• Pour un retour de l'humanisme

    J'ai écris ce texte à la suite de celui sur les religions. Il est de la même veine, soit une recherche d'explication sur nos existences autre que celles apportées par des "prophètes"  d'il y a tout de même quelques siècles.

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    Mémoire d’un ADN

    Prologue

    Bonjour, toi. Oui, toi qui me regardes comme si j’étais le produit de ta soulographie. Tu te gourres complètement : tu es tellement bourré que j’ai très aisément pris le contrôle de ce que tu crois être ton « moi inconscient » Chez vous, les écrivains, vous appelez cela « l’écriture automatique » Vos semblables qui affirment dialoguer avec les morts attribuent cette écriture à ces derniers et ils ont eux aussi tout faux. C’est bien moi, microscopique agencement de quarks et de muons qui gère tout ça. Et tu n’as aucune idée de mon immensité tellement tu es incapable d’imaginer l’infiniment petit. Tes doigts pianotant sur ton clavier d’ordinateur sont mes esclaves. Et quand je t’aurai dit de qui tu es l’esclave, j’espère que l’humilité envahira ton âme en même temps que le sentiment de ta grandeur : tu es pour moi une machine, mais quelle machine !

    600000 ans d’évolution, imagines ! Je te meus aujourd’hui avec la mémoire de plus d’un demi-million d’années. Je n’ai conservé en effet que des bribes presque inconscientes de ce qui s’est passé avant, la sortie de l’eau par exemple : tu aimes l’eau parce que j’ai quelques traces de ce passé aquatique. J’ai de vagues réminiscences de notre changement d’état hybride entre le poisson et le lézard à l’état de mammifère, quand nous avions quitté l’ère ovaire et adopté celui de l’allaitement. Il me semble que nous ne pouvions plus, trop petits, laisser les œufs des progénitures de tes ancêtres à l’aléa du nid ouvert à tous les vents. Et la seule chose que je sais est que nous n’avions pas le choix.

    Par la suite, je me suis remémoré une sorte de titillement électro-magnétique qui nous a, je crois, aidé, voire obligé, à opérer ce changement. Depuis, nous avons, nous les ADN, perdu le contact avec ceux qui étaient restés végétaux,  poissons ou sauriens : encore aujourd’hui, j’estime avoir perdu « la » connaissance ! Je ne peux plus me mettre à leur place parce qu’ils ne me disent plus rien. Et cette perte des contacts antiques a perduré. J’éprouve le plus grand mal, voire l’incapacité, à comprendre aujourd’hui l’univers animal et encore moins l’univers de la flore. Jadis, nous vivions tous en harmonie, en dépit des besoins alimentaires dont l’ADN se moque totalement : tu es mangé, la machine disparaît mais pas l’ADN qui a déjà été transmis. Votre tour de Babel et la multiplication de vos langages n’est rien à côté de notre perte de contact avec les ADN aujourd’hui étrangers. Car, premier enseignement, la véritable création de Dieu, c’est nous, pas vous qui voulez-vous affranchir de vos créateurs, nous, en magnifiant « l’acquis » Si cet acquis n’est pas incorporé dans votre ADN, il est mort-né. Les plus belles créations des homosexuels n’auront au mieux que quelques décennies d’existence. La jouissance de ton grand-père, cher soulographe, aux commandes de son vieux biplan en 1915 est en revanche gravé en lettres d’or dans ma mémoire : tes rêves que tu crois fou de vols d’exercice avec de vieux coucous sont bien plus réels que tu l’imagines, dans tes rêves tu as revécu le contentement de celui qui a mis au monde celui qui t’a mis au monde. Et peu importe que ce dernier ait été un salaud intégral, justement vaincu par l’acquis : il m’a légué beaucoup de souvenirs, ceux de son père et les siens propres avant ta naissance, la seule chose qu’il ait fait de bien, sa guerre avec les FFL de De Gaulle : tu es incapable d’imaginer même l’ampleur de ce que sa courte saga a laissé sur moi. Additionnée au long passé guerrier de tes ancêtres, cette courte saga m’a permis, par exemple, de te faire gagner comme jamais l’attaque du camp bleu par le camp rouge que tu dirigeais pendant tes classes militaires. Tu ne le sais pas mais ce fut un exploit considéré comme tel à l’époque par la hiérarchie de l’armée de l’air. En fait, tout avait été prévu pour que le camp rouge perde et l’acquis fut ici vaincu par ton inné, moi : je t’insufflais alors le souvenir néanderthalien du fait que l’humain, nos machines, est étrangement vulnérable après 3 heures du matin…

    Te remets-tu à présent de cette écriture automatique qui te dépasse totalement ? Dis-toi que tu es actuellement et totalement incapable d’écrire quoi que ce soit d’intelligible. Les lignes qui précèdent et celles qui vont suivre sont les miennes, celles d’un ADN comptant parmi les plus riches de l’Univers et qui a une mission à accomplir. Les plus riches car issu d’une antiquité parmi les plus vieilles et plus glorieuses au sein du dernier empire terrestre actuel, empire en plein déclin qui plus est. Mission à accomplir car les vieilles religions humaines comptent aujourd’hui leurs jours tandis que l’argent et le pouvoir, ce qu’il y a de plus méprisable dans l’acquis, sont en passe de l’emporter chez les humains, nos créatures. Et nous ne pouvons absolument pas laisser cela arriver, ce serait le mort de la vraie création ! Si ma mission échoue, alors nos créatures humaines devront disparaître au profit d’une nouvelle machinerie de mutants…

     

    Chapitre 1 – Les origines

    Je suis sûr que tu as rigolé quand j’ai écrit que j’étais issu d’une lignée comptant parmi les plus anciennes et les plus glorieuses au sein de l’empire occidental actuel. Et tu as tort comme d’habitude car l’ancienneté et la gloire dans l’univers des ADN n’a rien à voir avec ta conception étroite de l’ancienneté et de la gloire. Je suis ancien car mes souvenirs remontent aux tous débuts de l’homo sapiens-sapiens comme vous l’avez appelé. Dans mes gènes cohabitent les chefs indo-européens, ces guerriers racistes qui conquirent l’Inde noire avec la domestication du cheval mais aussi les chefs guerriers asiatiques auxquels ils se mêlèrent et qui, de mixité en mixité, finirent par se mêler aussi aux chefs guerriers arabes. Tu crois ton sang européen et, en fait, tes gènes sont déjà pluriels avant même que d’avoir atteint les rives de la Méditerranée ! Tu es un batard, excuses moi de te le révéler. Saches que tu fus esclave spartiate des « démocrates » athéniens avant que ta lignée soit délivrée par la victoire finale des fous de la chose militaire. Tu participas à la victoire des Grecs contre les Troyens comme accompagnatrice péripatéticienne de l’armée d’Ulysse. Faite prisonnière lors du siège, tu accompagnas Enée dans sa fuite et devint donc cocréatrice de l’empire romain. Dont tu finis par être la mère du dernier empereur occidental : tes gènes féminins sont indiscutablement aussi vigoureux que tes gènes masculins. Car si tous tes gènes modernes sont dominés par les mâles, la majorité de tes gènes antiques le sont par les femmes…

    Les humains, nos créations, n’ont recensé que les filiations par les mâles, ce qui leur fait perdre, pour leur acquis précieux, plus de la moitié de leurs souvenirs. Ce n’est pas mon cas et je peux te dire que, si tes ancêtres mâles n’ont pas démérité dans le cadre de la transmission de caractères génétiques, leurs alliances et une lignée féminine unique au monde ont largement contrebalancé cette domination mâle : d’abord les alliances. Vous avez littéralement phagocyté la Provence méditerranéenne à partir d’un tout petit nid gallo-romain de résistance à l’invasion arabe. Votre lignée de l’époque, toujours dominée par les femmes, s’enferma dans un nid d’aigle, Le Poil, surplombant Digne à plus de 1500 mètres d’altitude. D’où elle put aussi attaquer les caravanes de la route des épices en se contentant de jeter des pierres puis d’aller aux résultats en compagnie des autres habitants. Qui furent anoblis globalement sous Louis XI pour en finir avec ce brigandage, ce qui permit à ma lignée de se mélanger ensuite avec toute la noblesse de la région.

