• African fake fashions

    (Christian d'Alayer - 15 septembre 2017)

     

    On parle beaucoup ces temps-ci des "fake news", ces fausses nouvelles qui seraient massivement diffusées sur le Net et tout aussi massivement dénoncées par les médias traditionnels. Mais tous les Africains ont pu lire des séries presque ininterrompues de fausses nouvelles sur leur continent déversées par ces mêmes médias traditionnels. De même que tous les spécialistes de telle ou telle question désespèrent à la lecture de ce qu'en relatent les journalistes les plus aguerris. Voyez aussi les informations en temps de guerre : l'ennemi est toujours horriblement méchant face aux anges de vos propres troupes ! A cet égard et tout récemment, on retiendra que les bombes occidentales pleuvant sur Mossoul ou Raqqa étaient et sont "propres" face aux bombes absolument répréhensibles des Russes tombant sur Alep...

    Il en va de même en histoire. Jadis, Suétone, l'historiographe de l'empereur romain Marc Aurèle qu'il devait impérativement encenser, écrivit La Vie des douze Césars. Une biographie des empereurs qui précédèrent celui qui se considérait comme un philosophe. Alors et bien sûr, tous ses prédécesseurs furent des nuls sanguinaires. Vision confirmée, si l'on peut dire, par l'autre grand historien de l'empire, Tacite, qu'on peut comparer au révolutionnaire français Cambacérès (auteur d'une histoire de la Révolution française rédigée sous la Restauration) : ce sont des personnages qui sont passés entre les gouttes d'un régime à l'autre en écrivant bien entendu que leurs actes passés étaient de la faute des autres. Ajoutez à ces ingrédients la vindicte de réelles victimes arrivées au pouvoir par la suite, en l'occurrence les Chrétiens, et vous obtenez l'image, par exemple, d'un Néron fou sanguinaire alors qu'il fut sans doute l'un des meilleurs empereurs de la série : c'est sous son règne par exemple que se généralisa le phénomène de l'affranchissement qui permit à Rome de bâtir une administration à la hauteur de son empire. Néron avait été éduqué par un grand philosophe stoïcien, Sénèque, qui eut une importance cruciale pendant les 8 premières années d'un règne de 14 ans. On a par exemple retrouvé des réglementations de cette époque destinées à protéger les productions romaines des importations...chinoises. He oui, déjà... Que Néron ait dû se défendre en sus contre des familles sénatoriales (dont sa propre mère !) furieuses d'être évincées du pouvoir et trempant dans d'innombrables complots est une autre histoire à laquelle furent confrontés la plupart des empereurs romains.

    Et c'est ainsi que naquit tout récemment la polémique en France sur les bienfaits de la colonisation. Les Africains, eux, ont voté avec leur ventre et n'ont recommencé à faire des enfants qu'au départ des colonisateurs. La Gauche française avait répandu l'idée de colonisation apportant la civilisation aux sauvages. Les manuels scolaires, les médias, les discours politiques, tout poussait l'opinion publique française à croire aux fariboles des colonialistes. Songez qu'Albert Londres publia Terre d'ébène, sa dénonciation féroce du travail forcé, en 1929. Mais que le dit travail forcé ne fut définitivement supprimé qu'en 1954 au Sénégal ! Tandis que les députés français osèrent voter en 2005 une loi obligeant l'Education nationale et les éditeurs à vanter les "bienfaits de la colonisation" : parfois, l'histoire trébuche à force de ne pas vouloir se remettre en cause.

    En économie, c'est pire puisqu'une science sociale a décidé de se muer en idéologie. Là où l'économétrie et la réflexion critique devraient prévaloir, ce sont des à priori qui sont assainés à longueur de temps dans tous les médias du monde. L'ultra libéralisme prit ainsi son envol dans les années 1980-1990. La gestion publique, c'était l'horreur et le privé, "La" Solution. Je me rappelle m'être fait ainsi morigéner en conférence de rédaction pour avoir osé écrire que la gestion privée de la Compagnie centrafricaine de navigation n'avait pas été meilleure que sa gestion publique. Qui aujourd'hui, oserait écrire que c'est la gestion d'Air Afrique par la Coopération française qui l'amena à la faillite définitive du fait de l'achat forcé de deux Airbus flambant neuf alors que ses Boeings étaient amortis et encore en bon état, et non les impayés des Etats membres ?! Souvenez-vous aussi de la théorie française du développement par scissiparité : vous aidez surtout la Côte d'Ivoire et, par diffusion circulaire, les pays voisins vont émerger eux aussi.

    La grande mode actuelle est la "bonne gouvernance" : il est de bon ton de déclamer partout que le malheur de l'Afrique, ce sont ses dirigeants. Alors que le continent se développe avec des Etats qui n'en sont pas vraiment, privés de moyens réels depuis l'intervention du FMI, de la Banque Mondiale et des Clubs de créanciers (Londres et Paris) dans les années 1970-1990. Cohortes de fonctionnaires licenciées, privatisations dans tous les domaines, interventions "humanitaires" en tous genres, de la campagne de presse à l'intervention militaire... Malgré cela, les Africains se développent à un rythme aujourd'hui très supérieur au rythme de leur démographie. Tout comme d'ailleurs les Belges, il y a quelques années, vécurent très heureux et en paix en étant privés plus d'un an et demi de tout gouvernement !  L'économie est affaire de tout autre chose que de gouvernance et Schumpeter l'a magistralement démontré en mettant en évidence les facteurs de productions (travail, capital et facteur résiduel) Mais un siècle et demi après sa démonstration, les plus grands économistes actuels (jusqu'à des prix Nobel !) reprennent en chœur cette fumisterie de "bonne gouvernance"

    Tout comme hier encore, nos plus grandes plumes avançaient que démocratie et développement allaient de paire : les Chinois en rigolent (jaune peut-être ?) toujours ! Et Napoléon III, dictateur s'il en fut, doit lui aussi secouer ses os dans sa tombe londonienne : ce n'est pas de démocratie dont le développement a besoin, mais de stabilité. Et encore ! Car les guerres et les catastrophes naturelles ont toujours entraîné un surcroît de croissance à leur suite. Quand il faut reconstruire, les humains n'attendent pas d'avoir une bonne gouvernance démocratique !  Sans compter le fait que les guerres favorisent l'émancipation des femmes du fait de l'obligation de les intégrer au monde du travail. Bref, l'économie est contée aux populations sur un mode "fake" plus qu'évident.

    Et tout cela marche ! Pour une raison simple : les peuples ne sont pas stupides mais ont d'autres chats à fouetter que de penser sérieusement, en s'informant et en se cultivant spécialement à cet effet, aux affaires politiques, économiques et sociales de leur pays. Hier, ils lisaient les journaux. Aujourd'hui, ils écoutent la radio et regardent la télévision. Demain, ils s'informeront sur leur téléphone portable ou leur tablette, raison pour laquelle d'ailleurs les Etat veulent à tout prix contrôler aussi les informations du Net. Ils se révoltent parfois quand l'iniquité leur apparaît trop crûment, surtout quand ils sont jeunes. Mais presque toujours, leurs aspirations du moment se heurtent aux réalités. Ils finissent par s'estimer trahis. C'est que, très souvent aussi, leurs leaders révolutionnaires sont plus juristes qu'économistes. Aujourd'hui par exemple, les Tunisiens perdent l'illusion du Grand Soir qu'ils avaient cultivée le temps de leur "Printemps" Ils ont renvoyé Ennahdha pour, justement, défaut d'économisme et hurlent à la mort à présent parce que les démocrates au pouvoir rappellent les partisans de Ben Ali : il faut bien remettre la machine en marche et la manière la plus rapide est de le faire faire par ceux qui s'en occupaient avant la révolution : avant de disposer de généraux capable de mener intelligemment leurs troupes à la bataille, les Révolutionnaires français de 1789 durent bien faire appel aux généraux du régime précédent (qui finirent par trahir mais après avoir fait le boulot)...

    Dans tout cela, on voit bien que le problème réel n'est pas celui des "fake news", scories en fait de la liberté d'informer qui est loin de bien se porter dans les médias traditionnels. Les "fake fashions" véhiculées par ces médias traditionnels sont en fait plus nocifs que ces scories. On le voit très bien avec le F CFA, défendu bec et ongle par ceux qui en bénéficient toujours. Cette monnaie adossée à la monnaie française était adaptée à l'exportation de matières premières dans les pays riches. Mais elle ne l'est plus dès lors que les marchés intérieurs africains se développent en se concurrençant : les monnaies qui sont libres de pratiquer la dévaluation compétitive sont alors privilégiée et c'est la raison pour laquelle, par exemple, le Nigeria a fini par phagocyter tout ce qu'il y a d'intéressant dans la sous région en matière de productions destinées à la consommation locale. Car si l'évolution de la CEDEAO a tout de même pas mal ouvert l'immense pays aux exportations de ses voisins, ils ne peuvent, eux, en profiter...

    L'image de marque de l'Afrique continue, autre fake fashion soutenue par les médias traditionnels occidentaux, à être malmenée alors que l'Afrique d'aujourd'hui décolle. Les Chinois sont devenus les premiers investisseurs étrangers face aux anciens colonisateurs qui hésitent toujours à revenir économiquement sur le continent. Combien de points de croissance sont ainsi perdus du fait de cette image de marque trompeuse répandue par des journalistes avides de clichés ?! N'est-ce pas plus important que de dénoncer inlassablement des dirigeants qui n'en peuvent mais ? Bien sûr, il existe aussi des fake news africaines. A commencer par des chiffres exorbitants sur la fortune supposée des dirigeants politiques : quelques plaisantins estimèrent ainsi la fortune de feu Mobutu à 50 milliards de dollars. Somme que l'économie du pays ne pouvait alors même pas dégager sur plusieurs années ! Et de nombreux autres dirigeants furent ainsi présentés comme plus riches que les milliardaires occidentaux !  Des ONG pareillement ont exagéré à outrance le nombre des victimes de tel ou tel conflit, exagérations qui sont devenues des vérités à force d'avoir été répétées par les médias traditionnels. Sans compter le nombre d'Africains touchés par le Sida : alors que seuls les pays miniers étaient vraiment atteints, l'OMS alla jusqu'à publier des chiffres totalement dingues de "prévalence" (part de la population atteinte) dans tous les pays du continent. Quand, à peine deux ans plus tard, les vrais chiffres furent publiés par la même organisation médicale, aucun média traditionnel ne releva que les Africains avaient accompli un miracle : guérir aussi vite un nombre aussi important de gens "prévalus" ! Tout cela en grande partie (mais seulement en partie), parce que, dans les campagnes, le mot "Sida" permettait d'obtenir immédiatement des moyens que d'autres maux n'attiraient pas. Les responsables des antennes médicales locales n'hésitèrent donc pas à mettre sur le dos de la maladie de riches qu'est le Sida des symptômes de maladies plus communes en Afrique. CQFD, mais ça n'a jamais été dit ! Et voici une dernière fausse nouvelle africaine : alors que les médias occidentaux n'arrêtent pas de chanter les louanges de Mandela, ils cognent à qui  mieux-mieux sur Jacob Zuma et l'ANC qui le maintient dans ses fonctions. En omettant de dire que l'ANC est dirigée par les syndicats (c'est donc la gauche) alors que Mandela représentait la branche armée de la dite ANC, surtout dirigée par des notables (la droite) "Mandela gentil, Zuma méchant", alors qu'en fait il s'agit d'un combat politique entre des gens qui sont soumis aux pressions populaires demandant plus de pouvoir économique et d'autres qui sont soumis aux pression d'un patronat largement blanc. Vous avez dit "Fake news" ?

     

     

     


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  • Africanistes : Devoir de rentrée

    (Christian d’Alayer, 28 août 2017)

    D’habitude, on donne des « devoirs de vacances » Mais il semble qu’en cette rentrée 2017, les médias hexagonaux aient demandé à leurs collaborateurs de mieux couvrir l’Afrique, un continent qui intéresse tout de même plus de 7 millions de Français d’origine africaine. On voit donc fleurir ici et là des écrits « africanistes » qui n’ont pas toujours –c’est un euphémisme !- la marque de l’expérience. Voici donc quelques données de base sur les pays d’Afrique, données propres à remettre  les pendules à l’heure.

