• Prix des produits alimentaires

     

    Allons-nous mourir de faim ?

     

    A court terme ?

    Spéculation ou vrais manques ? Les institutions internationales ont démontré que l’augmentation des prix des produits alimentaires était plus due à la spéculation qu’à l’environnement des marchés physiques. Mais voilà que des scientifiques évoquent la possibilité d’une crise majeure dans ce domaine. La production céréalière par habitant serait en effet et premier point en recul. Avec une surface cultivée toujours par habitant de 0,22 hectare aujourd’hui contre 0,45 hectare en 1960 tandis que les céréales constituent 50% de la consommation calorique humaine. De ce fait, on enregistrerait une diminution des stocks. Tandis que l’augmentation des surfaces cultivées pour les biocarburants pèserait encore plus sur l’offre alimentaire…

    Vous noterez que cette menace de pénurie, en l’occurrence de renaissance de famines chroniques, va de paire avec ce que plusieurs scientifiques nous annoncent également en matière de pénurie de matières premières. Ils ont ouvert un débat avec le pétrole dont ils ont annoncé faussement un pic de production au-delà duquel l’augmentation de la production ne suivrait plus l’augmentation de la consommation : en fait, ce n’est pas d’un pic de production dont il faut parler mais d’un pic de production de pétrole bon marché. Car les réserves mondiales restent considérables si l’on inclut les hydrocarbures en eau profonde que l’on sait aujourd’hui extraire ainsi que les bitumes ou pétroles lourds que l’on sait également raffiner. Mais à des prix qui interdisent de vendre à bon marché.  Et je ne parle pas ici et encore des « gaz de schiste »  que l’on ne sait toujours pas extraire proprement…

    En est-il de même au niveau des productions agricoles et doit on prendre les affirmations scientifiques au sérieux ? Dans les mêmes années 1960 qu’ils prennent comme référence, leurs aînés affirmaient que la planète Terre ne saurait nourrir plus de 6 milliards d’habitants : elle le fait aujourd’hui avec une diminution par deux des surfaces cultivées par habitant. Mais, rétorquent alors nos grosses têtes, « les progrès de productivité ont été considérablement ralentis depuis 2007 » (Sciences&Vie n°1145, février 2013) Examinons ce ralentissement : la crise de 2008 a plus que freiné la croissance en Occident. Et dans une période de consommation faible, les producteurs ont plus qu’intérêt à éviter la surproduction. On voit dans le tableau ci-après que les prix sont restés élevés ces dernières années, sachant qu’ils se sont encore accrus au deuxième semestre 2012.

    On sait par ailleurs que les producteurs africains, par exemple, ont consommé nettement moins d’engrais et de produits phytosanitaires à la suite de l’effondrement des prix au cours des années 1980-2000. Le Mali dont on parle tant aujourd’hui illustre parfaitement ce type de comportements : au plus haut des années fastes du coton et grâce aux intrants, il arriva à produire plus d’un million de tonnes de coton brut. Puis sa production redescendit au dessous de 300 000 tonnes. La hausse des prix à réveillé les agriculteurs maliens qui, en même temps que le coton et grâce aux engrais, pouvaient aussi faire du maïs après la récolte de la fibre. Mais ces agriculteurs sont restés méfiants et n’ont jamais retrouvé le niveau de production d’antan bien que les prix d’aujourd’hui soient nettement plus élevés qu’à cette époque : le ralentissement de productivité est ici directement lié à la méfiance des paysans qui, par contre, ont considérablement diversifié leurs productions. Ils se sont mis au manioc, ont développé l’élevage et les cultures fruitières, tout cela intégré au sein des productions de coton, en sus de celles de sorgho et de millet.

    La FAO qui gère les statistiques via des photos satellites voit donc le ralentissement des augmentations de rendement des grandes productions mais ne voit pas ces diversifications, infimes parcelles au milieu des champs immenses…

    On sait par ailleurs, « en creux » cette fois-ci, que les agriculteurs français se sont mis à utiliser leurs propres semences. Ce parce qu’à l’ère Sarkozy, le gouvernement avait fait voter une loi obligeant les dits agriculteurs à commander leurs semences aux multinationales spécialisées. Ils ont donc planté des semences qui avaient un rendement donné, voire moindre (la sélection par les paysans n’étant pas aussi efficace que celle des entreprises spécialisées) et non les semences améliorées des dites entreprises.

