• Pourquoi je comprends et j'absous Laurent Gbabo

    Pourquoi je ne peux pas condamner Gbagbo<o:p></o:p>

    (Christian d'Alayer, 16 décembre 2010)<o:p></o:p>

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    Il est de bon ton, en Occident, de condamner le président ivoirien, Laurent Gbagbo, qui refuse le verdict des urnes et "s'autoproclame" élu. Je le comprends, je l'absous et je vous explique.<o:p></o:p>

    Le premier élément est celui du scrutin : libre dans la zone contrôlée par le gouvernement dont le premier ministre, je vous le rappelle, était un homme du Nord, Guillaume Soro, il était totalement sous contrôle de la milice nordiste dans la zone non contrôlée. Si bien que le verdict de 7 départements du nord était suspect (le mot est faible !) de tricherie. Les Gbagboistes ont eu beau déposer un recours sur ces 7 départements, la Commission de Contrôle n'a pas voulu en tenir compte. Ce, alors qu'elle était composée de 9 personnes acquises à Ouattara et 2 seulement à Gbagbo. <o:p></o:p>

    Le 2e élément est le fait que la dite Commission ne devait pas annoncer de résultat, mais soumettre ce dernier au Conseil Constitutionnel qui, en fonction, justement, des plaintes pur tricheries, était seul à pouvoir émettre un avis. Et l'on a vu en fait une Commission de contrôle se précipiter pour annoncer la victoire de Ouattara sans même avertir le Conseil Constitutionnel. lequel s'est donc saisi des résultats proclamés illégalement, en a retiré les votes des 7 départements litigieux et en a déduit la victoire de Gbagbo. Alassane Ouattara a beau dire qu'il y eut autant de tricheries au Sud, il n'a pas porté plainte et, toujours légalement, a perdu l'élection. Il faut dire et répéter que Gbagbo n'a pas volé sa réélection, celle ci est parfaitement légale quoi qu'en disent les Occidentaux.<o:p></o:p>

    Le 3e éléments, qui explique le soutien occidental à Ouattara, est le fait que la région recèle des minerais importants pour le futur et qu'un politicien aux ordres à la tête du plus puissant pays de la dite région n'est pas négligeable. Notamment pour les Américains qui ambitionnent de nous remplacer en Afrique francophone de l'ouest (ce qui n'est pas difficile du fait de notre politique africaine actuelle, d'une rare nullité) Il y a notamment du pétrole en mer profonde, de la bauxite en quantité fabuleuse et des métaux rares également en grande quantité. Bref, mieux vaut un Ouattara aux ordres qu'un Gbagbo difficile !<o:p></o:p>

    Le dernier élément, et non des moindres, est le fait que, en Côte d'Ivoire, on assiste au plus difficile combat entre Sahéliens et Forestiers de toute l'Afrique. Ce, parce que les Bantous l'ont emporté sur les Sahéliens dans ce pays et que la victoire d'un Sahéliens à l'élection présidentielle est tout bonnement inacceptable par les Bantous. Un peu d'histoire ici : il faut savoir que le commerce d'esclaves noirs s'est fait, en Afrique, essentiellement au détriment des dits Bantous. Les Arabes d'abord puis les Européens, armèrent et financèrent les Sahéliens pour qu'ils "razzient" l'Afrique forestière. D'où, à l'est du continent, les "royaumes marchands", sortes d'Etats constitués par des razzieurs pour envoyer plus facilement leurs "marchandises" aux Arabes et aux Européens. Vous connaissez tous les Tutsis et les Hutus du Rwanda. Sachez donc que les Tutsis étaient membres de ces fameux "royaumes marchands" et qu'outre l'envoi d'esclaves Hutus aux Arabes et aux Européens, il les faisaient bosser dans les champs qu'ils s'étaient octroyés. Vous ne pouvez pas comprendre le génocide sans avoir cette histoire en tête...<o:p></o:p>

    A l'ouest du continent par contre, il existait un puissant groupe de Bantous, celui des Ashantis. Il furent défaits par les Sahéliens au 15e siècle (Empire du Mali) et se replièrent en bon ordre au Nigeria, chez leurs "cousins", les Yoroubas (les inventeurs noirs de la 1ère écriture du continent) D'où ils repartirent à l'assaut du Nord au 18e siècle. Ils défirent alors et pour toujours l'Empire du Mali, leurs plus valeureux guerriers remontant jusqu'à la Casamance. Au passage, les Bantous défirent aussi un avatar de l'Empire du Mali, le royaume Kong dont le dernier roi fut l'arrière grand père de Ouattara. On comprend donc aisément que les Bantous ne peuvent absolument pas accepter que le dit Ouattara devienne leur président !<o:p></o:p>

