    138,2

    2,6

    Zambie

    127,9

    0,7

    Réunion

    127,2

    12,5

    Libéria

    113,8

    2,3

    Djibouti

    112,4

    11,5

    Angola

    106,8

    0,5

    Maldives

    94,1

    33,3

    Namibie

    93,9

    4,3

    Sierra Leone

    91,2

    1,7

    Maroc

    88,5

    0,3

    Centrafrique

    81,6

    2,2

    Mayotte

    77

    50

    Tunisie

    56,7

    0,5

    Madagascar

    32,1

    0,13

    Swaziland

    31,6

    2,48

    Maurice

    28,6

    2,2

    Somalie

    25,3

    0,2

    Guinée-Bissau

    22,3

    1,3

    Erythrée

    15,9

    0,2

    Cap-Vert

    14,9

    2,8

    Comores

    12,6

    1,5

    Guinée équatoriale

    10,8

    1,6

    Lesotho

    6,6

    0,3

    Sahara occidental

    5,2

    1

    Sao Tomé-et-Principe

    2,4

    1

     

     


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  • L'Afrique peut-elle se passer de "cash"

    La Banque mondiale le préconise, l'Inde le tente...

     

    En août 2014, la Banque mondiale publiait un rapport vantant les effets des transactions électroniques sur la croissance économique. Et l'on sait que moult économies occidentales cherchent depuis plus longtemps encore à supprimer au maximum la monnaie fiduciaire dans leurs transactions. Bref, le billet de banque n'est pas "in" et, en plus, il peut sentir le souffre quand il provient d'activités illégales. Alors, quand on sait que les lessiveuses jouent encore un rôle primordiale dans l'épargne africaine, qu'une minorité seulement des Africains dispose d'un compte bancaire et que le continent est réputé pour compter parmi les plus corrompus du Monde (ce qui est faux, ne serait-ce qu'au niveau des montants détournés), on a du mal à comprendre comment il peut aussi se développer le plus vite au monde derrière l'Inde et la Chine.

    En fait, il n'y a pas de corrélation prouvée entre le mode de paiement et la croissance économique. On n'arrive même pas à calculer sérieusement la vitesse de circulation de la monnaie qui, pour certains auteurs (théorie quantitative de la monnaie) est un élément explicatif de l'inflation. Laquelle est un marqueur de la croissance, n'en déplaise aux monétaristes aujourd'hui en rapide perte de vitesse chez les dirigeants occidentaux. Tout juste peut-on noter que l'argent sale, en grande partie fiduciaire au moment de sa création, représenterait au moins 3% de l'économie mondiale selon l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime en 2011 (rapport établi d'après le blanchiment observé d'argent sale par les banques, soit 1600 milliards de dollars) Ajoutez à cela les autre blanchiments (casinos, paiements en numéraire, assurances, etc.) et vous pouvez allègrement doubler ce pourcentage ! Plus de 5% donc de la production mondiale est probablement généré par le crime. Ajouter encore à cela la fraude fiscale (80 milliards € dans une France qui produit chaque année quelques 2000 milliards €, soit encore 4%) et on frôle donc les 10% du PIB mondial.

    Maintenant prenez les points de croissance apportés par l'investissement. Il n'y a pas d'études chiffrées sérieuses sur la question, même en ce qui concerne la Défense (les généraux plaident qu'un euro dépensé pour eux rapporte 1,35 € à l'économie mais "au doigt mouillé")  On peut toutefois imaginer les dégâts que causerait la suppression de ces 10% du PIB mondial. Les 4% de fraude fiscale ne seraient perdus que pour les fraudeurs car recyclés immédiatement par les Etats. Mais les 6% restant se traduiraient inexorablement en perte de croissance économique. Non pas directement (les consommateurs reporteraient leurs dépenses sur d'autres biens et services) mais indirectement : les crimes et délits sont le fait d'hommes et de femmes qui eux aussi consomment et investissent. Certes, beaucoup d'entre elles et eux se feront payer autrement, on note déjà une flambée des "bitcoins" sur le Web. Mais la généralisation trop rapide des paiements électroniques ne peut pas ne pas avoir de conséquence sur leur nombre et le nombre de leurs actes. Donc sur leur consommation et leurs investissements, CQFD !

    On ne peut donc pas, quand on veut gouverner intelligemment, se contenter de morale. Il faut aussi bien calculer. En l'occurrence, on peut imaginer que combattre l'argent du crime peut se faire plus aisément en période de surchauffe économique qu'en période de stagnation. Ce, pour l'Occident qui n'est pas actuellement en posture de cogner trop fort sur l'argent des criminels. Car pour l'Afrique, c'est l'inverse : l'argent sale quitte le continent pour se réfugier dans les paradis financiers. Ce qui peut être supporté en période de vaches grasses ne peut plus l'être en période de vaches maigres, CQFD !