    Enfin et dernier point, les écologistes de tous pays, en développement comme développés, ont pesé terriblement sur les rendements à l’hectare en luttant à la fois contre la génétique agraire, les produits phytosanitaires et les engrais. La production dite « bio » a peut-être son charme mais elle n’est pas « performante » au niveau quantitatif, CQFD !

    Au beau milieu de ces changements structurels de la production agraire mondiale, il se trouve que les productions occidentales de blé ont été diminuées par la sécheresse aux Etats Unis tandis que la Russie voyait, elle, baisser sa production du fait d’une trop forte pluviosité. C’est la Chine qui a sauvé le Monde avec une production record l’          an dernier. Mais les spéculateurs étaient déjà entrés en piste, faisant flamber les prix…

    Bref et tout comme le pétrole, il faut se méfier des constats trop simples. La vraie question actuelle est celle des prix, enflammés par la spéculation. Quant à la quantité disponible, peut-être le « bio » se fera-t-il plus productif à l’avenir. Ou peut-être les risques de famines amèneront les dirigeants au moins des pays en développement, là où réside le plus grand nombre des Terriens, à légiférer dans un sens également plus productif ? En achetant par exemple et revendant à très bas prix des semences sélectionnées ainsi que des engrais et des produits phytosanitaires ? Nul ne sait aujourd’hui. La seule évidence est qu’il faut arrêter très rapidement les cultures non alimentaires : les biocarburants doivent être interdits dès lors qu’ils sont fabriqués au détriment de l’alimentation humaine. Notez à cet égard qu’il n’y a vraiment que les Etats Unis d’Amérique et l’Allemagne à en produire à grande échelle. S’ils sont autosuffisants sur le plan alimentaire et qu’ils ne vont pas produire leur carburant « bio » chez les autres, pourquoi pas ?  Notez à ce dernier égard que les découvertes se multiplient en matière de carburants issus de biomasses et qu’il n’est plus certains du tout que, dans une petite dizaine d’années seulement, les cultures sur champs soient les plus rentables des techniques de fabrication de « bio carburants »

     

    Et à long terme ?

    De 1960 à aujourd’hui, les paysans du monde entier ont donc fait mentir les alarmistes de la faim. Qu’en sera-t-il dans un demi siècle, quand la population mondiale aura, peut-être, dépassé les 10 milliards d’habitants ? Un vieil ingénieur agronome m’avait assuré, dans les années 1970, que les humains du troisième millénaire après JC ne mangeraient plus que du poulet et des céréales. Car, en 1970, l’essor du poulet ne faisait que commencer tandis que la productivité en matière céréalières semblait ne jamais pouvoir arrêter de grimper. « Et le lait ? » lui-avais-je rétorqué. Tous ces fromages, yaourts, petits déjeuners, confiseries et autres tirés de cette indispensable matière première… Cet exemple pour que vous compreniez que l’homme ne peut réduire réellement sa consommation à quelques rares ingrédients encore et toujours présentés à table. Ou alors faudrait-il, par exemple, que les femmes se remettent toutes à allaiter leurs bébés. Et que les humains se mettent, comme beaucoup d’Africains, à manger aussi les os des fameux poulets. Avec des dentitions pas adaptées… Ou bien encore qu’ils dégustent des tonnes de végétaux, sachant que le baobab ne pousse pas en terrain froid et humide. Bref et chers Africains, vous seriez probablement les mieux, voire les seuls, adaptés à un tel monde !

    Mais celui-ci ne verra pas le jour :

    -          D’abord et au niveau démographique, il n’est pas certains que notre planète continue à se peupler à une aussi grande vitesse : sur long terme, la dite vitesse à déjà fortement décru. La Chine a même commencé à enregistrer une diminution de sa population en 2012. L’Europe est, à cet égard, en totale perdition (à l’exception de la France et de l’Irlande) Et les Etats Unis ne continuent à progresser que grâce à l’immigration et aux taux de natalité de ses immigrés. Ne restent plus que l’Inde et l’Afrique à croître encore vigoureusement, mais chaque jour un peu moins : la natalité dans les villes est très inférieure à celle des campagnes tandis que l’urbanisation des campagnards croît, elle, chaque jour un peu plus…