    Bref et compte tenu de tous ces arguments, je comprends donc Laurent Gbagbo. Et je l'absous au nom des crimes commis par les Sahéliens mais jamais reconnus par eux. Le jour où les dits Sahéliens accepteront leur passé et présenteront des excuses aux Forestiers, je leur reconnaîtrais le droit à la démocratie. Mais une démocratie basée sur l'omission d'un odieux passé, c'est comme si l'Allemagne nazzi n'avait pas été détruite, juste élue pour entrer dans l'Union européenne. Inacceptable, comme est inacceptable la victoire, si victoire il y a, d'Alassane Ouattara en Côte d'Ivoire. CQFD !<o:p></o:p>


  • Commentaires

    1
    concept
    Mardi 21 Décembre 2010 à 03:53
    Bravo Christian, une fois encore votre analyse vous place du bon côté de l'histoire. C'est vraiment remarquable pour un blanc !!! L'occident A.K.A l'homme blanc (ici je généralise mais je sais que vous me pardonnerez...) montre à nouveau son vrai visage en terre africaine, un visage hideux, mensonger et meurtrier. La côte d'ivoire et vraisemblablement très bientôt le Soudan (mais on peut ajouter le Zimbabwé, La RDC et même le Kenya) vont entrés dans un conflit ouvert contre la "communauté internationale" terme ambigüe et mythique à ce jour. Un seul visage se cache derrière le masque de cette pseudo communauté, le visage du "renard pâle". Nos ancêtres, qu'ils soient restés sur le continent comme les Dogons, qu'ils aient vécus loin sur l'autre rive comme les olmèques et plus loin encore en Asie les Nagas, ont vu toute l'½uvre de cet homme. Toutes nos prophéties doivent se réaliser maintenant, et en réalité elles sont toutes les nôtres contre ce monstre,car il ne change pas, ne se réforme pas, pousse à la division et au meurtre, se sent continuellement en insécurité toujours mal l'aise au sein de la communauté des hommes. Nos ancêtres connaissant les forces du cosmos, voyaient au delà de la matière et du temps, ils lui ont tendu un piège mortel, son déclin sera plus fulgurant encore que vous ne l'imaginiez....
    2
    concept
    Mardi 21 Décembre 2010 à 03:56
    Et j'aurais pu ajouter les hébreux dans la liste cette liste ancestrale ...
    3
    concept
    Mardi 21 Décembre 2010 à 04:26
    4
    concept
    Mardi 21 Décembre 2010 à 07:02
    source du lien : http://www.kernews.fr/

    Les dessous d’une manipulation médiatique mondiale

    C’est le premier entretien que vient d’accorder Son Excellence Alcide Djédjé, ministre des Affaires étrangères de la République de Côte d’Ivoire, à un média français après les récentes élections présidentielles en Côte d’Ivoire. Il dénonce l’ingérence des Nations Unies, pilotées par la France et les Etats-Unis, dans la gestion d’un Etat souverain. Cet entretien exclusif a été diffusé lundi 13 décembre sur la radio Kernews. Nous en publions ci-dessous le texte avec quelques modifications liées à la retranscription d’un entretien oral en langage écrit. Compte tenu du caractère sensible de cette affaire, nous insistons sur le fait que seul l'enregistrement sonore reflète précisément les propos et le ton de Son Excellence Alcide Djédjé. Ce diplomate de formation qui a fait ses études en France, à Sciences Po, a notamment été représentant permanent de la Cote d’Ivoire à l’ONU. Homme de confiance du président Laurent Gbagbo, il a été nommé ministre des Affaires étrangères.

    Durée: 30 minutes. Pour écouter l'entretien avec M. Alcide Djédjé cliquez sur le bouton lecture:

    Kernews : Que se passe-t-il en Côte d'Ivoire ? Pourquoi pensez-vous que Paris et Washington ont pris parti à ce point sur cette question de politique intérieure ivoirienne ? Pour vous, est-ce une ingérence dans les affaires intérieures d'un pays souverain ?