    Le "cash" africain est donc un vrai casse-tête : c'est le moyen de paiement de l'immense majorité des Africains et c'est aussi le moyen d'évasion des criminels et des fraudeurs (avec en plus une ponction sur les réserves en devises des pays africains, réserves qui sont déjà insuffisantes compte tenu du développement de la consommation interne)

    Ce qui accroit la difficulté des dirigeants continentaux est le fait que plusieurs monnaies africaines n'ont plus véritablement cours : au Congo Kinshasa par exemple, le dollar américain s'est substitué au franc congolais dans la majorité des grandes transactions depuis l'ère Mobutu. Le rand, idem, a plus cours au Zimbabwe que le dollars zimbabwéen plus guère utilisé. L'envie de sortir de la zone CFA titille de plus en plus les dirigeants d'Afrique francophone (ils n'y restent que par peur des réactions françaises) Et au final, les Africains ont souvent en poche, plus rarement en banque, des billets qui font en fait partie des réserves de change de l'Etat considéré ! Et tout cela fonctionne ! En dépit des rapports des uns et des autres, les producteurs achètent machines et intrants et les consommateurs achètent des produits et services finis en quantités annuelles croissantes. Et croissant plus vite qu'ailleurs hors Asie de l'est avec des données monétaires finalement assez orthodoxes : une inflation limitée globalement à 7% (donc pas de fuite en avant des salaires et des prix) et des masses monétaires proches de leurs homologues européennes en pourcentages du PIB. Il n'y a guère que les réserves de change qui soient très insuffisantes : le marché intérieur progressant très vite, les producteurs manquent de devises pour importer machines et intrants étrangers (seule l'Algérie semble en bonne position)...

    Le rapport de la Banque Mondiale n'est donc pas adaptable au continent africain. Lequel peut d'ailleurs et en outre considérer le chaos créé en Inde par des gouvernants qui ont eu le tort d'écouter les "experts" : les fonctionnaires corrompus (la cible de la réforme) doivent, certes, se coucher sur leurs matelas de roupies mal acquis mais l'économie indienne a d'ores et déjà perdu pas mal de croissance : elle est en panne depuis novembre dernier car le "cash" était employé dans plus de 90% des transactions. En fait, le gouvernement n'a pas stricto sensu interdit le cash : il a obligé les acteurs économiques à venir échanger leurs billets contre des billets tout neuf. En notant leurs noms et l'origine de leurs avoirs en numéraires (en interdisant donc à l'argent sale d'être échangé) Il fallait en plus avoir un compte en banque... Bref, ça a été immédiatement et ça continue d'être la panique car, en plus, il n'y a pas assez de guichets de banque et pas assez de billets par guichet ! L'affaire est à suivre car le gouvernement indien ne peut plus reculer. On saura donc dans le courant de l'année ce qu'a perdu le pays en terme de croissance économique, un pays qui comptait dépasser la Chine en 2017 en terme de croissance...

    Encadré

    L'Union européenne en flèche contre le cash.

    Elle est pratiquement en récession mais s'est lancée depuis le quinquennat de Sarkozy dans une lutte farouche contre l'argent sale et, surtout, la fraude fiscale. Elle a obligé les paradis fiscaux européens a abandonner le secret bancaire et à communiquer les coordonnées de leurs comptes étrangers. Et elle limite progressivement la possibilité d'achats en numéraires sur le territoire européen. Ca a commencé par l'or que pratiquement aucun particulier ne peut plus acheter en vente libre et anonyme. Seules les pièces de monnaie sont encore achetables en quantité limitée. Puis les achats de plus de 3000 € en espèces ont été interdits avant de s'abaisser, en France, à 1000 €. Ce, après que la Banque Centrale Européenne ait décidé de ne plus fabriquer de billet de 500 €. Cette politique se heurte à présent à la confiance des opérateurs étrangers dans l'euro, sorti bien entendu affaibli encore un peu plus (son affaiblissement vient aussi et d'une croissance régionale trop faible, et des dettes faramineuses des Etats européens) L'euro est une monnaie dite de réserve qui ne le serait plus dès lors qu'il n'y aurait plus de billets en circulation. Et, ce, du fait justement que des pays ne vivent que grâce au cash. Le dollars remonte donc très rapidement par rapport à la monnaie européenne, d'une part et bien entendu parce que la croissance américaine est autrement plus vigoureuse que celle de son allié de l'ouest, mais aussi parce que des opérateurs en nombre croissant perdent plus confiance dans l'euro que dans le dollars.

     

    1- Indicateurs monétaires en Afrique : taux de change, masse monétaire, réserves de change

     

    Taux de change

    Masse monétaire

    Réserves de change -or exclus

     

    (monnaie locale/USD)

    (milliards, monnaie locale )

    (millions de dollars)

     

     

     

     

    2015

    2015

     

