• L'Afrique peut-elle se passer de "cash"

    La Banque mondiale le préconise, l'Inde le tente...

     

    En août 2014, la Banque mondiale publiait un rapport vantant les effets des transactions électroniques sur la croissance économique. Et l'on sait que moult économies occidentales cherchent depuis plus longtemps encore à supprimer au maximum la monnaie fiduciaire dans leurs transactions. Bref, le billet de banque n'est pas "in" et, en plus, il peut sentir le souffre quand il provient d'activités illégales. Alors, quand on sait que les lessiveuses jouent encore un rôle primordiale dans l'épargne africaine, qu'une minorité seulement des Africains dispose d'un compte bancaire et que le continent est réputé pour compter parmi les plus corrompus du Monde (ce qui est faux, ne serait-ce qu'au niveau des montants détournés), on a du mal à comprendre comment il peut aussi se développer le plus vite au monde derrière l'Inde et la Chine.

    En fait, il n'y a pas de corrélation prouvée entre le mode de paiement et la croissance économique. On n'arrive même pas à calculer sérieusement la vitesse de circulation de la monnaie qui, pour certains auteurs (théorie quantitative de la monnaie) est un élément explicatif de l'inflation. Laquelle est un marqueur de la croissance, n'en déplaise aux monétaristes aujourd'hui en rapide perte de vitesse chez les dirigeants occidentaux. Tout juste peut-on noter que l'argent sale, en grande partie fiduciaire au moment de sa création, représenterait au moins 3% de l'économie mondiale selon l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime en 2011 (rapport établi d'après le blanchiment observé d'argent sale par les banques, soit 1600 milliards de dollars) Ajoutez à cela les autre blanchiments (casinos, paiements en numéraire, assurances, etc.) et vous pouvez allègrement doubler ce pourcentage ! Plus de 5% donc de la production mondiale est probablement généré par le crime. Ajouter encore à cela la fraude fiscale (80 milliards € dans une France qui produit chaque année quelques 2000 milliards €, soit encore 4%) et on frôle donc les 10% du PIB mondial.

    Maintenant prenez les points de croissance apportés par l'investissement. Il n'y a pas d'études chiffrées sérieuses sur la question, même en ce qui concerne la Défense (les généraux plaident qu'un euro dépensé pour eux rapporte 1,35 € à l'économie mais "au doigt mouillé")  On peut toutefois imaginer les dégâts que causerait la suppression de ces 10% du PIB mondial. Les 4% de fraude fiscale ne seraient perdus que pour les fraudeurs car recyclés immédiatement par les Etats. Mais les 6% restant se traduiraient inexorablement en perte de croissance économique. Non pas directement (les consommateurs reporteraient leurs dépenses sur d'autres biens et services) mais indirectement : les crimes et délits sont le fait d'hommes et de femmes qui eux aussi consomment et investissent. Certes, beaucoup d'entre elles et eux se feront payer autrement, on note déjà une flambée des "bitcoins" sur le Web. Mais la généralisation trop rapide des paiements électroniques ne peut pas ne pas avoir de conséquence sur leur nombre et le nombre de leurs actes. Donc sur leur consommation et leurs investissements, CQFD !

    On ne peut donc pas, quand on veut gouverner intelligemment, se contenter de morale. Il faut aussi bien calculer. En l'occurrence, on peut imaginer que combattre l'argent du crime peut se faire plus aisément en période de surchauffe économique qu'en période de stagnation. Ce, pour l'Occident qui n'est pas actuellement en posture de cogner trop fort sur l'argent des criminels. Car pour l'Afrique, c'est l'inverse : l'argent sale quitte le continent pour se réfugier dans les paradis financiers. Ce qui peut être supporté en période de vaches grasses ne peut plus l'être en période de vaches maigres, CQFD !

    Le "cash" africain est donc un vrai casse-tête : c'est le moyen de paiement de l'immense majorité des Africains et c'est aussi le moyen d'évasion des criminels et des fraudeurs (avec en plus une ponction sur les réserves en devises des pays africains, réserves qui sont déjà insuffisantes compte tenu du développement de la consommation interne)

    Ce qui accroit la difficulté des dirigeants continentaux est le fait que plusieurs monnaies africaines n'ont plus véritablement cours : au Congo Kinshasa par exemple, le dollar américain s'est substitué au franc congolais dans la majorité des grandes transactions depuis l'ère Mobutu. Le rand, idem, a plus cours au Zimbabwe que le dollars zimbabwéen plus guère utilisé. L'envie de sortir de la zone CFA titille de plus en plus les dirigeants d'Afrique francophone (ils n'y restent que par peur des réactions françaises) Et au final, les Africains ont souvent en poche, plus rarement en banque, des billets qui font en fait partie des réserves de change de l'Etat considéré ! Et tout cela fonctionne ! En dépit des rapports des uns et des autres, les producteurs achètent machines et intrants et les consommateurs achètent des produits et services finis en quantités annuelles croissantes. Et croissant plus vite qu'ailleurs hors Asie de l'est avec des données monétaires finalement assez orthodoxes : une inflation limitée globalement à 7% (donc pas de fuite en avant des salaires et des prix) et des masses monétaires proches de leurs homologues européennes en pourcentages du PIB. Il n'y a guère que les réserves de change qui soient très insuffisantes : le marché intérieur progressant très vite, les producteurs manquent de devises pour importer machines et intrants étrangers (seule l'Algérie semble en bonne position)...

    Le rapport de la Banque Mondiale n'est donc pas adaptable au continent africain. Lequel peut d'ailleurs et en outre considérer le chaos créé en Inde par des gouvernants qui ont eu le tort d'écouter les "experts" : les fonctionnaires corrompus (la cible de la réforme) doivent, certes, se coucher sur leurs matelas de roupies mal acquis mais l'économie indienne a d'ores et déjà perdu pas mal de croissance : elle est en panne depuis novembre dernier car le "cash" était employé dans plus de 90% des transactions. En fait, le gouvernement n'a pas stricto sensu interdit le cash : il a obligé les acteurs économiques à venir échanger leurs billets contre des billets tout neuf. En notant leurs noms et l'origine de leurs avoirs en numéraires (en interdisant donc à l'argent sale d'être échangé) Il fallait en plus avoir un compte en banque... Bref, ça a été immédiatement et ça continue d'être la panique car, en plus, il n'y a pas assez de guichets de banque et pas assez de billets par guichet ! L'affaire est à suivre car le gouvernement indien ne peut plus reculer. On saura donc dans le courant de l'année ce qu'a perdu le pays en terme de croissance économique, un pays qui comptait dépasser la Chine en 2017 en terme de croissance...

    Encadré

    L'Union européenne en flèche contre le cash.

    Elle est pratiquement en récession mais s'est lancée depuis le quinquennat de Sarkozy dans une lutte farouche contre l'argent sale et, surtout, la fraude fiscale. Elle a obligé les paradis fiscaux européens a abandonner le secret bancaire et à communiquer les coordonnées de leurs comptes étrangers. Et elle limite progressivement la possibilité d'achats en numéraires sur le territoire européen. Ca a commencé par l'or que pratiquement aucun particulier ne peut plus acheter en vente libre et anonyme. Seules les pièces de monnaie sont encore achetables en quantité limitée. Puis les achats de plus de 3000 € en espèces ont été interdits avant de s'abaisser, en France, à 1000 €. Ce, après que la Banque Centrale Européenne ait décidé de ne plus fabriquer de billet de 500 €. Cette politique se heurte à présent à la confiance des opérateurs étrangers dans l'euro, sorti bien entendu affaibli encore un peu plus (son affaiblissement vient aussi et d'une croissance régionale trop faible, et des dettes faramineuses des Etats européens) L'euro est une monnaie dite de réserve qui ne le serait plus dès lors qu'il n'y aurait plus de billets en circulation. Et, ce, du fait justement que des pays ne vivent que grâce au cash. Le dollars remonte donc très rapidement par rapport à la monnaie européenne, d'une part et bien entendu parce que la croissance américaine est autrement plus vigoureuse que celle de son allié de l'ouest, mais aussi parce que des opérateurs en nombre croissant perdent plus confiance dans l'euro que dans le dollars.

     

    1- Indicateurs monétaires en Afrique : taux de change, masse monétaire, réserves de change

     

    Taux de change

    Masse monétaire

    Réserves de change -or exclus

     

    (monnaie locale/USD)

    (milliards, monnaie locale )

    (millions de dollars)

     

     

     

     

    2015

    2015

     

    2013

    2014

    2015

    Niveau

    % du PIB

    Croissance

    Stock en fin d'année

    Éq. Mois d'importation

    Algérie

    79,4

    80,6

    100,7

    13 457,2

    77,1

    -1,6

    144 677,5

    29,1

    Angola

    96,5

    98,3

    120,1

    5 712,9

    44,0

    11,5

    23 901,2

    8,1

    Bénin

    494,0

    494,4

    591,4

    2 754,9

    51,5

    17,1

    731,6

    2,2

    Botswana

    8,4

    9,0

    10,1

    67,9

    49,4

    7,7

    7 958,9

    13,4

    Burkina Faso

    494,0

    494,4

    591,4

    2 477,2

    36,9

    14,5

    259,6

    0,9

    Burundi

    1 555,1

    1 546,7

    1 570,6

    906,5

    22,3

    0,0

    135,1

    2,1

    Cabo Verde

    83,1

    83,1

    99,4

    154,6

    90,7

    4,7

    428,4

    4,6

    Cameroun

    494,0

    494,4

    591,4

    4 091,6

    23,9

    8,6

    3 353,2

    4,7

    République centrafricaine

    494,0

    494,4

    591,4

    275,4

    28,9

    12,5

    221,8

    4,8

    Tchad

    494,0

    494,4

    591,4

    1 115,9

    15,9

    3,5

    207,3

    0,5

    Comores

    370,5

    370,8

    443,6

    100,0

    40,9

    2,9

    136,6

    6,0

    Congo

    494,0

    494,4

    591,4

    2 659,7

    50,1

    1,4

    2 259,9

    2,8

    Congo, Rép. dém.