    Premier enseignement, l’Afrique ne s’est pas effondrée économiquement avec la baisse (très relative) des prix des matières premières. Commençons par le pétrole (tableau 2) : Il a certes vu son cours baisser de plus de 50% par rapport à 2012. Mais de 25% seulement par rapport à 2009 et il reste 4 fois supérieur à son cours de décembre 1999. Il est normal, dans ces conditions, que les pays exportateurs de pétrole aient eu un peu de mal à conserver une croissance positive depuis la baisse du prix de leur principale exportation. Mais si vous considérez le fait que, selon quelques bonnes âmes, ces pays « ne vivent que du pétrole », alors il faut qu’elles nous expliquent comment, avec une telle baisse, l’Angola ait enregistré une hausse de son PIB de 1,1% en 2016 tandis que le Nigeria n’enregistrait qu’une petite baisse d’1,5 point. « Les statistiques africaines sont fausses » rétorquent nos « africanistes »Mais celles que vous avez sous les yeux sont tirées des ordinateurs de l’OCDE, organisme totalement indépendant des Africains. La Banque Mondiale peut, certes, être inféodée aux Etats qui la dirigent et qui, pour une raison ou pour une autre, peuvent vouloir présenter un pays de manière positive ou négative (ce fut le cas par exemple du Zimbabwe) Mais l’OCDE n’en a cure !

    D’ailleurs les prix de l’ensemble des matières premières ne se sont pas  effondrés comme vous pouvez le constater. Les fluctuations des autres « commodities », comme disent les Anglais, enregistrent des variations bien plus faibles (à l’exception du minerai de fer), sans commune mesure avec l’effondrement des années 1980-1990. Et si les scores de deux poids lourds de l’économie africaine font baisser la moyenne continentale, vous pouvez constater que la plupart des autres pays, hors quelques cas particuliers (Sud Soudan, Centrafrique par exemple), continuent à afficher des résultats enviables.  C’est que, deuxième point, le retournement complet des termes de l’échange à partir des années 1980 pour les prix industriels et 2000 pour les prix des matières premières, a enfin permis aux Africains de décoller  et d’enregistrer des croissances économiques durablement et fortement supérieures à leurs croissances démographiques. Ce, d’autant que la démographie recule très nettement dans les grandes villes tandis que l’exode rural s’accélère sur le continent.

    Bref, le tableau d’ensemble est, dans les faits, très différent de ce qui ressort de la lecture débilitante de bon nombre des articles « africanistes » actuels en France. Articles dans lesquels la mauvaise gouvernance continue à être donnée comme raison principale de la « stagnation » du continent. Permettez ici au déjà vieil observateur  de l’Afrique que je suis de vous donner l’élément qui m’a le plus étonné : quand j’ai cessé de m’occuper d’Afrique en 1986, le PIB du continent était de l’ordre de 300 milliards de dollars. Je m’y suis réintérressé 15 ans plus tard : ce PIB dépassait les 1500 milliards de dollars. Et aujourd’hui, à nouveau 15 ans plus tard, il dépasse les 6000 milliards de dollars. On est loin de la stagnation, non ?!

    C’est que le développement économique africain, surtout au sud du Sahara, repose essentiellement sur la consommation intérieure. En l’absence de réels investissements étrangers (il n’y en a pratiquement que dans le pétrole et les mines), ce sont des entreprises locales qui répondent à la demande. Les enfants en fait des artisans qui se débrouillaient comme ils pouvaient pour tenter de vivoter jadis face aux « comptoirs » des anciens colonisateurs. Tel l’Africain le plus riche aujourd’hui, Aliko Dangote, convoyant quelques camions de ciment importé avant de devenir le premier cimentier du continent puis le maître d’un empire industriel diversifié mais tourné vers le marché subsaharien. On trouve de tels personnages dans tous les pays africains, du nord au sud. Cevital par exemple en Algérie, partant de la construction métallique, investissant dans l’agro-industrie puis dans la distribution et devenant le premier groupe privé du pays avec près de 20000 employés dans une trentaine de pays.  Ou la famille Sawiris en Egypte qui part du BTP pour arriver dans les télécoms avec son conglomérat Orascom. Ou bien encore le Burkinabé Oumarou Kanazoé qui part d’une petite boutique pour devenir le n°1 du BTP dans son pays. Celtel aussi, ce géant africain des télécoms créé par le Somalien Mo Ibrahim. Et toutes ces grandes familles bamilékés qui ont lancé, les premières au sud du Sahara, des banques à capitaux locaux… Sachez d’ailleurs et alors que les Nations Unies veulent renforcer l’entreprenariat en Afrique, que ce continent contient le plus d’entrepreneur par habitant au Monde ! il y a moins de 20% de salariés outre Méditerranée.

    Dernier point qui n’est pas dans les tableaux, les Africains sont aussi des fourmis irréprochables. Dans ma jeunesse, les professeurs d’économie pensaient qu’il fallait au moins 25% d’épargne pour garantir une croissance de 3% nette d’inflation. Et tandis que les Occidentaux se mettaient à remplacer l’épargne par le crédit (leur taux actuels d’épargne sont inférieurs à 10%), les Africains ont atteint ce niveau sans même compter  l’auto-investissement, inchiffrable tant l’économie informelle est puissante là bas. Le Nigeria a augmenté le chiffre de son PIB de 80% il y a quatre ans en prenant alors en compte son secteur informel et il est le seul à l’avoir fait en Afrique. C’est dire que la réalité est encore très supérieure aux statistiques officielles et non l’inverse comme l’écrivent encore trop de grincheux. Si on regarde les taux d’épargne de tous les pays qui connaissent toujours une très forte croissance, on voit d’ailleurs qu’ils sont tous supérieurs à 25% du PIB, c’est ce qui sépare définitivement les économies non occidentales de leurs concurrentes européennes, nord américaines ou japonaises : nos professeurs d’économie d’aujourd’hui parlent de « financiarisation » alors qu’ils devraient simplement parler de crédit à outrance. Et de crédits non productifs, car soit immobiliers, soit à la consommation. Les PME ont beaucoup de mal à financer leur développement et les grandes entreprises ont recours aux bourses de valeurs alors surgonflées tandis que les Etats font appel à ce qui reste de l’épargne populaire via les banques pour faire face à leurs remboursements.

    Et en définitive, sans doute les mêmes grincheux devraient-ils plus se soucier du devenir de l’Occident que de celui des pays de l’ancien « Tiers Monde », dont ceux d’Afrique, qui supplantent progressivement  cet Occident dans un nombre croissant de domaines. Voyez par exemple l’association du groupe Peugeot avec les Chinois, majoritaires relatifs dans le nouveau capital : le groupe a aujourd’hui racheté les filiales européennes du géant General Motors ! Et un autre chinois veut se payer le groupe FIAT qui a lui-même racheté l’Américain Chrysler : on n’en est plus au milliardaire exotique venu acheter une vigne bordelaise ! He bien en Afrique, ça commence aussi et Dangote sera dès l’an prochain le premier fournisseur de ciment aussi au Cameroun, devant le groupe franco-suisse Lafarge-Holcim qui fut jadis celui qui fournissait le ciment aux trois camions du milliardaire. En moins spectaculaire mais tout aussi important, les grossistes camerounais ont supplanté les Français dans toute leur sous-région en matière de produits maraîchers tandis que les paysans guinéens du Fouta-Djalon ont évincé d’Afrique de l’ouest les puissantes coopératives françaises exportatrices de pommes de terre. C’est cela, l’Afrique réelle…

     

    1)      Principales données économiques en Afrique en 2016

    (Source : OCDE, Perspectives économiques en Afrique)

    Pays

    PIB en millions $

    croissance en (en %)

    PIB/h  en $

    APD  en 2015 en millions $

    IDE 2015 en millions $

    Dette extérieure en % PIB

    Déficit public  en % PIB

    Balance courante en % PIB

    Réserves de change  en mois d’export

    Inflation  en %

    Algérie

     609 394

    3,5

    15 093

     88

    -587

    2,5

    -13,2

    -13,5

    24,0

    4,0

    Angola

     187 257

    1,1

    7 249

     380

    8 681

    51,1

    -5,5

    -11,2

    7,6

    19,7

    Bénin

     24 312

    4,0

    2 177

     430

    229

    19,1

    -6,2

    -7,1

    0,2

    2,6

    Botswana

     36 505

    2,9

    15 846

     66

    394

    23,3

    -0,7

    3,6

    13,4

    3,7

    Burkina Faso

     32 985

    5,4

    1 770

     997

    167

    21,4

    -3,1

    -4,3

    0,1

    1,5

    Burundi

     7 892

    0,9

     683

     367

    7

    24,8

    -6,7

    -18,7

    1,2

    6,6

    Cap Vert

     3 583

    3,2

    6 799

     153

    95

    102,3

    -3,3

    -7,2

    29,0

    1,6

    Cameroun

     77 237

    4,7

    3 228

     664

    620

    23,6

    -3,3

    -4,8

    0,8

    2,3

    R. centrafricaine

     3 206

    5,1

     641

     487

    3

    17,7

    -3,5

    -7,8

    4,5

    3,0

    Tchad

     30 587

    -3,4

    2 110

     607

    600

    23,3

    -5,6

    -8,6

    0,0

    3,1

    Comores

     1 259

    2,1

    1 560

     66

    5

    26,9

    -6,4

    -8,5

    8,4

    2,0

    Congo

     30 272

    -2,4

    6 385

     89

    1 486

    52,0

    -15,9

    -24,2

    1,0

    3,3

    Congo, Rép. dém.

     66 014

    2,5

     828

    2 599

    1 674

    24,4

    -1,6

    -5,7

    1,1

    2,1

    Côte d’Ivoire

     87 120

    8,4

    3 746

     653

    430

    39,6

    -3,8

    -2,0

    0,3

    2,0

    Djibouti

     3 345

    6,3

    3 718

     170

    124

    39,8

    -12,9

    -27,9

    3,3

    3,6

    Égypte*

    1 105 039

    4,3

    11 833

    2 488

    6 885

    16,9

    -12,8

    -5,9

    4,1

    12,9

    Guinée équatoriale

     31 769

    -8,2

    36 533

     8

    316

    9,5

    -5,4

    -11,6

    0,9

    1,5

    Érythrée

     9 169

    3,8

    1 713

     92

    49

    23,9

    -13,9

    -0,1

    ...

    9,4

    Éthiopie*

     174 742

    8,0

    1 716

    3 234

    2 168

    27,7

    -2,4

    -10,6

    ...

    11,6

    Gabon

     36 218

    2,9

    20 542

     99

    624

    38,0

    -2,8

    -8,2

    2,9

    2,5

    Gambie

     3 387

    2,1

    1 648

     108

    11

    36,7

    -7,3

    -11,4

    3,7

    5,1

    Ghana

     120 786

    3,3

    4 309

    1 768

    3 192

    57,1

    -8,7

    -3,9

    ...

    7,2

    Guinée

     16 084

    4,9

    1 242

     538

    85

    36,3

    -1,5

    -6,0

    2,0

    4,8

    Guinée-Bissau

     2 851

    4,9

    1 510

     95

    18

    22,5

    -4,0

    -2,2

    0,8

    2,6

    Kenya

     152 735

    6,0

    3 232

    2 474

    1 437

    38,3

    -7,8

    -6,0

    4,9

    5,1

    Lesotho

     6 019

    3,1

    2 786

     83

    169

    56,5

    -3,1

    -14,8

    6,7

    6,0

    Libéria

     3 881

    -0,5

     841

    1 094

    512

    23,6

    -2,2

    -28,5

    3,7

    8,6

    Libye

     90 892

    -8,1

    14 359

     158

    726

    16,5

    -53,8

    -37,8

    38,9

    10,1

    Madagascar

     37 491

    4,0

    1 505

     677

    517

    47,0

    -3,2

    -2,3

    3,4

    6,5

    Malawi

     21 227

    2,7

    1 196

    1 049

    143

    41,4

    -6,1

    -13,9

    3,8

    9,7

    Mali

     38 085

    5,3

    2 100

    1 200

    153

    24,9

    -4,2

    -6,7

    0,4

    1,6

    Mauritanie

     16 710

    3,1

    4 010

     318

    495

    88,4

    -3,3

    -15,8

    ...