    2013

    2014

    2015

    Niveau

    % du PIB

    Croissance

    Stock en fin d'année

    Éq. Mois d'importation

    Algérie

    79,4

    80,6

    100,7

    13 457,2

    77,1

    -1,6

    144 677,5

    29,1

    Angola

    96,5

    98,3

    120,1

    5 712,9

    44,0

    11,5

    23 901,2

    8,1

    Bénin

    494,0

    494,4

    591,4

    2 754,9

    51,5

    17,1

    731,6

    2,2

    Botswana

    8,4

    9,0

    10,1

    67,9

    49,4

    7,7

    7 958,9

    13,4

    Burkina Faso

    494,0

    494,4

    591,4

    2 477,2

    36,9

    14,5

    259,6

    0,9

    Burundi

    1 555,1

    1 546,7

    1 570,6

    906,5

    22,3

    0,0

    135,1

    2,1

    Cabo Verde

    83,1

    83,1

    99,4

    154,6

    90,7

    4,7

    428,4

    4,6

    Cameroun

    494,0

    494,4

    591,4

    4 091,6

    23,9

    8,6

    3 353,2

    4,7

    République centrafricaine

    494,0

    494,4

    591,4

    275,4

    28,9

    12,5

    221,8

    4,8

    Tchad

    494,0

    494,4

    591,4

    1 115,9

    15,9

    3,5

    207,3

    0,5

    Comores

    370,5

    370,8

    443,6

    100,0

    40,9

    2,9

    136,6

    6,0

    Congo

    494,0

    494,4

    591,4

    2 659,7

    50,1

    1,4

    2 259,9

    2,8

    Congo, Rép. dém.

    919,8

    925,2

    926,0

    4 217,0

    13,9

    6,7

    1 215,9

    1,2

    Côte d’Ivoire

    494,0

    494,4

    591,4

    3 070,8

    16,3

    17,4

    4 715,7

    5,0

    Djibouti

    177,7

    177,7

    177,7

    257,5

    81,4

    9,7

    364,9

    4,4

    Égypte*

    6,9

    7,1

    7,7

    1 765,4

    73,6

    16,4

    13 282,

    2,5

    Guinée équatoriale

    494,0

    494,4

    591,4

    1 320,1

    14,4

    -15,2

    1 457,2

    1,9

    Érythrée

    15,4

    15,4

    15,4

    82,7

    128,1

    12,9

    Éthiopie*

    18,6

    19,7

    20,7

    369,7

    28,3

    24,2

    Gabon

    494,0

    494,4

    591,4

    2 077,0

    25,3

    -5,2

    2 083,6

    5,0

    Gambie

    36,0

    41,7

    47,2

    22,6

    56,5

    11,0

    143,3

    4,6

    Ghana

    2,0

    2,6

    3,8

    45,1

    43,4

    22,5

    Guinée

    6 995,9

    7 014,1

    7 425,7

    16 974,0

    31,2

    15,7

    233,5

    1,0

    Guinée-Bissau

    494,0

    494,4

    591,4

    272,4

    43,1

    11,3

    332,1

    11,5

    Kenya

    86,1

    87,9

    98,1

    2 694,7

    41,9

    15,6

    7 762,4

    4,6

    Lesotho

    9,7

    10,9

    12,8

    9,3

    39,6

    3,1

    904,2

    5,8

    Libéria

    1,0

    1,0

    1,0

    0,7

    25,4

    0,4

    Libye

    1,3

    1,3

    1,4

    81,0

    173,2

    3,5

    74 863,

    38,3

    Madagascar

    2 206,9

    2 414,8

    2 934,4

    6 662,0

    23,3

    1,7

    832,

    2,9

    Malawi

    364,4

    424,9

    499,5

    804,6

    27,3

    27,8

    640,2

    3,8

    Mali

    494,0

    494,4

    591,4

    2 238,5

    35,9

    13,2

    624,

    2,5

    Mauritanie

    302,1

    303,3

    318,6

    530,4

    26,5

    4,0

    Maurice

    30,7

    30,6

    35,1

    418,4

    91,6

    5,2

    3 957,

    5,7

    Maroc

    8,4

    8,4

    9,8

    1 149,2

    106,6

    5,8

    22 253,9

    5,8

    Mozambique

    30,1

    31,4

    40,1

    239,8

    0,0

    17,1

    2 411,4

    0,0

    Namibie

    9,7

    10,9

    12,8

    81,8

    59,1

    9,8

    1 208,7

    2,1

    Niger

    494,0

    494,4

    591,4

    1 113,9

    26,9

    0,3

    1 039,

    4,1

    Nigéria

    157,3

    158,6

    192,4

    20 612,6

    23,0

    9,6

    31 561,8

    6,2

    Rwanda

    646,6

    681,9

    729,0

    1 416,7

    24,7

    15,8

    1 029,8

    5,4

    Sao Tomé-et-Principe

    18 450,0

    18 466,4

    22 090,6

    2 877,3

    40,6

    15,1

    78,4

    7,3

    Sénégal

    494,0

    494,4

    591,4

    3 752,3

    48,0

    7,7

    2 011,8

    3,9

    Seychelles

    12,1

    12,7

    13,3

    11,6

    51,8

    5,7

    541,5

    5,0

    Sierra Leone

    4 332,5

    4 524,2

    4 905,3

    5 446,7

    26,4

    10,5

    556,5

    2,6

    Somalie

    ...

    ...

    ...