    919,8

    925,2

    926,0

    4 217,0

    13,9

    6,7

    1 215,9

    1,2

    Côte d’Ivoire

    494,0

    494,4

    591,4

    3 070,8

    16,3

    17,4

    4 715,7

    5,0

    Djibouti

    177,7

    177,7

    177,7

    257,5

    81,4

    9,7

    364,9

    4,4

    Égypte*

    6,9

    7,1

    7,7

    1 765,4

    73,6

    16,4

    13 282,

    2,5

    Guinée équatoriale

    494,0

    494,4

    591,4

    1 320,1

    14,4

    -15,2

    1 457,2

    1,9

    Érythrée

    15,4

    15,4

    15,4

    82,7

    128,1

    12,9

    Éthiopie*

    18,6

    19,7

    20,7

    369,7

    28,3

    24,2

    Gabon

    494,0

    494,4

    591,4

    2 077,0

    25,3

    -5,2

    2 083,6

    5,0

    Gambie

    36,0

    41,7

    47,2

    22,6

    56,5

    11,0

    143,3

    4,6

    Ghana

    2,0

    2,6

    3,8

    45,1

    43,4

    22,5

    Guinée

    6 995,9

    7 014,1

    7 425,7

    16 974,0

    31,2

    15,7

    233,5

    1,0

    Guinée-Bissau

    494,0

    494,4

    591,4

    272,4

    43,1

    11,3

    332,1

    11,5

    Kenya

    86,1

    87,9

    98,1

    2 694,7

    41,9

    15,6

    7 762,4

    4,6

    Lesotho

    9,7

    10,9

    12,8

    9,3

    39,6

    3,1

    904,2

    5,8

    Libéria

    1,0

    1,0

    1,0

    0,7

    25,4

    0,4

    Libye

    1,3

    1,3

    1,4

    81,0

    173,2

    3,5

    74 863,

    38,3

    Madagascar

    2 206,9

    2 414,8

    2 934,4

    6 662,0

    23,3

    1,7

    832,

    2,9

    Malawi

    364,4

    424,9

    499,5

    804,6

    27,3

    27,8

    640,2

    3,8

    Mali

    494,0

    494,4

    591,4

    2 238,5

    35,9

    13,2

    624,

    2,5

    Mauritanie

    302,1

    303,3

    318,6

    530,4

    26,5

    4,0

    Maurice

    30,7

    30,6

    35,1

    418,4

    91,6

    5,2

    3 957,

    5,7

    Maroc

    8,4

    8,4

    9,8

    1 149,2

    106,6

    5,8

    22 253,9

    5,8

    Mozambique

    30,1

    31,4

    40,1

    239,8

    0,0

    17,1

    2 411,4

    0,0

    Namibie

    9,7

    10,9

    12,8

    81,8

    59,1

    9,8

    1 208,7

    2,1

    Niger

    494,0

    494,4

    591,4

    1 113,9

    26,9

    0,3

    1 039,

    4,1

    Nigéria

    157,3

    158,6

    192,4

    20 612,6

    23,0

    9,6

    31 561,8

    6,2

    Rwanda

    646,6

    681,9

    729,0

    1 416,7

    24,7

    15,8

    1 029,8

    5,4

    Sao Tomé-et-Principe

    18 450,0

    18 466,4

    22 090,6

    2 877,3

    40,6

    15,1

    78,4

    7,3

    Sénégal

    494,0

    494,4

    591,4

    3 752,3

    48,0

    7,7

    2 011,8

    3,9

    Seychelles

    12,1

    12,7

    13,3

    11,6

    51,8

    5,7

    541,5

    5,0

    Sierra Leone

    4 332,5

    4 524,2

    4 905,3

    5 446,7

    26,4

    10,5

    556,5

    2,6

    Somalie

    ...

    ...

    ...

     

    Afrique du Sud

    9,7

    10,9

    12,8

    2 866,2

    72,8

    6,3

    41 619,5

    5,0

    Soudan du Sud

    3,0

    3,0

    3,0

    9,1

    21,8

    16,6

    229,9

    0,8

    Soudan

    4,8

    5,7

    6,0

    91,7

    15,0

    18,0

    181,5

    0,2

    Swaziland

    9,7

    10,9

    12,8

    12,5

    27,8

    7,4

    553,6

    3,1

    Tanzanie

    1 600,4

    1 654,0

    1 979,7

    21 626,3

    23,1

    16,2

    4 071,9

    4,1

    Togo

    494,0

    494,4

    591,4

    1 212,3

    51,3

    10,5

    574,

    3,1

    Tunisie

    1,6

    1,7

    2,0

    62,9

    77,6

    6,9

    7 205,5

    4,3

    Ouganda

    2 586,9

    2 599,8

    3 241,4

    17 323,9

    22,5

    13,3

    2 829,8

    4,6

    Zambie

    5,4

    6,2

    8,6

    39,7

    18,7

    13,4

    2 967,6

    3,5

    Zimbabwe

    4,6

    36,7

    5,1

    328,

    0,6

    Note : * Pour l'Égypte et l'Éthiopie, année fiscale juillet (n-1)/juin (n)

                   

    Sources : Département des statistiques BAfD ; autorités nationales ; Statistiques financières internationales du FMI ; estimations et prévisions des auteurs.

     

    2- L'inflation en Afrique

     

    Inflation

     

    (%)

     

     

     

     

     

     

    2014

    2015 (e)

    2016 (p)

    2017 (p)

    Algérie

    2,9

    4,8

    4,3

    4,0

    Angola

    7,3

    10,2

    14,1

    14,8

    Bénin

    -1,1

    0,4

    2,3

    2,4

    Botswana

    4,4

    3,1

    4,5

    4,3

    Burkina Faso

    -0,3

    0,8

    2,0

    1,9

    Burundi

    4,4

    5,5

    7,5

    6,7

    Cabo Verde

    -0,2

    0,0

    1,6

    2,7

    Cameroun

    1,9

    2,7

    2,2

    2,1

    République centrafricaine

    11,6

    5,6

    4,7

    4,0

    Tchad

    1,7

    4,0

    2,7

    4,0

    Comores

    2,9

    2,1

    2,2

    2,6

    Congo

    3,0

    0,9

    1,5

    1,0

    Congo, Rép. dém.

    1,0

    0,8

    2,1

    2,5

    Côte d’Ivoire

    0,4

    1,5

    1,8

    1,9

    Djibouti

    3,0

    3,1

    3,3

    3,4

    Égypte*

    10,8

    11,2

    8,8

    10,2

    Guinée équatoriale

    4,3

    3,6

    2,6

    2,3

    Érythrée

    12,3

    12,5

    12,0

    11,7

    Éthiopie*

    8,1

    7,7

    7,4

    8,9

    Gabon

    3,2

    1,2

    2,4

    2,4

    Gambie

    6,3

    6,5

    5,5

    5,5

    Ghana

    17,0

    17,2

    10,2

    7,9

    Guinée

    9,7

    8,0

    8,5

    8,8

    Guinée-Bissau

    1,9

    1,5

    2,1

    1,8

    Kenya

    6,9

    6,0

    6,0

    5,2

    Lesotho

    5,3

    3,8

    3,9

    4,0

    Libéria

    9,9

    7,7

    7,0

    7,5

    Libye

    2,4

    8,6

    9,7

    5,8

    Madagascar

    6,0

    7,9

    7,4

    7,8

    Malawi

    23,8

    21,2

    18,1

    16,0

    Mali

    0,9

    2,0

    2,7

    1,8

    Mauritanie

    3,5

    1,5

    6,7

    6,1

    Maurice

    3,2

    1,3

    2,8

    2,5

    Maroc

    0,4

    1,8

    1,4

    1,6

    Mozambique

    2,3

    2,0

    5,7

    5,2

    Namibie

    5,3

    3,5

    3,9

    5,5

    Niger

    -0,9

    1,0

    1,3

    0,9

    Nigéria

    7,8

    9,0

    10,1

    9,4

    Rwanda

    2,4

    2,5

    3,0

    3,0

    Sao Tomé-et-Principe

    6,7

    5,3

    4,6

    4,7

    Sénégal

    -0,5

    0,0

    -0,4

    1,2

    Seychelles

    1,4

    4,4

    2,6

    2,7

    Sierra Leone

    7,1

    9,9

    10,0

    10,1

    Somalie

    ...

    ...

    ...

    ...