    4,9

    Maurice

     25 849

    3,6

    20 235

     77

    208

    82,9

    -3,4

    -3,9

    6,8

    2,7

    Maroc

     282 784

    1,5

    8 122

    1 369

    3 162

    29,9

    -3,9

    -3,8

    6,2

    1,3

    Mozambique

     35 313

    4,3

    1 228

    1 815

    3 711

    111,3

    -2,8

    -31,1

    2,2

    8,2

    Namibie

     27 035

    1,3

    10 754

     142

    1 078

    60,3

    -4,7

    -9,7

    2,9

    5,2

    Niger

     20 266

    5,2

     978

     866

    525

    68,5

    -6,8

    -19,4

    0,3

    2,1

    Nigeria

    1 088 938

    -1,5

    5 824

    2 432

    3 064

    2,6

    -2,3

    -1,8

    6,3

    12,4

    Rwanda

     21 970

    6,0

    1 849

    1 082

    471

    34,2

    -3,2

    -13,2

    4,3

    5,0

    Sao Tomé-et-Principe

      694

    5,0

    3 573

     49

    28

    88,4

    -8,8

    -8,9

    3,7

    2,9

    Sénégal

     39 717

    6,7

    2 548

     879

    345

    71,3

    -4,2

    -6,6

    0,2

    2,0

    Seychelles

     2 608

    4,8

    26 877

     7

    195

    67,5

    1,0

    -14,1

    3,5

    3,8

    Sierra Leone

     10 636

    4,3

    1 613

     946

    519

    34,1

    -4,9

    -16,6

    3,5

    10,0

    Somalie

    ...

    ...

    ...

    1 254

    516

    ...

    ...

    ...

    ...

    ...

    Afrique du Sud

     736 325

    0,3

    13 393

    1 421

    1 772

    49,2

    -3,4

    -3,9

    5,5

    5,6

    Soudan du Sud

     20 884

    -13,1

    1 640

    1 675

    -277

    ...

    -21.8

    -0,4

    0,6

    49.1

    Soudan

     176 304

    3,0

    4 282

     900

    1 737

    47,6

    -1,8

    -5,3

    0,2

    12,1

    Swaziland

     11 061

    -0,6

    8 482

     93

    -121

    14,5

    -12,3

    9,4

    4,0

    6,4

    Tanzanie

     150 633

    7,2

    2 731

    2 580

    1 532

    32,0

    -3,5

    -5,6

    3,3

    5,0

    Togo

     11 609

    5,0

    1 548

     200

    53

    33,6

    -3,2

    -10,1

    0,2

    2,4

    Tunisie

     130 831

    1,0

    11 501

     475

    1 002

    67,9

    -5,8

    -7,7

    3,2

    3,8

    Ouganda

     84 925

    4,8

    2 106

    1 628

    1 057

    35,5

    -4,8

    -8,4

    4,3

    5,9

    Zambie

     65 174

    3,0

    3 899

     797

    1 653

    66,7

    -10,5

    -3,7

    2,4

    8,0

    Zimbabwe

     28 326

    0,5

    1 774

     788

    421

    84,2

    -7,3

    -9,2

    0,8

    -0,8

    AFRIQUE

    6 039 933

    2,2

    4973

    44771

    54 079

    24,7

    -6,6

    -6,5

     

    8,3

     

    2)      Evolution récente des principaux prix de l’Afrique à l’export

    Note : $ = dollar américain, bbl = baril, cents = cents américains, dmt = tonne métrique sèche, kg = kilogramme, m3 = mètre cube, mt = tonne métrique,

    toz = once troy.

    Sources : Banque mondiale, Global Commodity Price Prospects, mars 2017.

             

    Produits

    Unité de prix

    2009

    2012

    2016

     

    Aluminium

    ($/mt)

    1 664,83

    2 023,28

    1 604,18

     

    Banane (US)

    ($/mt)

     847,14

     983,98

    1 001,15

     

    Charbon (Australie)

    ($/mt)

     71,84

     96,36

     65,86

     

    Cacao

    (cents/kg)

     288,88

     239,19

     289,08

     

    Café (Arabica)

    (cents/kg)

     317,11

     411,10

     361,11

     

    Café (Robusta)

    (cents/kg)

     164,42

     226,68

     195,31

     

    Cuivre

    ($/mt)

    5 149,74

    7 962,35

    4 867,90

     

    Coton

    (cents/kg)

     138,20

     196,71

     163,61

     

    Farine de poisson

    ($/mt)

    1 230,25

    1 558,33

    1 501,31

     

    Or

    ($/toz)

     972,97

    1 669,52

    1 248,99

     

    Huile d'arachide

    ($/mt)

    1 183,67

    2 435,67

    1 362,33

     

    Minerai de fer

    (cents/dmt)

     100,95

     128,50

     58,42

     

    Plomb

    (cents/kg)

     171,93

     206,46

     186,67

     

    Bûches (Cameroun)

    ($/m3)

     421,47

     451,39

     387,41

     

    Maïs

    ($/mt)

     165,51

     298,42

     159,16

     

    Pétrole (brut)

    ($/bbl)

     61,86

     105,01

     42,81

     

    Huile de palme

    ($/mt)

     682,83

     999,33

     700,19

     

    Phosphates (pierre)

    ($/mt)

     121,66

     185,89

     112,17

     

    Caoutchouc (États-Unis)

    (cents/kg)

     214,64

     337,73

     161

     

    Sucre (UE)

    (cents/kg)

     52,44

     42,01

     36,15

     

    Sucre (mondiale)

    (cents/kg)

     40,00

     47,49

     39,81

     

    Sucre (États-Unis)

    (cents/kg)

     54,88

     63,56

     60,92

     

    Thé (Moyenne 3 enchères)

    (cents/kg)

     272,40

     289,78

     264,08

     

    Thé (Mombasa)

    (cents/kg)

     251,96

     288,05

     229,85

     

                         

     

     


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  • La pauvreté en Afrique se porte...bien !

    Du moins si on en croit des statistiques qui ne sont pas sans défaut...

     

    Le rapport de la CNUCED sur les pays les moins avancés 2016 est paru en fin d'année dernière. Comme 80% de ces "PMA" (LCD ou Least developed countries en anglais) sont Africains, ce rapport permet en fait de voir comment ont réagi les pays les moins riches du continent à la baisse du prix des matières premières (voir le graphique 4). Les exportations des pays africains les plus pauvres s'en sont fatalement ressenties, près d'un quart de baisse en valeur en 2015 par rapport à 2014 (voir tableau 1) et le rapport note un véritable effondrement de leurs balances des paiements -jusqu'à moins 50% pour un pays comme le Mozambique ! L'organisme onusien a sorti des graphiques de chiffres qui ne sont pas publiés et il est impossible de reporter ici l'ampleur détaillée de cet effondrement. Car les graphiques sont trompeurs, tout dépend de l'échelle retenue pour y transcrire les données brutes. J'y reviendrai pour estimer tout de même le niveau d'emprunt des PMA africains

    D'ailleurs deux autres faits viennent adoucir ce constat : d'une part les pays africains les moins avancés ont aussi beaucoup épargné et investi (plus du quart du PIB en financement interne, c'est considérable - voir tableau 2) D'autre part, ils ont reçu aussi, entre l'aide publique internationale et les investissement directs étrangers, pratiquement autant que ce qu'ils ont perdu en exportations moins rémunérées.

    Alors, certes, le tableau n'est pas rose. Mais il est nettement moins sinistre que ce qu'on rapporté ces derniers temps et le FMI et des médias occidentaux apparemment ravis que l'Afrique se porte mal. En fait et comme pour les pays africains riches, les PMA ont eux aussi entamé leur décollage, la liaison entre une épargne intérieure forte et une croissance restant vigoureuse en dépit d'un effondrement des prix des biens et services exportés par ces pays est sans appel. Vous pouvez d'ailleurs constater aussi ici que les prévisions de croissance de la Banque mondiale pour l'Afrique telles qu'indiquées dans son rapport sur le commerce international en 2015 (voir article d'African Business de décembre 2016, Faut-il encore croire aux statistiques ?),  ne correspondent pas du tout avec celles qui sont indiquées ici : l'Afrique n'a bel et bien perdu qu'autour d'un point de croissance avec la baisse du prix des matières premières en 2014 et 2015 :  l'avenir n'est plus du tout sombre.

    Et si les Africains ont dû emprunter pour combler le déficit de leur balance commerciale, c'est en fait à la marge. On le voit bien  en rapprochant les tableaux : sans apports extérieurs, il ne manquait à leurs PMA que 3% de leur PIB pour financer leurs investissements en 2012, plus qu'1,7% en 2013 et qu'un peu plus d'un point en 2014. Or leur croissance fut très supérieure à ces pourcentages tout au long de ces années. Et comme les financements extérieurs ont compensé la baisse des recettes d'exportations, un simple calcul montre qu'il ne leur a finalement même pas manqué la différence entre la FBCF et l'épargne intérieure, soit très peu par pays, de l'ordre d'une à quelques dizaines de millions de dollars selon les pays. Ce qui est négligeable face à la capacité d'exportation des dits pays, entre 130 et 180 milliards de dollars annuels.

    C'est la raison pour laquelle pratiquement aucun de ces pays n'a fait appel aux financiers publiques (et on ne peut plus conditionnels) habituels, Bruxelles ou Washington surtout : ce sont les banques privées qui ont surtout prêté, à des taux actuellement plus qu'intéressants. Et finalement, il en a été des pays africains pauvres comme des pays africains riches, soit un ralentissement très modéré d'une croissance qui reste soutenue.

    Encadré

    La véritable loi de l'évolution n'est-elle pas autre que celle du marché ?

    Les quinze dernières années ont apporté un éclairage assez perturbateur de l'analyse économique mondiale. Le renversement total et durable des termes de l'échange, cette fois-ci en défaveur de l'Occident (qui semble ne pas s'en rendre compte), a en effet remis à l'honneur les plaintes jadis moquées des tout premiers dirigeants de l'Afrique indépendante au sujet du pillage des matières premières de leur pays. Par ailleurs, les tenants occidentaux de l'ultra libéralisme ont obtenu satisfaction avec l'application des dogmes de "l'économie de l'offre" dans les 4/5e de la planète. Ainsi que par l'ouverture des marchés de l'ex-Tiers Monde via la "mondialisation" Ce faisant, ces économistes et les dirigeants qui les suivirent, ouvrirent en fait les marchés occidentaux aux productions nettement plus compétitives des pays émergeants. Ils pensaient que la technologie les sauverait : les dits pays émergeants s'avérèrent tout aussi technologiques que les pays développés, peuplant même leurs "silicone valley" de leurs meilleurs éléments sans que pour autant cette fuite des cerveaux dépeuple les leurs : aujourd'hui, la Chine dépose plus de brevets que les Etats Unis et plus aucun produits "High Tech" de grande consommation n'est produit en Occident ! La conjonction des deux évolutions, voulue par les Occidentaux, a conduit visiblement à l'effondrement de son empire constitué à coups de canon depuis le XVIe siècle : un endettement public démentiel accolé à des dépenses militaires toutes aussi démentielles. L'Occident ne vit plus qu'à crédit et seule l'intelligence de ses créditeurs le sauve de la débâcle. Mais qu'arrivera-t-il si le dollar s'effondre ?

    Si bien que la "main invisible du marché" est bien en peine d'expliquer ce qui arrive à l'économie mondiale : c'est aujourd'hui la Chine qui mène le jeu et qui a fait, par exemple, de Dubaï -et donc du Pacifique- le principal port de la planète. Adieu la domination de l'Atlantique nord, adieu la suprématie du Nord sur le Sud en matière commerciale : ce sont aujourd'hui les relations Sud-Sud qui l'emportent !

    C'est comme si une main cette fois-ci extérieure avait pris les manettes et inversé le cours de l'économie pour que les pays pauvres ne le soient plus, au détriment des pays riches. Dieu ? Des extraterrestres ? Je pense plus prosaïquement qu'une fois atteint un certain niveau de développement, d'une part les peuples n'ont plus "envie" ; et que, d'autre part, ceux qui ne l'ont pas atteint réclament leur dû quoiqu'il arrive. C'est l'exemple de la Corée du Sud : une fois atteint un certain degré de développement, les Coréens ont réclamé -et obtenu !- des hausses de salaire permettant à leur économie de se fonder aussi sur l'essor du marché intérieur. Quand les Coréens auront atteint un niveau de plus grande richesse, peut-être qu'eux aussi n'auront "plus faim" ?

    Les Occidentaux, dans ce schéma, ont donc loupé le coche : ils auraient pu imaginer le monde d'après leur surconsommation. Ils ont inventé celui de la sur-prédation, recréant des inégalités du niveau du XIXe siècle. Jusqu'à porter même atteinte aux produits de luxe qu'aujourd'hui trop peu de gens peuvent se payer. Le Suisse Richemont, l'un des deux grands mondiaux du luxe avec LVMH, se pose publiquement la question de son avenir ! Et l'ère des robots arrive à une vitesse hier encore inimaginable...