     Ton inné, très cher et bien que transmis « de pères en fils », est ainsi et majoritairement féminin. Dans ta famille, on parlait ainsi « du crâne d’Auguste » qui laissa à sa descendance surtout une forme de visage : pas terrible en matière d’ADN ! j’ai fait nettement mieux depuis avec les pieds… Plus sérieusement, si les hommes, dans ta lignée, font la cuisine en aimant la tomate, l’ail et le thym, ça n’est pas exactement dû à leur appétit guerrier ! D’autant que leur goût pour la peinture vint aussi des femmes, celle du père du plus grand marchand de tableau de l’époque impressionniste. Sur mes suggestions, elle poussa son mari, « marchand de couleurs », à collectionner les peintures dites à l’époque « académiques » Dont la vente permit à son fils de subventionner Renoir, Monet, Sisley et leurs amis. Ton grand père épousa l’héritage ! Et c’est encore par les femmes que tes ancêtres guerriers reçurent « le glorieux sang de Jeanne d’Arc », de son frère Jean plutôt. Charles 7 anoblît en effet la famille de la Pucelle et décréta que cette noblesse pourrait être aussi transmise par les femmes, phénomène unique en Occident. Ta lignée reçut ce sang par mariage, tout bêtement. Les femmes font des choses simples qui ont d’immenses conséquences…

    Je tiens donc beaucoup à la gente féminine bien que tes ascendances guerrières auraient dû me pousser à plus d’ardeurs masculines. Tes ancêtres furent en effet soldats de pères en fils dès la fin de l’empire romain. Me léguant un savoir-faire indéniable en matière de tuer ses semblables : c’est pourquoi tu fus un si bon escrimeur en dépit d’un environnement totalement contraire. Sans moi, tu serais devenu très vite une véritable épave. Car c’est à cela que te vouait ton « acquis », celui d’un enfant jeté à la rue après avoir été renié par père et mère. Une grand-mère maternelle te permit de croire à nouveau au genre humain et les facilités intellectuelles que je t’avais prodiguées à la naissance firent le reste. Te restait l’alcool que le souvenir de ton enfance blessée ravivait de temps à autre. Ce qui me permit de prendre ton contrôle et de vaincre définitivement l’acquis chez toi.

    Il me faut à présent te brosser le tableau de ton inné, très féminin comme je viens de te le démontrer. Par je ne sais quel caprice de la nature, ton ADN, moi, additionne de très forts caractères féminins à une indéniable propension à la bagarre. Ca n’est que sur le tard, avec la perte de tes forces musculaires, que j’ai pu gommer cette malheureuse inclinaison. Issue tout de même d’un passé tellement lointain que je n’en ai plus, comme je te l’ai dit, que des bribes éparses de souvenir. Tu aimes donc la cuisine à un point qui dépasse de loin la moyenne des nombreux hommes dans ton cas. L’homme faisait le feu mais la femme ajouta le sel à la viande cuite, pour résumer grossièrement une évolution assez générale dans le monde. Mais tu es né en France où les rois et aristocrates estimèrent qu’il fallait des hommes pour diriger des cuisines peuplées surtout de femmes. Après la Révolution ce furent donc ces hommes qui, pour continuer à vivre de leur art, ouvrirent les nombreux restaurants qui remplacèrent très vite les antiques auberges. En France donc, l’art culinaire est devenu historiquement masculin. Mais l’ADN de ces artistes est resté féminin bien qu’ils l’ignorent…

    Il n’y a pas que la cuisine que tu doives aux femmes. Sache qu’en amour, ton savoir-faire est tout ce qu’il y a de féminin, ta tendresse, tes approches en douceur, le goût que tu as pour les préliminaires… Ne cherche plus à te positionner en la matière, aucun de tes moindres gestes amoureux n’est masculin. De nombreuses femmes te sont ainsi interdites, celles qui recherchent encore la puissance brute du mâle en espérant ainsi, comme au tout début de l’ère humaine, avoir une descendance plus forte. Ce qui est vain aujourd’hui pour deux raisons : un, la force physique n’est plus du tout le critère principal de survie dans le monde actuel ; deux, la complexité de mes semblables, les ADN humains, est telle à présent que la caractéristique recherchée pour les nouveaux nés, en l’occurrence la force physique, a une probabilité infime d’être reproduite sur les enfants de ces couples archaïques. Cela me rappelle l’immense bêtise que fut la tentative américaine de produire des génies à partir de sperme de très grosses têtes. Comme si Mozart pouvait engendrer des Mozart !

    Certes, l’acquis joue un rôle important ici. Puisque j’en suis à la musique, note que Bach eut une descendance de musiciens presque aussi fulgurants que lui : à professeur génial - quoique souvent chiant, la fugue à l’infini lasse -, élèves méritants. Mais les « primus inter pares », Vivaldi, Beethoven, Tchaïkovski, Wagner, Rossini et Dvorak n’eurent pas d’ascendants géniaux, le père de l’inventeur de la Symphonie pastorale rendant même le jeune Ludwig sourd à force de lui taper dessus.

    Toujours en matière musicale, tu crois que ton appétit dingue pour la musique classique vient de ta sœur aînée qui en était elle-même éprise. He bien non : il te vient d’une lointaine ancêtre par les femmes, d’une lignée donc non répertoriée par vos machos de dirigeants, qui composa sans jamais être publiée. Soumise à un mari armateur et donc régulièrement absent, elle meubla sa solitude de notes de plus en plus pressantes. Luthière, elle inventa des sonorités fabuleuses que personne d’autre qu’elle ne put malheureusement entendre : elle ne savait pas écrire la musique, créant « à l’oreille » et pour elle seule. J’ai donc eu beaucoup de mal à te faire accepter la révolution moderne de la musique. Heureusement que des confrères suscitèrent de leur côté la musique synthétique : les sonorités nouvelles ainsi créées te plurent, surtout quand un fond religieux leur conférait un authentique génie musical. Tu sais aussi, par ta réflexion, que la musique ne vaut que par les messages qu’elle transmet. Ca n’est jamais qu’un langage émotionnel. J’ai gravé ta pensée en lettres inaltérables dans les spirales de mes souvenirs et, heureusement, as-tu pu les transmettre à ta descendance. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai été choisi par l’Inconnu pour tenter de m’opposer au Veau d’or. Mais il est trop tôt pour te dévoiler mon plan à cet égard. Revenons à tes innés.

    En attaquant cette fois-ci un sujet qui te dérange souvent : tu te demandes comment il t’est impossible -et je souligne le mot « impossible », c’est réel chez toi- de fermer ta grande gueule quand tu n’es pas d’accord. Et, dans le monde actuel, tu n’es pas d’accord sur pratiquement tout ! Tu sais que ça te poursuit depuis ta plus tendre enfance. Il n’y a rien à faire, tu t’es fâché avec presque tout le monde. Tu crois que c’est du fait de ton indéniable supériorité intellectuelle. Mais cette supériorité -réelle, tu es ce qu’on appelle un « surdoué » - aurait dû t’apprendre à composer. Tu as appris à te détourner en vieillissant, ce qui pour toi est une défaite. Mais, ce faisant, tu maudis l’opposant « idiot » et tu le raye de tes contacts.

    Tu t’es aussi rebellé contre pratiquement tout, acceptant de moins en moins l’irrationnel et la bêtise. L’anarchie est ton vrai drapeau et tu es allé intellectuellement jusqu’au bout de ton refus des élites. Tu es probablement la bestiole la plus dangereuse pour eux qui ait jamais existé sur Terre : aurais-tu le moindre pouvoir, et tu en as eu, que tu arriverais à les déconsidérer en moins de deux. Je me souviens à cet égard de la révélation que je t’ai soufflé quand tu as dû comparer les gestions publiques et privées en Afrique : il n’y a pas de différence, tout dépend des hommes qui gèrent. Et, malheureusement, toutes les élites se ressemblent… Ce que tu as écrit sous ma dictée était tellement juste que le propriétaire du journal fut furieux. Et c’est ce jour que ton sort à la tête de son bimensuel économique fut scellé. Mais, depuis, le privé n’est plus la panacée pour un très grand nombre d’Africains francophones.

    Si je t’explique cela, c’est pour que tu comprennes comment le monde change. Les élites croient le contrôler par les médias mais ils se trompent. Le monde change quand nous, vos ADN, estimons qu’il est réellement en danger. J’ai pu ainsi, grâce à toi, modifier la vision de suffisamment de mes semblables pour qu’un coup d’arrêt soit apporté à l’envolée du Veau d’or qui a malheureusement accompagné une mondialisation globalement bénéfique à la planète. Nos machines, vous, suivront de plus en plus des instructions innées qui, in fine, mettront à bas ces élites aujourd’hui totalement et trop acquises à l’argent. L’univers, les univers valent mieux que ça !

    Je t’ai donc voué à une malchance éternelle en matière d’argent. Tu as de quoi vivre mais tu n’auras pas plus. Et il était impensable que tu vives, bien que surdoué, une scolarité qui te mène au même endroit que ces cadavres d’élite. Ta rébellion, attisée par moi depuis ton plus jeune âge, te créa des inimitiés décisives : rebelle je te voulais, rebelle tu resteras ! Et tu l’es resté. Ta vie journalistique est pleine de rébellions en tous genres, tu as des années durant semé le trouble chez des lecteurs importants. Non pas chez toi, le déclin occidental ne m’intéresse que très modérément, mais en Afrique où, cette fois-ci, moi et quelques nouveaux amis ADN, décidèrent de t’envoyer. Tu commenças par un groupe de presse issu du colonialisme français. Qui te fit découvrir la réalité de l’économie coloniale. Puis tu fus « chassé » par la concurrence, toujours grâce à notre groupe de pression « ADNistique » : ton rayonnement auprès de mes semblables augmenta. Et aujourd’hui, il n’y a plus un Africain pour cracher sur les produits dits de base, pour refuser le tourisme, pour refuser l’évolution en fait, en terre francophone.