    Afrique du Sud

    6,1

    4,6

    6,8

    7,0

    Soudan du Sud

    1,7

    41,1

    14,7

    25,0

    Soudan

    36,9

    16,9

    13,1

    11,2

    Swaziland

    5,7

    5,6

    6,0

    6,7

    Tanzanie

    6,1

    5,6

    5,9

    6,0

    Togo

    0,2

    1,9

    2,1

    2,2

    Tunisie

    5,5

    5,0

    4,0

    3,5

    Ouganda

    4,3

    4,5

    5,2

    5,3

    Zambie

    7,8

    10,1

    10,8

    8,9

    Zimbabwe

    -0,2

    -2,0

    -1,3

    -0,7

    Afrique

    7,2

    7,3

    7,2

    7,2

    Sources : Département des statistiques BAfD ; autorités nationales ; Statistiques financières internationales du FMI ; estimations et prévisions des auteurs.

     

     

     

     

     


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  • Article écrit avant l'accident mortel qui s'est produit sur la ligne Douala-Yaoundé gérée par le groupe Bolloré...

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  • Faut-il croire encore aux statistiques ?

    Incohérences entre éditeurs, erreurs grossières de projection, non concordance avec la réalité... Leur crédibilité est en jeu. Démonstration

    Recevant le rapport 2016 de la CNUCED sur le commerce mondial, je m'apprêtais à l'étudier comme d'habitude sous l'angle africain. J'extrayais donc des données synthétiques en commençant par la croissance des PIB mondiaux incluant les prévisions pour 2016 quand je m'aperçus que les chiffres que je copiais n'avaient plus rien à voir avec ceux que j'avais extraits de rapports précédents. Et au lieu donc de me plonger dans le commerce mondial, je décidais d'enquêter sur cette distorsion statistique.

    Premier point, la croissance africaine telle que donnée par la Banque mondiale (les chiffres du rapport de la CNUCED sont les plus récents de la Banque mondiale) Voyez le tableau 1 : 3,7% en 2014, 2,9% en 2015 et 2% prévus pour 2016. Or le chiffre que j'avais déjà publié pour 2015 était de...3,9% !

    J'ai donc été voir du côté de la Banque Africaine de Développement (BAD, tableau 2) Et, là, autre son de cloche : 3,9% en 2014, 3,7% en 2015 et 3,6% prévus en 2016. Mais il s'agit de croissance en volume alors que la Banque mondiale donnait des croissance en valeur. Je regarde donc de plus près l'évolution des prix mondiaux (tableau 3) : il y a effectivement un début possible d'explication : l'Afrique a peut-être produit plus mais sa croissance en valeur a été obérée par la baisse assez forte des prix ? Mais alors pourquoi la croissance de 2015 n'est-elle pas nettement plus impactée avec un effondrement des prix (plus du tiers !) Simple calcul, sachant que les matières premières rentrent pour  25% environ dans le PIB global de l'Afrique : la croissance 2015 aurait dû baisser de 0,70 point (je vous fait grâce du calcul) et s'arrêter à 3% tout juste. Comme celle prévue pour 2016 (baisse de 14,5 % des prix) aurait dû être de 2,91 %...

    Alors, l'Afrique aurait-elle, en plus, nettement moins exporté qu'auparavant ? Voyez le tableau 4 : en 2014, elle exporte autant qu'en 2013 en valeur. ce qui revient à dire que, les prix ayant baissé cette année là de 7,1 % et les matières premières rentrant pour 80% dans la valeur des exportations africaines, le continent a accru ses exportations en volume de 5,68 % contre 2,1% annoncés. Ce sont des ordres d'idées bien sur car les évolutions en valeur et en volume diffèrent pas mal d'un pays à l'autre. Si vous prenez le pétrole par exemple, vous voyez qu'il s'agit de la matière première qui a le plus baissé, en 2015 notamment. Allons donc voir comment le PIB angolais a réagi puisque ce pays vit en grande partie sur les hydrocarbures : en volume (tableau 2), on voit qu'elle a perdu 1 point de croissance sur l'année précédente mais qu'elle a quand même progressé de 3,8%. Selon  Wikipédia, le pétrole représente 40% du PIB angolais. Là encore, un simple calcul montre que la chute du prix du pétrole aurait dû entraîner une baisse du PIB en 2015, d'environ 15 à 20% !

    Les statistiques mondiales sont donc de moins en moins compréhensibles. Surtout si, en plus, on lit les commentaires qui accompagnent leur publication. Et c'est ainsi que le FMI, d'après les chiffres de la Banque mondiale, n'a cessé de revoir la croissance Africaine à la baisse depuis avril 2016. Les dernières estimations mettent même la croissance globale du continent en dessous de 2% ! Ce, avec des exportations qui augmentent en valeur (tableau 4), y compris en 2016 : voyez cette fois-ci le graphique (5) publié dans un bulletin d'avril 2016 de l'Organisation mondiale du commerce. La progression est d'ailleurs nettement plus importante en fin de période (5 mois) pour les pays en développement que ce qu'indique l'OMC parlant, elle, d'une "faible progression" pour l'ensemble de l'année...

    A quoi donc se fier ? Même pas aux moyenne en fait : en volume, la croissance des principaux pays africains est très supérieure à la moyenne calculée par la BAD (tableau 2) Certes, l'Afrique du sud,  la Libye et la Guinée peuvent faire baisser la dite moyenne. Mais pas à ce point quand, partout ailleurs, les taux de croissance peuvent faire pâlir d'envie n'importe quel Occidental. Vous aurez très certainement remarqué par ailleurs que, cette année, l'Afrique du Sud a repris la tête du continent en matière de PIB. Pour comprendre le phénomène, les statisticiens vous expliqueront que le prix des hydrocarbures est à l'origine de la dégringolade du Nigeria. Je veux bien. Mais quand le Nigeria a dépassé l'Afrique du Sud, on parlait de 500 milliards de dollars dans chaque pays. La prouesse du pays d'Afrique de l'ouest venait, nous avait-on expliqué, d'une revalorisation de son PIB en incluant l'économie informelle (jusqu'aux péripatéticiennes !) Et c'était en 2015 alors que le prix du baril de pétrole avait baissé de plus de 45% ! Un pétrole qui représente le  tiers du PIB nigérian !! Si la frontière ne tient qu'au prix du baril, alors il y a de fortes chances pour que le yoyo continue entre Pretoria et Abuja. Car la Banque Mondiale prévoit une baisse des prix des hydrocarbures de près de 25% encore en 2016, ce qui n'est pas exact : le prix moyen d'avant la chute était de l'ordre de 80 à 100 dollars par baril de brut. Moins 7,5% en 2014, moins 47,2% en 2015, moins 23,6% en 2016 égale 33,5 dollars par baril. Prix qui n'a jamais été aussi bas dans la réalité qu'en janvier 2016, le prix actuel étant de plus de 50 dollars et la moyenne 2016 tournant autour de 45 dollars voire plus. Où la Banque Mondiale est-elle allée chercher ses moins 23,6% de 2016 ?!

    Il semble donc y aller des statistiques comme des sondages, leurs imprécisions, pour être gentil, ne permettant plus réellement de dessiner le passé et donc, de prévoir l'avenir. Les restrictions budgétaires sont-elles à l'origine de ces distorsions ? Sans doute pour les sondages, les instituts devant dégager des bénéfices après deux mauvaises années, au moins en France. Mais la Banque Mondiale ?

    Elle publie certes -et ne peut faire autrement- les statistiques que lui envoient les pays eux-mêmes. Pour l'instant par exemple, seul le Nigeria a fait l'effort d'intégrer le formidable secteur informel dans ses chiffres. Et il y a fort à parier que le PIB global du continent devrait être revu terriblement à la hausse si les autres pays africains faisaient de même. Il n'en reste pas moins que n'importe quel statisticien digne de ce nom se doit de faire disparaître les incohérences. Or il y en a ici jusqu'aux prix des matières premières les plus connues : le Monde entier a suivi le prix de l'or noir depuis et son envolée, et sa chute relative. Et il s'agit bien du Monde entier, payant son essence au cul de la pompe des stations de distribution. Tout le monde a donc vu un début d'année effectivement bon marché (moins d'1 € le litre en supermarché en France) puis le retour à 1,20/1,30 € le litre à partir de juin-juillet.

    On a ici en fait l'explication basique d'une partie des erreurs statistiques des grands organismes internationaux : la baisse des prix des matières premières a été "projetée" d'après les données brutes de début d'année. Et rien n'a été modifié par la suite, tout au long de la chaîne interminable de validation des statistiques. Il faut donc savoir que ces dernières ne sont réellement valables que deux ans plus tard et non en estimations une seule année après, premier point. Ce qui est d'ailleurs anormal à l'ère de l'information digitale, donc en temps réel...

    Le 2e point est, je crois, politique : du côté Africain, on tend à minimiser les performances afin de pouvoir continuer à bénéficier des aides internationales. Le diagnostic est déjà ancien et n'a pas beaucoup évolué depuis qu'on s'en est aperçu. Et du côté Banque Mondiale/FMI, on tend à sous-estimer aussi les performances de "ses clients" pour deux raisons principales : un, il faut persuader les dirigeants africains qu'ils ont toujours besoin de l'aide bien entendu conditionnelle des organismes de Washington ; et, deux, les vrais dirigeants, les Américains, n'ont toujours pas confiance en une Afrique qui est l'un de ses plus importants fournisseurs pour beaucoup de matières premières.