    Alcide Djédjé : Oui, il s'agit d'une ingérence grave dans les affaires intérieures de la Côte d'Ivoire de la part de la France et des États-Unis. Cette ingérence s'est faite d'abord au Conseil de sécurité à New York, puisque le représentant des services extérieurs des Nations Unies a reçu des fortes pressions pour que le président de la Commission électorale indépendante, qui normalement siège de façon collégiale et par consensus, soit amené dans les locaux de l’ONUCI à Abidjan pour proclamer les résultats. Monsieur Choi a refusé et il m’a appelé à cet effet. C'est ainsi que le président de la Commission électorale indépendante, Monsieur Youssouf Bakayoko, a été amené à l'Hôtel du Golf, le QG de campagne de Monsieur Ouattara, devant la presse étrangère, dont France 24, pour proclamer de faux résultats. Au vu de ces résultats, on constate que le taux de participation passe de 70% à 81% : nous avons donc constaté que plus de 630 000 voix on été rajouté après la fermeture des bureaux de vote. Voilà ce qui se passe en Côte d'Ivoire et cela a été fait par la France et les États-Unis… L'ambassadeur de France et l'ambassadeur des États-Unis en Côte d'Ivoire sont très actifs et, la veille, le président Sarkozy avait envoyé un courrier au président de la Commission électorale indépendante pour lui demander de proclamer les résultats sur le champ. J'étais moi-même en face de militaires Français qui, à 22h40 le soir, tentaient de remettre le courrier au président de la Commission électorale indépendante. Cela nous a été signalé par les militaires ivoiriens. Je me suis rendu sur les lieux moi-même et j'ai appelé l'ambassadeur de France qui a demandé aux militaires de retourner au camp Licorne, ils semblaient très embarrassés. Ce sont ces instructions du président Sarkozy qui ont été exécutées le lendemain. Ensuite, le président Sarkozy, et aujourd'hui le président Wade, ont appelé le président Jonathan Goodluck pour orienter la décision de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest). Plus grave encore, l'ambassadeur américain à Abidjan, que j'ai reçu en mon bureau, connaissait la veille la position que l'Union africaine allait prendre. Donc, il s'agit non seulement d'une ingérence dans les affaires intérieures, mais d'une manipulation des institutions telles que la CEDEAO et l’Union Africaine pour que Alassane Ouattara soit déclaré président. Malheureusement pour eux, Monsieur Ouattara n'a aucune prise sur la réalité du terrain ici en Côte d'Ivoire. Donc, nous avons formé notre gouvernement parce que le président Gbagbo a été élu président de la République comme suite aux réclamations faites et aux décisions du Conseil Constitutionnel qui l’a proclamé vainqueur. Voilà comment les choses se présentent aujourd'hui à Abidjan.

    Excellence, vous nous avez rappelé cet état de fait : c'est-à-dire cette différence de voix, l'écart entre la participation et le nombre de voix proclamé au moment de l'élection, avec près de 630 000 bulletins de vote en plus. En France, on disait ironiquement il y a quelques décennies, à l'époque où il y avait des bourrages d'urnes dans certaines banlieues, que l'on faisait voter les morts… Nous n'en sommes pas très loin, finalement…

    Oui, bien sûr, on voit bien que tout a été orchestré parce qu'ils voulaient absolument qu'il y ait cette proclamation illégale, hors délai, de la Commission électorale indépendante. Pendant que les trente autres membres de la Commission centrale attendaient au siège de la CEI, Monsieur Bakayoko a été kidnappé par l'ambassadeur de France et des États-Unis, encadré par des gendarmes des Forces nouvelles et l’ONU, pour aller proclamer des résultats et, plus grave, au QG de campagne de l'un des candidats. Ceci, sur une télévision française… Je ne comprends pas cet empressement et nous voyons aujourd'hui que c'était vraiment grossier. Cela apparaît comme quelque chose de surréaliste et une ingérence trop grossière, trop flagrante... J'ai dit à l'ambassadeur des États-Unis qu'il n'était pas subtil dans sa manière de faire. On peut avoir des préférences, mais il faut agir de façon subtile et responsable. On ne peut pas montrer de cette façon, faire comprendre que nos institutions sont inutiles, cinquante ans après notre indépendance, montrer que le Conseil Constitutionnel est inutile. Pourtant, toutes nos institutions sont calquées sur des institutions similaires en France et aux États-Unis. La validation par la Cour suprême des États-Unis de la première élection du président Bush participe à cette réalité. Personne d'autre, aucun autre Etat, n'a contesté la validation par la Cour suprême des États-Unis de l'élection de Monsieur Bush. En France, il y a eu des invalidations qui concernent Madame Ségolène Royal, je n'ai pas d'éléments précis là-dessus, mais le Conseil Constitutionnel joue ce rôle en France. Pourquoi, en Côte d'Ivoire, ce serait un représentant du secrétaire général des Nations Unies qui jouerait ce rôle ? Simplement, on pense qu'il faut toujours flouer notre souveraineté, on pense qu'il faut toujours nous écraser et cela, nous ne pouvons pas l'accepter. Nous avons formé notre gouvernement. Peut-être que l'on viendra nous écraser, nous chasser tous de Côte d'Ivoire, faire de la purification, pour qu'il y ait une Côte d'Ivoire conforme à la façon de penser de Monsieur Sarkozy et des autorités américaines. Nous restons sur notre position, nous sommes dans le droit, et nous ne pouvons pas accepter qu'un pays souverain membre des Nations Unies soit traité de la sorte par un fonctionnaire des États-Unis sur injonction de deux capitales, Paris et Washington.