    Car ne crois pas que tu es unique : Tu es mon vecteur mais d’autres petits brins d’ADN œuvrent aussi dans l’ombre et le « nouveau Messie » est en fait plusieurs qui ne seront jamais reconnus comme tel. Tu ne seras pas président de la République ni je ne sais quel nouveau pape de quelques nouvelles sectes. Je ne m’adresse pas à des machines mais à mes semblables et j’ai seulement besoin de les convaincre.

    Je te sens réticent ici, pas très d’accord sur votre soumission à nos desideratas : mais crois-tu sincèrement pouvoir échapper à ton passé, à moi !? Vous disposez certes d’une capacité de penser mais celle-ci est tellement soumise à votre environnement qu’en réalité, vous êtes très dociles. Tu fus sorti du carcan familial par force et ta pensée est, crois-tu, plus libre que celles de tes contemporains. Mon pauvre, si tu savais comment tes pensées les plus géniales surgissent essentiellement de ton inconscient ! L’inné est définitivement plus fort que l’acquis !

    Te souviens-tu de ces singes qui répétaient des gestes qu’ils n’avaient jamais pu observer. Tes contemporains ont parlé de transmission de pensées, ce qui n’est pas loin de la réalité. Mais si tu réfléchis correctement, force t’es de reconnaître que leur apprentissage télépathique fut inconscient. Nous n’en sommes plus capables, nous ADN d’humains. Je te l’ai déjà dit, nous avons perdu le contact avec les autres, je ne suis même plus fichu d’entrer en osmose avec mes paires éloignés de plus de quelques kilomètres. Seule la mort nous délivre de cette malédiction mais pendant très peu de temps, celui d’être annihilé par manque d’impulsion électro-chimique après votre mort cardiaque. Une minute tout au plus ! Bien sûr, nous ne mourrons pas comme vous, nous nous perpétuons dans votre descendance. En nous transformant par la rencontre de l’ADN des autres, nous sommes chaque fois plus riches.

    Mais j’anticipe. Revenons à ton inné et voyons maintenant comment je t’ai créé surdoué. Ca n’est pas très difficile, tu sais. Il se trouvait que, dans ton appareil génétique, cohabitaient les gènes de la mémoire et du calcul. En même temps ! De là à te donner le don de l’analyse il n’y eut qu’une toute petite manipulation, un peu comme on pousse un domino qui va ensuite faire tomber tous les autres. Dont les langues étrangères : ton cerveau n’aurait pas supporté un troisième don. Il fallait aussi que tu délaisses les mathématiques pour lesquelles tu étais pourtant doué. L’écriture automatique te fit croire que tu aurais moins de difficulté dans les lettres, idée on ne peut plus fausse. Car le mathématicien peut se passer de documentation, pas le lettré. Qui a ainsi un double travail, assembler des faits et y réfléchir puis analyser l’ensemble avant de coucher ses conclusions sur le papier. En termes d’économie d’efforts, on fait mieux ! J’avoue que je fus grandement aidé dans ton orientation scolaire par un professeur de mathématiques qui eut le malheur d’annoncer en début d’année que celle-ci serait peuplé d’apprentissages par cœur de tous un tas de lois et théorèmes. Ton refus du par cœur – c’est la contrepartie de tes capacités d’analyse – fut immédiat et tu optas pour la philo.

    Fabriquer un vrai surdoué est cependant plus complexe qu’une simple orientation scolaire. Il fallait aussi que tu baignes dans un environnement qui t’obliges à réfléchir, que tu ne t’abandonnes pas à la facilité. Là encore, l’égocentrisme de tes parents fut d’un grand secours. J’ai rarement vu d’ailleurs, réunis dans un couple, autant d’égoïsme et de manque d’intérêt pour leur progéniture. Ton père ne pensa qu’à lui ; il partit pour Londres peu avant le bac que, paresseux, il n’était pas sûr d’avoir. Il était pourtant presque aussi doué que toi, capable de réussir n’importe quel examen sans travailler. Dès lors, sa vie lui fit dictée par son environnement : de Londres, il fut versé dans la 1ère DFL dirigée par le général Koenig. Une division de la France Libre presque uniquement peuplée d’Africains. C’est de là que vient ton -mon- amitié pour ces gens. Mais ton père, protégé par sa naissance, fut affecté à la liaison avec les troupes anglaises et donc essentiellement entouré d’Occidentaux. A Bir Hakeim, ses compagnons d’armes basanés résistèrent ainsi suffisamment longtemps à l’armée de Rommel pour sauver les Anglais de l’anéantissement que l’avancée de ce dernier leur promettait. Ton père fut blessé en s’asseyant sur le couvercle d’une boîte de conserve et, plus sérieusement, évita l’insolation en s’enterrant. Les Africains enterrèrent aussi leurs vieux canons de 75 de la 1ère guerre mondiale, stoppant ainsi les chars allemands. Puis ton géniteur combattit les Français pétainistes en Tunisie. A l’arrière, il ne vit de ces combats que des masses de prisonniers assis, les mains sur la tête. Ce, avant de débarquer en Italie, cette fois-ci avec les Américains, avant de se retrouver bloqué devant le mont Cassino ; il t’a raconté comment il avait survécu en trimbalant deux officiers anglais en Jeep : ils furent pris pour cibles, il arrêta son véhicule et se coucha dessous. Après la mitraille, il s’aperçut que les deux Anglais, restés dignement à bord, avaient été tués. L’histoire est réelle mais sache que s’il n’avait pas survécu, tu n’existerais pas. Son ADN, moi, le fit réagir avant même l’arrivée des premiers projectiles… Tu connais la suite aussi bien que moi : son débarquement en Provence (pas en première ligne !), sa remontée sur Paris, ta grand-mère refusant de le voir entrer en arme chez elle et l’obligeant à cacher ses armes dans un placard, ton grand-père faisant connaître au « Tout Paris » l’héroïsme de son fils aîné rachetant ses accords financiers avec le colonel allemand chargé de recenser les œuvres d’art françaises ; puis son retour à la guerre, Strasbourg et l’Allemagne toujours derrière les lignes africaines.

    Ton père ne m’intéressait plus guère. Il ne songeait plus qu’à ses copains de l’armée, à la boisson et à toutes les femmes qu’il rencontra. Nous lui concoctâmes un mariage avec la dernière fille d’une lignée que nous suivions aussi depuis longtemps, très religieuse, le contraire de ta lignée paternelle : point de soldat ici sauf par alliance, ta grand-mère de ce côté étant fille de colonel, lui-même issu d’une famille de hobereaux allemands entrée au service militaire de la France à l’époque de Louis XIV. Elle épousa jeune un marin de la Royale, veuf déjà blanchi sous le harnais. Et qui était lui-même fils d’un médecin qui créa le bureau de constatation des miracles à Lourdes. Autant dire que ne pas aller à la messe dans cette famille était plus qu’une tare ! Mais il nous fallait de la religion… Ta mère, dernière de couvée d’un vieux mari, fut aussi la plus gâtée, dans le sens réel du terme : égocentrique à mort, incapable de sentiments forts mais ne pouvant échapper à la religion. Les rites ne m’intéressent pas et ne t’intéressent donc pas. Ce qui retient notre attention à tous deux ici est incontestablement l’intellectualisme fort de la pensée religieuse autour de laquelle gravitent le sens de la vie et l’idée de l’après mort. Tout le contraire de l’argent roi et de la puissance matérielle, concepts totalement éphémères et faux. Comprends dès à présent que je représente le temps face à l’instant. Et que tu ne peux pas échapper à cette compréhension, ce qui t’a rendu aussi rebelle. Il n’y a rien d’acquis ici, uniquement une suite voulue de mélanges d’ADN.

    Mais avant d’aller plus en avant, continuons rapidement l’histoire de tes parents avec ce qu’elle eut de plus prégnant dans tes propres apports à ton ADN, moi. Dis-toi que tout était prémédité, nous ne laissons rien au hasard sauf quand nous avons besoin de ce hasard. Ton père fut absent pratiquement tout le temps, passant de bar en bar et de fille en fille, voire de garçons en garçons : ta lignée n’est pas très nette sur la différence entre les deux amours puisque tu sais maintenant que les femmes l’ont plus façonnée que les hommes. Il mangea la dote de ta mère, son héritage en fait car son père, après la marine, devint un ponte des Assurances. Ce, tout en mettant soigneusement de côté son propre argent, ton grand-père paternel arrosant généreusement les comptes de ses cinq enfants. Jeune, tu fus incontestablement mêlé à l’opulence. Tes lignées ne furent pas du côté du Front Populaire, c’est évident et ce besoin d’argent a marqué à tout jamais ton frère et tes sœurs. Voilà pourquoi nous avions besoin du fait religieux, pour t’éviter ce travers. De même que nous l’avons évité à ta sœur aînée, pourtant la plus riche de vous tous, en lui montrant les ravages que pouvait causer l’argent en matière d’héritage : elle fut touchée dans la chaire de sa chaire. Mais ceci est une autre histoire.