    1- Croissance mondiale 2014-2016 selon la Banque mondiale (en valeur) en %

    Pays

    2014

    2015

    2016

    Monde

    2,5

    2,5

    2,3

    Pays développés

    1,7

    2

    1,6

    Europe de l'est

    0,9

    -2,8

    0

    Pays en développement

    4,4

    3,9

    3,8

    Dont Afrique

    3,7

    2,9

    2

    Dont Amérique latine

    1,1

    0,2

    -0,2

    Dont Asie

    5,5

    5,1

    5,1

     

    2- Croissance mondiale 2014-2016 selon BAD (en volume) en %

     

    2014

    2015

    2016

    Afrique pour BAD

    3,9

    3,7

    3,6

    Dont Afrique du sud

    1,5

    1,3

    nc

    Dont Algérie

    3,8

    3,9

    nc

    Dont Angola

    4,8

    3,8

    nc

    Dont Cameroun

    5,9

    5,7

    nc

    Dont Côte d'Ivoire

    7,9

    8,8

    nc

    Dont Egypte

    2,2

    4,2

    nc

    Dont Ethiopie

    10,3

    10,2

    nc

    Dont Ghana

    4

    3,7

    nc

    Dont Guinée

    1,1

    0,1

    nc

    Dont Kenya

    5,3

    5,5

    nc

    Dont Libye

    -23,5

    -6

    nc

    Dont Madagascar

    3,3

    3,2

    nc

    Dont Mali

    5,8

    5,2

    nc

    Dont Maroc

    2,4

    4,5

    nc

    Dont Mozambique

    7,2

    6,3

    nc

    Dont Nigeria

    6,2

    3

    nc

    Dont Ouganda

    4,7

    5,3

    nc

    Dont RDC

    9,2

    7,7

    nc

    Dont Sénégal

    4,3

    5,1

    nc

    Dont Soudan

    3,6

    5,3

    nc

    Dont Tanzanie

    7

    7

    nc

     

    3- Evolution des prix mondiaux selon Banque mondiale (en %)

     

    2014

    2015

    2016

    Prix mondiaux

    -7,1

    -36,7

    -14,5

    Dont pétrole

    -7,5

    -47,2

    -23,6

    Dont minerais

    -8,5

    -22

    -11,4

    Dont produits tropicaux

    -9,9

    -13,6

    -4,7

    Dont produits alimentaires

    -3,8

    -14,2

    -1,6

     

     

    4- Exportations mondiales 2014 et 2015 en valeur selon Banque mondiale (croissance en %)

     

    2014

    2015

    2016

    Exports monde

    2,3

    1,4

    nc

    Dont pays développés

    1,9

    2,2

    nc

    Dont pays émergeant

    0,5

    0,9

    nc

    Dont pays en développement

    3,1

    0,4

    nc

    Dont Afrique

    0

    2,1

    nc

    Dont Amérique latine

    3,3

    2,9

    nc

    Dont Asie de l'est

    4,9

    -0,9

    nc

     

     

     

    5- Commerce mondial en volume en 2016 selon OMC


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  • Les Africains sont peu endettés

    Mieux même : leurs dettes ont changé de nature, elles dynamisent aujourd'hui la croissance du continent !

     

    Qu'il est loin le temps des éléphants blancs ! Dans les années 1970-1980, l'Occident raillait les nouveaux Etats indépendants d'Afrique auxquels il imposait des "cures d'amaigrissement" pour sécuriser soi-disant les prêts qu'il lui accordait, toujours sous conditions. Aujourd'hui, c'est l'Afrique qui peut se gausser de la mauvaise gouvernance d'un Occident qui croule sous les dettes et dont la survie économique ne tient qu'aux planches à billet de ses banques centrales : globalement, le continent doit un tout petit peu plus que 20% de son Revenu intérieur brut aux pays étrangers, dette dont il pourrait se défaire avec seulement les 3/4 d'une année d'exportation au prix de 2013, donc une année complète au prix de 2016 (voir tableau 1) Même l'Allemagne n'arrive pas à une telle performance : sa seule dette publique dépasse toujours les 2 000 milliards € face à un PIB de l'ordre de 3400 milliards € et des exportations totalisant 1400 milliards € : sa dette publique représente donc plus de 60% de son PIB et presque deux années d'exportations. Comme la dette privée allemande est supérieure à sa dette publique, on voit que le présumé champion de l'économie européenne est en posture financière nettement moins avantageuse que l'ensemble de l'Afrique.

    Bien entendu, dans le détail africain il y a un peu de tout. Si vous regardez d'abord le tableau 3, vous voyez comment le FMI, organisme sous la coupe des Américains, classe les risques-pays du continent. En fait, il suffit de regarder le tableau 2 pour avoir une idée plus juste et plus précise de ces risques : parmi les grands pays, ce sont effectivement le Zimbabwe et le Soudan qui paraissent en plus mauvaise posture. A noter toutefois que Harare vient de finir de rembourser la totalité de sa dette au FMI qui le considérait comme extrêmement risqué... Et en tête des moins risqués, vous trouvez normalement les pays pétroliers qui n'ont guère besoin d'emprunter pour investir. L'Angola a même refusé il y a deux mois les offres du FMI, trouvant sur le marché normal des propositions plus alléchantes, sans conditions à la clé et à des taux bien meilleurs, afin de pouvoir continuer ses investissements en dépit de la baisse des prix pétroliers : une partie très importante de l'Afrique n'a plus besoin ni du FMI, ni de la Banque mondiale, CQFD !

    Ce, car ils peuvent faire aujourd'hui appel à toutes les sources de financement. A commencer par l'émission de bons et obligations du Trésor auprès de leurs populations. On ne dispose pour l'instant que de données partielles qui montrent, par exemple, que la dette intérieure du Nigeria, négociable en naira, a plus que quadruplé entre 2003 et 2013, couvrant aujourd'hui plus de 80% des besoins publics. Et celle d'un petit pays comme la Zambie a plus que sextuplé au cours de la même période (60% des besoins) ! Au Kenya, autre exemple, les bons du Trésor (longue durée) représentaient plus de la moitié des émissions publiques. Ce sont aujourd'hui de simples obligations d'Etat qui couvrent 60% des besoins de financement public et interne du pays, soit plus de la moitié des besoins totaux de l'Etat !

    Pour qui se souvient des fameuses années 1970-1980, un phénomène était assez fréquent en Afrique francophone : l'aide d'urgence de la Coopération française en fin de mois. Soit de l'argent prêté en urgence et à court terme. Les besoins de fin de mois existent toujours, certes, dans plusieurs Etats, mais le recours coûteux (car à la fois à taux élevés et à fortes conditionnalités) aux services de l'ancienne puissance coloniale a disparu. Et, globalement, la part de la dette extérieure africaine à court terme a fondu tandis que celle du long terme a crû. En Afrique du sud par exemple, le court terme est passé de 33% en 2006-2009 à 19% en 2011-2013 et le long terme, de 29% à 38% : cela signifie que l'Afrique s'endette aujourd'hui pour alimenter la croissance et non plus pour éviter le défaut de paiement. Par comparaison, on notera que la dette publique française est à 7 ans 1/2 en moyenne, dont la plus grande partie à court terme !

    Le phénomène africain est général et bien plus important qu'en Afrique du sud. En Angola par exemple, il n'y a pratiquement plus de dette publique à court terme (0,8% en 2013 !), de même qu'en Ethiopie (1,3%) ou en Ouganda (3,8%) Pour plus de détails à ce sujet, voir le tableau complet dans le Rapport 2016 de la CNUCED sur le développement économique de l'Afrique (pages 42 et 43) Tout cela a entraîné bien entendu une décrue du nombre de crédits extérieurs conditionnels : dans le même rapport, on voit que presque tous les pays l'ont enregistré, parfois très fortement (Botswana et Maurice notamment) Et seuls le Nigeria (par ailleurs peu endetté à l'extérieur), le Niger, l'Ouganda, Sao Tomé & Principe, le Cameroun, le Libéria, le Soudan et la Zambie ont connu une évolution contraire. Dans un contexte toutefois de forte réduction de l'endettement extérieur. Globalement, les pays africains très endettés (en haut du tableau 2) ont vu la dette concessionnelle baisser de 80% à 70% de 2005 à 2013 tandis que les pays moins endettés (en bas du tableau) ont vu cette même dette concessionnelle tomber à un peu plus du tiers en 2013 avec une forte hausse concomitante des obligations d'Etat. Depuis 2009, ce sont ainsi une vingtaine de pays qui ont émis plus de 16 milliards de dollars de ces obligations, Côte d'Ivoire et Nigeria en tête (mais le Nigeria, surtout auprès de ses concitoyens)...

    Que montrent in fine ces données ? Tout bêtement que l'emprunt aujourd'hui en Afrique est un emprunt de développement. On sait que l'épargne privée à crû énormément, jusqu'à atteindre les taux de l'Occident durant les fameuses "30 Glorieuses" On sait aussi que le continent abrite le plus fort taux d'entreprenariat par habitant que la Terre ait jamais connu. On voit enfin que les Etats africains, qui se sont fortement désendettés, n'empruntent quasiment plus qu'à long terme, pour donc des projets d'investissements (infrastructures notamment) : de toute évidence, le continent est entré dans un cercle vertueux de croissance économique, ce qui explique pourquoi, en fin de compte, la baisse du prix des matières premières de ces deux dernières années ne l'a affecté qu'à la marge.