     

    1- Commerce extérieur des pays africains les moins avancés, en milliards de dollars

    Source : CNUCED (Rapport sur les PMA 2016)

    Pays

    2005

    2013

    2014

    2015

    2014/2015

    tous les PMA, exports

    95,9

    255,9

    251,8

    200,9

    -20,20%

    Dont Afrique

    66,9

    183,8

    175,3

    131,9

    -24,70%

     

     

     

     

     

     

    Tous les PMA, imports

    108,3

    312,9

    333,5

    305,1

    -8,50%

    Dont Afrique

    73,1

    210,6

    221,7

    190,2

    -14,20%

     

     

     

     

     

     

    Balance commerciale

     

     

     

     

     

    Tous les PMA

    -12,4

    -57

    -81,7

    -104,2

    27,60%

    Dont Afrique

    -6,2

    -26,8

    -46,5

    -58,2

    25,40%

     

    2- Besoin de financement extérieur des PMA africains, en % de leurs PIB

    Source : CNUCED (Rapport sur les PMA 2016)

    Pays

    2002-2008

    2012

    2013

    2014

    Tous les PMA, FBCF*

    22,2

    26,6

    25,9

    26,2

    Dont Afrique

    22,5

    27,2

    25,7

    25,5

     

     

     

     

     

    Tous les PMA, épargne intérieure

    20

    23,3

    22,9

    23

    Dont Afrique

    21,7

    24,2

    24

    24,2

     

     

     

     

     

    Besoins de financement, PMA

    -2,2

    -3,3

    -3

    -3,2

    Dont Afrique

    -0,8

    -3

    -1,7

    -1,3

    Croissance de ces pays

    7,9

    6,1

    5,6

    4,1

    * Formation brute de capital fixe

     

    3- Apports de financement extérieur dans les PMA d'Afrique (en milliards de dollars)

    Source : CNUCED (Rapport sur les PMA 2016)

    Pays

    2002-2008

    2012

    2013

    2014

    IDE tous PMA

    10,9

    21,4

    26,3

    35,1

    Dont Afrique

    8,4

    16,8

    22,9

    28,1

    Aide au développement, PMA

    21*

    27

    28

    25,5

    Dont Afrique*

    16,8*

    21,6*

    22,4*

    20,4*

    Total Afrique (PMA)*

    25,2*

    38,4*

    45,3*

    48,5*

    En % de leurs exportations

    nc

    nc

    24,6%*

    27,7%*

    * Estimation de l'auteur

     

     

     

     

     

    4- Evolution du prix des matières premières  depuis l'an 2000


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  • L'histoire du Poular, une révolution sémantique

    Christian d'Alayer - 1er juin 2017

     

    Aujourd'hui, je vais vous parler des langues africaines. Ce, parce qu'un Guinéen, Thierno Oumar Baldé, m'a adressé son livre sur le "Poular", la langue de base des langages peuls : " Le Poular, ancêtre des langues indo-européennes - Les Peuls, au carrefour des langues afro-eurasiatiques" Livre instructif et dérangeant en ce qu'il apporte un regard nouveau sur l'histoire ancienne de l'Afrique.

    Avant de l'avoir lu, je pensais comme beaucoup d'historiens que l'Afrique subsaharienne était peuplée jadis et presque essentiellement de Bantous qui furent repoussés en lisière de forêt (et en forêt) par les razzias financées par les Arabes. Thierno Oumar Baldé a semé le trouble dans mon âme candide : via les langues, il démontre d'abord que les Peuls viennent du Moyen Orient . Puis qu'ils font partie eux-aussi du monde bantou, de la même famille linguistique Niger-Kordofan. Laquelle paraît être de la même lignée que les langues indo-européennes (les comparaisons apportées par l'auteur sont saisissantes) !

    Etant depuis des lustres intéressé par la linguistique qui permet, mieux que les fouilles, de reconstituer l'histoire très ancienne de l'humanité,  je connaissais bien entendu les 5 grandes familles des quelques 1800 à 2000 langages encore parlés en Afrique : les langues "afro-asiatiques" du nord du continent, les langues "nilo-sahariennes" parlées dans le Sahel, les langues "nigéro-congolaises" des Bantous, les langues "koïsan" des premiers peuples d'Afrique australe et les langues "austronésiennes" des îles d'Afrique visitées depuis longtemps par des populations issues du sous-continent indien. 5 familles auxquelles il faut ajouter, depuis deux siècles, les langues imposées par les colonisateurs...

    L'histoire du Poular racontée par notre Guinéen bouleverse cette vision qui est en fait celle des sémanticiens blancs qui se sont penchés sur l'Afrique. Elle montre une évolution bien plus complexe des langues africaines dont on sait toutefois que la multiplicité est issue des rencontres de sociétés bouleversées par les razzias puis la traite et la colonisation. Mais là où je pensais que les langages modernes découlaient schématiquement de la rencontre de Bantous et de Sahéliens, on voit avec l'histoire du Poular que ces langages de rencontre ont une "génétique" plus compliquée car découlant -en tout cas en ce qui concerne les Peuls- de rencontre entre des langues d'une même branche. Si bien que les centaines de langages africains encore parlés sur le continent (beaucoup des 1800 à 2000 recensés sont en voie de disparition) ne sont pas "que" des additions de langues sahéliennes et bantoues mais ici, de telles additions et ailleurs, d'une sorte de "pidgin" entre deux langages d'une même lignée. Le patchwork sémantique africain est donc bien plus riche que les Blancs qui s'y intéressent le pensent encore.

    A côté de cela, le fait que le poular (et les langues du groupe Niger-Kordofan) pourrait bien être l'ancêtre des langages indo-européens  est presque anecdotique : on sait en effet que l'humanité est issue d'Afrique -il y a bien aujourd'hui une thèse contraire mais elle relève plus de l'idéologie que du travail scientifique- et, de ce fait, il est plus que probable que la langue mère initiale de l'humanité soit aussi issue d'Afrique.

    Il faut donc lire ce livre disponible en ligne chez Edilivre (www.edilivre.com) C'est un ouvrage de sémantique, certes, mais aussi et surtout d'histoire africaine. Il est très bien écrit et son auteur, autodidacte (ce qui étonne quand on le lit !) a une vie peu banale : emprisonné jeune par le régime de Sékou Touré, c'est dans les geôles du dictateur qu'il commence à s'intellectualiser au contact des "pointures" qu'il y rencontre : cadres de l'administration coloniale, professeurs, hommes politiques...  Libéré, il se réfugie au Sénégal où, entre de multiples petits boulots alimentaires, il milite au sein de la gauche parlementaire. Ce qui lui permet de continuer à s'instruire en touchant à tout. En 2000, à 46 ans, il retourne en Guinée où il s'adonne, cette fois-ci définitivement, à l'agriculture (les pommes de terre du Fouta-Djalon ont détrôné celle de France dans toute la sous-région) Ce, tout en continuant à avoir la passion de l'étude et de l'écriture ! Il existe des paysans écrivains mais je découvre ici pour la première fois un paysan sémanticien de talent.

     

    La sémantique est en effet un art difficile qui demande d'ordinaire des décennies d'études. Son pape actuel, l'Américain Noam Chomsky, n'a par exemple jamais quitté l'Université où il a étudié puis enseigné (et milité activement !) Thierno Oumar Baldé a une approche moins grammaticale que celle de Chomsky. Il part plus volontiers des racines linguistiques, ce qui lui permet de trouver des analogies troublantes entre des langues d'origine à priori très différente. C'est que la vision de l'Américain est avant tout comportementale, philosophique (l'influence du langage sur le comportement) Tandis que celle du Guinéen est historique. Chomsky pourrait expliquer pourquoi les Africains parlent vite, Baldé leur dit d'où ils viennent. Il me fait penser, toutes choses étant égales par ailleurs, à ces musiciens africains qui n'ont jamais appris le solfège : "vous êtes drôles, vous les Blancs, me dit un jour l'une d'entre eux et elles : vous avez des oreilles et vous vous servez de vos doigts !" De fait, nombre d'entre eux et elles ne se servent ni de clé de sol, ni de dièse. Et pourtant, que leur musique est belle !


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  • La FranceAfrique est-elle nuisible à l'Afrique francophone ?

    Christian d'Alayer - Mai 2017

     

    "FranceAfrique" ! Dès qu'apparait ce terme et depuis l'ouvrage à succès de François-Xavier Verschave, "La Françafrique, le plus long scandale de la République"  , les Français imaginent des barbouzes et des hommes d'affaires pillant allègrement les finances des pays africains avec l'aide de dirigeants politiques corrompus jusqu'à la moelle. En Afrique, les intellectuels qui se sont penchés sérieusement sur la question, tel le site Lisapoyakama (des historiens de l'école de Cheik Anta Diop), voient surtout l'aspect institutionnel des relations franco-africaines.  En fait, les deux réalités s'additionnent : la FranceAfrique est à la fois le produit d'une création institutionnelle et de réseaux secrets intervenant pour défendre les intérêts de la France en Afrique.

    Institutionnellement, le rôle de la France en Afrique, l'existence du "pré carré", est indéniable : il y a d'abord une lourde chape économique mise en place avec le franc des colonies françaises d'Afrique, "F CFA". La dépendance monétaire est complétée par des accords de coopération qui vont jusqu'à des "conventions monétaires mensuelles", en résumé le prêt (archi conditionné !) d'argent en fin de  mois aux états en difficulté. Ce, avant bien sûr le renversement des termes de l'échange à partir du tout début du 3e millénaire.

    Il y a ensuite les accords militaires avec parfois l'existence de bases militaires françaises chargées théoriquement de défendre l'intégrité territoriale des pays africains ainsi "alliés". Elles ont peu servi à cet objectif et beaucoup plus à la défense des régimes en place contre leurs opposants, voire au remplacement des régimes ayant perdu la confiance de Paris.

    Et il y a enfin la coopération culturelle fondée surtout sur l'instauration du Français comme langue officielle des pays "francophones". Cela plus l'existence de centres culturels dans tous les pays d'Afrique francophone, plus la coopération au niveau de l'éducation, plus la formation d'étudiants dans les écoles supérieures françaises, plus... La liste est longue des liens culturels entre la France et ses anciennes colonies d'Afrique, jusqu'à l'envol, à partir des années 2000, de la "Francophonie". Englobant certes d'autres pays tels le Canada ou le Vietnam mais concernant surtout l'Afrique dite francophone du fait du nombre de ses locuteurs.

    Ces trois volets sont la conséquence des mécanismes mis au point sous De Gaulle au moment des Indépendances et ont en fait peu évolué, ni dans leur forme, ni dans leur esprit. Le CFA est toujours en place, les bases militaires et la Francophonie aussi. Bien plus, le lien de subordination s'est accru du fait de l'invention, sous Sarkozy, de "l'ingérence humanitaire" : sous couvert de défense des droits de l'homme, la France s'est arrogé le droit d'intervenir, surtout militairement, dans les affaires intérieures d'autres pays. Et donc surtout de pays d'Afrique puisque la sphère d'influence de l'hexagone ne va guère plus loin. Et c'est ainsi que disparurent Gbagbo puis Kadhafi...

    Qu'en est-il de la FranceAfrique de Verschave, des barbouzes et des réseaux ? Nous avons un indice tout récent à cet égard : l'avocat Robert Bourgi a offert deux costumes de grand luxe au candidat Fillon qui a eu la bêtise d'accepter. Or cet homme fut le porteur des valises africaines de Chirac. Car les réseaux franco-africains, peu connus en fait, mélangent les services secrets français, des hommes de confiance dans les filiales africaines de grandes sociétés françaises (pensez aux responsables de la communication et aux chefs d'agence d'Air France ou, hier, d'UTA) ainsi que des particuliers qui y trouvent leur intérêt. Souvenez vous de l'affaire Falcone et des livraisons d'armes à l'Angola : on y voit le fils Mitterrand, soit la cellule Afrique de l'Elysée, le père et le fils Pasqua (et leur réseau corse en Afrique) ainsi qu'un Russe juif, Arcadi Gaydamak. Sous De Gaulle (et Jacques Foccart), la France aurait livré les armes. Trois présidents plus tard, c'est un montage complexe dans lequel tout plein d'intermédiaires se gavent...

    Faible différence donc du point de vue des Africain qui ont vu, hier,  la France aider les rebelles au Nigeria et qui voient aujourd'hui des armes françaises payées par des Qatari atterrirent dans les hangars de Boko Haram. Qui ont vu jadis le marché occulte des diamants ou de l'ivoire passer par Bangui et Bokassa et qui ont vu hier le marché occulte des diamants du sang (du Liberia en guerre civile) passer par Ouagadougou et Compaoré. L'homme par qui la France a aussi renversé le président ivoirien...

