• Où s'enrichir en Afrique ?

    Où investir en Afrique

    Christian d'Alayer - 01/02/2016

     

     

    En ce début d'année 2016, les boursicoteurs ne savent plus vers quoi ni vers qui se tourner : les bourses, en très net repli, fluctuent au gré bizarre du prix du pétrole en semblant accorder une prime à sa hausse. La Chine, selon les commentateurs les plus médiatisés, n'est plus ce qu'elle était, certains voyant même un effondrement pour n'avoir enregistré l'an dernier un taux de croissance que de...6,9% ! Quant à l'Amérique latine, c'est tout juste si les tribulations de la présidente brésilienne n'entraînent pas une condamnation financière totale du sous-continent...

     

    Il n'y a rien de plus irrationnel que la spéculation et les bons "tuyaux" reposent sur des a priori et conseils du type "on achète au son du canon et on vend au son du clairon" Un peu de micro économie là dessus et on espère des rendements aujourd'hui un peu supérieurs à ceux des placements de père de famille. On est en tous les cas loin des fameux 15% exigés seulement hier par les patrons américains de fonds de pension. Et ce qui est étonnant est qu'aucun de ces patrons n'ait encore tourné son regard vers le continent africain. Voilà cinq bonnes années que les médias nous serinent que le temps de l'Afrique est venu et que les investisseurs s'y précipitent. Sans que, sur place, on voit venir le moindre frémissement : les Investissements directs étrangers (IDE) ont certes bondi d'une dizaine de milliards de $/an à une cinquantaine de milliards voici ces fameuses cinq années. Mais d'une part il s'agit toujours et essentiellement d'investissements miniers et pétroliers et, d'autre part, ils stagnent désespérément depuis à ce niveau de 3% des IDE du monde entier...

     

    Les investisseurs étrangers ont pourtant tort, voyez les deux tableaux qui suivent : l'Afrique enrichit et enrichit vite ! Il y a 15 ans, le magazine américain Forbes ne recensait même pas les milliardaires d'Afrique. Aujourd'hui, leur nombre n'arrête pas d'augmenter. Si vous voyez les domaines où ils sont les plus nombreux, vous pouvez aussi constater que les mines et les hydrocarbures ne sont plus les secteurs clés de leurs réussites : la distribution et l'alimentation viennent en tête, en fait la consommation de masse. Fait conforté par la troisième place des télécommunication dans ces palmarès, soit la téléphonie mobile. Et quand vous regardez le secteur suivant, celui des finances, vous pouvez constater qu'il s'agit en fait de la diversification de personnalités qui ont réussi dans cette consommation de masse : le Nigérian Dangote a fait fortune dans le ciment, Le Sud-africain Rupert, d'abord dans le tabac et le vin avant de faire fortune dans le luxe, l'Egyptien al Fayed, d'abord dans le transport maritime puis la distribution de luxe. Ajoutons aussi  la fille du président d'Angola, Isabelle dos Santos qui a d'abord fait fortune dans les télécoms avant de se lancer dans la finance internationale (investissements au Portugal notamment) Un autre milliardaire est intéressant à cet égard, le Tanzanien Mohammed Dewji : héritier d'un conglomérat fondé sur la distribution, il l'a considérablement développé en se lançant dans la fabrication textile et l'agro-industrie : du commerce à l'industrie, toujours en vue de combler les besoins de la grande consommation.

     

    Et il est donc normal qu'on retrouve ces milliardaires essentiellement dans les pays à fort peuplement : Afrique du Sud (48,3 millions d'habitants), Nigeria (177,1 millions), Egypte (89,3 millions), Algérie et Maroc (40 et 33,3 millions), Tanzanie (49,6 millions)... Il manque l'Ethiopie à ce palmarès (96,6 millions) mais ça ne saurait tarder : le pays est en pleine explosion économique et tout juste peut-on déjà noter que de riches hommes d'affaires somaliens commencent à faire parler d'eux, tel ce Mo Ibrahim qui a créé un indice de bonne gouvernance du même nom : ces hommes d'affaires issus du désert n'ont bien évidemment pas prospéré sur le sable et les cailloux de leur pays d'origine ! A ma  connaissance, il n'existe là bas et outre des pirates et des guerriers salafistes, qu'une seule ressource dont les revenus sont montés très rapidement ces dernières années, celle de l'encens, résine de l'arbuste bostweillia dont le rendement est assez pharamineux : 10 kg par an et par arbuste et dans les 20 à 25 dollars le kilo. Le Somaliland s'en est fait une spécialité concurrençant le Moyen Orient et l'Inde...

     

    Dernier élément de ces deux palmarès, qui fait fortune en Afrique ? Si vous regardez bien la dernière colonne du premier tableau, vous pouvez immédiatement constater qu'hors quelques rares exceptions, il y a peu de milliardaires partis de rien. Bien sûr, tous vont avoir tendance à embellir leur ascension. Ainsi Aliko Dangote aime-t-il souligner le fait qu'il a débuté sa carrière d'entrepreneur avec quelques milliers de dollars à lui prêté par un oncle ainsi que trois misérables camions. En fait, plusieurs centaines de milliers de dollars propres à l'achat de cargaisons de ciment qu'il redistribuait grâce aux dits camions. Dangote est issu d'une grande famille nigériane tout comme son compatriote Mike Adenuga  et trois autres de la liste. Soit cinq self made man sur 10 milliardaires issus de familles où régnait et règne encore une culture que l'on ne trouve que dans ces familles : on ne s'improvise pas "faiseurs d'argent", cela s'apprend lentement et longuement. Très rares sont ceux qui ont ce savoir de manière innée. Et aucune université ne l'enseigne réellement. Un pays, le Cameroun, a eu la chance d'héberger une ethnie diffusant globalement cette culture, celle des Bamilékés aux origines pourtant rurales et serviles. Aujourd'hui, c'est tout le pays qui a épousé la dite culture et si aucun milliardaire camerounais n'est encore sorti du chapeau de Forbes c'est parce que l'Afrique francophone a du retard sur le reste du continent, notamment des faits du Franc CFA et de la toujours trop forte présence des Français dans les économies locales (constat émis publiquement par Dangote l'an dernier)