    Les médias occidentaux nous expliquent qu'il y a une pression de la communauté internationale contre Laurent Gbagbo et son équipe. Que signifie la communauté internationale ? On a vu que la Russie a une position légèrement divergente, que la Chine ne partage pas cette position, ainsi que beaucoup d'autres pays. Cela signifie-t-il qu'il y aurait une communauté internationale médiatique, celle qui donne le la dans les médias internationaux, celle qui forge l'opinion publique mondiale et que seule cette communauté internationale médiatique compterait ?

    Vous avez raison. Dans cette affaire, la Russie a pris position très clairement. D'abord, il n'y a pas eu à New York de déclaration présidentielle, comme le souhaitait Susan Rice qui préside en ce moment le Conseil de sécurité pour les États-Unis. Il y a eu un communiqué de presse, qui n'a pas la même valeur… Et même le contenu de ce communiqué de presse a été discuté pendant plusieurs jours, ce qui est très rare, pour que finalement, suite à la manipulation qui a été faite par le président français à la réunion de la CEDEAO, la Russie, par principe, tout en n’étant pas d'accord sur le fond et en maintenant sa position sur la souveraineté de la Côte d'Ivoire - en disant que ce n'était pas le mandat des Nations Unies de scinder des comptes et de proclamer des résultats dans une élection présidentielle dans un Etat souverain - la Russie a laissé publier ce communiqué. Nous avons rencontré le représentant russe après et cela ne veut pas dire qu'elle était d'accord sur le fond. La Chine, également, a eu une attitude très claire. Le gouvernement chinois a fait un communiqué pour dire qu'il fallait laisser prévaloir le droit, respecter les institutions et aller au dialogue politique. C'est la teneur du communiqué de la Chine. Vous avez raison de dire que la Chine, la Russie, et même l'Afrique du Sud, car il y a une position qui n'était pas similaire à celle de la CEDEAO, ni à celle de l'Union Africaine… et également l'Angola, la Libye et la Communauté des Etats Sahélo-Sahariens (CEN-SAD) sont très clairs là-dessus. Simplement, ce qui fait la différence, comme vous le dites, c'est le battage médiatique : c'est-à-dire, par médias interposés, faire croire que le président Gbagbo est isolé. Le « coup » a été fait, mais ils ne sont pas allés jusqu'au bout parce qu’ils s'attendaient à ce qu'à la proclamation des résultats provisoires, de façon illégale et rocambolesque, sur le terrain, la population sorte, dise que Laurent Gbagbo a perdu et demande son départ. Tout est resté calme parce que le président de la République a la Côte d'Ivoire pour lui et la Côte d'Ivoire avec lui. Il a l’armée, il a la police, il a la gendarmerie et la population de Côte d'Ivoire. C'est la réalité du terrain. Malgré les médias, il n'est pas facile de prendre un pays, sinon par la force. Tout ce qui leur reste à faire, c'est venir envahir la Côte d'Ivoire et installer Ouattara. Même après l'avoir fait, ils ne seront même pas sûrs que Monsieur Ouattara puisse gouverner. Donc, vous avez raison d'affirmer qu'il y a une espèce de campagne médiatique très forte orchestrée par deux capitales principalement, Paris et Washington, certains autres faisant du suivisme opportuniste.

    Vous avez évoqué certains Etats, j'ajoute que le nonce apostolique a rencontré le président Gbagbo en l'appelant ainsi : cela signifie-t-il que le Vatican reconnaisse aussi le président Gbagbo ?