    Les réseaux sont donc toujours en activité, très certainement moins patriotes qu'au temps de De Gaulle et Foccart : l'argent semble à présent le moteur essentiel de leurs actions. Mais le résultat ne change pas : l'Afrique francophone reste le pré carré de Paris. Du moins au sud du Sahara : en Afrique du nord, les relations ne sont plus les mêmes que celles du temps où De Gaulle laissait abattre Ben Barka à Paris pour complaire à Hassan 2 et aux Américains : aujourd'hui, Paris ne sait pas comment empêcher le royaume chérifien, s'il cherche à l'empêcher, de débarquer des tonnes de cannabis en France. Tandis que l'Algérie reste farouchement indépendante et que la Tunisie ne se sort pas de son printemps arabe. Dans ces contrées, l'hexagone n'a pas d'autres ressources que de pratiquer une politique étrangère normale !

    Sa politique ailleurs anormale a-t-elle nui et continue-t-elle à nuire a ses "bénéficiaires" ? C'est ce que dit le milliardaire nigérian Dangote, roi du ciment africain. C'est ce que disent de très nombreux Africains, de plus en plus nombreux d'ailleurs. Voyons ce qu'il en est : dans le tableau 1, vous pouvez voir les taux de croissance des principaux pays subsahariens (à l'époque) à des dates caractéristiques et en moyenne annuelle de 1971 à 1990. De 1971 à 1975, ce sont les trois premiers chocs pétroliers. Ils entraînent les autres matières premières dans leur hausse et on voit surtout que l'Afrique francophone, non pétrolière hors les petits Gabon et Congo-Brazzaville, résiste plus longtemps à la chute des cours. Par la suite, années de médiocres prix des matières premières, on voit que la croissance non francophone se porte à peu près comme celle de son homologue francophone. 

    Il y a-t-il pour autant égalité de résultats ?  Il faut voir cela de plus près : l'Afrique du sud connaît en effet des difficultés politiques à partir des années 1980. La lutte contre l'Apartheid, notamment de la part des syndicats de mineurs qui lancent de grandes grèves, obère singulièrement les productions minières sud-africaines. Le résultat entraînant une sous valorisation du monde non francophone. Une rébellion sévit durement en Ouganda dans les années 1980. Idem au Ghana où Jerry Rawlings prend le pouvoir par la force en 1979 et 1981 pour mettre fin à la corruption. La Tanzanie entre en guerre contre l'Ouganda en 1978... Bref, l'Afrique non francophone connaît de nombreux problèmes politiques dans les années qui suivent les Indépendances tandis que l'Afrique francophone, hors le Cameroun, est relativement épargnée : elle ne connaît que le remplacement de dirigeants par d'autres sans doute plus dociles. On parle même dans les années 1980 du "miracle ivoirien", de la "perle de l'Afrique" ! Et pourtant, les chiffres sont là : dès le début, les non Francophones semblent se débrouiller aussi bien que les Francophones en dépit d'une moindre stabilité politique. Comme ces non Francophones vont nettement mieux que les Francophones depuis  les années 1990, la question de la nuisance de l'influence française peut se poser...

    On sait que le franc CFA n'est pas étranger à une moindre croissance, surtout au cours des dernières années, depuis l'ancrage à l'euro. Et très probablement la main mise française sur son pré carré a-t-elle dissuadé aussi des acteurs importants de la vie économique, notamment les banques africaines, d'y intervenir. Souvenons-nous à cet égard des "banque bamilékés" au Cameroun. Longtemps les filiales locales de banques françaises s'opposèrent à ces héritières des tontines qui ne furent autorisées qu'à partir des années 1990. De même les émigrés francophones ne purent-ils financer que des cabines téléphoniques rurales quand leurs homologues non francophones pouvaient souscrire des actions des grands opérateurs mobiles qui, en Afrique du sud, qui au Nigeria, qui... Il fallut de même des décennies avant que les paysans francophones se lancent dans l'agriculture vivrière en sus des produits de rente. Etc., etc. Les exemples foisonnent des retards pris en Francophonie du fait et des pressions françaises (pensons aux privatisations !) et de la pesanteur de l'existant, phénomène très français : il fallut plus de 10 ans pour réformer la filière coton en Francophonie alors que le Nigeria a relancé sa filière oléagineuse en moins de 5 ans. La FranceAfrique est donc aussi l'ancrage en Afrique des pesanteurs françaises alors que les Africains, où qu'ils soient, se sont toujours caractérisés par une faculté phénoménale d'adaptation.

    On est donc loin en fin de compte de la vision d'une Afrique francophone ayant mieux démarré après les Indépendances du fait de la présence française, face à une Afrique anglophone abandonnée purement et simplement par les Britanniques qui ne se mêlèrent en outre pas de la gestion locale. Economiquement, la FranceAfrique a gêné l'essor des pays africains où elle s'est implantée :  et par opposition aux initiatives locales concurrentes, et par transposition des mauvaises habitudes françaises dans des contrées où ces habitudes ont empêché le génie africain de s'exprimer.

     

    1- Croissance économique des principaux pays subsahariens de 1971 à 1990 (en pourcentages)

    Source : statistiques en ligne de la CNUCED

    Pays

    1971

    1975

    1980

    1985

    1990

    1971-1990*

    1992-2015**

    Cameroun

    3,5

    11,2

    -2

    -2,3

    -0,6

    4,1

    3,3

    Côte d'Ivoire

    9,5

    8,2

    -10,9

    4,5

    -1,2

    3,6

    3,2

    Madagascar

    4,2

    1,3

    0,8

    1,2

    3,1

    0,7

    2,5

    Mali

    2,6

    11,6

    -4,3

    8,5

    2,4

    4

    6,8

    Sénégal

    -0,1

    7,5

    -3,3

    3,8

    3,9

    2,7

    3,8

    Moyenne pays francophones

    3,9

    8

    -3,9

    3,1

    1,5

    3

    3,1

               

     

     

    Afrique du Sud

    4,3

    1,7

    6,6

    -1,2

    -0,3

    2,5

    2,8

    Ghana

    5,6

    -12,4

    0,5

    5,1

    3,3

    1,6

    5,4

    Kenya

    6,5

    -0,4

    5,6

    4,3

    4,2

    4,8

    3,6

    Nigeria

    14,2

    0,7

    2,2

    11,3

    11,3

    3,9

    5,4

    Ouganda

    2,7

    -1,3

    -3,4

    -0,3

    6,2

    1,2

    7,4

    Tanzanie

    4,2

    5,9

    3

    4,6

    6,6

    3,2

    5,6

    Moyenne pays anglophones

    6,25

    -1,2

    2,4

    4

    5,2

    2,9

    5

    * Moyenne arithmétique des 20 années concernées

    ** Rappel des statistiques relatives à l'incidence du F CFA sur la croissance comparée des pays subsahariens

     

     

     

     

     

     

     


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  • Le CFA est-il nuisible à la croissance de l'Afrique francophone ?

    Christian d'Alayer - mai 2017

    "L'Africanosphère" bruisse de plus en plus d'attaques contre le franc CFA. Des chefs d'Etat de la Francophonie sont entrés dans la partie tels ceux du Tchad et du Mali et, dernièrement, François Hollande lui-même a concédé que la question était du ressort des pays concernés plus que de la France. Essayons donc de voir cette question avec lucidité.

    Et d'abord, que reprochent les Africains francophones à leur monnaie commune ? Chez les non économistes et sur le Net, la critique la plus répandue est le fait que le "CFA" est du néocolonialisme car il interdit aux pays membres de la zone de jouer de l'arme monétaire dans leur politique économique intérieure. Le fait est indiscutable : les taux d'intérêt sont décidé non par les Etats mais par la banque centrale de leur zone : BCEAO pour l'Afrique de l'ouest et BEAC pour l'Afrique centrale. Ces banques centrales sous-régionales disposent d'un comité de politique monétaire qui décide donc de l'évolution des taux d'intérêt. Et que ces comités soient plus ou moins sous influence française (la Banque de France a un représentant de droit dans les deux comités), il n'en demeure pas moins que les Etats membres ne sont pas libres de décider par eux-mêmes de l'arme principale des politiques monétaires modernes (les taux directeurs) La même critique est d'ailleurs adressée en Europe à la BCE par les souverainistes et, dans tout l'Occident, à l'indépendance des banques centrales par les antilibéraux.

    Des Africains plus avertis reprochent aussi à la Banque de France de stocker les réserves de change de leurs banques centrales communes. C'est aussi vrai mais plus compliqué : les Etats de la zone franc déposent leurs réserves de change auprès de leur banque centrale, BCEAO et BEAC. Qui, statutairement, doivent en déposer aujourd'hui la moitié (65% hier) sur un compte spécial de la Banque de France. Laquelle dispose bien de 50% des réserves de la zone. Pour l'or, c'est différent (près de 90 milliards de F CFA pour la BCEAO et près de 120 milliards pour la BEAC) : là encore les Etats déposent leur or à leur banque centrale. Mais seule la BCEAO conserve cet or dans les caves de la Banque de France. La BEAC a choisi deux établissements londoniens pour stocker son métal jaune. Dernier point : les comptes des banques centrales de la zone à la banque de France sont rémunérés. Mais à des taux "européens" : un type de compte à 0,30% et un autre à...0,05%. Ce, alors que les taux d'inflation respectifs d'Europe et d'Afrique francophone ne sont pas du tout les mêmes ! En Europe, un taux de 0,30% n'est pas négligeable au niveau d'une banque centrale (pas celui de 0,05% !) Mais en Afrique où les taux d'inflation tournent autour de 10%, c'est une dépréciation importante des réserves dans le cas, de plus en plus important, du commerce interafricain. Le système, reposant sur la garantie de change offerte par la France, n'est évidemment plus viable.

    Deux autres critiques plus économistes émergent du Net : la première est le fait que la gestion monétaire africaine sous férule de la France (et c'est le cas) empêche les Africains francophones d'apprendre à maîtriser l'arme monétaire. Ca n'est qu'à moitié vrai puisque, tout de même, les employés et dirigeants des banques centrales de la zone finissent par maîtriser au moins l'orthodoxie monétaire ultra libérale en vogue en Occident. Soit la maîtrise prioritaire de l'inflation par la monnaie. Mais ils ne peuvent pas sérieusement penser à d'autres utilisations, dont celle de la dévaluation, puisque celles-ci leur sont interdites...

    La deuxième est plus difficile à démontrer car peu d'études chiffrées existent sur le sujet. C'est la compétitivité trop faible des pays de la zone CFA du fait de son ancrage à l'euro, monnaie trop forte pour des économies africaines. Surtout que les pays francophones tant de l'ouest que du centre ont comme voisin un Nigeria qui pratique depuis des lustres et avec brio (à deux décimale près si nécessaire) la dévaluation compétitive (la Mauritanie aussi d'ailleurs) Une étude a été réalisée au Cameroun après le passage du franc à l'euro et, effectivement, le solde des opérations extérieures s'est alors détérioré. Les mathématiciens ont un peu noyé le poisson pour limiter l'impact de leur étude mais la partie sur la détérioration, même en prenant les "TCR" (taux de change réel), était nettement plus compréhensible que la partie suivante qui voulait diminuer sa portée...

    Il faut un peu de réflexion ici : les exportations de matières premières organiques ou minérales peuvent évidemment souffrir des taux de change. Elles s'expriment  en monnaie étrangère, dollars et livres sterling (pour le café et le coton), et les exportateurs sont payés dans cette monnaie. Leur souci est donc principalement que ces monnaies ne se déprécient pas trop vis-à-vis de la monnaie locale. A cet égard, l'ancrage du CFA à l'euro a été fatalement négatif puisque, dans un premier temps (long !), l'euro s'est apprécié jusqu'à 30% par rapport au dollars (la livre, dans le même temps, s'appréciait par rapport à l'euro) D'où en fait une valeur des exportations en baisse par rapport à la monnaie locale. Sans doute les comptes se sont-ils redressés ces dernières années, depuis que le dollars est remonté (dans le même temps, la livre tombait)?

    L'impact est également évident en matière de commerce interafricain car, longtemps, le CFA fut l'une des seules monnaies subsahariennes convertibles avec le rand sud africain. Ce qui fit le bonheur de pays comme le Bénin ou le Togo où les cambistes se comptaient par centaines ! L'Afrique francophone achetait donc aux autres Etas africains d'autant moins cher que sa monnaie était à la fois stable et convertible. Mais le naira nigérian devint lui aussi convertible...