     

    Afrique du Sud

    9,7

    10,9

    12,8

    2 866,2

    72,8

    6,3

    41 619,5

    5,0

    Soudan du Sud

    3,0

    3,0

    3,0

    9,1

    21,8

    16,6

    229,9

    0,8

    Soudan

    4,8

    5,7

    6,0

    91,7

    15,0

    18,0

    181,5

    0,2

    Swaziland

    9,7

    10,9

    12,8

    12,5

    27,8

    7,4

    553,6

    3,1

    Tanzanie

    1 600,4

    1 654,0

    1 979,7

    21 626,3

    23,1

    16,2

    4 071,9

    4,1

    Togo

    494,0

    494,4

    591,4

    1 212,3

    51,3

    10,5

    574,

    3,1

    Tunisie

    1,6

    1,7

    2,0

    62,9

    77,6

    6,9

    7 205,5

    4,3

    Ouganda

    2 586,9

    2 599,8

    3 241,4

    17 323,9

    22,5

    13,3

    2 829,8

    4,6

    Zambie

    5,4

    6,2

    8,6

    39,7

    18,7

    13,4

    2 967,6

    3,5

    Zimbabwe

    4,6

    36,7

    5,1

    328,

    0,6

    Note : * Pour l'Égypte et l'Éthiopie, année fiscale juillet (n-1)/juin (n)

                   

    Sources : Département des statistiques BAfD ; autorités nationales ; Statistiques financières internationales du FMI ; estimations et prévisions des auteurs.

     

    2- L'inflation en Afrique

     

    Inflation

     

    (%)

     

     

     

     

     

     

    2014

    2015 (e)

    2016 (p)

    2017 (p)

    Algérie

    2,9

    4,8

    4,3

    4,0

    Angola

    7,3

    10,2

    14,1

    14,8

    Bénin

    -1,1

    0,4

    2,3

    2,4

    Botswana

    4,4

    3,1

    4,5

    4,3

    Burkina Faso

    -0,3

    0,8

    2,0

    1,9

    Burundi

    4,4

    5,5

    7,5

    6,7

    Cabo Verde

    -0,2

    0,0

    1,6

    2,7

    Cameroun

    1,9

    2,7

    2,2

    2,1

    République centrafricaine

    11,6

    5,6

    4,7

    4,0

    Tchad

    1,7

    4,0

    2,7

    4,0

    Comores

    2,9

    2,1

    2,2

    2,6

    Congo

    3,0

    0,9

    1,5

    1,0

    Congo, Rép. dém.

    1,0

    0,8

    2,1

    2,5

    Côte d’Ivoire

    0,4

    1,5

    1,8

    1,9

    Djibouti

    3,0

    3,1

    3,3

    3,4

    Égypte*

    10,8

    11,2

    8,8

    10,2

    Guinée équatoriale

    4,3

    3,6

    2,6

    2,3

    Érythrée

    12,3

    12,5

    12,0

    11,7

    Éthiopie*

    8,1

    7,7

    7,4

    8,9

    Gabon

    3,2

    1,2

    2,4

    2,4

    Gambie

    6,3

    6,5

    5,5

    5,5

    Ghana

    17,0

    17,2

    10,2

    7,9

    Guinée

    9,7

    8,0

    8,5

    8,8

    Guinée-Bissau

    1,9

    1,5

    2,1

    1,8

    Kenya

    6,9

    6,0

    6,0

    5,2

    Lesotho

    5,3

    3,8

    3,9

    4,0

    Libéria

    9,9

    7,7

    7,0

    7,5

    Libye

    2,4

    8,6

    9,7

    5,8

    Madagascar

    6,0

    7,9

    7,4

    7,8

    Malawi

    23,8

    21,2

    18,1

    16,0

    Mali

    0,9

    2,0

    2,7

    1,8

    Mauritanie

    3,5

    1,5

    6,7

    6,1

    Maurice

    3,2

    1,3

    2,8

    2,5

    Maroc

    0,4

    1,8

    1,4

    1,6

    Mozambique

    2,3

    2,0

    5,7

    5,2

    Namibie

    5,3

    3,5

    3,9

    5,5

    Niger

    -0,9

    1,0

    1,3

    0,9

    Nigéria

    7,8

    9,0

    10,1

    9,4

    Rwanda

    2,4

    2,5

    3,0

    3,0

    Sao Tomé-et-Principe

    6,7

    5,3

    4,6

    4,7

    Sénégal

    -0,5

    0,0

    -0,4

    1,2

    Seychelles

    1,4

    4,4

    2,6

    2,7

    Sierra Leone

    7,1

    9,9

    10,0

    10,1

    Somalie

    ...

    ...

    ...

    ...

    Afrique du Sud

    6,1

    4,6

    6,8

    7,0

    Soudan du Sud

    1,7

    41,1

    14,7

    25,0

    Soudan

    36,9

    16,9

    13,1

    11,2

    Swaziland

    5,7

    5,6

    6,0

    6,7

    Tanzanie

    6,1

    5,6

    5,9

    6,0

    Togo

    0,2

    1,9

    2,1

    2,2

    Tunisie

    5,5

    5,0

    4,0

    3,5

    Ouganda

    4,3

    4,5

    5,2

    5,3

    Zambie

    7,8

    10,1

    10,8

    8,9

    Zimbabwe

    -0,2

    -2,0

    -1,3

    -0,7

    Afrique

    7,2

    7,3

    7,2

    7,2

    Sources : Département des statistiques BAfD ; autorités nationales ; Statistiques financières internationales du FMI ; estimations et prévisions des auteurs.

     

     

     

     

     


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  • Article écrit avant l'accident mortel qui s'est produit sur la ligne Douala-Yaoundé gérée par le groupe Bolloré...