    Encadré

    L'exception de l'Afrique du nord

    Dans cette partie du continent, la politique a joué et a obligé, malheureusement, les Etats à privilégier le court terme à de trop nombreuses reprises. Et c'est ainsi que dans ces seuls pays, la part de l'endettement public à court terme a augmenté entre 2006-2009 et 2011-2013 : de 15,6% à 22,1% pour l'Algérie, de 7 à 10,5% pour l'Egypte, de 8,9 à 12,9% pour le Maroc et de 19,7 à 24% pour la Tunisie. Le reste des données est meilleur, ces pays étant eux aussi entrés dans un cercle vertueux de développement. Certes, elles se sont peut-être dégradées depuis en Egypte et en Tunisie et pour les mêmes raisons politiques. Mais on voit qu'au début, la déstabilisation des "Printemps arabes" n'avaient affecté qu'à la marge, celle du déficit public, les économies concernées. Les échecs à l'origine de l'éviction des Islamistes étaient bien dus à une mauvaise gouvernance...

     

    Le problème du manque de devises

    On voit bien dans le tableau 2 que le seul hiatus dans la dette africaine est l'insuffisance des exportations par rapport à la croissance interne : cette croissance nécessite fatalement des importations coûteuses en biens d'équipement, le continent n'en produisant pratiquement pas. Et hors les pays pétroliers rémunérés en dollars, les sources de devises internationales sont insuffisantes, même au Nigeria où la très forte croissance excède les capacités en devises de la balance des paiements. Deux solutions existent à court terme : contrôler les importations pour privilégier les machines-outils sur les grosses voitures d'abord. Mais la mondialisation s'y oppose. N'acheter alors qu'aux pays acceptant de réinvestir sur place une partie des paiements -donc en monnaie locale. Mais c'est contraire aussi aux règles de la mondialisation. Des gouvernants un peu malins doivent pouvoir jouer secrètement sur les deux tableaux : qu'ils se souviennent de Poitiers et d'Edith Cresson...

     

    1-      La dette extérieure africaine à fin 2013 (en millions de dollars)

    Source : Banque mondiale, statistiques 2015

    Pays

    Stock de la dette 2011-2013

    % RNB

    % des exports

    Afrique du sud

    133612

    36

    110

    Algérie

    5590

    3

    7

    Angola

    21136

    21

    30

    Bénin

    2096

    27

    105

    Botswana

    2438

    17

    34

    Burkina Faso

    2458

    23

    76

    Burundi

    651

    26

    272

    Cameroun

    3928

    15

    50

    Cap Vert

    1257

    70

    153

    Comores

    225

    37

    269

    Congo  Brazzaville

    2973

    27

    nc

    Congo Kinshasa

    5734

    23

    56

    Côte d'Ivoire

    10930

    43

    89

    Djibouti

    805

    nc

    167

    Egypte

    39859

    16

    78

    Erythrée

    998

    34

    nc

    Ethiopie

    10541

    26

    161

    Gabon

    3328

    20

    nc

    Gambie

    504

    57

    149

    Ghana

    13227

    32

    82

    Guinée

    1811

    37

    106

    Guinée Bissau

    280

    32

    137

    Guinée Equatoriale

    0

    0

    0

    Kenya

    11776

    30

    110

    Lesotho

    848

    30

    51

    Libéria

    492

    31

    55

    Libye

    nc

    nc

    nc

    Madagascar

    2838

    29

    141

    Malawi

    1360

    33

    84

    Mali

    3137

    31

    55

    Maroc

    34326

    35

    104

    Maurice

    10238

    88

    133

    Mauritanie

    3263

    84

    109

    Mozambique

    5286

    37

    108

    Namibie

    nc

    nc

    nc

    Niger

    2404

    35

    157

    Nigeria

    10938

    3

    11

    Ouganda

    3800

    21

    78

    RCA

    558

    29

    nc

    Rwanda

    1354

    20

    127

    Sao Tome & Principe

    216

    80

    597

    Sénégal

    4817

    34

    110

    Seychelles

    2172

    201

    218

    Sierra Leone

    1190

    33

    113

    Somalie

    3054

    nc

    nc

    Soudan

    21785

    40

    298

    Soudan du Sud

    nc

    nc

    nc

    Swaziland

    533

    14

    23

    Tanzanie

    11515

    41

    138

    Tchad

    2182

    18

    nc

    Togo

    762

    22

    30

    Tunisie

    24577

    55

    108

    Zambie

    5308

    27

    53

    Zimbabwe

    8052

    73

    nc

    Total Afrique

    443165

    22

    71

     

     

    2-      Classement des pays africains les plus endettés (en % du Revenu National Brut)

    Source : déclinaison du tableau 1

    Pays

    % RNB

    % des exports

    Seychelles

    201

    218

    Maurice

    88

    133

    Mauritanie

    84

    109

    Sao Tome & Principe

    80

    597

    Zimbabwe

    73

    nc

    Cap Vert

    70

    153

    Gambie

    57

    149

    Tunisie

    55

    108

    Côte d'Ivoire

    43

    89

    Tanzanie

    41

    138

    Soudan

    40

    298

    Comores

    37

    269

    Guinée

    37

    106

    Mozambique

    37

    108

    Afrique du sud

    36

    110

    Maroc

    35

    104

    Niger

    35

    157

    Erythrée

    34

    nc

    Sénégal

    34

    110

    Malawi

    33

    84

    Sierra Leone

    33

    113

    Ghana

    32

    82

    Guinée Bissau

    32

    137

    Libéria

    31

    55

    Mali

    31

    55

    Kenya

    30

    110

    Lesotho

    30

    51

    Madagascar

    29

    141

    RCA

    29

    nc

    Bénin

    27

    105

    Congo  Brazzaville

    27

    nc

    Zambie

    27

    53

    Burundi

    26

    272

    Ethiopie

    26

    161

    Burkina Faso

    23

    76

    Congo Kinshasa

    23

    56

    Togo

    22

    30

    Angola

    21

    30

    Ouganda

    21

    78

    Gabon

    20

    nc

    Rwanda

    20

    127

    Tchad

    18

    nc

    Botswana

    17

    34

    Egypte

    16

    78

    Cameroun

    15

    50

    Swaziland

    14

    23

    Algérie

    3

    7

    Nigeria

    3

    11

    Guinée Equatoriale

    0

    0

    Total Afrique

    22

    71

     

    3-      Les pays africains à risque selon le Fonds monétaire international (2015)

    Risque faible

    Risque modéré

    Risque élevé

    Surendettement

    Bénin

    Angola

    Burundi

    Soudan

    Ethiopie

    Burkina Faso

    Djibouti

    Zimbabwe

    Kenya

    Cap Vert

    Ghana

     

    Liberia

    Cameroun

    Mauritanie

     

    Madagascar

    Comores

    RCA

     

    Nigeria

    Congo

    Sao Tome & Principe

     

    Ouganda

    Côte d'Ivoire

    Tchad

     

    Rwanda

    Gambie

       

    Sénégal

    Guinée

       

    Tanzanie

    Guinée Bissau

       
     

    Lesotho

       
     

    Malawi

       
     

    Mali

       
     

    Mozambique

       
     

    Niger

       
     

    Congo Kinshasa

       
     

    Sierre Leone

       
     

    Soudan du sud

       
     

    Togo

       
     

    Zambie

       

     


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  • Le passeport africain unique : mythe ou réalité ?

     

    Les chefs d’Etat africains ont décidé de créer un passeport unique pour tous les Africains lors du dernier sommet de l’Union Africaine en juillet dernier à Kigali. Dans un premier temps, ce passeport ne serait que diplomatique, c’est-à-dire réservé aux dirigeants des Etats africains ainsi qu’à leurs représentants diplomatiques. L’unité du continent africain, vieux rêve de ses intellectuels, n’est-elle donc pas qu’une chimère et ses enfants ont-ils réellement une chance de la voir réalisée de leur vivant ? Car le corollaire d’un passeport unique pour tous les Africains est bien évidemment la suppression des frontières africaines pour les heureux possesseurs de ce passeport.

    Voyons donc si les conditions peuvent être réunies, rapidement ou non. Le premier point qui vient en tête est la division du continent en sous-ensembles historiques et linguistiques. Et sans doute la fameuse distinction coloniale entre Afrique anglophone, francophone et autres langues européennes (essentiellement le portugais et l’espagnol) n’a-t-elle plus aujourd’hui le même poids qu’hier. Certes, les anciens colonisateurs continuent à peser sur le devenir de leurs toujours féaux, au moins en Afrique francophone. La « France Afrique » n’est pas une vue de l’esprit de même que l’ingérence des Anglo-Saxons dans toute l’Afrique. Les Etats Unis ont ainsi beaucoup plus pesé sur la politique africaine au cours des dernières décennies que la France dans son « pré carré » Mais les Occidentaux ont laissé d’autres « crocodiles » se joindre à eux dans le marigot : la Chine, devenue ainsi le premier investisseur étranger sur le continent, mais aussi l’ensemble des pays du Sud avec lesquels l’Afrique commerce aujourd’hui plus qu’avec les pays du Nord. Cette présence économique amoindrit incontestablement la position des « Blancs » d’autant que leurs comptoirs emploient aujourd’hui plus de cadres locaux qu’expatriés : moins de présence physique, moins d’affaires, moins de connaissance du terrain, au point que de nombreux patrons de multinationales n’arrivent plus à percevoir leurs possibilités de gains dans un marché pourtant de plus d’un milliard d’habitants ! Et comme ils n’y arrivent pas, les pays du Sud vont continuer à prendre de l’importance jusqu’à réduire le poids des Occidentaux aux seules ventes d’armes et à quelques accords de défense. Qui sauteront eux-aussi quand les pays africains « vieilliront » et se stabiliseront : renforcement des Etats aujourd’hui déliquescents et renforcement de la force interafricaine qui a vu le jour pour combattre Boko Haram.