    Dès lors, la trop grande stabilité du CFA, qui plus est surévalué par rapport aux autres monnaies de réserve, n'était plus un atout mais un élément de plus en matière de non compétitivité avec un pays disposant d'un marché intérieur bien plus considérable. Certes, les importations deviennent d'autant moins coûteuses. Mais les exportations sont rédhibitoirement trop chères et la Francophonie subsaharienne ne peut déployer ses PME au même niveau que les Afriques non francophones, jusqu'au point de pouvoir vendre aux pays voisins hors zone CFA. Le tableau 1 montre clairement à cet égard que ces derniers pays se sont développés nettement plus vite que ceux de cette zone.  Il faut se souvenir à cet égard que le décollage subsaharien ne vient pas de l'investissement des multinationales étrangères mais de la croissance interne des PME locales. Un Dangote par exemple, aujourd'hui numéro un africain du ciment, fut d'abord un petit importateur de ce matériau. Et si l'envolée du Mozambique tient beaucoup à l'investissement des multinationales sud africaines, celle de l'Ethiopie tient essentiellement à la multiplication de ses PME, notamment dans le domaine du textile (mais pas seulement) Les Africains francophones ne sont pas moins entreprenant que leurs homologues anglophones, lusitaniens, amhariques ou tigréens. Mais ils n'ont pas toute l'Afrique comme marché.

    "C'est de la faute des Français" a déclaré voici trois ans le même Dangote mentionné en supra : il voulait alors s'attaquer au marché francophone et rencontrait des difficultés majeures face au lobbying de l'alors français Lafarge, son concurrent et jadis fournisseur. On sort ici du problème monétaire pour entrer dans celui de la France-Afrique aussi ne vais-je pas creuser cette question. Je note simplement que trois années plus tard, Dangote vient d'annoncer qu'il allait doubler les capacités de son usine camerounaise et devenir ainsi le numéro un au pays de Biya devant...Lafarge-Holcim (Cimencam) !

    Que peut-on conclure de tout cela ? De toute évidence, il existe un vrai problème du franc CFA : problème d'indépendance évident et problème de compétitivité, surtout depuis l'ancrage à l'euro. Et ces problèmes ne pourront que s'accentuer avec le temps. François Hollande, indécis comme d'habitude (il s'en va aussi peut-on le dire sans crainte), ne pouvait donc que renvoyer la balle aux chefs d'Etat concernés : " à vous de voir !" Mais voir quoi ? Conserver une monnaie commune mais sans ancrage à l'une des monnaies de réserve ?  C'est prendre le risque de voir refuser les paiements à l'étranger dans cette monnaie et je rappelle ici que pour pouvoir devenir le point de rencontre commercial indiscutable de sa sous-région (englobant l'Ethiopie !), la toute petite république de Djibouti dut déposer 500 millions de dollars (de l'époque) à la Citibank de New York en garantie de convertibilité du franc djiboutien.

    Et que la nouvelle monnaie africaine francophone soit commune ou propre à chacun des pays, il faut donc penser à sa convertibilité réelle (donc à ce qu'en pensent les étrangers) C'est le principal problème auquel se heurtent les anti-CFA sérieux. Peut-être une solution serait-elle d'être plus maître des décisions et de pouvoir, par exemple, décider de dévaluer. Une autre décision, envisagée en France même, serait d'avoir deux monnaies, une monnaie "mondiale" et une monnaie africaine ? Toujours est-il qu'il faudra avoir la solution au moment de couper le cordon ombilical...

    1- Taux de croissance comparés des principaux pays d'Afrique subsaharienne francophone et non francophone

    (Source : moyennes annuelles, statistiques en ligne de la CNUCED)

    Pays

    1992-1995

    1995-2000

    2000-2005

    2005-2010

    2010-2015

    1992-2015*

    Mali

    2,7

    5,5

    7

    10,4

    8,3

    6,8

    Sénégal

    1,9

    4,9

    4,6

    3,6

    4,1

    3,8

    Cameroun

    0,2

    4,7

    3,8

    2,8

    5,2

    3,3

    Côte d'Ivoire

    2,8

    3,6

    -0,2

    2,3

    7,4

    3,2

    Madagascar

    1,1

    3,9

    2

    3

    2,7

    2,5

     

     

     

     

     

     

     

    Congo Kinshasa

    -5,6

    -3,8

    4,2

    5,4

    7,9

    2,4

     

     

     

     

     

     

     

    Mozambique

    5,7

    11,2

    8,5

    7,3

    7,1

    8

    Ethiopie

    7,2

    3,4

    5,6

    10,7

    10,3

    7,4

    Ouganda

    9,2

    6,7

    7,2

    8,3

    4,7

    7,2

    Tanzanie

    3,6

    4,2

    7,1

    6,1

    6,8

    5,6

    Ghana

    4

    4,4

    5,2

    6,2

    7,4

    5,4

    Nigeria

    1,4

    2,8

    11,3

    6,7

    4,9

    5,4

    Angola

    -3,4

    5,7

    9,1

    8,4

    5,1

    5,1

    Kenya

    2,5

    2,1

    3,5

    4,4

    5,4

    3,6

    Afrique du sud

    2,6

    2,5

    3,8

    2,9

    2,1

    2,8

    Zimbabwe

    3

    -0,3

    -4,7

    9,5

    6,2

    2,7

    * Moyenne arithmétique

     

     


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  • Pour en finir avec l'afro-pessimisme

    Christian d'Alayer - avril 2017

    Avec la baisse relative des prix des matières premières, l'afro-pessimisme a d'autant fait sa réapparition que nombre d'émigrés africains en France, surtout intellectuels, restent très aigris vis-à-vis de leur patrie d'origine. On sait ainsi qu'en ce qui concerne par exemple l'Algérie, et les familles rapatriées en 1962, et bon nombre de Kabyles sont à l'origine de l'opinion très négative des médias français. Les intellectuels expatriés ont de même  joué un rôle majeur cette fois vis-à-vis du sud du Sahara. Ajoutons à cela la petite voix des "ONG" au regard Oh combien parcellaire sur le Continent et l'on obtient une image plutôt catastrophique de pays qui, pourtant, ont fait la preuve de leur dynamisme ces dernières décennies. Image qui revient aujourd'hui en force depuis que le Nigeria et l'Afrique du sud ont enregistré une très faible croissance économique en 2016 (selon les estimations de la Banque mondiale, moins catastrophique selon la BAD et les résultats sous-régionaux consolidés de cette même Banque mondiale)

    Il apparaît donc presque d'utilité publique de rétablir la vérité sur la soi-disant impossibilité "génétique" des Africains (surtout subsahariens pour les journalistes français) à se développer et à évoluer.  Voici tout d'abord le tableau économique sous la forme d'un graphique et de deux séries de chiffres qui prouvent de nombreux faits :

    - tout d'abord, il y a une corrélation évidente entre la hausse du prix des matières premières et l'accélération de la croissance africaine. A contrario, on pourrait penser qu'à l'inverse, une baisse des prix des dites matières premières entrainerait ipso facto une décélération de cette croissance.

    - Mais si vous regardez l'origine de la décélération globale en 2011, 2013, 2014 et 2015, vous pouvez voir très nettement qu'elle provient essentiellement de l'effondrement de la croissance dans les pays d'Afrique du nord suite aux fameux "printemps arabes" L'impact de la baisse des prix des matières premières sur la croissance africaine ne se fait réellement sentir qu'en 2016 (si les estimations de la Banque mondiale sont réelles)

    - Or et même sans faire appel à d'autres estimations moins pessimistes, on voit (renvois du tableau 3) que les deux plus gros morceau de l'Afrique subsaharienne, l'est et l'ouest, ont continué à croître avec une très grande vigueur. En Afrique de l'ouest, on peut d'ailleurs se demander comment la CEDEAO a pu enregistrer l'an dernier une croissance de plus de 6% avec un Nigeria qui aurait stagné ! Sans doute l'Angola a-t-il fini par pâtir de la baisse des prix du pétrole. Sans doute l'Afrique centrale pâtit-elle de l'instabilité politique avec Boko Haram et l'opposition entre Sahélien et Forestiers en République centrafricaine.

    - Mais, et c'est le dernier point que montrent les tableaux et le graphique, les prix des matières premières sont loin de s'être effondrés. J'ai déjà évoqué l'indice Mundi dans ces colonnes en remarquant que le prix moyen des matières premières avait été multiplié par 5 de 2000 à 2015 et par 3,5 seulement ces deux dernières années, toujours par rapport à l'an 2000. Ce qui se confirme au niveau du prix du pétrole importé en France. Mais qui est supérieur à la réalité en matière des denrées tropicales principalement exportés par les pays africains en sus du pétrole et des minerais : là, on enregistre un simple triplement.  Mais il n'y a pas effondrement ces dernières années et les exportations ont rapporté toujours nettement plus qu'en 1990 !

    La croissance africaine est donc loin d'être cassée par le soi disant effondrement du prix des matières premières. Et, ce, contrairement aux affirmations de certaines grandes banques qui ont mis en avant des "cycles" de prix pour annoncer une baisse durable des dits prix. Il y a ralentissement de la croissance en Chine, certes, et poursuite de la stagnation en Occident. Donc tassement des prix tant des produits dits "de base" que des matières premières industrielles. Si vous regardez les prix payés par les Français, vous voyez toutefois que ce tassement n'est pas catastrophique pour les exportateurs. Même en ce qui concerne le pétrole : car à 100 $ le baril, l'offshore profond et le gaz de schiste deviennent rentables. A 50 $, prix tout de même 3,5 fois plus élevé qu'en 1990, c'est moins évident et la production est plus aisée à contrôler par l'OPEP...

    L'effondrement économique de l'Afrique est donc une chimère. Qu'en est-il de sa croissance politique et sociale ? Là encore, les oiseaux de mauvais augure mentent : il y a bien deux phénomènes terroristes au Sahel et en Afrique centrale. Phénomènes, il ne faut pas l'oublier, dus aux armes fournies abondamment par l'Europe et singulièrement la France tant à l'armée régulière de Kadhafi qu'aux forces rebelles que les Occidentaux ont grandement aidé à gagner. Mais les bien plus terribles guerres congolaises sont pratiquement terminées et le Congo Kinshasa par exemple enregistre aujourd'hui de fortes croissances économiques annuelles. Idem en Afrique du nord où les printemps arabes sont derrière : les indices de la  zone retournent au vert. Quant à l'Afrique australe que les teigneux annonce pratiquement en guerre civile, je rappelle que le Zimbabwe d'une part a remboursé la Banque mondiale jusqu'au dernier cent tandis qu'il a renoué avec une croissance forte. Et que d'autre part, il n'y a pas de meurtres en série de fermiers blancs en Afrique du sud : c'est un mensonge issu, là, des milieux d'extrême droite européen pour dénigrer le pays le plus puissant du continent et ses dirigeants aujourd'hui noirs. Il existe des tensions, certes, qu'il faudra bien apaiser en donnant des terres aux Noirs. Mais on est loin de la guerre civile !

    Bien entendu, la période actuelle de constitution du capital économique africain est lui aussi porteur de tensions : tout comme dans l'Europe du 19e siècle, il faut investir avant de répartir et les inégalités accompagnent toujours ces nécessaires capitalisations. Voyez la Chine ! Voyez la Corée du Sud ! L'Afrique n'échappe pas et n'échappera pas au phénomène, entrainant de ce fait la désapprobation un peu stupide des médias occidentaux (bien plus "gentils" à l'égard de leurs annonceurs, eux mêmes ultra capitalistes !) Ce qui est important est qu'on compte aujourd'hui de plus en plus d'entrepreneurs africains, le plus fort taux d'ailleurs dans le monde.

    Reste la démocratie que l'Occident a voulu imposer à toute allure à tous les pays sans exception. Malheureusement, les phénomènes religieux et ethniques s'opposent à une totale et rapide démocratisation du continent : au nord, on a vu l'Islamisme radical en passe d'emporter tous les régimes. Il fallut une guerre civile extrêmement dure en Algérie, un coup d'Etat en Egypte, l'échec patent des Islamistes en Tunisie (et en Egypte) et la personnalité du roi, du "Commandeur des Croyant", au Maroc pour l'empêcher. Au sud, les élections peuvent se passer bien dans les pays totalement sahéliens mais ne le peuvent pas là où s'opposent deux civilisations aussi différentes que celle des Bantous, chrétiens et/ou animistes, et celle des Sahélien, musulmans. Boko Haram est né sur cette opposition ; au Soudan,  au Tchad, en Centrafrique, au Togo,  tout au long en fait de la lisière entre Sahel et Forêts, la démocratie ne peut que donner lieu à la violence. Là encore les Occidentaux ont attisé les flammes de cette violence, ne serait-ce qu'en déposant les seuls dirigeants capables d'unir leurs peuples : Bokassa puis Patassé en l'occurrence et à Bangui... Et que dire du monde bantou que l'Occident méprise tout en n'y connaissant rien ?! Qui sait en France que la petite mais très riche Guinée Equatoriale est dirigée comme un conseil de familles ? Ca n'a rien à voir avec la démocratie représentative, certes, mais quand on voit comment se comporte cette démocratie représentative occidentale, ça la vaut sans doute ? Comment comprendre ce monde quand on condamne Mugabe sans réfléchir, sans rien connaître de son histoire et de l'histoire de son pays ? Parler des accords de Lancaster House foulés aux pieds par Tony Blair n'entraîne qu'ennui et incompréhension au nord de la Méditerranée ! "Histoire de Nègres !" Alors qu'il s'agit essentiellement de la nième rupture de traités internationaux de la part des Anglo-Saxons. Bref, on voit que l'Occident a bel et bien ouvert la boîte de Pandore avec  sa promotion de la démocratie représentative en Afrique. Qui va devoir digérer très longtemps encore ce "cadeau" : c'est probablement le seul bémol qu'on puisse avancer contre ce continent en pleine et très rapide mutation. N'oublions pas en effet que la stabilité politique, bien plus que la démocratie, est un gage de développement comme le prouve incontestablement l'envol économique occidental au 19e siècle...