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  • Faut-il croire encore aux statistiques ?

    Incohérences entre éditeurs, erreurs grossières de projection, non concordance avec la réalité... Leur crédibilité est en jeu. Démonstration

    Recevant le rapport 2016 de la CNUCED sur le commerce mondial, je m'apprêtais à l'étudier comme d'habitude sous l'angle africain. J'extrayais donc des données synthétiques en commençant par la croissance des PIB mondiaux incluant les prévisions pour 2016 quand je m'aperçus que les chiffres que je copiais n'avaient plus rien à voir avec ceux que j'avais extraits de rapports précédents. Et au lieu donc de me plonger dans le commerce mondial, je décidais d'enquêter sur cette distorsion statistique.

    Premier point, la croissance africaine telle que donnée par la Banque mondiale (les chiffres du rapport de la CNUCED sont les plus récents de la Banque mondiale) Voyez le tableau 1 : 3,7% en 2014, 2,9% en 2015 et 2% prévus pour 2016. Or le chiffre que j'avais déjà publié pour 2015 était de...3,9% !

    J'ai donc été voir du côté de la Banque Africaine de Développement (BAD, tableau 2) Et, là, autre son de cloche : 3,9% en 2014, 3,7% en 2015 et 3,6% prévus en 2016. Mais il s'agit de croissance en volume alors que la Banque mondiale donnait des croissance en valeur. Je regarde donc de plus près l'évolution des prix mondiaux (tableau 3) : il y a effectivement un début possible d'explication : l'Afrique a peut-être produit plus mais sa croissance en valeur a été obérée par la baisse assez forte des prix ? Mais alors pourquoi la croissance de 2015 n'est-elle pas nettement plus impactée avec un effondrement des prix (plus du tiers !) Simple calcul, sachant que les matières premières rentrent pour  25% environ dans le PIB global de l'Afrique : la croissance 2015 aurait dû baisser de 0,70 point (je vous fait grâce du calcul) et s'arrêter à 3% tout juste. Comme celle prévue pour 2016 (baisse de 14,5 % des prix) aurait dû être de 2,91 %...

    Alors, l'Afrique aurait-elle, en plus, nettement moins exporté qu'auparavant ? Voyez le tableau 4 : en 2014, elle exporte autant qu'en 2013 en valeur. ce qui revient à dire que, les prix ayant baissé cette année là de 7,1 % et les matières premières rentrant pour 80% dans la valeur des exportations africaines, le continent a accru ses exportations en volume de 5,68 % contre 2,1% annoncés. Ce sont des ordres d'idées bien sur car les évolutions en valeur et en volume diffèrent pas mal d'un pays à l'autre. Si vous prenez le pétrole par exemple, vous voyez qu'il s'agit de la matière première qui a le plus baissé, en 2015 notamment. Allons donc voir comment le PIB angolais a réagi puisque ce pays vit en grande partie sur les hydrocarbures : en volume (tableau 2), on voit qu'elle a perdu 1 point de croissance sur l'année précédente mais qu'elle a quand même progressé de 3,8%. Selon  Wikipédia, le pétrole représente 40% du PIB angolais. Là encore, un simple calcul montre que la chute du prix du pétrole aurait dû entraîner une baisse du PIB en 2015, d'environ 15 à 20% !

    Les statistiques mondiales sont donc de moins en moins compréhensibles. Surtout si, en plus, on lit les commentaires qui accompagnent leur publication. Et c'est ainsi que le FMI, d'après les chiffres de la Banque mondiale, n'a cessé de revoir la croissance Africaine à la baisse depuis avril 2016. Les dernières estimations mettent même la croissance globale du continent en dessous de 2% ! Ce, avec des exportations qui augmentent en valeur (tableau 4), y compris en 2016 : voyez cette fois-ci le graphique (5) publié dans un bulletin d'avril 2016 de l'Organisation mondiale du commerce. La progression est d'ailleurs nettement plus importante en fin de période (5 mois) pour les pays en développement que ce qu'indique l'OMC parlant, elle, d'une "faible progression" pour l'ensemble de l'année...

    A quoi donc se fier ? Même pas aux moyenne en fait : en volume, la croissance des principaux pays africains est très supérieure à la moyenne calculée par la BAD (tableau 2) Certes, l'Afrique du sud,  la Libye et la Guinée peuvent faire baisser la dite moyenne. Mais pas à ce point quand, partout ailleurs, les taux de croissance peuvent faire pâlir d'envie n'importe quel Occidental. Vous aurez très certainement remarqué par ailleurs que, cette année, l'Afrique du Sud a repris la tête du continent en matière de PIB. Pour comprendre le phénomène, les statisticiens vous expliqueront que le prix des hydrocarbures est à l'origine de la dégringolade du Nigeria. Je veux bien. Mais quand le Nigeria a dépassé l'Afrique du Sud, on parlait de 500 milliards de dollars dans chaque pays. La prouesse du pays d'Afrique de l'ouest venait, nous avait-on expliqué, d'une revalorisation de son PIB en incluant l'économie informelle (jusqu'aux péripatéticiennes !) Et c'était en 2015 alors que le prix du baril de pétrole avait baissé de plus de 45% ! Un pétrole qui représente le  tiers du PIB nigérian !! Si la frontière ne tient qu'au prix du baril, alors il y a de fortes chances pour que le yoyo continue entre Pretoria et Abuja. Car la Banque Mondiale prévoit une baisse des prix des hydrocarbures de près de 25% encore en 2016, ce qui n'est pas exact : le prix moyen d'avant la chute était de l'ordre de 80 à 100 dollars par baril de brut. Moins 7,5% en 2014, moins 47,2% en 2015, moins 23,6% en 2016 égale 33,5 dollars par baril. Prix qui n'a jamais été aussi bas dans la réalité qu'en janvier 2016, le prix actuel étant de plus de 50 dollars et la moyenne 2016 tournant autour de 45 dollars voire plus. Où la Banque Mondiale est-elle allée chercher ses moins 23,6% de 2016 ?!