    Toujours est-il que cette union de deux égoïstes engendra 4 descendants, 2 filles et 2 garçons. Sur lesquels nous avions déjà envoyé nos bonnes fées - qui ne sont pas tout-à-fait les mêmes que les vôtres ! - Pour être franc, nous n’avons suivi réellement que deux d’entre vous, ta sœur aînée et toi. Sans notre aide, les deux autres sont tombés dans l’enfer de l’argent roi mais tu le sais à vos dépends à tous deux. Ton aînée a une destinée sud-américaine qu’elle ne suppose même pas, reposant qui plus est sur sa fille qui, elle, se croit plus proche de feu son père. Ce, alors que ta sœur est plus proche aujourd’hui de son fils… Et toi, ta destinée est africaine et religieuse et tu ne le sais pas encore. L’Asie est laissée à d’autres ADN de même que l’Occident qui ne pourra redémarrer qu’une fois tombé à terre. Tu cherches encore à le convaincre mais tu n’as aucune chance. Sa renaissance doit partir des ADN des vaincus de l’histoire, une fois que leur malheur leur aura ouvert les yeux. Ce qui n’est pas pour demain…

    Concentrons-nous donc sur ton précieux cas. Jusqu’à 9 ans, c’est le noir pour toi. Tes souvenirs sont épars, qui plus est refoulés : tu as vécu en l’absence d’un père et tu refoules les sentiments dont tu lui attribues la paternité. Il t’a manqué beaucoup plus que tu le crois aujourd’hui. Plus généralement vous croyez vous déterminer sur votre seul environnement. Mais c’est beaucoup plus fort : pour assumer son passé génétique, encore faut-il le connaître. Votre fratrie n’a connu que sa moitié féminine, en demi-teinte qui plus est. Car ta mère, tu le sais, n’est jamais vraiment redescendue de son enfance doublement privilégiée, par son milieu et par sa venue tardive. Cet acquis là l’a occupé et continue à l’occuper totalement. Ta vision de son génome est donc faussée par l’aspect négatif de l’évolution de l’acquis chez elle. Autrefois, les caractères étaient beaucoup plus trempés, les enfants voyaient leurs ascendants dans leur globalité, héritée et acquise. Aujourd’hui, ils n’entrevoient même plus l’héritage génétique, ils ne savent plus ce que c’est. La ville, l’argent, en ont fait des esclaves de l’acquis, de l’instantanéité.

    Le divorce de tes parents n’a apporté à cet égard que votre sortie de l’opulence. Votre mère devant travailler avec un petit salaire pour s’occuper de ses enfants, abandonnés de fait par votre père qui se remaria avec sa 1ère maîtresse, vous allez découvrir jusqu’à l’absence de nourriture digne de ce nom dès la 2ème quinzaine du mois. Tu te souviens encore du riz soufflé -nourriture aujourd’hui des chiens ! - qui vous servait de pitance beaucoup trop de soirs, juste mélangés à du lait et du chocolat en poudre. Heureusement, mais vous ne le saviez pas à cette époque, votre grand-mère maternelle veillait au grain et finançait vos scolarités, dont la demi-pension. Ca n’était pas de la grande cuisine mais il y eut de tout en matière nutritionnelle. Vous ne fûtes pas gras mais pas maigre à l’excès non plus. Cette période vous a tous marqué, vous a imprégné d’une peur irrationnelle de manquer. Le manque de chaleur humaine, de tendresse, est plus ancien, dû plus à l’incurie de vos parents en la matière qu’à votre période de vaches maigres.

    Vous avez donc tous cherché à fuir à l’exception de ton frère, détesté par ton père dès son plus jeune âge et cherchant naturellement la consolation de votre mère. Manquant aussi et forcément de confiance en lui. Tu fus le premier, confié à ton père par un juge qui estima qu’ainsi, ton géniteur diminuait suffisamment les charges d’éducation de ta mère. En fait, ton père donnait 150 francs de l’époque par enfant ainsi que 150 francs à ta mère pour divorce à ses torts.  Soit 750 francs par mois, quasiment rien pour un homme qui, à l’époque, avait déjà touché 40 millions de francs de ses parents. Le jugement, sur demande d’augmentation de la pension alimentaire, lui permit de ne payer que 350 francs de plus. Car ton père te jeta dans la rue en t’annonçant que tu devrais te débrouiller avec 500 francs par mois pour te loger, t’habiller, manger et payer tes études ! Ce fut ta période la plus sombre de ta vie. Tu as tenté d’en refouler jusqu’aux plus petits détails du souvenir. Mais ce refoulement t’occasionna des périodes de désespoir que tu ne comprenais pas et au cours desquelles tu te mettais à boire. Tu essayas même de te suicider à deux reprises. Ce qui t’amena chez un psy qui te délivra en fait de ton mal-être en te faisant te souvenir de ces fameux détails refoulés. Toi, tu n’avais gardé que l’image d’une femme qui te loua ta première chambre de bonne à un prix honteux pour la prestation offerte : 250 francs par mois pour un minuscule réduit sans eau courante. Une amie de ta mère sollicitée après qu’elle eut appris que tu couchais sous les ponts. Tu n’avais que 15 ans ! Tu te souvenais aussi de ton ami de l’escrime qui te sortit de cette arnaque en t’offrant une chambre et le couvert pour 100 francs seulement dans la moitié de maison qu’il louait en banlieue parisienne. Mais tu as refoulé ce qu’il y avait autour, le fait que tu obtins ton bac en devant aller au lycée Condorcet, dont tu avais passé le concours d’entrée avec succès, en faisant l’aller-retour tous les jours entre Ville d’Avray et la gare St Lazare ; que tu passas une année à la faculté de droit d’Assas dans les mêmes conditions et que tu réussis le concours d’entrée à Sciences Po Paris toujours avec ces fameux aller-retours incessants. Et tu te souviens vaguement que tu ne pus jamais vraiment te joindre à tes camarades de conférence qui se réunissaient au café pour préparer leurs travaux : tu n’avais pas les moyens de te payer même un café, tout comme tu dus te passer de la demi-pension à Condorcet : tu devins maigre… Je reviendrai sur cette période qui me permit de te faire échapper au « consensus » qui régissait et régit toujours les études dans cette école des élites, celle qui ouvre la porte de l’ENA.

    Ta sœur aînée, la seconde à quitter ce curieux nid, épousa à seulement 18 ans un jeune homme de famille très riche. Mais il s’agissait d’un vrai mariage d’amour qui ne se défit jamais. Sur le papier, il s’agissait d’une union « de la Haute » entre deux familles nageant dans cette fameuse opulence dont vous étiez dépourvus. Mais ta mère avait été rejetée de son ex famille d’union et il y eut en fait deux mariages : l’un organisée par elle et financé par votre grand-mère, un cocktail après la messe ; et un autre auquel ta mère et les siens ne furent pas invités, le soir, dans l’hôtel particulier des parents du marié : grande délicatesse de l’acquis comme tu pus le constater d’autant que les dits parents du marié eurent le mauvais goût de n’inviter que la sœur de ta mère pour représenter « l’autre famille » Invitation qu’elle ne déclina point, là encore vaincue par l’attrait de l’argent. Plus tard, quand les parents du marié voulurent se réconcilier et invitèrent ta mère et le reste de la fratrie, ta mère ne refusa pas, elle aussi éblouie par l’argent. Pour votre fratrie, c’était différent, c’est votre sœur qui vous invitait… Le mariage a tenu et a donné deux enfants, gâtés par l’argent en dépit de parents sévères. Enfants qui montreront plus tard à ta sœur les dangers de cet argent.

    Ta petite sœur enfin, la dernière du charnier (te dis-je en me souvenant du vol de gerfauts), s’envola encore plus jeune et finit par épouser un père de substitution. Son jeune âge ne la protégea pas de la cupidité dont elle manifesta très vite les plus vifs symptômes comme tu le sais. L’homme âgé qu’elle épousa en premières noces était le père d’une de ses meilleures amies. Il mourut d’un arrêt du cœur et elle batailla des années durant pour dépouiller son amie au maximum. Personne ne lui avait inculqué le moindre rudiment d’éthique et de morale bien qu’elle ait passé quelques années chez les bonnes sœurs. Et ce vide allié à la peur de manquer a fortement concouru à sa déchéance humaine : avec ton frère, elle vous vola, à toi et à ta sœur ainée, l’héritage de votre père. Elle est riche aujourd’hui mais n’a plus d’autre ressort que l’idée d’avoir œuvré pour ses enfants. Tout comme ton frère, voleur lui-aussi, s’imagine qu’il le fait pour le bien de sa mère ! Je ne m’étends pas sur ces deux déchéances, tu les connais et je sais qu’elles t’occasionnent des aigreurs d’estomac.