     

    1- Prix du baril de pétrole depuis 1970 en $ (source : France-Inflation.com)

    Graphique evolution petrole wti

    2- Prix des matières premières importées par la France depuis 1990 (source : INSEE)

    Années

    prix du baril de pétrole au mois de juillet  ($)

    Produits alimentaires (indice au mois de juillet))

    denrées tropicales (indice au mois de juillet)

    Prix industriels* (indice au mois de juillet)

    1990

    14,9

    111,6

    85,6

    81,5

    1991

    17,1

    106

    81,7

    83,9

    1992

    15,6

    99

    58,8

    69,4

    1993

    14,9

    112,8

    74,5

    74,2

    1994

    14,5

    141,5

    166,2

    81,2

    1995

    11,7

    126,1

    106,6

    84,4

    1996

    15,1

    129,7

    99,3

    74,4

    1997

    17

    135,8

    159,6

    93,1

    1998

    11,1

    119,2

    127,5

    76,2

    1999

    18,3

    99,8

    103,3

    78,7

    2000

    30,3

    100,3

    101,2

    98,4

    2001

    28,6

    96,1

    89,2

    91,3

    2002

    25,9

    108,5

    108,5

    81

    2003

    24,9

    115

    95,5

    77,7

    2004

    31,2

    123

    89,7

    97

    2005

    47,8

    129

    99

    110,9

    2006

    58

    133,5

    102,4

    160,2

    2007

    56

    174,7

    118,5

    159,2

    2008

    84,6

    260,6

    140,4

    149,3

    2009

    46

    203,3

    138,7

    117,4

    2010

    58,9

    214,5

    169,7

    168,4

    2011

    81,6

    269,7

    188,2

    197

    2012

    83,2

    274,5

    170,9

    179,5

    2013

    82,3

    262,4

    142

    158,1

    2014

    79,2

    284,6

    181,3

    161,1

    2015

    50,8

    261,4

    227,4

    155,5

    2016

    40,8

    256,1

    215,8

    156,8

    janv-17

    51,6

    242,5

    196,8

    182,5

    * Prix des matières premières industrielles telles qu'oléagineux ou caoutchouc...

    3- Croissance économique de l'Afrique depuis 1990

    (Source : CNUCED)

     

    Années

    Total  Afrique

    Dont Afrique du nord

    1990

    2,85

     

    1991

    1,55

     

    1992

    -0,1

     

    1993

    -0,14

     

    1994

    2,44

     

    1995

    2,91

     

    1996

    5,26

     

    1997

    3,14

     

    1998

    3

     

    1999

    2,56

     

    2000

    3,61

     

    2001

    4,01

     

    2002

    6,05

     

    2003

    5,41

     

    2004

    5,99

     

    2005

    5,92

     

    2006

    5,66

     

    2007

    5,97

     

    2008

    5,47

     

    2009

    3,23

     

    2010

    5,16

     

    2011

    1,06

    -6,03

    2012

    5,6

     

    2013

    2,05

    -3,17

    2014

    3,67

    1,31

    2015

    2,79

    2,76

    2016

    2*

    2,9

    Début 2017

    nc

     

     

    * Estimation de la CNUCED. Les pays africains de l'est et de l'ouest enregistrent une croissance moyenne supérieure à 6%. L'Afrique du nord se reprend un peu (+2,9%) et la baisse globale de performance de 2016 est essentiellement due cette fois-ci aux pays d'Afrique centrale et australe (moins de 1% de croissance en 2016)


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  • Quels seront les grands ports d'Afrique dans un demi siècle ?

    Ch. d'Alayer - 7 mars 2017

     

    L'Afrique compte encore peu dans le commerce mondial : un peu plus de 3% des exportations et un peu moins de 3% des importations.  Autant dire que ses ports sont peu importants au regard des grands ports mondiaux dont le trafic se compte non en dizaines mais en centaines de millions de tonnes annuelles. Pourtant les ports africains progressent très vite et, aujourd'hui, certains ports à conteneurs égyptiens et sud-africains rivalisent avec les ports occidentaux secondaires. Qui plus est, l'Afrique ne comptait aucun port au trafic supérieur à 10 millions de tonnes il y a seulement 25 ans. Aujourd'hui, il y en près d'une vingtaine...

    Deux éléments jouent ici :

    - Le premier est évidemment l'accélération de la croissance africaine depuis 15 ans, depuis en fait le tout début du 3e millénaire qui a vu s'inverser durablement les termes de l'échange.

    - Et si la part de l'Afrique dans le commerce mondiale semble stagner au mieux, 2e élément, c'est surtout parce que le continent exporte principalement des produits de base. Alors qu'une grande partie du commerce mondial est fait d'importations réexportées après traitement. Ainsi la Côte d'Ivoire exporte-t-elle des noix de cajou fraiches au...Brésil qui les traite et les conditionne avant de les réexporter en Europe !  La Banque mondiale a commencé à calculer les effets statistiques de ces réexportations qui pèsent terriblement sur la petite part du continent africain...

    Demain, l'Afrique transformera directement de plus en plus de ses matières premières. Ainsi l'Afrique du sud a-t-elle fait du Mozambique, très peu riche en bauxite, le premier fabricant africain d'alumine à partir de bauxite importée...d'Australie. Tandis que la Guinée, pays qui dispose des plus grandes réserves mondiales de ce minerai basique ne produit que...du minerai basique ! On voit toutefois que, dans le bois par exemple, les grumes sont de plus en plus rares à l'exportation au profit des sciages. Et même du contre-plaqué au Gabon (l'Okoumé) L'affaire des "diamants de Giscard d'Estaing" du temps de feu Bokassa avait montré, autre exemple, que la taille des dits diamants était faisable en Centrafrique !  Et pour les historiens, je rappelle que les Portugais des 16e et 17e siècle firent construire leurs Caravelles au...Nigeria. Je suis donc très optimiste sur le fait qu'un jour prochain, la Côte d'ivoire exportera non plus des cosses de cacao mais au moins les premiers produits de transformation : poudre et beurre de cacao notamment qui, tout comme les noix de cajou, font la joie des statisticiens internationaux. La part de l'Afrique dans le commerce international ne pourra que monter simplement en raison de la baisse de celle des pays transformateurs, CQFD !

    On peut donc  regarder à présent les données du futur en matière de commerce africain. le tableau 1 vous indique quels sont les grands ports à conteneurs du continent : la part du conteneur ne cesse de monter dans le transport maritime, dépassant aujourd'hui et probablement les 60%. Dans un demi siècle, ce sera impérial et, pour l'instant, certains ports ont pris un avantage dans leur bagarre avec leurs voisins. Par exemple, on notera que Djibouti et Dar Es Salam sont largement conteneurisés par rapport à Mombasa. Mais le port kenyan a l'avantage de pouvoir plus aisément desservir les pays voisins que ses concurrents. Il lui suffira d'investir un peu pour se mettre à niveau...

    Voyons donc le deuxième tableau qui indique qui concurrence qui par sous-région. En matière de ports internationaux, l'Egypte domine très largement au nord. Mais l'histoire récente la sépare du reste de l'Afrique : elle reste plus moyen-orientale qu'africaine et ce sont les ports maghrébins qui peuvent éventuellement jouer un rôle interafricain. Pour voir ce qu'il en est, voyons le graphique 5, concernant la destination des exportations africaines : pour l'instant, c'est encore l'Europe qui domine et, de ce fait, les ports maghrébins (surtout marocains) restent importants. Mais voyez aussi les graphiques 3 et 4 pour concevoir que la part du sud dans le commerce mondial est en constante augmentation : aujourd'hui, près de la moitié des marchandises échangées dans le monde concerne les pays du sud contre moins de 40% il y a quelques années ! La part de l'Europe ira en diminution constante, ce qui retire aux ports méditerranéens beaucoup de leur importance future. D'ailleurs, si vous additionnez les exportations "sudistes" de l'Afrique, vous voyez que, là aussi, le sud est prépondérant, plus encore qu'au niveau mondial puisqu'on dépasse largement les 50%...

    Dans les décennies à venir, l'est de l'Afrique l'emportera donc sur l'ouest. Déjà les Egyptiens envisagent de doubler leur canal (après l'avoir agrandi) pour pouvoir faire venir les navires asiatiques en Europe via la Méditerranée. Tandis que Djibouti et Dar Es Salam se battent pour accueillir les dits navires prioritairement chez eux. On a vu que les capacités de transit de Mombasa sont pour l'instant supérieures à celles de ses concurrents et j'ai du mal à imaginer le port kenyan perdre cette bataille du futur même si, du fait de la puissance économique de l'Ethiopie, Djibouti le devance actuellement en importance.

    Beaucoup de choses dépendront en fait des capacités routières offertes par les grands ports d'Afrique en direction de l'interland. Pour l'instant, l'ouest est en avance sur l'est qui a pâti sur ce plan des guerres de ces dernières décennies : Somalie, Soudan, Congo...  les grands axes routiers, bien avancés, sont coupés à de trop nombreux endroits pour limiter les trajets des bateaux : ceux-ci continuent donc  à contourner le continent pour débarquer leur marchandises au plus près de leurs destinations. Demain toutefois, on peut espérer que la paix permettra de terminer les liaisons routières intercontinentales et, donc, de déplacer le centre de gravité commercial de l'Afrique de l'ouest vers l'est.

    A l'ouest, deux grandes batailles se jouent d'autant plus que la route côtière d'Alger à Lagos est achevée tandis que route et/ou chemin de fer acheminent le fret à l'intérieur des terres pratiquement partout. Au nord ouest, la bataille est d'ores et déjà gagnée par Dakar sur Nouakchott. La trop grande avidité des officiels mauritaniens a même fait fuir à Dakar Sucres&Denrées pour enlever les produits maraîchers que la compagnie française produit pourtant sur les rives mauritaniennes du fleuve Sénégal ! Plus au sud, Tema l'avait emporté sur San Pedro, le port d'Abidjan, le temps des troubles civils. Mais la capitale ivoirienne a, depuis, repris le dessus. C'est cependant Lagos qui est appelé à jouer les grands rôles, aujourd'hui comme demain : un marché intérieur de près de 200 millions d'habitants, un dynamisme économique très supérieur à celui de ses voisins francophones plus que gênés par leur monnaie et les secondes recettes pétrolières d'Afrique derrière l'Angola font du Nigeria le moteur économique incontesté d'Afrique de l'ouest.

    Même l'Afrique centrale ressent sa concurrence, juste contenue par un petit Cameroun commercialement et financièrement très vigoureux. Son ensemble portuaire Douala-Kribi lui permet d'ores et déjà d'enterrer pour longtemps son concurrent congolais de Pointe Noire, toujours soutenu par les Français. Certes, Pointe Noire est desservie par un chemin de fer jusqu'à la capitale Brazzaville. Mais dans un piteux état tandis que le "Pool", une région qu'il ne peut éviter de traverser, reste politiquement déstabilisé. Alors que l'ensemble Douala-Kribi est bien desservi par la route et le chemin de fer, même si l'on vient de voir que ce dernier n'est plus très sûr, faute d'investissements suffisants. Le Nigeria voisin, lui, a inauguré l'an dernier son premier TGV...

    Reste l'Afrique australe où les Sud-Africains de Durban et du Cap règnent en maîtres absolus. La concurrence viendra surtout des ports de l'est au fur et à mesure que les pénétrantes routières seront achevées. Car, pour l'instant, ce sont encore les ports sud-africains qui enregistrent le plus d'importations en provenance d'Asie. Déjà Maputo au Mozambique commence à leur faire un peu d'ombre...