    Oui. Bien qu'il n'ait pas encore fait de déclaration, le Vatican est très réservé sur ce qui se passe. Il y a des pays qui sont réservés et qui jouent leur rôle habituel de neutralité, tels que la Suisse. Ce que je veux vous dire - faites la différence entre le président Gbagbo et les puissances qui veulent imposer Monsieur Ouattara - c'est que nous voulons construire la paix en Côte d'Ivoire et eux veulent imposer quelqu'un au pouvoir en vue d'en profiter, étant donné qu'ils font partie de certains réseaux, des réseaux d'intérêts. Ils veulent intervenir dans les affaires de la Côte d'Ivoire, ils veulent mettre sous tutelle la Côte d'Ivoire pour pouvoir mieux saisir et exploiter nos richesses. C'est la différence entre eux et nous. Pour eux, peu importe le nombre de morts qui pourraient sortir d'un conflit tel qu'ils l’attisent actuellement. Ils sont devenus des déstabilisateurs et ils ne sont plus des faiseurs de paix. Ils utilisent les Nations Unies pour déstabiliser la Côte d'Ivoire. Ce qui se passe est très grave. Les Nations Unies sont en train de déstabiliser un pays alors que le rôle des Nations Unies, sa charte, c’est d’être un faiseur de paix. C'est très, très grave.

    Cela pose le problème de la gouvernance mondiale. Voilà des pays membres permanents du Conseil de sécurité à qui incombe une très lourde responsabilité pour ramener la paix dans le monde et, au contraire, ces pays utilisent les Nations Unies à leur profit pour des raisons d'intérêts. Peu importe pour eux ce qui peut se passer après. On voit bien que l'on nous a forcés à aller à des élections sans désarmement du Nord ! Pouvez-vous imaginer que l'on puisse organiser des élections dans une partie de la Côte d'Ivoire avec des rebelles armes au poing ? C'est ce qui s'est passé. En mars dernier, dans mon discours aux Nations Unies, j'étais ambassadeur à New York, moi-même et Monsieur Choi à l'époque avions demandé qu'il y ait réunification avant les élections. La France et les États-Unis nous ont dit non et nous ont demandé d'aller aux élections dans ces conditions. Je leur ai dit que pour eux les élections constituaient un dogme, alors que nous recherchons la paix et non pas des élections pour des élections. Aujourd'hui, nous avons le résultat : il y a eu élection et le pays est bloqué. C'est un échec pour la France et les États-Unis. Et la France et les États-Unis sont responsables de la situation actuelle en Côte d'Ivoire et du blocage actuel en Côte d'Ivoire. Ils n'ont pas la capacité de gérer correctement le monde. Il y a un problème de gouvernance qui se pose pour les puissances membres du Conseil de sécurité, notamment la France et les États-Unis, et qui entraîne des parties du monde dans l'impasse actuellement. Il est bien beau de parler de bonne gouvernance, mais la gouvernance mondiale est ingérable aujourd'hui. La France n'a pas de politique africaine actuellement. Elle procède par petits coups comme en Côte d'Ivoire, en utilisant certains réseaux, c'est bien dommage.



    Deux réflexions s'imposent de la conversation que nous venons d'avoir. D'abord, on a tenté d'organiser des élections dans un Etat souverain, alors qu'une partie du territoire de cet État souverain était encore contrôlée par des milices armées…

    Oui.

    Deuxième point, celui de la gouvernance mondiale, ce qui m'amène à une question plus personnelle : ce problème avait été soulevé au moment de la guerre en Irak, or finalement rien n'a été fait depuis sept ans…