    Les vieilles Afriques des coloniaux ne viendront donc certainement pas contrarier la volonté de nombreux Africains de s’unir au niveau continental. Ce qui peut s’y opposer est à présent et surtout la redécouverte de leurs identités par les autochtones : Noirs contre Blancs, surtout d’Afrique du Nord (les Blancs d’Afrique australe ont été vaincus), et Sahéliens contre Forestiers, surtout Bantous (95% de la population dite forestière) Car le phénomène majeur des Indépendances a été l’alphabétisation très rapide du continent qui, liée à l’urbanisation croissante (50% en moyenne africaine aujourd’hui), a accouché de générations de jeunes avides de connaissances notamment historiques. Via les moyens modernes d’information, notamment Internet, ces nouvelles générations sont aujourd’hui beaucoup plus exigeantes, souvent vindicatives à l’égard de leurs dirigeants. J’ai connu les tensions de Casamance, elles ne sont rien actuellement par rapport aux situations de quasi guerre civile de la plupart des pays comportant, d’ouest en est et tout au long de la frontière entre Sahel et forêts, des « gens du Nord » et des « Forestiers » Les Pères de l’Indépendance avaient voulu éviter cela en déclarant d’abord définitives les frontières héritées de la colonisation. Puis en imposant un black out total sur l’histoire des différents peuples. Ils n’avaient même pas voulu que les Africains de tous bords sachent que les Maghrébins avaient razzié les Subsahariens des siècles durant et encore moins qu’ils avaient recruté des Sahéliens pour razzier les Bantous…

    Tous ces non dit reviennent aujourd’hui à la surface sans que les gouvernants prennent la mesure de leur toxicité. Là où il faudrait une catharsis, ils se murent dans le silence et continuent leurs politiques ethniques, alimentant les contestations futures. En Afrique de l’Ouest comme de l’Est, les germes de la discorde me paraissent bien plus forts que l’idée d’unité continentale. Tout juste l’Afrique du Sud a-t-elle connu un temps d’apaisement avec l’outil politique « Vérité et réconciliation » Mais les tensions remontent aujourd’hui du fait du pouvoir économique des Blancs, notamment en zones rurales. De plus, les Occidentaux n’ont rien fait pour calmer les esprits, bien au contraire. Rien n’a été réglé depuis leurs interventions soit directes, soit en aidant militairement une faction contre une autre, voir deux factions opposées l’une à la suite de l’autre comme en Centrafrique ! Sans compter l’afflux d’armes qu’ils ont favorisé, spécialement en aidant les rebelles Libyens contre Kadhafi (ces armes se sont retrouvées aux mains de Boko Haram) En fait, les oppositions n’ont jamais été aussi aigües, renforcées à présent et du fait de la montée en puissance de l’Islam radical dans le Monde, par des oppositions religieuses qui peuvent aller jusqu’à l’horreur comme au Nigeria. C’est l’intégrité des pays africains, surtout subsahariens, qui est ainsi menacée.

    Certes, les dirigeants africains ont correctement réagi, privilégiant, eux, la discussion et le compromis mais sachant aussi unir leur force quand le temps des armes ne pouvait être évité. Le pouvoir chancelant de Lagos sait pour l’instant et par exemple éviter la guerre de religion entre ses peuples tout en ayant fini par accepter l’union militaire avec ses voisins pour faire reculer, enfin !, les milices de Boko Haram. Et si, au Cameroun, les voix de la discorde se déchaînent sur Internet au fur et à mesure que se précise la retraite de Paul Bya, les populations encore disparates du pays font front commun contre les mêmes milices.

     Il n’empêche que, globalement, la stabilité de l’Afrique semble défaillir plutôt que s’installer comme on aurait pu le penser au lendemain des guerres des Congo. Ce, parce que beaucoup de pays dont les plus grands sont à présent touchés. Daech qui s’est introduit en Libye et en Egypte, menaçant les pays du Maghreb francophone ; le Mali fragilisé par l’irrédentisme touareg et la persistance du radicalisme islamique issu de l’effondrement libyen ; la Mauritanie de plus en plus fragilisée par la vindicte des populations « nègres » vis-à-vis des populations maures ; Côte d’Ivoire, Togo, Centrafrique, Burundi en proie à l’émergence d’une opposition ethnique (et non plus tribale) violente ; Ethiopie où démarre à présent une opposition générale contre les Tigréens…

    Et Afrique du Sud où s’épanouit, une première en Afrique, une xénophobie née sur l’existence d’une immigration énorme et incontrôlée en provenance de toute l’Afrique noire, en particulier du Zimbabwe voisin. Les pays arabes d’Afrique éprouvent de plus en plus un sentiment identique vis-à-vis des nombreux Subsahariens qui s’installent chez eux ou qui y transitent en attendant de partir pour l’Europe. C’est nouveau car auparavant, l’émigration interafricaine était un phénomène normal et pourtant massif. Les Nigérians qui contrôlent le commerce à Yaoundé, les Haoussas contrôlant le même commerce tout au long de la côte nord de l’Atlantique, les millions de Sahéliens venus chercher fortune au Nigeria, les Subsahariens venus chercher du travail en Egypte et en Libye, etc., etc., ont façonné la nouvelle Afrique tout au long du 20e siècle. Laissant penser que les tensions ethniques n’avaient pas véritablement d’avenir. Et alimentant même une théorie de développement économique dite « par diffusion » très à la mode en France dans les années 1970 à partir du modèle ivoirien. Alimentant aussi l’idée qu’un seul modèle suffisait à l’Afrique en dépit de sa complexité (idée largement répandue auprès des intellectuels africains) D’où, aussi, la naïveté tout de même des « unionistes » africains pensant que l’idée se suffisait presque à elle seule. L’apogée de leur espoir fut atteint quand Kadhafi réussit à changer « l’OUA » en « UA »…

    Leur espoir est donc très largement contrarié aujourd’hui et le moins qu’on puisse prédire est beaucoup de temps avant l’union au moins des pays subsahariens. Car s’ajoute aux faits précédents une réelle compétition économique entre les sous-régions du continent, voire même entre pays africains : l’exemple type est celui des bourses de valeurs, chaque pays voulant la sienne alors que les capitalisations possibles ne sont pas encore nombreuses. Il devait y avoir une seule bourse en Afrique centrale, il y en a deux, une au Gabon et une au Cameroun, sans compter les bourses nigérianes qui flirtent entre l’Afrique de l’ouest et l’Afrique centrale… Un phénomène identique existe avec les ports qui se concurrencent de plus en plus, tant à l’exportation (ports ghanéens et béninois à l’époque ou San Pedro n’était pas disponible) que, surtout, à l’importation, notamment à l’est du continent (concurrence du Kenya avec Djibouti) Et ces oppositions vont croître quand les ports d’Afrique centrale, Douala-Kribi et Pointe Noire, en concurrence entre eux, concurrenceront les ports sud-africains à l’ouest (les ports kenyans concurrencent déjà les ports sud-africains à l’est)

    Pour l’instant les concurrences ne sont pas féroces car les infrastructures sont loin d’être terminées aux niveaux routiers et ferroviaires. Les bateaux cherchent toujours à aller au plus près des destinations finales. Mais Mombasa au Kenya a déjà pris pas mal de fret au port orientaux d’Afrique du sud et Kribi au Cameroun devrait s’imposer rapidement en Afrique centrale, gênant cette fois-ci ses ports occidentaux.

    J’ai cité cet exemple portuaire car il est immédiat. Il y en a d’autres qui s’imposeront au fur et à mesure du développement du continent : qui fournira à qui les métaux nécessaires à la métallurgie ? Qui de l’Egypte ou du Nigeria s’imposera dans le ciment ? Quelles raffineries fourniront quelles régions ? Pour l’instant, c’est surtout l’alimentation et le textile qui sont en jeu dans les échanges interafricains. Plus l’essence aux frontières du Nigeria. Mais qu’en sera-t-il demain ? Ces futurs échanges forcément concurrentiels obligeront les Etats à réfléchir, leur interdissent déjà la naïveté…

    Et je crains donc que le passeport africain unique reste diplomatique longtemps encore. Si on en croit d’ailleurs la vie du passeport européen, remis fortement en question aujourd’hui, c’est l’immigration qui met cette vie le plus en cause. Dans l’état actuel de la situation des migrations en Afrique, je doute fort que l’Afrique du sud se rallie rapidement à l’idée d’unicité, surtout depuis les dernières élections municipales qui ont vu une baisse d’audience de l’ANC. De même que le Maroc ou la Tunisie, sans parler de la nécessité de combattre le terrorisme, donc de contrôler les frontières, dans pratiquement tout le Sahel. Peut-être alors les chefs d’Etat africains ont-ils voulu plus conjurer le sort à Kigali que démarrer une nouvelle étape de l’Union ?