     

    On trouve donc des hommes d'affaires en Afrique capables de partenariat avec les investisseurs étrangers. Et des gens en qui ont peut avoir confiance : la mauvaise réputation des Africains à cet égard vient de ce que les étrangers, soit en tant que coopérant, soit en tant que touriste, ont surtout eu affaire à des Africains pleurant misère et ont ainsi abusivement généralisé des comportements que l'on retrouve chez les pauvres de tous les continents. Longtemps, les Occidentaux ont été incapables, même sur place, d'imaginer qu'il pouvait exister d'autres Africains que des "boys" et des "rois nègres" Le directeur blanc d'une agence bancaire française à Ndjamena  vit ainsi entrer un jour un vieil homme vêtu d'un boubou et de babouches. Il ne lui fit donner une chaise que de longues minutes après son entrée et s'en désintéressa. Le vieillard ressortit de l'agence sans rien dire et s'en alla chez un concurrent : c'était à l'époque l'homme le plus riche du Tchad, le plus gros importateur de ciment... Je me souviens d'une autre anecdote, vécue celle-ci : le directeur de l'époque de l'agence équato-guinéenne d'une grande compagnie européenne de télécommunication se moquant éperdument de la mauvaise qualité des prestations de sa compagnie dans le pays et ne songeant qu'à...éviter que ça se sache au siège afin de ne pas être mal noté ! Aujourd'hui, la dite compagnie "rame" pour revenir au premier plan africain tandis que des Africains, des Arabes et des Indiens se sont emparés des plus belles parts des marché dans lesquels cette malheureuse expérience se répéta trop de fois...

     

    Peut-être en fait va-t-il falloir changer non les Africains qui semblent se débrouiller très bien en l'absence d'investissements étrangers, mais les dirigeants occidentaux des grandes entreprises qui hésitent toujours à dépenser ne serait-ce qu'un centime sur un continent où ils peuvent constater un retour moyen sur capital d'environ cinq ans (rentabilité moyenne des capitaux de 20%/an selon la totalité des traders opérant sur l'Afrique et visibles sur Internet) !? Certes, des grands distributeurs français sont bien venus ouvrir des surfaces de bonne taille à Abidjan,  Dakar ou Libreville. Mais les Français ont vendu la CFAO-Nigeria,  leur dernier grand comptoir dans le pays, au Japonais Toyota et sont absents ou presque des grands marchés non francophones. Ce tandis que les Anglais ne sont plus présents qu'en Afrique australe et que les Américains privilégient l'Asie. C'est donc presque par défaut que les Asiatiques, Chine en tête, sont passés devant les anciens colonisateurs qui mettent toutefois en exergue le nombre de projets qu'ils initient sur le continent, l'Angleterre la première : mais en se finançant sur les marchés locaux, dont les bourses sud-africaines, donc en ne prenant aucun risque hors investissements miniers et pétroliers...

     

     

    1- Les 10 Africains les plus riches en 2015

    Source : Forbes

    Aliko Dangote-1

    Nigeria

    ciment, sucre, farine

    grande famille

    Johann Rupert-2

    Afrique du sud

    tabac puis luxe

    héritier

    Nicky Oppenheimer-3

    Afrique du sud

    mine (diamant) puis finances

    héritier

    Christoffel Wiese-4

    Afrique du sud

    grande distribution

    héritier

    Nassef Sawiris-5

    Egypte

    ciment

    héritier

    Mike Adenuga-6

    Nigeria

    pétrole puis télécom

    grande famille

    Mohamed Mansour-7

    Egypte

    Distribution, immobilier

    héritier

    Nathan Kirsh-8

    Swaziland

    Distribution, sécurité

    grande famille

    Isabelle Dos Santos-9

    Angola

    Télécom puis banque

    grande famille

    Isaad Rebrab-10

    Algérie

    Métallurgie puis distribution

    self made man

     

    2- Les secteurs qui ont produit le plus de milliardaires en Afrique

    Sources : forbes et Camernews.com

    Alimentaire

    Christoffel Wiese, Mohamed Mansour, Nathan Kirsh, Issad Rebrab, Youssef Mansour, Abdulsamad Rabiu (6)

    Afrique du sud, Egypte, Algérie, Nigeria

    Mines & pétrole

    Nicky Oppenheimer, Patrice Motsepe, Folorunsho Alakija, Aziz Akhannouch, Femi Otedela (5)

    Afrique du sud, Maroc, Nigeria

    Télécommunications

    Mike Adenuga, Isabel dos Santos, Naguib Sawiris, Rostam Aziz (4)

    Nigeria, Angola, Egypte, Tanzanie

    Finance

    Aliko Dangote, Johann Rupert, Mohamed Al Fayed (3)

    Nigeria, Afrique du sud, Egypte

    BTP

    Nassef Sawiris, Onsi Sawiris, Samih Sawiris (3)

    Egypte

    Pharmacie

    Stephen saad, Allan Gray (2)

    Afrique du sud

    Immobilier

    Milloud Chaabi, Sudhir ruparella (2)

    Maroc, Ouganda

    Assurances

    Othman Benjelloun (1)

    Maroc

    Médias

    Koos Bekker (1)

    Afrique du sud

    Textile

    Mohammed Dewji (1)

    Tanzanie

     

     


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