    Vous avez raison, rien n'a été fait depuis sept ans. Cela coïncide même avec le début de la crise ivoirienne qui a commencé en 2002. Vous vous souviendrez qu'au départ, les Nations Unies étaient chargées de régler le problème en Côte d'Ivoire et, au lieu de chercher à ramener la paix en Côte d'Ivoire, la France, après l’accord de Marcoussis, a fait endosser cet accord de Marcoussis par les Nations Unies et a toujours tenté de faire partir le président Gbagbo, au lieu de régler le problème de la paix et de la réconciliation en Côte d'Ivoire. Après, nous avons eu la signature de l'accord de Ouagadougou (APO). Nous avions espéré avoir, avec cette prise en main par les ivoiriens eux-mêmes et avec l'aide du président Compaoré, des élections après la réunification. C'est ce qui était prévu dans l’accord politique de Ouagadougou : les élections devaient avoir lieu deux mois après le désarmement et la réunification. Mais les Nations Unies, par l'intermédiaire de la France et des États-Unis, ont fait des pressions en disant que le président Gbagbo ne veut pas aller aux élections et qu'il est possible de faire les élections maintenant, etc... Comme à New York, c'est la France qui a l'initiative du projet de résolution sur la Côte d'Ivoire. Bien que récusés par le président Gbagbo, ils ont continué et imposé que les élections aient lieu même avant le désarmement au nord et avant la réunification. Voilà, en manipulant les Nations Unies, la CEDAO et l'Union africaine ont abouti à un échec total sur le cas de la Côte d'Ivoire et cela pose le problème de la gouvernance mondiale. Il n'y a pas d'objectif, il n'y a pas d'idéal de paix, mais il n'y a que les réseaux d'intérêts qui comptent et cela aboutit à ce que l'on voit aujourd'hui en Côte d'Ivoire, c'est-à-dire un pays bloqué par la faute des États-Unis et de la France. Ils méprisent les institutions dont la Côte d'Ivoire s'est dotée et qu'elle a calquées sur des institutions similaires en France et aux États-Unis, et qui ont déjà statué dans des cas précis, comme l’élection de Monsieur Bush face à Monsieur Al Gore, pour laquelle personne n'a rien eu à redire dans le monde puisqu'il s'agissait d'une question de souveraineté. Mais lorsqu'il s'agit de la Côte d'Ivoire, puisque c'est un petit pays, peut-être pensent-ils que le président Gbagbo n'est pas de leur réseau ? Peut-être pensent-ils qu'il faut le faire partir et bafouer d'une façon grossière les grands principes qui régissent le monde, c'est-à-dire la souveraineté des Etats et les grands principes qui disent que les peuples doivent disposer d’eux-mêmes ? Il est complètement scandaleux que le président Sarkozy, les ambassadeurs de France et des États-Unis, interviennent d'une façon aussi peu subtile, aussi peu fine, dans les institutions d'un pays souverain. À l'heure où je vous parle, l'ambassadeur des États-Unis cherche directement à rencontrer le directeur général de la télévision (RTI) et d'autres directeurs généraux. Il ne passe plus par les canaux traditionnels diplomatiques, c'est-à-dire les ministres concernés ou le ministre des Affaires étrangères. Il agit comme sur un territoire qui n'a pas de maître et nous sommes en pleine recolonisation, cinquante ans après l'indépendance.

    Dans un territoire qui a un maître, en d'autres temps, on appellerait cela un acte de guerre…

    Oui, c'est un acte de guerre. Étant donné que nous n'avons pas d'outrage, il y a certaines choses qui sont tolérées… pour l'instant.

    Pour avoir des clefs de compréhension sur ce qui pourrait, peut-être, se passer dans quelques jours : on lit sur Internet certains messages expliquant que vos opposants pourraient envoyer des bataillons d'enfants au premier rang avec, derrière, les forces rebelles armées, pour éventuellement créer la pagaille dans Abidjan et forcer l'armée à réagir devant les caméras de télévision pour montrer à l'opinion publique mondiale que l'armée du président Gbagbo s'attaque à des enfants… Que pensez-vous de cela ?

    Nous sommes sur le terrain, je ne crois pas qu'ils puissent en arriver là. S'ils en arrivaient là, vous êtes là pour juger, cette affaire fait déjà le tour du monde. Vouloir mettre les enfants en tête pour ensuite accuser l'armée ivoirienne, qu’ils en prennent la responsabilité. De notre côté, nous ferons tout pour qu'ils n’en arrivent pas là. Ce ne sont pas des méthodes classiques de lutte pour le pouvoir.

    Enfin, Paul Collier, professeur à l'université d'Oxford, souligne que l'Occident estime que son modèle de démocratie peut être dupliqué dans d'autres territoires qui n'ont pas toujours la même culture ou la même problématique de population. Or, il considère que l'on continue de se tromper. Cette crise ne révèle-t-elle pas ce problème ?

    Oui, on aurait même pu l'accepter et nous l'acceptons en tant que tel. Mais quand on fonctionne au gré de ses intérêts, on bafoue ce modèle occidental. L'exemple de la Côte d'Ivoire est clair et net. Il y a des institutions, la Commission électorale siège de façon collégiale et par consensus, mais ceux qui prônent le modèle démocratique se mettent hors la loi quand le fonctionnement des institutions ne les arrange plus. Ils emmènent le président de la Commission électorale indépendante dans le QG de campagne d'un des candidats. C'est incroyable ! C'est la première fois au monde que cela arrive ! Ensuite, on conteste l'arbitrage du Conseil Constitutionnel, alors que dans leur propre démocratie c'est ce qui s'est fait. Même en acceptant leur modèle, ils agissent au gré de leurs intérêts. Finalement, ils n'ont pas d'idéal et de modèle. L'opinion publique est très forte dans leur pays et ils sont donc obligés de respecter le modèle démocratique dans leur pays. Mais dans les pays les plus faibles, je crois que leur modèle est finalement la dictature. C'est pourquoi je pose le problème de la gouvernance mondiale qui est complètement à la dérive aujourd'hui, par la faute des États-Unis et de la France, dans le cas de la Côte d'Ivoire.