    Il semble donc y aller des statistiques comme des sondages, leurs imprécisions, pour être gentil, ne permettant plus réellement de dessiner le passé et donc, de prévoir l'avenir. Les restrictions budgétaires sont-elles à l'origine de ces distorsions ? Sans doute pour les sondages, les instituts devant dégager des bénéfices après deux mauvaises années, au moins en France. Mais la Banque Mondiale ?

    Elle publie certes -et ne peut faire autrement- les statistiques que lui envoient les pays eux-mêmes. Pour l'instant par exemple, seul le Nigeria a fait l'effort d'intégrer le formidable secteur informel dans ses chiffres. Et il y a fort à parier que le PIB global du continent devrait être revu terriblement à la hausse si les autres pays africains faisaient de même. Il n'en reste pas moins que n'importe quel statisticien digne de ce nom se doit de faire disparaître les incohérences. Or il y en a ici jusqu'aux prix des matières premières les plus connues : le Monde entier a suivi le prix de l'or noir depuis et son envolée, et sa chute relative. Et il s'agit bien du Monde entier, payant son essence au cul de la pompe des stations de distribution. Tout le monde a donc vu un début d'année effectivement bon marché (moins d'1 € le litre en supermarché en France) puis le retour à 1,20/1,30 € le litre à partir de juin-juillet.

    On a ici en fait l'explication basique d'une partie des erreurs statistiques des grands organismes internationaux : la baisse des prix des matières premières a été "projetée" d'après les données brutes de début d'année. Et rien n'a été modifié par la suite, tout au long de la chaîne interminable de validation des statistiques. Il faut donc savoir que ces dernières ne sont réellement valables que deux ans plus tard et non en estimations une seule année après, premier point. Ce qui est d'ailleurs anormal à l'ère de l'information digitale, donc en temps réel...

    Le 2e point est, je crois, politique : du côté Africain, on tend à minimiser les performances afin de pouvoir continuer à bénéficier des aides internationales. Le diagnostic est déjà ancien et n'a pas beaucoup évolué depuis qu'on s'en est aperçu. Et du côté Banque Mondiale/FMI, on tend à sous-estimer aussi les performances de "ses clients" pour deux raisons principales : un, il faut persuader les dirigeants africains qu'ils ont toujours besoin de l'aide bien entendu conditionnelle des organismes de Washington ; et, deux, les vrais dirigeants, les Américains, n'ont toujours pas confiance en une Afrique qui est l'un de ses plus importants fournisseurs pour beaucoup de matières premières.

    1- Croissance mondiale 2014-2016 selon la Banque mondiale (en valeur) en %

    Pays

    2014

    2015

    2016

    Monde

    2,5

    2,5

    2,3

    Pays développés

    1,7

    2

    1,6

    Europe de l'est

    0,9

    -2,8

    0

    Pays en développement

    4,4

    3,9

    3,8

    Dont Afrique

    3,7

    2,9

    2

    Dont Amérique latine

    1,1

    0,2

    -0,2

    Dont Asie

    5,5

    5,1

    5,1

     

    2- Croissance mondiale 2014-2016 selon BAD (en volume) en %

     

    2014

    2015

    2016

    Afrique pour BAD

    3,9

    3,7

    3,6

    Dont Afrique du sud

    1,5

    1,3

    nc

    Dont Algérie

    3,8

    3,9

    nc

    Dont Angola

    4,8

    3,8

    nc

    Dont Cameroun

    5,9

    5,7

    nc

    Dont Côte d'Ivoire

    7,9

    8,8

    nc

    Dont Egypte

    2,2

    4,2

    nc

    Dont Ethiopie

    10,3

    10,2

    nc

    Dont Ghana

    4

    3,7

    nc

    Dont Guinée

    1,1

    0,1

    nc

    Dont Kenya

    5,3

    5,5

    nc

    Dont Libye

    -23,5

    -6

    nc

    Dont Madagascar

    3,3

    3,2

    nc

    Dont Mali

    5,8

    5,2

    nc

    Dont Maroc

    2,4

    4,5

    nc

    Dont Mozambique

    7,2

    6,3

    nc

    Dont Nigeria

    6,2

    3

    nc

    Dont Ouganda

    4,7

    5,3

    nc

    Dont RDC

    9,2

    7,7

    nc

    Dont Sénégal

    4,3

    5,1

    nc

    Dont Soudan

    3,6

    5,3

    nc

    Dont Tanzanie

    7

    7

    nc

     