    -          Ensuite et si la productivité en matière végétales est en stagnation, elle ne l’est pas en matière de productions animales. Même en matière de pêche : les stocks sauvages régressent, certes, mais l’élevage progresse à la vitesse grand « V » : les crevettes d’élevage sont par exemple plus abondantes aujourd’hui que les crevettes sauvages. De même que les saumons d’élevage, sans parler des tilapias et des perches du Nil que vous connaissez mieux… Sachez donc que le porc est en état de surproduction, de même que d’autres volailles que le poulet, comme la dinde ou la pintade. Dans les pays riches, on brade des produits comme le foie gras après les fêtes. En France, le caviar du sud ouest prend la relève de celui de la mer Caspienne, trop braconné. En Thaïlande, l’élevage des insectes, vu leurs succès culinaires, a remplacé leur cueillette, des paysans font fortune ! Etc. L’unique problème est ici l’alimentation des animaux : si le « rendement » des insectes est fabuleux, si celui du poulet est « correct », celui des gros animaux à croissance lente est carrément prohibitif. D’où la colère des producteurs quand les prix baissent au dessous du prix de revient, phénomène très courant dans l’Europe de l’ouest des cinquante dernières années. Même l’Afrique, dans ce registre de l’augmentation des productions animales, connaît son « boom » : la transhumance a pratiquement disparu et les paysans vendent maintenant leurs bêtes : bovins ou camélidés, ovins ou caprins, tous finissent aujourd’hui dans les boucheries des marchés. Sans compter la viande de chasse encore très prégnante en Afrique centrale ni le fameux poulet que des fonctionnaires maliens ou camerounais s’ingénient parfois à engraisser pour arrondir leurs fins de mois. Quand il ne s’agit pas d’arbres fruitiers arrosés grâce à de savants et profonds puis creusés à côté d’un fleuve : l’imagination humaine est sans limite quand il s’agit de se nourrir !

    -          Enfin, la culture gastronomique n’a jamais été aussi vivante, du nord au sud de la planète. L’arrivée de la gastronomie française au patrimoine de l’humanité n’est que la face immergée de ce mouvement qui touche aussi bien l’Afrique que l’Asie et même ces lieux d’ancienne perdition gustative que sont les pays anglo-saxons ! Il existe même des concours culinaire de niveau national dans un aussi petit pays que la Guinée Equatoriale (où l’on mange                nettement mieux que chez l’ancien colonisateur espagnol) Bref, notre monde n’a rien d’un monde se préparant à ingurgiter des substances mollassonnes et de couleur indéfinissable comme cela se passe dans certains films de science-fiction. La « malbouffe » existe mais uniquement parce que l’industrie alimentaire prend ses aises (et ses profits) avec nos méconnaissances de ses pratiques parfois douteuses.

    Gageons donc que les humains, même au nombre supérieur aux actuelles prévisions, saurons et se nourrir, et continuer à progresser dans leurs quêtes gastronomiques. Beaucoup d’anciens paysans ont ainsi à découvrir les recettes de leurs voisins immédiats en composant ainsi des cuisines régionales aussi riches que, jadis, celle mise au point par les cuisiniers et cuisinières de France en regroupant les traditions culinaires des multiples « pays » français (les fameux « terroirs ») Car la richesse de ce nouveau patrimoine de l’humanité n’est que l’addition de tous ces terroirs, maîtrisés au point de pouvoir, aujourd’hui, verser dans une inventivité quasi généralisée autour des principes de base des dits terroirs. Une réussite assez exceptionnelle de mixité culturelle, en fin de compte…

     

    Encadré

    Mais alors, pourquoi toutes ces mises engarde de la FAO ?

    Les dites mises en garde existent, c’est vrai, et font même l’objet de publicités télévisuelles dans tout l’Occident. Mais, de l’aveu même des organismes qui crient à la mort, il faut ce type de démonstration exagérée pour émouvoir les donateurs. Ils annoncent par exemple le possible décès par manque de nourriture de tout le sud somalien alors que n’étaient à l’époque concernés que quelques milliers de nord Kenyans et de sud Somalis, nomades traînant leurs maigres troupeaux d’oasis en oasis et devant fuir la sécheresse en se réfugiant dans les grandes villes. La véritable malnutrition ne touche plus aujourd’hui et en effet que les zones de guerre où celles qui sortent tout juste d’une guerre. La diversification de l’alimentation a touché même les campagnes les plus pauvres comme celles de production de sorgho et millet au Sahel, on l’a vu dans le cas du Mali. Ce, tandis que reviennent en force les aliments traditionnels un temps abandonnés par les autochtones, comme la pâte d’arachide pour les enfants ou les feuilles de baobab dans l’alimentation animale. Et la véritable sous-nutrition, en fait, réapparait là où elle naquit il y a des siècles, en Occident avec la cohorte de pauvres créée par l’ultralibéralisme, l’individualisation des sociétés et le reflux des pouvoirs étatiques : Bruxelles vient de réduire de 40% ses subventions aux banques alimentaires européennes, au moment où celles-ci enregistrent des augmentations plus que sensibles du nombre de leurs habitués. Mais ni la FAO, ni l’ACCF (Action catholique contre la faim) ne s’intéresse à la faim dans les pays riches…

