• Pas touche aux constitutions africaines - 2

    Pas touche aux constitutions africaines ! 2e mouture

    Discours pour la marche de soutien au respect des constitutions africaines en Afrique du 11 avril 2015

     

    Un homme, une voix. Des intermédiaires élus, un Parlement. Et le vrai pouvoir désigné par ce Parlement ou élu au suffrage universel. Ceci est la bible de l'Occident où personne n'oserait remettre en cause des constitutions considérées comme de véritables contrats sociaux entre le peuple et ses élites.

    Au fil du temps et notamment après les quatre mandats du président américain Franklin Roosevelt,  s'est imposé un peu partout (mais pas partout) une limitation de la durée d'exercice du pouvoir. Même en Russie ou Medvedev succéda à Poutine qui succéda à Medvedev pour respecter la règle des deux mandats successifs maximum.

    Une règle largement répandue dans les toute nouvelles constitutions africaines afin d'éviter le retour des anciens potentats à vie soutenu par des partis uniques censés imposer le sentiment national à des populations amalgamées malgré elles par les puissances coloniales. Se sont ainsi retrouvées concitoyens des Sahéliens et des Forestiers tout au long de la ligne qui sépare, au sud du Sahara, les prairies et la forêt. Les pères fondateurs, comme vous les avez longtemps appelé, décidèrent de figer les frontières issues de la colonisation afin d'éviter les conflits aussi nombreux et évidents que cette situation avait générés.

    Le même Occident qui créa la dite situation poursuivit ses erreurs sans relâche. D'abord en tuant dans l'œuf, si je puis ainsi m'exprimer, les tout nouveaux Etats issus de la décolonisation. Pour des raisons évidentes de moyens, les finances de ces états reposaient sur les droits de douane qui, au début, permirent aux dirigeants africains de créer des corps de fonctionnaires, des écoles et des services publics. Notez que les dépenses militaires furent faibles et demeurent les plus faibles de la planète tant en valeur absolue qu'en pourcentage des PIB nationaux. Ces états naissant n'étaient donc pas si  mal gérés que cela, d'autant que les prix des matières premières étaient alors corrects bien qu'insuffisants.

    Survint alors l'effondrement de ces prix quelques années seulement après les fameux "chocs pétroliers" : la mer du Nord permit aux Occidentaux de faire plonger le prix de l'or noir et, à sa suite, de l'ensemble des matières premières. Les jeunes Etats africains avaient emprunté quand ils vendaient correctement leurs productions, ils durent rembourser quand celles-ci ne valurent plus grand chose. La "purge" imposée par le monstrueux quatuor FMI-Banque Mondiale-Club de Londres-Club de Paris détruisit les Etats africains balbutiant : licenciements de très nombreux fonctionnaires tout juste formés, mise à l'encens des tout nouveaux services publics et, coup de grâce, imposition du nouvel ordre économique mondial conduisant à supprimer de fait les droits de douane : il ne sert à rien d'accuser ici les dirigeants africains, si leurs Etats ne fonctionnent pas, c'est tout bêtement parce qu'on les a privés de moyens financiers et humains. Et si le Nigeria connaît aujourd'hui l'un des plus forts taux de croissance de la planète tout en étant incapable de se débarrasser des combattants de Boko Haram, c'est parce qu'il vit, sans Etat véritable, ce qu'on vécu tous les pays développés avec une forte urbanisation et un fort exode rural, les deux vraies mamelles du développement économique moderne.

    Et pourtant, le Nigeria est une démocratie avec un exécutif et un pouvoir législatif élus au suffrage universel direct, une presse libre et un vrai multipartisme. Ne croyez donc pas que la démocratie joue un rôle important en matière économique.

    L'Occident le sait. Chez lui, ses élites ont bridé la démocratie en contrôlant de plus en plus étroitement les moyens d'information et de diffusion de l'esprit critique. Songez par exemple à Hollywood qui produit films guerriers sur films guerriers, au point d'avoir annihilé l'idée même d'un Cosmos empli de la paix céleste. Songez aux grands médias français aux mains de Bouygues, Lagardère, Dassault et Albert Frère...  Ne soyez donc pas étonné si ce même Occident, qui vous a imposé la règle d'un homme une voix en moins de deux décennies, n'ait pas le respect scrupuleux de vos propres outils démocratiques. Les anciens colonisateurs ont soutenu les dictateurs qu'ils avaient eux-mêmes mis en place avant de décider, seuls, qu'il était temps que ces dictateurs aient l'onction du suffrage universel. Peu importait que les tensions ethniques ne soient pas surmontées, vous deviez voter. Puis, lorsque vos votes risquaient de nuire à leurs intérêts ils ont carrément manipulé vos institution. Souvenez-vous des passages de témoin entre Gnassingbé Eyadema et son fils, entre Bongo et le sien... Il y eut pire, l'imposition par la force d'un vaincu, Ouattara, à une population qui avait désigné majoritairement son adversaire Laurent Gbagbo et l'honteuse évacuation de ce dernier au tribunal pénal international de la Haye où il végète depuis sans qu'aucune charge sérieuse puisse lui être opposée.