    Propos recueillis par Yannick Urrien.
    5
    concept
    Mercredi 22 Décembre 2010 à 03:02
    Christian vous semblez mieux connaître l'histoire de l'Afrique que bon nombre d'africain eux même. Si vos sources sont exactes, ce qui est souhaitable puisque vous les citez pouvez me le communiquez afin que je puisse moi ausi m'en faire une idée.
    6
    dalayer
    Mercredi 22 Décembre 2010 à 11:25
    A Concept : mes sources sont diverses. En ce qui concernent les guerres Sahélo-Bantous par exemple, je les ai citées dans mon livre "Un crime médiatique contre l'Afrique" (les renvois) mais il y a eu, après, de nouvelles sources, notamment sur le Net (la lecture, en creux, des récits britanniques) Le problème est que la quasi totalité des historiens africains cités par les Occidentaux sont des Sahéliens tandis que personne ne s'intéresse aux Bantous. Alors qu'il y a un Centre de la Civilisation Bantoue à Libreville et des études sur la vallée du Limpopo (coeur de la dite Civilisation) effectuées par les Britanniques, les Sud Africains et les Zimbabwéens. L'histoire des 3 batailles d'Accra, dont je cite la source dans mon livre précité, est composée d'une part des récits Ashantis et, de l'autre, des récits britanniques lus "en creux" En fait, pour connaître l'Histoire africaine, qui manque cruellement d'écrits anciens, il faut être à l'écoute des souvenirs des Vieux, imginez sereinement (pas comme le font les Sahéliens, cherchant à tout prix à effacer le passé qui entache leur image) ce qui a pu réellement se passer puis chercher des embryons de preuves. Je fais cela depuis tellement de temps que je n'ai plus à forcer pour arriver à des visions concluantes. Comme par exemple savoir que les "royaumes marchands" de l'est de l'Afrique n'était que des bandes de razzieurs financés et armés par les Arabes d'abord, les Européens ensuite...
    7
    concept
    Jeudi 23 Décembre 2010 à 07:23
    Merci, j'irai moi aussi sur le terrain m'instruire comme vous de ces mémoires. La méthode que vous suggérez est tout aussi séduisante qu'intelligente. Merci, j'irai voir par moi même comme vous l'avez fait.

    Toujours sur kernnews.fr les interviews radio de :

    1 - Jean-François Probst : « Je crois que Gbagbo est plus proche de Mandela que de Mugabe.»

    2 - Alcide Djédjé, ministre des Affaires étrangères de la République de Côte d’Ivoire.
    http://www.kernews.fr/mp3/AlcideDjedje.mp3

    3 - Philippe Evanno / Les intérêts économiques français menacés en Côte d’Ivoire.
    http://www.kernews.fr/index.php?limitstart=12
    8
    concept
    Vendredi 24 Décembre 2010 à 08:26
    Fantastique,

    tout y est je vous assure !!! L'arithmétique Ouatara-soro, le calcul Onusien, la comptabilité Européo-Américaine pour les nuls.

    http://www.rti.ci/cgi-bin/page.cgi?g=Detailed%2F3785.html;d=1

    A voir et à faire tourner absolument !!!
    9
    enrico
    Samedi 25 Décembre 2010 à 18:00
    Le moyen orient ne représente plus un avenir fiable pour les états unis en approvisionnement pétrolier, le golfe de guinée est la première réserve mondiale sous marine, début de cette année des gisements faramineux ont été découverts au large de la cote d'ivoire, les américains ont décidé qu' en dix ans maximum le golfe de guinée devra représenter 30 pour cent de leurs ressources pétrolières. tout est là et c'est avec le sang des ivoiriens qu'ils feront tourner leur machine économique.
    10
    vivretpensercommedes
    Dimanche 26 Décembre 2010 à 23:42
    Scusez-moi mais quel bordel ce blog ! Jamais vu ça... C'est dommage pcq l'article est passionnant, mais on peut dire qu'il faut le mériter !