    3- Evolution des prix mondiaux selon Banque mondiale (en %)

     

    2014

    2015

    2016

    Prix mondiaux

    -7,1

    -36,7

    -14,5

    Dont pétrole

    -7,5

    -47,2

    -23,6

    Dont minerais

    -8,5

    -22

    -11,4

    Dont produits tropicaux

    -9,9

    -13,6

    -4,7

    Dont produits alimentaires

    -3,8

    -14,2

    -1,6

     

     

    4- Exportations mondiales 2014 et 2015 en valeur selon Banque mondiale (croissance en %)

     

    2014

    2015

    2016

    Exports monde

    2,3

    1,4

    nc

    Dont pays développés

    1,9

    2,2

    nc

    Dont pays émergeant

    0,5

    0,9

    nc

    Dont pays en développement

    3,1

    0,4

    nc

    Dont Afrique

    0

    2,1

    nc

    Dont Amérique latine

    3,3

    2,9

    nc

    Dont Asie de l'est

    4,9

    -0,9

    nc

     

     

     

    5- Commerce mondial en volume en 2016 selon OMC


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  • Les Africains sont peu endettés

    Mieux même : leurs dettes ont changé de nature, elles dynamisent aujourd'hui la croissance du continent !

     

    Qu'il est loin le temps des éléphants blancs ! Dans les années 1970-1980, l'Occident raillait les nouveaux Etats indépendants d'Afrique auxquels il imposait des "cures d'amaigrissement" pour sécuriser soi-disant les prêts qu'il lui accordait, toujours sous conditions. Aujourd'hui, c'est l'Afrique qui peut se gausser de la mauvaise gouvernance d'un Occident qui croule sous les dettes et dont la survie économique ne tient qu'aux planches à billet de ses banques centrales : globalement, le continent doit un tout petit peu plus que 20% de son Revenu intérieur brut aux pays étrangers, dette dont il pourrait se défaire avec seulement les 3/4 d'une année d'exportation au prix de 2013, donc une année complète au prix de 2016 (voir tableau 1) Même l'Allemagne n'arrive pas à une telle performance : sa seule dette publique dépasse toujours les 2 000 milliards € face à un PIB de l'ordre de 3400 milliards € et des exportations totalisant 1400 milliards € : sa dette publique représente donc plus de 60% de son PIB et presque deux années d'exportations. Comme la dette privée allemande est supérieure à sa dette publique, on voit que le présumé champion de l'économie européenne est en posture financière nettement moins avantageuse que l'ensemble de l'Afrique.

    Bien entendu, dans le détail africain il y a un peu de tout. Si vous regardez d'abord le tableau 3, vous voyez comment le FMI, organisme sous la coupe des Américains, classe les risques-pays du continent. En fait, il suffit de regarder le tableau 2 pour avoir une idée plus juste et plus précise de ces risques : parmi les grands pays, ce sont effectivement le Zimbabwe et le Soudan qui paraissent en plus mauvaise posture. A noter toutefois que Harare vient de finir de rembourser la totalité de sa dette au FMI qui le considérait comme extrêmement risqué... Et en tête des moins risqués, vous trouvez normalement les pays pétroliers qui n'ont guère besoin d'emprunter pour investir. L'Angola a même refusé il y a deux mois les offres du FMI, trouvant sur le marché normal des propositions plus alléchantes, sans conditions à la clé et à des taux bien meilleurs, afin de pouvoir continuer ses investissements en dépit de la baisse des prix pétroliers : une partie très importante de l'Afrique n'a plus besoin ni du FMI, ni de la Banque mondiale, CQFD !

    Ce, car ils peuvent faire aujourd'hui appel à toutes les sources de financement. A commencer par l'émission de bons et obligations du Trésor auprès de leurs populations. On ne dispose pour l'instant que de données partielles qui montrent, par exemple, que la dette intérieure du Nigeria, négociable en naira, a plus que quadruplé entre 2003 et 2013, couvrant aujourd'hui plus de 80% des besoins publics. Et celle d'un petit pays comme la Zambie a plus que sextuplé au cours de la même période (60% des besoins) ! Au Kenya, autre exemple, les bons du Trésor (longue durée) représentaient plus de la moitié des émissions publiques. Ce sont aujourd'hui de simples obligations d'Etat qui couvrent 60% des besoins de financement public et interne du pays, soit plus de la moitié des besoins totaux de l'Etat !

    Pour qui se souvient des fameuses années 1970-1980, un phénomène était assez fréquent en Afrique francophone : l'aide d'urgence de la Coopération française en fin de mois. Soit de l'argent prêté en urgence et à court terme. Les besoins de fin de mois existent toujours, certes, dans plusieurs Etats, mais le recours coûteux (car à la fois à taux élevés et à fortes conditionnalités) aux services de l'ancienne puissance coloniale a disparu. Et, globalement, la part de la dette extérieure africaine à court terme a fondu tandis que celle du long terme a crû. En Afrique du sud par exemple, le court terme est passé de 33% en 2006-2009 à 19% en 2011-2013 et le long terme, de 29% à 38% : cela signifie que l'Afrique s'endette aujourd'hui pour alimenter la croissance et non plus pour éviter le défaut de paiement. Par comparaison, on notera que la dette publique française est à 7 ans 1/2 en moyenne, dont la plus grande partie à court terme !