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  • Les Investissements étrangers ne déferlent pas sur l'Afrique

    Que des grands patrons commencent à regarder le Continent, soit. Mais ils n'ont pas encore mis la main au portefeuille...

    (Christian d'Alayer, 19 mars 2016)

     

    Bon nombre de journalistes occidentaux croient que l'Afrique est le nouvel Eldorado des investisseurs. Ne parlons plus des sceptiques, ceux-là le seront même quand leur média ruiné sera racheté par un milliardaire africain ! Mais voyons si l'indéniable accélération de la croissance africaine depuis l'an 2000 a eu des conséquences importantes en matière d'investissements internationaux. Et si vous regardez le graphique 1, cela semble évident : les investissements directs étrangers décollent à partir de l'an 2000, y compris les investissements africains hors d'Afrique, le solde paraissant rester plus que vigoureux.

    C'est une illusion d'optique : les chiffres en ordonnée sont des milliards de dollars. Et vous voyez que le maximum est obtenu en 2014 avec des IDE entrant compris entre 50 et 55 milliards de dollars. Sur un total mondial d'environ...1500 milliards de dollars d'IDE la même année. Aussi aurais-je dû étirer terriblement le graphique sur la droite pour respecter l'échelle mondiale. Et auriez-vous dû alors voir un tout petit décrochage des courbes et non pas ces belles envolées trompeuses...

    Pour bien voir la réalité et faute de pouvoir publier un graphique à l'échelle réelle, il faut se reporter aux chiffres bruts, soit le tableau 2. Et là, vous voyez immédiatement qu'on ne joue pas dans la cour des grands où évoluent des pays dans lesquels les multinationales investissent des centaines de milliards (près de 300 milliards par an dans la seule Chine et plus de la moitié des 1500 milliards de $ dans les pays en développement)

    Il y a eu, certes, un sursaut des compagnies minières et pétrolières en Afrique quand, notamment, l'envolée du cours de l'or noir a permis de pomper rentablement les nappes en eau profonde (1500 mètres et plus) L'envolée de l'or a aussi permis de rentabiliser des mines aux coûts d'extraction supérieur à 100 $ l'once. Mais ce sont surtout les Sud Africains qui se sont positionnés en Afrique. En Mauritanie, l'extraction du fer a connu un net regain et au Congo Kinshasa, les terres rares ont relancé les mines. Dont celles de cuivre dont le cours s'est aussi envolé, ranimant cette activité aussi en Zambie. Etc. Le petit envol des années 2000 et suivantes est essentiellement dû aux investissements pétroliers et miniers, il faut le savoir, et non aux investissements industriels et agro-industriels : le Sénégal attend ainsi toujours l'entreprise qui lui permettra de faire aussi des productions industrielles de bouche à partir de ses arachides, seule manière de valoriser encore plus des exportations aujourd'hui limitées à l'huile. Et il n'y a pas de hauts fourneaux en Mauritanie tandis que la Guinée ne sort toujours que de la bauxite, même pas de l'alumine, de ses gigantesques réserves de minerais. Songez qu'au Mozambique, les Sud-Africains ont créé de toutes pièces une énorme industrie d'aluminium, la seconde d'Afrique après la leur, à partir d'alumine importée d'Australie ! Cela va peut-être changer puisque une firme arabe, Emirates Global Aluminium va fabriquer au moins de l'alumine en Guinée Conakry afin de sécuriser ses approvisionnement en matière première.

    Les Africains seraient évidemment preneurs de toutes les valorisations possibles de leurs matières premières. Même le petit Gabon par exemple a banni les exportations de grumes, exigeant que ses entreprises scient au minimum les bois exportés (le pays déroule lui-même et depuis longtemps l'essence reine du déroulage, l'Okoumé) Des artisans travaillent le bois à la pelle au Cameroun, autre exemple, et inondent ainsi la sous-région en mobilier de toutes sortes. D'autres artisans, dans toute l'Afrique, travaillent les métaux précieux et fournissent les populations locales en bijoux de luxe. Quelques usines fabriquent en semi industriel les concentrés de tomates dont toute l'Afrique se nourrit et des ébauches de chocolaterie ont éclos dans les pays producteurs de cacao. Du local, donc, mis sur pied avec des moyens réduits et des technicités industrielles balbutiantes, heureusement sauvées par la qualité de l'artisanat local.

    Mais rien de vraiment sérieux pour combler les besoins croissants du plus d'un milliard d'habitants que compte aujourd'hui le Continent. Voyez d'ailleurs la part des investissements étrangers dans les investissements globaux de l'Afrique (colonne 6 du tableau 2) : les premiers chiffres (qui ne sont pas entre parenthèses) sont ceux de la CNUCED, établis d'après les données actuelles sur les PIB africains. J'ai rétabli un peu de réalité en augmentant le PIB de toute l'Afrique de 80%, donnée qui est celle qui a été appliquée officiellement au Nigeria il y a deux ans quand ce pays a décidé de jouer réellement le jeu des statistiques internationales en intégrant l'économie informelle (jusqu'aux péripatéticiennes !) dans ses statistiques nationales. Et la part des IDE dans l'investissement global africain est donc redescendue fatalement à des chiffres qui sont plus proches de ceux que j'ai calculé et mis entre parenthèses à la suite des chiffres officiels actuels. Mon calcule suppose bien évidemment que, pour obtenir 80% de plus de production, l'économie africaine a dû investir aussi 80% de plus que ne le disent les statistiques officielles (quand on connaît un peu l'Afrique, ce calcul ne paraît pas outrancier...) Et vous voyez que les IDE, insignifiant jusqu'en 2000, ne sont aujourd'hui à même que de générer au mieux 1% de croissance supplémentaire en Afrique : les économistes patentés estiment qu'il faut investir 5% du PIB d'un pays pour générer 1% de croissance. Soit 3% de croissance annuelle pour 25% de FBCF. Du moins "estimaient" Car, aujourd'hui, la financiarisation des économies occidentales a fait passer ce critère de croissance très largement derrière la valeur des entreprises en bourse...

    Bref, les IDE en Afrique sont encore très éloignées de leur objectif théorique qui est de faire décoller les économies dans lesquelles ils ont le bonheur de pénétrer. Le constat sera le même en 2015 (nous disposons pour l'instant des statistiques de 2014) puisque la CNUCED a annoncé que les IDE mondiales s'étaient repliées l'an dernier, y compris en Afrique. Et force est, in fine, de constater que le développement de l'Afrique est pour l'heure terriblement autocentré, essentiellement dû aux efforts et au génie de ses propres habitants. On sait par exemple que les tissus africains ont repris du poil de la bête face aux importations asiatiques essentiellement du fait et des stylistes locaux et des quelques usines de wax et de fancy d'Afrique de l'ouest (Nigeria surtout) De même sait-on que le ciment africain est parti aussi du Nigeria avec une multinationale locale mise sur pied de toutes pièces (les entreprises du milliardaire Dangote) Comme on peut aussi dire que les paysans camerounais ou guinéens ont joué un rôle moteur dans l'expulsion progressive des importations françaises de produits maraichers, de pomme de terre ou de poulets. Les coopératives françaises qui tenaient ces marchés n'ont pas voulu investir en Afrique, pensant empêcher ainsi la concurrence africaine. Elles n'auront réussi qu'à perdre les dits marchés tandis que l'Amérique latine et la Chine se chargeaient de leur barrer la route ailleurs. Que n'ont-elles pas travaillé avec les Africains pour pouvoir concurrencer les précédant ?! Le canadien Alcan, de même, s'est obstiné à ne vouloir tirer que de la bauxite de Guinée et du Ghana, ne voyant pas les entreprises asiatiques se développer par ailleurs jusqu'à venir proposer leurs services aux Africains ? Songez que France-Télécom (aujourd'hui Orange) s'est contenté d'un service minimum en Afrique des décennies durant avant de "ramer" aujourd'hui pour tenter de retrouver une part de marché dans un continent où la concurrence limite aujourd'hui considérablement les marges des nouveaux arrivants...

    L'Occident va bientôt s'apercevoir qu'il a tout perdu dans la mondialisation qu'il a lancée pour complaire à ses multinationales : le phénomène est certes neuf mais rapide et de plus en plus d'entreprises "basanées" taillent de plus en plus de croupières à ces multinationales occidentales qui ont mis le feu à leurs marchés intérieures avant que de perdre aussi la guerre économique mondiale. A cet égard, la bataille d'Afrique sera décisive : si les Occidentaux reculent aussi outre Méditerranée, que leur restera-t-il ?