     

     

     

     

     

     

    fin 2009

    fin 2010

    fin 2011

    mi 2012

    Total des produits

    237

    284,1

    269,7

    271,1

    Produits alimentaires

    232,9

    256,7

    255,4

    263,6

    Blé dur

    186,4

    249,3

    200,9

    213,2

    Blé tendre

    183,8

    255,4

    247,5

    236,6

    Maïs

    201,4

    290,1

    302,8

    285,1

    Riz

    284,3

    263,9

    293,2

    295,2

    Sucre

    278,9

    321,7

    295,5

    261

    Viande de bœuf

    141,6

    183,8

    209,2

    213,7

    Bananes

    194,3

    216,7

    227,4

    233,7

    Poivre

    119,9

    164,5

    258,3

    233,3

    Farine de soja

    213,7

    213,9

    180,6

    244,7

    Farine de poisson

    371,6

    390,5

    323,4

    358,7

    Boissons tropicales

    200,7

    232,9

    246,9

    208,2

    Café1

    180,2

    231,3

    278,9

    197,5

    cacao1

    385

    334,1

    278

    257,1

    Thé2

    145,1

    137,5

    140

    137,4

    Oléagineux

    224,5

    322,4

    298,8

    317,8

    Fèves de soja

    207,2

    246,4

    230,2

    269,9

    Huile de soja

    272,4

    367,3

    359

    365,6

    Huile de Tournesol

    234,2

    355,5

    310,5

    322,5

    Huile d'arachide

    161,4

    224,7

    311,8

    355,6

    Coprah

    161

    340,6

    301

    260,3

    Huile de coprah

    163,1

    343,4

    305,8

    263,6

    Huile de palmiste

    173,5

    365,1

    281,8

    280,1

    Huile de palme

    236,1

    357,1

    330,3

    350,8

    Autres matières premières agricoles

    193,1

    268,3

    248,2

    228,9

    Huile de lin

    290

    339

    313,9

    331,4

    Tabac

    147,6

    144,9

    151,1

    144,9

    Coton2

    135,7

    258,9

    189,5

    162,3

    Laine

    130,3

    164,8

    197,2

    184,8

    Jute

    230,7

    289,3

    175,7

    181,1

    Sisal

    107

    150,9

    204,6

    196,1

    Peaux2

    74,4

    93,7

    94,2

    104,7

    Bois non conifères

    149

    166,7

    156

    155,3

    Grumes tropicales4

    182,7

    183,5

    197,5

    185,2

    Contre-plaqué5

    124,5

    129,4

    137,7

    136,1

    Caoutchouc

    368,7

    614,4

    538,5

    490

    Minéraux, minerais et métaux

    277,8

    343,6

    304,4

    308,2

    Phosphate roche

    205,7

    320

    460,1

    410

    Manganèse

    297

    389,6

    290,4

    249

    Fer6

    348,8

    348,8

    nc

    nc

    Aluminium

    129,2

    151,2

    134,8

    127,6

    Cuivre2

    366,7

    476,3

    413

    433,8

    Nickel

    202,9

    273,3

    210

    198,5

    Plomb

    504,6

    526,2

    436,7

    434,3

    Zinc

    196,2

    205,1

    168,1

    170,9

    Etain

    278,9

    478,5

    383,1

    378,5

    Tungstène7

    334

    334

    334

    334

    Or8

    394,8

    490,1

    604,1

    577,3

    Argent9

    351,9

    529,8

    637,4

    589,9

    Pour mémoire

           

    Pétrole10

    267,7

    302,8

    364,6

    364,6

    Articles manufacturés11

    137

    141

    146

    145

    Source : Unctadstat- sur fond orange : produit surtout dans les pays en développement ou émergeants- en vert : produit surtout dans les pays développés

    2 : cents par livre

    4 : dollars par m3

    5 : cents par feuille

    6 : cents par unité de Fe

    7 : dollars par tonne métrique d’unité de WO3

    8 : dollars par once (= environ 30 grammes)

    9 : cents par once

    10 : dollars par baril

    11 : valeur unitaire moyenne des exportations d’articles manufacturés en dollars


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