    Le phénomène africain est général et bien plus important qu'en Afrique du sud. En Angola par exemple, il n'y a pratiquement plus de dette publique à court terme (0,8% en 2013 !), de même qu'en Ethiopie (1,3%) ou en Ouganda (3,8%) Pour plus de détails à ce sujet, voir le tableau complet dans le Rapport 2016 de la CNUCED sur le développement économique de l'Afrique (pages 42 et 43) Tout cela a entraîné bien entendu une décrue du nombre de crédits extérieurs conditionnels : dans le même rapport, on voit que presque tous les pays l'ont enregistré, parfois très fortement (Botswana et Maurice notamment) Et seuls le Nigeria (par ailleurs peu endetté à l'extérieur), le Niger, l'Ouganda, Sao Tomé & Principe, le Cameroun, le Libéria, le Soudan et la Zambie ont connu une évolution contraire. Dans un contexte toutefois de forte réduction de l'endettement extérieur. Globalement, les pays africains très endettés (en haut du tableau 2) ont vu la dette concessionnelle baisser de 80% à 70% de 2005 à 2013 tandis que les pays moins endettés (en bas du tableau) ont vu cette même dette concessionnelle tomber à un peu plus du tiers en 2013 avec une forte hausse concomitante des obligations d'Etat. Depuis 2009, ce sont ainsi une vingtaine de pays qui ont émis plus de 16 milliards de dollars de ces obligations, Côte d'Ivoire et Nigeria en tête (mais le Nigeria, surtout auprès de ses concitoyens)...

    Que montrent in fine ces données ? Tout bêtement que l'emprunt aujourd'hui en Afrique est un emprunt de développement. On sait que l'épargne privée à crû énormément, jusqu'à atteindre les taux de l'Occident durant les fameuses "30 Glorieuses" On sait aussi que le continent abrite le plus fort taux d'entreprenariat par habitant que la Terre ait jamais connu. On voit enfin que les Etats africains, qui se sont fortement désendettés, n'empruntent quasiment plus qu'à long terme, pour donc des projets d'investissements (infrastructures notamment) : de toute évidence, le continent est entré dans un cercle vertueux de croissance économique, ce qui explique pourquoi, en fin de compte, la baisse du prix des matières premières de ces deux dernières années ne l'a affecté qu'à la marge.

    Encadré

    L'exception de l'Afrique du nord

    Dans cette partie du continent, la politique a joué et a obligé, malheureusement, les Etats à privilégier le court terme à de trop nombreuses reprises. Et c'est ainsi que dans ces seuls pays, la part de l'endettement public à court terme a augmenté entre 2006-2009 et 2011-2013 : de 15,6% à 22,1% pour l'Algérie, de 7 à 10,5% pour l'Egypte, de 8,9 à 12,9% pour le Maroc et de 19,7 à 24% pour la Tunisie. Le reste des données est meilleur, ces pays étant eux aussi entrés dans un cercle vertueux de développement. Certes, elles se sont peut-être dégradées depuis en Egypte et en Tunisie et pour les mêmes raisons politiques. Mais on voit qu'au début, la déstabilisation des "Printemps arabes" n'avaient affecté qu'à la marge, celle du déficit public, les économies concernées. Les échecs à l'origine de l'éviction des Islamistes étaient bien dus à une mauvaise gouvernance...

     

    Le problème du manque de devises

    On voit bien dans le tableau 2 que le seul hiatus dans la dette africaine est l'insuffisance des exportations par rapport à la croissance interne : cette croissance nécessite fatalement des importations coûteuses en biens d'équipement, le continent n'en produisant pratiquement pas. Et hors les pays pétroliers rémunérés en dollars, les sources de devises internationales sont insuffisantes, même au Nigeria où la très forte croissance excède les capacités en devises de la balance des paiements. Deux solutions existent à court terme : contrôler les importations pour privilégier les machines-outils sur les grosses voitures d'abord. Mais la mondialisation s'y oppose. N'acheter alors qu'aux pays acceptant de réinvestir sur place une partie des paiements -donc en monnaie locale. Mais c'est contraire aussi aux règles de la mondialisation. Des gouvernants un peu malins doivent pouvoir jouer secrètement sur les deux tableaux : qu'ils se souviennent de Poitiers et d'Edith Cresson...

     

    1-      La dette extérieure africaine à fin 2013 (en millions de dollars)

    Source : Banque mondiale, statistiques 2015

    Pays

    Stock de la dette 2011-2013

    % RNB

    % des exports

    Afrique du sud

    133612

    36

    110

    Algérie

    5590

    3

    7

    Angola

    21136

    21

    30

    Bénin

    2096

    27

    105

    Botswana

    2438

    17

    34

    Burkina Faso

    2458

    23

    76

    Burundi

    651

    26

    272

    Cameroun

    3928

    15

    50

    Cap Vert

    1257

    70

    153

    Comores

    225

    37

    269

    Congo  Brazzaville

    2973

    27

    nc

    Congo Kinshasa