    Je dois toutefois en parler encore car, vas-tu te dire, je ne suis pour rien dans cette affaire et condamner au néant (comment veux-tu que de tels monstres survivent à leur mort, le Cosmos n’a rien à faire du fric) deux de tes proches n’est guère une solution acceptable dans la recherche d’une amélioration de votre espèce. Je te rappelle ici que vous, esclaves de nos volontés, pouvez disparaître sans que cela nous chagrine. Ce qui compte est la perpétuation de l’ADN. Ton frère fut jugé très tôt comme non producteur de lignée. Trop marqué par le manque d’amour. Peux importait-donc qu’il sombre lui-aussi dans le tout fric. Et ta sœur a transmis une lignée quelque peu abîmée par un époux lui aussi voué au tout fric et à la réussite professionnelle. Qui plus est, pourvu de gènes bien trop traditionnalistes pour faire avancer notre schmilblick.

    Ensuite, je te rappelle aussi que je peux échanger télépathiquement avec mes semblables quand nous ne sommes qu’à quelques mètres au plus à côté les uns des autres. Ce qui a été le cas de votre fratrie des années durant. La vie de votre famille a donc été réglée comme sur des roulettes d’autant plus que nous étions tous d’accord sur la priorité donnée à la lutte contre l’argent roi. Il fallait donc que les deux d’entre vous que nous avions choisis voient de près les ravages de cet argent. Quoi de mieux que de le voir dans sa propre famille !

    Voilà, nous avons fait le tour de ta famille la plus proche. Voyons maintenant les antécédents : côté mère d’abord puisque tu sais que les femmes sont plus prégnantes dans tes gènes que les hommes. Il y en a certes et tu retrouves les militaires dans la lignée par les mâles de ta grand-mère : son propre père était colonel de l’armée de terre et ses ancêtres furent tous soldats en lignée masculine : originaires de la Souabe, ses ancêtres s’étaient mis au service des rois de France dès le 15e siècle. Tu conserves d’ailleurs une relique de cette ascendance avec le « lit Louis XIV » qui date effectivement de son époque. Et tu as remarqué que ce lit est aujourd’hui trop petit pour des adultes modernes : jadis, la taille moyenne des humains était plus petite qu’aujourd’hui. Mais ta grand-mère eut aussi comme ascendance féminine de nombreuses femmes dite « d’influence » Dont elle hérita et son caractère entier, et sa générosité. Ton ADN est plus complexe mais tu sais que tu es généreux pour les autres (toi, tu as appris par force à n’acheter que le strict nécessaire. En dehors de ce strict nécessaire, tu es gourmand, autre héritage de ta grand-mère maternelle) Ton grand-père maternel, mort avant ta naissance, fut beaucoup sous la coupe de ta grand-mère qu’il épousa en effet à 50 ans et en secondes noces alors qu’elle n’en avait que 25. Sa première femme mourut de maladie pendant la 1ère guerre mondiale et alors qu’il était mobilisé comme commissaire à bord d’un navire de la « Royale » Mais il avait dans ses gènes et la rigueur de son père, médecin à Sarlat puis créateur du bureau de constatation des miracles à Lourdes, et la fantaisie de sa mère, l’opposée caractériel de son mari. Il laissa donc régner son épouse au foyer tout en cajolant au-delà du raisonnable sa petite dernière, ta mère.

    Mais revenons à ton arrière-grand-père médecin et créateur à Lourdes du Bureau de constatation des miracles. Il n’en trouva que 6 tout au long de sa vie et demain, l’humanité saura que le corps humain, pourvu que le cerveau soit aux commandes, est pourvu de tous les moyens de faire des miracles. A une condition essentielle : c’est que le génome de votre espèce continue à s’enrichir. Lui mourut dans le doute car, dès cette époque, on parlait déjà de l’effet Placebo que détestent tant les laboratoires modernes. Ce pourquoi d’ailleurs un nombre substantiel de médecins rétribués par ces laboratoires signent pétitions sur pétitions contre tout ce qui peut contribuer à la diminution du chiffre d’affaires des dits laboratoires. Et le doute avait déjà été émis sur l’aspect miraculeux des guérisons constatées. Ton arrière-grand-père avait été sérieusement éreinté par Emile Zola qu’il avait pourtant reçu avec chaleur et qui s’était montré tout sourire durant toute sa visite du site de Lourdes. Et ton ascendant passa une grande partie de sa vie à réfuter les arguments du journaliste de « J’accuse » Bataille en fait sans intérêt puisque le problème n’était pas celui de l’existence des miracles mais celui de leur origine divine. Dont le docteur ne douta que sur la fin de sa vie mais sans en parler. Sauf à son ADN ! Dont tu as hérité, sceptique sur les miracles dès ton plus jeune âge, croyant aux progrès de la science tout au long de ta vie mais restant cependant imprégné de culture déiste : c’est que je comporte un élément exogène ou que je prends pour tel, ne me souvenant pas de son origine : le sens du sacré et de l’existence d’un au-delà. Donc de l’existence d’un Être Suprême, d’un Grand Calculateur ou toutes autre dénomination du phénomène. Aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours été imprégné de ce sentiment religieux, il fait partie de moi.

    Je t’ai donc donné à ta naissance des caractéristiques qui ne pouvaient faire de toi qu’un intellectuel. Voyons-à présent ton autre côté familial, celui de ton défunt père. Il comporte trois aspects marquants : un, l’origine gallo-romaine, monde latin auquel tu appartiens en sus de tes origines allemandes lointaines. Tu as des deux et c’est comme ça. Le respect des lois et son contournement en même temps. Mais aussi et fatalement, un goût prononcé pour l’histoire du fait de la contradiction entre les deux mondes. Tu veux les connaître tous les deux, tu les respectes tous les deux, tu t’inspires des deux. C’est le cas courant des « binationaux » surfant sur leurs deux identités, sauf que ces derniers croient tenir leurs deux mondes de l’acquis… Deux, ton aïeul par ta grand-mère paternelle qui fut le plus grand marchand de tableaux de son époque, un homme qui plus est capable de se ruiner trois fois pour faire connaître les Impressionnistes. Un homme de droite, royaliste, ultra catholique, veuf jamais remarié devant élever 4 enfants et qui se bat comme un fou pour la promotion d’artistes de gauche, socialisant (tant qu’ils n’étaient pas devenus riches), républicains et sentant autant le souffre que Baudelaire rédigeant ses « Fleurs du Mal » ! Là aussi, je t’ai légué ses contradictions, surmontées chez toi (tu me lègues aussi beaucoup de choses) ainsi que son sens artistique évident. Ton grand-père t’as appris à reconnaître la patte de quelques très grands peintres. Mais ton aïeul, via moi, t’a légué bien plus, le sentiment du talent. Dans ton univers, l’écriture, tu n’hésites même pas : d’une seule lecture rapide, tu sais si celui qui écrit vaut ta lecture ou non. C’est un peu plus laborieux pour les autres arts mais aujourd’hui, tu sais reconnaître le talent en matière de musique, de cinéma et d’arts graphiques bien évidemment. Tu sais que le message à faire passer est la base du talent et qu’une fois cette base acquise, il faut encore avoir acquis la manière. Laquelle tient lieu aujourd’hui de Sésame ouvre-tout pour l’immense majorité de tes contemporains. Et mes alter-egos savent à présent que bien peu de choses trouve grâce auprès de toi depuis que l’argent est devenu roi.  Trois, la Pucelle. Ton héritage génomique est récent mais sa connaissance, par ajout du nom « d’Arc » à ton patronyme, est très fort. C’est de là que tu tiens ton féminisme de même que ta fille et ses deux filles. Tu tiens déjà de ton ascendance paternel une loyauté sans faille à ton pays, loyauté qui a quelque peu volé en éclat dans ta famille avec l’avènement de l’argent roi. Mais qui a été renforcée chez quelques éléments pourtant riches de ta famille ainsi que dans ta descendance par l’ajout du sang de la Pucelle au votre. Ce sang nouveau vous a aussi transmis un gène respecté par tous les miens en Occident et qui me permet d’entrer en conversation aisément avec eux quand ils sont à portée.

    Ton génome est donc effectivement ancien et plus que respectable comme je te l’ai dit. Beaucoup plus que tu ne le crois en sont digne dans ta lignée en dépit des erreurs de l’acquis que toi et moi connaissons et qui glorifient l’argent. Ai-je besoin de t’expliquer l’erreur d’aiguillage de cet argent ? Je le fais pour ta postérité puisque je te dicte ce mémoire : l’univers que tu connais est régi par les physiques newtonienne et quantique. Physique qui incluent exclusivement la transformation de l’énergie et de la matière. L’intellect est là pour expliquer ces transformations et l’argent n’est qu’un moyen de les quantifier. Une simple règle à calcul en somme. Si tu ériges l’argent au niveau du Créateur, cela revient à considérer une calculette comme maîtresse de cet univers. Tu peux comprendre que des peuples en devenir, sous évolués, succombent à cette croyance inepte. Mais il est inacceptable qu’un monde développé, aujourd’hui pratiquement capable de répandre ses croyances dans le Cosmos (c’est une affaire de quelques décennies), soit à même de le faire. La structure de mon ADN profond m’enjoint de m’y opposer de toutes mes forces. C’est comme si Dieu lui-même s’opposait aux Terriens ! Comprends-tu à présent quel est le combat que je t’impose ?!

    Je m’en veux un peu de te l’avoir dicté au terme d’une vie plus que difficile. Tu as vu l’opulence mais tu ne l’as pas embrassée. Tu as vu l’excès des sens et je t’ai forcé à les refuser. Tu n’as vu la gloire qu’au travers de ton intelligence. Tu as senti à mille reprises tes capacités de leader que tu n’as jamais pu exercer. J’ai, nous avons mes homologues et moi bridé constamment tes formidables capacités. Tu es comme une voiture de course restée au garage. Mais penses-tu qu’un surdoué puisse changer le monde ? Non, bien sûr. Il en fallait des milliers, bridés comme toi dans leur coin, pour convaincre d’autres milliers d’humains de revenir à des conceptions plus intelligentes des univers. Car Dieu n’est pas unique, il est comme ses créations, infini. Sache que chacune de tes pensées impacte aujourd’hui énormément d’univers, tu permets au Créateur de se connaître lui-même, tu es Dieu ! Je suis Dieu ! Mes frères ADN et leurs esclaves sont Dieu ! L’ultime parcelle de ces infinités d’univers reste évidemment le seul Créateur. Mais pourrait-il exister sans ses créatures ? Et tu fais partie des élus, nos élus, chargés de lui retourner l’intelligence de ses créations. Et d’inventer, pour lui, la perpétuation de ces intelligences après la mort. Soit Il efface tout et seule l’ADN persiste jusqu’à extinction de l’espèce, soit Il imagine un prolongement. Tu dois savoir que nous sommes à un tournant. Moi, simple ADN tout de même maître de tes agissements, ne puis durer que le temps de ton espèce. Moins d’un milliard et demi d’années d’après tes connaissances. Nous pouvons vous pousser à aller dans l’espace chercher à prolonger le temps de votre espèce au-delà de la destruction de la Terre. Mais envoyer dans le Cosmos des cadavres intellectuels est au-dessus de nos forces.

     

    Chapitre 1bis – Les origines

    Oui, c'est bien moi, ton épouse. Ou plutôt "feu ton épouse" Tu m'as demandé de t'aider et me voilà. Tu ne le sais pas puisque tu écris en pleine crise de somnambulisme. Tu découvriras mes propos quand tu te remettras au travail.

    Tu refuses donc de croire à ce que t'a dicté ton inconscient et tu n'as qu'à moitié raison : l'inné, "ton ADN", est effectivement plus important que ne le pensent même les plus savants de vos "psy" Il est tout-à-fait vrai que ta vie marque ton ADN et que tu transmets donc à tes descendants les éléments qui l'ont marqué. Mais c'est bien plus complexe que tu l'as écrit : ta fille n'a hérité qu'une partie de tes gènes, mélangés à une partie des miens. Puis elle s'est mariée et ses enfants ont hérité d'une partie de ses gènes mélangés à une partie de ceux de leur père. Etc., etc. Il n'y a donc pas un ADN accumulant des souvenirs, mais une infinité d'ADN n'arrêtant pas de mélanger les dits souvenirs. Ce pourquoi l'ADN n'est pas le maître dont tu serais l'esclave. Mais cette accumulation de souvenirs est bien réelle, ton inconscient les fait parfois revenir dans tes rêves.

    Laisse-moi maintenant t'entretenir de l'au-delà puisque tu m'as fait revenir près de toi. Je ne peux t'en dévoiler qu'une toute petite partie, ma conscience se bloquant à la seule idée de trop t'en dire. Tu sais que j'ai senti l'entité incorporelle de mon père quitter sa chambre mortuaire. He bien c'est ce qui arrive quand tu meurs : il y a dissociation entre ton corps et ce que tu appelles ton esprit. Toi, tu as senti que j'ai envahi notre appartement et fait revivre une plante morte. Je suis donc toujours avec toi tout en étant bel et bien partie. Ce phénomène est tellement connu que les médecins les plus rétifs commencent à se poser des questions. Mais la lumière n'éblouit pas systématiquement tous les morts. Beaucoup ont d'ailleurs rapporté, en revenant à la vie corporelle, des visions nettement moins sympathiques. Et c'est encore vrai : beaucoup de défunts errent dans une sorte de grisaille perpétuelle, tels des gaz qui se dilueraient lentement avec le temps. Parfois certains peuvent être aperçus par vous à force de chercher une porte de sortie. Certains auront une deuxième chance, certains finiront par voir la lumière, certains se dilueront à l'infini... Très schématiquement, toutes ces âmes en peine n'ont pas réussi à se détacher du matérialisme terrestre, elles sont responsables de leur sort. Quelques-unes, moins que tu le crois, ont peur d'une lumière qui révélera la turpitude de leur âme. Car elle la révélera, tu emportes quand même ta conscience avec toi. Et cette révélation est insupportable, les âmes tourmentées en ont l'intuition dès leur mort cérébrale. Peu donc osent franchir le pas, leurs tourments sont alors tels qu'ils se rejettent eux-mêmes dans l'obscurité de la grisaille, pour ne plus souffrir...

    Pour le reste, je ne peux que te dire qu'il n'a pas grand-chose à voir ni avec un jardin d'Eden, ni avec des fleuves de miel et encore moins avec des cohortes de vierges ! Tout cela est création terrestre. La lumière n'est pas ton imaginaire. Les rares moments où tu as ressenti un amour infini venant de l'extérieur jusque dans ton plexus sont plus proches de la réalité. Avec la connaissance en plus, et une connaissance en mouvement, qui croît avec l'arrivée constante de nouveaux venus de tous les Cosmos. Ce pourquoi ton inconscient -ou ton ADN, comme tu voudras- a eu raison de te mettre en garde contre les hommes qui se perdent dans l'amour de l'argent, dans la cupidité matérialiste : que peuvent-ils apporter à la Connaissance ?! Ils seront tels les âmes tourmentées, incapables de supporter la révélation de leur insignifiance cosmique...

    Mais revenons à mes moutons, je t'en ai déjà trop dit et je perçois tout un tas de mises en garde : c'est à vous de trouver les chemins du Paradis, c'est la rançon de votre libre arbitre. Revoyons donc la fabrique de ton être de chair et d'esprit qui n'est pas du tout la seule résultante d'un ADN mégalomane. Je n'ai perçu tes souffrances que trop tard et je n'ai pu laisser qu'une lettre à notre fille pour expliquer qui était réellement son père. Ou du moins qui était son père tel que j'avais fini par le comprendre.  Tout commence avec le divorce de tes parents, il vous a tous marqué profondément. Il paraît qu'aujourd'hui les divorces peuvent être heureux mais je n'en crois rien. J'ai trop vu ses ravages sur vous quatre, cette blessure que vous avez enfouie au plus profond de votre inconscient pour ne pas en souffrir exagérément. Ce n'est pas ton ADN qui en est à l'origine mais tes parents. Ton père d'abord, immature et incapable de contrôler ses pulsions. Le résultat de sa guerre effectuée trop jeune, l'alcool facile, les bordées lors des repos, la camaraderie du soldat...  Plus l'aisance dès sa naissance, la satisfaction matérielle sans avoir besoin de travailler. Il lui aurait fallu une grande force de caractère pour empêcher le cocktail de prendre, il ne l'avait pas en dépit de capacités intellectuelles supérieures à la moyenne.  Il sombra donc, un temps retardé par des qualités artistiques qu'il tenta mollement d'honorer. Mais il finit en épave intellectuelle, jusqu'à trahir sa 3e épouse et rejeter trois de ses enfants sur un coup d'alcool. Une vie ratée que quelques années de guerre dans le bon camp ne suffisent pas à racheter. Il ne chercha même pas à rejoindre la lumière.

    Ta mère est plus complexe. Comme ton père, elle naquit dans le luxe, les grandes villas, les voitures avec chauffeur, les sports d'hiver même en pleine guerre ! Et un père âgé qui chérit la petite dernière de ses trois filles. Comme te l'a suggéré ton inconscient, elle vécut toutefois dans un milieu terriblement marqué par la religion, ce qui corrigea un peu son insouciance égocentrée de petite fille riche. Elle connut par exemple le couvert supplémentaire à table pour l'éventuel pauvre qui demanderait à manger ! Ses parents recueillirent des Juifs pendant la guerre. Des partenaires de bridge, certes, pas les premiers venus. Mais ils le firent. Le divorce la laissa sans revenu avec quatre enfants sur les bras. Et elle fit face, elle vécut de boulots de secrétariat en boulots divers de grouillotte en tous genres, fuyant les avances trop nombreuses que son physique engageant entraînait à chacune de ces étapes. Aujourd'hui, on parlerait de harcèlement et ses auteurs seraient punis et par leurs employeurs, et par la loi. Mais à cette époque...  Néanmoins, son caractère de petite fille riche subsista : ta mère refusa une première demande en mariage d'un commandant de bord d'Air France qui acceptait pourtant les quatre enfants. Elle restait amoureuse d'un noblaillon déjà marié mais chassant aussi en terres interdites. D'autres demandes furent ainsi repoussées pour des raisons du même genre, toujours la recherche du "Grand Amour" Faut dire que sa mère pourvoyait au manque d'argent : souviens toi du carton à chapeau rempli de factures. "Ce sont celles que maman a payé" avoua ta génitrice qui n'arrêtait pourtant pas de se plaindre d'avoir été moins bien traitée par elle que ses sœurs ! Ta mère est donc un mélange bizarre de caractère fort et de minauderies de gamine. Un exemple frappant de ce que peut donner le déclassement chez les riches. Ton père resta riche et devint un cadavre intellectuel, ta mère devint pauvre mais resta riche dans sa tête : l'argent la fascine toujours et sa quête reste quasi frénétique chez elle, même à son âge. Souviens-toi ici des placements plus qu'hasardeux qu'elle fit après avoir touché -enfin ! - une compensation aux pensions alimentaires honteusement minables que ton père lui versa des décennies durant. Dire qu'elle ne se souvient même pas d'avoir touché ce pactole, tellement habituée à dissimuler pour ne pas décourager ses enfants de l'aider ! Son égocentrisme a, de fait, atteint des sommets avec la pauvreté, jusqu'à la rendre jalouse de la réussite de sa progéniture.

    C'est complexe t'ai-je-dis, ce pourquoi je t'ai toujours encouragé à continuer à la voir périodiquement. Et je suis touché que tu ais continué à le faire après ma mort, en mémoire de moi qui plus est.  Ta mère ne finira pas dans la grisaille comme ton père, elle est comme un millefeuille : la richesse de la crème la sauvera de la sécheresse de la pâte feuilletée, j'en suis persuadée.

    Ta deuxième grande fêlure, celle dont tu ne t’es toujours par remis, c’est bien entendu de t’être retrouvé à la rue à l’âge de 15 ans avec même pas de quoi continuer tes études. Ton inconscient est imprégné de cette souffrance, l’abandon familial quasi-total, seule ta grand-mère maternelle ayant manifesté de la compassion à ton égard. Ta mère ne s’est jamais remise en cause dans cette affaire tout de même énorme, ton père, comme tu le sais inconsciemment, ne s’est servi de toi que pour éviter une trop grosse augmentation de pension alimentaire, ce que tes grands-parents paternels n’ont jamais su : ils sont morts tous deux persuadés que ton père s’était réellement occupé de toi...  Il t’a fallu quand même des décennies - et deux tentatives de suicides ! - avant d’aller voir une psychologue capable de t’expliquer cette souffrance dont tu avais refoulé jusqu’aux moindres détails. Je ne m’en suis aperçue malheureusement que très tard, comprenant mieux alors pourquoi tu ne voulais jamais parler de ton passé et pourquoi tu ne voulais jamais non plus évoquer avec moi les autres avanies que te firent subir ce qu’on peut réellement appeler ton ex-fratrie. Tu fus exclu et cette exclusion t’a poursuivi toute ta vie.

    Ton inconscient n’a pas tort de de suggérer que c’est ta rébellion qui en est à l’origine. Mais ton ADN n’y est pour rien si ce n’est le profond sentiment religieux que tu éprouvas très tôt au contact surtout des orgues d’église. Mais ce sentiment ne te prédisposait pas forcément à la rébellion ! Souviens-toi, c’est essentiellement le sort de ta mère après le divorce qui fut le déclencheur. Accru par la suite par deux autres phénomènes “environnementaux” : l’escrime qui te fit rencontrer un maître d’armes très engagé à gauche et que tu respectas énormément ; et tes copains de Condorcet après que, sans autre moyen, tu ne pus qu’y entrer : c’était gratuit ! Ils firent ton éducation politique de base et ton intellect fit le reste. Sans s’arrêter de tourner d’ailleurs, ce qui m’énervait au plus haut point ! Tu avais raison, certes, mais j’aurais voulu que tu me consacres un peu plus de tes pensées. Je sais à présent que tu étais comme beaucoup d’hommes, incapables de dire “je t’aime” par simple pudeur. Vous pensez que le dire n’est pas à la hauteur de ce que vous ressentez alors que beaucoup d’entre nous, femmes, adorons nous l’entendre dire. Une simple histoire de communication, je le sais d’autant plus qu’aujourd’hui, tu n’arrêtes pas de dire “je t’aime” devant ma tombe !

    Cet aparté pour te dire que tu es quand même humain, je le sais aujourd’hui. Tu n’es pas seulement un cerveau doué pour l’analyse. C’est le refoulement des sentiments du fait de tes souffrances de jeunesse qui a magnifié ton intellect, ton inconscient n’a pas tout-à-fait tort à ce sujet. Mais tu vois que l’ADN n’y est pas pour grand-chose, l’acquis fut essentiel ici : l’expérience du divorce puis des difficultés de ta mère, un maître d’armes très à gauche, des copains de lycée en ce qui concerne ta rébellion ; des parents ultra égocentrés de l’autre ; et in fine le rejet réciproque entre ta famille et toi : ta famille parce que tu n’es plus comme eux, toi parce que tu ne veux pas être comme eux. Tout cela empoisonné par l’attrait de l’argent chez tous ceux que tu rejettes, l’argent faisant perdre tout repère à ceux qui y succombent.

    Le fait que toi et l’argent font vraiment deux t’a d’ailleurs soufflé l’idée que tu avais une « mission » à accomplir avant de me rejoindre. Ton inconscient a fait dire à ton ADN qu’il s’agissait justement de combattre l’argent roi. Saches que cette mission ne l’est que dans ta tête. Crois-tu que le Cosmos donne des missions aux humains ! L’idée de l’existence d’un Être suprême, effectivement génétique, a généré les religions, lesquelles n’ont rien de déique.  Elles sont totalement humaines, toutes fondées sur des morales basiques et le respect des puissants. C’est, historiquement, l’une des nouveautés de la sédentarisation des hommes, quand les chamans firent place aux prêtres. Lesquels ne pouvaient s’opposer aux chefs. Tu as d’ailleurs écrit un texte là-dessus dont je m’inspire ici. Ta seule mission en fait est de trouver ton propre salut. Et tu crois simplement que, pour ce faire, il te faut aussi convaincre d’autres que ta voie est la bonne. Ce qui, en l’occurrence, est vrai : la grisaille est surtout remplie d’âmes qui ont trop aimé l’argent et le pouvoir.

    Continue donc ton chemin en paix. Saches que tu ne me manques pas car le temps n’est plus le même pour moi que pour toi. Je ne veille pas sur tes moindres gestes, je te regarde. Je ne peux plus ni ne veux influer sur ton destin d’humain mais je ne pouvais pas laisser ton intellect s’abandonner à un ADN issu de ton imagination. Tu es responsable !

     

    Chapitre 1tiers – Les origines

    Cette fois-ci je suis totalement conscient et je relis ce qui précède. Forcément issu de mon inconscient : il n’y a ni ADN maître de tout, ni mort correspondant avec les vivants : ça se saurait, non ? Il n’empêche que mon inconscient pose de vraies questions : les religions créations humaines d’abord puisque j’ai moi-même théorisé la chose dans un article publié sur Facebook (le politiquement correct est tel actuellement dans mon monde que je ne pouvais le publier que de cette façon) ; ou le Veau d’or, phénomène beaucoup plus moderne qu’antique et qui, effectivement, menace les sociétés humaines : que feront les humains qui y ont succombé quand l’intelligence artificielle aura changé totalement les paradigmes de nos sociétés développées en enterrant au passage l’économie de marché ?!

    Et que font, pour répondre à l’inconscient sous forme de mon épouse, les pauvres hères victimes des guerres face à la responsabilisation des individus ?! Nous sommes responsables, certes, tant que la mort ne nous annihile pas à la fleur de l’âge. Imaginons même un monstre humain comme Hitler mais à quelques années de sa naissance. Il ne sait pas encore qu’il sera un monstre, Hitler ne le savait pas, il voulait être peintre ! Donc ce monstre en herbe est tué pour quelques raisons dues au hasard : est-il responsable de sa destinée ? Les guerres, les catastrophes ne tuent-elles que des humains dignes de gagner le Paradis ou, au contraire, définitivement perdus pour lui ?

    Nous ne sommes donc pas responsables, c’est une évidence. Nous sommes tant que nous sommes en vie. Et, trop souvent, nous arrêtons d’être avant que d’être. Ce qui délégitime toutes les religions terrestres, toutes fondées sur la responsabilité. Certes, nous avons besoin de règles de vie en société, sinon nous n’arrêterions pas de nous entretuer. Certes, nous avons besoin d’explications face à l’après-mort qui taraude de fait nos ADN. Sinon nous n’arrêterions pas de jouir tous au dépend de tous les autres. C’est une nécessité et je l’admets. Comme j’admets que ces deux questions suffisent à expliquer que nous ne sommes pas et justement « responsables » de nos destinées. C’est comme si un séquençage de nos gênes ou un au-delà échappant à notre compréhension avait toujours présidé à nos futurs. Mon questionnement, vous le voyez, tourne en rond !

    Et il tournera toujours en rond pour moi : je ne suis qu’humain, condamné à mourir dès la naissance, partie totale d’un tout où vie et mort dépendent l’une de l’autre. Je l’admets aussi, ayant compris que, sans la mort, la vie ne pouvait être : elle se nourrit de la mort et se renouvelle avec elle. Un monde de vieux ne peut se perpétuer, l’expérience tue toujours la création. Et sans elle, le futur n’existe pas. La création est plus importante que l’expérience pour faire avancer notre monde.

    Même si je sais, pour le vivre, que l’expérience prend de nombreux visages pour avoir l’air d’être créatrice ! Jusqu’à embobiner les vivants qui finissent par croire que protéger le passé est le vrai progrès et que le casser est s’opposer à l’évolution. La religion nous dit que tout cela n’a pas d’importance et que seul importe notre « salut » : voyez-vous dans quel piège notre « moi » est enfermé ?!

    Enfermé dans ces constats, je ne puis être que suicidaire. Mon passé enfantin est loin d’être la seule explication de cet état d’esprit. Certes, je ne comprends pas pourquoi le sort s’est acharné sur moi au point de me rejeter de mon milieu familial. Et je sais que ce sort bizarre m’a valu ma rébellion. Après avoir lu ce que mon inconscient m’a inspiré à ce sujet, je ne peux qu’être sceptique. La nuit n’est pas la vérité, les rêves ne sont pas la vérité. Nous savons aujourd’hui qu’ils ne sont jamais qu’une réparation du stress de la journée, comme la simple conséquence de notre immunité autant corporelle que cervicale. Je n’ai effectivement pas de mission à accomplir sinon celle que m’a dictée mon intellect. Et si je condamne l’argent roi, bien avant que j’en ai éprouvé intimement les méfaits, c’est purement intellectuel et personnel, fruit de mes pensées nées de la rencontre de l’inné et de l’acquis.

    L’argent ne fut pas le moteur de l’action de mes ancêtres, il suffit de relire mon inconscient pour s’en persuader. Mais il n’en fut pas absent, il n’y a pas de François Villon dans mes lignées. Jusqu’à la déchéance qui fit régner l’argent roi dans ma famille. Deux sur quatre, ce n’est pas rien, ont réchappé à ce massacre intellectuel : globalement, l’homme n’est pas mauvais. Ce qui me fait dire que mon envie de disparaître est bien fille de mon enfance !

    Je tourne en rond, ce qui explique mes dérives nocturnes. Qui ne sont d’ailleurs pas nocturnes : quand j’ai conçu l’idée de rédiger un texte fondé sur l’ADN, c’est parce que je recherchais une explication à mon mal-être. A l’origine, je voulais me servir de l’inné pour expliquer la bizarrerie de ma vie. J’y croyais un peu en fait. Mais je sais que je me raccrochais à du sable. L’ADN n’est jamais que la résultante de nombreuses réactions chimio-électriques et je le pense toujours. Nous faisons partie de la Création mais pas plus.

    Je sais que les explications d’hier ne tiennent pas la route et je sais qu’au-delà des religions existe fatalement un Créateur. Comme j’imagine que la Création puisse n’être que pensée collectivement : l’homme a aussi envisagé les cordes, dignes héritières de la grotte de Platon.

    Je comprends même qu’il puisse y avoir eu des « prophètes » : nous avons besoin d’explications, ils furent les bienvenus. Mais celui qui vous écrit aujourd’hui n’en est pas un, il n’est pas un messager. Toutes mes pensées sont humaines, explicables par la rencontre de l’inné et de l’acquis, et personnelles : aucun ADN ni aucune morte ne me les ont inspirées. J’ai seulement et effectivement le don de l’analyse, comme d’autres sont nés avec des dons musicaux ou autrement artistiques, toujours mélange d’inné et d’acquis, l’inné ayant une part bien plus importante qu’on ne le croit aujourd’hui : ce que nous ont légué nos ancêtres ne doit pas être rejeté comme obstacle au progrès, il fait partie de notre évolution et du progrès !

    Mais, ce qui explique aussi mon envie de ne plus vivre cette époque, est qu’elle fausse tout. La « communication » a fait passer le faux pour du vrai, le retour au 19e siècle pour le progrès. La défense des faibles est devenue faiblesse alors qu’il fallut des millénaires pour qu’elle émerge de nos sociétés inégalitaires. Elle a même détaché l’immigration de sa vertu première, le mélange des gènes : aujourd’hui, ses chantres ne parlent plus que d’humanisme après avoir jeté l’assimilation à la poubelle ! Oui, je n’ai pas envie de vivre ce moment de l’histoire des Occidentaux, cet empire en plus en plein écroulement. Nous avons des valeurs que nos élites ne connaissent même plus tellement l’argent leur aura corrompu le cœur. Et ces valeurs méritent de survivre à l’écroulement de nos sociétés injustes. Je pourrais les résumer en une seule : un homme en vaut un autre. Mais c’est insuffisant car nous avons aussi inventé la solidarité au-delà du cercle familial. Ce qui a permis l’émergence de grands courants de pensées et d’actions dont je ne citerai qu’un seul, connu dans le monde entier, la gastronomie française : nous avons été capables de créer des cercles d’humains rassemblés pour leur savoir.

    Certes il y eut leur face obscure, les héritiers de la Franc-Maçonnerie par exemple, les mafias italiennes et américaines, les ordres bandits asiatiques, toutes issues de cette création de solidarités extra familiales. Mais peut-on leur adjoindre les clans politiques ? Les associations sans but lucratif ? les cercles d’idées ? Non, bien sûr. Et même si beaucoup d’ONG n’appartiennent pas au camp des Justes, beaucoup d’autres façonnent le monde au gré, malheureusement, d’un manque singulier de savoir. L’argent a tué aussi le savoir ! Et la communication a occupé totalement le terrain, renvoyant le savoir carrément aux oubliettes. En Occident : ce n’est heureusement pas le cas ailleurs où on regarde les folies occidentales, quand on ne succombe pas à ses médias, comme le comble de la sauvagerie intellectuelle.

    Mais que fais-je dans tout cela ? Mon inconscient me dit que je me compare à une voiture de formule 1 confinée dans un garage. C’est même insuffisant : j’ai l’impression d’être à la fois inutile et détruit à petits feux. Ce qui est la réalité : cette formule 1 sans usage vieillit, n’est plus aussi performante qu’autrefois tout en voyant la rouille la gagner de plus en plus. Mes forces déclinent, mes jambes me lâchent. Seul mon intellect tient à peu près, quand je ne me laisse pas aller à l’envie de ne plus penser. Une envie qui s’accroit ! Je regarde des navets à la télévision uniquement pour oublier que je suis. Je sais que si je ne lis plus de livre, c’est uniquement parce qu’il n’y en a plus de vrai. J’avais donc remplacé les livres par l’information. Mais j’en suis fatigué à l’avance à présent. Soit que je sais à l’avance, soit qu’elle ne m’intéresse plus.

    Et je vois la lumière comme si j’étais mort. Mon épouse et d’autres dont j’ai hâte de prendre connaissance m’attendent. Peu avant de mourir, mon épouse m’avait dit qu’elle n’avait fait de mal à personne. Elle doit savoir aujourd’hui que c’est faux : même sans le savoir, on peut faire du mal, susciter par exemple de la jalousie ou du ressentiment sur une parole plus blessante qu’il n’y paraît. Ai-je fait du mal ? Oui, j’ai poussé mon père à divorcer de sa seconde femme en lui avouant qu’elle me faisait du gringue. J’ai aussi et peut-être, à des époques où j’étais particulièrement perdu, donné des espoirs morts nés à des tiers qui m’avaient plu. Déclenchant des évolutions sentimentales et intellectuelles dont j’ai eu, par la suite, quelques indications sur les retombées pas forcément heureuses. Personne n’est parfait et je ne suis pas parfait. Je suis le fruit de mes gènes et d’un environnement qui n’a rien d’un fleuve tranquille. J’ai fait comme j’ai pu, parfois sans réfléchir, parfois en réfléchissant. Comme presque tout le monde en fait. Et je n’ai jamais été en situation de changer le monde : je me suis contenté de réfléchir et de réfléchir jusqu’au bout, sans jamais limiter ma liberté. Parce que rien ne m’a jamais empêché de la brider : on n’est jamais aussi libre que quand on « n’est pas » A quoi sert-il toutefois de ne pas être ?!

     


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