    C'est donc l'est de l'Afrique qui ressort indubitablement de notre tour d'horizon. Songeons d'ailleurs à l'immense réservoir commercial que représente le Congo Kinshasa, continuant pour l'instant et faute de mieux à utiliser le fleuve puis le Congo-Brazzaville pour ses échanges internationaux ! Le Cameroun a ouvert une route, certes, mais les potentialités des ports kenyans semblent très nettement plus attractives dès lors que le pays pourra y accéder facilement.

    1- Les 10 premiers ports à conteneurs d'Afrique*

    (source : LLoyds)

    Port Saïd

    Egypte

    Durban

    Afrique du sud

    Tanger

    Maroc

    Damiette

    Egypte

    Le Cap

    Afrique du sud

    Sokhna

    Egypte

    Djibouti

    Djibouti

    Abidjan

    Côte d'Ivoire

    Radés

    Tunisie

    Dar-es-Salam

    Tanzanie

    *2010, en nombre d'unités de conteneur (VPU)

    2- Les ports d'Afrique en compétition, par sous-région*

    (Source : compilation de l'auteur)

    Afrique du nord

     

    Port Saïd

    Egypte

    Tanger

    Maroc

    Damiette

    Egypte

    Sokhna

    Egypte

    Radès

    Tunisie

       

    Afrique de l'ouest

     

    Lagos

    Nigeria

    Abidjan

    Côte d'Ivoire

    Tema

    Ghana

    Dakar

    Sénégal

    Lomé

    Togo

    Cotonou

    Bénin

       

    Afrique centrale

     

    Douala-Kribi

    Cameroun

    Pointe Noire

    Congo Brazzaville

       

    Afrique australe

     

    Durban

    Afrique du sud

    Le Cap

    Afrique du sud

       

    Afrique de l'est

     

    Djibouti

    Djibouti

    Mombasa

    Kenya

    Dar es Salam

    Tanzanie

    * 2015, en importance de trafic décroissante par région

    3 - commerce de marchandises dans le monde en 2015

    Source : OMC

     

     

    4 - Commerce international des services dans le monde en 2015

    Source : OMC

     

     

     

     

     

     

     

    5- Destination des exportations africaines en 2015

     

    Source : OMC


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  • Les transports en Afrique : du portage au camion

    Qui se souvient encore en Afrique du portage qui prévalut jusqu’au milieu du 20e siècle ? Ce sont principalement les femmes qui perpétuent encore le mode principal de transport des Subsahariens des millénaires durant, supportant de lourdes charges apparemment sans difficulté sur la tête. Mais sur de courtes distances.

    C’est que les saisons des pluies rendirent longtemps les pistes impraticables au sud du Sahara, même aux carrioles tirées par des chevaux, type de transport utilisé assez largement dans le Sahel pendant les saisons sèches. Et utilisé encore aujourd’hui tout au long de l’année sur les routes bitumées dont le kilométrage ne cesse de s’allonger au fil des années, depuis que l’Afrique a cessé de ne vouloir qu’apporter les matières premières aux bateaux des Occidentaux. Deux grandes raisons ont poussé à cette accélération des travaux publics sur le Continent. La première, au cours des années 1970-2000, fut l’obligation, pour nourrir les grandes villes en croissance rapide, de permettre aux paysans d’apporter leur production dans les cités. Cet effort, quasi général en Afrique, s’accompagna bien évidemment d’une amélioration de la condition rurale africaine.

    Le deuxième élément, là encore d’origine agricole, fut d’intensifier, parfois de réinventer, les circuits commerciaux entre les pays issus de la colonisation. Dans l’Antiquité, ces échanges étaient nombreux et s’effectuaient par portage quand aucune voie d’eau n’était utilisable. Et c’est ainsi que fut créée la première langue commerciale, le Lingala, entre les peuples longeant le fleuve Congo. Les transactions entre les peuples de l’intérieur et ceux des côtes occidentales du continent s’effectuaient à la hauteur de Kinshasa (fin de la partie navigable du fleuve), un peuple s’étant spécialisé dans ce commerce, achetant le poisson séché de l’Océan et le manioc des forêts et fixant ainsi les prix des denrées descendantes et montantes.

    Les échanges commerciaux interafricains ont repris dès les Indépendances, d’autant que la perpétuation des comptoirs européens fermait à cette époque le commerce international aux Subsahariens. Seuls quelques anciens coloniaux purent –mais rarement- s’immiscer dans ce commerce interafricain à base agricole et pétrolière. La CFAO Nigeria put ainsi écouler des véhicules Peugeot montés localement et tropicalisés, de même que des Espagnols continuent à vendre du vin élaboré à Bata, en Guinée Equatoriale, à partir de raisins espagnols, dans toute la sous-région. De même les familles Mimran puis Vilgrain purent-elles exporter du sucre (africain) mais en utilisant les circuits commerciaux autochtones. Des Espagnols voulurent par contre, à partir d’Ebebeyin en Guinée Equatoriale, supprimer les intermédiaires de cette ville frontière en demandant aux chauffeurs de leur transporteur de poursuivre leur route sans vendre aux grossistes locaux. Ils durent faire marche arrière très vite !  

    Une deuxième phase du commerce interafricain survint quand, pratiquement en même temps, l’apartheid disparut en Afrique du sud, ouvrant en grand les pays africains aux exportations sud-africaines ; et le commerce international s’ouvrit aux autochtones africains avec le retrait des Européens alors plus intéressés par l’Asie. Cette fois-ci, le montant global du commerce s’envola, pas toujours appréhendé par les autorités africaines tant la contrebande est importante. Les objets de la vie courante d’Afrique du sud, telles les allumettes ou le savon, envahirent le sous-continent tandis que des pays comme le Kenya ou le Cameroun firent leur beurre des importations asiatiques, notamment de tissus et vêtements, réexportés ensuite dans les pays voisins. L’industrie ivoirienne, pourtant ancienne, n’y résista pas tandis qu’au contraire, ces importations boostèrent l’industrie nigériane qui finit même par supplanter les Importations d’Asie au cours de la dernière décennie. Les Chinois durent…s’implanter directement en Afrique pour continuer à exister sur le continent (notamment en Ethiopie) !

    Et tout ce commerce prend la route, bien évidemment. D’où l’importance croissante des routes transversales. Une zone, l’Afrique de l’ouest, et un pays, le Cameroun, ont compris les premiers cette importance vitale. Au Cameroun, l’Etat a de fait privilégié, outre la dessertes des campagnes des nombreuses villes secondaires du pays, ses villes frontières et les routes qui les desservent en se poursuivant si possible dans les pays frontaliers. Ce, au dépend même des grands axes intérieurs tel l’axe Yaoundé-Douala. En Afrique de l’ouest, l’axe Alger-Lagos en longeant la côte fut la première grande route intercontinentale achevée en Afrique. Au grand profit surtout du Nigeria dont l’industrie (autochtone) explose littéralement aujourd’hui…

    Les autres grands axes, très bien avancés, sont sous pression des grands financiers du continent, Banque mondiale, BAD, organismes sous-régionaux et seront donc probablement finalisés en grande partie avant dix ans. En grande partie seulement car, comme vous pouvez le voir sur la carte du tableau 2, les portions en pointillé (non construites) traversent des zones encore peu sûres. Et il faut d’abord sécuriser les dites zones…

    Il n’est donc pas difficile d’annoncer aux constructeurs du monde entier que les Africains vont acheter des camions en nombre croissant dans les décennies à venir. Parce que la route, jadis la piste, est leur mode « sociétal » de transport et parce que le commerce croit de plus en plus tant entre brousses et villes qu’entre pays. Le Maroc monte des voitures destinées à être exportées hors d’Afrique alors que ce sont des usines de camions qui devraient être installées sur le continent !

     

    Encadré

    Des réseaux nationaux en expansion

    Le continent contient aujourd’hui un peu plus de 4,5 millions de kms de routes dignes de ce nom. C’est peu diront les non initiés mais c’est beaucoup plus qu’il y a seulement 20 ans où l’on n’en comptait que quelques centaines de milliers. Par pays de plus, on voit que l’Afrique du sud est la mieux pourvue. Mais le pays est vaste et, relativement à la superficie, un tout petit pays comme Djibouti est sans doute mieux desservi : il possède « sa » route vers l’Ethiopie, indispensable à sa survie d’autant qu’elle vient d’être doublée par la réouverture (chinoise) de sont train vers Addis-Abeba. Et il dessert par route bitumée pratiquement toutes ses bourgades. Le Kenya est de même intéressant car, en outre, il devient progressivement le lieu de première destination des exportations asiatiques : là encore, transport intérieur et international coexistent. Le classement de la CIA (tableau 1) doit donc être regardé essentiellement sous l’angle commercial, il ne vaut pas grand-chose en matière de comparaison. Tout juste peut-on voir que l’Algérie a eu plus de moyen que le Maroc pour construire ses routes et encore : si l’on introduit en effet les transports ferroviaires, alors la place du Maroc parait nettement moins misérables par rapport à celle de l’Algérie…

     

    1-      Réseaux routiers nationaux en Afrique

    Source : CIA Worldfactbook

    Pays

    (KM)

    Année

    AFRIQUE DU SUD

    747,014

    2014

    NIGERIA

    193,200

    2004

    KENYA

    160,878

    2013

    CONGO KINSHASA

    153,497

    2004

    EGYPTE

    137,43

    2010

    ALGERIE

    113,655

    2010

    ETHIOPIE

    110,414

    2015

    GHANA

    109,515

    2009

    LIBYE

    100,024

    2003

    ZIMBABWE

    97,267

    2002

    TANZANIE

    86,472

    2010

    COTE D'IVOIRE

    81,996

    2007

    MAROC

    58,395

    2010

    ANGOLA

    51,429

    2001

    CAMEROUN

    51,350

    2011

    GUINEE

    44,348

    2003

    NAMIBIE

    44,138

    2010

    ZAMBIE

    40,454

    2005

    TCHAD

    40,000

    2011

    MADAGASCAR

    37,476

    2010

    MOZAMBIQUE

    30,331

    2009

    MALI

    22,474

    2009

    SOMALIE

    22,100

    2000

    CENTRAFRIQUE

    20,278

    2010

    OUGANDA

    20,000

    2011

    TUNISIE

    19,418

    2010

    NIGER

    18,949

    2010

    BOTSWANA

    17,916

    2011

    CONGO BRAZZAVILE

    17,000

    2006

    BENIN

    16,000

    2006

    MALAWI

    15,450

    2011

    BURKINA FASO

    15,272

    2010

    SENEGAL

    15,000

    2015

    BURUNDI

    12,322

    2004

    SOUDAN

    11,900

    2000

    TOGO

    11,652

    2007

    SIERRA LEONE

    11,300

    2002

    MAURITANIE

    10,628

    2010

    LIBERIA

    10,600

    2000

    GABON

    9,170

    2007

    SUD SOUDAN

    7,000

    2012

    LESOTHO

    5,940

    2011

    RWANDA

    4,700

    2012

    ERITHREE

    4,010

    2000

    GAMBIA, THE

    3,740

    2011

    SWAZILAND

    3,594

    2002

    GUINEA-BISSAU

    3,455

    2002

    FIJI

    3,440

    2011

    DJIBOUTI

    3,065

    2000

    EQUATORIAL GUINEA

    2,880

    2000

    MAURITIUS

    2,149

    2012

    CABO VERDE

    1,350

    2013

    COMOROS

    880

    2002

    SEYCHELLES

    526

    2015

    SAO TOME AND PRINCIPE

    320

    2000

     

    2-      Le réseau routier international en Afrique (en cours)

    Source : Wikipédia

    Départ

    Arrivée

    Longueur

    Carte

    Schild TAH1.svg 

    Le Caire 

    Dakar 

    8 636 km 

    Map of Trans-African Highways.PNG 

    Schild TAH2.svg 

    Alger 

    Lagos 

    4 504 km 

    Schild TAH3.svg 

    Tripoli 

    Le Cap 

    10 808 km 

    Schild TAH4.svg 

    Le Caire 

    Le Cap 

    10 228 km 

    Schild TAH5.svg 

    Dakar 

    Ndjamena 

    4 496 km 

    Schild TAH6.svg 

    Ndjamena 

    Djibouti 

    4 219 km 

    Schild TAH7.svg 

    Dakar 

    Lagos 

    4 010 km 

    Schild TAH8.svg 

    Lagos 

    Mombasa 

    6 259 km 

    Schild TAH9.svg