    Ce n'est donc pas pour le respect de vos constitutions que vous défilez aujourd'hui. Si celles-ci, au moins, avaient été inventées par des Africains tenant compte de la spécificité de vos frontières artificielles. Une seule d'entre elles l'a été, celle d'Afrique du Sud : Cyrille Ramaphosa, son véritable concepteur, a de fait et notamment créé un régime présidentiel dans lequel le Président de la République est élu par le Parlement, celui-ci étant soumis régulièrement à renouvellement. Il tient donc compte de la collégialité des décisions propres à l'âme africaine tout en ménageant et l'efficacité du pouvoir exécutif, et la notion de chef dans un pays encore largement rural et toujours en proie à des tensions ethniques. C'est ce régime unique au monde qui a permis aux syndicalistes, les vrais vainqueurs de l'apartheid sud africains, de reprendre le pouvoir que leur avait confisqué Mandela puis Mbeki sans que le pays soit immédiatement sans dessous dessus.

    Mais c'est pour défendre votre droit à choisir vous-mêmes vos dirigeants contre l'intrusion de l'étranger dans le processus de désignation. Songez qu'en Côte d'Ivoire, la France a pris le parti de rebelles contre le pouvoir en place, a obligé celui-ci à composer avec les dits rebelles alors que ces derniers étaient vaincus avant, in fine, d'imposer par les armes le gouvernement des rebelles  ! Vous vous battez pour qu'au Zimbabwe, Mugabe ne soit pas obligé de combattre sans cesse des opposants financés ouvertement par les Etats Unis et la Grande Bretagne, opposants qui plus est anciens suppôts de Ian Smith dans la guerre contre l'apartheid.

    Vous vous battez aussi pour que l'imbécilité des Européens dans l'établissement de vos frontières ne se transforme pas aujourd'hui en guerres civiles généralisées. Parce que ces anciens colonisateurs qui comprennent de moins en moins l'Afrique mettent de plus en plus les pieds dans le plats pour je ne sais quelles raisons de toute façon inavouables : qui a poussé la France Afrique du Burkina a s'occuper des problèmes politiques de Côte d'Ivoire ? Quel noir dessein a  présidé  à des guerres congolaises qui n'auraient jamais dû être aussi longues et meurtrières ? Qui n'auraient même jamais dû commencer à  Kampala d'où partir les soldats ougando-tutsis financés, armés et conseillés par les Anglo-Saxons. Et d'où vient Boko Haram, qui l'a financé et armé ? Quelle bêtise a encore commis l'Occident pour que naisse cette horreur ?! J'ai lu un article sur Internet qui mettait en cause les livraisons d'armes effectuées à la va vite et sans réflexion par le gouvernement de Nicolas Sarkozy aux rebelles libyens, armes revendues par la suite aux fous de Dieu du Nigeria qui auraient été financés par un Etat du Golfe persique...

     C'est contre toute cette pourriture que vous criez aujourd'hui, pour que vos Etats deviennent de véritables lieux de pouvoir et non de fantomatiques institutions incapables d'accompagner même votre décollage économique indépendant, lui, de toute politique volontariste. C'est parce que vous disposez aujourd'hui de personnels médicaux imaginatifs que vous avez pu vaincre l'épidémie de fièvre Ebola et non parce que vos services médicaux étaient bien organisés : c'est un médecin nigérian qui a imaginé de sur-hydrater  les malades, pas la cohorte de médecins étrangers montrés comme des héros par la presse occidentale. Sans la base, sans vous, l'Afrique d'aujourd'hui serait restée celle que nous montre encore la dite presse. Et c'est vous, c'est cette base qui exige aujourd'hui la fin des ingérences. Vous criez en fait "foutez-nous la paix !"


    Tags Tags : ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :