• Pour une diplomatie anti-déclin

     

    Campagne électorale 2012 – 7

    Pour une politique étrangère anti-déclin

     

    Je pensais vous entretenir de bien d’autres sujets avant d’en venir à la politique étrangère sur laquelle, vous avais-je dit, j’étais en désaccord avec le Parti de Gauche (dont je suis membre) Mais une interview de Mélenchon sur ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire m’incite à vous dire qu’à présent, je suis en accord aussi sur la politique étrangère de mon parti : le candidat du Front de Gauche à l’élection présidentielle a en effet reconnu publiquement qu’en Côte d’Ivoire, la France avait joué un jeu impérialiste, imposant par la force « son » candidat dans le camp duquel avait été pourtant constaté –et de loin- le plus grand nombre de tricheries électorales.

    C’est un heureux revirement car, auparavant, Jean-Luc Mélenchon se rangeait du côté de la majorité des Français, soit une pensée moutonnière dictée par les médias audiovisuels eux-mêmes manipulés par l’Etat. Avec l’ONU et Obama entérinant l’intervention française, l’impérialisme de notre pays dans son « pré carré » pouvait donc se perpétuer dignement et sanguinairement sans réelle opposition. Ce qui n’est pas le cas des Africains ! Eux ont protesté, jusque dans les rues de Paris où l’on n’a pas vu une seule manifestation pro Ouattara mais par contre plusieurs grandes manifestations d’Africains immigrés.

    Car tout le substrat de l’affaire est passé à la trappe des médias français :

    -          Tout d’abord, la forme : Gbagbo est régulièrement élu en 2000 mais sans la participation de Ouattara, considéré alors comme Burkinabé. En 2002, le Burkina, où règne Blaise Compaoré, homme de paille de la France-Afrique, aide le camp Ouattara à fomenter une tentative de coup d’Etat. Tout comme l’an dernier, les rebelles parviennent jusqu’à Abidjan où ils sont stoppés et vaincus par l’armée régulière ivoirienne. L’intervention de la France, non demandée par Gbagbo (donc illégale), empêche la dite armée régulière de poursuivre sa contre offensive et gèle les positions : déjà la France de Chirac protège les Nordistes, avec l’assentiment du Parti Socialiste. Chirac impose une négociation à Gbagbo, puis un traité inégal alors que Gbagbo est le vainqueur sur le terrain : Guillaume Soro, l’un des chefs rebelles, lui est imposé comme 1er ministre et des élections « libres » doivent suivre sous l’égide d’une « commission électorale indépendante » En fait, une vingtaine de membres pro-Ouattara et Bédié (un autre homme de paille de la France) contre 9 membres seulement pro-Gbagbo. Ce qui devait arriver arrive donc : à la fin de la constitution des listes électorales, le camp Ouattara se rend compte qu’il lui manque 400 000 voix pour être assuré de l’emporter au 2e tour, après le ralliement de Bédié. Qu’à cela ne tienne ! La Commission enregistre 400 000 nouveaux électeurs après la clôture des listes, tous Sahéliens (voir infra) comme il se doit. Les élections ont lieu, 1er et second tour, et Ouattara semble l’emporter. Sauf que les tricheries ont été légions dans son camp, avec des urnes bourrées au point que les votes pro-Ouattara dépassent le nombre des inscrits ! Le fait est qu’avec un Nord non contrôlé autrement que par les milices nordistes et un sud où Guillaume Soro a obligé les bureaux de vote à accepter la présence des ses observateurs nordistes, de telles tricheries étaient inévitables. Le camp Gbagbo porte donc plainte auprès de la Commission électorale, qui refuse de prendre les dites plaintes en compte comme, jadis, elle avait enterré la plainte sur l’enregistrement de 400 000 électeurs nordistes après clôture des listes. Puis auprès du Conseil constitutionnel ivoirien qui, lui, accepte le dépôt des plaintes. Entre temps, et du fait de ces tricheries, la Commission électorale hésite à déposer son résultat auprès du dit Conseil constitutionnel. Et c’est la France, représentée par son tout puissant ambassadeur, qui force le président de la Commission à proclamer un résultat favorable à Ouattara alors qu’il ne lui appartient pas de proclamer le résultat : c’est au Conseil constitutionnel de le faire et celui-ci fait alors son boulot en soustrayant des résultats ceux de 7 départements du Nord où, justement, les tricheries sont les plus évidentes. A noter que Ouattara n’a pas déposé, lui, de plainte contre d’éventuelles tricheries du camp Gbagbo… Bref, Ouattara n’a pu gagner les élections que parce qu’il a bénéficié et d’une immense tricherie au moment de l’inscription des électeurs, et d’une multiplication de tricheries au niveau du vote. Au mieux, il fallait refaire l’élection après avoir contrôlé les listes électorales. Au pire, il devait perdre l’élection… Par la suite, le camp Ouattara va encore tricher pour gagner durablement les élections : multiplication des circonscriptions dans le Nord, intimidation du camp adverse jusqu’à l’empêcher de présenter des candidats, bref les législatives sont une parodie de démocratie dont, bien entendu, personne ne parle en France. Notre pays a, en fait, mis un nouveau dictateur en place, mais avec l’apparence du bon droit. CQFD !

    -          S’il n’y avait que cela ! Car, en outre et surtout, ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire est une étrange répétition du passé, quand les esclavagistes arabes puis européens s’appuyaient sur les Sahéliens pour razzier les populations bantoues (forestières) Alors que l’opposition entre Sahéliens et Forestiers est plus que vivace en Afrique subsaharienne, l’Occident a décidé à nouveau de soutenir les Sahéliens pour mieux contrôler les matières premières bantoues. Les Anglo-Saxons ont armé et formé les guerriers Tutsis pour qu’ils envahissent et leur pays d’origine (Rwanda et Burundi) et un Congo riche de minerais en tous genres tandis que les Européens, France en têtes, se sont appuyés sur les mêmes Sahéliens pour empêcher les Bantous de revenir en force. Les Anglais sont-ils à cet égard totalement innocents  dans les tueries au nord du Nigeria ? je n’en suis pas sûr, sachant que le développement actuel du pays est essentiellement le fait des Bantous. Ils ont bien tenté d’ailleurs de déstabiliser l’Afrique australe en ne respectant pas leur signature au bas du traité de Lancaster House qui les obligeait à financer, au bout de 10 ans, le rachat des fermes « blanches » par les fermiers noirs dont les terres avaient été confisquées sans indemnité du temps de Cécile Rhodes. Et l’Afrique australe est totalement bantoue hors les quelques blancs et métis qui y vivent encore. De leur côté et malgré des discours successifs de nos chefs d’Etat contre le « néo colonialisme », les Français n’ont-ils pas soutenu envers et contre tout la dictature des Eyadema (Sahélien) au Togo ou de Bozizé (Sahélien) en Centre Afrique ? Certes, les Bantous ont fini par l’emporter au Cameroun malgré le soutien des Français aux Sahéliens durant la terrible guerre civile des années 1960. Mais parce que l’ancien président nordiste Ahidjo s’était affublé d’un 1er ministre bantou qui lui succéda normalement quand il prit sa retraite. Et sa politique pro-monde bantoue lui déplut tellement qu’il fomenta un coup d’Etat dans les années 1990 pour le remplacer par des Nordistes (ce fut un échec)

    Bref, partout en Afrique, notre politique a été et reste profondément raciste, comme si le noir plus profond de la peau des Forestiers nous inclinait à lui préférer le ton plus cuivré des Sahéliens. Ce, tandis que l’envol économique actuel du sous-continent sud Saharien, envol dont aucun média ne vous parle bien entendu, est surtout le fait des Bantous qui disposent de formidables réserves de matières premières en tous genres, minérales comme végétales.

    Nous avons recommencé nos conneries, toujours avec l’assentiment de l’ONU et d’Obama, dans une Libye dont nous ne connaissons rien sinon les frasques de son ex-président. Et nous sommes ainsi intervenus, pour des questions à la fois d’armes (il fallait bien montrer nos Rafales en situation réelle de combat !) et de pétrole, dans une guerre civile qui ne pouvait que déboucher sur l’arrivée au pouvoir de musulmans intégristes. Ce, parce que la Cyrénaïque, camp que nous avons soutenu, est le berceau de la royauté libyenne, donc de l’Islam libyen. Tout comme le roi du Maroc est le « Commandeur des Croyants » dans son pays. Alors que la Tripolitaine était le berceau des anti royalistes, ceux qui déposèrent le roi puis instituèrent la République sur des bases originelles « baasistes » (laïques) A croire que nos présidents sont conseillés par des crétins !

    Mais il n’y a pas que les conseillers du président actuel : sachez que l’immense majorité des dirigeants du PS sont d’accord avec les dits conseillers, et vis-à-vis de la Côte d’Ivoire, et vis-à-vis de la Libye. Nous le savons par le Canard Enchaîné qui a raconté comment se termina un conseil national du PS dirigé par Benoît Hamon. Celui-ci voulu passer en force pour condamner les interventions occidentales. Un secrétaire national exigea un vote : 9 pour la condamnation, une vingtaine contre (ils approuvaient donc l’intervention), dont Laurent Fabius, ce soi-disant gauchiste !

    Si vous lisez ou relisez mes papiers précédents sur le déclin de l’Occident, vous verrez que ma plus grande crainte est de voir cet Occident s’abîmer dans les guerres pour contrer son déclin. Guerres stupides car on n’empêche pas des pays pauvres de croître plus vite que soi (tout y est à faire et les taux de croissance sont nécessairement plus important que chez nous) en bombardant les plus faibles d’entre eux : il faudrait réduire la Chine en cendres pour cela, chose impossible sauf à être soi-même réduit en cendres. Mais nos dirigeants (il n’y a pas que les Français) paraissent actuellement incapables de prendre la mesure diplomatique des changements économiques actuels. Songez que Merkel et Sarkozy rugirent d’horreur quand les Chinois, lors d’un G20, tentèrent de leurs donner quelques conseils de bon sens (notamment sur la nécessité de la croissance pour réduire la dette) : « nous n’allons tout de même pas nous soumettre à la volonté d’émergeants » déclara ainsi Sarkozy…

    Et sachez que si, nous, nous sommes actuellement dans la panade côté croissance, panade d’ailleurs programmée dès lors que nos dirigeants, avec notre accord, décidèrent de remplacer les salaires par le crédit, le reste du Monde, lui, n’est absolument pas dans la merde, bien au contraire : la Chine renoue avec des taux de croissance proche des deux chiffres et l’Afrique subsaharienne oscille, selon les pays, entre 3 et 6% de croissance annuelle. Le taux mondial de croissance étant, de leur fait, supérieur à 3%. Il y a belle lurette que le commerce dans le Pacifique (commerce asiatique donc) est supérieur au commerce dans le nord de l’Atlantique (commerce euro-nord américain) tandis que, financièrement, nous sommes entre les mains des Asiatiques qui contrôlent d’ores et déjà nos économies via leurs fonds d’investissement étatiques. Actuellement, ils sont plutôt gentils. Mais s’ils voulaient être méchants ?

    Au lieu donc d’avoir une diplomatie moins agressive, plus adaptée à la nouvelle donne, nous continuons à nous montrer arrogants, comme si nous dominions toujours le Monde. Et nous intervenons militairement pour tenter de contrôler nos approvisionnements en matières premières à une époque où ce ne sont pas les volumes mais les prix qui comptent. Et, ce, tout en retirant à nos Etats les moyens qu’ils avaient jadis pour contrôler les multinationales qui, elles, sont les seules à pouvoir jouer sur les prix. A quoi nous sert de « contrôler » les pétroles irakiens et libyens si, par ailleurs, les majors du pétrole font exactement ce qu’elles veulent, soit obtenir la plus grande marge possible sur leurs produits ?! Bref, nous avons tout faux et en matière de libéralisme, et en matière diplomatique. D’autant que nous donnons des gages à nos complexes militaro-industriels (ils contrôlent les médias français) alors que nous devrions d’abord nous faire mieux voir par les fameux « émergeants »

    Il y a un autre aspect, celui-là typiquement français, de notre diplomatie qui a disparu corps et biens depuis la disparition du général de Gaulle : c’est le fait que la France a toujours mené une politique d’amitié avec l’Orient. Souvenez-vous du « Grand Turc » sous Louis XIV. Mais bien avant le « Roi Soleil », ses prédécesseurs entretinrent des correspondances avec les monarques orientaux. Des lettres d’amitié ont ainsi été retrouvé entre Louis IX (Saint-Louis) et les Mongols tandis que François 1er alla jusqu’à s’allier au Turcs pour affaiblir Charles Quint. Dire qu’aujourd’hui nous envoyons des Rafales bombarder des Arabes et que nous méprisons les Chinois dans les G20 !

    Voilà aussi pourquoi je ne peux pas voter Hollande qui ne changera rien à notre morgue diplomatique (il ne changera d’ailleurs rien non plus au fait que notre lobby militaro industriel soit aussi présent dans nos médias !) en sus d’être en fait et à court terme le sauveur potentiel d’un système ultra libéral dont je ne veux pas pour mes descendants immédiats. Mélenchon donc aux 2 tours. Et si Mélenchon n’est pas présent au second tour, Hollande va devoir s’arracher la gueule pour faire voter des gens comme moi en sa faveur !


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