     

    1- Les investissements directs étrangers en Afrique depuis 1994 (graphique extrait du tableau 2)

    Source : World Investment Report 2015, CNUCED

     

     

    2- Les flux d'investissements directs étrangers en Afrique (IDE) depuis 1994

    Source : World Investment Report 2015, CNUCED

     

    IDE entrant

    En milliards de $

    IDE sortant

    En milliards de $

    Solde IDE

    En milliards de $

    Part des IDE dans le monde

    (en %)

    Part de la FBCF*

    (en %)

    1994

    6,1

    1,9

    4,2

    2,4

    6,6 (3,6)

    1995

    5,6

    3

    2,6

    1,6

    5,2 (2,9)

    2000

    6,6

    1,5

    5,1

    0,7

    8,7 (4,8)

    2005

    29,5

    2,1

    27,4

    3,2

    14 (7,7)

    2010

    44

    9,3

    34,7

    3,3

    10 (5,5)

    2014

    53,9

    13,1

    40,8

    4,4

    10,6 (5,8)

    * Formation brute de capital fixe (investissements productifs dans la région)

     

     


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  • 2016, bon ou mauvais cru pour l’Afrique

    Christian d’Alayer, 28 décembre 2015

     

    Baisse du prix des matières premières (certains n’hésitent pas à parler d’effondrement), croissance du danger islamique (Boko Haram, Libye, Mali), démographie jugée démentielle, gouvernance montrée trop souvent du doigt… Il faut avouer qu’il y a du grain à moudre pour les Afro-pessimistes qui n’ont toujours pas vraiment désarmé en Occident. « 2016, Annus Horribilis ! » pensent-ils dès aujourd’hui pouvoir s’écrier en imaginant un Nigeria ensanglanté et incapable, car redevenu pauvre, de se débarrasser du fléau islamique. Ils verseront sans doute une larme sur les malheurs des autres pays pétroliers et attendront avec impatience de tristes nouvelles d’une Algérie que beaucoup trop encore d’étrangers souhaitent voir ravaler au niveau de la Libye : un jour, c’est son président qui n’est plus qu’un ectoplasme façon Salazar aux mains de ses proches, un autre, ce sont les soldats de Daech qui menacent de déferler sur un pays trop fragile, disent-ils, pour s’en sortir une deuxième fois, un autre, ce sont ses ressources économiques qui se tarissent… Curieusement, on entend moins de mauvaises choses sur des pays bien plus instables comme la Tunisie ou même le Maroc où les Islamistes sont au pouvoir, bien incapables d’ailleurs de supprimer une corruption, le Mahkzen, véritable institution du pays et incapables également de supprimer les bidonvilles de Casablanca…

    Mais trêve de railleries, voyons les statistiques car ce sont elles et rien d’autre qui peuvent nous prédire l’avenir immédiat de l’Afrique. Commençons par la croissance économique, tableau 5. Vous pouvez voir qu’à partir du nouveau millénaire, l’Afrique s’est développée plus vite que le reste du Monde, Chine exceptée. Le « ressac » de 2013 et 2014 est essentiellement dû aux contre performances d’une Afrique du nord empêtrée dans ses problèmes politiques ainsi qu’à celles d’une Afrique du sud dont les multinationales n’investissent pratiquement plus aux pays mais sont parties à la conquête du Monde. Le reste du continent s’est très bien comporté avec des prix en baisse à l’export et même le Nigeria a fait des prodiges, 5,4% en 2013 et 6% en 2014, malgré des prix de l’or noir en forte baisse.

    Il faut d’ailleurs relativiser ces « fortes baisses », voyez cette fois-ci le graphique 6 : même en berne depuis deux ans maintenant, les prix des matières premières restent très supérieurs à ce qu’ils étaient au tournant du millénaire : 5 fois plus élevés avant la baisse, un peu moins de 4 fois après la baisse, on est loin de l’effondrement. Et comme l’Afrique semble avoir résisté à de moindres recettes d’exportation deux années durant, on ne voit pas pourquoi elle ne résisterait pas une troisième année, CQFD ! Et avant même d’aborder les exportations, voyons pourquoi elle a résisté : la richesse globale en premier lieu a littéralement explosé : vous pouvez constater dans le tableau 1 que le PIB officiel du continent (on sait aujourd’hui, après la correction statistique du Nigeria incluant une partie importante de l’économie informelle que la réalité est supérieure d’environ 80% à la réalité officielle) a été multiplié par 4 en 35 ans alors que sa démographie n’a été multiplié que par moins de 2. Avec une part croissante de cette population s’urbanisant, passant de moins du tiers en 1990 à plus de 40% aujourd’hui. Les grands pays ont tous dépassé les 50%, cette concentration de main d’œuvre urbaine ayant entraîné le plus formidable élan entrepreneurial du Monde (le plus fort taux d’entreprenariat par habitant) Le continent, à défaut d’investissements étrangers massifs (voir bas du tableau 1) s’est littéralement couvert de PME locales dont certaines se sont envolées : il y a de plus en plus de milliardaires africains. Lesquels ont peut-être perdu de l’argent avec la décrue des prix à l’export mais sans pour autant détruire les nouvelles classes moyennes des grandes villes africaines. Et des campagnes : partout en effet, les agriculteurs ont mieux gagné leur vie. En recevant plus d’argent pour leurs productions dites de rente bien entendu mais aussi en se diversifiant. Les producteurs de céréales maliens par exemple, les plus pauvres, se sont mis à l’élevage sédentaire tandis que leurs femmes se lançaient dans la récolte de fruits et la culture du manioc en plein champ. Les paysans camerounais, autre exemple, ont inondé la sous région de leurs tomates et oignons tandis que leurs homologues du nord commençaient à commercialiser leurs bêtes. Bref, ces gens ont évolué très vite sans que l’extérieur voit vraiment leur évolution : elle n’a pas été statistiquement palpable car échappant structurellement aux statistiques (les Africains ne comptabilisent que les cultures de rente)… Croyez-vous que les Africains des villes comme des champs seront moins actifs en 2016 qu’au cours des années précédentes ?

    Voyons à présent ces fameuses exportations dont les cours pèseraient terriblement sur le devenir de l’Afrique moderne. Dans le milieu du tableau 1 cette fois-ci, vous pouvez voir que tant en 1980 qu’aujourd’hui, elles ont représenté et représentent 1/5e du PIB du continent (vous avez les PIB en valeur en haut du tableau) Comme si les prix n’avaient rien changé… En fait et compte tenu de leur augmentation assez fabuleuse, cela signifie que bien d’autres composantes du PIB ont augmenté très fortement. En d’autres termes, la dépendance de l’Afrique par rapport à ses produits d’exportation n’a pas augmenté avec les prix et cette donnée de long terme ne sera pas considérablement affectée en 2016 par une aggravation de la situation des prix, bien au contraire. D’autant que le commerce intra africain (voir tableau 3), soit la demande intérieure africaine, s’est envolé lui aussi, notamment en Afrique australe et en Afrique de l’ouest (grâce aux deux géants que sont l’Afrique du Sud et le Nigeria) : cela non plus ne changera pas cette année où l’on peut raisonnablement espérer une nouvelle hausse de ce commerce…

    Enfin, dernier élément du devenir économique africain, la situation financière internationale. Voyez ici le tableau 2 sur la balance commerciale des économies mondiales. On comprend d’abord pourquoi les Occidentaux sont hyper endettés tandis que les pays en développement accumulent les réussites et se sont largement désendettés ces dernières années. L’Afrique n’a pas échappé au phénomène alors qu’elle avait accumulé ses dettes à la fin du dernier siècle. Certes, la baisse du prix des matières premières a surpris des économies qui anticipent forcément les recettes d’exportation et 2014 a marqué un arrêt brutal à cet égard. Souvenez-vous par exemple de l’Angola qui, d’une position financière largement excédentaire en 2013, a dû recourir aux emprunts depuis deux ans pour poursuivre ses importants programmes d’investissements, notamment dans l’immobilier. Les actifs qu’elle a accumulé chez son ancien colonisateur portugais lui ont d’ailleurs permis de trouver immédiatement des créanciers à des taux d’intérêt très bas… Gageons que sur ce plan, l’Afrique va continuer à recourir en 2016 aux emprunts internationaux tandis que l’équilibre de son commerce extérieur, reposant trop sur les matières premières, restera fragile voir négatif comme l’an passé. Mais 5% de 20% du PIB ne représentent jamais qu’un petit point de croissance. Si les investissements étrangers augmentent (les médias français n’arrêtent pas d’annoncer un prochain débarquement des investisseurs hexagonaux sur le continent africain !), alors cette perte sera vite compensée. Et, en définitive, il n’y aura pas « d’annus horribilis » en Afrique en 2016 mais la poursuite de la croissance même si celle-ci, en l’absence d’investissements étrangers massifs, continuera à ralentir.

     

    1 – PIB, Exportations et Investissements étrangers dans le monde de 1980 à 2014

    Source : Manuel de statistiques 2015 de la CNUCED (Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement)

    Thèmes/Zones

    1980

    1990

    2000

    2005

    2010

    2012

    2013

    2014

    PIB total (milliards $)

                   

    PIB par habitant ($)

                   

    Monde

    12282

    22900

    33255

    47203

    65429

    73699

    75641

    77450

     

    2761

    4304

    5428

    7248

    9462

    10411

    10563

    10694

    Pays en développement

    2726

    4004

    7193

    11155

    21492

    26419

    27903

    29206

     

    826

    978

    1483

    2141

    3850

    4607

    4801

    4959

    Pays émergeants

    1012

    850

    375

    1058

    2108

    2760

    2902

    2617

     

    3497

    2693

    1247

    3554

    7023

    9172

    9634

    8682

    Pays développés

    8544

    18045

    25686

    34988

    41829

    44518

    44835

    45627

     

    9963

    19853

    26325

    34848

    40495

    42695

    42815

    43393

    Afrique

    559

    542

    636

    1104

    1925

    2280

    2344

    2426

     

    1179

    862

    788

    1213

    1870

    2108

    2114

    2135

    Exportations en valeur (milliards $)

                   

    Exportations en % mondial