    Concernant la video (sur la fraude électorale, selon la tv ivoirienne) dont Concept donne le lien : ça bugge sans arrêt. Le peu que j'ai vu : quel crédit accorder à une télé ? N'est-ce pas du même ordre que nos télés à nous ici en France ? On sait pertinemment que toutes ces télés, radios et journaux mainstream, c'est désinformation, propagande, bourrage de crâne, lavage de cerveau et compagnie. Ne pas en croire un mot donc.
    11
    Mariadenulpart
    Jeudi 30 Décembre 2010 à 05:47
    merci pour ce magnifique cours d'histoire. cela donne du sens, et permet de mieux apprehender les evenements.
    cdlt
    12
    Yapi
    Dimanche 9 Janvier 2011 à 02:07
    Merci pour votre analyse. Voici quelques éléments pour illustrer vos propos

    1/ Les élections ne se sont pas bien déroulées, notamment au second tour, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire. L’ONG interwatch recense des fraudes et exactions ignorées par l’ONU : http://www.interwatch.org

    2/ L’ONU n’a pas rempli son mandat en ne désarmant pas la rébellion du Nord, conformément aux accords de Ouagadougou. Il faut comprendre que la moitié du territoire est aux mains de véritables terroristes aux ordres de Guillaume Soro, 1er ministre d’Alassane Ouattara. Le politologue Michel Galy a fait une excellente description de la situation (http://conflits.revues.org/index2208.html#text ). Voici quelques photos et vidéo qui donnent une idée de l’ambiance dans cette région quelques jours avant le scrutin (http://criseivoirienne.livejournal.com/2371.html )

    3/ L’ONU n’a plus rien d’une force pacifique et impartiale en Côte d’Ivoire. Elle prend part aux combats militaires aux côtés des rebelles contre l’armée régulière (http://www.youtube.com/watch?v=mMRCktguCgA ) , et a été jusqu’à tirer sur des civils (http://www.youtube.com/watch?v=r-LFjHkRCPE )

    4/ Le président Laurent Gbagbo a expliqué les circonstances de son élection aux journalistes du Monde et du Figaro au cours d’une interview télévisée, dont la retranscription écrite est aussi partielle que partiale (http://www.midici.com/download/110105034906.pdf )

    5/ La démocratie en Côte d’Ivoire est le faux nez de la « communauté internationale », dont le véritable motif de son action est l’accès aux réserves de pétrole stratégiques du Golf de Guinée. Derrière l’ONU se cache l’OTAN, véritable bras armé des puissances occidentales (http://www.gabrielperi.fr/L-Otan-de-la-defensive-a-l ) qui jette son dévolu sur la Côte d’Ivoire après l’Afghanistan. Il lui faut installer un homme lige, Alassane Ouattara du FMI, aux dépends d’un Laurent Gbagbo (http://criseivoirienne.livejournal.com/2848.html ) trop souverainiste.

    Il est vrai qu'on assiste bien à un affrontement entre les sahéliens et les forestiers en Côte d'Ivoire, mais cet affrontement est davantage causé par des raisons géologiques et écologiques qu'historiques. La Côte d'Ivoire accueille 40% d'étrangers sur son sol, essentiellement des sahéliens de Guinée, du Mali et du Burkina, où la famine régnait en saison sèche jusqu'à ce que le développement du réseau routier permette d'y exporter des produits vivriers à partir du sud de la Côte d'Ivoire. Bon nombre de burkinabés sont ainsi devenus des ouvriers agricoles en zone forestière, sans avoir la possibilité d'acquérir cette terre fertile qui appartient traditionnellement à la communauté, c'est à dire au village des forestiers locaux. Inutile de remonter au 18ème siècle pour susciter de la convoitise, d'autant plus qu'Houphouet Boigny se plaisait à dire que "la terre appartient à celui qui la cultive".

    Chasser les forestiers au profit des burkinabés est donc le "programme caché" de Ouattara, et son arrivée au pouvoir en Côte d'Ivoire sera le début d'une guerre civile sanglante entre forestiers et sahéliens pour la possessions des terres forestières irriguées et fertiles, tandis que les occidentaux pomperont tranquillement le pétrole off-shore.

    Je ne savais pas qu'il y avait de la Bauxite. Vous pouvez donner vos sources à propos des minerais ?
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    dalayer Profil de dalayer
    Dimanche 9 Janvier 2011 à 10:40
    Merc i pour votre commentaire qui m'apprend quelque chose. Ca ressemble pas mal au génocide rwandais (la radio des mille collines n'arrêtait pas de dire aux Hutus que les Tutsi allaient leur reprendre la terre) et l'on peut effectivement craindre le pire si Ouattara prend le pouvoir. Car, en outre, ça peut s'étendre à toute la lisière forestière subsaharienne...
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    dalayer Profil de dalayer
    Lundi 4 Avril 2011 à 19:03
    Mes sources sur les métaux en Afrique sont multiples mais minerals.usgs.gov/minerals/pubs/commodity/... (mettre le nom en angalis du produit minéral après la dernière barre) est pas mal.
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